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été 20
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Dans cette rubrique, vous trouverez une sélection de CD choisis par l'équipe Blues Again.

Fevrier 2011

Charles Bradley
No time for dreaming

 

Genre musical: Soul
Compositions: 12 sur 12
Livret : Digipack
Label : DAPTONE
Distributeur : DIFFER-ANT

De la soul high class, robuste et élégante. Un vrai régal pour les amateurs. C’est chaud, puissant, bourré de feeling et de bonnes vibrations. Quelle voix ! Quelle présence ! Charles Bradley se situe sans conteste dans la lignée des plus grands. Il est le digne héritier de James Brown, Otis Redding, Eddy Floyd ou Wilson Pickett. C’est le choc dès le premier titre. Dès qu’il pousse le cri déchirant du soulman, avec ce timbre de voix si spécial, rugueux et chargé d’émotion. Il possède ce mélange d’énergie sauvage et de tendresse retenue qui provoque le frisson intense. C’est sensuel, voire charnel. Charles Bradley a la puissance dramatique que font passer les vrais soulmen, submergés par des moments de suffocation ou de tendresse. Un tel joyau méritait un bel écrin, et le Menahan Street Band, l’orchestre qui soutient et met en valeur la voix de Charles Bradley est incontestablement à la hauteur. Orgue et section de cuivres, sans oublier la rythmique et les chœurs, rappellent les grandes heures du label Stax. Bradley sort son premier album à 60 ans passés, il était temps, il aurait vraiment été dommage de passer à côté d’un tel talent. En plus il ne se contente pas de chanter, il co-signe 8 titres sur les 12 affichés. N’ayons pas peur des mots, ce disque est absolument superbe.
Gilles Blampain

Dave Weld and The Imperial Flames
Burnin' lovel

 

Genre musical: Blues from Chicago
Compositions: 11 sur 13
Livret : Explicatif
Label : DELMARK
Distributeur : DELMARK

Un son puissant, une énergie débordante, Dave Weld revient en force après une longue absence des studios. Disciple de JB Hutto avec qui il a longtemps joué, ami et compagnon de scène de Lil’ Ed, la filiation musicale avec ses deux musiciens est évidente. Le tempo est enlevé, ça bouscule, ça frappe, ce n’est pas de la musique pour thé dansant, c’est du house rocking ! Bob Koester (patron de Delmark) qui sait de quoi il parle, dit de Dave Weld : « Il met tout son cœur et toute son âme dans chaque aspect de son art ». Qu’il joue en slide avec un son saturé ou dans un registre moins tendu, Dave Weld s’exprime toujours dans la retenue et avec une réelle habileté, évitant le côté démonstratif du guitar hero, car il n’a pas besoin de frimer pour s’imposer. Si la voix n’est pas son meilleur atout, il chante distinctement et avec conviction. Il est  épaulé par un excellent orchestre au sein duquel le saxophoniste Abb Locke donne toute sa force et sa maturité L’ami de longue date, Lil’ Ed, quant à lui, vient prêter main forte avec sa guitare sur 5 titres. Et comme il est partageur, Dave Weld cède le micro à la chanteuse Monica Myhre pour 2 chansons. Ce CD est un vrai cordial.
Gilles Blampain

Depot
Diamond Joe

 

Genre musical: Rock' N' Roll - Folk
Compositions: 3 sur 7
Livret : Bah, ce n'est pas le def !
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : www.myspace.com/depotblues

Cet album sent l'amateurisme à narines déployées, mais dans le meilleur sens du terme : fraîcheur, probité, grâce, que sais-je encore, toutes ces qualités qu'on prête aux francs-tireurs géniaux, capables de matérialiser leurs illuminations en marge du siècle ! Eux sont sujets britanniques, issus de la nation la plus rock'n'roll de la planète. Leur album tend vers un folk hybride, lancé dans un élan rock, sans qu'on puisse toutefois y apposer le label folk-rock. Les serviteurs de cette créature polymorphe s'appellent Mat Walklate (chant, harmo, flûte, guitare, cornemuse irlandaise), Faul Bradley (guitares, chant), Anthony Haller (contrebasse), Koulaty Kabo (percus, chant) et, de temps à autre, Warren Roberts à la batterie. Le cosmopolitisme des instruments trahit l'arc-en-ciel du bouquet, lequel se déploie entre un boogie-swamp mélodieux (quadrature du cercle résolue), un blues-rock acoustique, une berceuse créole, une oraison irlandaise et une sorte de skiffle musclé, presque pop. Mat Walklate a une voix superbe. Il est pugnace dans les breaks, il souffle et cornemuse avec une puissance jubilatoire qui se prolonge parfois dans un drôle de jazz terreux. Ses compagnons sont, comme lui, des musiciens sobres et chevronnés. Tous dégagent cette force communicative qui harmonise ces horizons disparates. Au juste, qu'est-ce qu'on vient de se mettre dans l'oreille ? Du folk de pub ? Peut-être. Tout bien pesé, même si cette certitude ne crève pas immédiatement les tympans, l'impression finale reste celle d'un disque de rock'n'roll. Un rock qui arrive de loin, avant Howlin' Wolf et Bo Diddley, antérieur même à Big Bill Broonzy. Utérin. Quand les cellules entamaient à peine leur multiplication.
Christian Casoni

Magic Buck
Love & Light

 

Genre musical: Blues, Folk, Boogie
Compositions: 13 sur 13
Livret : Beau digipack
Label : FRENCHBLUES
Distributeur : MAGICBUCK.COM

Magic Buck nous a habitué à un ouvrage d’artisan peaufiné et lustré et sa nouvelle production de déroge pas à la règle. Comme pour marquer un lien avec les deux CD précédents, celui-ci débute avec ‘Blues Bootstomper’ et se clôt par ‘Thankful’. Cet enregistrement semble être une forme de catharsis car, entre souffrances et bonheur retrouvé, Buck nous livre ce qu’il a de plus intime. Il nous parle d’un amour perdu, qui revient dans plusieurs chansons parce que sans doute trop dur à supporter, de sa solitude pesante et de l’incompréhension de cette situation. Mais il y a également des enfants porteurs d’espoir, et puis cette Amérique rêvée et le combat bien réel des Indiens qui lui tient à cœur. Du début à la fin les atmosphères varient d’un titre à l’autre pour nous emmener vers cette lumière qui semble éclairer Buck de l’intérieur et qui apporte l’apaisement. De sa voix chaude et agréable il nous entraîne dans des blues énergiques, de très belles ballades folk, sans oublier le boogie. Fidèle à ses guitares (Duolian, L-00, Dove) et ses harmonicas, cette fois Buck est entouré, sur plusieurs chansons, par des compagnons de route de longue date comme Mike Greene (mandoline, accordéon), Manuto (Weissenborn), Tony Zombi (banjo). De la belle ouvrage !
Gilles Blampain

Mark Robinson
Quit your job play guitar

 

Genre musical: Blues,Rock, etc...
Compositions: 9 sur 11
Livret : Digipack
Label : BLUES BOULEVARD
Distributeur : MUSIC AVENUE

C’est une vraie profession de foi. ‘Quitte ton boulot, joue de la guitare’, c’est en effet ce qu’a fait Mark Robinson, errant durant ses jeunes années de clubs en clubs pour jouer au gré des engagements, allant jusqu’à accompagner quelques leaders du Chicago blues. Toutefois, les années de vache maigre étant trop longues, il lâche son instrument et trouve un emploi fixe plus rémunérateur dans son Indiana natal. Il y reste 20 ans. Son feu intérieur couvant toujours, il quitte tout et décide de vivre son rêve à Nashville en devenant musicien de studio. Mais jouer derrière les autres est un peu frustrant à la longue, à un moment il faut se lancer. Le bonhomme a du talent, il joue bien et chante pas mal, alors il n’y a pas de raison de reculer. Cependant, ce premier CD a un défaut, c’est un vrai catalogue promotionnel. Vous voulez du blues ? Il y en a ! Du rock un peu musclé ou version FM ? En voilà. Et de la soul ? Aussi. Une ballade ? Bien sûr… Tout y passe, ce qui fait que l’ensemble est un peu hétéroclite. C’est bien joué, bien en place, on a affaire à un bon guitariste, mais il manque ce petit truc qui fait qu’un disque sort du lot. Alors, est-ce la faute du producteur ? Aïe, il s’appelle Mark Robinson !
Gilles Blampain

The Dandeliers & other great groups on States
Chop chop boom

 

Genre musical: Doo Wop
Compositions: 24 sur 24
Livret :.Explicatif
Label : DELMARK
Distributeur : DELMARK

Amateurs de doo wop, réjouissez-vous, ce disque est pour vous. C’est du vintage labellisé fifties. Un peu plus d’une heure au fil de 24 plages tirées de sessions extraites du catalogue States, succursale de United Records. The Dandeliers sont en tête d’affiche avec 8 titres sortis entre 1955 et 1956, mais le CD présente également 5 autres groupes. The Hornets avec 4 titres enregistrés en 1953, The Strollers avec 3 chansons de 1957, The Drakes et 2 titres de 1955, The Palms interprétant 3 succès de 1957 et The Five Chances chantant 3 rengaines de 1956. On est ici dans la grande époque du genre avant qu’il ne tombe dans la guimauve. La richesse de l’interprétation est incontestable. Soutenues par des guitares électriques moelleuses et des saxophones ronflant, les harmonies vocales sont superbes, et le swing, entre rock et jazz, est à tomber. Jump ou ballade romantique, ténor, baryton et basse s’en donnent à cœur joie. Les titres sont brefs, moins de 3 minutes, et pourtant quelle énergie en si peu de temps ! La qualité des enregistrements a franchi la barrière des années pour nous restituer le son d’une époque. Delmark se pose en gardien de la mémoire musicale et nous fait entendre les échos d’une Amérique du siècle passé.
Gilles Blampain

The Hub
A sleepless night

 

Genre musical: Country-Blues Intemporel
Compositions: 14 sur 14
Livret : Pas vu
Label : BONUS TRACK
Distributeur : DISCOGRAPH

Entrer dans l’univers de the Hub, c’est se laisser attraper dans un cocon dont on n’a plus trop envie de sortir. On entend une guitare entêtante, une ligne de basse moelleuse et le son titillant d’une charley enveloppé dans les volutes d’un harmonica aérien, plus la voix qui se pose dans le creux de l’oreille telle une incantation qui nous entraîne dans une autre dimension. Et sans tarder, on se laisse envahir par une sorte de bien-être. Est-ce cette nuit sans sommeil (A Sleepless Night) qui dérègle les sens ? Remontant aux origines, the Hub réunit blues et country dans la même matrice pour les faire renaître dans une sonorité unique et intemporelle. On pense aux anciens mais il faut jeter le côté rétro aux orties car on est de plain-pied dans la modernité. Slide et picking se succèdent dans une réelle sobriété d’expression mais avec une évidente richesse mélodique. L’indolence et l’énergie mènent un drôle de ballet, the Hub mélange les contraires pour créer la surprise, il arrive a produire un son rugueux et moelleux à la fois, on ressent la sauvagerie et la tendresse dans le même instant. Hubert ‘#06’ Condémi tient la guitare et chante, Yarol Poupaud est à la basse, à la batterie et même à l’accordéon et Steve Verbeke apporte sa touche personnelle avec son harmonica. Les titres sont brefs et le disque se clôt sur une envolée façon gospel d’un bel effet, avec chœur et mandoline.
Gilles Blampain

The Persuasions
Knockin' on Bob's door

 

Genre musical: dominante Gospel
Compositions: Tribute donc 0 sur 14
Livret : Bien, bien...
Label : BLUES BOULEVARD
Distributeur : DOM

Incroyable, ce quintet vocal de Brooklyn est vieux comme l'œuvre de Dylan, objet du présent tribute. Les cinq versent dans la chanson sacrée, bien sûr, mais se livrent aussi à l'harmonie profane, excellant sans vergogne dans la soul et le R&B. Depuis 2000, les Persuasions font dans le tribute aux héros de la musique pop… Frank Zappa notamment ! Une douzaine d'albums plus tard, du quintet originel ne restent que Jimmy Hayes (basse) et Joe Russell (ténor). La relève est assurée par Raymond Sanders (premier ténor), Bernard BJ Jones (baryton), Dave Revels (lead ténor) et, ponctuellement, Cliff Dawson (ténor). Personne ne va leur contester la position d'une basse ou l'architecture d'une harmonie, mais voilà, Dylan n'est pas Elton John. Bob, c'est du pointillé, il chante en riffs, en slide, en Diddley beat, et compense l'atrocité de sa voix par une expressivité sidérante. Chanter Dylan avec des accords de voix gospel reste une gageure que les Persuasions ne gagnent pas à tous les coups, surtout quand ils s'embarquent sur des timings de 5 mn avec des gimmicks répétitifs et très classiques. Ils font des merveilles sur les chansons déjà solennelles au départ, 'Blowing In The Wind' ou 'Knockin' On Heaven's Door'. Ils sont moins… persuasifs sur les titres enlevés, lorsqu'on attend le tonus de Dylan, la vivacité de son débit, et qu'on se retrouve avec un exercice mélodique un peu pompier : 'Like A Rolling Stone', 'Quinn The Eskimo'. Certaines initiatives s'avèrent néanmoins payantes. Et d'une, ils chantent l'orgue Hammond comme des dieux et jouent de belles trompettes vocales. Deux, ils transcendent la bonhomie du gospel quand ils partent en exhortations soul ('Just Like A Woman'). Trois, sur 'All Along The Watchtower', leurs gorges syncopées tissent un véritable tapis funk. Achetez !
Christian Casoni

T Model Ford and GravelRoad
Taledragger

 

Genre musical: Blues
Compositions: 0 sur 8
Livret : Pas vu
Label : ALIVE
Distributeur : DIFFER-ANT

Rien qu’en voyant le nom sur le disque on sait qu’on a affaire à un blues estampillé North Mississippi Hill. C’est fort comme un tord boyaux, mais on en redemande. Avec ses 90 piges (mais est-on sûr de son âge exact ?) qui s’affichent au compteur de la vie, T Model Ford peut en remonter à n’importe quel apprenti rocker. Il balance un groove hypnotique qui prend aux tripes. L’interprétation est sans défaut. Entouré de son band GravelRoad, T Model Ford balance un truc spontané, sans fioritures et bigrement efficace. C’est carré, solide, on se débarrasse du superflu pour aller à l’essentiel. Une guitare au son rude amplifié avec un brin de vibrato, une légère distorsion, des riffs croustillants, et une voix à peine altérée par les ans. T Model Ford qui est un marginal se permet de rhabiller le répertoire. Il reprend à sa façon quelques titres incontournables comme ‘Same Old Train’, ‘How Many More Years’, ‘Big Legged Woman’, ‘Little Red Rooster’, mais sa prestation part dans des dimensions étranges et assez troublantes. Les ambiances sont sombres, tendues, bizarres voire hallucinées, c’est insolite, original, sauvage et fichtrement excitant.
Gilles Blampain