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11/18
Chroniques CD du mois Interview: BONEY FIELDS Livres & Publications
Portrait: BIG WALTER HORTON Interview: WHODUNIT Dossier: CHANCE RECORDS
 


Dans cette rubrique, vous trouverez une sélection de CD choisis par l'équipe Blues Again.

OCTOBRE 2018

Big Trucks
Big Blues Man

Genre musical: Blues-rock
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : www.facebook.com/groups/
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Le visuel, l'intitulé, le choix des morceaux : pas de doute, Big Trucks ne fait pas dans la polka. Le groupe havrais mixte (Audrey, chant - Freddy, basse - Steffy, batterie - Thierry, harmonica - le guitariste Erik Lecroq officie sur l'album mais a depuis lors cédé sa place à la bretteuse Hélène Magloire) propose ici sur un EP 5 titres un blues-rock garanti sans colorants ni additifs. Deux compositions originales : 'Big Trucks' en entrée, comme pour marquer leur territoire (riff stonien soutenu) et puis le titre éponyme, l'harmonica qui pousse au cul, comme sur l'ensemble de l'album, du reste. Et donc trois reprises : 'Come Together' de qui-vous-savez, version musclée mais respectueuse, on est loin de la reprise iconoclaste de Starshooter ('Get Back' devenu 'Get Baque'). 'House Is Rockin' (Stevie Ray Vaughan) et 'Bullfrog Blues' (Rory Gallagher) complètent l'ensemble. Une belle mise en bouche avant les concerts à venir - la scène demeurant selon eux leur terrain de jeu favori.
Marc Jansen

Billy F Gibbons
The Big Bad Blues

 

Genre musical: Blues musclé
Label : CONCORD RECORDS
Distributeur : UNIVERSAL MUSIC

Après avoir goûté aux saveurs de la musique afro-cubaine tendances funky avec son premier album solo Perfectamundo en 2015, Billy Gibbons revient aux fondamentaux, c’est-à-dire au blues. Le barbu est donc de retour avec son style si personnel et la puissance de feu qu’on lui connaît. Et là c’est du lourd. Pour son intervention musclée Billy Gibbons est secondé par Mike Flanigin aux claviers, Joe Hardy à la basse, Greg Morrow et Matt Sorum à la batterie, Austin Hanks à la guitare et James Harman à l’harmonica. Le band balance un son brut de décoffrage qui vibre et qui pique. L'album est un mélange de chansons originales et de reprises de classiques comme ‘Rollin' And Tumblin'’ ou ‘Crackin’ Up’ de Bo Diddley sur lesquelles Gibbons met sa touche personnelle. Ce grand méchant blues déroule 11 pistes à la sonorité rauque et au rythme trépidant. Avec un beat bien marqué la tension ne retombe à aucun moment, les titres s’enchaînent durant 40 minutes créant une ambiance joyeuse et singulière. Riffs agressifs et voix éraillée le Texan envoie un blues trempé dans le rock qui fera vibrer plus d’un amateur. D’une redoutable efficacité, interprété avec une dextérité incontestable cet enregistrement brille d’un bel éclat.
Gilles Blampain  

Blues Caravan 2018
Mike Zito, Vanja Sky, Bernard Allison
CD+DVD

 

Genre musical: Blues-rock 
Label : RUF
Distributeur : SOCADISC

Depuis 2005 la formule de la Blues Caravan initiée par Thomas Ruf réunit trois artistes sur une même affiche, les plus connus mettant dans la lumière un musicien prometteur. Pour cette version 2018 les aînés sont Mike Zito et Bernard Allison et la petite nouvelle se nomme Vanja Sky. Si on ne présente plus les deux premiers, Vanja Sky, 23 ans, est originaire de Zagreb. Thomas Ruf a tellement cru en elle qu’en 2017 il l’a emmenée à Stantonville, Tennessee, quartier général du producteur Jim Gaines où elle a enregistré un album (Bad Penny) avec la participation de… Mike Zito et Bernard Allison. Ses influences majeures ont pour noms Rory Gallagher, Stevie Ray Vaughan et Albert King. On imagine donc que la petite a plu aux deux gaillards. Le son du trio est plutôt blues–rock, avec riffs rugissants et feeling explosif. Leur concert a été capté au Café Hahn à Coblence le 27 janvier 2018. Sur le CD qui aligne 12 plages et dure 72 minutes, le premier titre du show ‘Low Down And Dirty’ de Luther Allison est joué par les trois guitaristes réunis épaulés par Roger Innis à la basse et Mario Dawson à la batterie, puis chacun d’eux occupe la scène en solo pour 3 chansons avant de se retrouver pour un final commun de prêt d’un quart d’heure. Plus généreux le DVD laisse voir la totalité du spectacle avec 19 chansons durant près de 2h20 minutes.
Gilles Blampain

Chris Kramer & Beatbox'N'Blues
Way Back Home

 

Genre musical: Blues  
Label : Blow Till Midnight records
Distributeur :
iTunes, Amazon, www.chris-kramer.de/chris-kramer-beatbox-n-blues/

Ils jouent du blues, ils sont trois et il n'y a ni batteur, ni bassiste... Alors ? Le chef de la bande, c'est l'harmoniciste, chanteur, guitariste Chris Kramer et ses deux jeunes acolytes surdoués sont le guitariste Sean Athens et le beatboxer, rapeur Kevin O'Neal, et ça type change tout. Avec cette formule le blues est dépoussiéré mais son âme est intacte, le résultat est bluffant. C'est cette même formation qui a remporté le German Blues Challenge en 2016, ce qui l'a conduit à participer à l'IBC en 2017. Le digipack soigné contient un livret qui explique voyage et anecdotes de ce trip en allemand et en anglais et surtout il y a cette musique pêchue, bien sentie qui allie l'expérience et la sensibilité de Chris (environ une vingtaine d'albums au compteur) et la fraîcheur, la vitalité de ses deux associés. Quasi sans pose, les deux premiers titres 'Jukebox' et 'Ain't Nobody At Home' nous arrivent en pleine face. La guitare est puissante, la beatbox pulse, la voix est légèrement éraillée et l'harmo virevolte. Dans le troisième 'Beatbox’n’Boogie' on a droit à un break démonstratif de beatbox et on se demande : « Mais comment fait-il ? » 'Ashes To Ashes' est une belle chanson lente accompagnée par un duo de cordes et l'harmonica pleure. On retrouve ce duo sur 'Tallahatchie Flats' à la couleur romantique. A noter que pour cet album, le guitariste Paddy Boy est venu en renfort. Une seule reprise est présente parmi les quinze titres proposés. Il sagit de 'Lawyer Clark Blues' de Sleepy John Estes. Deux morceaux sont interprétés en allemand 'Erst Hatt' Ich Kein Glück' (au début, je n'ai pas eu de chance) et 'Der Wolkenmacher' (le fabriquant de nuages). 'Go With The Flow' qui dépasse les sept minutes est taillé sur mesure pour Sean Athens qui nous fait un long solo captivant dans un style Gary Moore. Les compositions de cet album forment un grand voyage musical où l'émotion sert de boussole. Ces types nous embarquent où ils veulent.
César

Dennis Herrera
You Stole My Heart

 

Genre musical: Blues qui pulse     
Label : Prescott Kabin records
Distributeur : Amazon, iTunes, CdBaby

Le troisième album de ce Californien, guitariste chanteur, est bien ficelé et plein de promesses. Le garçon fait son chemin sur les routes du blues avec une musique qui faute d'être nouvelle possède, dans son cas, un petit quelque chose de plus qui s'appelle le feeling avec une énergie bien dosée qui fait battre la mesure. Les cinq premiers titres sur les onze proposés ne me feront pas mentir et donnent l'envie de le voir sur scène. Ça pulse. Deux groupes de musiciens ont épaulé le guitariste. Un pour les enregistrements de Kid Andersen au studio Greaseland et l'autre au studio Ardent pour ceux de Rich Wenzel, donc, synonyme de qualité. Le sixième morceau 'Recovery' a un tempo jazzy caribéen (percussions, saxo et piano électrique y sont pour quelque chose) et là, le temps reste suspendu. 'You Can Name It' vient avec finesse compléter l'état de grâce du morceau précédent avec une guitare toute en finesse, le sax qui ronronne et un piano bastringue qui contraste avec les notes feutrées du Hammond. 'Backed-Up’ nous ramène sur le dance floor avec l'harmonica tout en puissance de Denis Depoitre. 'My Past Time' nous calme à nouveau avec ce blues lent et la voix déchirée de Dennis Herrera et sa guitare plaintive. Une dernière ruade avec 'Run With The Losers' et on termine avec 'Bittersweet' où le chef est seul avec sa guitare acoustique et sa voix et même quand il parle... il chante. Cela fait aussi partie du feeling.
César

Detonics
Raise Your Bet

 

Genre musical: Swing, blues et boogie 
Label : NAKED
Distributeur : HARMONIA MUNDI

C’est une magnifique jaquette tout droit sortie des fifties, ça sent bon les casinos, les scènes enfumées, l’alcool qui coule à flot, avec beaucoup d’énergie et de joie mêlées pour notre grand plaisir. Le groupe s’appelle Detonics, composé de cinq Hollandais à la barbe taillée au cordeau, des artistes de haut vol qui fricotent depuis plusieurs années avec les Blues Challenges des deux côtés de l’Atlantique, vainqueurs aux Pays-Bas en 2016, demi-finaliste à Memphis en 2017. Leur inspiration majeure vient de la rive Pacifique des States, gorgée de boogie, de swing, de rock’n’roll à l’ancienne, avec un son moderne ainsi qu’une diversité bienvenue dans le choix des tempos, jusqu’au poudroiement western sur la ‘Route 101’, titre d’une chanson-road trip fraîche et décalée juste comme il faut. Au menu, onze compositions originales nous permettent de découvrir l’ampleur de leur palette musicale, structurée autour de la guitare de Jeremy Aussems et des claviers de Raimond De Nijs, qui assurent les soli sur chaque morceau avec une agilité déconcertante. Kars Van Nus, habillé de féériques chemises hawaïennes, chante puissant, nerveux, émotionnel, et souffle même à l’occasion dans son harmonica pour jeter sur le public des confetti de bonne humeur trépidante. La rythmique est assurée par Mathijs Roks à la batterie et Rene Leijtens à la basse. L’ensemble s’avère technique et charnel, notamment sur les morceaux les plus lents, tels ‘I Still Remember’ qui clôture l’album avec de lancinantes envolées d’orgue Hammond, à l’image d’un slow labelisé, ou ‘Bullet Through My Heart’ aux entrelacs Fender-piano du plus bel effet. A la fin, la formation ne tape pas dans l’innovation à tout prix ni la recherche de la note bleue qui tue : on navigue en monde connu, mais l’œuvre est cohérente, maîtrisée, et dieu sait si cela fait du bien d’écouter du blues-swing de cette trempe, quand sincérité et qualité supérieure sont ainsi au rendez-vous !
Max Mercier

Fred Chapellier
Plays Peter Green

 

Genre musical: Hommage  
Label : DIXIEFROG / BORDERLINE BLUES
Distributeur : PIAS

Il y a eu Albert King et BB King évidemment, mais Fred Chapellier n’a jamais caché son attachement à Peter Green et l’influence que ce dernier a eu également sur lui. Si parmi les grands guitaristes du British-blues de la fin des années 60, le triumvirat Jimmy Page, Eric Clapton, Jeff Beck s’impose, Peter Green, personnage insaisissable, musicien à la carrière relativement confidentielle a fait mouche avec son jeu qui préfère la profondeur de la note à la dextérité. Alors à force de systématiquement reprendre quelques titres du guitariste londonien lors de ses prestations scéniques, Fred Chapellier a pensé qu’un hommage discographique s’imposait. Voilà donc 13 compositions signées Peter Green plus une de Danny Kirwan disparu en juin dernier qui avait rejoint de 1968 à 1972 Fleetwood Mac, le band fondé en 1967 par Peter Green. On a droit aux incontournables et immenses ‘Long Grey Mare’, ‘Black Magic Woman’, ‘Oh Well’ et ‘Albatross’ mais les autres ne sont pas mal non plus. Fred Chapellier qui s’est imposé depuis longtemps parmi les meilleurs guitaristes français est rejoint pour cet hommage par des amis triés sur le volet : Leadfoot Rivet chante 3 chansons, Ahmed Mouici 4 et Pascal Bako Mikaélian est venu avec son harmonica. N’omettons pas Guillaume Destarac à la batterie, Christophe Garreau à la basse et Patrick Baldran à la guitare rythmique. L’enregistrement s’est fait en concert à l’Espace Manuréva à Charleville-Mézières. Ce coup de projecteur sur un créateur majeur des sixties est une excellente idée. Pendant 67 minutes la magie opère avec force.
Gilles Blampain

Imperial Crowns
25 Live - 25 years / 25 songs

 

Genre musical: Noces d'argent sonores  
Label : DIXIEFROG / BORDERLINE BLUES
Distributeur : PIAS

Le plus vieil enregistrement date du 14 septembre 1993 et le plus récent remonte au 31 mars 2018. Soit presque 25 ans d’écart. C’est bien cet anniversaire musical que le trio de Los Angeles souhaite célébrer. Il n’y a aucune suite chronologique au fil des 2 CD mais on sent un enthousiasme intact et une vigueur qui n’a pas faiblit au fil des années et la qualité du son est impeccable d’un bout à l’autre. J.J Holiday (guitare, percussions et chant), Jimmie Wood (guitare, percussions, harmonica et chant) et Billy Sullivan (batterie et chant) sont réunis depuis un quart de siècle et leur blues-rock n’a pris aucune ride. L’album est composé de prestations live en club ou en festival des deux côtés de l’Atlantique et la frénésie des spectateurs n’a d’égale que la chaleur dégagée par le band. Imperial Crowns c’est de l’audacieux, de l’original. Une musique qui prend aux tripes. C’est à la fois du brutal et du feeling. Ça ronfle, ça fuse, ça explose ! C’est excitant, ça accroche l’oreille. Sur les 25 chansons interprétées 22 sont des créations du band et seulement 3 sont des reprises. Quelques musiciens additionnels se greffent au groupe selon les titres pour ajouter une basse, un saxophone ou des percussions. Le premier CD s’écoute en 74 minutes quand on n’en met que 68 pour le deuxième.
Gilles Blampain

Jeff Zima
Conversation avec le Blues

 

Genre musical: Blues in French  
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : jeffzima.free.fr/

Les cordes de sa Martin tendues comme celles d'un arc, sa verve et son franc parler en bandoulière, le poète Jeff Zima nous gratifie d'une nouvelle salve de vingt chansons tantôt débonnaires, tantôt tendres, tantôt drôles, révoltées, sarcastiques, enjouées, malicieuses et toujours en français, parce qu'en France, le blues se doit d'être chanté en français. C'est lui qui l'explique en quelques lignes dans le feuillet qui garnit le CD et en profite pour jeter un mauvais sort aux Français qui pratiquent le blues dans la langue de Shakespeare. Au niveau musique Jeff s'est entouré de vieilles connaissances. Mike Lattrell aux claviers (piano et Fender Rhodes), Philippe Scemama aux quatre cordes (basse et contrebasse) et Joe Klimek à la batterie. Dès le premier titre explicite 'Kill All The Bankers', mais chanté en français, on est dans une ambiance survoltée où l'on constate qu'il est heureux (pour les banquiers) que Jeff n’ait pas une kalash à la place de sa guitare... et encore ! Sur le second titre 'Le Liseron', les fachos, les bigots, la FNSEA en prennent pour leur grade. Avec les racistes, ils sont une cible de choix pour le père Zima qui ne se gêne pas pour dire ce qu'il pense dans 'Le Raciste' qui arrive juste après le délirant 'Crème De Yaourt' qui écorche les Français qui chantent en anglais. Dans 'Ta Clope Ne Vaut Rien' où dope, clope et chope sont au banc des accusés il y fourre aussi Dieu, le vote et le monde dans le même sac. Ce pur bluesman rend un hommage à Brassens en reprenant 'La Chasse Aux Papillons'. 'Conversation Avec Le Blues' est une pure merveille d'une grande sensibilité tout comme les instrumentaux 'Blues Pour Mihaly' et 'Bonne Nuit Yoni'. On peut aussi constater que Jeff a une haute estime de sa personne dans 'Des Noix' qui prête à rire voire à sourire.Ce disque donne envie de le voir ou le revoir en concert où sa générosité n'a d'égale que ses qualités humaines et guitaristiques. D'ailleurs, sur le visuel du CD avec sa silhouette qui poliment nous salue, on dirait qu'il nous tend son cœur.
César

Jonathon Long
Jonathon Long

 

Genre musical: Americana 
Label : Wild Heart Records
Distributeur : Amazon

A peine trentenaire, Jonathon Long jette dans le delta du Mississipi ses oripeaux d’émule blanc et louisianais des deux Albert, King et Collins. Adieu son surnom « boogie », adieu son air de post-adolescent ricain mal attifé. Long cultive sur la pochette de son troisième CD des faux-airs de Marlon Brando lippu, barbu et boudeur. En bonne fée, Samantha Fish, wondergirl du bon blues blond et blanc, se charge de produire ses onze compositions originales qui abordent avec vigueur et résolution les rivages parfois rebattus de l’Americana. Voix tendue et habitée, timbre haut, Long quitte sa zone de confort du blues blanc-bec pour se livrer à un exercice abouti rock-soul. ‘Bury Me’ le titre d’ouverture en métaphore de l’enterrement de sa vie de garçon et de sa métamorphose en auteur de chansons donne le ton au reste des morceaux. Qu’il se livre à un duo taillé et affuté pour les charts avec sa productrice dans ‘The River’ signé par Kenny Tudrick batteur de Samantha Fish et des Detroit Cobras, ou s’essaye à la chanson d’ivrogne dans ‘Pour Another Drink’, tout transpire dans ce CD rutilant comme un Kenworth K100 une ambition, une volonté de cross-over ; au service de cette ambition, des compositions carrées, une section rythmique puissamment charpentée qui assure méchamment le train, et des soli de Gibson impeccables, miss Fish intervenant en seconde guitare sur plusieurs morceaux. Ainsi, Long crâne fièrement et s’affiche en successeur d’un rock sudiste à la Lynyrd Skynyrd ou Allman Brothers : gros moteur, gros son et voix un brin nasillarde country americana forcée en forte réminiscence Green on Red ou Uncle Tupelo. Un album vivement recommandé aux amoureux d’alligators, de bayous et d’une certaine tradition du rock américain. Intemporel, un brin archétypal, mais ô combien efficace. A écouter en taillant la route… au volant du Kenworth, justement.
Laurent Lacoste

Kennedy Milteau Segal
CrossBorder Blues

 

Genre musical: Blues, soul, rock  
Label : NAIVE
Distributeur : BELIEVE

Traverser les frontières avec trois profils différents de musiciens. Telle est l’ambition de cet album. D’un côté, Harrison Kennedy (chant, banjo, mandoline) Canadien dont les ancêtres ont fui leur statut d’esclaves des champs de coton sudistes. Pour la musique, il a navigué au gré de ses envies avec quelques belles pointures soul type Marvin Gaye (l’harmonica sur l’album ‘ What’s Going On’, c’est lui !), Stevie Wonder ou George Harrison. Suit Jean-Jacques Milteau, harmoniciste qu’on ne présente plus tant sa générosité dans la promotion du blues en France a dépassé les frontières ! Plus étonnant mais tout aussi réjouissant, la présence de Vincent Ségal, violoncelliste multi-primé aux Victoires de la Musique. Lui aussi à navigué par monts et par vaux pour taquiner des genres aussi variés que le classique, le jazz, le funk, le rap, la chanson française ou le rock ! Bref ces trois-là se retrouvent sur cet album pour une exploration blues et acoustique de nombreux tubes (‘What’s Going On’, ‘Georgia On My Mind’, ‘The Thrill Is Gone’) mais aussi de titres plus confidentiels mais ô combien d’actualité : ‘Prisoners In the Open Air’, ‘Judgment Day’, ‘No Monopoly On Hurt’, ‘Black Alley Moan’. Car c’est bien d’environnement, de dérives financières liées à la mondialisation, de crise identitaire et de territoire dont il est question dans ces chansons. Et comme le dit si bien Jean-Jacques Milteau : « Quelle que soit sa forme, le territoire est indissociable de l’humain. Il aura toujours besoin de s’asseoir quelque part et de regarder l’horizon, par delà la frontière. »
Tristan Sicard

Lindsay Beaver
Tough asLove

 

Genre musical: Blues et rock intense  
Label : ALLIGATOR
Distributeur : SOCADISC

Bruce Iglauer, le boss d’Alligator records, la présente comme l’enfant de l’amour d’Amy Winehouse et Little Richard, la comparaison est osée mais tout à fait juste. Niveau puissance vocale Lindsay Beaver n’a rien à envier à ses deux illustres prédécesseurs. Originaire d’Halifax au Canada elle s’est tout récemment fixée à Austin, Texas. A 33 ans, pleine d’une énergie débordante la jeune femme chante et joue de la batterie, abordant blues, rock’n’roll, soul, jazz, avec une fougue contagieuse et sait être tout aussi convaincante quand le registre impose un ton plus feutré. Lindsay Beaver a déjà sorti cinq albums avec son groupe précédent les 24th Street Wailers, mais cette production est le premier enregistrement sous son nom. Elle signe 7 compositions et fait 5 reprises de Slim Harpo, Art Neville, Angela Strehli et Little Willie John. Elle est accompagnée par Brad Stivers à la guitare, Josh Williams à la basse et quelques invités de marque ont pointé leur nez pour une apparition sur une chanson ou deux : Marcia Ball au piano, Laura Chavez à la guitare, Sax Gordon au saxophone, Dennis Gruenling à l’harmonica. Du début à la fin l’album diffuse un son rugueux et brut où la passion et le feeling affleurent à chaque note. A la fois plein d’ardeur et de finesse d’exécution Tough As Love présente une artiste avec laquelle il faut désormais compter.
Gilles Blampain

Little Victor
Deluxe Lo-Fi

 

Genre musical: Rockabilly boogie-blues
Label : RHYTHM BOMB
Distributeur : L'AUTRE DISTRIBUTION

Rien à faire, il y a des gens, ils ont le vrai truc. Dès qu’ils s’emparent d’une guitare ou poussent leur voix dans le micro de l’harmo, ils sonnent immédiatement vintage. Mutants plutôt qu’imitateurs. Des tempéraments comme on dit. Voilà Little Victor. Une douzaine d’albums portent déjà son prénom. Quand on aime Howlin’ Wolf, Joe Hill Louis et Charlie Feathers, cet album s’impose comme le manifeste d’un certain dandysme. Trémolos d’ampli, gorge de mégaphone, guitares caoutchouteuses et saturées, basses turbides, cet Italo-Américain à la vie aventureuse et romanesque continue de hanter un Memphis pré-Elvis qui n’existe plus que chez les disquaires underground (pléonasme). Deluxe Lo-Fi est à la fois un hymne à la bande magnétique, et un hommage à tous ces rockers noirs des oubliettes qui enregistraient du rockabilly bien avant 1954. Victor a toujours fait ça, mais comme tout le monde s’y est mis depuis, il a franchi le Rubicon du « mono analogique sur bande magnétique en lo-fi ! J’ai même ajouté des craquements et un peu de souffle ici et là », et l’artwork très fifties louche vers les boîtiers Soundcraft. Cette vieille fiction a demandé huit années de maturation. 13 compos et 3 reprises pour le CD, 12 plages (6 par face) pour le vinyle chez Stag-O-Lee. Avec cette excitation juvénile revenue d’entre les morts, mixée et remixée dans tout le spectre d’un lo-fi vénéré comme la onzième Loi, et les inflexions presque sentimentales de ses chansons, Victor, juke joint ambulant, renvoie tous les illusionnistes du garage à leurs valises truquées. Pas de doubles-fonds ici, on est dans transsubstantiation !
Christian Casoni

Long Chris
Chansons Bizarres Volume 3

 

Genre musical: Chansons françaises rock, folk, folk-rock
Label : MILANO RECORDS
Distributeur : MUSEA

Vous souvenez-vous de Christian Blondieau ? Celui de Long Chris et les Daltons ? Le parolier de ‘Je Suis Né Dans La Rue’, ‘Gabrielle’, ‘Joue Pas De Rock’n’Roll Pour Moi’, combien d’autres ? Encore connu pour être le papa d’Adeline ? En 1966 il sortait sous son nom le LP : Chansons Bizarres Pour Gens Étranges. Il se retirait ensuite très longtemps comme antiquaire, bossait avec des commissaires-priseurs, écrivait des bouquins spécialisés, et sympathisait avec un compositeur nommé Grégoire Garrigues qui balisa la suite : Chansons Bizarres Pour Gens Étranges Volume 2 en 2016, et Chansons Bizarres Volume 3 récemment, notre CD. Chansons, oui. Bizarres, non. C’est de la chanson française plutôt classique, un peu rive gauche parfois, folk (‘Saisons’), rock (‘Je Te Perds Tu Me Perds’), folk-rock (‘En Cavale’), de jolies ballades à la fraîcheur acoustique (‘Je Me Suis Réveillé Dans Ton Matin’), l’une d’elle rappelant curieusement Moustaki (‘J’Avais Besoin De Dire A Une Femme’), chansons bien écrites, émouvantes par leur simplicité, une naïveté supposée, une certaine modestie, avec l’impression que Long Chris n’est pas en train de tenter un comeback et que sa vie est désormais ailleurs. Sa voix est plutôt plate mais elle sait faire de la surface, vacillante par moments, un discret trémolo sur quelques fins de vers, un chant qui fait penser à François Béranger, Renaud ou même Dutronc. L’orgue et les intros sur un enchaînement de quatre accords peuvent sonner sixties, swinging Paris, mais sans nostalgie. L’orchestre de base est donné par Grégoire Guarrigues qui joue les guitares, la basse, la batterie et les claviers. Selon les besoins de l’atmosphère, passent un violoncelle (Christine Kraus), une trompette (Jac Berrocal), une flûte traversière (Mathias Luszpinski), la voix d’une femme (Marie Ospiri). Que peut-on dire d’un album aussi clair, étale, si peu présomptueux et si digne en émotion, sinon : quel beau disque ?
Christian Casoni

Marco Marchi and the Mojo Workers
Stand Up

 

Genre musical: Traditionnel revisité
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : CdBaby, Deezer, Spotify

Marco Marchi and the Mojo Workers résident dans le Tessin mais jouent comme s’ils étaient originaires de New Orleans. Ce nouvel album est le 5ème à leur actif. Marco Marchi est au chant et aux guitares (électrique, cigar box et resophonic), Marco Pandolfi à l’harmonica, Fabio Bianchi est au sousaphone et à la basse et Toby Glaser à la batterie et au washboard. Sont également conviés quelques invités avec trompette, saxophone, trombone et clarinette sur certains titres. La tonalité générale qui est à la décontraction distille des ambiances fort agréables. Entre country-blues, boogie, second line, swing, le band joue une musique joyeuse qui donne envie de bouger mais exprime aussi parfois à travers ses notes une bouffée de nostalgie. Avec un son à l’ancienne qui apporte une pointe d’excitation Marco Marchi signe neuf chansons originales pleines de vivacité et quatre reprises sont réinterprétées d’une façon très personnelle : ‘Honky Tonk Woman’ (Jagger-Richards), ‘Ain’t Misbehavin’ (Fats Waller), ‘Feel Like I’m Fixin’ To Die Rag’ (Joe McDonald) et ‘Love In Vain’ (Robert Johnson). Si les références à des temps révolus sont inévitables The Mojo Workers ne tombent pas dans le piège de l’imitation mais expriment l’essence d’une musique intemporelle d’une manière tout à fait actuelle. Le chant est dynamique et entraînant et l’ensemble ne manque pas de charme. Il se dégage de cet enregistrement une réelle allégresse et le soin apporté à la qualité sonore est un atout majeur.
Gilles Blampain  

Mick Kolassa and the Taylor Made Blues Band
149 Delta Avenue

 

Genre musical: Blues multiples  
Label : Endless Blues records
Distributeur : Amazon, CdBaby, iTunes

Le chanteur Mick Kolassa ne s'endort pas sur ses lauriers. A peine remis du succès de l'album sorti l'an dernier (Double Standards) le voilà qui remet le couvert avec une douzaine de titres dont trois reprises. Ce type est inusable comme il le laisse entendre dans le premier titre rock 'I Can't Slow Down' et puisqu'on en est au rayon déménagement, il enchaîne avec 'US 12 To Highway 49' où il retrace sa vie de baroudeur du blues. Derrière, le Taylor Made Blues Band assure l'ambiance. David Dunavent à la guitare, Leo Goff à la basse, Lee Andrew Williams à la batterie et Chris Stephenson aux claviers. Ce serait trop simple si on arrêtait là la liste car ses invités sont nombreux et de qualité. Sur six titres on retrouve un autre guitariste qui joue souvent avec Mick Kolassa, l'excellent Jeff Jensen. Toronzo Cannon pose aussi sa six cordes sur un morceau surpuissant 'Cotton Road' écrit après la rencontre marquante de Kolassa avec le conservateur du musée du coton de Memphis. 'Alternative Man' est une même chanson qui a été traitée de deux manières différentes, dont une avec un tempo plus appuyé et une guitare plus mordante. Le dorénavant classique 'I Don't Need No Doctor' de Ray Charles et 'Miss Boss' de Larry Garner font partie de la set list. Une grande diversité de styles compose cet album où la voix mâle et assurée de Mick Kolassa, une fois de plus, emmène ses troupes sur les chemins du feeling.
César

Mr. Hardearly
i'm a bluesman

 

Genre musical: Blues-rock  
Label : REBEL MUSIC
Distributeur : SOCADISC

Une décennie ça se fête.  Dix ans déjà que l’homme sans cheveux trace sa route accroché à sa Stratocaster. Et si le poids des ans n’attaque pas son physique, il a bien l’expérience de ceux qui ont pas mal roulé leur bosse. En effet, depuis 2008 Mr. H et ses deux complices ont donné quelques centaines de concerts à travers la France et l’Angleterre et tout porte à croire que cela va continuer. Sa discographie aligne 4 CD (avec celui-ci) et 2 DVD. Le bonhomme ne chôme pas et le power trio se porte bien. Une fois encore il nous livre une production de belle qualité où s’exposent en 51 minutes 10 compositions originales et 2 belles reprises, ‘Lazy’ de Deep Purple et ‘Little By Little’ de Junior Wells. L’album s’ouvre en majesté avec cette déclaration ‘I’m A Bluesman’, blues-rock mordant qui pourrait aisément intégrer une anthologie du genre aux côtés des plus grands stylistes. Du bonhomme on a déjà tout dit ou presque, que son jeu de guitare est intense et puissant construit à coups de riffs incisifs et d’envolées incandescentes, que sa maîtrise instrumentale soutient un chant chaleureux ne manquant pas de puissance et qu’il ne se la pète pas guitar hero pour autant. Il frappe à nouveau un grand coup avec cet album qui dégage une force lumineuse. Il nous offre en bonus un duo en compagnie de Fred Chapellier sur ‘Where’s The Money’, un échange au sommet avec de fabuleux solos. Et une surprise pour clore cet enregistrement, le titre ‘CC (The Mean Guy)’ où à grands renforts de slides Mr Hardearly évoque Caryl Chessman qui a fini dans la chambre à gaz de Saint Quentin en Californie, le 2 mai 1960. Les 12 plages s’enchaînent sans aucun temps mort et comme d’hab’ la production est nickel.
Gilles Blampain

Rachelle Coba
Blink

 

Genre musical: Blues, blues-rock  
Label : American Showplace Music
Distributeur :
Amazon, Spotify, iTunes

Rachelle Coba a débuté la guitare à 15 ans. Fascinée par le blues, habituée du Tobacco Road de Miami, elle croise plusieurs pointures et prend plaisir à s'essayer auprès d'elles. Après avoir créé son propre groupe, elle partage des tournées avec les plus grands (Johnny Winter, Coco Montoya, ...). Son premier album Mother Blues sort en 2014.  Elle attend quatre ans pour enregistrer Blink. Pour ce nouvel opus, elle est accompagnée de John Ginty aux claviers, Paul Kuzik à la basse et Andrei Koribanics à la batterie et Jimmy Bennett au dobro. Le band produit un blues classique, mais authentique. Le jeu de guitare de Rachelle est efficace et sans faille. Mais plus que tout, c'est la voix et ce qu'elle dit qui ont retenu mon attention. Dans le classique, mais magnifique ‘Good Ole Heartbreak’, elle déclare sur un ton à la fois suave et fragile: « When I hear you knockin’ I know I’ll be safe in your arms/I can’t deny the comfort of your embrace/Seems like you’re the only love for me/Good ole heartbreak ». Mon coup de coeur, c'est sans aucun doute 'River Of Blood’ où elle évoque la cupidité et le fantôme d'un peuple opprimé. Rachelle Coba remercie Dieu sur la couverture de cet album, mais ces textes respirent le désenchantement, l'amour impossible et la souffrance. Ce ne sera pas l'album que j’emmènerais sur une île déserte, mais il a les qualités musicales et la sensibilité propres à nous faire oublier nos soucis, comme un bon bouquin.
Robert Bolaers   

Scott Sharrard
Saving Grace

 

Genre musical: Blues, Rock, Soul, R&B
Label : WE SAVE MUSIC
Distributeur : AWAL

Il faut le savoir. Ce guitariste a passé près de dix ans en compagnie du regretté Gregg Allman en tant que directeur musical du Gregg Allman's band ayant à ce titre coécrit plusieurs morceaux avec lui. Sachant ça, on entend déjà la bande musicale sans ouvrir le digipack, mes amis. Voilà un disque qui suit le chemin tracé par l'ABB et ses capacités à vous faire arrêter tout ce que vous faîtes pour vous laisser emporter sur les ailes de cette musique. Pour ce cinquième album et ses onze titres, nous sommes donc en plein territoire du son sudiste dans le sens large du terme (soul, R&B, blues, rock...) avec un type qui possède une voix passée au papier de verre (grain très fin) et une guitare qu'il sait tenir comme il faut, ayant pour accompagnateurs deux groupes de musiciens différents selon le studio où ont été enregistrées les sessions. Les célèbres Fame studio, Muscle Shoals (Alabama) et Electraphonic recording, Memphis (Tennessee). Bien sûr les sidemen sont à la hauteur de la tâche, ça pulse, ça groove, les mélodies sont accrocheuses, les solos bien sentis, les chœurs harmonieux. Un invité prestigieux en la personne de Taj Mahal vient poser sa voix sur 'Everything A Good Man Need' de Gregg Allman comme pour un hommage au compositeur, la voix est sublimée par les interventions de la slide avec en soutien des cuivres chaleureux. Un autre emprunt trouve sa place dans la set list 'Faith To Arise' du compositeur Terry Reids traité façon slow-blues à la sauce soul avec toujours une slide de rêve. Du grand Sharrard encore avec 'Sentimental Fool' où l'esprit d'Otis n'est pas loin. 'Tell The Truth' et 'She Can't Wait' sont aussi de cette trempe. On replonge avec délice à l'époque où le Rhythm and Blues était Formidable. Bien sûr, on connaît ce style de musique, mais voilà un des CDs que je placerais dans mes préférés de l'année.
César

The Jones
Silver Faces

 

Genre musical: Rock'n'roll
Label : MORTEL RECORDS
Distributeur : BONSAI MUSIC

C’est formidable, on en a toujours une sur le bout de la langue ! A chaque titre, ses réminiscences. Les identifier devient presque un jeu. ‘True Love’ fait immédiatement penser à ‘Teenage Depression’, ‘Sid Vicious’ rappelle Dr Feelgood et T-Rex, ‘Shake’ roule comme ‘Riot In Toulouse’, etc. L’ombre des Flamin’ Groovies plane un peu partout, et celle de Malpractice aussi : le tranchoir de guitare sur ‘Betty Jean’, cette petite touche rocksteady que le pub-rock n’a jamais dédaignée (‘Twenty Seven’), même les mots semblent murmurer de vieilles références (‘Can’t Afford To Waste My Life’). Qu’on ait déjà entendu ça, rien de plus normal, les Jones n’ont d’autres prétentions que de jouer du rock’n’roll, lancer des shuffles, ciseler des riffs et des double-stops. Aujourd’hui finalement, peu de groupes revendiquent encore cette école, à l’abri du revival psychédélique qui fleurit dans l’été indien du rock. Certes, les Jones ne proposent rien qui n’ait été déjà indexé mille fois. Est-ce une raison pour bouder son plaisir ? Et puis, à la réflexion, il ne faudrait pas croire que Silver Faces n’est qu’une litanie de citations, genre pages roses du rock. Car cette bordée de rock’n’roll bien gaulée, avec sa basse porteuse et ses guitares impitoyables, se singularise en prenant du champ, par des mélodies de plus en plus fines, des chœurs, des ponctuations twangy, ‘Look The Part’, ‘Betty Jean’, surtout la splendide ‘Twenty Seven’. Les Jones sont cinq : Fred Moulin, Mister T. Jones, Gérald Coulondre, Rudy Sefairi et Grégoire Guarrigues (cf. la chronique de Long Chris). Ils ont fait venir des guests encore plus nombreux, et certains noms accrochent tout de suite l’œil : Slim Batteux, Denis Benarrosh ou Éric Sauviat. Le deuxième album des Jones n’est qu’un disque de rock’n’roll, comme il n’en arrive plus beaucoup par les temps qui courent. On avait fini par oublier combien cette musique est puissante, pourvu qu’elle soit conçue simplement, sans grandiloquence. Cette grâce est accessible, encore faut-il en avoir l’intelligence. Ou l’instinct. Mais c’est pareil, ici.
Christian Casoni

The Marcus King Band
Carolina confessions

 

Genre musical: Rock-soul
Label : FANTASY RECORDS
Distributeur : CONCORD MUSIC GROUP

Dans la plupart des articles consacrés à Marcus King le terme ‘prodige’ revient fréquemment. De fait le jeune homme est superbement doué. Nous sommes face à un artiste d’une maturité étonnante pour son âge. Il faut dire qu’à 22 ans Marcus King a été à la tête d’un groupe depuis une décennie, qu’il est déjà reconnu comme le prochain grand guitariste dont on va parler durant un moment et qu’il se révèle être un auteur-compositeur des plus singuliers. Ce nouvel enregistrement, Carolina Confessions, est audacieux et ambitieux. Le dossier de presse l’inscrit dans la lignée de Let It Bleed des Stones ou d’American Beauty du Grateful Dead ; à la lecture on se dit que c’est un peu gonflé mais à l’écoute on se dit que ce n’est pas usurpé. Avec un jeu de guitare original et une voix soul qui font dresser l’oreille dès la première note, soutenu par un band plutôt remarquable [Jack Ryan (batterie), Stephen Campbell (basse), Justin Johnson (trompette/trombone), Dean Mitchell (saxophone) et DeShawn ‘D’Vibes’ Alexander (claviers)] et un chœur féminin de belle tenue, Marcus King montre une réelle sensibilité d’interprète. Avec ce troisième album il livre 10 nouvelles compositions et s’impose comme une personnalité majeure de sa génération. Enregistré à Nashville dans les studio RCA, la production est un sans-faute absolu.
Gilles Blampain

Tony Joe White
Bad Mouthin'

Genre musical: Blues des marais
Label : YEPROC RECORDS
Distributeur : BERTUS FRANCE

Ce n'est pas exagéré de dire que cet homme de 75 balais représente à lui tout seul le Swamp Rock. On citera également ses copains fangeux, Slim Harpo, Lightning Slim, Lazy Lester, bref tout le bazar classieux d'Excello Records, puis Professor Longhair, Jimmy Reed (‘Little Rain’), et bien sûr, Creedence Clearwater Revival, le Gun Club aussi. JJ Cale également pour cette flemme ou flegme si caractéristique des marais. Puis par chez nous, Johnny ('Polk Salad Annie' en duo avec 'L'Homme' quelque part à Nashville en 1984) et Joe Dassin tant qu'on y est ! ('Le Marché Aux Puces'). Pour cet album, le 'lent boueux' nous enchante avec un enregistrement live en studio ; ici, no synthé, no cuivres. 'No noise !' est le maître-mot. On entend que la voix d'un type serein mais genre 'faites pas chier', une guitare au son minimum et une santiag pour battre la mesure sur le parquet... Pourtant, écoutez 'Awful Dreams' (Lightnin' Hopkins) et vous comprendrez pourquoi ce type aurait dû rencontrer le Suicide de Vega et Rev ; strict matos perché au-dessus du vide existentiel : le Blues quoi. Souvent, l'harmonica souffle dans cette atmosphère caniculaire. Une batterie monotone apparaît ici et là, mais partout cette ambiance à ras du sol, à ras de tout. Un chant à faire trembler la terre aussi. Quand un artiste revient sur son passé par un jeu de clins d'œil, ce n'est jamais bon signe ; odeur de chêne. Ici le clin d'œil prend la forme de 2 chansons, enregistrées entre 1964 et 1966 sous le nom de Tony Joe And The Mojos pour le label texan, J.Beck Records. Il s'agit du titre éponyme et de 'Sundown Blues'. Tony Joe s'est toujours considéré comme un musicien de blues. Il nous le démontre avec 6 reprises de John Lee Hooker (un 'Boom Boom' hypnotique), Jimmy Reed, Lightning Hopkins, Big Joe Williams et Charlie Patton. Visite est aussi rendue au 'Heartbreak Hotel' du King, qui comme vous le savez, était un grand fan de ce 'Roc des Bayous'. Pour le reste, il replonge dans son répertoire en y apportant ce style hanté, crépusculaire. Retour aux sources, je vous l'écris sans médisances, 'Bad Mouthin''.
Juan Marquez Léon

Whodunit
Memories From A Sh*t Hole

Genre musical: Garage blues
Label : BEAST RECORDS
Distributeur : http://beastrecords.free.fr/

Grand retour du gang parisien, avec un colis explosif : un quatrième LP fénétique, produit par la légende de Detroit Jim Diamond (White Stripes, Dirtbombs, Von Bondies, Fleshtones, Bellrays, Sonics), aujourd'hui exilé dans le midi. Lequel a su dompter l'énergie du quatuor, qui livre ici un condensé de tout ce qu'il aime : garage sixties ('Because You're Mine', qui ne déparerait pas dans une compil Pebbles), psychobilly ('Love Me', 'Nun On The Run'), rock tribal ('Jungle Fever'), blues déviant ('Blues Devil', 'You Fuck My Wine')... Production brute, comme il se doit, rythmique solide, riffs cisaillés, une voix au détachement bienvenu qui peut soudain voler en éclats - ces gens-là viennent du punk-rock et ça se sent (ce ne sont pas les accords Clashiens de 'Salvation' ou les refrains/slogans de 'The Price' ou 'Redrun' qui vont nous démentir. Bon, on rassure tout le monde, la dérision reste de mise (le précité 'You Fuck My Wine'), elle évite tout académisme -  ces gens-là sont tout sauf bas du front. Un album qui ne pourra que ravir les amateurs de raw rock'n'roll... Et ce qui ne gâche rien, c'est que ces faux dilettantes ont aussi soigné la (superbe) pochette. Version vinyle recommandée, bien entendu. 
Marc Jansen

Will
One Click Away

Genre musical: Blues- rock 
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : www.williamsalesne.com

Des solos qui décoiffent, des rythmiques funkys, un gros son bien rock sur des influences blues, pour leur premier CD One Click Away, le Marseillais et ses deux acolytes Jean Paul Daydé à la basse et Eric Flandrin à la batterie nous en font voir de belles ! La première chanson ‘Shake Them Bones’ attaque déjà fort, suivie par ‘Crash’ dont le riff risque de vous rester en tête. La basse de Daydé bourdonne et l'on se réjouit du mixage qui lui offre une vraie visibilité sonore. On la retient notamment sur ‘Cool Cats’, dont la rythmique funk et la wah-wah nous décollent du canapé. Les envolées guitaristiques sont soutenues par Eric Flandrin, bien déterminé à nous faire taper du pied. Will allie son amour des seventies, bien présent sur des morceaux comme ‘Keep Away From Me’, digne d'un Stevie Ray Vaughan, à des influences plus modernes qui insufflent un certain groove à des pistes comme ‘I've Got Time’. En définitive, des riffs qui claquent à la Keith Richards et la jolie voix de Will ne sont pas les seuls atouts de cet album. Ce blues plutôt rock modernise le genre, et l'on attend avec impatience la prochaine sortie du trio !
Marion Braun