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10/20
Chroniques CD du mois Interview: ALMANAK Livres & Publications
Portrait: W.C HANDY Interview: lee o'nell blues gang Dossier: FENDER STRATOCASTER
 


Dans cette rubrique, vous trouverez une sélection de CD choisis par l'équipe Blues Again.

OCTOBRE 2014

Awek
20 ans de Blues

Genre musical: Blues, swing, etc
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : www.awekblues.com

Joyeux anniversaire ! 2 décennies ou 4 lustres peu importe comment on nomme la période, 20 ans c’est une étape. Et ça se fête ! Rendez-vous compte, c’était au siècle dernier, François Mitterrand était à l’Elysée, on inaugurait le tunnel sous la Manche, on payait en francs, vous n’aviez pas encore de connexion internet ni de GPS. Cette année-là Clint Eastwood présidait le festival de Cannes et John Lee Hooker était toujours de ce monde. Une époque que certains n’ont pas connue. C’est donc à Toulouse en 1994 que Bernard Sellam au chant et à la guitare, Joël Ferron à la basse et Olivier Trebel à la batterie décidèrent de se réunir pour fonder Awek, trio blues qui allait s’imposer dans le paysage musical français et international. Stéphane Bertolino avec son harmonica rejoindra le groupe 10 ans plus tard. Awek en 20 ans ce sont 9 CD de blues vivifiant et une kyrielle de festivals des deux côtés de l’Atlantique. Alors pour marquer l’évènement voici un superbe album souvenirs de 92 pages illustrées de centaines de photos, avec les commentaires des membres du band et les témoignages d’amis musiciens, organisateurs de festivals, animateurs radio ou rédacteurs de revues. Et la cerise sur ce gâteau d’anniversaire c’est le DVD (1h 10 mn + bonus) où l’on retrouve Awek au fil des ans sur scène, en petits clubs ou face à plusieurs milliers de personnes, et en coulisse, avec quelques bouffées d’ivresse comme les félicitations appuyées de BB King pour qui le groupe ouvrait à Cognac en 2009. Alors, encore une fois : Joyeux anniversaire !
Gilles Blampain

Bad Mules
Keep rolling

Genre musical: Soul, swing, etc.
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur :
www.bad-mules.com

L’esprit des géants du rhythm and blues des années 1950 hante cet enregistrement. Délicieusement vintage tout en étant parfaitement actuel les Bad Mules font dans le raffinement musical avec une petite merveille de swing et de soul, alliant voix de velours et accompagnement tonique. Un charme unique, un vrai régal ! L’ambiance générale renvoie des échos de Stax et Motown et des éclats doo wop auxquels le band mêle ses propres acquis. La sensualité du saxophone (baryton ou ténor) de Freddy Pohardy Riteau, le velouté de l’orgue Hammond de Philippe Gautier, l’énergie des riffs de guitare de Julien Broissand et le beat bien marqué de la batterie de Denis Agenet servent d’écrin à chaque titre. Les Mules ruent dans les brancards avec une pêche incroyable en alignant 9 titres originaux et 3 reprises ‘Troubles Goodbye’ (Jimmy Liggins), ‘Would You’ (Dave Bartholomew), ‘Ain’t Gonna Move’ (Johnny Guitar Watson). Le band déborde d’énergie mais cueille son auditoire avec une ballade étonnante ‘Suzy’s Goin’ Home’ où une guitare acoustique et de légères percussions soulignent un chant mélancolique. En 37 minutes, avec un swing épatant, une sensualité à fleur de note, un feeling d’enfer et de bonnes vibrations, les Bad Mules nous entraînent à travers ce nouveau disque dans un trip torride dont on ne revient pas indemne.  
Gilles Blampain

Blues Karloff
Ready for the judgement day

Genre musical: Heavy Blues
Label : BLUES BOULEVARD
Distributeur : MUSIC AVENUE

Karloff… Le nom du groupe trahit bien les intentions des quatre Belges qui le composent. Il s’agit de tabasser une quinzaine de standards de blues jusqu’à en faire des monstres, comme la créature du docteur Frankenstein, et que le blues soit le procureur du Jugement Dernier. Mission accomplie. L’exercice a déjà été tenté par tout un tas de frappadingues avant eux. Les Karloff (Paul Van Camp, Fronzie Verdickt, Frans Ruzicka, Georges Milikan) ne découvrent pas la pentatonique à six notes, mais le résultat n’en est pas moins spectaculaire. Ainsi lestés d’électricité, ces covers changent radicalement de cause, de pigmentation, d’histoire et de géographie ! Et plus ils les charbonnent, plus les covers irradient, extravertis et cisaillés de chorus. Certaines reprises comme ‘If I Had Possession Over Judgement Day’ (par ici, le titre de l’album !) se contentent d’un gros blues-rock monté hard, d’autres détalent avec un jarret rock’n’roll en bonne et due forme (‘Shame Shame Shame’), on trouve une sorte de glam noir quand la voix veut bien tenter le coup (‘Rock Me Baby’), cette grandiloquence brute qui fait les grandes chansons (‘Better By You, Better By Me’), et des superpositions de lignes soudaines qui rendent tout-à-coup solaires des parcours d’abord telluriques comme ‘Who’s Been Talking’. Blues Karloff glisse subrepticement une de ses compos dans ce panthéon, ‘Mean Ol’ Woman Blues’, magnifique comptine progressive, la plus belle plage de l’album. Deux guitares, une basse, une batterie, un clavier ici, un quartet à cordes là, seize titres d’un blues démesuré. Juste bandant.
Christian Casoni

Dany Franchi band
I believe

Genre musical: Elegant blues-rock.
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : www.danyfranchi.com

Puisque comprimé entre la montagne et la mer, le Génois par tradition adore la prise de risque au long cours : Dany Franchi vient de hisser les voiles vers le Nouveau Monde pour aller concevoir un second bébé à Cadiz, dans l’Ohio, deux ans après la sortie de son remarquable Free Feeling. Accueilli sur place par le grand Sean Carney qui a produit l’album avec lui, le prince transalpin de la Stratocaster a fait grimper dans le navire son fidèle batteur Andrea Tassara, spécialiste du contretemps qui tue, et Carlo Dellepiane, bassiste marteleur inflexible, radical, sensuel. Le trio signe ici une œuvre dense aux tonalités variées, avec plusieurs morceaux charpentés blues de blues à l’ancienne mais mijotés selon la mode ligure, ambiances soul ou rock’n’roll comprises. Les amateurs se délecteront d’un joli shuffle instrumental, d’un vrai gombo à danser, d’une étonnante et délicate reprise d’OL’55 de Tom Waits. Rien à dire, Franchi est un maître de la composition qui sait exprimer l’essentiel, ses mots sonnent juste, son jeu de guitare a gagné en sobriété même si les soli claquent encore comme des coups de fouet dans la nuit bleutée d’un univers duveteux, avec toujours l’originalité à fleur de rythme, une forme de Label Rouge propre aux artistes d’Italie du Nord. Dany, c’est également une voix chaleureuse, fraîche et mature à la fois. Brillante idée que d’ajouter les cris du sax de Chuck Moore et de la trompette de James Godin par ci, la brume d’orgue de John Popovich par là... Pas de doute, on tient là un échantillon du bonheur. En revanche I Believe dure à peine trente-neuf minutes : trop court, pourtant si bon…
Max Mercier

David Migden and the Twisted Roots
Animal & Man

Genre musical: Mystère Folky-funky
Label : BLUES BOULEVARD
Distributeur : MUSIC AVENUE

Un drôle de swing dans le chant, qui peut rappeler Jay Kay ou même Joe Jackson, des arrangements aussi insaisissables que le style, un peu monotones, un peu houleux, difficiles à suivre, charriant quelque chose d’assez sombre mais non-agressif, funk et folk à la fois, rarement mélodieux, aussi peu connotés qu’une réminiscence, des échappées brillantes par moments… comme par inadvertance. A part ‘Rougarou’ et sa clarinette dixielandaise, Migden joue la cible mouvante. Songwriting ? Americana ? Jazz en névrose pop ? Pop, peut-être pas. L’album n’est pas immédiatement excitant, ni ennuyeux du reste. Il se mérite sans doute. Migden est né en Arkansas et s’est expatrié outre-Manche. Son groupe, les Dirty Words, sont devenus les Twisted Roots. Ils en sont à leur troisième album sous une appellation ou une autre. Migden chante et joue un peu de trompette. Son guitariste s’appelle Joe Gibson, son clavier : Graham Mann, son bassiste : Phil Scagg et son batteur : James Sedge. Plus quelques invités. Vite, une chanson de Status Quo ! (C’était pour rire.)
Christian Casoni

Devon Allman
Ragged & Dirty'

Genre musical: Soul, blues-rock sudiste
Label : RUF
Distributeur : SOCADISC

Allman? Allman? Ça me rappelle quelqu'un. En effet, il s'agit bien du fils d'un des frères. Greg pour être précis. Alors quand on a ce père et en plus un oncle du surnom de Skydog, on ne fait pas dans la techno. Non. On fait dans le blues. Celui du Sud. Celui des grands hommes. Et quand on a cet héritage, la difficulté est de trouver sa propre identité. Pas évident. Bien que n'ayant connu son père qu'à l'âge de 15 étés, vu comment il chante et joue de la guitare, le petit Devon a dû fréquenter l’A.B.B. à travers disques et titres à la radio, à un âge avancé. Alors ce disque? Le second sous son nom. Musicien depuis les années 90, au sein de formations comme Honey Tribe ou le Royal Southern Brotherhood, le gars s'est forgé une solide voix soul et un excellent jeu à la Gibson. Pas de slide ici, comme tonton ! Les titres alternent entre compos de Devon, celles de Tom Hambridge (Johnny Winter, Buddy Guy, James Cotton) le batteur producteur de ce disque, et 3 reprises, 'I'll Be Around', le méga tube de 72 des Spinners, un titre d'Otis Taylor et 'Ragged & Dirty' de Luther Allison. Blues funk, rock, soul, voir jazzy, tous sont emmenés par cette splendide voix, colorées par l'orgue B3 de Marty Sammon et une excellente rythmique (l'instru. habité de 9'  'Midnight Lake Michigan').
Juan Marquez Léon

Duke Robillard Band
Calling all blues!

Genre musical: All blues
Label : DIXIEFROG
Distributeur : HARMONIA MUNDI

Monsieur Plus est de retour et le titre du CD annonce bien la couleur : bleu ! Calling All Blues balaye largement le spectre du blues à la soul en passant par le boogie sans oublier une pointe de rock’n’roll. Le band nous emmène dans un fabuleux voyage : Memphis, Chicago, Texas… Aucune appréhension à avoir avant l’écoute d’un nouveau CD de Robillard car son nom est toujours gage de grande qualité. Pour cette nouvelle livraison le Duke est entouré de son équipe habituelle, Bruce Bears au piano, Brad Hallen à la contrebasse et Mark Teixeira à la batterie. Il a convié pour l’occasion quelques invités de choix comme Sunny Crownover au chant, Rich Lataille et Mark Earley aux saxophones et Doug Woolverton à la trompette. Duke Robillard : « J’ai imaginé ce disque comme un album très blues, avec beaucoup d’originaux. Il s’inspire de nombreux styles de musiques américaines basées sur le blues. Nous espérons que vous apprécierez notre parcours à travers ces styles car nous avons utilisé les sons créés par les musiciens de ces villes et ces états où ces styles de blues et de soul se sont développés ». Que dire de plus ? Robillard signe 10 compositions originales et il est toujours au top du point de vue de la technique et du feeling. C’est bref, en 39 minutes tout est dit. Mais c’est un concentré de sensualité et de dynamisme.
Gilles Blampain

Jack Bon Slim Combo
What a good life ! 

Genre musical: Rock, blues, boogie
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : www.starassoprod.com

Jack Bon est de retour et ça fait des étincelles. Le combo a une musculature sèche et puissante et ne manque pas d’endurance. Ça tape dur, fort et juste dès le premier titre. Jack Bon, à la guitare et au chant, est entouré de Laurent Falso à la batterie et de Chris Michel à la basse. Le trio qui a une pêche d'enfer envoie12 compositions originales bien ficelées (toutes signées Jack Bon), palette multicolore de rock, blues et boogie de la meilleure veine. La force de frappe augmente encore quand Fred Brousse vient broder quelques enluminures d’harmonica sur certains titres. Avec un minimum de moyens pour un maximum d’efficacité, le band explose le cadre. L’assise rythmique allie puissance et souplesse, les riffs acérés semblent déchirer l’espace et le chant au timbre rugueux s’incruste rapidement dans les tympans. Une énergie débordante submerge l’auditeur et les plages du CD s’enchaînent sans faiblir ; 43 minutes plus tard on est sonné mais on en redemande. Le résultat est sans équivoque, c’est riche et stimulant car l’émotion et le feeling ne sont pas absents de cette excitation sonore.  Un disque fort et vif qui dégage une réelle ardeur. What A Good Life ! En effet après avoir écouté cet enregistrement on se dit que la vie a des bons côtés.
Gilles Blampain

Jerry Deewood
Reborn 

Genre musical: rock’n’roll gospélisé, country-rock sophistiqué
Label : ADONDA
Distributeur : Cdbaby, iTunes

L’homme de Bruges est un cas. En 1961, il démarre dans le rock’n’roll comme son compatriote Jean-Philippe Smet et, lui non plus, n’a jamais raccroché. Là où sa bio se corse, c’est qu’il est inconnu en Europe et acclamé aux Etats-Unis. Au milieu des années 2000, il truste les charts américains du gospel, qui représentent un immense marché. Il a sympathisé avec Shaun Nielsen, ancien songwriter d’Elvis et, fort de cette collaboration, enregistré deux très beaux albums à Memphis. Jerry chante vraiment bien et Shaun est un merveilleux mélodiste. Les albums sonnent rock’n’roll, gospel, country-rock, avec un confort de music-hall apporté par une exécution soignée, une voix de crooner trempée de gospel, qui rappelle celle d’Elvis et qui pose du velours sur les riffs. ‘Freedom Demands’, ‘Friends In High Places’, ‘Where Stupid Begins’, ‘There’s A Fire Below’ : une plume d’argent, une voix d’or. Le nouvel album loge une nouvelle fois chez Adonda, le label de Nashville. Il est intitulé Reborn, peut-être parce que les chansons de Shaun Nielsen, déjà enregistrées sur l’album précédent, ont été restylées. Reborn aussi, parce qu’on assiste à la réincarnation de Nielsen, décédé en 2010. On peut toujours regretter l’attaque plus directe des versions initiales, mais Jerry cisèle ici des arrangements panoramiques. Il a passé trois ans à polir ces huit perles. « C'est un remake total de l'album précédant. Tout est nouveau, même le chant. Les musiciens se sont calés sur l'original, dont on n’a conservé que le piano acoustique et la guitare d’Eddy Web. » Les cuivres ajoutent un swing spécial, une dimension rhythm’n’blues, presque big band par moments. Jerry Deewood mérite d’être enfin découvert de ce côté-ci de la mappemonde, ce ne sera pas trop tôt. Une interview est disponible dans les archives de ce site.
Christian Casoni

Joe Bonamassa
Different shades of blues 

Genre musical: Blues, rock, soul
Label : MASCOT
Distributeur : WAGRAM MUSIC

Au cours de ces dernières années Joe Bonamassa s’est investi dans des participations artistiques qui ne lui ont pas trop mal réussies, notamment avec Beth Hart avec qui il a gravé quelques perles. Le voici de retour, seul aux manettes, avec le premier album qu’il enregistre en studio depuis deux ans. Album qui est le premier de sa carrière à ne présenter que des compositions originales. Avec ces différentes nuances de bleu, il se recentre sur lui-même en livrant 11 titres déclinant une palette de teintes bluesy. Il nous entraîne donc avec bonheur dans diverses directions, blues, rock, pop, soul. En réel virtuose il équilibre parfaitement technique et sensibilité en abordant les riffs bien robustes (‘Oh Beautiful’), les funks torrides et bien cuivrés (‘Love Ain’t A Love Song’), les puissants shuffles (‘Living On The Moon’) ou la ballade mélancolique (‘Never Give All Your Heart’). Son jeu est toujours très incisif et rapide, tout en sachant rester mélodique. Le style est original et le feeling se faufile entre chaque note. Ce disque bâti sur la passion et qui révèle une grande maîtrise a été enregistré avec les meilleures pointures des studios de Nashville.
Gilles Blampain

Lucky Peterson
Travelin' man

Genre musical: Blues, soul
Label : JSP
Distributeur : SOCADISC

On a à peine fini d’écouter son précédent album Son Of A Bluesman paru en juin dernier que l’infatigable Lucky Peterson nous en ressert déjà un autre, Travelin’ Man. Ce disque, fruit d’une  longue collaboration avec le parolier, arrangeur et producteur Steve Washington, a vu le jour sur une proposition du label manager John Stedman qui a soumis le concept d’un blues à l’ancienne, comme un retour aux sources, à Lucky Peterson. Enregistré au Texas les 11 titres vont du moelleux au plus percutant et sonnent comme un hommage au Chicago blues des années 50. Mais seul l’esprit est rétro car l’ensemble a l’éclat du neuf. On sent une vive passion dans chaque titre. Lucky Peterson, à la guitare ou au piano, fait preuve une fois de plus de son immense talent d’intreprète et de musicien. Accompagné d’une belle section de cuivres selon les titres, l’album louvoie du blues au funk avec des détours vers la soul ou le jazz. Toujours très à l’aise et brillant, Lucky Peterson nous emmène dans des sphères que seuls les grands peuvent atteindre. La qualité est incontestable, c’est vif, élégant et joyeux. Un enregistrement qui donne 42 minutes d’un plaisir intense.
Gilles Blampain

Macia Ball
The tattooed Lady and the alligator man

Genre musical: Swamp et Louisiana blues
Label : ALLIGATOR
Distributeur : SOCADISC

40 ans de carrière et de nombreux prix pour cette chanteuse pianiste. Cette lady 'tatouée' a hérité du style du Professor Longhair (1918 - 80). En conséquence, nous voici dans les marais de Louisiane parmi nos amis les alligatoridés. Souvent les cuivres sont appelés en renfort. Entre swamp blues, zydeco, Louisiana blues, boogie woogie, se glissent de sublimes morceaux soul ('Just Keep Holding On', 'Human Kindness') ou purement blues ('Lazy Blues') afin de nous rappeler que ce pays est bien le carrefour des musiques que nous aimons. Une seule reprise 'She's The One' 1954 d'Hank 'The Twist' Ballard, rebaptisée ici 'He's The One'. Michael Schermer y gicle de sa Télécaster un court solo tout à fait digne! Il récidive d'ailleurs dans le très chaud 'Hot Springs'. Accordéon cajun et frottoir de rigueur dans 'The Squeeze In On'. Delbert 'Take Me To The River' McClinton nous gratifie d'un solo d'harmonica dans 'Can't Blame Nobody But Myself'. Au final, cette autre production Tom Hambridge (voir plus haut chronique Devon Allman) devrait intéresser tous les aficionados de piano zydeco!
Maintenant, une question : qui est l'Alligator man avec qui la Tattooed Lady convole en justes noces au dos du livret ? Bruce Iglauer ou le frotteur, Van Mouton ? 
Juan Marquez Léon

Philip Sayce
Influence

Genre musical: Blues-rock
Label : MASCOT
Distributeur : PROVOGUE

Quelques années en arrière, Philip Sayce était considéré comme un futur grand guitariste grâce à une maturité incontestable en ce qui concernait le feeling qu'il dégageait dans la pratique de son instrument. Le revoici sept albums plus tard pour un CD qui évoque ses influences, d'où le titre de celui-ci. Ses maîtres à jouer ont pour nom Hendrix ou SRV et cela s'entend. Il a tourné quelques années en tant que sideman avec Jeff Healey et le blues-rock qu'il propose est à résonance psychédélique. Quelques exemples de reprises que l'on peut trouver sur cette galette au design seventies,  ‘Sailin' Shoes’ de Little Feat, ‘Green Power’ de Little Richard, ‘Tom Devil’ qui est un classique que chantaient les prisonniers au bagne en fendant le bois, ‘Peace In The Valley’ immortalisée par Elvis Presley et aussi le nerveux ‘I'm Going Home’ des Sonics. Si vous aimez les guitares avec effets wah-wah, fuzz et autres diableries électriques, vous serez servis avec cet album de blues-rock généreux branché sur le secteur, en provenance directe de Toronto.
César

Popa Chubby
I'm feeling' lucky

Genre musical: Blues-rock
Label : DIXIEFROG
Distributeur : HARMONIA MUNDI

Qui l’eut cru ? Ça fait déjà un quart de siècle que le big bad boy de New York city a mis un pied sur scène et il fête l’événement avec ce nouvel enregistrement. Pas question de mégotter ; à l’image du physique imposant du bonhomme tout prend des proportions extra larges, alors il nous sert une double ration. Un premier CD (52 mn) nous vaut de découvrir 10 compositions originales de première fraîcheur dans le style blues-rock rageur qu’il affectionne avec des riffs agressifs bien sentis qui soulignent un chant fiévreux. Dix titres qui passent comme une bourrasque emportant tout sur son passage. Deux amis invités rejoignent le maître d’œuvre : Mike Zito sur le titre ‘Rock On Bluesman’ et Dana Fuchs qui vient faire un duo sur ‘Come To Me’. Un deuxième disque (10 pistes - 45 mn) nous permet de découvrir Ted Horowitz avant qu’il ne devienne Popa Chubby, quand il officiait au sein des bands Bloodclot ou Noxcuse. Les photos d’époque nous révèlent un jeune homme un peu rond, mais sans plus, doté d’une coiffure afro bien fournie. Ce 2ème CD  présente également le travail effectué avec le poète new-yorkais Joe Lobelle, ainsi qu’un témoignage de l’activité de Popa Chubby avec les Street Docs, rappeurs de Brooklyn.
Gilles Blampain

Ruf Records
20 Years Anniversary

Genre musical: surtout blues-rock, mais c'est réducteur....
Label : RUF
Distributeur : SOCADISC

Thomas Ruf a collé son premier macaron sur un disque en 1994. On est vingt ans plus tard. Le gâteau d’anniversaire est une double galette chargée des meilleurs moments du label. Et comme Ruf a du stock, il presse un condensé d’énergie, son substantifique moi. L’illustration de la couve raconte comment s’organise la cérémonie : une fille et un garçon se tournent le dos et jouent de la guitare. Voilà. Les bluesladies sur le premier disque, les bluesgentlemen sur le second, la guitare électrique en guise de croix, donc une tempête de solos juteux et des murailles de shuffles (mais pas que). Le projet est vraiment symétrique, c’est un jardin à la française. L’album s’ouvre sur ‘Bitch’, reprise des Stones par Samantha Fish et ses deux copines, il se ferme sur ‘You Can’t Always Get What You Want’, reprise des Stones par Luther Allison (la fameuse version). Sur chaque rondelle, les bleus commencent, les vieux finissent. Le premier disque démarre ainsi avec Samantha Fish et freine sur Sue Foley. De l’autre côté de la travée : Thorbjorn Risager au départ, Luther Allison à l’arrivée. Pour justifier le « mais pas que » mis entre parenthèses plus haut, chaque disque est asséné par trois ou quatre mandales tonitruantes, puis la centrifugeuse ralentit.  Le blues-rock prend alors ses teintes alternatives funky, ou jump, il y a même un titre acoustique presque folk (Dani Wilde, ‘Shine’). Quelques fort jolies mélodies sortent de sous les décombres, ‘Try Me’ (Meena) ou ‘Waitin’ On Daylight’ (Bart Walker). Le souffle à peine retrouvé, la centrifugeuse accélère de nouveau et fait écumer son blues-rock volumineux. Ruf nous sert du Ana Popovic, du Candye Kane, du Jeff Healey, du Cyril Neville, treize plages exclusivement féminines, et quinze pour ces messieurs. La présentation est classieuse, le livret est bien nourri, le terrain est balisé : le blues-rock tel qu’en lui-même, lancinant et hyperbolique, ses montées de feeling, ses jubilations, ses gros coups de calgon… Nickel.
Christian Casoni

Ruthie Foster
Promise of a brand new day

Genre musical: Gospel-blues-soul
Label : BLUE CORN MUSIC
Distributeur :
BLUE CORN MUSIC

Comme me le rappelait Schopenhauer, il faut profiter du matin, parce que c’est la jeunesse du jour. Ne cherchez plus : voici l’album parfait pour le matin. J’irais jusqu’à dire le dimanche matin aux effluves de café, un rayon de soleil dehors et pas envie de sortir. Le son de cet album est luxueux, débordant de bon goût. Qui es-tu, Ruthie Foster ? Rien moins que l’héritière officielle de Mavis Staples, qui l’appelle sa little sister. Elle reprend d’ailleurs ‘The Ghetto’ un titre de 1968 des Staples Singers. ‘It Might Not Be Right’ est cosigné William Bell. Oui, le fantastique crooner Stax de ‘Private Number’ est toujours vivant : il est monté sur scène avec elle le 15 septembre. L’album est superbement produit et co-écrit par Meshell Ndegeocello. Stylés les contacts de son IPhone, non ?  La musique est un mélange de gospel, de blues, de soul, le tout concerné. Elle est là pour délivrer un message, et vu son pedigree on tourne vite autour de la question raciale. Dans ‘Second Coming’ par exemple, reprise de Willie King: ‘They killed Dr King’s body, but they couldn’t kill his mind’. En l’an 6 après Obama, on pouvait penser qu’elle aurait dû laisser le Dr King où il est, mais Michael Brown est mort à 18 ans à Ferguson. Près de 60 ans après Emmett Till. Elle reprend avec facilité et naturel le ‘Outlaw’ d’Eugene McDaniels (ne cherchez pas, c’est le co-auteur de Compared To What’), magnifique morceau qui défie les lois de la pesanteur (‘She’s an outlaw, she don’t wear a bra’). La grâce, la dignité, la modestie. Vous allez faire une belle rencontre.
Cranberry Gordy                                                                     

Sean Rowe
Madman

Genre musical: Folk soul
Label : ANTI
Distributeur :
PIAS

Chanteur à voix grave, très grave. Baroudeur solitaire, militant et défenseur des grands espaces naturels, faisant surtout des concerts à domicile (http://rowehouseconcerts.com/), ce 5ème disque de Sean Rowe fait dans cette matière noble qu'est le bois, d'essence rare. Même si, parfois, l'électricité frappe sévère sur certains titres, ('The Real Things'), ou pas (le tendre 'My Little Man') cet homme ne fait pas semblant ; tantôt empreint d'une soul folk agressive, ou sentimentale, ce dernier nous offre, là, ses tripes, son cœur, et son art. 'Madman', on l'imagine bien, humblement, hurlant sous la lune et sur nos vies, ses textes habités. Guitares électriques, handclaps, sax baryton, accordéon, keyboards, clarinettes, ce disque est pour moi la découverte d'un immense talent. 'Desiree' pourrait même marcher en radios, c'est pour dire, et sans que cela nuise à la réputation de cet immense artiste. La presse du monde entier compare sa voix à celle de Tom Waits, Léonard Cohen. Moi, je dis de façon tout à fait précise que cette voix est uniquement celle de Sean Rowe, et que son dernier disque est un chef d’œuvre.
Juan Marquez Léon

Vegomatic
Vegomatic Trip

Genre musical: Folk surf
Label : TROIS JEUNES TAMBOURS
Distributeur : trois-jeunes-tambours.com/vegomatic

Des chansons légères sur les bagnoles, le surf, les filles ? Oui, vous là-bas avec la casquette et la chemise hawaïenne ? Hawthorne, California ? Non, Saint-Malo, Ille-et-Vilaine. Beau digipack : un CD et son compagnon, le DVD. Le tout écrit, produit, tourné sans aucun  budget, avec son frère, son fils, ses potes. Les instruments de prédilection sont la guitare acoustique, la basse (tendance Herbie Flowers pour ceux que ça intéresse), quelques percussions. Ça pourrait être cheap, c’est volontairement low tech. Oubliez les repères, ici on mélange tout : autofiction, ukulélé, combi VW. On superpose Jonathan Richman et Michel Legrand : on obtient Thierry Los, le skater pygmalion. « Les artistes je vous salue » aurait lancé Max Meynier, héros des grandes ondes oublié, célébré ici (‘Ta Voix Sur La Radio La Nuit’). Il fait chanter Macha Kouznetsova, actrice (la Perle de Sibérie), et le résultat est le tube (on peut rêver) ‘Baïkal’, ballade nostalgique rythmée au xylophone. Il retrouve Myles Sanko, son « Fiston Soul » sur deux titres : ‘Stay Away’, folk funk nerveux, qui sonne comme un classique instantané, et ‘My Inspiration’, boulevard pour un crooner, somptueusement sublimée par l’accordéon jazz miraculeux de Jean-Pierre Ménager. Dionne Warwick aurait pu chanter celle-là (pourquoi ne pas lui envoyer d’ailleurs ?). Au final, on a un album qui a une absence totale de prétention, mais qui vogue au niveau des étoiles sans effort apparent (écouter ‘Siren Lounge’  du frangin, pour s’en convaincre). Comment tu t’appelles? Melody.  Melody comment? Melody Loshouarn.
Cranberry Gordy