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12/18
Chroniques CD du mois Interview: LITTLE MOUSE & THE HUNGRY CATS Livres & Publications
Portrait: CHARLES BROWN   Dossier: SPECIALTY RECORDS
 


Dans cette rubrique, vous trouverez une sélection de CD choisis par l'équipe Blues Again.

OCTOBRE 2012

Brian Setzer
Live From The Planet

Genre musical: Rock'N'Roll et country bien sur
Compositions: 8 sur 15,5
Livret : Excellent
Label : SURFDOG
Distributeur : SONY

On peut toujours chipoter avant de capituler. Encore un disque live de Brian Setzer, aussi brillant que tous les live enregistrés précédemment, mais pas plus. Toujours le même répertoire, ces bumpers rock'n'roll pour les coups de sang, 'Ignition', 'Runaway Boys', 'Red Hot', et toujours cette rampe country pour l'étalage technique. Toujours cette fureur de vivre automatique qu'on connaît trop bien, qui saoule un peu maintenant qu’on n’est plus des adolescents. Mais à un moment, sauf à vouloir faire de la mauvaise foi un idéal, il faut capituler ! Live From The Planet raconte l'odyssée transcontinentale de 2011, Amérique, Australie, Europe et Asie. Brian Setzer, roi du monde avec ses leudes : Johnny Hatton et Chris d'Rozario aux contrebasses, Noah Levy et Slim Jim Phantom aux batteries, Kevin McKendree au piano. La petite troupe fait un bûcher de planches partout où elle passe, c’est son seul plan de carrière. No future mais aussi no past car, si Setzer n’a rien du visionnaire arty qui veut marquer la prochaine couvée, il n’a, malgré les apparences, plus rien d'un fétichiste qui s’acharnerait à pérenniser les fifties. Ce jouisseur a juste envie de jubiler, plongeant dans d'aventureux solos avec un arsenal de plans inépuisable (rock'n'roll, jazz), arpégeant des ponts étourdissants où le ragtime précède la country, ayant digéré Gene Vincent, Hank Williams, Glenn Miller sans se défroquer, et s'étant dégagé d'un futur pour lequel il n'était pas bâti (cf. The Bloodless Pharaohs ou l'album The Knive Feels Like Justice). C'est un sou neuf aujourd'hui, un cul terreux raffiné pour un présent disponible, débarrassé de ses prophètes.
Christian Casoni                                         


Clayton Doley
Desperate times

Genre musical: Blues, Soul, Orgue hammond B3
Compositions: 6 sur 9
Livret : Digipack sans livret
Label : AUTOPRODUIT
Distributeur : www.claytondoley.com , CDBaby

Si on se fie à la photo qui orne ce digipack, on peut s’attendre à ce que ce fringuant jeune homme en costard cravate nous propose de la pop music suave. Que nenni non point. Son registre à lui, c’est l’orgue. Le Hammond B3. Autant dire un sacré monument, avec sa pléiade de tirettes, ses pédales et ses deux claviers. Le type en a si bien assimilé le fonctionnement qu’il est le meilleur du genre en Australie et qu’il est une gloire montante sur la scène internationale. C’est du Hammond, certes, mais pas du Rhoda Scott, tout cela grâce à un guitariste vraiment dynamique voire parfois furieux comme sur cette composition à tendance jazz rock baptisée ‘Chester Drawers’ où ses chorus déchirent. Le garçon joue en trio (un guitariste et un batteur, lui-même se réservant les parties de basse). La palette des styles est large. Le CD débute avec un morceau qu’aurait pu créer Donald Fagen  ‘Dealing With The Devil’ Un truc qui te fait battre instinctivement la mesure avec une belle mélodie mise en valeur par la voix juste et claire de Clayton Doley. On enchaîne avec le ‘Seventh Son’ de Willie Dixon, gentiment rock, toujours avec la  guitare de Champagne James Robertson qui électrise le truc. Et puis il y a aussi ce morceau lent et intense ‘Friday The 13th’ où il dit être né un vendredi 13 et il s’en prend plein les dents. Le don de super mélodiste est confirmé avec le titre qui clôture cet album ‘Permanent Holiday’. Voui, voui, on est en vacances permanentes avec ce CD.
César    

Denis Flaichez with the Red Hot Blues Caravan
The things I should

Genre musical: Jump, swing, Boogie and more
Compositions: 6 sur 13
Livret : Pas vu
Label : DEVIL'S JAM
Distributeur : http://www.myspace.com/theredhotbluescaravan

Voilà un combo qui dégage une force non dénuée de sensibilité. Son style, joyeusement agressif, navigue entre Chicago et West coast blues avec une attaque incisive et mordante qui retient l’attention dès le premier titre. L’harmonica est puissant, délié et brillant tout autant que la guitare qui l’accompagne ou lui répond, quant à la voix elle est grave et chaleureuse. N’omettons pas de signaler que la rythmique est impeccable et tout le monde sera servi. Denis Flaichez (chant, harmo) est entouré de Thibault Ripault (guitare), Tiffany Slim (basse) et Andy Martin (batterie). On sent une parfaite osmose dans le band, ce qui fait que le résultat est au top. Il y a dans cet enregistrement un punch incroyable. C’est du brutal, c’est fort et offensif ; pourtant sonné debout on en redemande. Si les 10 titres gravés en live sont très chauds, les 3 derniers interprétés en solo, et en studio, par Denis Flaichez sont plus intimistes mais ne manquent pas d’énergie pour autant. Au nombre de 6, les compositions signées Flaichez font jeu égal avec les reprises de Carey Bell, Roy Brown, Rice Miller, Luther Johnson, Billy Emerson et Billy Boy Arnold. La production et parfaite et l’écoute de cette petite perle sonore est bouclée en un peu plus de 40 minutes chrono.
Gilles Blampain

Fred Chapellier
Electric Fingers

Genre musical: Bues'N'Soul'N'Roll
Compositions: 10 sur 13
Livret : Super digipack accordeon
Label : DIXIEFROG
Distributeur : HARMONIA MUNDI

A la vérité, puisque Fred Chapellier branche sa guitare chaque jour sur 220 volts depuis plus de trente ans, l’affaire ne pouvait finir autrement : un matin, il s’est réveillé avec les Doigts Electriques ! Et il en profite, le bougre, pour nous dévoiler sa grande complicité avec le courant alternatif, affirmant lui-même que les treize morceaux de ce nouvel album sont l’exact reflet de ses rêves. De fait, il y a insufflé tout ce qu’il est, misant sur la diversité des ambiances et la sonorité unique de sa frangine à caisse pleine. Le voyage commence sur les jantes d’une ‘Hot Rod Cadillac Automobile’, le feu sous la gomme, avant de virer doucement entre les vallons du blues et l’horizon ouaté de la soul music. La première écoute ne laisse aucune place au doute : le patron a réuni pour l’occasion les meilleurs fleurettistes du blues’n’roll hexagonal, de l’harmoniciste Nico Wayne Toussaint au guitariste Charlie Fabert, en passant par Delaunoy, Palatin, Benachour, Dandrimont, Cugny, Bidal, assurant le dosage parfait entre la précision nanométrique, la force de frappe et les émotions contenues. L’organiste britannique Vic Martin, ancien compagnon de scène de Gary Moore, est invité sur deux titres, dont l’époustouflant ‘Gary’s Gone’, écrit à la mémoire du virtuose nord-irlandais disparu début 2011. Plus cette galette toupille sur la platine, moins on imagine devoir la quitter. Le son monumental et le raffinement des compositions n’ont d’égal que l’énergie dégagée par chaque prise. Oui, c’est l’âme des géants qui émerge des riffs lumineux. C’est le sang de Chapellier qui coule dans les cordes de la Telecaster. C’est la quintessence du blues qu’il nous offre ici, rien d’autre que la vie.
Max Mercier



blues octobre 2012

blues Octobre 2012

EB Davis & The Greyhound Blues Band
You Can Still Take It Or Live It

Blues boulevard

 


Linsey Alexander
Been There Done That
Delmark

 

 

Rockin' Johnny Band
Grim Reaper
Delmark


Linsey Alexander est un vieux guitariste noir qui a fait plus de scènes locales que de disques internationaux. Avec lui on s'enferre dans la gentry chicagoane, jusqu'à l'hommage rendu à Willie Kent en trois reprises remarquables. L'essentiel de l'album est constitué de compos originales qui ont toutes leur cachet. Outre un Chicago blues de toute beauté, intense et rigoureux, Linsey fait des étincelles dans la soul vintage et les hachés funky. Notre homme est crédible à tous les étages et personne ne traîne la patte derrière lui. L'harmonica de Billy Branch, la guitare brûlante de Breezy Rodio (‘Raffle Ticket’), la trompette de Ryan Nether (‘Been There Done That’), le piano de Roosevelt Purifoy, le chant musclé de Linsey… Nom de Dieu, j'achète !

Un peu plus poussif : le comeback de Rockin' Johnny Burgin, chanteur et guitariste blanc que Delmark présente comme une référence à Chicago, et dont les chroniqueurs auraient perdu la trace pendant dix ans. Il resurgirait des limbes avec cet album d'un blues électrique souvent orthodoxe, parfois rock, swamp (‘One And One Ain't Two’) ou funk, mi-compos, mi-covers (Fenton Robinson, Little Walter, Jody Williams…). Johnny joue west-side au pouce et chante d'une voix malicieuse et mélancolique, parfois mal assise, ce qui peut lui donner du sentiment. Malgré la surcharge (il faut avoir le temps de l'écouter, ce disque), l'album est digne d'intérêt. Quelques moments inattendus comme le solo garage psyché de "Don't Mess With Me Baby" ou la noirceur lancinante de ‘It's Expensive To Be Broke’. Plus un titre zarbe qui dit : ‘Cuir A Godasse & Gomme A Pneu’ !

Chicago blues once again avec cet album d'EB Davis chez Blues Boulevard, vieux bluesman noir né en Arkansas, familier un temps de la scène de Memphis, assez tôt attiré par l'Europe, notamment l'Allemagne et les Pays-Bas, où le disque a été enregistré. Cette collection de shuffles étales, placides, sur lesquels un chant souple circule avec aisance, fait inévitablement penser à Jimmy Reed, dont EB reprend ‘Bright Lights, Big City’. Un album sans aspérités, simple, attachant. D'ores et déjà rendez-vous est pris si faire se peut, car il faut savoir raison garder sans bourse délier et cette chronique point-finaler !
Christian Casoni

Mariama
The Easy Way Out

 

Genre musical: Pop Folk
Compositions: 11 sur 13
Livret : Pas vu
Label : CINQ7
Distributeur : WAGRAM

Mariama, c’est une jeune femme de 25 ans qui a pas mal roulé sa bosse. C’est une voix, sûre, aérienne, avec juste ce qu’il faut de soul pour lui donner du corps et de la profondeur. C’est une guitare qui rythme son chant, toujours, soutenue par une orchestration sobre, ou seule comme une grande pour un son acoustique. C’est la simplicité, la sensibilité. C’est une légèreté apparente, et des textes qui parlent de la vie, de ses quêtes, de ses séparations, de la nécessité de tracer son chemin, de tenir bon et de garder la foi – en soi et autre chose –, et de garder la joie. Ce premier album nous promène donc avec douceur, de ballades entraînantes (‘Easy Way Out’, ‘No Way,’ ‘Change With The Seasons, ‘In The Park’) ou plus mélancoliques (‘Fly Away’, ‘In The Wind’, ‘Mathilde’) en échos divers : du gospel (‘There Is A Place’) au reggae soft (‘Easy’) en passant par la pop 60’s (‘Life Goes On’, avec Helena Noguerra), les chœurs africains (‘Sometimes’) et même des réminiscences de Katie Melua (‘September Melody’), pour terminer en gaieté sur une friandise (‘J’ai Deux Amours’, joli hommage à Joséphine Baker). On peut vouloir jouer les ornithologues maniaques et chercher en vain le taxon dans lequel classer ce bel oiseau-là. Ou l’on peut choisir, en rentrant fourbu du boulot, un soir, d’aller s’asseoir sur la terrasse, les pieds en l’air, un cocktail à la main, et d’écouter son chant pour se ressourcer l’âme.
Cécile Clerc

Quintus McCormick
Still Called The Blues

 

Genre musical: Blues, Blues Rock et Funk
Compositions: 7 sur 13
Livret : 6 pages avec un mot du producteur: Steve Wagner
Label : DELMARK
Distributeur : SOCADISC

Quintus McCormick revient pour la troisième fois sous le label Delmark après la révélation Hey Jodie (2009) et Put It On Me (2010). Une fois encore, c’est une réussite ! Quelle fraîcheur ! Funk d’un côté avec le titre d’ouverture ‘I Gotta Go’ et sa pédale « woua-woua » ; soul d’un autre avec ‘What Am I Gonna Do ?’ et ses cuivres (Kenny Anderson à la trompette, Dudley Owens et Jerry DiMuzio aux saxophones) et blues au centre avec différentes teintes. Un blues piano-bar sur ‘It Won’t Work’  où son acolyte John Chorne manie le clavier avec une dextérité à faire pâlir les jazzmen des années 50, tel Duke Ellington. Un Chicago blues avec ‘Woke Up This Morning’ de BB King. Un blues suave et langoureux où Jerry DiMuzio pousse la « sifflonnette » avec sa flûte sur ‘That’s My Baby’. Bien entouré de ses sbires, Q (son surnom) va même taquiner les Quatre de Liverpool avec une reprise complètement doo-wop de ‘Oh ! Darling !’ où le saxophone ténor de Dudley Owens ajoute une touche soul-jazz à l’ensemble. La voix grave, profonde et barry-whitesque de Q faisant le reste. Bonne écoute !
Tristan Sicard

Red Cardell
Falling in Love

 

Genre musical: Glissements progressifs de la Celtitude
Compositions: 8 sur 10
Livret : Bien
Label : KELTIA MUSIC
Distributeur : KELTIA MUSIC

Sous ses deux bananes roses qui parodient l'album du Velvet, en voilà un objet bizarre et addictif. Rock celtique progressif et chanson française qui décroche tous azimuts. 'C'est Trop Tard' part sur une base reggae. 'I Drunk Too Much Last Night' alterne une touche ska, une basse funky et une guitare rock (qui éclabousse). 'Falling In Love' hésite entre folk breton et mélopée orientale, puis vire hip-hop et plonge dans un brasier de voix et d'échos, tabassé par une batterie… disons metal. Car il y a aussi un peu de metal dans cette macédoine. 'Bleu Blues' sonne Delta… dans une symphonie de cornemuses, avec une guitare pleine de delays. Et tout ça reste étonnamment homogène. Il ya quelques mélodies cristallines, simples et poignantes ('Ar Sorcerez') et des réminiscences de rock alternatif en filigranes, mais... chanson française ? Déjà, c'est un peu court. L'album démarre sur 'Mandolino', qui rappelle Les Négresses Vertes. D'autres titres promènent des échos de Gainsbourg ('Bleu Blues', 'Le Dragon'). 'Falling In Love' pourrait être la face B d'un 45-tours de Dalida (je n'insulte personne à ce stade. L'insulte arrive dans la phrase suivante !). Dans le pire des cas, l'emphase du chant fait penser au vieux groupe Ange ('C'est Trop Tard'). Le chanteur ne swingue pas, c'est son parti-pris. Sa belle voix grave a beaucoup de présence, mais il veut poétiser en récitant. Eh bien, même handicapé par ce parti-pris, le neuvième album de Red Cardell est magnifique. Son épopée intérieure est comme hallucinée par les bourdons de la bombarde et d'un bagad, dont les cornemuses jouent aux violons. Un harmonica mélodieux fait monter la température à chacune de ses interventions. Pareil, ce guitariste inventif qui apporte le rock. Et par dessus tout, leur génie de la fusion. Red Cardell : Manu Masko, Jean-Pierre Riou et Mathieu Pequeriau. Le disque a été enregistré chez nous et mixé à Harlem.
Christian Casoni

Ry Cooder
Election Special

Genre musical: Folk et Country Rock politique
Compositions: 9 sur 9
Livret : Pas vu
Label : NONESUCH
Distributeur : WARNER

Tout en Ry couleur : folk terreux guitare-mandoline, riffs country-rock, et son fils Joachim sonne les fûts. C'était le commentaire musical de ce hors-série électoral, chanté avec la gouaille aigrelette d'un Dylan protest-singer. Commentaire de texte à présent. Mitt Romney maltraite son chien - qui parle comme un vieil esclave noir (“Ol' massa boss cut me down”). Deux frères sous contrat avec Satan recrutent des âmes votantes pour le parti républicain. Obama tourne en rond dans le bureau oval: “If they resegregate the White House, I'll have to go in through the kitchen door”. Un simple d'esprit se rend à la tea party de Tampa, découvre les mémères de la National Rifle Association et leur programme : “Let me introduce a man you all know well. States' rights is his game, Jim Crow is his name.” Cet autre loser se retrouve dans la mouise pour avoir avalé le Kool-Aid des conservateurs, c'est-à-dire leurs couleuvres. Kool-Aid est une sorte de boisson fruitée. En 1978 à Guyana, le gourou du Temple du Peuple avait suicidé toutes ses ouailles en leur servant ce rafraîchissement additionné de cyanure. Bref, Ry voit son pays sombrer dans l'obscurantisme, légitime défense forcenée, mythomanie ultranationaliste, bellicisme, idolâtries religieuses (“We took a wrong turn with a bigot mind. Your God is dead, better try mine.”) Peu à peu l'ironie cède à la panique. Les points sur les i pour finir: “Get your dirty hands off my Constitution now, it don't belong to you. You don't speak for God, he don't belong to you. Take your bloody hands off the peoples of the world, take your hands off us, you know, we don't belong to you.”
Christian Casoni