Le contenu de cette page nécessite une version plus récente d’Adobe Flash Player.

Obtenir le lecteur Adobe Flash

12/19
Chroniques CD du mois Interview: BOOGIE RAMBLERS Livres & Publications
Portrait: JOHNNY FULLER Interview: THE KOKOMO KINGS Portrait: VULCAIN
 


Dans cette rubrique, vous trouverez une sélection de CD choisis par l'équipe Blues Again.

NOVEMBRE 2019

A Contra Blues
JAB

Genre musical: Blues, Rock,
Label : Música en Crudo
Distributeur : Amazon     

C'est encore plus fort qu'une claque, c'est le coup de poing direct qui explose le sac d’entraînement. Que ce soit pour le digipack ou son livret, juste trois couleurs bien contrastées avec un maximum de rouge, comme un avertissement. Attention, ça va faire mal ! Pour son septième album en treize années d'existence, le quintette Barcelonais a encore frappé très fort, de plus en plus fort, toujours avec le même line up. Au chant, le charismatique Jonathan Herrero doué d'une sensibilité et d'une puissance vocale proche d'un Meat Loaf avec le soutien sans failles de ses lieutenants Alberto Noël Calvillo et Hector Martin qui tiennent fermement leurs six cordes et lâchent leurs salves à tout va. Derrière, comme deux piliers inébranlables Joan Vigo à la basse (et à la contrebasse) et la petite bombe Nuria Perich à la batterie. Depuis leur première place à l'European Blues Challenge, il y a quelques années, ACB a ajouté un peu de dynamite à son répertoire. Il suffit d'écouter les incendiaires 'Cimarron' ou 'Machete' deux rocks sauvages interprétés comme si la vie du groupe en dépendait, ainsi que le boogie rock 'Fail And Grin' exercices dans lesquels le groupe excelle. On trouve aussi un bel hommage à Bo Diddley sur un rythme dansant comme il faut et sur la fin du titre, des guitares qui sonnent comme celles de l'ABB avec 'Hey Bo !'. 'Coyote' prends des airs de musique Tex Mex avec la voix de Jonhatan qui se fait légère et délicate. Le country blues n'est pas oublié avec son rythme nonchalant et sa slide baladeuse sur 'I've Made My Time'. On retrouve d’ailleurs un esprit western sur 'I'm Leaving Town' avec son rythme sautillant et ses guitares qui ont une belle discussion. La seule chanson qui soit d'une plénitude aérienne, d'un calme bienfaiteur, est la dernière de l'album 'The Silence After The Scream' et elle fait du bien, la sensibilité du chanteur étant sublimée par un accompagnement minimaliste mais précis. Ce JAB est un grand cru espagnol.
César

ABK6
Summer's Gone

 

Genre musical: Rock bluesy et psychédélique
Label : HYPNO RECORDS
Distributeur : HYPNO RECORDS

Je connais Daniel Abecassis depuis quelques temps. Nous avons fait connaissance sur les réseaux sociaux, et nous nous voyons de temps en temps sur Paris. Daniel, il aime le rock. Il en vend, via ses bacs de disques. L'homme est un connaisseur. Si vous cherchez un album, un enregistrement live de qualité, il sera votre homme. Daniel, le rock, il le vit aussi, il en joue. Je savais qu'il pratiquait la guitare, plutôt bien d'ailleurs, et qu'il faisait quelques concerts. Lorsqu'il me tend son album sous le nom de ABK6, je me retrouve avec l'opportunité d'écouter avec attention sa musique. Summer's Gone est à l'image de l'homme que je connais : généreux, fourmillant d'influences musicales, et bien sûr de guitares. Il joue de tous les instruments : guitares, basses, claviers et il assure le chant. Il est secondé par le batteur Julien Francomano, musicien éclectique et infatigable arpenteur de scènes et de studios. Sur cet album, on retrouve plusieurs influences majeures : le rock anglais des Rolling Stones, des Who et des Beatles, et celui, américain, des Byrds et de Bruce Springsteen. Summer's Gone est avant tout un recueil de chansons mélodiques serti dans un écrin de guitares amoureusement jouées. 'Wind And Dust', 'Brand New Tambourine', le stompin ground 'That's What I Need'… sont autant de créations sonores sincères interprétées en esthète fervent. Si vous le croisez dans une convention, n'hésitez pas à lui faire sortir sa guitare « bidon d'huile ».
Julien Deléglise



blues ann arbor

Ann Arbor Blues Festival 1969, vol. 1 & 2
Various Artists

 

 

Genre musical: Blues (événement)
Label : Third Man Records
Distributeur : Big Wax

Voilà donc l’objet (double CD) ou les objets (deux doubles albums vinyle), contenant le son du mythique festival de blues d’Ann Arbor, les trois premiers jours d’août 1969. « Le son »… Au moins un aperçu : 23 plages de blues, tous âges, toutes latitudes, tous styles confondus. Pour les tenants et les aboutissants de l’événement et le détail de l’affiche, se reporter à l’interview des trois Fishel, en ligne sur ce site. Tous les styles ne sont pas vraiment représentés en fait, il manque l’éternel oublié : le blues du Sud-est. Les chansons. Déjà, ne pas oublier que tout ça a été enregistré avec un magnétophone portatif et un micro d’ambiance, sur une bande une-piste. L’ensemble souffre d’un défaut de basses et de profondeur, sauf le titre d’Otis Rush qui court après les aigus (il date de l’édition de 1970). Les bluesmen se produisant seuls et jouant acoustique, Roosevelt Sykes, Clifton Chenier, Big Joe Williams, passent mieux les lacunes de la prise de son que les groupes électriques. Et ces lacunes sont trompeuses. Par exemple, l’interminable échange de lignes entre T-Bone et Luther Allison, susceptible de lasser l’auditeur, avait vraiment transporté le public du campus. Les disques alignent encore une somme de tueries : Magic Sam donne le concert le plus dantesque de ces trois jours. Epoustouflants aussi Charlie Musselwhite (la claque !) accompagné par les Aces et Freddie Roulette, James Cotton et Fred McDowell, qui chante ‘John Henry’ à la demande de BB King. Muddy Waters dispense une superbe leçon de blues comme d’habitude. Clifton Chenier, seul à l’accordéon, plus cajun que zydeco, et Son House, sont carrément poignants. On découvre Lightnin’ Hopkins immergé dans l’orchestre de Sam Lay, servi par Skip Rose, un pianiste particulièrement brillant derrière Musselwhite. Certains ont l’âge du blues, on les a vus et revus pendant le revival, applaudis par de jeunes Blancs qui lisent des livres, les hommes d’âge mûr tentent d’ouvrir une ligne de crédit de l’autre côté de l’océan, et tous ces freluquets mélodramatiques au style bâtard, qui n’ont pas un rond mais veulent se payer des saxos… Tous sont morts aujourd’hui. Ces gens ne faisaient plus danser personne, on venait les écouter avec recueillement comme s’ils symbolisaient une honte sacrée ou une civilisation disparue. Mais pas à Ann Arbor. Là-bas c’était un bain d’adrénaline, un grand pique-nique familial.
Christian Casoni

Arcana Kings
Lions As Raven

 

Genre musical: Hard-rock bluesy 
Label : Bad Reputation
Distributeur : SOCADISC

Eric Coubard, le fondateur du label Bad Reputation, n'aime pas trop les poseurs. Grand amateur de rock australien, le pop-rock mièvre n'est pas trop son style, voyez-vous. Alors, quand il décide de signer un groupe canadien, il est à prévoir que nous n'aurons pas affaire au moindre sample électro. Derrière le patronyme d'Arcana Kings se cache le Johnny MacCuaig Band. Formation travailleuse, elle finit par se faire une réputation flatteuse, d'abord auprès des équipes de football locales qui utilisent leurs morceaux accrocheurs et rock comme hymnes de stades. Puis le groupe fait des incursions hors de leurs frontières, au Japon, aux USA. Le changement de nom pour un patronyme plus original et la signature avec Bad Reputation doit leur permettre d'accéder à la vieille Europe. Arcana Kings pratique un hard-rock teinté de blues. Une cornemuse vient chatouiller astucieusement les oreilles sur 'Here We Go', comme sur 'It's a Long Way To The Top' d'AC/DC, qui est une de leurs références. On peut aussi citer Slade dont ils reprennent 'Run Runaway', une touche de April Wine et de Mama's Boys. Arcana Kings joue un hard-rock accrocheur et mélodique, bien joué, bien composé, sans compromission. 'Friend Of Mine', 'Here We Go', 'Unbreakable' ou 'Fight' devraient séduire les amateurs de Foo Fighters. Lions As Ravens est un premier album accompli, efficace, dont les chansons ont la capacité de faire remuer quelques fesses en festivals estivaux.
Julien Deléglise

Argent Ardent
Seisme Mental

 

 

Genre musical: Punk-rock 
Label : MILANO RECORDS
Distributeur : Milano records, Apple Music, iTunes, Spotify, Amazon Music

Quand l’hyperactif et versatile Grégoire Garrigues s’ennuie, on l’imagine se demander comment casser la routine, après quatre décennies menées tambour battant, d’Asphalt Jungle à Vince Taylor en passant par Tav Falco et ses Panther Burns, l’outrageux démiurge Kim Fowley, Chris Wilson des Flamin’Groovies, sans compter ses contributions variées au rockabilly, au free-jazz psychédélique au rhythm and blues et au groupe expérimental à guitares. Gageons que tout est parti d’une boutade : « Et si on rejouait du punk-rock ? » (éclat de rire général). Et c’est parti pour le projet Argent Ardent, Le Futur Du Punk (deuxième éclat de rire général). Soit un gang de musiciens archi-confirmés aux CV en béton décidant de se repencher sérieusement sur la musique de leurs débuts. Back to basics : La délicieuse Sarah Gadrey,  impériale à la basse assure la rythmique avec le très stylé mod fashioned Pierre Zambiasi aux fûts. Le charismatique et déchainé Vince Vincent s’affiche en frontman redoutable et théâtral, entre Dave Vanian, John le Pourri et Lee Brilleaux, hurlant et éructant comme un possédé des textes malins et affutés. Garrigues, en Chris Spedding hexagonal, se charge de maintenir efficacement le boucan au niveau d’électricité et de tension requis à coup de riffs ravageurs et de soli concis. Les douze morceaux de Séisme Mental reprennent de façon volontairement minimaliste tous les codes stylistiques de 1977. Enregistrés  quasi-live, débarrassés du gras inutile, ils puisent  leur source dans l’Amérique des Ramones et l’Angleterre des Sex Pistols. ‘Le Mauvais Fils’, ‘Je Suis Le Roi’, ‘Fils de B’ et ses guitares orientalisantes sont autant d’hymnes frénétiques et furieux qui suscitent l’adhésion immédiate. Argent Ardent va à l’essentiel : Quand la culture «punk » semble galvaudée  et s’affiche au Bon Marché comme vulgaire buzz marketing et simple argument de vente à gogos bobos, les tauliers remettent  les pendules à l’heure, l’église au centre du village et l’épingle à nourrice au revers du perfecto. « Dis Papa, c’est quoi le punk rock ? », « Wam Bam ! C’est Argent Ardent mon fils ». Leçon retenue, exercice de style réussi, achat fortement recommandé.
Laurent Lacoste

Arno
Santeboutique

 

Genre musical: Rock
Label : NAIVE
Distributeur : PIAS

Arno Hintjens déboule sur le plateau, façon Bukowski, la bouteille de blanc à la main. « Ah Ah ! Sacré Arno, quel personnage ! » lâche le présentateur, mi-goguenard, mi-complice – mais un petit peu inquiet quand même. Car en fait tout le monde aime Arno. Tout le monde le respecte, en tout cas. Une carrière exemplaire, sans compromis, sans hits non plus, mais largement pavée de classiques (‘Oh La La La’, ‘Putain Putain’, hymnes post punk période TC Matic, ‘Elle Adore Le Noir’, ‘Les Yeux De Ma Mère’, et la reprise de la ‘Fille Du Père Noël’, qui parvient à rendre supportable l’horripilante BJ Scott. Albums de blues (sous l’alias Charles et les Lulus, puis Charles and the White Trash European Blues Connection), de chanson française, ou alors un mix de tout ça (un brol, en vrai belge) où le bonhomme n’en fait qu’à sa tête, selon l’envie du moment. Et c’est encore le cas sur cet essai, essentiellement francophone. Avec des titres volontiers nostalgiques, désabusés, voire pessimistes (‘Lady Alcohol’ plutôt dark wave, ‘Court-Circuit Dans Mon Esprit’ qui évoque la dépression – ceux qui ne voient en lui qu’un rigolo excentrique ont tout intérêt à revoir leur jugement). Seconde collaboration consécutive avec John Parish, l’homme de confiance de PJ Harvey, l’album sonne souvent eighties : ‘They Are Coming’ ou ‘Ça Chante’ évoquent la grande époque de TC Matic, forcément, mais les ballades ne sont pas en reste ( ‘Naturel’, ‘Ostende Bonsoir’, sépulcral, réponse au ‘Comme A Ostende’ de Ferré, auquel il a longtemps hésité à se mesurer). Le tout s’achève sur un ‘Flashback Blues’ déstructuré, un peu bordélique (c’est en gros ce que signifie Santeboutique en patois flamand). Pas de hit en puissance, une fois encore, mais sans doute de nouveaux classiques… 
Marc Jansen

Biscuit Miller and The Mix
Chicken Grease

 

Genre musical: Funky blues
Label : American Showplace Music
Distributeur : Amazon, Spotify, iTunes, Deezer

Si vous n'en pouvez plus de tous ces petits tracas qui vous submergent, voici le disque qui va vous donner la pêche. Tout mioche, le bassiste Miller s'overdosait avec les biscuits que sa maman lui préparait avant de passer à table ; d'où ce surnom de Biscuit, et cette bonne humeur communicative. De plus, ce musicien est allé à la bonne école puisqu'il y était avec les enfants de Willie Dixon. L'histoire ne dit pas s'il était bon en maths ou en chimie, mais dans la matière blues, il était premier de la classe. Ensuite il fera ses armes avec des gens comme Sonny Rodgers ou Lonnie Brooks pour fonder le Mix au tournant de ce siècle. Sa musique alterne blues bien funky, blues-rock et slow-blues, tous nappés par l'orgue Hammond de John Ginty invité pour l'occasion, ainsi que le lap steel guitariste Marcus Randolph. La rythmique est tenue par Biscuit et son batteur, Doctor Love, dont il est indiqué sur la pochette qu'il joue aussi du stéthoscope ! Sans doute en cas de surchauffe artérielle à l'écoute de ce 'Chicken Grease' qui ouvre le disque. Ce titre possède des références sexuelles évidentes, et emprunte également un motif au grand Junior Walker des 60's. Pour le reste, le Mix comporte une paire de guitaristes, Bobby B. Wilson et Alex 'Southside' Smith, tous deux au jeu riche et subtil, frôlant par moment avec un son jazz. Même si le lead vocal est assuré par le chef Miller, tout ce petit monde participe au chant, conférant ainsi à ce blues cette impression d'osmose évidente. A l'instar du visuel, une bonne table où la bonne humeur est conviée. 
Juan Marquez Léon
 

Blues Meets Girl
Blues Meets Girl

 

Genre musical: Harmonica Blues
Label : Bad Inglish Records
Distributeur : Spotify, CD Baby, Deezer

Les Blues Meets Girl nous servent un blues moderne et rétro à la fois, la plupart du temps dans la lignée de la formation classique guitare-basse-batterie-harmonica. La voix de Kasimira surprend avec un trémolo assuré qui la rend authentique. La session rythmique constitue cependant le fil rouge de cet album, la guitare oscillant entre slide et son clair. Une vraie cohérence se dégage de l'œuvre, avec pour thème le blues du Mississippi revisité. Les deux voix se partagent les morceaux. L’univers dépeint est assez riche : 'Backstabber' nous transporte dans le bayou alors que 'Oh Baby', plus saturée, a une rythmique plus soutenue et un côté un peu plus offensif. On a tôt fait de taper du pied de concert et de chanter en chœur ce refrain simple et entêtant. Seule instrumentale de l'album, la plus dansante 'Swinging With My Baby' semble faite pour la scène. La chanson 'Shifting Gears' a quant à elle des couleurs de danse nocturne, avec un son de guitare à peine étouffé. Il n'y a pas de slow sur cet album, mais la traînante 'Special Man' a le goût du dimanche matin, d'une matinée paresseuse et des premiers rayons du jour qui se posent sur la table de la cuisine.
Marion Braun

Cheyenne James
Burn It Up

 

Genre musical: Blues tonique
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : www.cheyennejames.com/

Bien qu’elle joue depuis l’enfance, Burn It Up est le premier album de la chanteuse américaine Cheyenne James. Après avoir écumé les scènes du Texas, elle signe un CD de 10 titres -dont six reprises- afin de se faire connaître sur la scène internationale. Dès le premier morceau, Cheyenne nous porte un véritable coup de poing aux tripes. La puissance vocale de la texane a de quoi dérouter. Tantôt fragile, du moins en apparence ('Lay Me Down'), elle sait aussi se faire dure ('Gypsy Mama'). C'est cependant sur l'émouvante 'What Does It Mean' que l'on prend conscience de toute l'ampleur de son talent. Cheyenne allie un chant maîtrisé et des envolées vocales teintées de vibrato. Cet album fait partie de ceux qu'on lance pour danser dans son salon, car il propose des rythmes percutants et des mélodies qui restent en tête. Les cuivres donnent de la profondeur aux morceaux, et l’ensemble ouvre une parenthèse temporelle entre passé et présent. Cheyenne a déjà tout d’une diva, et Burn It Up va sans conteste enflammer son auditoire.
Marion Braun

Diana Rein
Queen Of My Castle

 

Genre musical: Blues-rock électrifié 
Label : Gulf Coast records
Distributeur : gulfcoastrecords.net, Amazon

Diana Rein ne fait rien comme tout le monde. Sa vie est une boule à facettes qui a pris le large dès 1981, alors qu’elle n’avait que trois ans, au moment où ses parents ont fui la Roumanie pour tenter leur chance à Chicago avec cinquante dollars en poche. La gamine s’est s’illustrée d’abord en tant qu’actrice débutante dans la ribambelle des ‘Maman, j’ai raté l’avion’, mais elle a surtout été nourrie aux éclats du blues en fréquentant dès son plus jeune âge les clubs de sa ville d’adoption. La Stratocaster est alors devenue une seconde nature pour elle. Basée aujourd’hui dans le sud de la Californie, elle publie son troisième album pour crier à la face du monde sa passion de la Note Bleue, largement enrichie au rock’n’roll électrifié, tel le nouveau carburant issu d’une triple distillation qui associerait Stevie Ray Vaughan, Buddy Guy et Jimi Hendrix. En sortie d’alambic, quinze morceaux originaux se singularisent par une belle énergie rythmique, des solos inventifs et des paroles efficaces. L’album comporte deux volets distincts : les six premières plages honorent la mémoire des maîtres qu’elle vénère, sur douze mesures à peu près standard, dans une veine très moderne et opiniâtre, tandis que la suite du disque est un panel de liberté créatrice, plus personnel, ornementé de coups de pédale wah-wah par ci, d’une envolée d’orgue par là, ça fuzze, ça cisaille, ça tape de la botte sur le plancher, ça déborde d’émotions fortes à tous les sillons, avec même des flocons de nostalgie dans l’instrumental satiné qui clôture l’opus. Elle prouve alors, comme le proclame le titre, que c’est elle ‘la reine de son château’. Diana chante bien, mais sa voix reste typée ‘fille du blues’, un peu monophasée et parfois trop haut perchée. Cela dit, la production irréprochable signée Michael Leasure, batteur de Walter Trout, et le mixage assuré par Lincoln Clapp, celui-là même qui mitonnait jadis le son du Texas Flood de SRV, font de cette galette une grenade à dégoupiller sans modération.
Max Mercier

The Forty Fours
Twist The Knife

 

Genre musical: Harmonica blues, blues-rock 
Label : Rip Cat Records
Distributeur : Spotify, Amazon, iTunes

Des voix rocailleuses et suaves, des rythmes sautillants et un harmonica à toute épreuve, c’est ce que proposent les Fourty Fours avec Twist The Knife. Le disque est assez court, avec seulement huit morceaux. Pressés d’en découvre, l’album s’ouvre sur une piste instrumentale qui donne le tempo. Cette première piste est d’ailleurs la seule composition originale du groupe. Parmi les reprises, on trouve des titres de Howlin’ Wolf, James Harman ou encore T-Bone Walker. Ils ne reprendront leur souffle que vers la ballade ‘Champagne And Reefer’ et un blues lent dans les règles de l’art, le ‘Helsinki Blues’. Le titre ‘Rosie’ surprend un peu car il sort de cet univers linéaire. Un rock saturé de presque 7 minutes, il est servi dans une version plus brute que l’originale et l’on s’imagine très bien frapper des mains en rythme lors d’un concert. L’artwork est quant à lui très réussi : il rappelle les tatouages old school dans un style épuré et emblématique. Le CD lui-même est gravé comme un vinyle. L’ambiance générale de cet album est celle d’un blues assuré et sans concession, qui conviendra aux fans du genre.
Marion Braun

Hippie Death Cult
111

 

Genre musical: Stoner-metal, doom-metal 
Label : CURSED TONGUE
Distributeur : RIPPLE MUSIC

Il faut croire que la nature n'adoucit pas forcément les esprits. Hippie Death Cult est originaire de Portland dans l'Oregon. On n'est pas très loin de la ville de Salem, ce qui est déjà un signe. Le fleuve Columbia et ses forêts environnantes n'auront pas convaincu ce quatuor d'évoluer dans le folk frais et bio. On est davantage dans la matière goudronneuse, où se croisent les influences empoisonnées de Black Sabbath, Mountain, Pentagram, The Obsessed, Monster Magnet, Blue Cheer. Hippie Death Cult est composé du guitariste Eddie Brnadic, de la bassiste Laura Phillips, du batteur Ryan Moore et du chanteur Ben Jackson. Le groupe tourne intensivement en 2018 sur la Côte Est en compagnie de Mos Generator, Ape Machine et Holy Grove. 111 est leur premier disque, et la confrontation avec quelques machines affûtées du stoner enfumé les a poussés à se transcender. Ce premier album est doté de solides compositions formidablement efficaces et bien interprétés, véritablement rodées sur scène. 'Sanctimonious' saisit l'auditeur à la gorge dès le premier accord et ne le lâche plus, le traînant dans les boues noirâtres des forêts de l'Oregon et des berges du fleuve Columbia. La messe noire se poursuit avec 'Breeder's Curse' et ‘Unborn', et se clôt sur la procession finale de dix minutes : 'Black Snake'. Composition à tiroirs, les plans de cinéma d'épouvante et de polar noir se succèdent au rythme des riffs assassins. Un test sur scène s'avère désormais indispensable.
Julien Deléglise




J.P Reali
A Highway Cruise

 

Genre musical: Blues multifacettes  
Label : REALI RECORDS
Distributeur : CdBaby, Amazon, Spotify

Cinq titres concrétisent le rêve de J.P. Reali : un voyage musical à travers différents styles de blues. Le premier morceau, ‘My Baby Loves To Boogie’, invite au swing avec sa rythmique dansante et les solos des différents instruments. ‘The Ballad Of A Burglar’ prend des airs de ‘Johnny B. Goode’, avec une intro teintée de rock’n’roll. La chanson éponyme plaque quant à elle des accords chaleureux où la voix du guitariste peut s’exprimer. La versatilité de Reali est rafraîchissante : différentes ambiances créent de la surprise à chaque nouvelle piste. On s’étonne ainsi de la présence du dobro et de la mandoline sur les chansons ‘Blues For Casey’ et ‘Whiskey For Blood’, qui présentent toutes deux des histoires complètement différentes. Ce premier aperçu laisse entrevoir l’univers riche et technique d’un passionné, qu’il pourra certainement mieux explorer une fois affranchi du format EP.
Marion Braun

J.P Soars
Let Go Of The Reins

 

Genre musical: Blues multiforme
Label : Whiskey Bayou records
Distributeur : whiskeybayourecords.com, Amazon

JP Soars, infatigable ravaudeur des scènes américaines et européennes, vainqueur de l’International Blues Challenge de Memphis en 2009, génial inventeur avec son frère d’une guitare électrique à deux cordes fabriquée à partir d’une boîte à cigares en acier inoxydable, avide de faire rutiler le blues aux quatre coins du monde, nous propose ici un album né en cinq jours, dans la spontanéité radicale et l’urgence créative de l’instant. Il est allé enregistrer l’œuvre aux Whiskey Bayou Studios de Houma, en Louisiane, chez Tab Benoit, qui tient les baguettes pour l’occasion et assure la rythmique avec le bassiste Chris Peet. Tillis Verdin est venu les rejoindre pour emmailloter six morceaux de ses colimaçons aguicheurs d’orgue Hammond. Entre crises de rigolade, bouteilles partagées et désir de s’éclater, partant du principe que rien ne dépasse la musique live, jouée ensemble, en direct et sans retouche, l’équipe a écrit sept pièces originales et choisi quatre reprises, dont une délicate et rayonnante version du ‘Minor Blues’ de Django Reinhardt, et a laissé parler son cœur devant les micros, à l’ancienne. Le résultat est d’une qualité exceptionnelle. Avec la guitare de J.P. qui laboure sans cesse le terrain, parfaitement mise en avant sur les solos nerveux, on visite tous les genres, on bascule dans le jazz, la musique des racines, le folk, le rock’n’roll, et même un brin de country sur le bien nommé ‘Let It Ride’. L’ensemble s’avère cohérent, fort en épices et bourré d’énergie communicative. ‘Been Down So Long’ de JB Lenoir, qui introduit le disque, a été réarrangé de telle sorte que la six-cordes puis le B3 envahissent l’espace pour renforcer l’impact de ses accords survitaminés. Partout on retrouve cette vitalité dans l’attaque des chansons. L’objectif ultime du projet reste le plaisir, en long, en large et en travers, celui qu’on offre à l’auditeur, celui que les musiciens s’accordent en ouvrant grand les vannes de leur talent. Pour le coup, la réussite est au rendez-vous, sans manières ni effets de manche, comme si nous passions une bonne soirée avec des potes de toujours.
Max Mercier

Laurent Choubrac & Jean-Christophe Pagnucco
Va Savoir Où Ce Chemin Nous Mène

 

Genre musical: Chanson française country
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : jcpagnucco@hotmail.fr

L’illustration de la couverture dit assez bien ce que contient ce digipack : une grosse bouffée de nostalgie, un secret hors saison comme chantait l’autre. Francis Cabrel n’est pas du tout déplacé quand il est cité comme l’une des références de l’album. Il y en a d’autres, Benoît Blue Boy, Patrick Verbeke, Johnny Hallyday ou Eddy Mitchell. Ce bel album, culotté dans son genre par sa tendresse et son innocence fleur-bleue (qui est un engagement en soi), a le charme discret des faces B. Face B de 45-tours, mais aussi face B d’une époque, ces 70’s françaises durant lesquelles la chanson country à la gauloise, en porte à faux avec toute forme de psychédélisme, réac pour piocher dans la terminologie de ces années-là, passait inaperçue. Ce style de chanson n’est pas encore franchement américanisé, juste nourri des valeurs de l’Ouest d’avant Little Big Man. Il s’incarnait alors dans la personne de Michel Mallory avant de se réincarner, avec plus de succès, dans celle de Francis Cabrel. Laurent Choubrac (Caps And Hats, Westbound, Gravel Road) et Jean-Christophe Pagnucco (Witch Doctors), deux de Thionville qui se sont retrouvés en Normandie, chantent et jouent de la guitare, de toutes sortes de guitares en ce qui concerne Choubrac, Pagnucco ajoutant au spectre de la basse et du piano. Ils sont accompagnés d’une batterie, de quelques guitares supplémentaires et de chœurs particulièrement réussis, qui donnent aux refrains une fatalité déchirante. Hormis quelques rocks, et encore, l’ensemble sonne country-folk. Les nombreuses coutures de guitare, en contrechants ou en breaks lapidaires, tressent un nerf bluesy qui tient l’album sur une tension salutaire. Car enfin, se livrer ainsi, sans cynisme et sans ironie, pourrait amener l’œuvre à compoter dans une émotivité gluante. Eh bien, non. Les deux songwriters jouent à fond le jeu d’une candeur introspective jamais niaise, et assument d’autant plus facilement cette transparence que les mélodies sont solides (‘Omaha’) et les textes, superbement écrits. Il ne s’agit pas seulement du choix des mots mais du rythme même de l’écriture. Choubrac et Pagnucco chantent donc des textes en français sur un phrasé américain, fluide, sans jamais donner l’impression de jouer aux Yankees. Pour atteindre ce naturel, il faut savoir manier le crayon comme une baguette de chef d’orchestre. Ceux qui savent ne sont pas si nombreux. Eux, ils savent.
Christian Casoni

Mark Enbatta's Tribe
Mark Enbatta's Tribe

 

Genre musical: Garage-rock psychédélique
Label : Bam Balam Records
Distributeur :
Bam Balam Records

Mark Enbatta n'est pas un vieux briscard américain issu de la scène de new-yorkaise comme son timbre nasal et traînant pourrait le faire croire. L'homme est en fait un brave petit français de Chalon-sur-Saône, qui rêvait de musiques américaines. Dès le début des années 80, il fonde une légende du garage-rock psychédélique : The Vietnam Veterans. Ils produisent entre 1982 et 1988 trois disques studios et deux lives, avant que la vie quotidienne ne reprenne le dessus sur les rêves de rock et de route. Il y aura toutefois d'autres projets : Vietnam Chain, The Thyrd Twin, ou The Gitanes. Sur chacun, Mark Enbatta poursuit sa quête de musique, mêlant garage-rock et psychédélisme des années 60, et proto-punk US : New York Dolls, Flamin’ Groovies…. La voix de Enbatta a un côté Lou Reed/Iggy Pop qui apporte encore à l'identité musicale originale de ses compositions. Loin d'être à court d'aspiration, il vient de former un nouvel ensemble : Mark Enbatta's Tribe. On trouve à ses côtés le batteur Eric Lenoir, Erik Jeulin à la basse, et Peter McConnel aux guitares et au piano. La mixture vigoureuse qu'offre Mark Enbatta et son groupe me rappelle une autre institution underground du genre, britannique celle-là : Bevis Frond. Chaque morceau offre son juste alliage d'énergie, de mélodie et de mélancolie folk : 'Victimes And Culprit', 'Minor Chords', 'Get Out Of My Face'… Cet album est très bon musicalement parlant, et marque le retour d'un artiste bien trop méconnu du rock hexagonal.
Julien Deléglise

Mike Zito and Friends
Rock’n’roll Tribute To Chuck Berry

 

Genre musical: Hommage rock'n'roll
Label : RUF
Distributeur : SOCADISC

Le répertoire est tellement vaste qu’il a bien fallu faire un choix. Pour cet hommage à Chuck Berry Mike Zito a retenu 20 standards incontournables: ‘Rock’n’roll Music’, ‘Johnnie B Goode’, ‘Memphis’, ‘You Never Can Tell’, ‘Havana Moon’… Certaines versions restent proches de la chanson originale, d'autres s'en éloignent mais les interprétations sont toujours au top. Mike Zito aurait pu enregistrer seul dans son coin mais comme tout guitariste est redevable au géant de Saint Louis il a eu la bonne idée de faire participer un disciple du Maître sur chaque titre : Joe Bonamassa, Walter Trout, Robben Ford, Eric Gales, Sonny Landreth, Tinsley Ellis, Tommy Castro… 21 en tout ont répondu présents, et tous des pointures. On pourrait croire à des prises en direct en studio mais il n’en est rien. « Avec mon band nous avons enregistré les pistes de base puis les avons envoyées à chaque musicien invité. Ils ont ajouté leurs contributions puis nous ont renvoyé les fichiers. Le processus a pris un an ». Et cela ne nuit en rien à la qualité finale, le résultat est brillant. Pour honorer la descendance et le berceau familial, l’album s’ouvre avec ‘Saint Louis Blues’ de WC Handy, en compagnie du petit-fils du grand Chuck, Charlie Berry III. C’est la fête du rock’n’roll durant 67 minutes, avec gimmicks entêtants et sons nerveux, clairs et excitants. « C'était un projet très spécial pour moi », dit Mike Zito « Je suis né et j'ai grandi à Saint Louis, j'y ai vécu pendant 32 ans... Je joue les chansons de Chuck Berry depuis mon enfance. Inutile de dire qu'il a eu une influence énorme sur ma carrière et, bien sûr, sur celle de nombreux autres musiciens ». Vraiment un très bel hommage !
Gilles Blampain  

Revizors
Airport (45t vinyle)

Genre musical: French Garage
Label : How Much Records
Distributeur :
revizors.bandcamp.com

Une jolie carte de visite que ce bel objet, un vinyle 45t à la pochette bien cartonnée comme il faut et à l’artwork splendide qui présente en deux titres, ‘Airport’ en face A et ‘Un Ange Passe’ en face B les deux influences notables des Revizors, trio composé de John Blutt au chant et à la guitare, de Greg Vieux Thorax à la basse et aux chœurs et de Baldo à la batterie : soit une certaine tradition pop française année 60, couplée à des sons plus directement inspirés du garage US. Les  deux compositions transpirent la spontanéité d’une période disparue, et on  applaudit des deux mains ces courageux qui creusent inlassablement le sillon, à la recherche d’une certaine pureté originelle. On espère de tout cœur et pour bientôt un CD complet et une production plus pêchue,  et on accorde une mention spéciale au nom du groupe, un bon nom de groupe, c’est hypra important ! Long live the Revizors !
Laurent Lacoste

Ronnie Wood with his Wild Five
Mad Lad A Live Tribute To Chuck Berry

Genre musical: Hommage Rock'n'roll
Label : BMG
Distributeur : BMG

L’album a été enregistré live au Tivoli Theatre de la petite cité de Wimborne, en Angleterre. Baptisé d’un titre instrumental de l’homme de Saint Louis, Missouri, le disque débute par une composition de Ron Wood simplement intitulée ‘Tribute To Chuck Berry’, en hommage à celui qu’il considère comme ‘son premier héros musical’. Ronnie Wood accompagné par ses Wild Five interpréte neuf classiques, ‘Back In The U.S.A’, ‘Little Queenie’, ‘Johnny B. Goode’… et ‘Worried Life Blues’ de Maceo Merriweather. Le pianiste Ben Waters qui a joué avec tout le gratin du rock fait une prestation remarquable et, invitée de marque, Imelda May chante avec fougue sur trois titres, ‘Wee Wee Hours’, ‘Almost Grown’, ‘Rock 'n’Roll Music’. Ronnie Wood a l’intelligence d’éviter une resucée de ce qu’il fait avec les Stones et plutôt que d’imiter ce que faisait le Maître, il se réapproprie chaque chanson pour en donner une version éblouissante, pleine du dynamisme originel mais avec une touche toute personnelle. Un enregistrement de belle facture avec de brûlantes envolées et un super feeling mais qui génère cependant un peu de frustration par sa brièveté. La musique de Chuck Berry est joyeuse et excitante et on aurait aimé que ça dure un peu plus que 38 minutes. Comme une déférence supplémentaire, puisque peintre autant que guitariste, Ronnie Wood a pris ses pinceaux pour illustrer lui-même la pochette de l’album avec un beau portrait de celui qu’on surnommait ‘Crazy Legs’.
Gilles Blampain

Tennessee Redemption
Tennessee Redemption

Genre musical: Blues, rock
Label : Endless Blues Records
Distributeur : tennesseeredemption.com/merch, Amazon, Spotify

Le groupe est nouveau, mais les musiciens ont déjà des kilomètres dans les pattes et se connaissent depuis longtemps. Le guitariste chanteur n'est autre que Jeff Jensen qui s'est acoquiné avec l'excellent harmoniciste, également chanteur, Brandon Santini. Ils jouaient déjà sur l'album de Jensen Road Worn And Ragged sorti en 2013. Quant au bassiste, Bill Ruffino, c'est un compagnon de route de Jeff Jensen puisqu'il apparaît sur ses derniers enregistrements. Pour compléter le groupe, Timo Arthur occupe le poste de second guitariste alors que David Green frappe les fûts. Sur ce CD figurent huit compos et deux reprises qui sont 'Come On Up To The House' de Tom Waits réarangée entre blues et ballade gospel et 'Watch Yourself' de Little Walter, assez mordante et appuyée, le tout avec le feeling Tennessee Redemption. C'est à dire une grande musicalité qui enveloppe leur blues contemporain inspiré par le son de Memphis, mais aussi avec un regard vers le rock sudiste de 'Back To Tennessee' ou la soul roots de 'Soul In The Water', un pur régal tout en douceur. Sur cet album, la production est impeccable, les voix et les chœurs sont soignés tout autant que les solos d'harmonica ou de guitare sont inspirés. 'Going To Mexico' est une ballade blues acoustique aussi émouvante que 'Glad To Be' est diablement entraînant. Tennessee Redemption à la puissance d'un disque de chevet, de celui qu'on pose dans la platine du salon autant que dans le lecteur de la voiture pour rouler non-stop.
César

The Chapas
The Chapas

Genre musical: Blues-rock expressionniste
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : @thechapasphere

Deux Bretons et un album de rock noir au tranchant expressionniste, tout en ratures, hybride original à la singularité insaisissable car, a priori, les ficelles sont très classiques : riffs obsessionnels, graillons d’ampli, harangues d’exorciste, tambours de guerre, atmosphères menaçantes, un paysage désormais familier d’americana dur, de blues-rock roots, voire de progressisme stoogien. Mais voilà : la personnalité de Swann Yde et d’Iolo Gurrey, l’art de l’équilibre, de l’économie, et surtout l’art de laisser l’auditeur loger ses propres émotions dans une architecture propice. Naguère, Iolo Gurrey officiait dans un groupe de folk nommé Fingers & Cream, dont la grande qualité, déjà, était de laisser rayonner l’énergie de l’auditeur lui-même, plutôt que de la lui infliger. Ici, un rock sans rondeur posé sur une base relativement neutre, et un chant à la calligraphie souple mais au timbre assez froid, sans émotivité directe, ouvrent à l’auditeur une disponibilité pour ses propres sentiments. On dirait bien que le duo laisse l’auditeur conduire l’album et donner un sens aux chansons. D’ailleurs les références sont ce que chacun veut qu’elles soient, un style desperado 70’s aux intonations morrisonniennes, un underground afterpunk plus réfrigérant (‘Conclusion’, entre autres), etc. Avec une économie très efficace et une intelligence explicite des contrastes, les deux Bretons trouvent un équilibre merveilleux qui se développe comme un feeling à part entière et relance perpétuellement l’intérêt de l’entreprise. Ils inventent un disque que l’auditeur crée à mesure qu’il l’écoute ! Bel exercice de branlette critique, nous objectera-t-on. N’empêche, voilà une superbe poterie qui ne cesse de se parfaire à chaque tour de disque, jusqu’à ‘Follow Me Again’, la bataille qui ne veut pas finir (12’30, la même ampleur que ‘Sad Eyed Lady Of The Lowlands’), le titre consubstantiel qui a peut-être démarré six plages auparavant et continue de circuler lorsque la plage suivante commence. Swann Yde chante, joue de la batterie, Iolo Gurrey joue de la guitare, place des voix... et on n’a jamais l’impression d’entendre un duo, comme si, dans les silences, une matière noire ajoutait une gravité étonnante à l’ensemble. Sinon, pourquoi The Chapas ? « On cherchait un nom en lien avec les Indiens d'Amérique du fait que l'esprit répétitif et transe que leur musique nous inspire. ‘Chapas’ en navajo signifie castor. Le castor figure parmi les animaux sacrés et emblématiques dans nombre de cultures amérindiennes. »
Christian Casoni

The McNaMarr Project
Holla & Moan

Genre musical: Blues groovy
Label : BAHOOL RECORDS
Distributeur : Amazon, Spotify

Ça groove, ça gigote, ça se danse ! Holla And Moan démarre en fanfare avec le morceau éponyme où les deux chanteurs se partagent la ligne de chant. La rythmique parle au corps plus qu'aux oreilles, on se déhanche, on bouge la tête, on ne peut pas rester statique ! La suivante, une ballade blues soutenue par un orgue et des cuivres, se prête tout à fait aux envolées vocales de Andrea Marr, auxquelles répond la voix veloutée de John McNamara. Entre riffs groovy et lignes de chants en question/réponse, l'album s'écoule comme la bande-son d'un bon voyage. Si la musique est aussi bonne, c'est probablement parce que l'on devine entre les morceaux le bonheur que les deux musiciens ont eu à l'enregistrer. Même un titre comme 'Cry With Me' a une atmosphère solaire. On note aussi la présence de pistes plus pêchues, comme 'Can You Take The Heat'. L'orgue parvient à créer une atmosphère étrangement familière, renforcée par les voix chaudes des deux artistes. L'excellente 'No More Chains' en témoigne, l'auditeur est happé dans un univers à la fois nostalgique et réconfortant. Véritable tour de force, Holla And Moan est un album solide et constant qui ne décevra pas son public.
Marion Braun

Tio Manuel
The 7th Road

Genre musical: Rock latino 
Label : LA FUGITIVE
Distributeur : LA FUGITIVE

Issu de la scène punk hexagonale (Wunderbach, mais aussi La Souris Déglinguée comme accompagnateur on stage) Tio Manuel a depuis lors choisi une voie plus apaisée, traçant un sillon sur les traces du Gun Club, de Nick Cave ou Calexico. Fasciné par les Etats-Unis (mais plus que dépité par la situation actuelle), particulièrement la culture tex mex, il renoue depuis quelque temps avec ses racines latino, proposant ici une nouvelle fournée de titres anglo-hispaniques. Une route moins explosive donc, sur laquelle il avance avec fougue et détermination. Loin d’un simple copié/collé, il impose sa vision des choses, avec une maîtrise bluffante. On peut penser aussi à Manu Chao (le passage déclamé d’‘El Centro’ - maybe the next gate to hell !) mais un Manu Chao à la voix rugueuse, la gorge emplie de la poussière du désert.  Les collaborations font sens (le clavier de James « Black Diamond Heavies » Leg sur ‘The Golden Curse’, le violon de Melissa Cox sur ‘La Ruta Escondida’…) et les titres remarquables s’enchaînent : ‘Flamingo Blues’, hypnotique, monolithique, avec un solo ondulant comme un crotale dans le désert, ‘Andaluz’, ‘Love In Vain’ – pas celui de Robert Johnson puis des Stones, mais celui des Ruts de Malcolm Owen. Rien à jeter vraiment sur cette précieuse galette !
Marc Jansen

Troy Gonyea
Click Click Spark

Genre musical: Blues-rock
Label : www.LotusEaterRecords.com
Distributeur : www.LotusEaterRecords.com, Amazon, CdBaby, Deezer

Un nom improbable mais un CV respectable. Le numéro Troy est dans le blues depuis ses treize ans. Autant dire que très jeune, il savait à quoi il se destinait : Le blues sous toutes ses formes, à travers un parcours émaillé de collaborations prestigieuses, comme guitariste de Kim Wilson ou des Fabulous Thunderbirds pour ne citer qu’eux. Décider à voler de ses propres ailes, Gonyea a assemblé une bande de fines gâchettes pour l’accompagner, sur disque et sur scène. Avec Brooks Milgate aux claviers, Marty Ballou à la basse et Marty Richards à la batterie, Troy Gonea peut lâcher les chevaux sur Click Click Spark, son premier CD, enregistré dans des conditions live, et laisser libre cours à sa maitrise vocale et instrumentale pour interpréter de façon électrique et sur-vitaminée sa vision du blues. Ainsi et tout du long, ça dépote sévère, et sur tous les tempos : rock’n roll à la Chuck Berry sur (‘Do The) Curl Up And Die’, Chicago blues avec ‘That’s Why I’m Crying’, ou ballade rock and soul ‘As I Am’ en réminiscence de ‘With A Little Help From My Friends’ chanté par Joe Cocker. Gonyea a cette capacité protéiforme de redonner vie et énergie aux principaux idiomes du blues.  Le puissant organe vocal de Gonyea  n’est pas sans évoquer le grand Peter Green et porte le tout avec conviction. Les parties de guitare, notamment dans ‘Jumping At Shadow’ justifient pleinement ses trente ans de métier. Derrière, le groupe envoie exactement ce qu’il faut quand il le faut, en totale maitrise. Forcément pas révolutionnaire, mais certainement jubilatoire, Click Click Spark montre aussi la capacité sidérante des musiciens américains à entretenir avec flamme et ferveur le riche patrimoine musical dont ils ont hérité.
Laurent Lacoste

Van Morrison
Three Chords & The Truth

Genre musical: Soul
Label : Exile productions/Caroline international
Distributeur :
Universal Music

Le mec est infatigable ! Un sixième album en seulement quatre ans, et toujours un bon feeling. A 74 ans Van Morrison n’a rien perdu de sa puissance de création. Voilà quatorze nouvelles compositions originales qui mettent en valeur ses talents d'auteur-compositeur. Et sa voix incroyable qui fait encore passer le frisson à travers un groove contagieux assure qu’il est toujours en pleine forme. Le légendaire guitariste Jay Berliner apparaît en invité de marque et Bill Medley des Righteous Brothers est venu pour un épatant duo (‘Fame Will Eat The Soul’). Si le nouvel album de Van Morrison est résolument soul, on y entend cependant çà et là des accents country et rhythm’n’blues voire reggae. Entouré comme d’habitude par un orchestre de haut vol, en un peu plus d’une heure l’Irlandais passe avec une élégance remarquable d’ambiances feutrées à des atmosphères plus enlevées en s’appuyant sur de superbes mélodies. Scintillants éclats de guitares, nappes d’orgue veloutées, cuivres chaleureux et percussions dynamiques, tout concourt au plaisir auditif. Une fois encore grâce à sa voix enveloppante et pleine de délicatesse, Sir Ivan nous livre un enregistrement d’une belle vitalité qui diffuse une certaine fraîcheur et une pétillante allégresse. Une délectation acoustique.
Gilles Blampain

Vulcain
Studio Album 1984-2013

Genre musical: Hard-rock, heavy-metal
Label : Season Of Mist
Distributeur : Season Of Mist

Vulcain a toujours été considéré comme un sympathique second couteau du hard-rock national, et c'est une injustice. Comme Motörhead, à qui il fut largement comparé, Vulcain a résisté fièrement et a produit neuf albums studio et trois disques live. Ils sont le plus endurant des groupes de rock dur français, et leur discographie est d'une constance en termes de qualité qu'une institution comme Trust peut lui envier. Fondé par les frères Puzio en 1980, Daniel à la guitare et au chant et Vincent à la basse, Vulcain fait partie de la seconde génération du hard-rock français juste après Océan et Trust. Il est assurément le plus authentique dans l'attitude, se démarquant de Sortilège, Satan Jokers, Warning… Le premier album devient un classique du genre : Rock'n'Roll Secours en 1984. Le disque se vend bien, et Vulcain ratisse les salles de concerts en France, avec même quelques incursions en Europe. Un autre pilier de la formation arrive en 1985 : le batteur Marc Varez. Vulcain pratique un hard-rock speed aux riffs teigneux, surmonté par la voix râpeuse de Daniel Puzio. Les textes rappellent parfois Renaud, avec cette approche du verbe franche, gouailleuse, populaire et sarcastique. Si ses deux premiers albums restent les plus célèbres, tous leurs albums proposent leur lot de bons morceaux efficaces et sans fioriture, jusqu'au dernier en date, non inclus dans ce coffret, le très bon Vinyle en 2018 qui renoue avec l'excellence de Rock'n'Roll Secours.
Julien Deléglise

Will Jacobs & Marcos Coll
Takin Our Time

Genre musical: Blues et pointes de funk
Label : Gaztelupeko Hotsak
Distributeur : hotsak.com, willjacobsband.com, Amazon, Spotify

Voici un projet qui sort des sentiers battus. A ma droite, un chanteur-guitariste-bassiste-batteur originaire de Chicago, Will Jacobs, 26 ans, rompu aux concerts de blues depuis son entrée au collège, invité sur les tournées de Clifton Chenier, qui écume désormais les scènes européennes sans mollir. A ma gauche, un iconique harmoniciste espagnol, Marcos Coll, compositeur infatigable pour la télévision, le cinéma, qui a fait plusieurs fois le tour de la Terre en se produisant dans moult festivals dédiés à la musique du Diable. Au centre, trois studios berlinois où les deux acolytes ont enregistré les trente-quatre minutes de ce Takin Our Time incandescent, sous la houlette d’Alex Ott et de Stefano Ronchi. A la fin, c’est Hotsak, un label du Pays Basque, qui accompagne la diffusion de cette œuvre haute en couleurs. Neuf morceaux sont offerts ici, dont le dernier est une reprise en public, mais sans qu’on entende les cris des spectateurs, de ‘Going To Berlin’, troisième plage du disque, un blues estampillé Windy City d’Origine Contrôlée, sacrément torché, avec le Hohner rugissant et le son clair de la six-cordes qui zèbrent le ciel d’éclairs orangés. Will et Marcos ont tout interprété et réalisé sans l’apport d’aucun autre musicien. A eux deux, ils font un barouf d’enfer sur des rythmes extatiques portés par la basse qui claque et qui cingle, comme dans ‘What U Doing’, une sorte de titre-étalon du funky-blues dont ils sont un peu les dépositaires le temps de cet album, serti d’un solo d’harmonica presque baroque et d’une dentelle de guitare aux fines herbes à se pâmer. Plus loin, ils plongent dans les racines via un douze mesures ultra-classique, mais revisité, amplifié, comme soudé sous argon et cémenté à froid, avec un son saturé colossal qui nous laisse les bras ballants, le cœur en croix. Il y a aussi un boogie instrumental tranchant, des copeaux de rock’n’roll, quelques lancinances chères aux pionniers des juke joints, la voix soul de Will qui pleure tout là-haut, le Marine Band de Marcos qui se fait parfois faussement apoplexique. L’ensemble est jeté au monde dans l’urgence et le plaisir, avec une grinta hors du commun.
Max Mercier

Zac Harmon
Mississippi BarbQ

Genre musical: Blues-rock 
Label : Catfood Records
Distributeur :
Amazon, Spotify, CD Baby

Avec Mississippi BarbQ, Zac Harmon signe un album blues-rock à l'ancienne, carré et généreux. Il chante la déception amoureuse avec toute son âme, comme sur la très belle 'Smoke And Mirrors', qui narre l'histoire d'un homme éconduit par celle qui croyait l'aimer. Des chœurs et des cuivres l'accompagnent tout au long de l'album, notamment sur 'Desperate Love', un morceau riche et entraînant où les instruments et les voix s'accordent pour raconter la nuit de deux âmes solitaires destinées à ne pas s'aimer. Au final, plus qu'une simple invitation à passer un moment avec lui, le nouvel album de Zac Harmon prend des airs d'intimité, et ce dès la pochette. Le sourire aux lèvres, tenant un morceau de viande grillé à point et un tablier humoristique, Zac semble presque sortir de la jaquette pour en déposer un bout dans notre assiette. Il nous demande de lui passer un verre, il nous invite à nous assoir et à écouter ses histoires. Il nous parle de lui ('Lord Save Me from L.A.') et de nous-même ('Gyspsy Road'). Après 10 compositions, l'album se termine par une reprise de la célèbre 'Knocking On Heaven's Door' de Dylan, transformée par l'artiste au point de ressembler à l'un de ses propres morceaux. La voix de Zac y ressort plus que sur les autres, et l'on devine presque les sourires derrière chaque note.
Marion Braun