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10/20
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Portrait: W.C HANDY Interview: lee o'nell blues gang Dossier: FENDER STRATOCASTER
 


Dans cette rubrique, vous trouverez une sélection de CD choisis par l'équipe Blues Again.

NOVEMBRE 2012

Bob Brozman
Fire in the mind

Genre musical: World Blues
Compositions: 11 sur 11
Livret : Digipack triptyque
Label : RUF
Distributeur : SOCADISC

Guitariste hors-normes, amateur de blues, de calypso, de musique hawaïenne ; trublion inclassable, Bob Brozman s’empare également de la mandoline, de la guitare ténor, du cello-banjo, du bouzouki ou encore du ukulele. Visiblement tout instrument à cordes l’intéresse. Qu’il joue en picking ou en slide, blues, ragtime, boogie ou autre il est toujours brillant. Bob Brozman sait que ses références en matière musicale, de Charley Patton à Tau Moe et Sol Hoopii, ont non seulement appris de leurs prédéceseurs, mais qu’ils se sont aussi intéressés à d’autres types de musique en dehors de leurs cultures pour aller de l’avant. Il a fait sien ce précepte. Pour lui la musique est donc une quête sans fin, et il a, grâce à ses voyages à travers le monde, assimilé les rythmes de contrées bien éloignées de son Amérique natale. Il jongle d’un style à l’autre avec une parfaite maîtrise et une téelle décontraction. C’est ainsi que sur cet enregistrement il nous entraîne à la Réunion en interprétant un titre en créole (les langues sont son autre pôle d’intérêt), autre part après le sega, c’est un écho de swing manouche qui s’invite dans le blues. Les rythmes s’entrechoquent, les cordes répondent aux percussions, les sens sont en ébullition et l’esprit prend feu, justifiant ainsi le titre de l’abum.
Gilles Blampain 

Elvis Presley
And the American music heritage 1954-1958

Genre musical: Country, Rock'N'Roll,Blues, Rockabilly
Compositions: versions originales + versions Elvis
Livret : Documenté
Label : FREMEAUX & ASSOCIES
Distributeur :
SOCADISC

Fremeaux, véritable mine d'or pour mélomanes, nous offre un éclairage sur l'œuvre d’Elvis, inventeur du rockabilly (le rock & roll étant déjà présent auparavant). Grâce à la vision de Sam Phillips (son premier producteur chez Sun Records), le Pelvis a déchiré le rideau de la ségrégation dans un sud profondément raciste à l'époque. Ce coffret propose une ou deux versions précédant celle d'Elvis, à l'instar de ‘Good Rockin' Tonight’ (version Roy Brown, version Wynonie Harris, puis version Elvis). Le livret explicatif est signé Bruno Blum. La question centrale, en forme de problématique, qui donne toute la cohérence à cette sélection de chansons est : Elvis Presley est-il un coupable pilleur de la culture de la communauté noire Américaine ? La réponse est à découvrir en feuilletant le livret et en écoutant ces 3 CDs. Un coffret pour tous les amateurs de musique populaire américaine.
Nicolas Miliani

Leo Hull
Bootleggin' the blues

Genre musical: Texas Blues
Compositions: 9 sur 9
Livret : Pas vu
Label : AUTOPRODUCRTION
Distributeur : CDBABY

Il semblerait que ce soit le quatrième album de ce Texan d’adoption, chanteur, guitariste, qui d’entrée de jeu vous assène un ‘Bootleggin’ The Blues’ qui balance comme du Jerry Lee Lewis grâce à son phrasé et à l’accompagnement où le piano à la part belle. Il y a d’ailleurs un côté rock indéniable dans sa musique. Tiens, écoute  par exemple ‘Road Hard’, toujours cette voix déchirante, le rythme essoufflant et la guitare bavarde pour lui répondre. Il n’y a pour ainsi dire qu’un morceau lent, mais intense ‘Between You And Me‘. C’est dans cette chanson qu’il déclare: “If you ain’t played the blues in Texas, then son, you ain’t played the blues”. Certains titres sont agrémentés de chorus de saxophone comme ‘Blowtorch Baby’, envoutant. Sur ‘Whiskey And Women’, c’est la slide qui se partage l’histoire avec le piano, toujours sur un rythme qui ne dévie pas de sa route d’un iota. Le duo basse batterie remplit son rôle à merveille ce qui fait que du début à la fin de cet album, le pied bat la mesure ou bien la tête balance (c’est vous qui voyez selon vos habitudes). En tout cas, c’est du Texan de première bourre auquel on a affaire. Je n’aime pas, j’adore.
César

Pokey Lafarge
Live in Holland

Genre musical: Country, Hillbilly, Bluegrass, Werstern swing, Old time
Compositions: 11 sur 14
Livret : Beau
Label : CONTINENTAL RECORDS
Distributeur : SOCADISC

On appelle cet éventail de styles du western swing. Mais ici, c'est juste un petit western entre copains, puisque Pokey et ses trois fier-à-bras du Missouri ne sont pas chaperonnés par un bataillon d'archets frétillants et de gosiers cuivrés (qui font quand même la spécificité du genre). Sans le tintamarre d'un big band, les dessous de cette swinguette ressortent avantageusement : du ragtime, du bluegrass et même un vaudeville promenant des accents mélodiques qui semblent venir d'Europe centrale. On dit western swing, on dit parfois old time, on dirait tout aussi bien rockabilly primitif ou jazz agricole. Pokey LaFarge, cet élégant jeune homme calamistré comme un gentleman sudiste, a une voix vintage, vibrante et flûtée. Son jeu de guitare et celui de la seconde guitare (Adam Hoskins) sont tout aussi vintage. Leurs solos chantonnent comme les solos des premiers as, George Barnes, Lonnie Johnson ou Eddie Lang, des solos cahoteux et rivetés au pouce, dont l'allégresse est attisée par ces roulements manouches, quand ils se mettent à dépoussiérer leurs caisses. Et le solde du South City Three, Ryan Koenig (harmo) et Joey Glynn (contrebasse), ne démérite pas non plus. Voici leur sixième tour d'électrophone, enregistré sur la scène du Paradisio, à Amsterdam. Une seule bouffée de mélancolie dans cette fantasia ('Cairo, Illinois'). L'orphéon sait exactement où il va et il s'y entend pour dompter la foule, qu'il maintient en incandescence tout au long du concert, et fait exulter selon son bon vouloir. Pokey se défend de jouer une musique rétro. C'est bien de cultiver le paradoxe, Pokey, ça pose un peu de bois sur le bout de la langue !
Christian Casoni

Skinny Molly
Haywire riot

Genre musical: Rock sudiste
Compositions: 11 sur 11
Livret : Basique
Label : RUF
Distributeur :
SOCADISC

Le rock sudiste c’est tout un état d’esprit, c’est une musique tout autant qu’une façon de boire et de porter son chapeau. Et là on est servi, c’est du lourd ! Ce n’est ni de la dentelle ni du pont de croix, c’est bien du southern rock. Ce CD nous laisse entendre un gros son (rock, bien sûr) avec évidemment une teinte de blues et des volutes de country, des guitares rageuses et les thèmes récurrents du genre. Pour preuve, quelques titres au hasard : ‘Devil In The Bottle’, ‘Two Good Wheels’, ‘To Bad To Be True’, ‘Shut Up And Rock’, le diable, l’alcool, les grosses cylindrées… sans oublier les filles. La production est soignée. Skinny Molly nous offre une très bonne qualité sonore, avec un chant râpeux, toute une palette de guitares aux riffs brûlants, et en prime une section rythmique omniprésente. Mais dans cette Insurrection Déjantée (Haywire Riot) il y a aussi une ballade (‘None Of Me No More’). Tous les titres sont signés par Mike Estes (chant, guitare). L’ensemble a été enregistré, mixé et masterisé en Alabama et au Tennessee. C’est puissant, efficace et sans autre prétention que de séduire l’amateur du genre qui se retrouvera en terrain connu.
Gilles Blampain

Voodoo in America
Blues, jazz, rhythm & blues, calypso (1926-1961)

 

Genre musical: Blues, jazz, rhythm & blues, calypso
Compositions: 40 sur 40
Livret : Documenté
Label : FREMEAUX & ASSOCIES
Distributeur : SOCADISC

Comme toujours chez Fremeaux, le livret documenté nous éclaire sur le vaudou, ses origines, ses ramifications. En réaction au cadre rigoriste du protestantisme Américain, au racisme et à la ségrégation, le voodoo, porte fantasmée vers l’Afrique, ou douce hérésie érotique, devient un exutoire pour les musiciens afro-américains, en quête de racines et d’identités. Patrick Fremeaux pose le cadre de cette compilation qui nous offre toute l’Afro-Créolité des musiques américaines. Du blues de Robert Johnson, Muddy Waters, Lightnin Hopkins, au jazz d’Art Blakey, au calypso de Blind Blake & The Royal Victorian Hotel Calypso Orchestra (‘Spirit Rum’), jusqu’au morceau de bravoure, mixture swamp du sorcier hurlant Screamin’ Jay Hawkins, ‘Alligator Wine’ point d’orgue de cette compilation qui devrait trouver une place de choix chez tous les amoureux de musique, sorciers ou non. Félicitations à Bruno Blum pour le livret et les références.
Nicolas Miliani

ZZ TOP
La Futura

Genre musical: Boogie-Rock
Compositions: 10 sur 10
Livret : Mieux que bien
Label : AMERICAN RECORDING
Distributeur : MERCURY

Les vieilles stars sont un peu comme ces monuments aux morts, meublant le décor depuis si longtemps qu’on n’y fait plus trop gaffe. Mais intitule-t-on impunément son quinzième album La Futura, quand on a admis qu'on était allé pêcher son second souffle dans l’eau du baptême ? ZZ Top l'a longuement gambergé, ce faux péché de jeunesse, il n'a dès lors plus d'excuses. L'instruction est close, le procès peut commencer… qui se conclura fatalement par un non-lieu. Les aficionados jappent de bonheur et, fatalement, les détracteurs brocardent un groupe qui recopie sans complexe les riffs et les arpèges du temps de son invincibilité, ‘Got Cold After Rain Fell’, ‘Give Me All Your Lovin’ ’, ‘Tush’ ou ‘Rough Boy’. Mais ZZ Top a-t-il jamais joué autre chose ? En fait de futur, Gibbons a prié Rick Rubin, vieille connaissance du groupe, de remettre au goût du jour les fastes d'antan. Ruptures inattendues, apesanteurs brutales en plein cœur de chauffe, blues rock travaillé comme du hip-hop, fins de chanson systématiquement abruptes comme si les plombs venaient de sauter dans le studio, Rubin, coproducteur, donne une plastique barbare à ces boogies lents, lourds et musculeux. ZZ Top s'offre peut-être une cure de jouvence à la console mais, intrinsèquement, le groupe ne bouge pas. Toujours ces crampes de rock à la simplicité feinte, qui dissimule une grande finesse. Toujours ces gros crunch de guitare, ces chouettes re-re de voix, de solos économes et grinçants. Et ce comeback, qui passe encore et toujours par MTV, vieux futur stagnant. La preuve ? Deux ou trois laxatifs étudiés pour comme ‘I Don't Wanna Lose, Lose, You’.
Christian Casoni