blues again en-tete
01/21
Chroniques CD du mois Interview: BENOIT BLUE BOY / PETER VETESKA Livres & Publications
Portrait: PIANO RED Inoxydable: TED NUGENT 1975 Dossier: CONTREBASSE
 


Dans cette rubrique, vous trouverez une sélection de CD choisis par l'équipe Blues Again.

DECEMBRE 2020

AC/DC
Power Up

Genre musical: Blues-rock teigneux   
Label : COLUMBIA
Distributeur :
SONY MUSIC

Rien ne pouvait plus nous arriver de grave en 2020. Un nouvel AC/DC, c'était quitte ou double. Mais vu la débandade récente, avec Axl Rose au chant, Phil Rudd scotché à la meth, le départ de Cliff Williams, la mort de Malcolm Young, Brian Johnson sourd comme un pot, tout cela sentait la fin. D'autant plus que Black Ice et Rock Or Bust étaient de bien piètre qualité. Le groupe en était devenu une caricature de lui-même, juste bon à faire vibrer les anneaux de NASCAR, et les vieux bedonnants en Harley faisant les cornes du Diable avec les mains en tirant la langue à chaque occasion d'être trop roooock. L'annonce de la réunion de tous les membres historiques encore vivants raviva mon intérêt, à commencer par le retour du batteur Phil Rudd, l'homme du swing caractéristique du groupe. Il ne put raviver Black Ice, il est ici primordial. Après trois écoutes de ce nouvel album, il n'est pas nécessaire de tergiverser : c'est un bon disque. Ils ont retrouvé cette petite flamme hard-blues qui leur sied si bien depuis quarante ans. Power Up est entre Flick Of The Switch de 1983 et Stiff Upper Lip de 2000. Il n'y a rien de transcendant, mais c'est déjà largement palpitant, dans le sens où il est impossible aujourd'hui de faire jeu égal avec ‘Highway To Hell’ et ‘Hell's Bells’. Tout est bon, hormis le début de ‘Demon Fire’ resuçant trop ‘Whole Lotta Rosie’, et le dernier morceau, ‘Code Red’, vraiment pas terrible. Les tentatives d'AC/DC à faire tourner un riff en rond sur un tempo mid sur ses disques les moins inspirés se sont toujours soldés par des échecs, ‘Code Red’ ne fait pas exception à la règle. Mais un morceau et demi raté sur douze, ce n'est pas si grave. Là où ils sont merveilleux, même si c'est archi-usé, c'est sur ces riffs blues crasseux posés sur le swing impeccable de la doublette Rudd-Williams. Ça marche à tous les coups : ‘Realize’, ‘Rejection’, ‘Shot In The Dark’, ‘Witch's Spell’… Ils le font encore, ces vieux gredins, et ça fait plaisir de les entendre.
Julien Deléglise

Black Sabbath
Paranoid – Super Deluxe Edition – 50th Anniversary Edition

Genre musical: Heavy-metal originel
Label : VERTIGO
Distributeur :
UNIVERSAL     

Black Sabbath fait partie de ces groupes dont les discographies ont été abondamment réédités, dans des versions simples ou doubles, apportant leurs lots de bandes en direct inédites ou de morceaux rares. La réédition de Paranoid avait été assez pauvre en matériel nouveau, hormis une version en quadriphonie de 1974. Aussi fus-je étonné de découvrir que cet album mythique bénéficiait d'une version en quatre disques. Le premier propose l'album original remasterisé avec son mixage original, le second offre la fameuse version quadriphonique, par ailleurs superbe, et qui vous permettra de tester la qualité de votre sono. Le plus intéressant pour le fan réside dans les autres disques. Le troisième propose un enregistrement inédit au Casino de Montreux le 21 août 1970 au son stupéfiant de qualité. Les quatre musiciens viennent enfin de sortir de leur ghetto de Birmingham à force de travail acharné, depuis deux ans sur la route sans discontinuer. Le succès enfin là, ils jouent toujours comme des morts de faim. Le concert du quatrième disque fut capté à Bruxelles le 3 octobre 1970 au Théâtre 140, et originellement filmé par la RTBF et l'ORTF, entraînant la confusion sur la source du film. En effet, l'annonce de l'ORTF au générique et le fort accent français du présentateur en début de set firent aussitôt penser à une captation à l'Olympia de Paris. Et ce d'autant plus que Europe 1 enregistrait les sets pour l'émission Musicorama, et l'ORTF avait l'habitude de filmer des concerts pour POP 2 présenté par Patrice Blanc-Francard. Par ailleurs, les séquences en début et fin de film ou les membres de Black Sabbath font les idiots furent filmés à l'Olympia de Paris. Mais revenons à l'enregistrement. Le son est plus massif et épais que Montreux, avec les quelques scintillements sonores que l'on percevait sur la vidéo. Toutefois, l'enregistrement est magnifique et habité, et mérite tout à fait sa place ici, avec une mention spéciale pour l'extraordinaire du vénéneux ‘Black Sabbath’, lugubre et possédé à souhait. Un beau livret richement illustré, un poster et la reproduction du tour-programme complètent ce bel objet. On souhaite ardemment que tous les autres albums bénéficient de ce même traitement.
Julien Deléglise

Danny Brooks & Lil Miss Debi
Are You Ready? The Mississippi Sessions

Genre musical: Americana blues rock
Label : HIS House Records
Distributeur :
dannybrooksmusic.com     

Trente ans de route déjà pour Danny Brooks, le balloté de la vie qui sort aujourd’hui son onzième album. L’homme est généreux : 20 titres, tous composés pour l’occasion, 80 minutes de voyage au fin fond de l’Amérique électrifiée à cœur, une sorte de synthetic trip entre le sud des Appalaches et le Delta du Fleuve Saint-Louis. Originaire du Canada, installé à Austin aux Etats-Unis, il se revendique créateur du style Texassippi et le promeut avec une forme d’acharnement thérapeutique qui fait plaisir à entendre. Ce néologisme colle pile au projet de Daniel, artiste du partage et des sensations brutes, sans apparat ni chichis, qui nous offre ici le plateau intégral de la musique nord-américaine : il y a du blues, du rock’n’roll, un retour de reggae sur le lumineux ‘Jamaica Sun’, des éclats de zydeco avec ‘Put A Little Rock’n’roll In Your Soul’, une trame cajun dans l’athlétique ‘Broken’, et partout planent les introspections de la soul music et l’atmosphère gospel propre à ceux qui ont la foi. Voilà l’essence même du genre qu’on nomme Americana. La voix de Brooks, mature, abrasive et nuancée, enfièvre ses textes forts en thèmes, la lutte contre les vieux démons, les fêlures des êtres, la Faucheuse qui rôde, l’incontournable Amour salvateur. Son épouse Lil Miss Debi se charge des chœurs et parfois du chant, balançant aussi de jolis rythmes sur un cajon rudimentaire. On navigue dans l’émotionnel pur au fil des mélodies de toute beauté, mais il ne faut pas venir chercher dans cet opus les audaces du guitar hero : les solos, sobres et chirurgicaux, sont dispensés avec parcimonie. Les arrangements s’avèrent riches, la prise de son et le mixage, assurés par le producteur Tom Easley, sont excellents. Danny s’est entouré d’une escouade de musiciens talentueux, Joel May à la batterie, Micah May et Geri O’Neil à la basse, Greg Martin à la six cordes, Chalmers Davis et Sam Brady aux claviers, James Lawlis, Paul Mitchell et Peter Hysen tenant les cuivres. Il a aussi invité Professor Lewis qui vient saupoudrer la ballade ‘We Do Whatever It Takes’ de ses délicats flocons de piano, ainsi que l’illustre John Fannin joignant sa guitare à celle du chef sur cinq chansons. Quand la galette arrête de tourner, l’évidence saute aux yeux : c’est une œuvre dense et porteuse de sens. Are you ready ? demande le maestro. Sans hésitation, on reste dans le pickup et l’on repart pour vingt tours du Deep South avec lui !
Max Mercier

David Rotundo Band
So Much Trouble

Genre musical: Blues frénétique
Label : Dreams We Share
Distributeur :
iTunes, Spotify, Amazon     

Auteur-compositeur qui puise son inspiration dans le monde qui l'entoure David Rotundo chante les temps difficiles mais il le fait au son d’une musique trépidante, pleine d’allant et de frénésie. Soul funky, jump blues, boogie, rock, swing, shuffle… L’album démarre sur deux titres bien enlevés, ‘She’s Dynamite’, ‘I Must Be Crazy’, mais l’homme de Toronto sait aussi installer de beaux moments d’émotion avec des rythmes plus doux comme avec le blues mélancolique ‘That Thing Called Love’ ou la douce ballade ‘Foolish Love’ enrobée de quelques notes de piano, de vaporeuses nappes d’orgue et du velouté d’un saxophone. Le Canadien chante de belle manière, joue de la guitare et s’avère surtout être un redoutable harmoniciste. Il est entouré de Andrew Cloutier à la batterie, Dean Schmidt à la basse, Denali Williams aux percussions, Ron Weinstein à l’orgue Hammond B-3, Milky Burgess, Skylar Mehal et Desmond Brown se succèdent à la guitare solo et Darian Asplund pimente quelques titres avec son saxophone. La chanteuse Annie Jantzer apporte une touche féminine pour les chœurs. Après avoir interprété 11 compositions originales David Rotundo termine par une reprise très personnelle et sobre du classique ‘Trouble In Mind’, simplement avec guitare, voix et harmonica. L’album est produit le renommé Lee Oskar.
Gilles Blampain

Downchild
Live At The Toronto Jazz Festival

Genre musical: Blues jubilé
Label : Diesel  Management production
Distributeur :
downchild.com     

Certes, la vague des grands albums live s'est retirée depuis bien longtemps, mais régulièrement apparaissent encore d'excellentes choses dans le genre - il semble même qu'en cette période de pénurie, les sorties se multiplient, bien nécessaires pour combler le manque. Voici donc un concert enregistré pour les 50 ans, pas moins, de ce qui est considéré comme le premier groupe de blues canadien : à l'origine, The Legendary Downchild Blues Band, aujourd'hui simplement Downchild (inspiré d'un titre de Sonny Boy Williamson, 'Mr Downchild') dont le premier concert remonte au mois de juin 1969. Le leader/fondateur Donnie Walsh a su s'entourer pour l'occasion, musiciens confirmés et invités de marque : entre autres Gene Taylor (Fabulous Thunderbirds), la guitariste finlandaise Erja Lyytinen (pour un solide ‘Mississippi Woman, Mississauga Man') ou, sur trois titres, Dan Aykroyd, celui des Blues Brothers. Ce qui n'est pas vraiment un hasard, puisque ces derniers avaient inclus deux titres de Downchild sur leur premier essai. C'est vrai qu'il y a de la matière, vu qu'il s'agit du 19ème album du groupe... Une majorité de reprises cependant, proposées avec sérieux, orientées essentiellement jump blues ou rock'n'roll - celui des pionniers, tendance Bill Haley. Tranquille donc, même si à l'occasion (‘It's A Matter Of Time', 'TV Mama', plus nerveux) on ne va pas se mettre à pogoter, mais tout de même se permettre un discret claquement de doigts. Pas de quoi sauter au plafond donc, l'intention étant avant tout de ne pas sortir du cadre, mais le boulot est suffisamment soigné et efficace pour combler les amateurs.
Marc Jansen

Ganafoul
Sider-Rock

Genre musical: Heavy blues rock
Label : SIMPLEX RECORDS
Distributeur :
SIMPLEX RECORDS     

Givors, banlieue de Lyon, 1974. Le rock en France est encore un truc qualifié de pop-music. Martin Crocus cartonne avec ‘J'm'éclate Au Sénégal’, Johnny Hallyday, Claude François et Michel Delpech dominent les ondes radio. Le seul vrai groupe de rock, les Variations, s'est exilé aux Etats-Unis pour enfin goûter un peu de reconnaissance. Il n'y a pas grand-chose pour les prolétaires de l'industrie sidérurgique et pétrochimique, à part les concerts de Status Quo et des Who, les seuls groupes étrangers capables de s'aventurer en province et de défouler les gamins des banlieues françaises. Trois copains fondent un trio instrumental : Edouard Gonzalès à la guitare, Philippe « Fourmi » Veau à la basse et Yves Rothacher à la batterie. Ils décident de se nommer Ganafoul, de l'argot local qui signifie « comme un fou ». Jean-Yves Astier est embauché quelque temps plus tard comme chanteur et parolier en français. En 1975, Jack Bon intègre Ganafoul comme second guitariste. Avec de l'huile de coude, Ganafoul obtient des concerts, et pas uniquement sur Lyon, allant même s'aventurer en Suisse. Un premier disque est mis en boîte à l'automne. Mais le concert aux Ateliers de Lyon se passe mal, et Ganafoul explose. Gonzalès, Veau et Rothacher rejoignent l'autre gang de Lyon : Factory. Astier passe à la basse, Jack Bon devient le guitariste-chanteur. Yves Rothacher fera son retour à la batterie, et Ganafoul deviendra un trio de boogie redoutable dont le premier LP verra le jour en 1977 : Saturday Night. Sider-Rock est la publication de l'enregistrement historique original qui ne vit donc pas le jour, le groupe s'étant séparé avant sa sortie. Il est touchant d'écouter ces morceaux, déjà doté d'une solide agressivité qu'on ne trouvait dans aucune autre formation en France. Les guitares de Bon et Gonzalès ferraillent, Astier est un chanteur teigneux dont les textes font référence à la dure vie de banlieusard : ‘Zone Interdite’, ‘Bouteille Boogie’, ‘Cauchemar’…, des textes sombres et une musique dure à des années-lumière de la bonne humeur hippie de Martin Circus, Triangle ou Gong. Il est aussi étonnant de constater que Ganafoul commença en français avant de se tourner vers l'anglais (puis de revenir au français en 1981). La démarche est souvent inverse, le principe étant que les textes en français permettent de toucher un plus large public… français. Ganafoul fut dans le même esprit que Little Bob Story, eux aussi issus de la banlieue industrielle du Havre. Le rock se devait d'être chanté en anglais, c'était sa langue naturelle. Et il est pratiqué par les puristes : Variations, Little Bob Story, Ganafoul, Dogs, Océan. Sider-Rock est un magnifique document, superbement masterisé, révélant un Ganafoul encore naïf, mais déjà solide, point de départ d'une histoire qui allait secouer la France à la fin des années 70.
Julien Deléglise

Greg Sover Band
The Parade

Genre musical: Blues-rock
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur :
Amazon, Spotify, Bandcamp     

Pour entrée en matière, d’abord ce qui déçoit. Six titres seulement, dont un interlude d’une petite minute, on reste donc sur sa faim quand on a à faire à un artiste musicalement généreux qui donne envie d’en entendre plus. Nous reste quatre compositions et une reprise. Le fameux ‘Politician’ des Cream qui n’a d’ailleurs pas pris une ride et reste d’actualité. Vous l’aurez compris, nous sommes au rayon blues-rock. Le morceau d’introduction est là pour nous le dire, ‘Wake Up’ avec une grosse basse (Garry Lee) et une batterie forte (Tom Walling). Les deux guitares s’en donnent à cœur joie (Allen James et Greg Sover) avec des rythmiques appuyées et des solos puissants. Après le ‘Wake Up Interlude’ vient le tour de ‘Feelin’ Sumthin’ où l’on peut entendre une guitare slide infatigable sur un rythme de coureur de fond.  Pour ‘It’s Never Too Late’, les types se calment pour cette ballade tranquille. Quant à ‘Never Gonna Stop’, qui termine l’album, on en revient au blues-rock gras et puissant avec solos ravageurs. Avec le Greg Sover Band on se sent revenu à l’époque des seventies où le blues-rock était tout autant ravageur que généreux. Mais 21 minutes, que ça passe vite. On en redemande.
César

Johnny Igana's
Johnny Iguana’s Chicago Spectacular!

Genre musical: Chicago blues piano
Label : DELMARK
Distributeur :
SOCADISC     

Quartier Noble Square. C’est un cube de briques comme il s’en aligne des centaines de milliers dans les rues de Chicago. Mais aux Studios Shirk, l’air saturé de blues est imprégné pour toujours des notes du piano centenaire sur lequel Johnny Iguana vient d’enregistrer son premier album solo. Le monde des douze mesures ne sera jamais plus comme avant. Ce natif de Philadelphie est ici chez lui, depuis un quart de siècle qu’il habite Windy. Formé à l’école de Junior Wells, rien que ça, habitué des clubs du Loop et des scènes internationales aux côtés des seigneurs du genre, d’Otis Rush à James Cotton en passant par Buddy Guy ou Billy Branch, l’idée lui est venue l’an dernier de réunir autour de ses touches d’ivoire la fleur de sel des artistes locaux pour rendre hommage à la musique iconique de sa cité. On entend donc, entre autres invités d’honneur, Billy Boy Arnold, Matthew Skoller et leurs harmonicas, Lil’Ed, Bob Margolin, le légendaire John Primer et leurs guitares. La rythmique inflexible est assurée par le batteur Michael Caskey, qui a fondé avec Johnny le groupe The Claudettes dont le cœur de cible est un rock’n’roll pêchu en diable, et par le bassiste Bill Dickens qui n’apparaît que sur les quatre compositions instrumentales de l’album. Les huit autres morceaux sont issus de l’illustre répertoire « Chicago Blues » d’Origine Contrôlée, boostés à la strychnine du patron, modernes, inventifs, nourris des éclairs d’un gratton électrique par ci, des ressauts impétueux d’une grosse caisse par là, mais tous bâtés à la traditionnelle, dans le respect du chant tourmenté et d’une forme de lancinance mélodique qui touchent l’auditeur en plein cœur. Le boogie-woogie ‘Shake Your Moneymaker’ mérite un Bluesagain d’or pour son apparat de sauvagerie bienvenue, nous rappelant d’un coup que Joe Strummer et la punkitude font aussi partie des influences majeures d’Iguana. Le piano constitue bien entendu le fil rouge du disque, maîtrisé à la perfection en dépit de l’âge canonique de l’exemplaire utilisé pour cette session : dans son ardeur au combat, le maître a explosé plusieurs fois l’assemblage des marteaux et s’est coupé les doigts au contact des vieilles clés raidies par le temps, comme on peut d’ailleurs le constater sur la photo ensanglantée de la jaquette. Spectacular!
Max Mercier

Kubix
Guitar Chant

Genre musical: Instrumental cool
Label : ATTIK PROD
Distributeur :
BACO DISTRIBUTION     

Enregistré entre Paris et New York, album 100 % instrumental, Guitar Chant riche de mélodies et de rythmes variés nous plonge dans la douce ambiance feutrée d’un club de Manhattan ou évoque la chaleur d’une plage tropicale ensoleillée. La set list aligne 11 titres aux accents reggae et jazz avec des échos lointains de soul music pour lesquels le guitariste Xavier Bègue alias Kubix, a rassemblé autour de lui pas moins de 21 musiciens. La base rythmique est composée du batteur Simon Roger, des claviéristes Jimmy Zaccardelli, Daniel Adélaïde, Fayce, Marcus Urani, la pianiste japonaise Aya Kato et huit bassistes venus du monde entier comme Aboubass, Koxx, Mato, Manudigital, Don Chandler, Roops, Clinton Fearon, Valess. La section de cuivres est composée de Stepper, Vin Gordon (le tromboniste reggae en activité le plus recherché), Zacharie Ksyk ainsi que Rico Gaultier et Matthieu Bost. Nicodrum est aux tambours traditionnels jamaïcains et Manjul aux percussions. Mais c’est bien la guitare qui mène le bal en majesté. Bulle relaxante à la finesse d’interprétation incontestable, cette production hommage aux musiques caribéennes, voyage musical de Kingston à Cuba aux atmosphères aériennes, apporte une belle clarté dans la grisaille de la période actuelle. L’ambiance générale est à la décontraction, ce disque léger et délicat met l’auditeur en état d’apesanteur.   
Gilles Blampain

Kurt 137 !
Les Terres Brûlées

Genre musical: Punk-rock
Label : PAT KEBRA'S
Distributeur :
iTunes, Spotify, Deezer

Les Toulousains de Kurt 137 ! (ex-Kurt !), Pat Kore au chant, Ji Luk à la guitare, Tom Dca à la batterie et Nico Slack à la basse tracent leur route et envoient toujours un punk-rock décoiffant. Le genre de truc qui emporte tout sur son passage. Si leur domaine de prédilection est plutôt la scène, les voilà de retour avec un EP de six titres aux rythmes excités pulvérisés en 17 minutes. C’est du brutal. Une musique coup de poing, un truc qui percute et qui rentre dedans. Un chant énervé soutenu par une batterie rageuse, une basse agressive et des riffs de guitare abrasifs. De la fièvre et de l’exubérance, et de la verve également. ‘Moitié Renard, Moitié Loup’, ‘Les Oiseaux De Proie’, ‘La Vengeance Du Chien Aveuglé’, l’exploitation de l’animal par l’homme s’avère être une réflexion de ces Terres Brûlées. Mais l’homme n’est pas oublié avec ‘Camarade Humain’. Des chansons qui accrochent autant par leurs rythmes que par leurs textes.Un enregistrement intense qui ne manque pas de souffle.
Gilles Blampain

Lee Fields & The Expressions
Big Crown Vaults Vol.1

Genre musical: Soul
Label : BIG CROWN
Distributeur :
MODULOR     

Le label Big Crown ouvre ses archives et c'est très naturellement qu'il commence cette série par ce merveilleux chanteur qu'est Lee Fields. Ces titres sont issus des sessions Special Night (2016) et It Rains Love (2019) et auraient très bien pu provenir du fin fond des 70's, tellement le soulman et ses Expressions sonnent toujours de manière intemporelle.  A l'écoute, on se demande comment ils ont pu écarter ces titres des albums précités tellement le niveau du talent est placé haut. Les styles abordés vont de la country soul bien sudiste ('Regenerate') au blues ('Time') en passant par des choses plus 'blaxploitation' nourries de fuzz guitar. A noter une reprise de Little Carl Carlton ('Two Timer'). Le groove est partout. Et pour clore la face A du vinyle, 'Don't Give Up', ce titre possédé, inquiétant et arrosé d'une merveilleuse section de cordes, pourrait très bien donner des idées à quelqu'un comme Van Morrison. Malheureusement le disque CD promo qui nous a été adressé s'arrête à cette première face du disque 33 tours. La face B reprend tous ces brûlots en versions instrumentales plus un 'Out To Get You', instru lui aussi. Bref, tout ceci donne évidemment bien envie de se plonger dans la discographie de ce fantastique chanteur.
Juan Marquez Léon

Lux Bas-Fonds
Amnésie Internationale

Genre musical: Rock décapant
Label : PAT KEBRA'S
Distributeur :
16 Alliés production, iTunes, Spotify, Deezer     

Huit ans de scène ça scelle une belle complicité et ça libèrent une réelle énergie. Ces musiciens parlent de leur union comme : « Groupe rock, poètes libertaires, gardiens du bruit, monstres de scène pour une musique batarde… les textes c'est de la noblesse populaire ! ». C’est fort et puissant, ça sent le cuir et la sueur. Géraud Bastar est au chant et à la guitare, Lézard à l’autre guitare, Elvire Jouve est à la batterie et aux ferrailles et Pat Le Black à la basse. Le band clermontois ne fait pas dans la retenue avec un son lourd et sombre soutenu par une basse vrombissante et une batterie pilonnante, avec des riffs agressifs et des pulsations lancinantes qui mettent en valeur un chant guttural. L’ensemble ne manque pas de souffle, la prestation est robuste, les quatre de Lux Bas-Fonds balancent un rock audacieux et insolent qui claque et qui décape. Dans la lignée des meilleurs groupes francophones des 80’s avec cet EP de 22 minutes ils envoient avec force 5 tranches de vie bien tournées. Ambiances ténébreuses, sonorités rageuses ou tonalités plus douces, les mots dansent autant que les notes. Une musique à haute intensité qui harponne l’auditeur. Un groupe plein de fougue qui délivre une vraie puissance de feu et qui transmet une énergie vivifiante.
Gilles Blampain

Magaret Airplaneman
Live At The Charles River Museum Of Industry

Genre musical: Folk psyché planant
Label : BEAST RECORDS
Distributeur :
CARGO     

Margaret Airplaneman est la moitié d’un duo nommé Mr. Airplane Man, classé dans le blunk et le garage psyché. Quand elle s’émancipe et se cherche un pseudo, on ne peut pas dire que Margaret force sur le brain-storming. La voilà seule en concert au Charles River Museum Of Industry, un genre de musée des Arts et Métiers près de Boston. En concert ? On veut bien la croire puisqu’on lit « live » sur la pochette. En tout cas le public n’est pas trop envahissant. On dirait même qu’il n’y a personne, sauf Margaret, sa cigar box guitar et cette « réverbération de cathédrale » dont elle voulait tirer parti. Aucune prouesse de bottleneck à attendre sur la boîte à cigares quatre-cordes, malgré trois ou quatre ébullitions contrôlées. Un picking très simple, quelques slides d’accompagnement, mais surtout le bourdon dynamique d’une corde basse qui se développe en vagues et se contracte comme un muscle. Pas vraiment de chant non plus, mais une longue interrogation post-apocalyptique. Le plus étrange, c’est l’intimité que crée cette profondeur de cathédrale, et les accents enfantins qu’elle donne parfois à la voix. C’est donc une œuvre en apesanteur, essentiellement atmosphérique et quasiment mystique, ni belle ni moche. Le propos de Margaret ne se situe pas à ce niveau. Il relève davantage de l’expérience. Quelle expérience ? C’est tout le problème de cet album, avec ses ragas punks, son folk désincarné et ses odyssées planantes. Un état d’âme traduit en ondes sonores. Il faudrait être Margaret elle-même pour saisir la portée d’une telle expérience. C’est en tout cas marrant de noter comment on peut arriver à de la musique planante en partant du blunk, sachant qu’à l’arrivée le blues et le punk ne sont plus que des mythes fondus dans un folk progressif.
Christian Casoni

Miss Emily
Live At The Isabel

Genre musical: Rockgospel
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur :
Themissemily.com, iTunes, Spotify     

Ça démarre sur les chapeaux de roue par ‘Sometimes It’s Better To Lose’, inspirée entre autres par ‘Living With The Blues’, avec cette voix vigoureuse et franche de chanteuse de honky-tonk. L’album se poursuit par du country-rock mais l’impression dominante, quand le disque a cessé de tourner, c’est le gospel. Miss Emily et ses hommes versent un peu dans la pop, la soul et le blues (cf. ‘The Sellout’, lacérée par un chant en tesson de bouteille), mais on retient surtout ce mélange de rock et de gospel. Miss Emily vient de Kingston, Ontario. Cet album garde les moments de quatre concerts, donnés entre 2017 et 2019, à l’Isabel Bader Center For The Performing Arts, spectaculaire théâtre boisé, logé dans la Queen’s University de Kingston, au bord du lac Ontario. Il y a plusieurs orchestres au générique, les pianos devant, les guitares en appui. Les chansons sont belles, souvent déchirantes, soulevées par un muscle collectif puissant. Le chant, omniprésent, plein de flamme et de tempérament, peut par contre faire regretter qu’il n’y ait pas davantage de ponts, histoire de laisser refroidir les tympans. Cette réserve mise à part, ce live mérite vraiment le détour.
Christian Casoni

Ole Frimer Band
Live In Eppingen

Genre musical: Blues- rock mélodieux
Label : KATTI RECORDS
Distributeur :
Spotify, Deezer, Amazon     

Ole Frimer est Danois. Il s’est fait une certaine réputation en Scandinavie. C’est un excellent soliste du genre jouissif, qui sonne comme Santana… en plus aventureux. C’est aussi un excellent chanteur dont la voix rappelle celle de Greg Allman. Ils sont quatre, guitare, basse, batterie, claviers, et se produisent à l’Eppingen Jazz Festival, en Allemagne. Ils servent un blues-rock mélodieux traversé de solos brûlants, taillés dans le gras du manche. Au piano, Niels Ole Thorning sait se faire remarquer par ses brillantes bifurcations vers le jazz. L’album commence mal, sur un instru plutôt impersonnel. Ça continue dans un blues-rock hybride, parfois trop sucré, parfois trop propre, mais toujours confortable, et assez humble finalement, compte tenu de la virtuosité des musiciens, pas ramenards du tout, l’oreille tendue vers la mélodie. On sent bien leur volonté de s’ancrer dans un bon travail d’artisanat, plus que dans une ébullition de verve et de génie. Ils donnent envie de suivre l’exemple et de peser humblement la critique, d’autant qu’on s’installe facilement dans cet album accueillant, mais pas racoleur. Le programme est à l’équilibre entre les compos et les reprises, Eddie Boyd, Eric Clapton, Robert Cray ou Jeff Beck. L’amicale des guitaristes sera aux anges, les irréductibles de la chanson bien faite et du travail fignolé, aussi. Les autres trouverons bien un moment…
Christian Casoni

Pallbearer
Forgotten Days

 

Genre musical: Doom-metal  
Label : Nuclear Blast
Distributeur : Nuclear Blast

Le doom-metal est un genre plutôt codifié, et dans lequel il est complexe d'y apporter sa petite touche de nouveauté. C'est pourtant ce que fait Pallbearer depuis 2012, date de sortie de son premier album. Forgotten Days est leur quatrième opus, et on peut dire que l'année a été particulièrement propice à développer des climats lourds et mélancoliques. Bloqués chez eux, les guitaristes Brett Campbell et Devin Holt, le bassiste Joseph Rowland et le batteur Mark Lierly ont mis à profit leur temps judicieusement. Forgotten Days est une incontestable réussite musicale. On retrouve bien la matrice massive du doom développée par Black Sabbath, Pentagram et The Obsessed. Mais se sont greffées dessus des harmonies vocales, des mélodies héroïques et de subtiles incursions progressives. Certaines pièces musicales font d'ailleurs par moments penser au King Crimson de la période Red, mêlant romantisme noir et musique proto-métallique. Pallbearer alterne les pièces massives (‘Forgotten Days’, ‘Silver Wings’, ‘Caledonia’) et les uppercuts d'acier trempé (‘Stasis’, ‘The Quicksand Of Existing’, ‘Rite Of Passage’). L'ensemble baigne dans la lumière pâle d'une fin de journée automnale. Pallbearer vient de produire un album dense qui ne se révèle qu'après plusieurs écoutes, mais la force de ses riffs et de ses mélodies saisit l'auditeur dès la première lecture. Ce que l'on appelle une œuvre.
Julien Deléglise

Paul Boddy And The Slidewinder Blues Band
Friends Of Tuesday


Genre musical: Chicago/Texas Blues
Label : SLIDE RECORDS
Distributeur : iTunes, Spotify, CDBbaby, Deezer, Amazon

Originaire de Doylestown dans la banlieue nord de Philadelphie, le band est composé de plusieurs habitués de ‘The Every Tuesday Funk'n’Blues Jam’, rendez-vous musical hebdomadaire, maintenant dans sa cinquième année. Des musiciens qui ont quelques décennies de pratique au compteur et dont la prestation est très tonique. Le genre d’artistes dont le son réveille les tympans. Paul Boddy est au chant et à la guitare, l'orgue, le piano et l’accordéon sont dans les mains de Glenn Hale, Chuck Hearne tient la basse et Jim Bowman la batterie. Les chœurs sont assurés par Lori Gaston. Deux invités rejoignent le groupe, Tim Shay au saxophone sur ‘Knock My Boots’ et Mikey Jr à l’harmonica sur ‘Pretty Kitty’. Paul Boddy signe les 6 compositions de cette production assez brève qui ne dure que 21 minutes mais qui déborde d’énergie. C’est fort et offensif. Avec du style et du punch Paul Boddy and the Slidewinder Blues Band font preuve d’une redoutable efficacité et créent une subtile combinaison de Texas et Chicago blues avec quelques embardées du côté de la Louisiane et du Mississippi.
Gilles Blampain

Prédatür
Weidenhaus

Genre musical: Blues-rock
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : predatur.bandcamp.com/

L'histoire de Predatür remonte à 1976, lorsqu'une poignée de maniaques de Status Quo commandée par le guitariste-chanteur Baz Barry décide de former un groupe. Devenant une affaire plus sérieuse au début des années 80, Predatür se retrouve dans le bain de la New Wave Of British Heavy-Metal, publiant un unique EP auto-produit en 1982. Depuis, le groupe a continué à tourner, et a même sorti deux albums : l'excellent Mean en 2005 et In Your Garden en 2007. Predatür a pris l'habitude d'écumer les conventions de fans de Status Quo, et pour cause, Barry ayant un timbre de voix ressemblant fortement à celle de Francis Rossi au début des années 70, et Predatür jouant une énergique mixture de hard blues-rock et de boogie teigneux. Barry fut par ailleurs membre du John Coghlan's Quo et de Rain, deux formations hommages au Quo, la première avec le batteur historique du groupe. La pochette de ce nouvel album surprend, montrant un Barry barbu, portant un gros pull de laine, le faisant davantage ressembler à Moondog qu'à un dangereux hard-rockeur. Weidenhaus est un album plus blues-rock, mais est évidemment truffé de références à Status Quo. Cette fois, Barry s'est plongé dans l'obscure période 1970-1971, époque où le Quo avait basculé blues-rock, avec des réminiscences psychédéliques, et cherchait son public. Le son était moins rentre-dedans, le boogie apparaissait de manière plus subtile, plus entêtant que violent. Déjà, le titre en allemand, Weidenhaus, est une référence à une blague du Quo de cette époque qui aimait rire des mots à consonance allemande (le morceau ‘Umleitung’ sur l'album Dog Of Two Head de 1971). La musique de Weidenhaus est donc pétri des deux albums du Quo de cette époque (Ma Kelly's Greasy Spoon de 1970 et Dog Of Two Head), mais aussi du blues-rock anglais. Les morceaux ‘2.38’ et ‘Song For A Sister’ sont de magnifiques clins d'œil sonores aux instrumentaux du Peter Green's Fleetwood Mac (Man Of The World). Barry s'est entouré d'excellents musiciens : Charles Grear à la guitare, Steve Jones à la basse, Jack Capon à la batterie, tous jeunes et loin d'avoir connu le Quo période Frantic Four sur scène. Weidenhaus est une véritable réussite, amoureusement enregistré et assemblé, sans le moindre point faible. Les titres se suivent avec délice: l'entêtant ‘She Said She Said’, ‘High’, le très blues ‘Wednesday Evening’, les boogie ‘Lovely Day’ et ‘In The Morning Part 2’… Affectionnant pour ma part particulièrement ces deux premiers albums boogie du Quo, ce nouvel album de Predatür a réussi à en ressusciter l'esprit et la musique, avec la patte bien personnelle de Predatür en prime. Espérons que le groupe n'attendra pas dix ans pour donner un successeur à cet excellent album, mais qu'il est le point de départ d'une nouvelle ère fructueuse.
Julien Deléglise

The Bluesbones
Live On Stage

Genre musical: Blues vitaminé   
Label : NAKED
Distributeur : DONOR PRODUCTIONS 

Sur six albums à leur actif, celui-ci est le troisième enregistré live. C’est dire si The Bluesbones est un groupe de scène, ou plutôt de scènes. Ils ont traîné leurs instruments un peu partout en Europe avec un succès (mérité) grandissant. Il faut dire que lors de la sortie de leur premier album, un an après leur formation en 2011, ils remportèrent le Prix du Public au Belgian Blues Challenge et furent déclarés vainqueurs de ce même challenge en 2016. Et ils se classèrent deuxième à l’European Blues Challenge en 2017. Ce quintet est réuni autour du chanteur Nico de Cock, au coffre puissant, à la voix chaude légèrement passée au papier de verre, et au charisme indéniable. En maîtres du tempo, le batteur Jens Roelandt et le bassiste Geert Boeckx sont impitoyables. Les deux perles qui font monter la formation au-dessus des étoiles sont le guitariste lumineux Stef Paglia et le claviériste Edwin Risbourg qui fait jaillir des feux d’artifices de son Hammond et de son Rhodes. Une fois que ces types vous ont pris, ils ne vous lâchent plus, il suffit de faire attention au répondant du public dont on imagine les mines réjouies, face au magnétisme de ce band soudé. 71 minutes de bonheur en douze titres. Groupe de blues électrique, The Bluesbones n’affiche pas un style précis mais se balade entre blues-rock solide ‘Find My Way Out’, boogies appuyés et néanmoins harmonieux ‘Psycho Mind’, ‘A Better Life’, ballade décontractée ‘Demon Blues’, blues lent ‘Sealed Souls’et bien d’autres ambiances où les types n’y vont pas à l’économie, mais ont plutôt tendance à jouer avec le feeling et à faire durer le plaisir. Ainsi trois titres font plus de sept minutes et le morceau de clôture ‘Whiskey Drinking Woman’ dépasse les onze. ‘Cruisin’ est un titre rapide et solide qui met en valeur les claviers d’Edwin tout comme ‘The Witchdoctor’ qui porte la guitare de Stef dans une montée infernale qui mène à l’explosion de joie du public. Ces garçons sont des hypnotiseurs de folie.
César

Thin Lizzy
Rock Legends


Genre musical: Hard-rock bluezy
Label : PHONOGRAM
Distributeur : UNIVERSAL

Les nouveautés relatives à l'histoire de Thin Lizzy sont plutôt rares malgré la riche discographie du groupe et ses innombrables tournées. Un disque live inédit venait agrémenter de temps en temps l'existence du fan, mais rien de véritablement roboratif. Rock Legends se charge de combler l'immense vide. Serti dans une belle boîte noire siglée Thin Lizzy, on découvre six CDs et un DVD offrant de la matière inédite, une partie ayant dormi depuis toutes ces années dans les archives du défunt bassiste-chanteur-compositeur Philip Lynott, mort en 1986. Elles ont été amoureusement exhumées par le guitariste de Thin Lizzy Scott Gorham, bras droit de Lynott de 1974 à 1983. Le premier est une sympathique compilation de tous les simples du groupe, dont les versions diffèrent parfois de celles des albums. La suite est plus sérieuse avec deux sessions inédites à la radio irlandaise, une de 1973 avec le guitariste originel Eric Bell, la seconde avec Gary Moore, venu dépanner pour quatre petits mois en 1974. Les trois CDs suivant offrent des démos de morceaux déjà connus ou inédits. Les versions sont superbement brutes, et redonnent aux plus belles chansons de Thin Lizzy leur aspect sauvage souvent émoussé par le studio et les producteurs. Le dernier CD est un live inédit à Londres en 1980, qui offre sans doute la plus belle version de tous les temps de ‘Still In Love With You’. Phil Lynott a la voix voilée par les excès et la route, mais son timbre velouté et soul gagne encore en mélancolie. Le DVD réunit une session live à la télévision de 1976, et un documentaire diffusé originellement à la BBC. Le tout est accompagné d'un magnifique bouquin regroupant tous les tour-programmes de Thin Lizzy, la reproduction du recueil de poésies de Philip Lynott de 1977 illustré par leur fidèle dessinateur de pochettes Jim Fitzpatrick, et un livret regroupant les témoignages de musiciens ayant connu ou admirant Phil Lynott. On ne pouvait guère rêver mieux comme hommage.
Julien Deléglise




UFO
Strangers In The Night – Deluxe Edition Boxset

Genre musical: Hard-rock bluesy mélodique
Label : CHRYSALIS
Distributeur : WARNER MUSIC

Celui-là, il est tombé comme un cheveu sur la soupe. Il aurait pu être le coffret des quarante ans, mais il est sorti en janvier 1979, donc, c'est un an trop tard. Ce superbe coffret de huit disques regroupe l'ensemble des concerts captés par le producteur Ron Nevison, et qui alimentèrent le fameux double live Strangers In The Night, leur plus gros succès commercial : numéro 7 en Grande-Bretagne, numéro 42 aux USA. La tournée fut effectuée en première partie/affiche partagée selon les dates avec les américains de Blue Oyster Cult, devenus des stars avec leurs tubes ‘Don't Fear The Reaper’ et ‘Godzilla’. Le coffret peut sembler rébarbatif pour le commun des mortels, avec huit fois le même concert. Mais il n'en est rien. UFO délivrait une prestation brute, et les modulations des morceaux originaux étaient infimes mais légions. Il est époustouflant d'écouter la qualité brute des interprétations, redoutables. Les cinq musiciens sont incroyablement en place, totalement complices. L'incroyable talent de Michael Schenker, capable de moduler à l'envi, est porté dans son génie par ses solides compères : Pete Way, Andy Parker, Paul Raymond, Phil Mogg. Ce quintet était vraiment l'équipage parfait, dévorant la scène chaque soir. Ils forment un gang indestructible, qui se hait et s'adore à chaque biture. Et ce coffret est la quintessence de leur félicitée.
Julien Deléglise

Various Artists
Lost Christmas

Genre musical: Pop new wave-folk  
Label : MEMPHIS INDUSTRIES
Distributeur : BERTUS

Memphis Industries ne nidifie pas dans le Tennessee mais à Londres. Quant à Lost Christmas, c’est l’événement musical qu’organise chaque année l’ONG Crisis, la pompe à fric de sa campagne Home For All. Le virus à couronne rendant impossible la levée de fonds, Memphis Industries prend le relais avec cette compilation. Chaque disque vendu rapporte deux livres à Crisis. Ici, tout le monde est britannique ou vit outre-Manche, hormis les Phoenix Foundation qui sont néo-zélandais, et tout le monde porte les couleurs du label. La plupart d’entre eux viennent du folk alternatif ou du rock indépendant, Warm Digits ferait dans un krautrock agit-funk, The Go ! Team aurait inventé le « chant cheerleader » funky, et d’autres comme Stats tombent d’un azimut connu des seuls Inrocks. Débarqués sur ce disque de Noël, chaleureux comme un chrysanthème de la Toussaint (le Brexit et le microbe n’y mettent pas vraiment du leur), il n’y a plus de rock, il n’y a plus de folk, il n’y a plus de funk psyché… Il y a quoi ? La première impression est celle d’une variété new wave sophistiquée, guitares folk et synthés, pianos glaçants, chants oniriques en bouquets de timbres qui passent comme des jets de vapeur. Il faut déjà s’y habituer. Quand c’est fait on distingue, sous les machines et la béatitude un peu trop formelle des chansons, la finesse des orchestrations avec leurs mouvements de cordes, et l’harmonie splendide des voix. Dix titres, dix groupes, mais l’album a une unité étonnante, voix, cachet, et semble être l’œuvre d’une seule entité. Et… c’est le cadeau idéal pour finir cette merveilleuse année 2020 sur une bonne dépression.
Christian Casoni