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05/20
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Portrait: PEETIE WHEATSTRAW Interview: MISS BEE AND THE BULLFROGS Portrait: ROY ROGERS
 


Dans cette rubrique, vous trouverez une sélection de CD choisis par l'équipe Blues Again.

DECEMBRE 2015

Blues Harp Women

Genre musical: Blues multicolore
Label : RUF
Distributeur : SOCADISC

Si on vous demande de citer quelques harmonicistes, sans hésiter les noms se bousculent : Sonny Boy Williamson, Little Walter, Sugar Blue, Kim Wilson, JJ Milteau, Greg Zlap… et la liste va s’allonger sans problème. Mais corsons le jeu, mentionnez quelques noms d’harmonicistes femmes ! Là, on bafouille, Big Mama Thornton, on ajoute éventuellement Rachelle Plas, peut-être Christelle Berthon, et après… Ben, heu… On est vite pris de court, sans voix. Ce disque vous permettra de combler cette lacune et de réparer une injustice. Thomas Ruf rend hommage à ces dames et, hormis l’incontournable Willie Mae Thornton, il aligne sur deux CD (70mn + 65mn) 30 musiciennes adeptes du petit instrument à lamelles. En très grande majorité américaines, toutes ces musiciennes, et bonnes chanteuses, sont en activité et maitrisent l’harmo comme leurs alter egos masculins. Jump, West coast, Texas, Chicago, Louisiane, les styles sont divers ; rock, soul, old time, jazz, les inspirations sont multiples. Et le talent est là, c’est le principal. Ces disques sont évidemment une compilation, mais élaborée de façon intelligente et les titres se succèdent les uns aux autres d’agréable manière. Ces musiciennes méritent d’être découvertes et mises en lumière. Et la prochaine fois qu’on vous parlera d’harmonicistes vous pourrez briller en société.
Gilles Blampain

Cotton Belly's
Rainy road

Genre musical: Bluesoulrock
Label : CABANE PROD
Distributeur :
MUSICAST

Cette nouvelle production de Cotton Belly’s révèle un léger remaniement d’équipe ; Yann Malek (chant, harmonica, guitare acoustique, lapsteel) et Christophe Etienne (basse) membres fondateurs continuent l’aventure avec Jérôme Perraut (guitare électrique) et Alexandre Charroy (batterie) et si l’originalité est toujours de mise, le tonus semble décuplé. C’est une vraie offensive musicale, une joyeuse explosion de rythmes qui démarre fort dès le premier titre et, gros son ou dentelle de picking un groove d’enfer souffle d’un bout à l’autre de l’enregistrement. Que la voix chargée d’émotion soit soutenue par un tempo hypnotique ou une ligne mélodique élaborée, le style est enlevé et culbute tout sur son passage. On est irrésistiblement entrainé dans un maelstrom musical qui fait jaillir des embruns de soul, un bouillonnement de blues, une écume de rock, quelques grains de folk et plus encore. Les 12 titres originaux se déroulent sans faiblesse au fil de 53 minutes. On est submergé, emporté comme un frêle esquif sur un torrent impétueux et ce bain sonore est un réel bonheur. Le band s’affranchit des cadres et trace sa route. Alliance subtile de finesse et d’éclats, cette Rainy Road est vraiment lumineuse. La production est nickel-chrome et avec son inventivité et sa frénésie communicative le band ne laissera personne indifférent.
Gilles Blampain

Fuzz
Fuzz II

Genre musical: Heavy Rock
Label : IN THE RED
Distributeur :
FORTE MUSIC DISTRIBUTION

Bricoleur de génie, Ty Segall surgit souvent là où on ne l'attend pas. Si ça ne sonnait pas comme une sorte d'injure, nous oserions ce parallèle : Segall est le Stromae du rock indépendant. Une différence de taille cependant - outre le fait que l'on parcourt rarement le rayon variétés, préférant celui des guitares rugissantes : Ty Segall n'a aucun plan de carrière, semblant à tout moment suivre son seul instinct, qui le trompe rarement, disons-le. Et puis ce groupe s'appelle Fuzz, et non Buzz... Sorti de l'ombre avec Twins (son album glam), il propose ensuite Sleeper, parenthèse folk aussi attachante que suicidaire. Ce stakhanoviste va alors multiplier les projets, travaux de production et autres associations. Derniers méfaits d'importance, le premier Fuzz, paru en 2013, et 'Manipulator', du Ty Segall Band, sans doute son meilleur (double) album à ce jour. Et le voilà donc qui réactive ce qu'on pensait n'être qu'une récréation, pour à nouveau un double opus. Fuzz, c'est le power trio dans toute sa majesté. Ty Segall abandonne la six cordes pour la batterie, accompagné par Charlie Moothart (guitare, membre du TSB), et à la basse Chad Ubovitch, des obscurs Meatbodies. C'est du rock résolument estampillé 70's, lourd, hypnotique, lysergique, qui évoque souvent Blue Cheer, Hawkwind ou Black Sabbath (dans ce cas, le côté bourrin en moins) avec une touche personnelle indéniable. Des vocaux volontiers aériens (l'excellent 'Let It Live') pour la touche psyché, dont c'est décidément le grand retour... Des riffs plombés, monolythiques, un stoner plus que convaincant ('Burning Wreath', 'Pipe'), mais aussi des incursions en territoire punk ('Red Flag'), voire l'ajout de claviers discrets ('Rat Race'). Le tout s'achevant sur 'Fuzz II', morceau de bravoure de 13 minutes.
Marc Jansen

Jack Bon Slim Combo
Colors of blues

Genre musical: Boogie acoustique, folk méchant
Label : STARASSOPROD
Distributeur :
www.starassoprod.com

Jack Bon is back in town avec cet album présenté comme une échappée entièrement acoustique. Chris Michel joue de la basse acoustique et Laurent Falso, des percus, mais l’album bastonne, comme gonflé au Marshall et à la grosse caisse. Douze standards de blues, de rock, de folk, douze reprises flamboyantes en pub-rock unplugged, boogie-folk, rock’n’roll-skiffle, old-time ska et autres excentricités lexicales. C’est particulièrement réussi avec ‘They’re Red Hot’, ‘Don’t You Just Know It’ ou ‘You Never Can Tell’. Comme le Combo est audacieux, ce dont on lui sait gré quoi qu’il arrive, il s’attaque à Howlin’ Wolf, un front sur lequel s’étaient vautrés Jimi Hendrix et Led Zeppelin. Le combo s’attaque aussi à ‘Bad Boy’, escaladant ce monument sans beaucoup de prises, car l’ayant débarrassé des gimmicks qui en font le prix. Et, encore une exposition masochiste : le trio s’attaque à ‘Don’t Think Twice’ avec le même défaut d’élégie. En revanche avec ‘Living The Blues’, du même, déterré de son pire album (Self Portrait), il fait mouche. De toute façon, même si une paire de reprises restent en dessous des modèles, le résultat n’en demeure pas moins très bon, l’initiative, hardie, et l’entreprise, toujours très intéressante. Et puis, de quoi s’agit-il ? De donner, à ces vieilles chansons, un bon bol d’air pur et de les faire rocker. Pulvérisée, la cible ! Glorieux, le Combo de Jack Bon !
Christian Casoni

Jared James Nichols
Highwayman

Genre musical: Blues Rock
Label : LISTENABLE RECORDS
Distributeur : LISTENABLE RECORDS

C'est audacieux, reconnaissons-le : ouvrir sur une reprise de Grand Funk Railroad, il fallait oser, tout de même... GFR, ce trio seventies dont le succès public n'avait d'égal que le mépris de la critique, qui eut tôt fait de le rebaptiser "Petit Funk" (d'autant que ces gaillards n'avaient rien de funky à vrai dire, proposant plutôt un hard rock banal, bas du front et mou du genou). Surprise, le morceau tient la route, et il regorge de feeling. Ça tombe bien, c'est justement le mot d'ordre du leader, jeune prodige venu du Wisconsin. Il fréquenta un temps le Berklee College of Music - là où Satriani enseigna à un certain Steve Vai - mais s'en fut bientôt à toutes jambes, estimant avoir acquis les bases techniques nécessaires (bon, c'est plus facile quand on est doué de naissance). Une autre reprise sur cet EP cinq titres, moins discutable celle-là : ‘30 Days In The Hole' des glorieux Humble Pie, emmenés à la même époque par le redoutable Steve Marriott. Soli tranchants, basse vrombissante, reprise tout à fait convaincante. Et puis trois titres inédits, inspirés de la vie sur la route : 'Old Glory' et 'Fallin' Down', blues rock juteux, à l'énergie non feinte, et 'Gone' blues ballad de rigueur, qui évite toutefois la mièvrerie. A la basse Erik Sandin, à la batterie Dennis Holm. Et dans le rôle du producteur, Anthony Perry, fils du soliste d'Aerosmith. Play It Loud, comme on dit dans ces cas-là...
Marc Jansen

Kaos Karma
Ritual Dance

Genre musical: Rockabilly en état de choc
Label : MONO-TONE RECORDS/KI-MONO
Distributeur : DISTROLUX

Fabio Giberti est Kaos Karma. Ritual Dance, son deuxième album, dissipe ses finesses sans précipitation, au fil des lectures. On croit passer une épreuve de rockabilly expérimental, Suicide et les Troggs hachés menu avec les cartilages coriaces de la hill country, dans un rigorisme tragique. Cette chimère étant assez fascinante pour qu’on y revienne, chaque nouvelle écoute éclaire un retrait, une niche qu’on ne soupçonnait pas au premier tour de sillon. Ainsi se dégage petit à petit la beauté d’une agonie baroque. La force de ce « blues chelou », selon la définition de l’auteur, est dans ce qu’on n’entend pas. Quelque chose de grave s’est produit avant que l’album ne démarre. Ritual Dance commence juste après, dans le traumatisme d’une catastrophe qu’on a manquée, mais qui prend une résonnance effrayante, hantée par ce hors-champ. Le chant métallique de Fabio, entre Reg Presley et Iggy Pop, s’élève des profondeurs, sur trois octaves. L’homme du Midi peut tout mais, de la mélodie, il ne prélève que le scalp. Il tient, à une distance résiduelle, cette voix si spectaculaire. Rien n’humanise la torpeur, unique préoccupation de l’album. Avec quelques tambours virtuels et la basse de Pits Esb, Fabio bat le pouls. La Gretsch, l’Ibanez, le Farfisa sont directement fichés dans le logiciel. Il trafique les lignes, façonne les drones, et trouve le moyen de laisser mourir un chant grégorien dans cette commotion de rockabilly. ‘Ghost’, ‘My Name’, ‘Slow Death’… un karma s’achève, une identité s’efface en appareillant pour le fleuve Érèbe, qui fut l’époux de la Nuit et le père du… eh bien, du Chaos. Kaos Karma, quoi.
Christian Casoni

Lux
Lux

Genre musical: Pop-rock americain
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : lux.theband.com : Bandcamp, iTunes et CdBaby

Quatre musiciens, dont le bassiste de Jesus Volt : Julien Boisseau, une new-yorkaise au chant : Angela Randall, le fondateur et compositeur aux guitares : Sylvain Laforge, et Franck Ballier à la batterie. Le style de LUX reflète un peu les influences de Sylvain Laforge : REM, Neil Young, et plus encore : Stephen Stills. Pop-rock américain donc, genre americana électrique, country-rock pour les quatre premières plages, folk-rock pour la cinquième, son ample, mélodies simples et bien troussées qui donnent, au single, sa couleur pop, et un léger paradoxe : l’orchestre jouerait plutôt 70’s, le chant rappellerait la country FM des années 90. Angela Randall a une voix claire, plutôt douce, exprimant cette petite attention maternelle que porte parfois la voix des chanteuses de country. Les interventions de la guitare sont parfaites, brèves, incisives, toujours bien envoyées. Cinq titres, un petit tout bien construit, bien envoyé, très agréable à écouter.
Christian Casoni

Manu Lanvin & The Devil Blues
Son(s) of the blues

Genre musical: Blues-rock brutal
Label : GEL PRODUCTION
Distributeur : VERYCORDS

Un chant rauque, des riffs bouillants, un cri sauvage qui s’exprime dans l’urgence parce qu’après il sera peut-être trop tard, Manu Lanvin balance un blues rageur qui a l’arrogance du rock. Sa force de frappe explose dans un fabuleux tourbillon sonore de blues-rock, boogie, rockabilly. Et puis voilà qu’il nous sert une ritournelle pleine de mélancolie, ‘Lorsqu’une Femme Pleure’, où un violon vient nous cueillir avec finesse. Mais ça repart de plus belle au titre suivant ‘Back In Montreux’ dans un déferlement tonitruant très excitant d’où jaillissent des gerbes étincelantes d’harmonica. Une première version de Son(s) Of the Blues était parue en 2014, ce nouveau CD (61 mn) présenté dans un luxueux digipack nous livre 12 titres originaux et 4 bootlegs en bonus dont ‘Freedom’ de Richie Havens et ‘Summertime’ de George Gershwin repris de façon magistrale. Cet enregistrement semble capté sur le vif, un instantané brut avec un son urbain rugueux. Le genre de musique qui fait monter le mercure plus vite qu’un claquement de doigts. Le DVD est une captation du show donné le 4 juillet 2015 à Cognac. Manu Lanvin avec Jimmy Montout à la batterie et Antonella Maza à la contrebasse tient le public sous haute tension avec 9 chansons pendant 54 minutes. Il reprend ‘Red House’ de Jimi Hendrix, rend hommage à son ami défunt Calvin Russell avec ‘Wild, Wild West’ et termine en apothéose avec ‘Gloria’ de Van Morrison.
Gilles Blampain

Mike Zito & The Wheel
Keep coming back

Genre musical: Blues Rock
Label : RUF
Distributeur : SOCADISC

Pour cette nouvelle production, la troisième chez Ruf, Mike Zito a laissé tomber The Royal Southern Brotherhood et revient avec son band the Wheels, Jimmy Carpenter au saxophone, Scot Sutherland à la basse, Lewis Stephens au piano et à l'orgue et Rob Lee à la batterie et aux percussions. Comme à son habitude Zito nous livre un disque taillé dans le rock avec des accents de blues, de country et des échappées soul. C’est du brutal comme il sait le faire et ça fait mouche à chaque titre. Sa voix de soul-rocker convient parfaitement à ce style rentre-dedans avec ses riffs de guitare agressifs, la batterie bien marquée et le saxophone mis en avant. Un son qui déchire, un punch d'enfer, des solos incendiaires et un bon feeling par-dessus. C’est la beauté du blues-rock sudiste avec sa force et quelques langueurs qui émergent par moments. Mike Zito signe 10 titres dont 3 en compagnie d’Anders Osborne et reprend ‘Get Out Of Denver’ de Bob Seger et ‘Bootleg’ de John Fogerty. Seger et Fogerty, deux musiciens dans la filiation desquels il s’inscrit sans conteste. Mike Zito nous dit : « Je peux dire honnêtement que c’est l’album le plus joyeux que j’ai jamais enregistré ». Et de fait c’est un enregistrement plein d’énergie et de bonnes vibrations.
Gilles Blampain

Paul Personne
Electric Rendez-Vous

Genre musical: Blues-rock
Label : VERYCORDS
Distributeur : VERYCORDS

Son nom est Personne, et il joue comme personne. Comme d’habitude on a droit à un concentré de blues et de rock et toujours de bonnes vibrations. Paul Personne marque son retour de belle façon avec cet Electric Rendez-Vous, un superbe digipack qui renferme deux CD (75mn + 69mn - 22 titres en tout) et un DVD (19 titres - 122 minutes) qui nous plonge au cœur du concert filmé au Stéréolux à Nantes. Paul Personne et A l’Ouest, son band composé de Brice Allanic (batterie), Nicolas Bellanger (basse) et Anthony Bellanger (guitare), reprennent quelques standards incontournables, ‘Loco Loco’, ‘Comme Un Etranger’, ‘Quelqu’un m’Appelle’, ‘Barjoland’… et pas mal de chansons plus récentes. Gibson en main l’artiste captive et enchante son public, et comme c’est du live il y a de belles échappées. Paul Personne et son groupe nous entraînent dans une virée sonore des plus excitantes et les titres s’enchainent avec l’aisance d’une machine bien rodée. Des riffs pointus, de beaux solos, avec élégance et décontraction, et toujours un bon feeling, Paul Personne nous prouve qu’avec le poids des ans son enthousiasme ne s’émousse pas. Cet enregistrement à la fois simple et vif dégage une réelle énergie avec un côté brut et un peu déjanté sur certains morceaux.
Gilles Blampain

Shake Your Hips

Genre musical: Blues irisé
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : contacter les musiciens via Facebook

Autant le dire d’entrée de jeu, musicalement l'album est au top. C’est lumineux, le band envoie du lourd ! C’est un hymne à la musique du cœur, celle qui fait vibrer. L’ensemble possède une formidable puissance tout en distillant une certaine fraîcheur. Shake Your Hips trouve le bon tempo et le résultat est étincelant, entre plaintes et rugissements, passages en douceur et vocaux dévastateurs, l’enregistrement donne l’impression d’une totale liberté avec une maîtrise technique irréprochable. Le band plonge profondément ses racines dans le terreau fertile du blues, du rock, de la soul, et les fruits qu’il nous donne sont du meilleur goût. La set list affiche 12 titres, la plupart signés par Freddy Miller et Olivier Raymond, dont  un hommage au maître disparu ‘Riley B King’ ; 3 sont de la plume de Bernard Sellam. Tout l’édifice repose sur la section rythmique sans faille des frères Ferrié, Jérôme à la basse et Olivier à la batterie. La guitare d’Olivier Raymond se fait tour à tour agressive, mutine ou plaintive pour accompagner le chant plein de force ou de sensibilité de Freddy Miller, quand l’harmonica de Jean Marc Hénaux vient en soutien avec des trilles et des trémolos d’une lumineuse beauté, sans oublier le saxophone de Philippe Perronet qui enjolive 8 chansons. Le groupe fait preuve d’une aisance élégante et d’un enthousiasme communicatif. Le digipack d’une sobriété ascétique n’affiche aucun titre, juste le nom du groupe… l’apanage des grands.
Gilles Blampain