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été 20
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Dans cette rubrique, vous trouverez une sélection de CD choisis par l'équipe Blues Again.

Janvier 2011


Jay Willie Blues Band
The Reel Deal

 

Genre musical: Blues-Rock
Compositions: 4 sur 8
Livret : ....Chrome
Label : BLUES BOULEVARD
Distributeur : DOM

Encore du blues-rock… et du moyen fin ! L’album est, pour moitié, constitué de gros boogies déjantés pour l’éclate. Le reste se partage entre un rock aux penchants non identifiés (sudistes peut-être bien), une reprise de Chick Willis au riff presque hard sur une rythmique soul (‘Stoop Down Baby’), et deux capiteuses atmosphères louisianaises : le ‘Rainin’ In My Heart’ de Slim Harpo (presque ‘Honest I Do’) et une très jolie ballade rock’n’roll : ‘Ain’t Gonna Walk Your Dog Anymore’, qui cligne de l’œil vers ‘It Hurts Me Too’. Le Jay Willie Blues Band, domicilié en Nouvelle-Angleterre, tourne depuis dix ans maintenant, coursé par le fantôme de Johnny Winter. D’ailleurs Bobby Torello et Tommy Shannon, ex-albinos, ex-Stevie Ray, en sont la section rythmique. Inutile donc de s’appesantir sur la tenue des shuffles et leur tonus athlétique. Jay Willie, le guitariste qui prête son nom au groupe, ne chante pas mais il bourrasque en slide et turn-around, pousse les murs, fait voler le plancher et met le plafond sur orbite. Celui qui chante, c’est l’autre gratteux, Robert Callahan, dont le coup de médiator est au niveau des trois autres. Bonne voix, blanche, renfrognée, souple, légèrement dolente. Torello se risque sur un titre (‘Liar’) avec un chant hargneux, très convaincant. Le blues-band de Jay Willie se défend comme se défendent les Blues Imperials de Lil’ Ed Williams : pas une originalité fracassante, mais une fougue qui transfigure ce défaut de créativité, promue comme une marque de fabrique valant toutes les innovations conceptuelles de la mère Euterpe. Il n’y a pas grand-chose à supputer, passée l’évidence de la première écoute : ces excellents musiciens, sous influence sympathomimétique, avaient juste envie de s’offrir un petit coup de sang. Ecco. Et comme ils sont gens de bonne compagnie, ils prennent bien garde de jouer les paons et de souler leur monde avec la richesse de leur plumage, ils restent fun jusque dans le format des chansons. Ils savent bien que leur heure est révolue depuis longtemps et que ce n’est pas avec The Reel Deal qu’ils supplanteront Coldplay sur MTV. Pour modestes que soient leurs ambitions, finalement, tant qu’ils resteront dans la camionnette ils ne se démoderont pas plus que la cirrhose du foie. Ce n’est pas qu’une question d’échelle, il faut encore la niaque.
Christian Casoni

Johnny Max Band
It's a long road

 

Genre musical: Rocking Soul Blues
Compositions: 12 sur 12
Livret : Simple
Label : POUR SOUL
Distributeur :
www.johnnymaxband.com

Pour ce quatrième album, Johnny Max s’est entouré d’un  nouveau band, mais la fougue, le charme, le rythme et la puissance demeurent inchangés. Vince Maccarone (batterie), Wayne Deadder (basse), John Findlay (guitare), Jesse O’Brien (claviers) ne se contentent pas d’accompagner leur leader, ils co-signent également la plupart des titres. Les invités ne sont pas non plus partie négligeable sur cet enregistrement, notamment une section de cuivres d’enfer qui met le feu sans qu’on parvienne à circonscrire l’incendie. Johnny Max aime mélanger les genres et son rocking soul blues, a, selon les passages, des parfums venus de New Orleans ou des effluves sorties des clubs de Memphis ou du South side de Chicago. C’est puissant et chaleureux, ça ronronne comme un V8 bien rôdé. C’est un tourbillon de rythmes trépidants ; la voix grave et rocailleuse, parfaitement adaptée au boogie blues, sait se faire plus douce pour des mélodies qui se prêtent à quelques moments plus intimes. Johnny Max affiche la décontraction, mais tout est bordé. Le plaisir ressenti par l’ensemble du band est palpable et communicatif ce qui fait que ce CD a du punch et du panache.
Gilles Blampain

Roomful of Blues
Hook, line and sinker

 

Genre musical: Blues, Soul, Rock
Compositions: 0 sur 12
Livret : Simple mais joli
Label : ALLIGATOR
Distributeur : SOCADISC

Very hot ! Très chaud ! Ce band a la puissance de feu d’un croiseur de guerre, mais ce qu’il fait pour l’humanité est nettement plus joyeux qu’un tir de roquette. On est face à une énergie débordante, un swing magistral qui emporte tout sur son passage. Jump blues, soul, rock, jazz, c’est un véritable feu d’artifices. Roomful Of Blues est toujours à la hauteur de sa réputation. A huit ils sonnent comme vingt. Le groupe, emmené par les leaders historiques Chris Vachon (guitare) et Rich Lataille (sax ténor et alto), s’est enrichi d’un nouveau chanteur, Phil Pemberton, qui avec sa propre personnalité, s’inscrit avec brio dans la lignée de ses prédécesseurs. A chaque disque le band met la barre à un très haut niveau et une fois encore la qualité est au top. Les titres signés Dave Batholomew & Earl King, Clarence Gatemouth Brown, Leiber & Stoller, Amos Milburn étaient déjà excellents mais avec la patte de Roomful Of Blues ils deviennent encore plus excitants. Ces musiciens ne cachent pas leur affection pour les orchestres des 40’s et des 50’s et si quelques échos de ces décennies-là reviennent en mémoire, on ne tombe pas dans la copie rétro. L’hommage aux anciens n’empêche pas de vivre avec son temps. Il se dégage de ce disque une joie, un dynamisme et une vitalité, rares.
Gilles Blampain

Shemekia Copeland
Deluxe Edition

 

Genre musical: Blues, Soul, R'N'B
Compositions: 16 sur 16
Livret : Deluxe
Label : ALLIGATOR
Distributeur : SOCADISC

Le principe de la série Deluxe Edition est de présenter un florilège de titres issus de disques déjà parus. Ici, les sélections ont été faites à partir des CDs ‘Turn The Heat Up’ (1998), ‘Wicked’ (2000), ‘Talking To Strangers’ (2002), ‘The Soul Truth’ (2005). Que du bon ! On pourrait reprocher à ce CD de n’être qu’une pâle compilation, mais c’est mieux que ça. Dire que Shemekia Copeland est l’une des plus grandes voix du blues est une banale évidence, nonobstant ne nous privons pas de le répéter. Extraits de plusieurs sessions, la liste des musiciens qui entourent la chanteuse est assez longue, et certains noms attestent du niveau de la qualité. Pour n’en citer que quelques uns, selon les titres, Arthur Neilson, Steve Cropper, Mike Welch, Jimmy Vivino tiennent les guitares, tandis que dans la liste des pianistes émerge le nom de Dr. John, quant à Sugar Blue, il vient souffler sur un titre. Blues, soul ou rhythm’n’blues, l’ensemble est plutôt dynamique avec un swing incomparable, mais deux ou trois titres lents permettent d’apprécier Shemekia Copeland dans un registre plus doux. La production Alligator est toujours soignée, et bien que provenant de disques différents, l’ensemble des morceaux diffuse une ambiance assez homogène. 
Gilles Blampain

Small Blues Trap
Red Snakes & Cave Bats

 

Genre musical: Blues-Rock
Compositions: 13 sur 13
Livret : Nickel
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : www.smallbluestrap.gr, www.myspace.com/smallbluestrap

Ils s’appellent Paul Karapiperis (chant, harmo, guitare), Panagiotis Daras (guitare solo), Lefteris Besios (basse) et Stathis Evageliou (batterie), consonances qui les situent quelque part entre mer Egée et mer Ionienne, à Malesina. Small Blues Trap, qui publiait un premier album en 2004, lance ici son quatrième sous-bock (Karapiperis ayant, entretemps, réalisé une échappée solitaire). La longueur de ce Red Snakes & Cave Bats est bien le seul reproche sérieux qu’on puisse formuler : les 13 compos excèdent presque toutes 4 mn. Leur cachet résolument blues-rock réfracte de nombreuses influences sans, toutefois, disperser l’identité globale du groupe. Un blues-rock qui va, comme de juste, du boogie à la ballade arpégée, du clin d’œil jazzy à un rock plus FM, sans oublier d’incontournables flottements folk-rock et ces escaliers plus progressifs que trace un bassiste redoutable (‘The Sky Will Always Be Blue’). Le chant : entre Tom Waits et Paolo Conte, avec un growl souterrain presque metal dans les descentes atmosphériques (‘This Train Is Full Of Madness’), et un glaire permanent dans la voix qui disqualifie Karapiperis pour les Chorégies d’Orange ! C’est aussi un harmoniciste inventif, aux arabesques méditerranéennes par moments, dont la vibration frise celle d’Alan Wilson. Quand le groupe joue boogie, on croirait entendre une réincarnation hellénique de Canned Heat… mais servie par un soliste digne de sa charge ! Car les guitares sont tenues avec une poigne brillante, Daras cinglant avec l’élasticité jouissive d’un Roy Buchanan (c’est à lui qu’est dédié le titre : ‘Roy B.’), sonnant parfois comme Mark Knopfler (‘Seven Plus’), mais souvent doué d’une signature sans antécédents, comme ces superbes aurores boréales qu’il tend derrière la chanson-titre ‘Red Snakes & Cave Bats’. On pourrait sourciller sur certains exercices convenus et passages obligés, dans le détail on pourrait toujours toiser Small Blues Trap comme un carré de bons élèves récitant un digest de tout ce qui s’est déjà fait en matière de blues-rock, mais la fusion harmonieuse de toutes ses références donne, au groupe, une personnalité vraiment singulière, une pointe d’accent que les autres n’ont pas. Investissez dans le blues grec, c’est moins risqué et tellement plus bandant !
Christian Casoni