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11/20
Chroniques CD du mois Interview: FRED CHAPELLIER Livres & Publications
Portrait: T-MODEL FORD Interview: DOC LOU Dossier: PEDALE WAH-WAH
 


Dans cette rubrique, vous trouverez une sélection de CD choisis par l'équipe Blues Again.

NOVEMBRE 2020

Benoît Blue Boy
Résolument Bleu

Genre musical: Rock'n'roll swamp   
Label : TEMPO RECORDS
Distributeur :
SOCADISC

Cette fois Benoît file carrément les clés du studio à Nico Duportal, celui des Rhythm Dudes, pour qu’il réalise son album. Résolument Bleu sans doute, résolument swamp rock c’est sûr. Les basses et les shuffles sont plus ronds, les guitares plus vibrantes, la barytone circule là-dedans comme une voix intérieure, un jeu d’harmo simplifié place Slim Harpo au centre. Il y a l’orgue et les cuivres. BBB a toujours pesé avec défiance l’aptitude des sections de cuivres hexagonales à faire sonner le R&B. Nico est venu avec son saxophoniste, Alexis Bertein. Alex fait la section à lui tout seul, les saxos, la trompette, et tient aussi les claviers et la basse. Le batteur est celui des Dudes, Pascal Mucci. Nico est le guitariste à droite dans le champ stéréo, Stan Noubard Pacha, le guitariste à gauche et l’unique vrai Tortilleur de la bande. Les deux guitaristes se sont retrouvés un après-midi chez Benoît et à Dieu vat, les autres s’adapteront. Comme dit la feuille du livret, « faut-il être pointu pour sortir de cette franquette un album qui tourne aussi rond », un aussi bon disque de rock’n’roll louisianais, drôle et charnu, emballé avec un naturel qui force le respect, gouverné par un Benoît impérial, jamais dans l’urgence ? ‘Toute Ma Vie’, la clé de voûte de l’album, est un grand slow R&B dont la mélancolie tranche avec la gouaille de l’ensemble, le genre de brèche émotive que BBB n’ouvre pas souvent. Plus de 40 ans de carrière, 17 albums tous plus stylés les uns que les autres, voyager dans le rock français sans lui, c’est prendre un carrosse à trois roues. Et le mot blues n’a pas été prononcé une fois.
Christian Casoni

Crocodile Boogie
A Family Affair

Genre musical: Swamp country blues
Label : BEAST RECORDS
Distributeur :
beastrecords.bandcamp.com/album/crocodile-boogie-a-family-affair-br305     

Projet franco-australien baignant dans des marais infectés de crocodilidés, sous une moiteur typiquement sudiste. Le croco en chef se nomme Seb Blanchais, le rennais et boss du label Beast Records. Nous connaissons son amour pour ce rock bousillé et hanté, dont les plus fervents représentants ont été le Gun Club, les Beasts Of Bourbon, voire le Sixteen Horsepower. Et c'est bien de cela dont il est question ici :  de guitares acoustiques, de riffs électriques, de banjo, de violon et de chant habité, tous les éléments pour un gumbo de country gothique. L'album s'ouvre sur une chanson ('Jim') dédiée à son fils Jim Blanchais Marquez (tiens tiens !), l'enfant que l'on voit dans les bras de son père sur la première de pochette. Plusieurs reprises de qualité ensuite : 'This Town' de Johnny Cash, 'Comfort Of The Devil' du Tyla's Dogs d'Amour, 'The Day Marty Robbins Died' des Beasts Of Bourbon et reprise aussi par ce grand groupe australien qu'étaient les Johnnys, 'Sour And Vicious Man' des Compulsive Gamblers, 'What's It's Gonna Be' de Neil Diamond. A noter une composition de C. Boogie, 'Once Again’, un machin chose qui rampe, égrené de quelques notes de piano et traversé d'un solo de guitare (Gil Riot ou Franck Headon) sculpté dans la 'reverb'. Impossible de ne pas se rappeler les belles heures des fanzines Nineteen ou Australian Rock, cette époque qui produisait de grands disques.
Juan Marquez Léon 

Culpeper's Orchard
Mountain Music – The Polydor Recordings 1971-1973

Genre musical: Folk-rock électrique
Label : ESOTERIC RECORDS
Distributeur :
cherry red records     

Cy Nicklin est d'origine britannique. Il s'immerge très tôt dans la scène folk anglaise, jouant aux côtés des Strawbs et de Sandy Denny à la fin des années 60. Pourtant, il réside au Danemark depuis 1963, et se sent de plus en plus de connections avec la scène locale. Il fait partie d'un groupe folk danois du nom de Day Of Phoenix en 1968. Mais rapidement, la formation veut évoluer vers un son plus rock, dans la lignée de Cream et Jimi Hendrix. Nicklin n'y est pas favorable, et décide de s'en aller. Il monte rapidement son propre groupe avec un petit prodige de la guitare influencé par Crosby, Stills, Nash And Young : Neils Henriksen. Michael Friis prend la place de bassiste et de multi-instrumentiste. Un batteur anglais est embauché : Rodger Barker. Le nouveau quatuor se nommera Culpeper's Orchard en hommage au botaniste du 17ème siècle Nicholas Culpeper… mais aussi à la chaîne de magasins danoise Culpeper, qui vend des… herbes. Polydor signe le quatuor, et le premier disque est mis en boîte en quatorze jours sur la base d'un répertoire déjà rôdé en concert. Le résultat a de quoi surprendre quant à la décision de Nicklin de quitter Day Of Phoenix, quant à sa volonté de durcir le ton. En effet, Culpeper's Orchard, publié en 1971, est désormais considéré comme un brûlot magique du hard-rock naissant. Psychédélique, largement enrichi de mélodies et d'influences folk, l'album déménage sérieusement grâce à l'alliage combiné des compositions de Nicklin et des guitares rageuses de Henriksen. ‘Mountain Music Part 1’, ‘Teaparty For An Orchard’, et ‘Mountain Music Part 2’ sont d'incandescentes pièces de heavy-rock folk et psychédélique comme on en a fait peu de ce niveau. L'album en lui-même est un chef d'œuvre oublié, doté de mélodies lyriques d'une intensité rare, portées tantôt par la richesse folk de l'ensemble, tantôt par leur puissance électrique

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Dennis Jones
Soft, Hard and Loud

Genre musical: Blues, funk, soul, reggae
Label : BLUE ROCK RECORDS
Distributeur :
CDBbaby, iTunes, Spotify     

Blues funky, rock puissant et soul sont de la partie sur cet enregistrement qui n’engendre pas la mélancolie. On est transporté par un beat d’enfer, Dennis Jones fait preuve d’une belle dynamique avec un côté flamboyant fait de savoureux solos de guitare où il met de la tension et de la chaleur mais il sait aussi créer quelques moments plus feutrés. Il s'avère être un expert du groove et s’il revendique les influences de Jimmy Page, Jimi Hendrix et Billy Gibbons, il a un style bien à lui fait de riffs brûlants et accrocheurs et possède une voix qui sait passer avec aisance de la douceur à des tons plus durs comme le souligne le titre de l’album. Raymond Johnson à la batterie et Cornelius Mims à la basse assurent une section rythmique musclée et la présence de deux invités maîtres du Hammond B3, Bennett Paysinger sur ‘I Love The Blues’, et Jason Freeman sur ‘I’m Not’, apportent un plus à cette production, citons également les chanteurs Michael Turner et Allison August qui ont ajouté de douces harmonies sur la cinquième piste ‘I Hate The Hate’ aux accents reggae. Pour ce nouveau CD Dennis Jones signe 10 compositions originales. Intense et original, l’ensemble ne manque pas de souffle, c’est carré, efficace, plein d’énergie et de bonnes vibrations.
Gilles Blampain

Dudley Taft
Cosmic Radio

Genre musical: Blues-rock
Label : American Blues Artist Group
Distributeur :
www.dudleytaft.com/store     

Dudley Taft envoie un furieux blues-rock dans lequel il mêle twang et racines du Delta aux sonorités grunge. C’est percutant et abrasif. Une production qui rentre dedans avec autant d’énergie que d’intensité, le genre de truc qui peut cramer les enceintes si on y va trop fort. Il chante, joue de la guitare et du piano, sa fille Ashley Charmae assure les chœurs et la voix principale sur le titre ‘Relentless’, John Kessler et Kasey Williams se partagent la basse, Jason Patterson et Walfredo Reyes Jr. la batterie. Dudley Taft confie : « Les chansons de cet album ont été écrites entre l'automne 2019 et le printemps 2020. La pandémie de covid-19 m'a certainement donné un temps supplémentaire inattendu pour terminer les morceaux ». A propos de sa composition ‘The Devil’ il révèle : « C’est une chanson que j'ai écrite lorsque mon ami parisien Manu Lanvin m'a rendu visite à Cincinnati. Il appelle son groupe le Devil Blues, et j'ai écrit ça en pensant à lui, je voulais que ce soit optimiste, amusant et que ça évoque la tentation ». Dudley Taft interprète 11 créations personnelles et reprend ‘Goin’ Away Baby’ de Jimmy Rodgers. Tout a été fait dans son propre studio où il a lui-même assuré enregistrement, production et mixage.
Gilles Blampain

Farees
Border Patrol

Genre musical: Blues, rock, world, rap
Label : REZ' ARTS
Distributeur :
BIGWAX     

De ses origines touareg et italienne il a hérité d’un riche patrimoine multiculturel. Son premier album Mississippi To Sahara paru en 2015 l’a propulsé sur les plus grandes scènes internationales (Afrique, Europe, Amérique du Nord) et des artistes comme Taj Mahal, Ben Harper et Calexico l’ont reconnu comme l’un des leurs. Lors de sa dernière tournée aux Etats-Unis, victime d’un contrôle au faciès (‘profilage ethnique’), arrêté, interrogé et traité sans motif comme un terroriste, il a été détenu en prison pendant 36 heures. De retour en Italie, la police italienne l'a à nouveau menotté et détenu. Cet album-concept dénonce ce genre de violence pernicieuse et indigne. Inspiré par Jimi Hendrix, Bob Marley ou les griots africains, le style de Farees est unique en soi. Difficile à enfermer dans une catégorie, peut-être peut-on tenter blues-rock-rap-électrique-africain, mais cela va plus loin encore. Farees joue de nombreux instruments, chante et parle en différentes langues. Il dit : « Je ne suis pas un gourou. Je suis un homme libre, et je dis ce que je pense, c'est tout. C'est la musique elle-même qui est un messager. Le spoken word, le slam, est arrivé comme une nécessité. Il est impossible de chanter tout ça. J’avais trop de choses à dire. Le temps de s’exprimer et de se faire entendre étant venu, du coup je l’ai fait ». Farees signe seul ou en collaboration les 17 titres de l’album. Sa voix chaude et pénétrante accrochera sans aucun doute l’auditeur le plus rétif. Un disque coup de poing sur des rythmes exaltants.
Gilles Blampain

Idles
Ultra Mono

Genre musical: Post punk
Label : PARTISAN RECORDS
Distributeur :
PIAS     

Ce n'est pas parce que ce site est consacré essentiellement aux musiques roots qu'on doit se désintéresser des dernières tendances ! La vague psychédélique s'étant en grande partie retirée, on assiste depuis deux ans en gros à ce phénomène récurrent : l'éternel retour des groupes à guitares. En l'occurrence et plus précisément un nouveau retour du (post) punk : Fontaines DC, Shame, Chats, Viagra Boys, Fat White Family... Et Idles, dont l'essai précédent, Joy As An Act Of Resistance, sonnait déjà comme un manifeste, et les positionnait en fers de lance du renouveau britannique. Bien plus engagé qu'il n'y paraît à première vue, le groupe était donc attendu de pied ferme. Le résultat se montre-t-il à la hauteur de l’enjeu ? Clairement, oui. Dès 'War', le titre d'ouverture, les choses sont mises au clair. Basse ronflante, guitare musclée, batterie martiale, qui impose son lourd tempo, et un chanteur qui semble avoir continuellement les nerfs en pelote. Energie brute, hymnes furieux, et ça monte en puissance tout au long de l'album : la suite n'est en effet qu'une série d'uppercuts, gauche-droite-gauche... Proprement imparable. Les cinq Idles misent tout sur l'offensive et le sens de l'épure (à propos Ultra Mono ne fait pas référence à une technique d'enregistrement mais, si on a bien compris, à cette théorie selon laquelle un groupe peut être meilleur que la simple somme de ses membres). On notera aussi une plage au français approximatif ('Ne Touche Pas Moi'), et un autre titre moins tendu ('A Hymn’, justement) mais ce n'est qu'un répit avant le final 'Danke', dernier assaut qui pulvérise le peu qui avait pu rester en place. Un disque essentiel, donc, qui mérite amplement sa place dans ces colonnes !
Marc Jansen

Jeremiah Johnson
Unemployed Highly Annoyed

Genre musical: Blues-rock
Label : RUF
Distributeur :
SOCADISC     

Il avait déjà sorti un album au début de l’année (Heavens To Betsy), en voilà un autre quelques mois plus tard. La pandémie a fait de Jeremiah Johnson ce chômeur très contrarié. Ses dates de concerts annulées, en quarantaine forcée et l’enfermement pendant des mois, il a décidé de transformer cette frustration en créativité, et voilà le résultat. Cette nouvelle production renferme 7 compositions originales et une reprise de Luther Allison ‘Cherry Red Wine’. Ils ne sont que trois, Jeremiah Johnson guitare et chant, Paul Niehaus IV basse et claviers et Tony Antonelli batterie et percussions, mais ça décoiffe. Ils délivrent un cocktail mêlant southern rock, blues du Mississippi avec un zeste de country. Une musique chargée d'émotion et de passion. Un blues-rock puissant à très haute énergie. Jeremiah Johnson annonce : « J’ai décidé de produire un album de chansons inspirées de la pandémie Covid-19 et essayer de transformer des émotions en quelque chose de musical. C'est vraiment un album concept, un reflet musical saisissant de l'époque qui délivre un message auquel le monde entier peut s'identifier ». Cet enregistrement réalisé dans une période difficile restera comme un témoignage.
Gilles Blampain

Johnny Gallagher
A 2020 Vision

Genre musical: Blues-rock, etc
Label : DIXIEFROG
Distributeur :
PIAS     

Comme le souligne le bandeau sur la pochette cette production regroupe le meilleur des enregistrements de Johnny Gallagher. Les 13 titres (plus un bonus) ont été sélectionnés par Dixiefrog dans les cinq albums autoproduits par l’Irlandais [Whatever Is Good (1997), Johnny And Friends Live In Finn McCools (2002), Piece Of Mind (2007), The Studio Sessions (2014), The Pumphouse Suite (2018)] et enregistrés dans trois studios différents ; en Irlande dans les comtés du Donegal et du Leitrim et en France à Chamonix. Avec son physique à la Rubeus Hagrid, le bon géant d’Harry Potter, Johnny Gallagher a cette voix unique et expressive qui peut varier d’un rock agressif à des moments plus tendres. Au chant, aux guitares (électrique et acoustique) au banjo et à la flûte, il est épaulé par la puissance de son Boxty Band composé de ses deux frères, Pauric (piano, orgue, synthétiseur) et James (basse, guitare baryton), et Sean O’Reilly (batterie et beatbox). Blues-rock, boogie, country ou folk, l’inspiration ne manque pas d’ampleur et l’expression est tonique. Un son rageur, vif, puissant et rempli d'émotion, des riffs bien sentis qui soulignent un chant fiévreux. A 2020 Vision est un formidable concentré d’énergie qui balaye tout sur son passage.
Gilles Blampain

Kurt Allen
Whiskey, Women & Trouble

Genre musical: Blues, blues-rock
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur :
kurtallen.bandzoogle.com/store, Amazon

Voici, en gros, une dizaine d’années que Kurt Allen et son groupe sillonnent les States et peaufinent leur style avec un maître mot, le feeling. Ce garçon fait partie des types qui se font une place dans le milieu en prouvant de quoi ils sont capables, genre Albert Castiglia ou Matt Schofield. Pas de pitié, le médiator est incisif et la voix forte et même dans des titres lents ‘Count On Me’, How Long’ on sent l’intensité et l’implication du garçon, comme si sa vie en dépendait. Les dix compositions de ce deuxième album sont soutenues par Craig Kew à la basse, Lester Estelle Jr à la batterie. Aux claviers, Beaux Lux tient aussi le saxophone pour compléter la section cuivre formée par Peter Carroll à la trompette et Trevor Turla au trombone. Dans la musique d’Allen, on trouve du funk qui tape ‘Funkalicious’, du blues-rock qui écrase tout comme un mélange de Leslie West et Led Zeppelin ‘Graveyard Blues’, du gros blues qui fait se lever l’auditoire pour danser ‘Watch Your Step’. ‘Cry Mercy’ nous emmène du côté de la Nouvelle Orleans avec un beat plutôt rumba tandis que pour ‘Voodoo Queen’, vous l’avez compris, on a les deux pieds dans les marais sur un rythme funky doux. Le CD se termine sur du pur rock n’roll de très bonne facture, qui roule vraiment vite et bien ‘Sweet T’. Avec cette galette, pas une minute d’ennui et arrivé au bout, l’envie de réécoute se fait sentir.
César

Laura Tate
Live From El Passo

Genre musical: Blues, jazz, swing, etc
Label : 811 GOLD RECORDS
Distributeur :
Amazon, iTunes, Spotify     

Grâce à son talent multifacette Laura Tate ne se laisse pas enfermer dans une seule case, elle est tour à tour actrice, réalisatrice de films et chanteuse dotée d’une voix claire, puissante et bien posée. En ce qui concerne ce dernier volet de ses activités elle est tout aussi éclectique et interprète aussi bien blues puissant, ballade country, rock chaleureux, jazz cool, Western swing ou Texas boogie. Les 12 titres qu’elle interprète sur cet album naviguent avec bonheur parmi tout cet éventail de styles. La première chanson ‘No Place To Hide’ donne le ton avec des accents de rhumba, suit un rock sensuel ‘I'll Find Someone Who Will’ pour enchaîner sur une reprise très personnelle du hit de Thin Lizzy des années 70, ‘The Boys Are Back In Town’. Et tout est aussi varié et harmonieux durant les 50 minutes du show. Pour cette captation en public sous les étoiles à l'amphithéâtre McKelligon Canyon, elle a réuni une belle brochette de musiciens triés sur le volet : Terry Wilson à la basse, Tony Braunagel à la batterie, Jeff Paris au piano et le guitariste Doug Hamblin, Lee Thornburg au trombone, Darrell Leonard à la trompette et Joe Sublett au saxophone, sans oublier Teresa James pour les chœurs. Tout ce beau monde assure avec classe et feeling pour faire passer le frisson.
Gilles Blampain

Mike Kolassa
If You Can’t Be Good, Be Good At It!

Genre musical: Blues cordial
Label : ENDLESS BLUES RECORDS
Distributeur :
endlessblues.com/store/, Spotify, Amazon, iTunes     

Mick Kolassa et Jeff Jensen ont, une fois de plus, joint leur feeling à leur envie de collaborer pour nous proposer cet album pour lequel le challenge était de l’enregistrer en pleine pandémie de C 19. Challenge réussi. Il en faut plus à ces vieux routards du blues pour les arrêter en plein élan créatif. Onze titres dont deux reprises occupent le sillon de ce CD. Le ‘Who’s Been Talking’ de Chester Burnett/Howlin’ Wolf, ici dans un style latino blues et ‘Lo And Behold’ de James Taylor qui après une intro gospel devient beaucoup plus appuyé que l’original ce qui lui donne une force invincible. La voix de Mick Kolassa est impériale et la slide de Brad Webb convaincante. Deux slow blues participent à l’âme de cet album. ‘A Good Day For The Blues’ où tout tourne mal, d’où le titre, et ‘Slow Easy Love’, une tuerie faîte pour charmer les dames. Mais la chanson que je place au-dessus des autres est celle écrite sur et pour sa sœur, battante, atteinte d’un cancer du sein ‘She Kept Her Head Up’. Emotion garantie. L’harmonica d’Eric Hugues et le violon d’Alice Hasen viennent se poser tranquillement sur ‘I’ve Seen’. Trompette (Mark Franklin) et Saxophone (Kirk Smother) viennent soutenir des titres beaucoup plus dynamiques et entrainants ‘I Can’t Help Myself’, ‘Lo And Behold’, ‘We Gotta’ et ‘Sweet Tea’. Comme des tranches de vie, ce disque balance entre moments joyeux et solennels toujours avec bon goût et savoir faire car Mick Kolassa applique sa formule. « Si tu ne peux être bon, sois bon ». Il l’est.
César

Misty Blues
Weed 'Em & Reap

Genre musical: Blues jazzy
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur :
https://misty-blues.square.site, Spotify, Deezer, Amazon     

Une vingtaine d’années de carrière, un CD qui doit être le neuf ou dixième, (illustré par le même peintre à chaque fois depuis le début – Michael Mongue), une place de finaliste à l’International Blues Challenge 2019, un blues teinté de jazz, pastellisé au funk avec des esquisses de soul et surtout, une belle voix grave, puissante et douce gorgée de feeling, celle de Gina Coleman qui peut aussi jouer de la basse et de la cigar box. Voilà ce qu’est Misty Blues. C’est d’abord cette voix exceptionnelle, celle d’une rose noire sans épines, aux pétales de velours entourée de musiciens aux doigts délicats et précis. Benny Kohn aux claviers, Seth Fleishmann à la guitare, Rob Tatten aux fûts et au trombone, Bill Patriquin à la basse et à la trompette et Aaron Dean au saxophone et à la flute qui dans leur musique font le même effet qu’un sourire réconfortant quand tout va mal. La plupart de ces musiciens assurent les chœurs et ont droit à de belles improvisations qui colorent et soutiennent à merveille la palette des émotions. Tout simplement un must.
César

Peter Veteska & Blues Train
Grass Ain’t Greener On The Other Side

Genre musical: Blues musclé
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur :
Amazon, iTunes, Spotify     

Jusqu’à présent il se présentait simplement comme Peter V. Pour ce nouvel album Peter Veteska affiche entièrement son nom. Le new-yorkais, fin guitariste et chanteur à la voix chaleureuse joue un mélange sophistiqué de blues assez dynamique, incisif, nerveux, explosif, qui prend sa source sur la côte Est mais également du côté du Texas et de New Orleans. Un concentré d’énergie qui déborde à chaque sillon. Son Blues Train se compose du batteur Alex D'Agnese, du bassiste Coo Mo Jhee et du claviériste Jeff Levine auxquels sont venus s’ajouter quelques invités spéciaux, le guitariste Roger Girke, Mikey Junior au chant et à l’harmonica sur deux titres et la chanteuse Jen Barnes pour un duo. Tout est joué avec une grande ferveur, la machine est bien huilée. Les musiciens jouent avec fougue et un superbe feeling. La set list aligne six titres originaux et quatre classiques du blues revisités, ‘Baby You’ve Got What It Takes’ interprété initialement par Dinah Washington et Brook Benton, ‘Learning The Blues’ chanté il y a quelques décennies par Frank Sinatra, ‘Heartbreaker’ popularisé par Ray Charles et ‘You Don’t Love Me’ de Willie Cobbs. Un grand souffle parcourt cette production très enlevée et exécutée avec une dextérité incontestable.
Gilles Blampain

Phil Manca
Dancing Spirits

Genre musical: Blues- rock
Label : TREMOLO
Distributeur :
inOuïe distribution     

C’est le second album de Phil Manca et sa bande de Blues Rockers et je dois dire que l’essai (Signs –sorti en 2018) est transformé, et plutôt bien transformé. Pas étonnant pour un type qui a déjà usé des kilos de médiators depuis le début des années quatre-vingts où il sévissait au sein d’un groupe de hard rock baptisé « TNT ». Pour ce second album, donc, Phil et son inséparable Gibson Les Paul s’est adjoint les mêmes hommes de main que pour le premier opus (voir Blues Again ! février 2019). Ces garçons (Eric Lafont – batterie, David Jacob- basse) savent poser une base solide pour mettre en valeur le travail de guitar hero de M’sieur Manca. A la différence près que son jeu de guitare n’est que feeling et pas frime. Il met le paquet quand il le faut ‘Got To No’, ‘Dancing Spirit’. Sa musique sait se faire éthérée et délicate avec la classe d’un Gary Moore ‘Betty Blue’, ‘Someone Cares For Me’ ou très nerveuse pour du rock n’roll speedé ‘Motorhead Baby’. Et puis il y a des titres joués dans un style « classique » du pur blues-rock ‘Crying For Freedom’, ‘Talia’ qui déblaient tout sur leur passage. On peut aussi féliciter les talents de chanteur de Josselin Jobard qui ne donne pas dans la facilité et qui fait passer avec brio les textes inspirés de Frédérique Arguello. Au bout du compte, on suit avec grand intérêt les dix compositions qui me rappellent l’époque (les 70’s) où, avec les copains, on découvrait avec attention et délectation le dernier album acheté, où on se le repassait pour écouter tel solo ou telle montée / descente de manche. Ouais, ce Dancing Spirit est un bain de jouvence. A découvrir absolument, le blues-rock est toujours debout !
César

Shemekia Copeland
Uncivil War

 

Genre musical: Blues, blues-rock, country rock, americana, gospel  
Label : ALLIGATOR
Distributeur : SOCADISC

Shemekia Copeland a rarement manqué sa cible, et on ne voit pas pourquoi elle la manquerait cette fois encore, surtout avec la production carabinée que lui a mitonnée Alligator, profilant ce neuvième album comme un bizjet étincelant. Depuis son premier disque en 1998, elle a placé presque toutes ses billes chez Bruce Iglauer, elle, Shemekia, fille biologique du fameux bluesman Johnny Copeland et, peut-être pour Iglauer, fille spirituelle de Koko Taylor, l’ancienne passionaria de la maison. Alligator la présente d’ailleurs sous la même lumière : une puissance naturelle, un coffre confortable qui lui permet de régner sur l’orchestre sans s’épuiser, ni vibratos excessifs, ni suraigus, ni raucité palliative, mais une pugnacité appuyée par de superbes guitares blues rock et country rock, un engagement civique en plein Black Lives Matter sous un feu couvert de gospel, un recul philosophique qui déracialise le front (« all lives matter »), des tempos lents, du swing dans la diction, de la mélodie dans les inflexions, un peu de crunch dans les shuffles, un galbe dense taillé pour les radios, et le crédit de la sincérité, sa vertu cardinale depuis 1998, pour ganter de lin blanc cette main d’atouts. De l’écriture à la robe des chansons, Shemekia Copeland est infaillible. Elle honore son père (‘Love Song’), elle honore Jr Parker (‘In The Dark’), elle honore Dr John (‘Dirty Saint’), et reprend ‘Under My Thumb’ dans une version dépouillée, ralentie et vengeresse. Cet album est aussi un grand raout d’invités, certains dont on se demandait ce qu’ils devenaient. Ben, ils enregistraient à Nashville avec une diva, Duane Eddy, Steve Cropper, Webb Wilder, etc.
Christian Casoni

Sleeper Bill
Until Death


Genre musical: Country
Label : BEAST RECORDS
Distributeur : Sleeperbill.bandcamp.com, Spotify, Deezer

Until Death est un film américain de Phillips Smalley et Lois Weber sorti en 1913. Depuis lors, trois films au moins portent ce titre, l'un deux réalisé par le fils de l'illustre Mario Bava. Non, vous n'êtes pas sur le site de Mad Movies, c'est juste que la chronique de cet album nécessite quelques recherches googlesques. En matière de promotion, on donne ici dans le service minimum... La galette nous parvient dans une pochette blanche, vierge de toute indication. Pas de feuillet explicatif, bien entendu. Qui donc est ce Sleeper Bill, quels sont les titres des morceaux ? Le site du groupe (car c'est un groupe, en réalité) est plutôt avare en détails, mais on y apprend qu'il s'agit à l'origine d'un duo guitare/contrebasse, originaire de Bretagne. Premier album en 2017, tendance country folk, Sleeper Bill & Mr. Tof, pseudos des deux interprètes. Et donc aujourd'hui cette seconde livraison, qui s'accompagne cette fois d'un batteur, et s'élargit quelquefois au blues et au rock'n'roll. Autre surprise, la play list reprend 12 titres, alors que le CD en compte 14 - 2 suppléments à la version vinyle, sans doute. A vrai dire, lorsqu'en plein milieu de la cinquième plage (le titre éponyme sauf erreur), surgissent de redoutables coupures, on est bien près de lâcher l'affaire ! Mais faisant preuve d'une conscience professionnelle à toute épreuve, - et puisque seule cette plage est endommagée, on espère juste que les exemplaires en vente sont intacts - on poursuit donc l'écoute. Qui avait débuté par un court instrumental siffloté, évoquant bien sûr Morricone plutôt que Micheline Dax, l'idée - excellente - étant d'enchaîner avec la même mélodie, accompagnée de la voix cette fois. L'essentiel des morceaux propose donc une country racée, dans la lignée de Johnny Cash ou Kris Kristofferson. Il y a même un second instrumental ('Run' semble-t-il) qui rappelle les titres acoustiques du Led Zeppelin III. Un bel album, aux compositions solides, qui aurait mérité un traitement un peu moins désinvolte.
Marc Jansen

Temple Of The Fuzz Witch
Red Tide

Genre musical: Blues, soul, funk
Label : JSP RECORDS
Distributeur : SOCADISC

Ah ça ! On frétilla pour Detroit dans les années 70 ! MC5 ! Stooges ! Frost ! Bob Seger System ! Sauf que voilà, la belle citée de l'industrie automobile est en train de crever depuis vingt ans. Pire : la ville meurt, en banqueroute, totalement abandonnée. Elle est en phase proto-apocalyptique depuis quelques années, avant cette pandémie, que Detroit semble avoir déjà anticipé comme une conséquence logique. Temple Of The Fuzz Witch est un jeune trio dont Red Tide est le second album. Noah Bruner en est l'étrange flamme vacillante. C'est lui qui équarrit les riffs ravagés d'acide, tout en chantant de sa voix d'enfant malade. Angel Morrison tient la basse, et son frère Neal la batterie. Ce second album est terriblement perturbant, car ce concassage de riffs doom et de chant perdu offre un étrange reflet à nos vies. Temple Of The Fuzz Witch malaxe le riff et l'atmosphère. Ils semblent bien innocents ces trois garnements, mais la musique est cancéreuse, imprégnée d'une rage empoisonnée. ‘Baphomet’, ‘The Others’, ‘Cimmerian’, ‘Agony’… sont autant de stèles au rock furieux. L'album est beau et dérangeant à la fois. Il est tout à son époque, elle aussi aux confins de la folie.
Julien Deléglise

The McKee Brothers
A Time Like This

Genre musical: Blues Funky & Jazzy   
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : themckeebrothers.hearnow.com, iTunes, Spotify, Deezer 

The McKee brothers? Après deux premiers albums (Enjoy It While You Can et Moon Over Montgomery)aux critiques élogieuses, la formation dirigée par le guitariste producteur Denis McKee a réussi son pari de rester un groupe de premier plan. Les seize compositions nous proposent une ambiance blues teintée de jazz, funk, parfois de pop de bon goût, d’une grande finesse avec des arrangements extrêmement soignés où la musicalité rime avec une certaine sophistication. Un peu comme si BST et Steely Dan étaient réunis dans la même formation. Des cuivres et des chœurs réglés au quart de poil. Le claviériste inspiré, Bobby West, déjà présent sur les premiers albums, prend une part importante de l’écriture. Sans citer tous les treize excellents musiciens triés sur le volet qui ont participé à la construction de ce Time Like This, on peut noter la présence de quelques invités comme les guitaristes Larry McCray, Joey Delgado, le slideur Stan Budzynsky et l’harmoniciste Tim Douthit. Allez, encore un nom, celui de la chanteuse Maxayn Lewis, grande voix de la soul et du R&B. Voici donc une partie de la dream team qui nous propose des mélodies accrocheuses qui font immanquablement battre la mesure et donnent envie de chanter
César

The Pretty Things
Bare As Bone, Bright As Blood


Genre musical: Blues, folk
Label : MADFISH
Distributeur : theprettythings.com

On connaît l'histoire : contemporains des Stones - Dick Taylor y tiendra la basse aux tout débuts avant d'aller fonder son propre groupe avec son compère Phil May et de s'emparer d'une six cordes - les Pretty Things, puisque c'est bien d'eux qu'il s'agit, vivront toujours dans l'ombre des Pierres qui roulent, même si question longévité ils n'ont (n’avaient ? Le décès de Phil May en mai dernier, d'une stupide chute de vélo, semble bien sonner le glas du groupe) rien à leur envier. Ils sont pourtant auteurs d'excellentes choses, des classiques du début, 'Rosalyn', 'Come See Me', 'Don't Bring Me Down', 'Road Runner'... rhythm'n'blues nerveux et violents à ce qui est peut être le sommet du rock psychédélique, le sublime SF Sorrow, série de vignettes merveilleuses, sans les envolées indigestes qui donneront naissance à l'insupportable rock progressif. Nettement meilleur que Their Satanic... la tentative psyché (en grande partie ratée) des Stones ! Les Pretty Things ont poursuivi leur route tant bien que mal, sortant des albums à intervalles irréguliers (les excellents Parachute, Silk Torpedo...), donnant un concert d'adieu fin 2018. C'est que l'âge évidemment se faisait sentir, et qu'on craignait un peu de voir monter sur scène un Dick Taylor semblant sorti de l'hospice. Bien sûr, quand il empoignait sa guitare, c'était une autre histoire. Et c'est ce qu'il fait ici, une dernière fois en compagnie de Phil May - les deux seuls membres originaux, qui ont vu défiler un nombre incalculable de musiciens. Testament acoustique, guitare/voix, avec tout juste, de temps à autre, une guitare additionnelle (George Woosey, dernier bassiste en date des PT) d'un violon (John Wigg) ou d'un banjo (Sam Brother), cet album est une merveille de dépouillement. Alternant blues et folk, incontournables (Muddy Waters, Robert Johnson, Lead Belly) et titres plus récents ( 'The Devil Had A Hold On Me', Gillian Welsh, 1998, 'To Build A Wall', Will Varley, 2016) ils proposent aussi deux morceaux popularisés par Johnny Cash en son temps, 'Redeption Day' et 'Ain't No Grave', soulignant le côté spectral de l'album.
Marc Jansen




Tim Wood
Vortex

Genre musical: Blues-rock-psyché-funk
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : CDBaby, iTunes, Spotify, Amazon

Pendant plus de trois décennies, Tim Woods en tant qu'artiste solo et leader du Woods Family Band a fait des incursions dans le folk, le blues, le rock et la soul. Il raconte : « Le voyage de ma vie continue alors que je suis attiré par les sites sacrés du monde entier. Cette fois, je suis allé à Sedona, en Arizona, où j’ai visité un vortex d’énergie où l’énergie naturelle émerge de la Terre. Je suis parti avec un sentiment profond indescriptible qui a pénétré dans mon âme et inspiré la chanson ‘Vortex’ ». Il a donc écrit les dix pistes originales de cet album en explorant l'idée que ces vortex sont des centres tourbillonnants d'énergie, propices à la guérison, à la méditation et à l'exploration de soi situés dans des endroits où la terre semble particulièrement vivante. Rock'n'roll, blues psychédélique et funk s’entremêlent au fil des plages laissant deviner les ombres des grands groupes des années 70. Ils n’étaient pas nombreux dans le studio d’enregistrement pour cette épopée rock dramatique, Tim Woods (guitare et chant), Bobby Lee Rodgers (guitare, basse, batterie, claviers), plus les deux fils de Tim, Derek et Ryan faisant les chœurs sur ‘Vortex’ et Paul Hornsby au piano sur ‘Destination Unknown’, mais le résultat est vraiment riche. L’album se termine avec l’hymne de défense de l’environnement ‘Water Is Life’, une douce ballade pop pleine de lyrisme. Une production magnétique de très belle facture.
Gilles Blampain

Vanessa Collier
Heart On The Line

Genre musical: Blues'n'soul 
Label : Phenix Fire records
Distributeur : vanessacollier.com, Amazon, Spotify, Deezer

Le grand photographe Frank Horvat aime parler de « l’instant miraculeux » pour désigner les clichés sortant du lot commun qui plongent le spectateur dans une dimension transcendantale : eh bien l’expression s’applique à merveille au quatrième album de Vanessa Collier, jeune musicienne de la Côte Est des Etats-Unis qui, après avoir suivi une solide formation au Berklee College of Music de Boston, se plaît à mettre le feu aux scènes américaines et internationales depuis une dizaine d’années. Son cœur de cible, c’est la soul music mâtinée de blues, humaine jusqu’à l’os, carnavalesque, espiègle, méditative aussi, portée par une énergie à tout déglinguer. L’œuvre a beau être autoproduite, le mixage s’avère colossal. Vanessa a parié sur le rythme, encore le rythme, toujours le rythme, quel que soit le tempo retenu, en s’appuyant sur une équipe de canonniers opiniâtres, C.C. Ellis, Scot Sutherland et Cornell Williams tenant tour à tour la basse, Nick Stevens les baguettes, William Gorman les claviers, Quinn Carson et Doug Woolverton les cuivres. Trois des onze morceaux enregistrés ici sont des reprises, dont le ‘Super Bad’ de James Brown, moins incendiaire mais plus langoureux que l’original, et une version fracassante de ‘Leave Your Hat On’ modelé par Randy Newman au début des Seventies. Les autres titres sont des compositions de l’artiste, qui dévoile à l’occasion l’immensité de ses talents d’écriture et de mise en harmonie des thèmes abordés. Sa voix de mieux en mieux maîtrisée passe du velours presque lascif à la râpe métallique quand elle hurle sa rage de vivre, sans jamais négliger les nuances qui enrichissent le propos. En escorte princière, la gamme complète de ses saxophones est de sortie, avec des solos parfois très courts, fulgurants, touchés par la grâce de l’instinct : le souffle est en prise directe avec le cœur et l’âme. Pour enfoncer le clou encore plus profond dans notre chair, Miss Boss a demandé à son amie Laura Chavez d’assurer les envolées de guitare électrique : alors les poudroiements du rock’n’roll nous envoient des étoiles plein les yeux. L’émotion sourd de partout, voilà le tour de force réalisé sur ce disque. Quand la virtuosité épouse ainsi la profondeur des mots, l’inventivité et le raffinement des mélodies, la musique peut éclairer l’homo sapiens sur ses raisons d’exister. Vanessa Collier. Le nom d’un ange.
Max Mercier