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10/17
Chroniques CD du mois Interview: HOBOKEN DIVISION Livres & Publications
Dossier: COBRA RECORD Interview: CHEESE FINGER BROWN Portrait: JELLY-ROLL MORTON
 


Dans cette rubrique, vous trouverez une sélection de CD choisis par l'équipe Blues Again.

DECEMBRE 2014

Colosseum
Time is on our side

Genre musical: Jazz-rock
Label : RUF
Distributeur :
SOCADISC

Groupe de vétérans de haute lignée dont l’inoubliable saxophoniste et membre fondateur Dick Heckstall-Smith s’en est malheureusement allé jouer ad patres en décembre 2004, Colosseum a donné ses premiers concerts fin 1968. Une époque qui peut sembler bien lointaine.  La dernière production du band, Tomorrow’s Blues, remonte à 2003 et voilà, 11 ans plus tard, un superbe enregistrement qui atteste que Colosseum a encore son mot à dire. Depuis plus de 40 ans Jon Hiseman est à la batterie, Dave Greenslade au clavier de l’orgue Hammond, Clem Clempson joue de la guitare, Mark Clarke tient la basse et Chris Farlowe est au chant. C’est Barbara Thompson, la compagne de Jon Hiseman, qui est à présent au saxophone. Le CD nous fait entendre un formidable jazz-rock progressif avec quelques nuances pop de la meilleure veine qui témoigne du talent d’un groupe considéré comme l’un des plus inventifs de Grande-Bretagne. L’ensemble, très élégant,  est d’une redoutable efficacité. Les 10 plages de ce disque d’une belle originalité se déroulent dans un ton feutré, c’est presque magique. Une brillante réussite avec de beaux solos et un relief instrumental flamboyant. Les entrelacs du saxo et de l’orgue sont du plus bel effet, quant à la voix de Farlowe, sans perdre de sa raucité, elle prend du velouté avec le temps.
Gilles Blampain

Dana Fuchs
Songs from the road
CD + DVD

Genre musical: Blues-rock....
Label : RUF
Distributeur :
SOCADISC

Pour cette nouvelle livraison de Songs From The Road c’est le club Highline Ballroom situé sur West 16th street à New York qui a été choisi. Dana Fuchs joue à domicile et ne ménage pas ses efforts. Elle envoie un blues-rock dynamique et attaque avec force dès le premier titre. C’est puissant, rageur, les riffs sont fiévreux. Il y a de la chaleur, du désir et une réelle excitation. La connection avec le public est immédiate et on sent bien le retour de la salle. Dana Fuchs fait preuve d’une belle ardeur, la tension est palpable et son exaltation fait que ce concert déchaîne un ouragan dans lequel les forces du rythme semblent inextinguibles. Elle harponne les spectateurs avec sa guitare et les tient dans ses rets avec un chant sauvage, mais les victimes se soumettent de bonne grâce. Le show aligne 16 titres sur le CD (77 minutes) et 17 sur le DVD (90 minutes), sans aucun moment de flottement. Toutes les chansons interprétées sont signées par Dana Fuchs et Jon Diamond, l’un des guitaristes du band, et leur savoir-faire en la matière ne souffre aucune critique, mais le final se fait avec ‘I’ve Been Lovin’ You Too Long’ (hommage à Otis Redding) et ‘Don’t Let Me Down’ (déférence aux Beatles). Une remarquable prestation pleine de passion, pour un live qui décoiffe et développe une incroyable vitalité.
Gilles Blampain

François Fournet
Revox

Genre musical: Pop irisée
Label : LE BARON
Distributeur :
f.fournet@bluesdeparis.fr

Une nouveauté qui date… d’il y a 30 ans. Une bizarrerie dans ces colonnes ? Pas sûr ! Cela permet de voir le parcours de François Fournet, pivot du quartet Blues De Paris, fleuron du blues swing instrumental. Dans les années 70/80 François Fournet se lance dans l’écriture et la composition, mais laisse tomber après deux albums et un single. N’épiloguons pas sur le pourquoi du comment, le temps a passé, c’est tout. En fouillant il y a peu dans une malle à souvenirs, des bandes gravées sur un Revox font resurgir des enregistrements jamais exploités. Voici donc 16 chansons inédites des 80’s remasterisées en 2014. Résultat, rien de rétro, 30 ans plus tard ça a toujours la fraîcheur d'une nouveauté et ça sonne vraiment bien. Pas une ride. Reviennent en mémoire des échos de cette époque et des comparaisons émergent : Renaud, Balavoine, Souchon et bien sûr l’inspiration de tout ce beau monde, The Beatles. Un savoureux coup d’œil dans le rétroviseur. On sent néanmoins en arrière-plan que François Fournet a déjà à cette époque le virus blues qui coule dans ses veines. Livré dans un beau digipack avec livret, ce Revox est une fantaisie dont la charge émotionnelle fera resurgir des souvenirs aux anciens. L’ensemble est vif et aérien, l’écriture est déliée et ne manque pas d’humour, la voix est agréable à écouter, le rythme est dynamique et le plaisir est garanti.
Gilles Blampain

Jérôme Piétri
Gone Fishin'

Genre musical: Hill-country rock
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : SOCADISC

La pêche à la mouche pratiquée comme un acte de résistance altermondialiste, tel est le message de Jérôme Piétri. Pourquoi pas ? Le petit jeu des styles maintenant. Americana ? Sans doute. Blues-rock roots, hill-country rock, et même hill-country hard (‘The Trader’), et même hill-country psyché (‘Little Man’ et sa wah-wah hendrixienne), et aussi du boogie-folk avec ses amples broderies de picking entre deux riffs de slide. Tout ça court voluptueusement sur des manches plantés dans des bidons, branchés sur le secteur, car Gone Fishin’ est un album de blues-rock électrique, et l’Auvergnat ne mégote pas son plaisir de faire sonner un ampli. Ce genre de blues n’a plus rien d’exotique aujourd’hui, on pourrait même affirmer qu’on est en train d’en revenir. Eh bien Jérôme Piétri, par Dieu sait quel miracle, le swing de son chant, sa virtuosité toujours inventive, ou son sens du découpage et du développement (le Diddley-beat percutant du ‘Trader’), n’est jamais ennuyeux. Familier et pourtant toujours surprenant. Outre ses bidons à potards et le moulinet de ses cannes à pêche, Piétri joue aussi des guitares non-bricolées, de la basse et de la batterie, et son producteur néerlandais, Erik Spanjers, place quelques basses et quelques percus. Tous les titres sont signés Jérôme Piétri/Laurent Bourdier, sauf ‘Down In The Hole’ qui a été emprunté à Tom Waits. L’Auvergnat a beurré les manches pour toutes sortes de gens, le plus connu étant Jean-Louis Murat. Il publie un deuxième miroir à ses armes (dipso sur Amazon, la Fnac et le site de l’intéressé). Bluesmen de tous les pays, faisons un peu fumer les bottlenecks et partons mouiller la mouche… avant qu’il ne soit trop tard !
Christian Casoni

Jetsam
9 songs

Genre musical: Rock blues
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : www.musikalouest.com

Sur les armoiries de Saint Nazaire, une clef : 'Aperit et nemo claudit' ('Elle ouvre et personne ne ferme'). Ces quatre gars échoués sur les côtes de la 'ville estuaire' depuis 2005 proviennent  d'horizons divers. 9 Songs est leur second CD, et, depuis leur premier Jump with... de 2011, la carlingue du hors-bord Jetsam ne cesse de se renforcer. Plus chromée, plus épaisse ; une production nickel aux studios Woodland de Nantes. 'Rock Back Rock' ouvre le débat par une intro fabuleuse ; sur la batterie de Max Cottereau (ex-Kingsnakes, ex-Doc Lebrun : ah! la compil Romances 85 avec leur 'Rebelle'!), la basse Rickenbacker size paquebot de Nicolas Grondin et la Firebird d'Alain Badeau (ex-Little Searchers), se pose la voix très Feelgood de Philippe Yvoret. 'I Met The Devil' commence comme une ‘Susie-Q’  dans les mines d'or Round Mountains du Nevada, et, comme une giclée de mercure, un solo 'sonic' du grand OneManBand Philippe Ménard (ex-Tequila), traverse l'engin. 'Crossed Me From The Back' nous rappelle le 'Riders On The Storm' des Doors. Le solo d'Alain Badeau sur 'Free Myself Of Trouble' est à tomber. 9 chansons... ce disque est un poison plus efficace que l'arsenic. Il nous condamne à la vie. Même si de temps en temps la queue du Diable vient nous fouetter le visage pour nous dire : « Bouge ton cul ! ».
Juan Marquez Léon

Miraculous Mule
Blues Uzi 

Genre musical: Skiffle rock
Label : BRONZE RAT
Distributeur : Caroline/Universal

C’est un trio londonien dont le bassiste, Patrick McCarthy, est le muletier en chef. Ils chantent tous les trois, McCarthy, le batteur Ian Burns et le guitariste Michael Sheehy. Ils avaient déjà un album à défendre et, maintenant, ce EP au titre un peu racaille : Blues Uzi. Six chansons, plus deux plages prélevées dans leur album, ce qui en fait huit au total. EP… Petit album, plutôt. Blues Uzi, c’est quoi ce titre ? « La difficulté de comprendre les temps actuels », dit la feuille de présentation au sujet de la chanson-titre. Et comme ça devient la coutume dans le blues alternatif, le disque embraye sur un style qui donne une idée erronée de la suite. ‘Blues Uzi’ (la première chanson) verse dans une hill country aux aigus agressifs, le chant (dans un seau) fileté de guitare électrique et d’harmo. Poussée à part, une batterie excellente et tapageuse rivalise avec la voix, ce qu’elle fera quasiment tout au long du disque. Ensuite les arrangements s’assouplissent, gagnent de l’ampleur et montent en mélodie. La Mule prend une petite touche psychédélique, accords mouillés d’un soupçon de wah-wah, riff heavy blues (‘Judgement’), échos divers, swamp au besoin (‘City Of Refuge’), et montées sporadiques d’un chœur gospel, presque hippie. Les chants deviennent beaux. Le guitariste glisse quelques chorus dont le drive ne doit rien aux gimmicks habituels des solistes. Le style de la Mule rappelle ce groupe américain de gospel-rock, John The Conqueror. C’est un leurre car, mine de rien, le disque s’anglicise au fil des plages, emmenant l’auditeur dans une aventure gospel-pop, jazz-folk, deux inflexions qui renvoient à un skiffle électrique (‘I Know I’ve Been Changed’). Les Mules régénèrent ainsi le blues par accidents temporels. Ils labourent le sillon historique avec la nostalgie des années 70, une impatience blunk, et cette fantaisie particulière qu’on appelle communément la personnalité.
Christian Casoni

Resolution 88
Press Play

Genre musical: Jazz funk 70’s
Label : SYNTHETHESIA RECORDS
Distributeur : SYNTHETHESIA RECORDS

Un EP 3 titres pour Resolution 88, en pointe du revival Fender Rhodes. Une immense générosité dans le premier morceau ‘Caughtus Interruptus’, orgie en 7’27’’. Les rythmes s’entremêlent, le saxophone de George Crowley dirige la réunion, mais le Suitcase Rhodes de Tom O’Grady développe une théorie inédite à partir de la 5ème minute. A noter, la basse de Tiago Coimbra réussi à raconter une histoire complètement différente, tout en restant cohérent avec le sujet. ‘Fat Bald Funk’ est une promenade moite par une trop chaude après-midi d’été à Detroit sur Miracle Boulevard. Là où il y a les trailers. Sueur, papiers gras, groove. Le tout fantasmé par Tom, natif de Cambridge. ‘Live Wire’ est le terrain de jeu du percussionniste Ric Elsworth. C’est son énergie, son inventivité qui porte l’ensemble du groupe. Des congas, des agogos. Un versant latin, des étincelles dans la nuit électrique. Le tout prolonge l’effort du premier album et ouvre des ‘Possibilités’, au sens ou l’entend Herbie Hancock : ouverture au monde, technologie, et musique. Surtout la musique.  
Cranberry Gordy

Rob Tognoni
The lost album

Genre musical: Blues-rock
Label : BLUES BOULEVARD
Distributeur :
MUSIC AVENUE

Doit-on encore présenter celui que l’on surnomme le Diable de Tasmanie ? Guitariste plein d'énergie, Rob Tognoni mélange habilement rock, blues et boogie qu’il interprète avec un une grande adresse et beaucoup d'inspiration. Il est indéniable que 40 ans de scène donnent une certaine assurance et le bonhomme n’a pas les doigts gourds. De plus son chant un poil agressif ajoute du mordant à l’ensemble. On perçoit toujours certaines influences mais la créativité se révèle évidente. Avec un son unique et un style qui décoiffe, il distille des accords puissants et des riffs magiques. Et s’il envoie des solos explosifs il ne manque pas pour autant de subtilité. Ce nouvel album est en fait la remise à jour de séances enregistrées en 2002 alors que Tognoni venait de quitter le label Provogue et avant qu’il rejoigne Blues Boulevard. Une première mouture de ces sessions, titrée alors Retro Shakin’, avait touché le public mais uniquement par des ventes lors de concerts. Il semble cependant que cette diffusion soit restée trop confidentielle au goût de l’intéressé, si bien que 12 ans plus tard, Tognoni a souhaité que cet enregistrement rebaptisé voie le jour avec une vraie distribution commerciale ; désir concrétisé avec l’appui de sa maison de disques. On découvre ainsi avec The Lost Album, 13 titres dont un live, tous signés Tognoni, qui passent comme une bourrasque qui emporte tout sur son passage. Que l’esprit du rock soit avec vous !
Gilles Blampain

Save The King
Set your own king free

Genre musical: Blues rok'n'soul
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur :
savetheking.bandcamp.com

Depuis le règne des White Stripes, relayé par les Black Keys, les duos sont monnaie courante. Aujourd'hui, on parle beaucoup de Left Lane Cruiser ou Royal Blood, par exemple. Crise économique oblige, ces formations réduites au minimum ont aussi l'avantage de moins se prendre la tête à plusieurs! Cette fois ci, le bon vent nous vient de Clermont-Ferrand. Jérôme 'Jay Jay' Priou (guitare et chant) rencontre Pierre Bertaud (batterie, guitare et chant) en 2013. Ce qui différencie Save The King de ses contemporains, est la multitude de leurs influences. Si 'Big Balls Boogie' et 'Pornography' sont lacérés par une slide Made in Delta, 'Obsession Blues' avance en funk blues moite. 'Cold Love', lent blues à la Robin Trower et dont le chant n'a rien à envier à celui d'un James Dewar. Carrément! 'Sexy Girl' donne envie d'en connaître un peu plus sur la donzelle! En attendant, ici, le batteur semble très inspiré... 'Sing Me The Song', ballade plus pop où le chant de nos deux hommes se conjugue à merveille. Quant à 'Child Jesus' lente ballade montant en tension, commence un peu comme un Jeff Buckley plus soul, voir du Lift To Experience, le groupe texan de Josh T. Pearson. J’attends la suite avec impatience.
Juan Marquez Léon

The Lilix & Didi Rock Band
Autre chose à faire le soir

Genre musical: Young rock, blues
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : www.pedagosic.fr

L’objet est alléchant : pochette de Margerin, participation de Didier Wampas himself (pour une reprise enjouée de ‘J’ai Avalé Une Mouche’, qui permet à Sa Majesté une intervention remarquée)… L’objet est  intriguant, quand on s’aperçoit que les Lilix et Didi  en question sont deux demoiselles de 12 ans, épaulées par leur prof de guitare, Lionel Riss, par ailleurs leader d’Alexx & the MoOonshiners. Au programme : pop-rock gentiment énervé (‘Pas Juste’), entonné d’une voix mutine qui n’est pas sans rappeler la Lio des débuts. Power (quasi) punk - ‘L’Hymne A La Joie’ (de Ludwig Van, oui)… Et quelques titres bluesy sur lesquels Lionel tricote de fort belle manière. Bien sûr, c’est un peu déroutant, pour nous qui sommes en la matière habitués aux voix gorgées de testostérone, mais le charme opère rapidement. Compositions originales et reprises se succèdent, avec trois titres live pour clôturer le tout, où l’on navigue sans transition de Souchon à Status Quo, en passant par le Floyd. Bien sûr, ça a un côté un peu fourre-tout, mais ça témoigne en tous les cas de la curiosité inhérente à cet âge – et d’une ouverture d’esprit que certains ont dû perdre en chemin.  C’est rafraîchissant, acidulé, parfois sucré sans être sirupeux. Touchant même dans ses maladresses. A l’heure des produits formatés, ça ne peut être qu’une bonne nouvelle. Un album qui ne s’adresse sans doute pas directement aux rockers burinés (qui auraient pourtant tort de le snober, chacun pouvant y trouver son compte), mais surtout à leurs descendants (enfants ou petits-enfants, c’est selon) qui trouveront là une heureuse alternative aux Chantal Goya et autres Violetta. En clair - pour exhumer un vieux slogan qui a fait ses preuves : « Si vous n’aimez pas ça, c’est que vous êtes trop vieux ! »
Marc Jansen