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été 20
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Dans cette rubrique, vous trouverez une sélection de CD choisis par l'équipe Blues Again.

Septembre 2011

Big Daddy Wilson
Thumb a ride

 

Genre musical: Folk blues accoustique interstellaire
Compositions: 12 sur 13
Livret : Bien
Label : RUFF
Distributeur : SOCADISC

Big Daddy Wilson prouve, si besoin était, que le blues acoustique peut parfois toucher au sublime. Thomas Ruf, habituellement plutôt orienté blues-rock, a eu la bonne idée de signer ce prodige en 2009, sortant l’album Love Is The Key, chroniqué à l’époque dans ces colonnes. Big Daddy Wilson confirme aujourd’hui tout le bien qu’on pensait de lui en nous offrant, toujours chez Ruf, sa nouvelle petite merveille Thumb A Ride. Un régal de mélodies tantôt blues laid back, tantôt country blues, tantôt ballades folk avec même un titre aux effluves jamaïcaines. La voix chaude chargée d’émotion de Big Daddy Wilson, propulse ses textes et sa musique hors de la stratosphère. Il faut dire que son timbre fabuleux est magnifiquement soutenu par les cordes entrelacées de Jochen Bens et Michael Van Merwyk. Guitare classique ou resonator, mandoline, banjo, Weissenborn, ornent chaque titre d’ambiances qui nous transportent au milieu des étoiles, au rythme parfois des percussions de Wilson lui-même. Précisons que si Big Daddy signe seul les textes, les compos sont toutes le fruit du travail collectif de nos trois comparses, à l’exception d’une reprise, ‘Brother Blood’, de Ron Cuccia et Charles Neville (preuve supplémentaire du goût très sûr de notre homme). En résumé, que vous soyez « acoustique addict » ou plutôt « gros son », soyez pour une fois d’accord et courez vite chez votre crémier préféré, lui arracher l’album des mains, sous peine de passer à côté de quelque chose de vraiment immanquable.
Robert Biettron

Chris Barber
Memories of my trip

 

Genre musical: Blues, jazz new orleans, skiffel, gospel
Compositions: 31 perles
Livret : Très élaboré
Label : PROPER
Distributeur : PROPER

Quel parcours ! Voici une rétrospective de 60 ans de carrière du tromboniste et chef d’orchestre Chris Barber, figure tutélaire du jazz britannique, qui a collaboré avec les plus grands noms du jazz et du blues des deux côtés de l’Atlantique. Barber a concouru avec Lonnie Donegan et Harold Pendleton, patron du Marquee club, à faire éclore le blues en Grande-Bretagne. Dans les années 50, c’est lui qui a organisé les tournées de Muddy Waters, Sonny Terry & Brownie McGhee, James Cotton, Pinetop Perkins et quelques autres. L’album contient 31 titres, beaucoup ayant une importance historique car jamais édités auparavant, d’autres spécialement enregistrés pour ce CD. Une étonnante liste d’invités s’affiche donc au générique, Brownie McGhee, Ottilie Patterson, Lonnie Donegan, James Cotton, Alexis Korner, Muddy Waters, Eric Clapton, Jools Holland, Van Morrison, Andy Fairweather-Low, Jeff Healey, Dr. John, Paul Jones, Keith Emerson, Mark Knopfler… En public ou en studio, les styles abordés sont essentiellement jazz New Orleans, skiffle, blues et gospel, mais les formations musicales varient du duo au big band. Quelques grands classiques dans la liste: ‘Kansas City’, ‘Can’t Be Satisfied’, ‘Digging My Potatoes’, ‘How Long Blues’, ‘Saint Louis Blues’, ‘High Society’, ‘Georgia On My Mind’... un vrai régal ! Le livret donne une explication détaillée de chaque chanson à travers un entretien que Chris Barber a donné au critique de jazz du Times, Alyn Shipton. Un double CD qui en dit long sur l’esprit de Chris Barber et de sa musique.
Gilles Blampain

Christophe Marquilly
Cocaine

 

Genre musical: Blues Rock
Compositions: 1/2
Livret : Pas vu
Label : STOCKS MANAGEMENT
Distributeur : WWW.MARQUILLY.COM

Deux titres. C'est un single qui annonce un album plein de bruit et de fureur. Le blues-rocker du Nord, ancienne figure de proue du groupe Stocks, a obtenu l'autorisation d'adapter en français la tarte à la crème de JJ Cale, 'Cocaine'. Le texte original exprimait déjà un certain scepticisme sur le sex-appeal de cette femme un rien racoleuse. Marquilly enfonce le clou: "J'vais t'présenter une fille qu'il faut pas fréquenter : Cocaïne. Même si elle te sourit, vaut mieux pas l'emballer : Cocaïne." Bon, le message est salubre et c'est pas plus mal, même si on a parfois l'impression que la chanson est destinée à illustrer un clip de la MILDT, financé par le ministère de la Santé : "Elles font vraiment la paire, elle et la marijuana, Cocaïne"... C'est un autre débat. En tout cas, sa version est nettement plus percutante que celle de l'ectoplasme de Tulsa, avec ses belles torsades d'électricité nerveuses. Deuxième plage : 'Suzy', toujours bluesy mais plus hard, riff d'acier, thème élastique, lourdes notes bondissantes et solos héroïques aux cambrures mélodieuses.
Christian Casoni

Jacqui Dankworth
It happens quietly

 

Genre musical: Cool jazz
Compositions: 1 sur 12
Livret : Simple et clair
Label : PROPER
Distributeur : PROPER

Il y a des dynasties dont le talent ne s’éteint pas. En effet, Jacqui est la fille du saxophoniste de jazz et chef d’orchestre britannique Johnny Dankworth. L’interprète est  séduisante et l’ambiance générale est à la décontraction. Comme l’annonce le titre (It Happens Quietly / Ça Arrive Tranquillement),tout reflète la quiétude dans ce disque léger et délicat. Une voix suave, des ambiances cools avec d’agréables orchestrations économes d’effets mais aériennes. Cordes, piano, instruments à vent forment un véritable écrin mettant le chant en valeur. Un disque fait pour les amateurs de belles voix et de jazz classique. Cet enregistrement fut en partie la dernière collaboration artistique du père (décédé  en février 2010),  qui en a signé les arrangements, et de la fille. Jacqui Dankworth souvent considérée par la critique d’outre-Manche comme l’une des meilleures chanteuses de sa génération se réapproprie des standards comme ‘A Nightingale In Berkeley Square’, ‘In The Still Of the Night’, ‘My Foolish Heart’ et chante des titres écrit par son père dont un signé conjointement. Un enregistrement dont la finesse d’interprétation met l’auditeur en état d’apesanteur. 
Gilles Blampain

Jerry Deewood
Sings with Sherrill Nielsen and friends

 

Genre musical: Gospel, Rock, Blues
Compositions: 16 sur 16
Livret : Simple
Label : ADONDA
Distributeur : AMAZON, E-MUSIC, CD BABY, ETC

Jerry Deewood entremêle les partitions du diable et du bon Dieu et les chante avec le même élan. Que ce soit dans la violence d’un rock ou le recueillement d’un gospel, il est toujours juste et sincère, et on sent qu’il a de la puissance en réserve, que la voix n’est jamais forcée. En décembre 2004 il fait la connaissance de Sherrill Nielsen chanteur de gospel et ancien choriste d’Elvis Presley. Le courant passe entre les deux artistes. C’est une expérience forte, tant sur le plan des relations amicales que professionnelles. Jerry quitte sa Belgique pour aller enregistrer à Memphis des chansons écrites et composées par Nielsen, dont une bonne partie était destinée au King. Il glisse au passage deux titres de sa composition (‘I Got The Blues’ et ‘Lovers In Between’) qui révèlent de réels talents d’auteur compositeur. En toute humilité, Sherrill Nielsen laisse pointer le projecteur sur Jerry et s’efface dans les chœurs. Le résultat est fort, surprenant, enthousiasmant. L’orchestre, les chœurs (évidemment) et la production, tout est parfait. Il est évident que les ombres d’Elvis et de Jerry Lee planent sur ces enregistrements mais le professionnalisme et le charme de Deewood sont bien présents. Sherrill Nielsen a quitté ce bas monde en décembre 2010. Ce disque est donc autant un hommage à un ami disparu qu’une volonté de reconnaissance du talent de créateur de cet ami. Généreusement, Deewood réserve les royalties à la veuve du défunt.
Gilles Blampain

Jimmie Vaughan
Plays more blues, ballads & favorites

 

Genre musical : Blues, Soul, etc
Compositions : 0 sur 16
Livret : Simple
Label : PROPER
Distributeur : HARMONIA MUNDI

Il avait déjà expérimenté le concept une première fois, il y a un an, avec J.V Plays Blues, Ballads & Favorites. Alors, puisque ça marche pourquoi ne pas renouveler l’expérience ? Et on ne va s’en plaindre. Revoilà donc Jimmie Vaughan reprenant cette fois encore des titres qui lui plaisent dans différents styles qu’il affectionne particulièrement. Il y apporte bien sûr tout le talent et le feeling qu’on lui connaît et, vu le cursus artistique du bonhomme, l’ensemble est plus que réussi, et vraiment jouissif. Au gré d’ambiances frétillantes ou lascives, de solos de guitare soutenus par le moelleux de chaleureux saxophones, Vaughan nous offre 16 reprises de classiques du blues sudiste, de la soul néo-orléanaise, du rhythm’n’blues ou du rock. Hommage à Bobby Charles (‘No Use Of Crying’, ‘I Ain’t Gonna Do It No More’), à Hank Williams (I Hang My Head And Cry’), à Ray Charles (‘Greenbacks’), ou à d’autres compositeurs moins connus, tout cela avec classe et décontraction. Évidemment enregistré à Austin Texas, comme sur le précèdent CD Jimmie Vaughan est entouré par les mêmes musiciens et cette fois encore Lou Ann Barton vient poser sa voix sur de nombreux titres.
Gilles Blampain

Jumpin' To The Westside
No Kidding

 

Genre musical: Rhythm'N'Blues, Soul, West Side
Compositions: 11 sur 12
Livret : Simple et informatif
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : WWW.JUMPINTOTHEWESTSIDE.COM

La lettre accompagnant le CD évoque trois jeunes Bordelais âgés de 17 à 19 ans, en formation serrée depuis l'automne 2009 : Alexis Evans (chant guitare), Thibault Ripault (guitare, chant) et Bastien Cabezon (batterie, chant). Tout le monde touche à la compo et Lonj, qui signe et chante le titre de clôture, qui joue la basse et un peu d'harmo, leur décerne un joli compliment en clôture de l'album : 'Kids Are Good'. Et c'est vraiment le cas. La candeur avec laquelle ceux de Bordeaux abattent leur répertoire est la vertu majeure de ce premier album, sans effets spécieux, sans avoir besoin d'esbroufe pour donner de la personnalité à leurs compositions. Les mélodies sont là, dans le chant, dans les contrechants de la deuxième guitare, solides et indéniables. Le chemin est balisé, le groupe n'a qu'à se laisser porter et ouvrir les réflecteurs : Memphis à droite, Chicago à gauche, et même un jump au centre. Ils sont très bons malgré leur jeune âge, une primeur qu'on ne devrait même pas signaler sous peine d'édulcorer l'appréciation. Ils sont très bons tout court. La guitare rythmique joue simplement funky, assénant la même réponse imperturbable, riche et porteuse, avec une sorte de dénuement qu'on pourrait presque qualifier de folk funk ! Sa sœur glisse élégamment ses turn-around touffus et précis sous le chant, comme ces double-stops mélodieux au poignet-mandoline qui bercent le break de 'Some Kind Of Thing', un emprunt à Syl Johnson. Le chant est nickel, surtout quand c'est Evans qui s'y colle. Celui de Ripault ne manque pas de charme mais il est parfois trop vert et manque un peu de corps. Ce sera l'unique réserve de cette chronique. Pour sûr, no kidding !
Christian Casoni

Malted Milk
Soul Of A Woman

 

Genre musical: Soul
Compositions: 4 sur 5
Livret : Magnifique
Label : DIXIEFROG
Distributeur : HARMONIA MUNDI

La petite philharmonie soul de Nantes revient hanter les disquaires avec un EP-cinq titres, conçu comme un mini-album. Malted Milk s'enfonce dans la soul des années 70 avec une détermination invincible, un savoir-faire et un mimétisme de plus en plus pointus, ses cuivres panoramiques en escaliers ou en rideaux, ses orgues voluptueux, sa wah-wah chirurgicale, son chant miaulant, maniéré, presque minaudier mais terriblement vintage, beaucoup de nerf dans le jeu, et une réalisation claire qui permet d'entrer dans la foulée des musiciens. Avec des solos griffés Albert King, la guitare reste le carbone 14 de leurs origines : le blues. La facture aurait pu être un peu trop pasteurisée, comme s'en amuse la réclame parodique qui fait leur slogan ("milk-cream pasteurized"), mais non. Ils se fondent dans cet idiome exogène comme s'ils étaient nés là-bas, au bon moment, au bon endroit : Memphis. Le bonus 'Brand New Thing', saisi live sur la scène de Jazz à Vienne, serment de leur nouvelle cosa nostra, sonne résolument James Brown. L'attaque mordante en dit long sur la valeur du groupe en live.
Christian Casoni

Marc Loy
Barfume

 

Genre musical: Chanson française aux sonorités Blues Rock
Compositions: 13 sur 14 + 1 Ghost song
Livret : Digipack sans commentaire
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : WWW.MYSPACE.COM/MARKLOY

Si vous aimez des gens comme Paul Personne, Verbeke et autres français de talent, peut-être alors prêterez vous une oreille attentive à Marc Loy, baladin qui se sert du blues, du rock, des musiques d'outre-Atlantique pour faire passer des textes bien écrits. Marc Loy est un poète. Sa belle voix grave et légèrement éraillée a du faire chavirer pas mal de palpitants féminins, surtout quand il attaque ce blues funkisant      ‘Parlez Moi De Sexe’. Un beau blues/gospel nous dit ‘I Hate The Blues’. C'est l’un des deux morceaux interprétés en anglais, l'autre étant la seule reprise de l'album - Buddy Guy ‘Stomach Blues’.  Ce digipack mêle pop/folk dans sa première partie et blues/rock dans sa seconde ce qui fait que le grand écart est réalisé entre chanson douce et nostalgique à la guitare sèche comme ‘Tu N'm’emporteras Pas Au Paradis’ et boogie rock électrique et effréné ou les musiciens qui l'accompagnent s'en donnent à cœur joie. L'esprit de Bo Diddley plane sur la chanson ‘Touchez La’.
Touchez la quoi ? Vous le saurez en écoutant Barfume. Non le blues n'est pas qu'une affaire d’artistes américains. Pour finir une petite citation : « le moindre mot mérite réflexion, le moindre mal mérite attention ! », c’est dans l’une de ses chansons. Bonne écoute !
César

Nicky Estor
Blues and Friends

 

Genre musical: Blues, Soul, Rhythm & blues
Compositions: 1 sur 11
Livret : Simple
Label : IGUANE RECORDS
Distributeur : MOSAIC

Nicky Estor a du goût, assurément... à en juger par les artistes qu'il reprend sur ce disque, le Québécois d'adoption (notre homme est né en France à Bergerac) a de solides références. Et une pléiade d'ami(e)s chanteurs, chanteuses... musiciens pour l'aider dans ce projet d'album. Paru fin juillet 2011 sur le label qu'il vient de créer, Iguane Records, l'animal (pas l'Iguane, Nicky Estor) nous offre des reprises de cadors et références du blues, de la soul, rhythm & blues et autres rejetons de la blue note : Ike Turner est bastonné par un Hammond B3 tenu par « Vinz » Pollet-Villars et bien servi par le timbre de la chanteuse Kim Richardson. Piste 2 et au tour de l'iconique Johnny Guitar Watson : ‘Dont' Touch Me’ nous chante-t-il pourtant... Belle production sur la voix de Ben Racine. ‘Let's Boogie In Montreal’... Et vive le boogie libre pour l'unique compo du Nicky Estor, Caribou ! Notre Nico Wayne Toussaint national est présent sur un ‘Something You Got’ boogie-bluesant et efficace. Nicky Estor sera lui sur la prochaine salve discographique de l’harmoniciste. Un élégant disque qui séduira les amateurs de la Note Bleue (bah oui, au Québec, on ne doit pas dire Blue Note !).
Nicolas Miliani

One Leg Toad
From the Bayou

 

Genre musical: Blues alternatif decale
Compositions: 0 sur 10
Livret : Pas de livret
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : WWW.MYSPACE.COM/ONELEGTOAD

Né dans le bayou français, One Leg Toad a tout pour séduire. Ces quatre musiciens férus de blues nous entraînent dans les méandres de la Louisiane, revisitant les années 30 avec un album acoustique au timbre follement décalé. S'ils gardent l'essentiel des morceaux d'Harry Belafonte (‘Take My Mother Home’), de Skip James (‘Cypress Grove’) ou plus sixties encore des Bluesbreakers (‘Crawling Up A Hill’), chacun y apporte sa touche toute personnelle. Métamorphosé par les percussions brésiliennes et la scie musicale de François Luçon, ‘Nobody's Fault But Mine’ne sonne plus pareil. La voix groove de Julien Dexant, la contrebasse de Davton Ripault et l’accordéon d'Eric Proud forment un ensemble à la sonorité astringente, puissante et gouleyante. Pour ce crapaud à une patte, l'aventure ne fait donc que commencer. La signature de ce premier album aux couleurs vibrantes et au style bien marqué en cache un second en cours de préparation qui cette fois sera peuplé de leurs propres compositions.
Loreline Merelle

Ry Cooder
Pull up some dust and sit down

 

Genre musical: Country Folk Tex Mex
Compositions: 13 sur 13 ?
Livret : Tres joli
Label : NONESUCH RECORDS
Distributeur : PERRO VERDE

Ry Cooder grimace devant les pages saumon du Financial Times. Un gang de vieux yuppies est en train de chiquer la planète. Dire que son pays faisait, jadis, rêver toutes les nations du monde. Epaulé par une escouade de charmeurs de crotales, des qui pincent des gaffophones mariachi, des qui embouchent des schmilblicks à tubulures, sixte-basse, sousaphone, saxhorn et marimba, Ry invoque Jesse James et Emiliano Zapata. Conjunto, boléro, sérénade tex-mex, la fleur est certes un peu tropicale, mais elle s'enracine résolument de l'autre côté de la frontière, dans le country folk américain, bottleneck, mandoline et banjo. Ce double visa fait naître une série de lubies rigolotes, chili old-time, country-musette, valse-fanfare et, tiens ? Un reggae. Le générique est hollywoodien, avec des Chicanos à vent, à cordes, à soufflet, à archet, à percussion, à touches, et le fils Cooder roulant sa grande classe sur les peaux (sauf un titre qu'il cède à son maître, Jim Keltner). Pas du tout grisé par un tel déploiement d'artillerie, Ry sert les chansons avec une discipline altière, évitant naturalisme et parodie malgré cette voix de cowboy désenchanté, qui se déchaîne contre Wall Street, Goldman Sachs, les lois sur l'immigration, et propose le ticket John Lee Hooker/Jimmy Reed pour la Maison-Blanche ! Ry se complaît surtout dans les ballades et, si majestueuses soient-elles, on n’est jamais à l’abri d’un coup de pompe, d’autant que l’une d’elle, ‘Dirty Château’, est vraiment pénible quand on n’entrave pas l’anglais. On peut toutefois les savourer à petites gorgées, c’est le credo même de cet album : Sit down!
Christian Casoni