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11/20
Chroniques CD du mois Interview: FRED CHAPELLIER Livres & Publications
Portrait: T-MODEL FORD Interview: DOC LOU Dossier: PEDALE WAH-WAH
 


Dans cette rubrique, vous trouverez une sélection de CD choisis par l'équipe Blues Again.

OCTOBRE 2020

Andres Roots
Tartu Lockdown (The House Arrest EPs)

Genre musical: Blues confiné   
Label : Roots Art records
Distributeur :
andresroots.bandcamp.com/merch

Andres Roots, ce slideur de génie est un habitué de nos chroniques, basé je le rappelle, à Tartu - Estonie. Son dernier CD, qui est un instrumental, date du début de cette année et, ho surprise ! un autre nous arrive quelques mois après. La covid 19 est passée par là et le confinement, les dates annulées ont donné l’occasion à l’artiste de se laisser pousser la barbe, les cheveux et surtout de laisser libre cours à son imagination pour créer et sortir trois EP’s en version digitale (House Arrest vols 1,2 et 3). La bonne idée, c’est que ces trois EP’s sont réunis au sein de ce CD physique Tartu Lockdown. Il eut été dommage de passer à côté. C’est du cash, pas de re-recording, pas de bricolages. Jamais artiste n’a aussi bien porté son nom, c’est du Roots avec, rassurez-vous, du bon son que ce soit avec une, trois ou six cordes les instruments utilisés sont listés sur la jaquette du digipack. Sa rivière, n’est pas le Mississippi, mais l’Emajõgi ce qui ne fait aucune différence au niveau du blues, ce type est un véritable bluesman qui plus est, se bonifie avec le temps, comme un vieux Bordeaux. Il en ressort mille sensations en restant simple. C’est le Roots Art. A découvrir absolument si vous ne le connaissez pas encore.
César

Bette Smith
The Good The Bad and The Bette

Genre musical: Soul-rock
Label : RUF
Distributeur :
SOCADISC     

Bette Smith, native de Brooklyn, a sorti son premier album, Jetlagger en 2017. Elle revient avec cette nouvelle production faite de compositions originales et de reprises avec un excellent groove et une performance vocale énergique. Avec un son accrocheur et un chant rauque et puissant Bette Smith injecte de la soul music dans le rock et ça pète le feu. Si le titre du CD renvoie à la trilogie de Sergio Leone et si la première chanson s’intitule ‘Fistful Of Dollars’ le western n’est pas pour autant le fil conducteur et Bette Smith explique : « Le message de l'album est une histoire vue à travers les yeux d'un enfant, puis d'un adulte, qui porte encore ses cicatrices de l'enfance, mais il y a aussi l'espoir, la force et l'optimisme pour l'avenir. Souvent, les gens pensent que je suis pleine d’assurance et forte, mais ils ne savent pas que j'ai fait face à de nombreux obstacles et traumatismes et que je me suis battue pour les surmonter ». Chanteuse plus que convaincante, dans la lignée des grandes interprètes comme Etta James, Tina Turner ou Koko Taylor, elle est entourée d’un band excellent qui brille d’un bel éclat aux accents fortement cuivrés. Un grand souffle parcourt cette production grâce à l’alliance du feeling et de la puissance.
Gilles Blampain

Elvin Bishop & Charlie Musselwhite
100 Years of Blues

Genre musical: Blues incontestable
Label : ALLIGATOR
Distributeur :
SOCADISC     

Bishop et Musselwhite ne sont pas des perdreaux de l’année. Ils ont dépassé les 75 ans et ces 100 ans de blues soulignent qu’ils ont plus de 50 ans de carrière chacun au compteur. Mais la flamme brûle toujours en eux. Tous deux ont fait leurs débuts à l’aube des années 1960 dans le South Side de Chicago. Elvin Bishop, venu de l'Oklahoma, s'est lié d'amitié et a suivi l’enseignement du guitariste Little Smokey Smothers. Charlie Musselwhite, arrivé de Memphis, a eu comme mentors des concitoyens du Delta, Big Joe Williams et le maître de l'harmonica Big Walter Horton. Bien que jeunes blancs et nouveaux venus, ils ont été acceptés par le public noir et par les musiciens établis parce qu'ils étaient, ‘de chez eux’, et parce qu'ils jouaient le blues avec un vrai feeling. Comme l'explique Musselwhite, « C’était formidable la façon dont Elvin et moi avons été non seulement accueillis mais aussi encouragés par les géants du blues de l'époque. Quand je suis arrivé à Chicago, je me contentais de traîner, de faire des rencontres et écouter du blues, mais quand Muddy Waters a découvert que je jouais de l'harmonica, il a insisté pour que je le rejoigne. Cela a tout changé, parce que d'autres musiciens m'ont entendu et ont commencé à me proposer des concerts ». Ils ont chacun par la suite développé leur propre style, Charlie Musselwhite incorporant des éléments jazz et latinos dans son jeu d’harmonica, et Elvin Bishop en mêlant rock et country au blues. Cet enregistrement est donc comme un hommage aux grands maîtres qui les ont accueillis et leur ont passé le flambeau. Pétris de leur profonde compréhension de la tradition du blues Elvin Bishop et Charlie Musselwhite ont gravé un album des plus remarquables. Musicalité subtile, émotion authentique et chaleur des voix imprègnent chaque chanson.
Gilles Blampain

Eric Ter
Hérétique

Genre musical: C'est là que ça ce gâte !
Label : CHIC PARISIEN
Distributeur :
MUSEA     

Ce dixième album est une sorte d’aboutissement, le sacre d’une évolution entamée il y a belle lurette maintenant. Jamais sa patte n’avait sonné avec autant de finesse et d’originalité. Pas un bend, pas une phrase qui n’exprime une personnalité exclusive, une pudeur à la limite du secret, un certain dandysme dans l’exigence et une énorme retenue. Car Eric Ter est un très grand guitariste. Il se garde de tout exhibitionnisme, n’inaugure pas vraiment une nouvelle façon d’épancher une planche à six cordes, mais les lignes qu’il trace ne sont pas le lot du commun des gratteux. Son style est indéfinissable et les références qui viennent à l’esprit spontanément, pas nombreuses. Disons… JJ Cale dont il reprend ‘She’s In Love’, le seul texte de cet album qui soit chanté en anglais, la seule cover du disque. Eric Ter renoue depuis quelques temps avec sa langue maternelle, mots courts, phrases lapidaires, débit aussi chaloupé que sa main droite, une autre réussite. La trajectoire de ses chansons a toujours été cryptique, un rock au funk discret, une intimité velvétienne … Ce serait du rock de grandes personnes, « direct, basique, impulsif et sensuel », comme il le qualifie, plus parlé que chanté, davantage tourné vers le groove que vers la mélodie, par opposition à un rock juvénile fait de riffs clairement échantillonnés et de solos héroïques. Le miracle de cet album est d’être à la fois classique et unique. Refus de l’émotivité ? Recherche de la froideur ? « Recherche ? Jamais. Je ne copie personne, je ne relève d’aucune tradition, je ne cherche même pas l’originalité. Ça sort comme ça, naturellement. Il y a beaucoup de choses que je n’ai pas, une belle voix par exemple, mais une patte originale, oui, je crois que j’ai. » Ne croyez pas Eric Ter quand il dénigre sa voix grave et sablée. Il ne la laisse pas chanter, c’est tout. Hérétique, cet humble petit chef d’œuvre, reflète plus que jamais le musicien singulier qu’il est devenu. Avec lui : Hélène Le Roux à la basse, plaçant aussi quelques voix étonnantes, Buddy Boy SK à la batterie et aux percus, et Milena Cavalan qui a illustré la pochette. Elle a aussi son importance.
Christian Casoni

Fleetwood Mac
1969 To 1974

Genre musical: Blues-rock
Label : REPRISE
Distributeur :
WARNER RECORDS     

Le hasard fait curieusement les choses. Alors que Peter Green nous quittait le 25 juillet, Fleetwood Mac annonçait quelques semaines auparavant la sortie d'un coffret réunissant ses albums de la période « perdue », soit ceux des années 1969-1974. Le premier d'entre eux est le superbe Then Play On, premier album chez Reprise, et dernier avec Peter Green aux commandes, qui partira en mai 1970. Le blues-rock originel laisse la place à une musique plus audacieuse faisant la part belle aux mélodies et aux improvisations de Green et de son jeune protégé Danny Kirwan. Le départ de Green décapite Fleetwood Mac, qui pour se renforcer, recrute la femme du bassiste John MacVie, Christine MacVie, ancienne pianiste et chanteuse au sein de Chicken Shack. Kiln House est le nom de la maison dans laquelle les musiciens et leurs familles vivent désormais en communauté, mais aussi celui du premier album post-Green. On retrouve les teintes blues du précédent disque, avec une empreinte mélodique affirmée, fruit de la créativité de Danny Kirwan. Mais nouveau rebondissement : en pleine tournée américaine, Jeremy Spencer, l'autre guitariste-chanteur fondateur de Fleetwood Mac rejoint une secte. Il est remplacé sur le pouce par Peter Green à l'insistance du batteur et désormais leader Mick Fleetwood. La tournée sera une sorte de cauchemar, Green refusant de chanter ses vieux classiques, et ne joue aucun solo, les laissant à la seule charge de Kirwan, pétrifié de trac depuis toujours. Il accepte de s'impliquer un peu plus sur de longues improvisations de plus de quarante minutes, les musiciens ne sachant pas ce qu'ils vont jouer d'une minute à l'autre. Green repart ensuite, et un guitariste américain est recruté : Bob Welch. Plus en phase musicalement avec Kirwan, Fleetwood Mac s'éloigne encore du blues pour évoluer vers un rock mélodieux, étrange mixture de blues-rock anglais, de folk, et de psychédélie. Future Games et Bare Trees sont de belles réussites, où brillent les talents d'écriture de Kirwan, Welch, mais aussi Christine MacVie, de plus en plus impliquée, et au style musical très reconnaissable, autant que sa voix profonde. Un nouveau coup de théâtre retentit, lorsque Mick Fleetwood finit par virer Danny Kirwan en 1972. Devenu exécrable à cause de sa consommation d'alcool, Fleetwood était le dernier à encore pouvoir supporter ses humeurs. Le guitariste Bob Weston et le chanteur Dave Walker, ex-Savoy Brown, sont recrutés pour renforcer l'équipage. Penguin sort en 1973, avec le morceau ‘Night Watch’ sur lequel figure Peter Green. Walker s'en va peu de temps après, et la même année sort l'excellent Mystery To Me, sur lequel s'affirme réellement Bob Welch, avec notamment le superbe ‘Hypnotized’. Weston est bientôt viré après avoir fricoté avec la femme de Mick Fleetwood, et Fleetwood Mac se retrouve en quatuor.
Le succès se confirme à chaque disque aux USA, et les tournées se succèdent. Le Mac décide de faire une pause, mais leur manager Clifford Davis ne l'entend pas de cette oreille, et monte un faux Fleetwood Mac pour tourner, le futur groupe de hard-rock anglais Stretch. La supercherie est découverte rapidement grâce aux roadies, et Davis est viré. Le Mac s'installe aux USA, et enregistre le très bon Heroes Are Hard To Find en 1974, où brillent littéralement les talents de Welch et Christine MacVie. La tournée qui suit sera un grand succès, et s'achève le 5 décembre 1974. Le 15 décembre, le groupe accepte une session pour la radio KSAN de San Francisco au studio Record Plant de Sausalito. Longtemps disponible en bootleg, il est enfin disponible en qualité optimale dans ce coffret. Fleetwood Mac y est brillant, à commencer par Bob Welch, véritable leader. Ses mélodies vaporeuses ondulent dans l'air, et ses chorus sont exceptionnels sur ‘Angel’, ‘Bermuda Triangle’, et ‘Hypnotized’. L'homme s'affirme également comme un superbe successeur de Peter Green lorsqu'ils jouent les vieux classiques : ‘The Green Manalishi’, ‘Black Magic Woman/Oh Well’. Il ne faut pas non plus mésestimer le rôle capital de Christine MacVie, qui distille son jeu de piano inventif, et chante sur la superbe chanson ‘Spare Me A Little Of Your Love’. Hélas, Welch n'en peut plus de ces multiples rebondissements, et s'en va alors que le groupe entrevoit enfin le bout du tunnel. Les nouvelles recrues américaines Lindsey Buckingham et Stevie Nicks profiteront de la réputation installée de Fleetwood Mac, et imposeront leur style californien qui explosera avec Fleetwood Mac en 1975, et Rumours en 1977, tous deux numéro un aux USA pendant de longues semaines. La musique de ces albums perdus est un ravissement de chaque instant, longue épopée de personnalités fragiles et perdues ne survivant que par la création et l'émulation collective entre deux drames personnels.
Julien Deléglise

Jean-François Pauvros avec Antonin Rayon et Mark Kerr
A Tort Et Au Travers

Genre musical: Free rock
Label : NATO
Distributeur :
L'AUTRE DISTRIBUTION     

Ces trois-là sont responsables d'un magma sonore tel qu'on pouvait en créer dès 1969. Free rock ? Prog rock ? Mathématique rock ? Peu importe.  L'envie de sortir des sentiers battus électriques est bien présente. Pour les situer un tout petit peu, on pourrait évoquer ces guitaristes que sont Rodolphe Burger du levant français ou bien Terje Rypdal du grand nord norvégien. Alors que cette éruption sonore à 3 têtes, est du couchant ligérien. Saint Nazaire pour être précis. Jean-François Pauvros, guitariste expérimental au CV long comme un bras, et qui, depuis plusieurs saisons, muni de son archet, trimballe sa longue silhouette sur la scène du Festival 'Farniente' de St Marc sur Mer (44). Antonin Rayon, issu de l'Ecole de Jazz et de Musiques Actuelles de Lausanne et du Conservatoire de Nîmes, curieux de tout ce que l'on nomme claviers. Avec Sylvaine Hélary et Dominique Pifarély il enregistrera 2 albums pour le grand label ECM. Mark Kerr quant à lui vient d'Ecosse. Il a été le batteur d'un groupe nommé Gun en 1994. On le retrouve en 1998 sur le Beauregard d'Elliot Murphy, puis il rejoint les Rita Mitsouko, surtout pour La Femme Trombone de 2002. Cofondateur du groupe Maestro, on le retrouve près de son frangin, Jim Kerr, leader des Simple Minds, et aussi dans l'univers de Jeanne Added. Il continue aujourd'hui à poser ses toms de batterie sur de multiples projets. Ce cerbère musical expérimente à tout va et à travers différents climats. Signalons toutefois 3 morceaux chantés venant briser l'électricité débridée de ces instrumentaux. L’excellent 'Zigomar' de JF Pauvros... on se déchaîne dans le noir... transpercé dans son milieu de riffs de guitare d'une grande élégance. Puis Mark Kerr nous propose en british son recueilli 'Wish For Long'. Quant à 'Les Ponts' ils sont signés Arthur Rimbaud... la mer lèche les pieds des enfants oubliés... sur les rives de l'estuaire, non loin du pont de Saint Nazaire. 
Juan Marquez Léon 

John Németh
Stronger Than Strong

Genre musical: Blues, soul
Label : NOLA BLUES RECORDS
Distributeur :
Spotify, Deezer, Amazon     

Pour enregistrer son 10ème album John Németh, reconnu parmi les meilleurs musiciens de blues et chanteurs de soul contemporains, a investi le studio Electraphonic recording à Memphis en décembre 2019 avec son road band The Blue Dreamers, composé du guitariste Jon Hay, du batteur Danny Banks et du bassiste Matt Wilson. La formation est réduite mais ça décoiffe, on est accroché dès le premier titre. John Németh signe 10 compositions et reprend de belle manière ‘Sometimes’ de Junior Parker et ‘Guess Who’ une ballade de Jesse Belvin, héros oublié du RnB disparu à 27 ans en 1959. Qu’il soit inspiré par le blues venu de Chicago ou de Louisiane, par la soul music ou encore le doo-wop, Németh démontre, une fois de plus, son incroyable capacité à passer habilement d’un son d’hier à une ambiance plus actuelle. Le bonhomme sait en effet varier les genres et les tonalités d’une chanson à l’autre avec une égale maestria. Son chant est plutôt dynamique et ses envolées d’harmonica pétillantes soutenues par les riffs incisifs de Jon Hay et une section rythmique rugissante font des étincelles. La puissance alliée à la subtilité révèle un style enlevé sans éclats superflus. Un enregistrement plein d’une belle énergie où tout est joué avec une grande ferveur. C’est chaud, c’est fort, bourré de feeling et de bonnes vibrations.
Gilles Blampain

Kat Riggins
Cry Out

Genre musical: Blues- rock
Label : GULF COAST RECORDS
Distributeur :
BLUES MUSIC STORE     

C'est en piochant dans la collection de ses parents que Katrina Tabitha Riggins, née en 1980 à Miami, Floride, se prend de passion pour la musique. Par chance ils faisaient preuve d'un bon goût sélectif - gospel, rock, blues country... du coup la jeune fille cherchera l'inspiration du côté d'Etta James ou de Denise LaSalle, plutôt que chez Céline Dion. Son deuxième album, paru en 2016, s'intitulait d'ailleurs Blues Revival, histoire de préciser les choses. Et c'est bien de ça qu'il s'agit, même si on note au passage les influences diverses qui ont marqué sa jeunesse. Ce qui frappe avant tout, c'est évidemment cette voix, pleine de soul et de puissance retenue - et la gamme est assez étendue pour pouvoir aborder tous les styles. Engagée, combattive ('Cry Out', le titre), Kat Riggins signe tous les textes, les musiques étant principalement l'œuvre de Mike Zito, le guitariste qui produit en outre l'album et l'accompagne à la six cordes (Albert Castiglia, autre guitariste, texan celui-là, vient aussi croiser le fer sur le redoutable 'Wicked Tongue'). C'est le blues-rock offensif qui domine par conséquent, mais les touches funky ('Meet Your Maker' et ses cuivres rutilants), ou soul, voire gospel ne manquent pas. Et c'est encore sur le très bref 'Hand In Hand', délivré a cappella, que la voix se fait la plus envoûtante. Bien sûr, tout cela aurait pu être composé en 1975, mais est-ce réellement un problème ?
Marc Jansen

Malaya Blue
Still

 

Genre musical: Soul  
Label : BLUE HEART RECORDS
Distributeur : Amazon, iTunes, Spotify, Deezer

Malaya Blue a explosé sur la scène blues britannique en 2015 après la sortie de son premier album Bourbon Street. Sa deuxième production Heart Sick est parue en 2016. Pour son troisième enregistrement la chanteuse a collaboré avec le producteur et auteur américain Dennis Walker, triple lauréat d'un Grammy Award. Le duo a réuni certains des meilleurs musiciens de Grande-Bretagne, le guitariste Nat Martin, le claviériste Stevie Watts, le batteur Mike Horne et le bassiste Eddie Masters aux célèbres studios Ashwood à Norwich. Ils ont également convié de nombreux invités et les sessions ont donné une douzaine de titres originaux de style old school conçus pour satisfaire fans de blues et amateurs de R&B et de néo-soul. Rythme enlevé ou ton feutré, les ambiances varient passant de la quiétude à la vivacité. Qu’elle exprime la vulnérabilité ou l’enthousiasme Malaya Blue est dotée d’un bon feeling et dégage une certaine sérénité. Sa voix claire et suave non dénuée de souffle ni de nuances est portée par un blues cool ou des riffs mordants, un swing entraînant ou le velouté d’un mid tempo jazzy. Fluide, léger, assez aérien, l’ensemble possède un certain charme.
Gilles Blampain

Peter Parceck
Mississippi Suitcase


Genre musical: Blues-soul à guitare
Label : LIGHTNIN' RECORDS
Distributeur : peterparcekband.com, Amazon

Le premier album solo de Peter Parcek date de 2010, le second est sorti sept ans plus tard et voici qu’il nous propose son troisième opus, autant dire que l’homme prend son temps pour  laisser maturer ses projets, mais notre patience est récompensée : ce disque est une mine de lapis-lazuli à se pâmer de ravissement. Lui, c’est la guitare en gloire avec saturation radicale, expertise confirmée du touché de cordes, montées-descentes souveraines au long du manche, flambées de bottleneck à l’ancienne, accompagnées au final d’une véritable intentionnalité émotionnelle rudoyant un blues à géométrie variable, teinté parfois de rock’n’roll et de soul music. Les 11 morceaux  présentés ici sont, pour la plupart, des relectures de grands classiques signés Sleepy John Estes, Bob Dylan, Peter Green, Lou Reed, John Lennon et Paul McCartney, les légendes, sur lesquels il vient poser sa patte américaine reconnaissable entre mille. Air domestique de Boston, enregistrement réalisé dans deux studios du Massachusetts et mixage estampillé Nashville, le tout sonne fort, compact et bien bon. La voix chaude de Peter, profonde, onctueuse à l’envi, colle parfaitement à ses mélodies entêtantes. Il sait aussi composer de jolies pièces où moult fleurs de vie empreintes de réalisme implacable ont été semées : ‘The World Is Upside Down’, ‘A Head Full Of Ghosts’ et le titre phare ‘Mississippi Suitcase’. A l’évidence, jubilation et ardeur à jouer débordent de tous les sillons. Les musiciens réunis sur le plateau ne sont pas des cigogneaux de l’été : Marc Hickox à la basse, Tim Carman aux fûts, Tom West aux claviers, accompagnés par les invités de marque Luther Dickinson, Spooner Oldham, Marco Giovino, Dennis Crouch, Ted Drozdowski, jusqu’à Mickey Raphael qui a lâché un instant l’iconique Willie Nelson pour souffler dans son harmonica sur la cinquième plage de cette œuvre haute en couleurs. Aucun doute n’est admis : personne ne devrait quitter ce bas monde sans avoir jamais écouté Peter Parcek, les Dieux du Blues et de La Musique Qu’On Aime ne le pardonneraient pas.
Max Mercier

Steve Washington
Just A Matter Of Time

Genre musical: Blues, soul, funk
Label : JSP RECORDS
Distributeur : SOCADISC

Auteur, compositeur, arrangeur, producteur, Steve Washington a collaboré avec bon nombre d’artistes, notamment Lucky Peterson dont il a été le road manager et l’assistant personnel durant une vingtaine d’années réalisant avec ce dernier des prestations discographiques haut de gamme. Ce n’est donc pas un total inconnu pour qui lit attentivement les livrets de CD. Avec ce premier album qui met son travail et son nom en lumière, on découvre un savoureux mélange de blues, de soul, de funk, exécuté dans un style original qui sort du lot. Steve Washington chante d’une voix lumineuse, joue de la batterie, du cajon et de l’orgue. Avec d’agréables mélodies cet enregistrement élégant et moderne révèle peut-être une légère pointe de nostalgie des 70’s. La set list dévoile 12 chansons de très belle facture dont deux sur lesquelles on entend la voix de Lucky Peterson (ses toutes dernières séances de studio avant de disparaître). Une teinte originale et très personnelle parcours cette production pleine de délicatesse où flotte une certaine décontraction. Avec une réelle finesse tant dans le style que dans l’interprétation Steve Washington nous entraîne dans une virée sonore assez jubilatoire en installant des ambiances où le temps semble suspendre sa course.
Gilles Blampain

Stray Cats
Rocked This Town: From LA To London

Genre musical: Rock'n'roll
Label : SURFDOG
Distributeur : MASCOT

Tiens, un live des Stray Cats. Ça faisait bien deux mois qu’ils n’en avaient pas sorti un. Le trio se reforme de temps à autre. Ils continuent de tourner parce qu’ils aiment ça sûrement, et sans doute aussi parce qu’ils brassent plus de monnaie avec les vieilles chansons de leur jeunesse, quand Setzer n’avait pas dix images sur les bras et pesait deux fois moins lourd, qu’avec l’Orchestra, les Nashvillains ou les Swing Cats. Le public veut applaudir le groupe d’avant le grunge, et ce répertoire qu’il connaît par cœur. Les chronométreurs de mains gauches sont là pour la Gretsch. Quelles que soient les raisons de leur clientèle, personne ne veut les voir entrer en studio et enregistrer de nouvelles compos qu’ils incluront dans leur tour de chant. Le folklore des creepers, l’escalade de la contrebasse et de la grosse caisse, font pleinement partie de ce répertoire, au même titre que ‘Stray Cat Strut’ ou ‘Gene & Eddie’. La seule surprise de ce live 22-chansons, c’est l’absence de ‘Red Hot’, éventuellement la reprise de ‘Misirlou’. Tout le reste est balisé, breveté, bagué, échantillonné jusqu’à la moindre pression sur la tige vibrato. Energie inépuisable, slap, enfonçage de coins, chant de crooner teigneux, arpèges tentaculaires qui miroitent dans le jazzabilly et la country, note à note fulgurant, décollages d’accords à réaction, shuffles twangy réduits en bouille sous la paume... Pourquoi cet album live plutôt que l’un des 40 albums live qui l’ont précédé si c’est toujours pareil ? Pour rien. C’est toujours pareil au sommet de l’échelle et, à cette altitude, ce n’est pas du rabâchage, c’est l’éternité d’un dieu !
Christian Casoni

The Ragtime Rumours
Abandon Ship


Genre musical: Ragtime et un peu plus
Label : RUF
Distributeur : SOCADISC

Ce band des Pays-Bas nous avait séduits avec son premier album Rag’n Roll paru en 2018. Le voilà de retour avec une production vraiment aussi savoureuse. Et comme le groupe l’annonce : « Rag’nRoll était une mise en bouche Abandon Ship est le plat principal ». On a encore droit à un mélange énergique de ragtime old-school, de gypsy-jazz et de roots-blues, dans une attitude rock'n’roll. L’ambiance est toujours joyeuse, un brin foutraque. L’esprit est à la fête avec un son qui bouillonne de manière parfois étrange entre vaudeville et musique de film. Tom Janssen (chant, guitares, banjo), Nikki van der Schuren (contrebasse, sax baryton, flûte, chant), Thimo Gijezen (guitares, contrebasse, accordéon, piano, chant) et Sjaak Korsten (batterie, washboard, chant) signent conjointement 11 compositions de leur cru et reprennent une chanson de 1940 ‘My Darling Daughter’. Quelques invités ont été conviés pour ajouter trombone, violon, alto et violoncelle plus des chœurs. Et tout ce beau monde utilise chaque instrument avec une réelle dextérité et un brio certain. Le côté rétro est assumé de belle manière. Avec une attitude potache assumée The Ragtime Rumours brisent les règles, mélangent les styles musicaux et redessinent leur propre univers sonore.
Gilles Blampain




CD trapeze

CD Trapeze

Trapeze
Trapeze / Medusa / You Are The Music, We're Just The Band

Genre musical: Heavy-rock funk
Label : PURPLE RECORDS
Distributeur : CHERRY RED RECORDS

Wolverhampton est une petite ville située au Nord-Ouest de Birmingham. Nous sommes au cœur du Black Country, le pays des usines de sidérurgie et des mines de charbon et de minerai de fer de la Grande-Bretagne. Le Black Country a déjà offert de nombreuses solides formations rock : The Move, la moitié de Led Zeppelin (Robert Plant et John Bonham), Chicken Shack. Bientôt viendront les premiers sidérugistes du rock : Black Sabbath, Judas Priest, et les Gallois voisins Budgie. Dans cette petite ville s'unissent les musiciens de deux groupes : les Finders Keepers et les Montanas. Ils deviennent Trapeze : Mel Galley est à la guitare, Glenn Hughes à la basse et au chant, Dave Holland à la batterie, Terry Rowley aux claviers et John Jones aux cuivres. Ils sont remarqués en 1969 lors de leur passage dans l'émission Colour Me Pop de la BBC2. Les labels les plus prestigieux veulent les signer, mais ils décident d'accepter l'offre de Treshold, label des Moody Blues. Trapeze sort en 1970, et offre une musique pop baroque agréable, dans la veine des Moody Blues, des Beach Boys et des Beatles. De belles choses ressortent de ce premier disque : ‘Send Me No More Letters’, ‘Another Day’. La réédition offre tout : les simples, la session BBC mais aussi le fameux passage à Colour Me Pop, incluant une énergique reprise de ‘Magic Carpet Ride’ de Steppenwolf et de ‘Open My Eyes’ de Nazz avec Todd Rundgren. Alors que le groupe se porte plutôt bien, le 30 juillet 1970 à Bristol, le manager Tony Perry décide de discuter avec Glenn Hughes. Il sent que le vent est au hard-rock, et que Hughes a le potentiel d'un leader, bridé par le format du quintet gentil. Le bassiste aime la soul et le funk. Sur le premier album, il chante merveilleusement bien, mais n'exploite que peu ses capacités vocales. Perry pressent qu'en format trio Hughes-Galley-Holland, cela pourrait faire des ravages. L'homme a eu du nez. Rowley jouera désormais comme claviers en studio, et Jones ira voir ailleurs. Le disque suivant, Medusa, est une merveille de heavy-rock soul'n'blues, ou plutôt de heavy rhythm’n’blues, préfigurant le magnifique Smokin d'Humble Pie en 1972. Le son de l'enregistrement était des plus impeccables, il revit ici avec superbe. Il sort en novembre 1970, et coïncide avec une tournée en première partie des Moody Blues aux Etats-Unis. Trapeze fait un carton, volant la vedette chaque soir. Ils jouent trois soirs de suite au Whiskey-A-Go-Go de Los Angeles, et cartonne à Houston, où ils vont s'installer durablement avec l'autre groupe du coin : ZZ Top. Trapeze joue bientôt dans des salles de plusieurs milliers de personnes aux Etats-Unis, alors qu'il ne se produit que dans de petits clubs en Grande-Bretagne. Medusa est un chef d'œuvre d'une puissance rare. Le style du groupe s'affirme : un heavy-rock hargneux, lourd, porté par la batterie solide de Holland, les riffs heavy-funk de Galley, et la puissance vocale de Hughes enfin révélée. Le live proposé sur la réédition, de 1971, impressionne par sa maîtrise musicale, devant un public mutique. La suite est un pinacle. You Are The Music, We're Just The Band est la quintessence de ce proto heavy-metal-funk qui ouvre la voix autant au Deep Purple de Burn qu'aux Red Hot Chili Peppers. You Are The Music... intègre du piano électrique, joués par Terry Rowley. Mel Galley explore les tripes de sa guitare, créant des riffs à la fois lourds et dansants, un style à lui tout seul. Chaque titre est un chef d’oeuvre: les heavy ‘Keepin' Time’ et ‘Loser’, les obsédants ‘Way Back To The Bone’ et ‘You Are The Music’, les funky ‘Coast To Coast’ et ‘What Is A Woman's Role’. Le coffret réunit les sessions BBC, et tous les enregistrements en direct disséminés sur bootlegs sont enfin réunis, comme ce concert au Texas, à Dallas. On découvre la formidable force révélée de ce trio magique, qui se désintégrera lorsque Hughes rejoindra Deep Purple fin 1973. On attend pourtant la suite, car Trapeze fut décapité, mais pas mort, et offrit d'excellents albums jusqu'à sa mort en 1982. Dave Holland rejoindra Judas Priest fin 1979, et Mel Galley fera de même avec Whitesnake à la fin de l'année 1982.
Julien Deléglise

Wailin Storms
Rattle

Genre musical: Dark stoner-blues 
Label : ANTENA KRYZKU
Distributeur : wailinstorms.com

Né à Durham en Caroline du Nord au début des années 2010, Wailin Storms est imprégné du blues tout proche, celui du Tennessee, de Géorgie et d'Alabama. Il rampe dans les mailles de son stoner-rock sombre, empruntant autant au post-punk de Joy Division qu'au doom glacial de Reverend Bizarre. Wailin Storms est composé de Justin Storms au chant et à la guitare, de Todd Warner à la guitare, de Steve Stanczyk à la basse et de Mark Oates à la batterie. Rattle est leur troisième opus, publié dans des conditions particulièrement perturbantes de pandémie et de déclin généralisé de la musique vivante. Wailin Storms n'a jamais été particulièrement une bande de joyeux lurons, musicalement parlant, mais il faut admettre que Rattle est une bonne bande-son pour cette éprouvante année 2020. Chaque titre est un uppercut de stoner, de punk, de heavy-metal fortement mâtiné de blues viscéral. Le blues, ici, est général, et résonne à chaque morceau : ‘Rattle’, ‘Rope’, ‘Wish’, ‘Grass’… La voix puissante de Justin Storms survole une nappe de goudron électrique continue, chaque vers s'entrechoque avec un riff, le tempo est lourd, obsédant. ‘Wish’, ‘Teeth’ et ‘End’ sont les pépites de ce nouvel album, denses, terrifiantes, mais leurs compagnes de galette sont d'un niveau assez étourdissant, marquées du sceau de la lumière noire.
Julien Deléglise