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été 20
Chroniques CD du mois Interview: JUNKYARD CREW Livres & Publications
Portrait: BLIND LEMON JEFFERSON Interview: MAINE IN HAVANA Portrait: ROBERT FRIPP
 


Dans cette rubrique, vous trouverez une sélection de CD choisis par l'équipe Blues Again.

NOVEMBRE 2014

Bud McMuffin with the McMuffin Family
Bud McMuffin with the McMuffin Family

Genre musical: Country Lo-fi
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur :
budmcmuffin.bandcamp.com

On démarre pied au plancher, grunge rural, relances enragées de bottleneck. Poursuit-on dans le blunk ? Non, on avance de surprise en surprise, dans des arrangements parfois étonnants. Un gospel nu mâtiné de country, touche Link Wray dans les cordes graves. Puis une mélodie aux pointes cajuns. Un titre plutôt folk. Un roulis d’orgue sixties sur un tapis toujours aussi terreux. Un riff aux poutres apparentes qui redonne partiellement le goût d’une hill country frénétique. Un titre old-time. Une très jolie ballade introspective. Encore de l’orgue entrelardé d’arpèges obsessionnels… Trois reprises. Le ‘Ramblin’ Man’ d’Hank Williams : Bud raconte, en quelques minutes, un film poignant avec trois fois rien, une harmonique obsessionnelle et un contrechant mandoliné. ‘Della’ de Loy Clingman, vieux nom recensé chez Rockabilly. Et ‘Lay Me Down Beside My Darling’ de Moon Mullican, « the king of the hillbilly piano players ». Le pseudo-Bud (en vérité, il est français) serait un homme-orchestre à l’œuvre depuis 2007. Sur cet album, il joue de toutes sortes d’instruments à cordes et de l’orgue, entouré d’un batteur-percussionniste (qui pratique aussi le « bac à ciment » et le piano de temps en temps), d’un violoncelliste, d’un slideur de lap-steel, plus deux trombones, une trompette, un tuba, un bugle et un saxo. Voilà. Un album remarquable, vif ou intimiste, qui libère une mélancolie brute mais délicate, ourdi dans les confins d’Angers. « L’album a été financé par une campagne de crowdfunding sur Kisskissbankbank. Le label Juvenile Delinquent, qui avait sorti le premier 45-tour de Bud McMuffin, nous a aidés. Côté distribution, on trouve l’album chez Born Bad à Paris, Mélomane à Nantes ou Rockin’ Bones à Rennes. La liste sera diffusée sur Facebook et le site internet en novembre. En attendant, il est à la vente sur bandcamp (mp3 et CD), et sur toutes les plateformes de streaming pour la version mp3. »
Christian Casoni

CW Stoneking
Gon' Boogaloo

Genre musical: Gospel, blues et proto-rock
Label : HOKUM RECORDS
Distributeur :
DIFFER-ANT

Le multi primé Jungle Blues de 2008 nous avait laissés dans les folles années 20. Sur ce nouvel album, l'Australien a rangé au grenier, banjo et National acoustique, avant de brancher sur l'électricité une Fender Jazzmaster (Firemist de 1965?). 2 micros à ruban branchés sur un Ampex 2 pistes, enregistrement live. Du coup, même si Christopher William nous amène vers les 50's, voir les 60's, on est très loin des productions Phil Spector! Sa musique garde la couleur sépia de ses précédentes réalisations. Même l'électricité est vintage, c'est pour dire! Une longue réflexion de 6 ans, 2 jours pour enregistrer, et nous voilà au cœur de gospels endiablés, de protorocks ('The Jungle Swing') de fond de caves hantées et enfumées. 'Mama Got The Blues', langoureusement orientale sur un je ne sais quoi de Jamaïcain. Le jazzy 'Goin' Back South'. Un truc de train fantôme, 'The Zombie'. 12 titres très différents dans les styles, et pourtant une unité dans la production. La touche Stoneking. Mais le plus impressionnant ici, c’est surtout le travail en live, la mise en place des choristes qui interviennent sur la plupart des chansons. Sexy et magnifiquement… magnifique !
Juan Marquez Léon

Doghouse Sam & his Magnatones
Knock, knock

Genre musical: Blues, rock et plus
Label : BLUES BOULEVARD
Distributeur : MUSIC AVENUE

Après Buddha Blue paru en 2012, voici le deuxième album de Doghouse Sam & his Magnatones. La prestation toujours très tonique nous plonge dans une atmosphère assez débridée. Le CD affiche 13 compositions originales avec une sonorité vintage et une griffe qui fait la différence. Le band, doté d’une incroyable énergie, nous propose un mélange de styles assez savoureux qui va du blues un peu rugueux au rock primitif en passant par un shuffle échevelé, une touche de country music ou un bon vieux rockabilly. Ce brassage des genres fait entendre des échos des clubs de Memphis ou du South side de Chicago ou encore des sonorités issues des fais-dodo de New Orleans. Tout est joué avec une grande ferveur et une certaine rapidité puisque le disque est bouclé en 35 minutes. Doghouse Sam, à la guitare et à l’harmonica, a une voix claire et plaisante, Jack O’Roonie à la contrebasse et Franky Gomez à la batterie et aux percussions assurent une rythmique d’enfer, et ça pète le feu à chaque titre. Les trois musiciens ont un bon feeling et font preuve d’une redoutable efficacité pour capter l’attention sans tarder. L’ensemble est très enlevé et interprété avec une dextérité incontestable.
Gilles Blampain

Eric Bibb
Blues people

Genre musical: Blues propret
Label : DIXIEFROG
Distributeur : HARMONIA MUNDI

J’ai un ami depuis toujours, fidèle, inamovible. On se voit 3 fois par an. Il lui arrive de porter des bretelles. Dans les bars, il paye avec des billets qu’il sort de son sac banane. Je l’apprécie suffisamment pour maintenir la relation. Mais dans le film de ma vie, il occupera toujours un second rôle. Le genre d’acteur dont le nom est affiché avec trois autres dans le générique (Avec Jean Tissier, Noël Roquevert et Eric Bibb). Artisan infatigable et sans relief, tout le monde l’aime, personne ne le met sur sa A List. Eric Bibb me fait penser à lui. Son nouvel album s’appelle Blues People. Son ambition est de rendre hommage à Martin Luther King, et au peuple Afro-américain, qui a inventé le blues. Comment ne pas être d’accord ? Taj Mahal vient faire un tour, il croise les Blind Boys of Alabama qui repartent. Plus de bon goût, ce serait trop. Un jour il a enregistré un album live, à Fip, évidemment. Télérama a adoré. Bon, que vaut cet album ? Il est magnifiquement joué, chanté, produit, enregistré. Du blues acoustique, un peu de gospel, de soul, de jazz, de musique africaine. C’est très agréable à écouter, et même à réécouter. ‘God’s Mojo’ c’est beau, ‘Chocolate Man’ c’est presque canaille. Eric c’est le Black Paolo Conte.
Cranberry Gordy

Howlin' Bill
Hungry 

Genre musical: Blues, rock'n'roll, boogie
Label : BLUES BOULEVARD
Distributeur : MUSIC AVENUE

Howlin’ Bill a les crocs mais c’est nous qui salivons devant la carte alléchante qu’il nous a préparé avec un grand savoir-faire et une réelle envie de partage. Le buffet propose 13 mets roboratifs qui raviront les amateurs. Nous avons droit à une sélection de recettes maison élaborées par le maître, assisté de Little Jimmy (guitare et chœur), Walkin’ Winne (basse) et Daddy T (batterie). Quant au service il est effectué en 55 minutes chrono. Little Jimmy, guitariste au jeu assez subtile, soutenu par une section rythmique sans faiblesse met bien en valeur la voix grave et chaleureuse d’Howlin’ Bill dont les envolées à l’harmonica sont des plus excitantes. Mélange savoureux de blues, de rock’n’roll, boogie et rockabilly cet enregistrement est de ceux qui mettent de bonne humeur et qui font penser que le retour aux fondamentaux a toujours quelque chose de réconfortant. Le band évite toute fioriture, va droit au but et fait mouche à chaque titre. C’est dynamique, enlevé, exaltant. Une prestation de qualité qui est mise en valeur par une production irréprochable. De facture moderne, mais parfois relookés fifties, les titres originaux soulignent l’incontestable talent du band et accrochent l’oreille dès la première écoute.
Gilles Blampain

In Volt
Big Fire 

Genre musical: Heavy blues
Label : BIG BEAT RECORDS
Distributeur : NAIVE

Deuxième rondelle pour le quartette de heavy blues, qui n’usurpe décidément pas son nom de charge. In Volt. Bien que construites avec soin (obligé : il faut bien contenir toute cette énergie), les douze batailles soniques de l’album ravagent les enceintes sans mystère : c’est du rock 70’s, avec un petit jabot et une dose mahousse de testostérone. Tout est de rigueur. Les amplis fument, la basse pilonne, la batterie roule à tombeau ouvert, les peaux explosent sous les rafales, la voix meule les plafonds sans trouver de perchoir à sa démesure, les shuffles sont titanesques, contrariés par des à-coups brutaux, les chorus s’extirpent de cette orgie et courent sur les têtes, toujours vifs malgré leur masse. Les joints sont si bien ajustés que la machine reste perpétuellement emballée sans perdre un nanobar de vapeur, grâce à l’osmose qui tient le groupe en formation serrée. Pourtant In Volt joue toujours frontal, voix, guitare, basse, batterie, tout le monde tabasse devant, mais chacun conduit pour les trois autres et monte des escaliers sous leurs semelles, dans une surenchère de courtes-échelles qui met les chansons au taquet de bout en bout. Les gimmicks mélodiques sont nets, forcément carrés. LA ballade de l’album, ‘Broken Wings’ (elle aussi de rigueur), montre, s’il en était besoin, que les chansons empruntent toujours des directions bien balisées. Enton Gauthier, Jérôme Gauthier, Pascal Agnetti et Sam Harrison ont enregistré Big Fire en France et au Canada, sous la férule du fameux Paul Deslauriers, puis ils ont choisi de graver, à la pointe blanche, un phénix sur le digipack noir, plus optimiste que le pitbull casqué de Mötörhead.
Christian Casoni

Jefferson Noizet
Tous ces mots 

Genre musical: Folk blues
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : jeffersonnoizet.com

Après un premier album en 2010, Carte De Visite, Jefferson Noizet nous propose un second CD bien dans la continuité de son premier opus. Une voix chaude et reposante, légèrement voilée sur des textes en français, des histoires de vies, de routes et des musiques qui donnent envie de les suivre. ‘Leila’ en est un exemple, elle levait le pouce du côté de Montpellier. Le premier titre ‘Plus De Monnaie’ dresse le portrait d'un errant dont le seul ami est son chien et qui, on le serait à moins, est mal dans sa peau. ‘Je Suis Country’ est le deuxième titre dans le quel Jefferson Noizet annonce clairement la couleur. Attention il ne s’agit pas de country mièvre avec chemises à paillettes. Non, non, Jefferson est un homme de goût. Ses hommes de main sont triés sur le volet. Greg Lamazères tient de manière remarquable son ruine babines ainsi que le dobro, Michel Vergine, c'est les guitares, Guy Dargent, c'est la contrebasse et le cornet comme dans l'excellent ‘Honky Tonk Blues’ et Alain Bel la batterie et les percussions. J.N. outre chanter, ne lâche pas le manche de guitare, d'ailleurs il veut finir son chemin avec ‘Ma Guitare A La Main’. Il ressort de l'écoute de ce CD une impression de sérénité, de plénitude de bien-être, spécialement en écoutant ‘La Colline Aux Mimosas’.
César

Joanne Shaw Taylor
The dirty truth 

Genre musical: Blues & rock & soul
Label : AXEHOUSE RECORDS
Distributeur : LA BALEINE

Pour commencer la fille passe sa jeunesse à écumer les rades de Birmingham accrochée au manche de sa Fender. Forcément, avec sa dextérité et sa niaque hors norme, elle franchit vite les paliers : bingo, Ruf Records lui offre un contrat pour son vingt-troisième anniversaire ! Cinq ans, quatre disques et deux British Blues Awards plus tard, la voilà qui déboule en force dans les bacs avec The Dirty Truth enregistré à Memphis et produit par Jim Gaines, son mentor originel. Retour sur les points cardinaux au fil des dix compositions qui alimentent cette œuvre : le son est trapu, quasi-lourd quand la saturation s’en mêle, cémenté à chaud dans les braises du rock’n’roll sans jamais oublier la torture du blues, les textes colorés, les mélodies accrocheuses et la sensibilité à fleur de cœur. Joanne Shaw Taylor bâtit des morceaux qui mettent en valeur sa voix brûlante de soul, presque noire sur les inflexions finales, et son ébouriffante maîtrise de l’électricité. Ses soli entaillent les veines, rehaussés par des arrangements inventifs et délicats, un monster beat à la Popovic, le choix de l’orgue en toile de fond ainsi que des chœurs féminins sur quelques refrains. L’ensemble est mélodieux, facile à fredonner. Accordons une mention spéciale aux pièces d’inspiration hendrixienne, notamment ‘Tried, Tested and True’ dans laquelle le chant de velours enlace la guitare sans cesse retenue, une forme de résurrection langoureusement pulsée du mythe ‘Little Wing’… Joanne emprunte les chemins de traverse du blues-rock en les parant des émois qui habillent la vie. A ce titre le premier morceau de l’album est bien nommé : ‘Mud, Honey’. Boue, Miel. Tout est dit.
Max Mercier

Larry Garner & Michael Van Merwyk
Upclose and personal

Genre musical: Blues !
Label : DIXIEFROG
Distributeur : HARMONIA MUNDI

Ils sont trois amis : le guitariste chanteur Larry Garner (bluesman de Baton Rouge), et deux Allemands, Michael Van Merwyk (chant, guitare, Weissenborn) et Jochen Bens (basse électrique). La scène se passe à Gütersloh, en Allemagne, dans les studios Claus Grabke. Ils ont ouvert au public pour un concert acoustique, enregistré en vue d’un « album live-in-the studio », comme l’écrit l’auteur de la feuille de présentation. La moitié des titres est signée Larry Garner, l’autre moitié, Michael Van Merwyk. Il y a un petit supplément : le ‘Mojo Hand’ de Lightnin’ Hopkins. On a donc une veillée sympa au coin de la console, et de bonnes connivences avec un public restreint, limité par l’exigüité des lieux. Les deux héros de la soirée (le bassiste n’intervient pas) communiquent, se marrent mais ne cabotinent jamais, ce qu’ils pourraient être tentés de faire, les chansons étant une série de tranches de vie que raconte, tour à tour, chacun des chanteurs. Ils ne se laissent pas non plus gagner par le folk, même si Van Merwyk a un jeu brodant qui s’y prêterait plus volontiers. N’empêche, le sommet du gig sera l’une de ses ballades, ‘Ease My Pain’. Il s’agit bien d’un concert de blues, deux guitares s’épousant avec pudeur et sobriété dans l’ondulation des cordes basses. Les voix n’ont pas besoin de forcer, et cette économie libère une grosse énergie. Larry Garner aurait un style de blues plus traditionnel, quand Van Merwyk serait davantage porté sur l’harmonie. C’est aussi le concert d’un trio. Garner et Van Merwyk ne viennent pas faire showcase chacun pour sa pomme. Le parterre d’invités joue presque le rôle du deuxième sideman. Deux guitares sèches, une basse, deux voix, des tranches de vie, un petit public à portée d’haleine, un ingénieur du son qui coffre l’instant pour en faire un disque… Le résultat ne peut être qu’un beau moment de sympathies réciproques.
Christian Casoni

Les chics types
Live au millenium

Genre musical: Pop blues
Label : BLUESIAC
Distributeur : www.leschicstypes.fr

Nos Chics Types, sur disque, ont pour la première fois de leur carrière, revêtus leurs habits de scène. Et je dis  que c'est du taillé sur mesure. Enregistré le 30 mars 2012 au Millénium de l'Isle d'Abeau dans le 3-8, les Isérois, dans leurs costards, se dévoilent enfin à nos oreilles (pour ceux qui n'ont pas l'occasion de les voir en live) à travers une production qui tombe pile bien sur nos grolles. Et l'on ne cesse de les agiter dans nos salons en écoutant ce disque. L'étoffe nerveuse des 2 guitares, Christian Biral (la voix aussi) et Philippe Crova contraste bien avec ce chant aux textes sensibles et tendrement ironiques. Je peux même dire que c'est là que se situe le charme de leur pop blues. Tout d'abord des reprises de leur livre-disque Alabama Blues de l'an dernier. Ceux-ci passent vraiment bien sur la scène du Millénium. Une rythmique (le batteur Jean Yves Demure et le bassiste Cédric Vernet) qui assure groovement le défilé de compos et de reprises diverses, Téléphone (un ‘Hygiaphone’ très blues) U2 (!), The Beatles, un medley Lio très rock (!!!), John Fogerty ; que des top modèles en somme!
Zont tout nikavé dans le club, et le public présent ce soir-là ne s'y est pas trompé.
Juan Marquez Léon

Mighty Mo Rogers
A mississippi blues tale - Mud'n blood

Genre musical: Blues odyssey
Label : DIXIEFROG
Distributeur : HARMONIA MUNDI

Ce disque n’est pas de ceux qui s’écoutent d’une oreille distraite. C’est un long poème épique,  à la fois triste, poignant mais aussi joyeux, car le blues est tout cela à la fois. Mighty Mo Rodgers poursuit son voyage au cœur du blues, entrepris il y a plusieurs années déjà, porté par une chronique familiale au lourd passé. Il nous plonge dans l’histoire de l’état du Mississippi. Histoire bien sombre de cette Amérique sudiste bâtie sur l’esclavage, le lynchage, la ségrégation. Une histoire faite de boue et de sang (Mud And Blood). Mighty Mo Rodgers évoque la souffrance d’un peuple dont l’infortune était d’avoir la peau noire. Des hommes, des femmes, des enfants sans aucun droit qui ont chassé les ténèbres dans lesquelles ils étaient plongés en créant une musique dont la portée est devenue universelle. Une musique née dans le cœur et la tête d’êtres sans éducation mais qui allait changer la donne en traversant les époques, les ethnies et les classes sociales. Cette odyssée se déroule en plusieurs chansons ou saynètes de courtes durées allant du côté sombre vers la lumière et les rêves. Sont évoqués les mythes du blues à travers le Diable, les chain gangs, la highway 61, les juke joints… Accompagné par un band de qualité, Mo Rodgers dont la voix est toujours aussi prenante a une fois encore abordé son sujet avec beaucoup de finesse et d’intelligence. Le CD est accompagné d’un très beau livret.
Gilles Blampain

Plug and Play
Times

Genre musical: blues-rock sudiste
Label : QUART DE LUNE
Distributeur : SOCADISC

Branche et Joue, ce n’est pas plus compliqué. C’est le nom qu’à trouvé ce groupe français de Troyes formé en 1999 dont le créneau est le rock sudiste au sens large. Cet album est le cinquième que propose ce vaillant quintette qui a ouvert pour des formations comme Little Caesar, Point Blank, Koritni, Jesus Volt, Jason and the Scorchers et biens d’autres. Après présentation du groupe, on regarde la pochette du digipack avec une photo en noir et blanc (livret à l’intérieur) qui semble évoquer un détail d’une écurie. Justement, quand on écoute la musique de Plug and Play, on peut penser au Percheron au pas lourd et sûr qui ne dévie pas d’un poil sa trajectoire, a l’image du duo basse batterie (Eric Varache – Julien Boisseau). Les deux guitaristes (Christophe Andrieu et Alan Sugar) seraient plutôt les purs sangs grâce à leur vélocité, le médiator en alerte. D’habitude dans ce genre de formation, le chanteur trouve le moyen de pousser quelques cris déchirant l’espace. Fred Randrianasolo, l’étalon du band est plutôt calme et posé mais avec du coffre. On a l’impression qu’il pourrait chanter quelques heures sans fatiguer. Donc, pas de violence, mais du costaud avec un son des seventies. Un groupe à suivre la crinière au vent.
César

Steve Strongman
Let me prove it to you

Genre musical: Blues musclé
Label : DELMARK
Distributeur :
SOCADISC

Allez, on va faire un tour du côté du Canada, en Ontario. C’est de là qu’est originaire l’homme fort de cette rubrique. Guitariste, chanteur, mais aussi tâtant de l’harmonica, il fut lauréat de trois prix Maple blues (guitariste, album et auteur compositeur de l’année 2013) Cet album était acoustique. Pour cette nouvelle sortie le courant est passé par là  et c’est un album bien électrique et dynamique auquel nous avons à faire. Le rock n’est pas loin et par moment quelques effluves pop sont présentes, voire même quelques inspirations très légèrement countrysantes et son grand talent de compositeur fait le reste avec des breaks, des accélérations, des titres qui donnent envie de bouger. Le groupe est à la hauteur des qualités guitaristiques du chef.  Dave King et Adam Warner se partagent la batterie, Alec Fraser, Mark McIntyre et Marc Rogers la basse, Jesse O’Brien est au piano et sur un titre, l’harmoniciste québécois Guy Bélanger est invité à poser ses partitions virevoltantes. Avec ou sans bottleneck, du début à la fin de ce CD, monsieur Strongman fait causer le médiator de telle manière que cet album pourrait bien lui donner un second prix Juno pour être le meilleur album de l’année. Affaire à suivre.
César

Taboo
Allumer la lumière

Genre musical: pop-rock, blues-rock
Label : RNB / Makatia
Distributeur :

JV Prod (La Réunion), YouTube, Deezer…

C’est comme revenir à la variété pop-rock des années 90, qui fut la main offensive de la nouvelle chanson française, la candeur retrouvée après l’âge de glace, plus l’expérience d’aujourd’hui, la somme des erreurs à ne pas commettre, et la juste dose d’Amérique qui fait swinguer la machine sans donner le sentiment d’une allégeance. Des chansons magistralement enlevées, des mélodies fluides et bien définies, un guitariste formidable qui a, justement, la mélodie dans les doigts et réussit à nous faire croire que courir les six cordes, c’est du gâteau, une voix claire et ailée, un album impeccable qui se réfracte en blues-rock (‘Oh Baby It’s Alright’) – l’identité stylistique que revendique le groupe – en heavy blues (‘Love Reign Over Me’), en country pop (‘Allumer La Lumière’) ou en rock endiablé (‘Tu As Gagné’), sans perdre une once d’unité, le chant tenant ce chapelet avec maestria. Taboo sort son troisième album, écrit moitié français, moitié anglais. Et d’où sont-ils ? De l’île de La Réunion. Ils s’appellent : Thierry About (chant, guitare), Pierre Bigot (guitare), Gérard Chottard (guitare et claviers), Bertrand Coulon (basse) et Pascal Mialaines (batterie). Ils ont ouvert pour Maceo Parker, Lucky Peterson ou Aston Villa. Et le moins qu’on puisse en dire, c’est qu’ils savent écrire des refrains !
Christian Casoni

Willie West
Lost soul

Genre musical: Soul soft
Label : TIMMION
Distributeur : DIFFER-ANT

Né à Raceland, petite bourgade de Louisiane, Willie West fait son premier enregistrement en 1959 avec les Meters, il revient dans les charts au milieu des années 1970 avec de nombreux singles produits par Allen Toussaint, mais le succès n’est jamais vraiment au rendez-vous. Lost Soul pourrait bien être l’enregistrement qui lui donne enfin à 72 ans une reconnaissance plus large. Enregistré à Helsinki avec The High Society Brothers, groupe composé de pointures de la scène funk finlandaise, l’album présente 9 titres. L’ambiance générale est feutrée ; c’est une soul moelleuse qui se fait entendre. Willie West, voix de velours, chante en demi-teinte, on est dans le registre crooner pur jus. C’est chaud, plein de bonnes vibrations avec un feeling à fleur de peau. La qualité émotive de l’interprétation dégage par moments une certaine mélancolie soulignée par une section de cuivres qui joue tout en retenue et des nappes d’orgues voluptueuses qui donnent du satiné à l’ensemble. Loin des formules rabâchées Willie West impose sa marque pour délivrer une soul music au son unique. Il émane une certaine grâce de ce disque dont l’atmosphère légèrement éthérée invite au recueillement et on se laisse bercer avec plaisir d’un titre à l’autre.
Gilles Blampain