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été 20
Chroniques CD du mois Interview: JUNKYARD CREW Livres & Publications
Portrait: BLIND LEMON JEFFERSON Interview: MAINE IN HAVANA Portrait: ROBERT FRIPP
 


Dans cette rubrique, vous trouverez une sélection de CD choisis par l'équipe Blues Again.

ETE 2011

Demetria Taylor
Bad Girl

 

Genre musical: Chicago Blues
Compositions: 0 sur 12
Livret : Simple
Label : DELMARK
Distributeur : SOCADISC

Le nom est largement connu des amateurs, le prénom sûrement moins. Demetria est la fille du guitariste, longtemps compagnon de scène de Jimmy Reed, le regretté Eddie Taylor et de la chanteuse Lee Vera Taylor. Même si elle n’est plus une teenager (38 printemps) et qu’elle a déjà fait beaucoup de scène, elle fait avec cet enregistrement ses débuts discographiques. Et bon sang ne sachant mentir ça ne manque pas de panache. Elle nous offre du Chicago blues grand cru. Rien que de très classique, mais parfois la tradition a du bon : ‘Hoochie Coochie Woman’, ‘Voodoo Woman’, ‘Big Boss Man’, ‘Little Red Rooster’, ‘Wand Dang Doodle’...et on ne s’en lasse pas. Chanteuse plus que convaincante, dans la lignée des grandes interprètes de la windy city, elle est entourée d’un band excellent dont l’éclat est encore plus brillant avec la présence d’illustres invités comme Big Time Sarah (chant, 2 titres), Billy Branch (harmonica, 4 titres), Eddie Shaw (sax ténor, 5 titres). Après toutes ces reprises, Demetria Taylor annonce dans les notes du livret que son prochain CD sera fait uniquement de compositions originales. Attendons donc la suite en nous régalant de ce premier disque.
Gilles Blampain

Gäelle Buswel
Yesterday's shadow

 

Genre musical: Folk Pop
Compositions: 12 sur 13
Livret : Photomaton mais bien
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : www.myspace.com/buswelgaelle

Gaëlle Buswel a 29 ans, elle habite au bout de la ligne de métro. Son visage doux et sa crinière blonde décalquent bien le portrait de la chanteuse de country éternelle, sereine, un peu grave. Eh bien, le plumage correspond parfaitement au ramage. Sa voix vallonne avantageusement cette pop habillée de folk et de country. Le chant est limpide, timbré pour la mélodie, il donne un beau cachet à cette collection de chansons volontiers sentimentales et entièrement acoustiques. On n’est décidément pas chez Dido, et pour plusieurs raisons. D’une part, Gaëlle a les coudées franches pour monter en puissance. Ensuite, la Francilienne ne dédaigne pas les chansons rythmées comme ‘Little Sunshine’, qui glisse sur un flot de chœurs rampants façon folk grégorien ! Certes, les ballades font florès ici, en moments déchirants, parfois tendus comme ‘Mama’s Song’, ou pétris d'une rage incrédule comme ‘Let My Child Sleep In Peace’ mais, dernière raison qui rend cet album consistant : les contrechants de guitare (sèche) sont joués par Neal Black, avec cette finesse naturelle, une sorte d’évidence incassable qui met du nerf et de la civilisation dans ces contemplations mélodieuses. Neal s’avise même de chanter sur l’unique cover de l’album (‘None Of Us Are Free’… tout en glaires et en émotion !). Quelques percus (Sylvain Denni), du piano de temps en temps (Magali Walden), un zeste de violoncelle (Claire Limasset), et trois fois rien d'harmo (Wayne Walden). Ecco.
Christian Casoni

George Thorogood
2120 South Michigan Avenue

 

Genre musical: Houserockin's !
Compositions: 2 sur 13
Livret : Pas vue
Label : CAPITOL
Distributeur : EMI

Reprendre les classiques de Chess avec, pour seule malice, le plaisir de les jouer, et les oblitérer de sa personne comme par inadvertance, juste parce qu’on a le tempérament pour, ce n’est finalement pas donné à tout le monde. Nine Below Zero s’était vautré dans cette épreuve. L’obstacle est en tout cas taillé sur mesure pour George Thorogood. Le houserocker du Delaware ne brille pas par l’originalité, s'en fout, mais son punch fait voler les molaires et imprime sa tête de mort dans la mâchoire des vaches sacrées, Howlin’ Wolf, Sonny Boy, Bo Diddley, JB Lenoir... Qu’il interprète ‘Seventh Son’, ‘Spoonful’ ou ‘Help Me’, la chanson s’appelle toujours ‘George Thorogood’, exactement comme Lil’ Ed. Cette tornade houserockante n’a qu’une faiblesse : ‘My Babe’. Malgré l’harmonica de Charlie Musselwhite et les choristes en rideau, les Destroyers chipotent et rament pour se sortir du crâne la version originale. Thorogood doit avoir maintenant une bonne quinzaine d’albums studio sous le bottleneck, sa voix minérale et intense, sa demi-caisse huit-cylindres et ses Destroyers qui ressemblent à des marchands de chaussures en weekend de pêche, tous grands dynamiteurs de vergognes. Plus Musselwhite donc, plus Buddy Guy qui saute sur ‘High Heel Sneakers’ (une chanson qu'il avait enregistrée sous son nom), et déclenche 30 secondes de solo fou, comme si on venait de l’élargir après dix ans de cabane, pendant lesquels il n’avait pas pu toucher un manche ! 2120 South Michigan Avenue rend deux hommages, l'un à Chess, l'autre aux Stones. Leur instrumental de 1964, qui portait déjà ce titre, avait donné, au petit George, la curiosité du blues.
Christian Casoni

Jimmy 'Duck' Holmes
Back to Bentonia

 

Genre musical : Bentonia Blues
Compositions : 11 sur 14
Livret : Documenté digipack recyclé
Label : BROKE & HUNGRY RECORDS
Distributeur : NAYATIDREAMS

Héritier de la tradition du Bentonia Blues, de Skip James (dont il reprend le standard ‘I'd Rather Be The Devil’), Jimmy ‘Duck’ Holmes est le fer de lance du label Broke & Hungry records. Sorti en 2006, Back To Bentonia revêt des habits neufs (digipack élégant, livret avec notes de pochettes signées Roger Stolle et Jeff Konkel), à l’occasion des 5 ans de ce label qui a pris le flambeau de Fat Possum. Sur cette édition Deluxe, le disque est agrémenté de 4 titres non sortis sur la version d'origine. La majorité des enregistrements a été faite au Blue Front Café, Bentonia Mississippi. Jimmy Duck Holmes est accompagné de Bud Spires à l’harmonica sur quelques titres, ainsi que de Sam Carr à la batterie. Il perpétue grâce à ce disque la tradition du Bentonia Blues, dont les grands noms sont Skip James bien sûr, mais aussi Jack Owens (disparu en 1997) , dont Jimmy Duck Holmes fut le disciple. Après ‘I'd Rather Be The Devil’, ‘Cool Water’ nous entraîne dans son ambiance de juke joint. Complainte élégante avec ‘Count The Day I'm Gone’, blues lancinant, hypnotique sur ‘Vicksburg Blues’. Le morceau éponyme séduira tous les amateurs de country blues, il ne peut en être autrement ! Les 4 morceaux bonus de cette réédition (dont 3 proviennent d'une session au Blue Front Café et le dernier enregistrés à Clarksdale  quelques jours plus tard) sont percutants (belle prise de son) et viennent parachever l’édifice d'une galette réussie sur le fond comme sur la forme. Back To Bentonia est un disque attachant qui a le mérite de maintenir vivant (pour combien de temps encore ?) la tradition du Bentonia blues.
Nicolas Miliani

Quintus McCormick
Put it on me

 

Genre musical: Blues, Soul, etc
Compositions: 14 sur 14
Livret : Simple
Label : DELMARK
Distributeur : SOCADISC

Cet enregistrement (le deuxième de l’artiste) est un vrai tamis d’orpailleur retenant quelques belles pépites. Du Chicago blues musclé, un doigt de funk agrémenté de paillettes disco, une bluette pop, de la soul veloutée mais non dénuée de robustesse : voilà pour le générique. Côté expression, Quintus McCormick le guitariste donne à son instrument un piquant et une agressivité mordante, mais il sait parfois le rendre caressant quand la nécessité s’impose. Quintus McCormick le chanteur a une voix grave et profonde qui peut se faire enjôleuse mais qui sait aussi prendre des accents provocants quand son blues vire au rock. Le tout étant exécuté avec dextérité et feeling, ça roule avec aisance d’un titre à l’autre. Pour donner plus de valeur et de puissance à l’ensemble, le bonhomme signe tous les titres du CD. C’est fort et intense, l’ambiance générale du disque est plutôt agréable et on se laisse porter par un plaisir non feint. Billy Branch vient donner toute la puissance de son harmonica sur trois titres et les Chicago horns apportent la prestance d’un big band sur pas mal de titres. Dès la première écoute, on sent l’enthousiasme et le dynamisme qui ont concouru à la création de ce disque.
Gilles Blampain

Hazmat Modine
Cicada

 

Genre musical: Pluriel
Compositions: 10 sur 13
Livret : Pas vu
Label : JARO
Distributeur : L'AUTRE DISTRIBUTION

En général, ceux qui touchent à tout n’excellent en rien. Hazmat Modine contredit parfaitement cette idée. Les influences les plus variées sont abordées avec brio : on passe d’un style balkanique qui rappelle le Kokani Orkestar à une tendance country blues (‘Two forty seven’), pour s’égarer dans le flot de cuivres, qui font concurrence au Soul Jazz Orchestra, ou encore se laisser porter par un chœur afro (‘Child Of A Blind Man’). Ce n’est pas tout ! Cicada, fait penser à des extraits de vieux films américains, la trompette nous envoute dans ‘Buddy’, la voix nous déroutent dans ‘Walking Stick’. Des rythmes syncopés, des influences klezmer, des cuivres de big band, des passages jazzy, une voix du temps de la Nouvelle Orléans. Cette pluralité confère richesse et couleur musicale sans précédent. Il faut dire qu’ils y mettent les moyens : tuba, harmo, guitare, trompette, sax, clarinette, flute, bugle, duduk (qui vient d’Arménie), percu, batterie, banjo et j’en passe. Ce groupe d’origine new-yorkaise dans les faits, pas aussi localisé dans l’inspiration, est porté par le très cool Wade Schuman, à l’incroyable voix et à l’harmo endiablé, et regroupe 7 autres joyeux lurons dont Pamela Fleming à la trompette. La formation évolue au gré d’invités de talent. Cicada est leur 2ème album, on espère qu’il y en aura beaucoup d’autres. Le slogan : « des cuivres d’excellence qui ensorcellent ». Cette originalité fonctionne parfaitement et donne un disque hors pair. 
Héloïse Prévost

Robert Randoph & the Family Band
We walk this road

 

Genre musical: Funk, Soul, etc
Compositions: 13 sur 17
Livret : Simple
Label : DARE RECORDS
Distributeur : EMI

Nu soul, alter spiritual ou trans funk. A chacun de mettre on étiquette. En tout cas, ça part dans tous les sens (tant au niveau directionnel que du ressenti). C’est tour à tour incisif ou léger et un réel dynamisme émerge de l’ensemble. Randolph revendique aussi bien les influences de Stevie Ray Vaughan que de Sly and the Family Stone. Même si avec ce 4ème disque il prétend célébrer la musique africaine-américaine des 100 dernières années, il bouscule tous les repères et se joue des genres en nous entraînant vers d’étranges contrées sonores dont les rivages sont quelque peu mouvants. Les ambiances sont foutraques ou cool et l’on s’y laisse glisser sans retenue. Virtuose de la pedal steel guitar, Robert Randolph fait dans la subtilité ou part dans des envolées de guitar hero et c’est de la haute voltige. La voix est agréable et s’il offre de belles compositions, il n’hésite pas à piocher dans les répertoires de Bob Dylan, John Lennon, Prince ou Blind Willie Johnson. Il est rejoint sur ceratins titres par quelques pointures comme Leon Russell, Doyle Bramhall III, Jim Keltner, Ben Harper et T Bone Burnett qui est également le producteur de l’enregistrement. Un CD qui sort du lot.
Gilles Blampain

Touchez Pas Au Grisbi - DVD
Grisbi show à l'Odéon

 

Qualité de l'image: Bonne
Qualité du son: Bonne
Qualité de bonus: Pas mais que du bon
Qualité du livret : Minimum
Durée approximative: 1 H 10 MN
Label : TPAG & ABSOLUTE PROD
Distributeur : WWW.TPAG.FR

Le gang est toujours en liberté et il a toutes les audaces. Pour preuve, le 11 décembre 2010, il est venu tenir en respect toute une assemblée de spectateurs à Tremblay en France. Et c’est sans vergogne qu’il a filmé son méfait, la preuve est là, tangible sur ce DVD. A l’heure où l’on évoque les jurys populaires, chacun peut se faire sa propre opinion. Mais jusqu’où iront-ils ? Et que fait donc la police ? Le délit ne s’est pas fait en catimini mais avec l’aide de complices, au son et aux lumières. Il y avait du matériel de pros et du lourd, car il est évident qu’un coup de cette ampleur nécessitait des moyens et des relations. Le Ferrailleur, l’Etalon de Belgrade, la Gâchette Picarde, Vingt-quatre-trente-six et la Rafale Marseillaise ont déjà un casier chargé et les voir à l’œuvre est une expérience qui fait courir un frisson dans le dos et des frémissements dans les articulations. Il est étonnant de voir comment la salle tenue en joue par ces lascars se laisse corrompre avec ivresse et va même jusqu’à encourager ce flagrant délit en applaudissant des deux mains. Il est difficile de rester insensible à de telles images et de résister à la bande son. La pièce à conviction révèle 13 titres dont 5 reprises.
Gilles Blampain

Watermelon Slim & Super Chikan
Okiesippi Blues

 

Genre musical: Deep Blues
Compositions: 9 sur 11
Livret : Digipak ringard
Label : NORTHERNBLUES
Distributeur : SOCADISC

Voilà une alliance artistique qui réserve de belles surprises et qui signe le retour de Super Chikan qui s’était fait discret au niveau discographique depuis quelques temps. Okiesippi Blues (probable contraction d’Oklahoma et de Mississippi) nous offre 11 titres interprétés par deux des musiciens parmi les plus originaux de la scène blues de ces dernières années. Deux passionnés. Watermelon Slim, quand il pose son harmonica, joue une slide féroce et a une diction pour le moins originale. Super Chikan tout aussi talentueux avec sa voix de basse robuste a un style peut-être plus traditionnel. Les guitares ont un son râpeux et les voix sont frottées au papier de verre. Le disque offre une variation de styles d’un titre à l’autre. Deux reprises. La première signée Fred McDowell ‘Keep My Lamp Trimmed And Burning’ semble évidente vu le curriculum vitae des personnages, la deuxième l’est un peu moins puisqu’il s’agit de ‘Within You Without You’ de George Harrison, entièrement jouée à la kalimba par Watermelon Slim. Etrange version qui s’étire sur plus de 6 minutes et pour laquelle l’instrument nous ramène aux racines africaines de l’idiome. Cet enregistrement semble capté sur le vif, un instantané brut et honnête de l’échange de deux complices qui prennent du bon temps en revenant à l’authenticité du blues du Mississippi.
Gilles Blampain

Woody Guthrie
Live Wire

 

Genre musical: Folk
Compositions: 10 sur 10
Livret : Pas vu
Label : ROUNDER
Distributeur : UNIVERSAL

2001. Ce type range ses affaires et tombe sur un concert de Woody au Fuld Hall de Newark. Il l'avait capturé en 1949 avec un enregistreur à fil. Le type expédie les deux bobines à New York, chez ceux qui conservent les archives du rebelle héroïque. Ils restaurent le son et en tirent ce CD, l'unique témoignage live de Woody. En 1948, l'agitateur avait refusé la carrière d'artiste que lui proposait Capitol Records, il commençait à travailler du chapeau. Quelques globules rouges nageaient encore dans la gnôle. Un an plus tard il convolait pour la troisième fois en Californie, puis il revenait zoner sur Greenwich. Quant au contenu… Mayday, point noir à deux heures ! Dix complaintes nasillardes à la guitare molle, une basse, un accord, une basse, un accord, dix chroniques de ses vagabondages dans les culs de basses-fosses les plus dangereux d'une Amérique féodale, tragédie chez les mineurs de charbon, tragédie chez les mineurs de cuivre, tragédie dans le verger. C'est pas le disque à Bézu, d'autant que Woody cause entre les titres, les chansons n'apportant qu'une illustration sonore au discours. Il dégoise un speech total de 36 minutes, qui est peut-être le moment le plus intéressant du récital. Ces réserves n'entament pourtant pas son auréole de martyr, ni son courage ni un humanisme applaudi au gourdin par les flics et les contremaîtres, ni l'empreinte inestimable qu'il a laissée sur la musique populaire du pays. Cet album est un fait de civilisation, un document pour les chercheurs et les paléontologues du Dylan première pression, celui qui lui chantait : « There's not so many men that done the things that you've done ».
Christian Casoni