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06/20
Chroniques CD du mois Interview: MAMA'S BISCUITS Livres & Publications
Portrait: TAMPA RED Interview: j & V Dossier: STONER
 


Dans cette rubrique, vous trouverez une sélection de CD choisis par l'équipe Blues Again.

OCTOBRE 2011

Bjorn Berge
Blackwood

 

Genre musical: Bluegrass scandinave, Bluegrass des fjords
Compositions: 9 sur 11
Livret : Beau digipack, livret conséquent et documenté
Label : DIXIEFROG
Distributeur : HARMONIA MUNDI

Le virtuose de la 12 cordes Bjorn Berge revient avec un nouvel album, qui une fois de plus propose sa relecture des musiques qui l'ont nourri. Il s'agit sur cet opus aussi bien de blues que de bluegrass, comme sur le titre d'ouverture ‘In & Out’, mix moderne, du bluegrass de highway. Le déluge de notes est impressionnant. Notre homme est fasciné par Bill Monroe, Scruggs & Flatt, on veut bien le croire. Sur le 3ème morceau de cette galette, on retrouve Bjorn Berge comme on le connaît et on l'apprécie, jouant une musique de bois avec un souffle metal. ‘Accused’ est taillé pour le live. Hommage au grand Sleepy John Estes, avec une reprise de ‘Going to Brownsville’, forcément différente de la version originale, au vu de l'écart de tessiture des deux interprètes. ‘Woodstock’ de Joni Mitchell est ici joliment repris. ‘Blues For One’ est une belle ballade. La voix grave de Bjorn vient habiter son jeu de guitare cristallin, une fabrication du luthier australien Cole Clarck. Il est accompagné par Karl Christian Gronhaug au saxophone et de Kjetil Ulland à la basse, percussion.  Blackwood est un bel album qui séduira les amateurs de musique authentique, les fans d'instruments à cordes. Les morceaux trouveront à coup sûr un bel habillage sur des scènes intimistes.
Nicolas Miliani

David Philips
The rooftop recordings

 

Genre musical: Folk
Compositions: 12 sur 12
Livret : Beau digipack
Label : BLACK & TAN
Distributeur : BLACK & TAN

Avec ce deuxième CD entièrement acoustique, tout de sobriété et de retenue, David Philips nous présente un vrai travail d'artisan exécuté avec soin et talent puisqu'il est le seul responsable des textes, des musiques et de la production. Il y a une certaine simplicité et un réel charme dans cet album qui véhicule une certaine mélancolie mais qui dégage une réelle sérénité. Les chansons sont dépouillées à l'extrême, juste la voix, et un instrument (guitare acoustique à 6 cordes, cigar box à 3cordes, ukulélé à 4 cordes ou Dobro), le tout capté en une seule prise. Le jeu de guitare est brillant, la  voix est agréable et des chansons un peu naïves qui parlent de voyages, d'histoires d'amour, d'espoir ou de déception, vous attrapent illico même si l'enchaînement des titres peut paraître un peu monotone à la première écoute. L'ensemble du CD est essentiellement folk avec quelques blues vers la fin. Le titre de l'album annonce clairement les conditions dans lequel il a été enregistré, tout simplement sur la terrasse de l'immeuble dans lequel vit Philips à Barcelone depuis une dizaine d'années. Ce disque appartient à la catégorie des plaisirs simples qui font beaucoup de bien.
Gilles Blampain

Duke Robillard
Low down and tore up

 

Genre musical: Low Down Blues
Compositions: 0 sur 12
Livret : Beau digipack
Label : DIXIEFROG
Distributeur : HARMONIA MUNDI

Un nouveau CD de Duke Robillard est toujours une savoureuse surprise. On sait que la qualité sera au rendez-vous, la seule question à se poser est : dans quel style va-t-il jouer cette fois-ci ? Jump, jazzy, boogie,… ? Et bien là, la couleur est clairement affichée sur l’emballage, c’est du blues bien basique qui déchire. Le genre de truc qui aimante les tympans. Duke Robillard confesse dans le livret que l’unique raison de cet album est qu’il souhaitait entrer en studio pour enregistrer en une seule prise et capturer le feeling du low down blues sans trop d’effets de manche, à la manière dont c’était fait autrefois par les petits labels. Une chose est sûre, c’est réussi. Le résultat est à la hauteur de ses ambitions. Pour ce faire il reprend des titres signés, Eddie Jones, Eddie Taylor, Pee Wee Crayton, John Lee Hooker, Dave Batholomew, Jimmy McCracklin, Elmore James…Il nous offre pour ce retour aux sources un son rond, massif et croustillant, très excitant et qui balance. Il est bien sûr épaulé par la section rythmique basse/batterie, mais le renfort du piano et du saxophone donne encore plus de piment à l’affaire. Inutile de faire le panégyrique de l’artiste, le talent de guitariste de Mr. Robillard est incontestable.
Gilles Blampain

Eric Gales
Transformation

 

Genre musical: Rock Hard Blues
Compositions: 12 sur 12
Livret : Beau digipack
Label : PROVOGUE
Distributeur : MASCOT

Eric Gales déploie vraiment une puissance de feu imposante, l'atmosphère est chargée et c’est incontestablement du gros son. D'entrée de jeu il met les gaz et envoie un déluge de décibels, mais là où d'autres vous compacteraient les tympans façon marteau-pilon compresseur, lui fait
ressortir une mélodie avec un style personnel et un enthousiasme contagieux. Il peut jouer
vite et très technique mais il sait ménager ses effets. Le bonhomme est un guitariste impressionnant, il est à la fois puissant et créatif, doté d’un phrasé solidement charpenté et non dénué de finesse. Incisif, il sculpte les sons à grands coups riffs ce qui donne un rendu assez contrasté. Le style est original et le feeling se faufile entre chaque note. Gales brasse un savoureux mélange de blues, de soul et de rock psychédélique, dans lequel le jazz et le funk apparaissent en filigrane. La simplicité efficace du power trio (guitare/basse/batterie = Eric Gales/Steve Evans/Aaron Haggerty) est une fois de plus mise en évidence avec cet enregistrement. S’il n’est pas un chanteur exceptionnel, la voix d’Eric Gales n’est pas du tout désagréable à écouter.
Gilles Blampain

Eric Sardinas
Sticks & stones

 

Genre musical: Rock Blues
Compositions: 11 sur 11
Livret : Pas vu
Label : PROVOGUE
Distributeur : MASCOT

Enfant, Eric Sardinas faisait ses gammes sur des chansons de Charley Patton, Bukka White, Big Bill Broonzy et Elmore James et son jeu en a été marqué profondément. Même s’il balance un gros son, la résonance brute et chargée d’émotion du blues est bien là. L’attaque est puissante et l’utilisation de sa guitare à résonateur donne encore plus de punch à son jeu. Une attitude et une approche taillée dans le rock donne une énergie exubérante à l’ensemble de l’album même dans les titres plus lents. Sardinas a un style très personnel qui développe une puissance certaine avec un côté charnel indéniable. De sa voix légèrement éraillée, il livre avec une réelle intensité country blues musclé, boogie robuste ou cantilène gospelisante accompagné par Levell Price à la basse et Chris Frazier à la batterie et il ressort de cet enregistrement une dynamique éclatante. Même si sa dégaine extravagante d’heavy metal cowboy peut faire tiquer certains amateurs, avec ce 6ème CD, Eric Sardinas confirme que le blues inspire toujours et encore les musiciens de génération en génération.
Gilles Blampain

Jay Gordon's blues venom
No Cure

 

Genre musical: Kickin Blues Ass
Compositions: 13 sur 13
Livret : Simple
Label : SHUTTLE MUSIC
Distributeur : WWW.JAYGORDONANDTHEPENETRATORS.COM

Le HEEB, c'est ainsi que j’ai baptisé officiellement le style de Jay Gordon (High Energy Electrified Blues). Que ce soit dans du blues lent (‘Wind Of Thor’) ou du boogie appuyé (‘Voodoo Boogie’), l'intensité de jeu de ce guitar hero est palpable et le chant  toujours passionné. Après deux galettes qui tendaient un peu vers le métal, ce No Cure nous rappelle son fabuleux Six Strings Outlaw sorti en 2003. La vélocité est un de ses atouts majeurs, le son est saturé et il fait rire, pleurer, vivre ses guitares comme le faisait Hendrix. Son fils lui sert de batteur et sa compagne tient la basse, un clavier vient compléter le groupe. Mario Ramirez, jeune frère de Richie Valens est invité sur certains morceaux à placer son harmonica. Trois titres de cette galette étaient déjà présents sur le précédent opus et figurent ici en bonus tracks ce qui porte le nombre à 13 compos.
César     

Jeff Bridges
Jeff Bridges

 

Genre musical: Country Metaphysique
Compositions: 11 sur 11
Livret : Fort beau
Label : BLUE NOTE
Distributeur : EMI

Et allez, encore un disque d'acteur farci de ballades blafardes ! Le dude a ourdi son deuxième album pendant le tournage de ‘Crazy Heart’, un film dans lequel il incarnait Bad Blake, gloire déchue de la country. D'ailleurs, le producteur et très excellent guitariste T-Bone Burnett y participait aussi. A peine libéré de son personnage, Bridges remet ça à la ville (Brooklyn et Los Angeles en l'occurrence), avec un country-rock sous valium, parfois pop, le plus souvent méditatif, qui suis-je, où cours-je ? Entre deux white-Russian, Jeff s'accorde dix titres pour crier à la planète qu'il n'a toujours pas trouvé la réponse (‘The Quest’). Il est en cela plus raccord avec Big Lebowski qu'avec Bad Blake. L'atmosphère et la texture des chansons, qui tremblent avec distinction dans le froufrou des guitares et d'une steel s'affligeant doucement, peuvent avoir quelque chose de Bob Dylan, en moins tordu mais presque aussi mystérieux. Sa voix légère, de moyenne volée, se prête bien à la complexité de ces mélodies finement tissées par quelques illustres grumeaux de Nashville, Dennis Crouch (basse) ou Russ Pahl (steel). Malgré quelques poussées de caractère comme le funeste ‘Slow Boat’, un songe parabolique comprimé par une superbe crampe d'électricité, cet album pourrait être la dernière planque de Kate Bush, livrée aux ménages new age des zones pavillonnaires… ou, pourquoi pas finalement, les nouvelles ruminations d'un Jeff Bridges qui, comme la plupart des acteurs tentés par le disque, a peur de faire de la tension. On comprend que les temps sont durs mais, pitié les acteurs, cessez de nous achever avec vos poèmes saturniens !
Christian Casoni

JJ Grey & Mofro - CD/DVD
Brighter day

 

Genre musical: Blues Soul Fusion
Compositions: 15 sur 15
Livret : Simplissime
Label : ALLIGATOR
Distributeur : SOCADISC

Depuis 2001 on a pu apprécier au fil de quelques CD remarqués le style et la voix de JJ Grey à travers son blues/soul/funk aux saveurs étonnantes et chaleureuses. JJ Grey nous offre cette fois un CD/DVD live enregistré en janvier 2011 au Variety Playhouse à Atlanta. Le CD qui dure près de 1 heure 20 minutes aligne 12 titres, le DVD 3 de plus. On connaît bien sûr toutes ces chansons déjà entendues sur les productions précédentes, mais c’est toujours avec un réel plaisir qu’on réécoute cet artiste, ou devrait-on dire ce band car la couleur de la musique de JJ & Mofro tient sans doute autant à l’ensemble des musiciens qu’au leader, sans lui ôter cependant toute la créativité originelle puisque c’est lui qui signe tous les titres. Grey chante, joue de la guitare et de l’harmonica avec passion et énergie, le band qui comprend basse, batterie, guitare, saxophone, trompette, orgue, piano, n’est pas là pour faire de la figuration et donne la pleine puissance. Le film mêle les images du concert, de studio avec quelques commentaires de Derek trucks, Bruce Iglauer et autres personnes de l’entourage de Grey et du superbe paysage de Floride où il habite. Le CD comme le DVD saisissent la puissance de performer et le charisme de JJ Grey et met bien en valeur sa dextérité de créateur et d’interprète. Et il est évident, tant au son qu’à l’image, que le public est sous le charme.
Gilles Blampain

John Mayall and the Bluesbreakers
In The Shadow Of Legends

 

Genre musical: Britcago Blues
Compositions: non précisé
Livret : Très bien
Label : BLUES BOULEVARD
Distributeur : MUSIC AVENUE

Nous sommes en 1982, le Godfather of the British Blues, John Mayall, qui ne se remet pas de l'incendie de sa maison de Laurel Canyon, décide de partir tourner à travers les USA. Pour se faire il recrute d'anciens Bluesbreakers et pas des moindres. Le bassiste John McVie (premier bassiste des Bluesbreakers de 1963), en vacances de Fleetwood Mac, l'ex-génie précoce de la 6 cordes Mick Taylor, toujours génial mais beaucoup moins précoce et le batteur Colin Allen, présent notamment sur le mythique Blues From Laurel Canyon (1968). Sous cette forme ça promet déjà du blues comme on l'aime, mais voilà que Mayall décide, ce soir de juin 82, d'inviter...attention vous êtes bien assis : Albert King, Buddy Guy, Junior Wells, la chanteuse Etta James et la vénérable Sippie Wallace, 83 ans. Alors si vous n'aimez que les pistoleros patentés à la Ingwy Malmsteen ou Satriani, les formules 1 du manche en bois, fuyez dare dare, ce double album n'est pas pour vous, en revanche, si vous êtes un(e) adepte du beau son, du blues qui vous prend là et remonte là, vous êtes bien, ne changez rien. L'échange de politesses guitaristiques entre Albert King et Mick Taylor sur 'Born Under A Bad Sign' et 'Call It Stormy Monday' vaut à lui seul l'achat de ce double album, ce qui ne veut pas dire que la paire Buddy Guy-Junior Wells soit en reste. Sachez en plus qu'un DVD reprenant l'intégralité des deux CD dans le même ordre, est disponible. Sa réalisation reste basique mais agréable, il est vrai que ce concert ne fait pas dans la démonstration technique et que le génial Mick Taylor a toujours le jeu de scène d'un sac d'engrais, mais par Saint Fender et Saint Gibson réunis, un son pareil, avec des protagonistes de ce niveau, on se fout bien du jeu de scène. Et si l'important restait la  musique ? 
Robert Biettron

Junior Wells
Hoodoo Man Blues

 

Genre musical: Chicago Blues Sixtisé
Compositions: 5 sur 14 mais il y a 26 plages
Livret : Magnifique, livret excellent
Label : DELMARK
Distributeur : DELMARK

L'harmoniciste enregistre son premier album en 1965 avec le Chicago Blues Band, et Delmark lui laisse les coudées franches. Buddy Guy est omniprésent mais il se fait discret, il tient la guitare en cachette de Chess chez qui il est toujours en contrat. Le bassiste Jack Myers et surtout Billy Warren, le batteur, sont monstrueux. Mais les batteurs de blues sont toujours monstrueux, La balance est si fine que le disque n'a presque pas l'air mixé et, autre équilibre parfait : l'inspiration. Junior Wells réunit les tendances d'hier, celles du moment et celles de demain : un reliquat de blues South et West Side, un parti-pris rock évident (Buddy Guy oblige), et quelques touches un peu funk. Ici, le moindre détail est porté par une élégance instinctive. C'est un chef-d'œuvre incontestable, le disque à emporter sur une île déserte, disait-on à l'époque. Une précédente réédition en CD ajoutait deux ou trois prises alternatives. La nouvelle livraison Delmark est un festival de prises alternatives, et propose même quelques titres inédits, 26 plages en tout, c'est une véritable célébration ! Entendre la Strato de Buddy Guy passer par la cabine Leslie ('Hoodoo Man Blues')… Quelle allure !
Christian Casoni

Keith B. Brown
Down the line

 

Genre musical: Plutot Folk
Compositions: 13 sur 13
Livret : Superbe
Label : DIXIEFROG
Distributeur : HARMONIA MUNDI

Keith B. Brown… mais si, le gars qui jouait le rôle de Skip James dans le film de Wim Wenders, The Soul Of A Man… Il revient sur la brèche avec un troisième album (le quatrième si ça se trouve), grand écart entre Salon-de-Provence et Palm Beach en Floride. Keith B. chante bien, les titres a capella figurant ici l’attestent (si besoin était), mais il n’a pas la voix d’Howlin’ Wolf ni celle de Barry White. Keith B. a le timbre et le débit d’un chanteur de folk blanc, avec une sorte de franchise, une netteté qui baigne tous les genres abordés, blues, rock, blues-rock, country, gospel, et incite à leur coller le suffixe folk. A l’arrivée, Down The Line s’impose comme un authentique disque de folk, même quand l’homme raucifie son chant et que l’orchestre tabasse le tempo. Keith B. chante bien, mais il joue encore mieux. Ses parties de guitare sèche sont toujours impeccables, pickings précis et enlevés, shuffles excitants, quelques breaks remarquables comme ces phrases fondues dans le rythme de ‘Pretty Sweet Music’, une chanson plutôt pop. Keith B. est secondé par quatre musiciens efficaces, dont deux s’appellent comme ici : Etienne Prieuret, dont les riffs électriques, presque garage, mettent du swamp, un peu de vice et de brutalité dans cet éden acoustique, l’harmonica volubile et gazouillant de Jason Ricci, capable de muscler ses reptations et de monter soudain en intumescence, plus Olivier Monteils aux balais, plus Mark Telesca à la basse. ‘Down The Line’, la chanson qui ouvre l’album : dès les vingt premières secondes on est happé par le contraste d’un chant doux-hargneux, des plans de country-blues ébouriffants, et cet harmonica, aigrelet comme un accordéon diatonique… Oui, folk. C’est mon dernier prix !
Christian Casoni

Little Joe Ayers
Backatchya

 

Genre musical: North Mississippi Hill Country Blues
Compositions: 10 sur 13
Livret : Digipack
Label : DEVIL DOWN RECORDS
Distributeur : WWW.NAYATIDREAMS.FR

Backatchya est le premier album solo de Little Joe Ayers. Ancien compagnon de route du légendaire Junior Kimbrough, (dont il reprend ici ‘Keep Your Hands Off Her’). Joe Ayers a été initié au Hill Country Blues par son cousin et joué lors de fêtes locales. Par la suite, Junior Kimbrough l'intègre dans son groupe The Soul Blues Boys. On peut aussi le voir accompagner à la basse, Kimbrough, dans le film Deep Blues de Robert Palmer. Avec un pedigree comme celui-ci, Joe Ayers ne pouvait échapper au flair du jeune Reed Turchi, fondateur du label Devil Down Records, sur lequel ce disque vient de sortir. Reprenant de l'activité et étant réapparu sur scène lors des Mississippi Hill Country Picnics de Pott Camps (organisé par l'activiste et musicien Kenny Brown, ce disque a d'ailleurs été enregistré dans sa maison), Little Joe Ayers nous offre un album frais et authentique. Il nous plonge dans son jeu de guitare délié et lancinant qui séduira les amateurs de blues sans OGM (le disque a été enregistré sans overdub) et qui évoque ce naturel déroutant avec lequel les musiciens de cette région des collines perpétuent cette tradition rurale et essentielle.
Nicolas Miliani

Louisiana Red & Little Victor's Juke Joint
Memphis Mojo

 

Genre musical: Blues Incendiaire
Compositions: 11 sur 12
Livret : Beau
Label : RUFF
Distributeur : SOCADISC

En 2009, l’association Louisiana Red et Little Victor avait eu pour résultat un remarquable CD couronné par de multiples récompenses. Voilà que le duo est revenu en studio, non pas en Norvège, mais à Memphis cette fois, pour un enregistrement tout aussi réussi. S’il est moins surprenant que Back To The Black Bayou qui balançait un réel uppercut à l’auditeur,  Memphis Mojo nous offre encore 12 titres de la meilleure veine. Louisiana Red en signe 11 et se plaît à reprendre ‘See That My Grave Is Kept Clean’. Pour ce nouvel enregistrement le style est plus « traditionnel », ce qui signifie dans la chaleur moite du Mississippi, un groove d’enfer, un son brut, des slides brûlants et une saturation de bon aloi. C’est puissant et grisant comme un vieil alcool qui révèle tous les arômes qu’il a développés au fil des ans. Inutile de préciser que Red mets tripes sur la table quand il chante et que le band qu’il l’entoure n’a pas fait ses classes à l’orphéon municipal puisqu’on retrouve Little Victor à la guitare et quelques invités de marque comme Bob Corritore à l’harmonica et David Maxwell au piano.
Gilles Blampain

Mathis Haug
Playing my dues

 

Genre musical: Blues Folk
Compositions: 10 sur 10
Livret : Beau digipack
Label : DIXIEFROG
Distributeur : HARMONIA MUNDI

Le jeune allemand Mathis Haug publie sur le label Dixiefrog son premier album solo. Succédant à Five, cet enregistrement nous plonge dans un univers mélancolique, voguant entre blues et folk. Le disque est servi par une production chaleureuse et élégante. Le grain de voix de Mathis qui signe seul deux textes (et co-signe les autres) s'accorde parfaitement avec les nappes de guitare aérienne et les battements de cœur de la contrebasse. Une guitare slide discrète vient agrémenter cet ouvrage. Ne cherchez pas d'envolées électriques ou de saillies blues rock sur   ‘Playing My Dues’, on est plus dans un registre intimiste. On peut regretter qu'aucun morceau ne sorte du lot. Peu importe, le grain de voix de ce « cousin germain » du blues avec ses arrangements sans faute de goût nous transportent de piste en piste. Playing My Dues est un élégant enregistrement de blues à textes et de folk à slide. Un disque qui arrive à la fin sans que l'on s’en rende compte...
Nicolas Miliani

Muddy Waters
All-Star tribute to a legend

 

Genre musical: Chicago Blues
Compositions: 0 sur 14
Livret : Digipack
Label : BLUES BOULEVARD
Distributeur : MUSIC AVENUE

L'enregistrement que vous aurez entre les oreilles en écoutant ce CD n'est pas récent. Il date du 11 Octobre 1997, mais quel régal ! Une dream team du blues a été réunie pour rendre un hommage à Muddy Waters. Koko Taylor la pétillante, disparue en 2009, ouvre avec ‘I'm Ready’  et ‘Long Distance Call’. Puis grand frisson avec une interprétation magistrale de ‘She's 19 years Old’que fait durer huit minutes un Buddy Guy charmeur. Et comme ça, l'air de rien, s'enchaînent les reprises grâce à Peter Wolf, Charlie Musselwhite, Keb' Mo', Mem Shannon, John Hiatt, Phoebe Snow qui monte haut dans les aigus, sans oublier le fiston de Muddy, Big Bill Morganfield qui reprend tout naturellement  ‘Hoochie Coochie Man’ et ‘Got My Mojo Working’. La foule présente ne s'y trompe pas et vibre au feeling présent sur cette scène ce soir là. Un petit reproche, quand même : les applaudissements coupés nets pour passer au morceau suivant. Bel hommage donc, également sur DVD avec en prime entre les morceaux quelques commentaires et documents sur l'environnement qui a inspiré Muddy Waters. A voir.
César

Nina Attal
Yellow 6/17

 

Genre musical : Soul
Compositions : 12 sur 12
Livret : Simple
Label : PIAS
Distributeur : PIAS

Cette nouvelle production nous apporte à nouveau un maillage de soul et de funk bien serré. Une rythmique bien huilée, des guitares cinglantes, une section de cuivres au top, un clavier qui apporte un bonus, plus un synthétiseur pour quelques effets spéciaux et le mercure monte à coup sûr dans le tube. On sent l’ardeur et la passion  qui ont été mises dans chaque titre.  Le band emporte tout dans son sillage avec une énergie et une puissance redoutable. A la tête de cet équipage survitaminé, Nina Attal, petit bout de femme dynamique et enthousiaste, voix bien posée et jeu de guitare endiablé, s’impose de plus en plus dans le paysage de la soul music. C’est vif, joyeux et séduisant, tout est bien structuré et les titres s’enchaînent avec bonheur. Après le trop bref Urgency, son précédent CD, ce disque est beaucoup plus consistant au niveau de la set list. Les 12 compositions signées Nina Attal et Philippe Devin devraient entraîner des ravages sur les dance floors non renforcés. La production est sans faille et tout est parfaitement cadré. L’enregistrement et le mixage ont été faits à Paris, pour le mastering ça s’est fait à New York.
Gilles Blampain

Popa Chubby
Back to New York City

 

Genre musical: Rock Blues
Compositions: 9 sur 11
Livret : Pas vu
Label : PROVOGUE
Distributeur : MASCOT

Depuis qu'il est apparu au début des années 90, dans toute sa rondeur, narquois
et frondeur, on sait qu'il a Big Apple dans ses gènes, que New York est son
carburant spirituel, sa source d'inspiration. Avec ce nouvel album Popa Chubby
écrit une lettre d'amour à sa ville natale. «Je crois encore en New York, et en tant que bluesman, je m’identifie toujours comme venant de cette ville» dit-il. Pour évoquer le
rythme de la ville qui ne dort jamais, Popa Chubby assène un rock-blues puissant rempli d'émotion. C'est une musique coup-de-poing, propre à son auteur mais les fantômes de Jimi et de Stevie Ray hantent encore le bad boy du Bronx. Tendre ou énervé, épaulé par AJ Pappas à la basse et Dan Hickley à la batterie, Popa Chubby fait ronronner sa guitare dans un registre sentimental ou peut la faire rugir dans un boogie d'enfer et son chant est toujours aussi convaincant. Il balance 9 titres originaux, reprend Leonard Cohen (‘The Future’), et comme, décidément, il ne recule devant rien, ne se refuse rien, il interprète en final une musique signée Jean Sébastien Bach ('Jesus Joy Of Man's Desire'). Toujours dans l'action et la provocation, Popa Chubby fait ce qui lui plaît, il a ses thuriféraires et ses détracteurs, mais il semble que peu lui en chaut.
Gilles Blampain

The Waterboys
An Appointment With Mr. Yeats

 

Genre musical: Rock Lyrique
Compositions: 14 sur 14
Livret : Pas vu
Label : PROPER RECORDS
Distributeur : PROPER

Drôle de disque et drôle de groupe, avec des prétentions tellement démodées qu’elles en deviennent bizarrement modernes. Les Waterboys : des Anglo-Saxons de tous poils emmenés par un Ecossais bien-nommé Mike Scott. Ils ont dû dépasser la dizaine d’albums aujourd'hui, le premier de la série remontant à 1983. Ils ont d’abord fait du rock, puis du folk celtique, avant de panacher les deux genres, et en sont restés là, semble-t-il, à l’écoute de cet Appointment dont on pourrait dire qu’il sonne celtana, comme on parle d’americana en d’autres circonstances, pour un folk-rock trop ceci ou pas assez cela. Notre homme chante dans un rictus, comme s’il était en train de démouler un cake ! C’est sûr, présenté comme ça… Pourtant, essayez d’imaginer la présence d’une voix qui hésite entre Alice Cooper et le Peter Garrett de Midnight Oil, et monte parfois dans un registre passionnel avec l’emphase un peu clinquante du David Bowie de Ziggy Stardust, grandiloquent, déclamatoire, jamais franchement ridicule, toujours émouvant. Les mélodies sont claires et droites, la ligne orchestrale, riche, tracée par des musiciens rompus à toutes les batailles du rock, les claviers donnant la couleur spécifique de chaque titre, nappes d’orgue brûlantes 70’s, dallages pop de synthés 80’s, (très discrètes) touches d’electro 90’s, la guitare retenant ces aspirations célestes dans les fondamentaux du rock’n’roll. C’est comme se trouver à la fois là où le rock anglais commençait à devenir fantasmagorique, et là où la new-wave commençait à sortir du punk pour revenir vers la pop. Ah oui, Yeats ! C’était un poète irlandais à cheval sur les XIXe et XXe siècles dont l’œuvre a inspiré la totalité des titres de cet album, rodés lors d’un show-hommage (chômage ?) dans un théâtre dublinois.
Christian Casoni

Tinqui8
The old rider's blues

 

Genre musical: One Man Band
Compositions: 14 sur 14
Livret : Avec les paroles
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : CONTACT.CIGARBOX@GMAIL.COM

Tinqui8, prononcer ‘t'inquiète’ est un OMB (one man band). Grosse caisse au pied, tambourin à l'autre, au cou un harmonica et entre les mains, ses guitares. Une flopée de guitares, de la Weissenborn aux cigar box de sa fabrication. De une à quatre cordes selon le morceau, tendues sur une boîte de cigare, le manche fait souvent à partir d'un tasseau, les bobinages de ses micros tortillés à la main. On est en plein régime roots et ça sonne grave. Premier album pour ce bricoleur de génie qui chante en français. Quand il se produit en terre étrangère, c'est son côté dynamique qui conquiert les publics. C’est la vie qu'il vit, les rencontres qu'il fait, ses ressentis, qui lui dictent les paroles de ses chansons. ‘La Sortie ’,  l'histoire du type qui s'ennuie dans une soirée. ‘Mes Petits Vices’, on a tous des défauts et il faut vivre avec. ‘Rendez-vous Au Comptoir’ (titre sur lequel se pose le sax d’Yves Carmona) et ‘La Séparation’ sont des situations qui vous sont sûrement arrivées. ‘Origines’ l'instrumental joué à la Weissenborn est dynamisé par les percussions de Luc Indigo. La pêche est communicative avec des titres comme ‘Laisser Les Bons Temps Rouler’ ou ‘La St Tinqui8’ Au même titre que sa musique, les paroles sont directes, sans chichis. Un côté « sauvage » est présent grâce à un son généralement saturé, un bottleneck baladeur et une spontanéité palpable. Les quatorze titres ont été enregistrés en quatre jours, pour garder le côté brut de ses compositions, par Thierry Nicolaï qui gère le studio Le Chantier et qui a prêté sa voix pour les chœurs.
César

Tom Russell
Mesabi

 

Genre musical: Americana
Compositions: 14 sur 15
Livret : Beau avec les textes
Label : PROPER
Distributeur : HARMONIA MUNDI

Les mélodies sont ciselées, les ambiances sont prenantes, la voix est chaude et profonde et ne manque pas de subtilité voire de légèreté. Ce 26ème disque de Tom Russell s’ouvre sur un titre en hommage à Bob Dylan (‘Mesabi’). Un rock bien troussé qui nous conte l’histoire du gamin qui a grandi à Duluth. Le reste n’est pas bien joyeux, mais les chants les plus tristes ne sont-ils pas les plus beaux ? En effet, au fil du CD les histoires chantées par Tom Russell sont empreintes de nostalgie, les légendes disparues, la jeunesse évanouie, le rêve hollywoodien déchiré. Il nous parle de Bobby Driscoll enfant acteur chez Disney au destin tragique, Sterling Hayden, Liz Taylor et James Dean, tous entraînés dans le tourbillon fatal de l’usine à rêves. Et puis Russell nous emmène vers frontière mexicaine, Rio Grande, Tijuana, Juarez, il évoque la souffrance des faibles, des exploités, tués par les gangs ou broyés par le système. La musique folk de la côte Est laisse alors la place aux sonorités tex-mex avec accordéon, trompettes, mandoline et cajon. Il y a même un superbe morceau flamenco (‘Jai Alai’). Tom Russell signe 14 titres et quand il reprend Bob Dylan (‘A Hard Rain’s A-Gonna Fall’) en compagnie de Lucinda Williams, le mot « superbe » s’impose.
Gilles Blampain

Warren Haynes
Man in motion

 

Genre musical: Blues, Rock, Soul
Compositions: 9 sur 10
Livret : Beau et complet
Label : PROVOGUE
Distributeur : MASCOT

Cette échappée en solitaire du fondateur de Gov’t Mule, qui n’est pas la première puisque dès 1993 il se distinguait avec Tales Of Ordinary Madness, est assez réjouissante. Il distille un blues trempé dans le rock avec d’évidentes fragrances de funk et de soul et étire chaque titre entre 6 et 7 minutes, voire plus, pour le plus grand plaisir de l’auditeur. Si l’homme est vituose, il a l’intelligence de ne pas vouloir en mettre plein la vue et de se complaire dans le démonstratif. Le jeu de guitare est dynamique et révèle une réelle finesse. Mais pourrait-il en être autrement d’un musicien qui a déjà plus d’une trentaine d’enregistrements à son actif, que  ce soit avec The Allman Bothers Band, The Dave Matthews Band, The Derek Trucks Band,  Gov’t Mule bien sûr, et quelques autres ? La voix légèrement éraillée sait se faire moelleuse par moment et se laisse envelopper par l’orgue et les cuivres. Haynes déclare qu’avant d’être guitariste, il voulait être chanteur. Celui qu’on statufiait déjà dans la posture du guitar hero se révèle donc comme un soulman dans l’âme. Il signe 9 titres et reprend ‘Everyday Will Be Like A Holiday’ de William Bell et Booker T Jones.
Gilles Blampain

Wo Fat
Noche del Chupacabra

 

Genre musical: Psychedelic Blues Rock
Compositions: 5 sur 5
Livret : Digipack
Label : NASONI
Distributeur : HTTP://WWW.WOFAT.COM

Que les puristes du blues se saisissent d'un crucifix ou de tout autre grigri pour se protéger de la musique présentée dans cette chronique. Wo Fat est un trio Texan qui trouve ses racines dans le gros son blues/rock des années septante. On pense à Black Sabbath, ZZ Top, Hendrix, à tous ces groupes qui composent une musique faîte pour être développée sur scène. D'ailleurs le plus court des cinq morceaux de l'album est de près de sept minutes, le plus long dépasse les quinze. Les amplis sont boostés et l'énergie est à revendre. De la wah wah, du delay, une basse bombardier, une batterie mastodonte et des textes basés sur la littérature fantastique et le cinéma d'horreur, c'est la mixture qui est préparée dans le chaudron de ce trio qui fait tout pour vous hypnotiser. Et ça marche ! Essayez le titre éponyme. Ça commence avec quelques percussions sur des nappes planantes et on finit cramponné à son fauteuil avec la tête qui bouge d'avant en arrière, possédé par leur alchimie.
César