blues again en-tete
11/22
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Dans cette rubrique, vous trouverez une sélection de CD choisis par l'équipe Blues Again.

SEPTEMBRE 2022

Alex Lopez
Nasty Crime

Genre musical: Blues-rock, pop, soul   
Label : MAREMIL
Distributeur :
Spotify, iTunes, Amazon

Pour son sixième album Alex Lopez déroule une collection de blues-rock, jazzy-soul, pop et swing de haute énergie. Une palette de styles qui dessine un paysage sonore du plus bel effet. C’est en Floride où il réside, entouré de ses compagnons habituels, Steve Roberts à la basse, Kana Leimbach à la batterie et Kenny Hoye aux claviers qu’il a enregistré les 11 compositions de son cru. Il confie : « Avec le groupe j’ai mis tout ce qui, je crois, va devenir un disque monumental d’un bout à l’autre. Les chansons parlent des défis du monde dans lequel nous vivons avec des messages d’espoir pour des jours meilleurs et la musique soutient tout ce que j’ai écrit ». En effet, s’il évoque la fragilité de la planète et du vivant, il se veut néanmoins optimiste pour l’avenir. Doté d’un bon feeling, guitariste plutôt habile, assumant l’influence de Clapton, Hendrix et Page, Alex Lopez se hisse au niveau de ses grands prédécesseurs avec une certaine dextérité. Riffs piquants et groove puissant soutiennent un chant vif et entraînant. En écoutant ‘Hooked’, les auditeurs les moins jeunes, ex-fans des sixties, pourront reconnaître avec étonnement une réelle similitude avec ‘Les Playboys’ de Jacques Dutronc. Une production de qualité dont les différentes ambiances s’enchaînent avec bonheur.
Gilles Blampain

Breezy Rodio
Underground Blues

Genre musical: Blues multicolore
Label : Windchill Records
Distributeur : iTunes, Amazon 
    

Comme on peut le lire sur sa fiche de présentation Breezy Rodio est l’exemple parfait de la personne née à la mauvaise époque au mauvais endroit. Affirmant avoir été mordu par le blues dès son plus jeune âge il va s’employer à changer son destin. Italien installé aux Etats-Unis au début des années 2000, il joue aux côtés de Linsey Alexander pendant une décennie, puis enregistre un premier album en solo en 2011 dans la pure  tradition du son de Chicago. Pour cette nouvelle production il s’est associé à Anson Funderburgh pour que celui-ci dirige les sessions de studio à Austin, Texas. Breezy Rodio signe 14 compositions originales évoluant dans différents styles comme ceux entendus dans la Windy city et d’autres beaucoup plus au Sud du côté de Memphis ou New Orleans. Ne se laissant pas enfermer dans un univers stéréotypé il joue jump, shuffle, boogie, funk et quelques touches jazzy avec une égale maîtrise. A travers cet enregistrement il s’impose comme un auteur-compositeur de valeur. Guitariste au jeu affirmé, plein de puissance et de subtilité qui s’exprime aussi bien de manière délicate que dans une certaine furie, son chant est des plus agréables. Un disque élégant qui ne manque pas de piquant.
Gilles Blampain

Chris Antonik
Morningstar

Genre musical: Blues-rock débridé
Label : Second Half Records
Distributeur : chrisantonik.bandcamp.com/album/
morningstar  
    

Avec son quatrième album le Canadien nous entraîne dans une virée sonore assez spéciale. Il déclare : « Je voulais faire deux choses avec ce disque : repousser les limites du blues moderne et du blues-rock et raconter une histoire sincère sur l'expérience humaine à laquelle les autres pourraient s'identifier. Je crois que nous avons atteint les deux. Et si chaque chanson peut être écoutée en tant que morceau indépendant, l'ensemble des titres constitue une saga connectée encore plus grande ». Les 14 plages de l'album nous emmènent dans un étrange voyage musical ancré dans le blues et le blues-rock, avec des écarts vers la soul, le futur-funk, le hip-hop et avec des échos psychédéliques. C’est une déferlante de riffs incendiaires soutenus par un band chaleureux qui produit un son luxuriant. Doté d’un style sophistiqué et envoûtant, Antonik joue de sa guitare avec une sorte de férocité, pour soutenir une voix chaude et profonde. Il a convié quelques invités spéciaux, Jarekus Singleton (‘Waves Of Stone’), Allison Young (‘In Our Home’), Paul Deslauriers (‘We’re Not Alone’) et Mike Mattison (‘Be Here Now’). Morningstar tisse de nombreux liens entre classique et contemporain à travers un large spectre auditif s’aventurant même dans certaines zones expérimentales.
Gilles Blampain

Creedence Clearwater Revival
At The Royal Albert Hall

Genre musical: Trésor perdu et retrouvé 
Label : Craft Recordings/Concord Records
Distributeur :
Universal Music France    

En 1970 le band californien était au top de sa popularité avec des concerts triomphaux à travers les Etats-Unis, notamment après son passage au festival de Woodstock en août 1969. Jouant un son bien à eux, une expression personnelle immédiatement reconnaissable d’une efficacité redoutable, fusion de blues, rock, soul et country, John et Tom Fogerty, Stu Cook et Doug Clifford ont placé quelques tubes incontournables dans les charts ‘Born On The Bayou’, ‘Bad Moon Rising’, ‘Travelin’ Band’, ‘Fortunate Son’, ‘Proud Mary’… et ont conquis un large public. Leur première tournée européenne les a conduits pour une série de huit dates aux Pays-Bas, en Allemagne, en France et au Danemark. Et le tout premier gig a eu lieu à Londres le 14 avril 1970 dans le prestigieux Albert Hall. Le show avait bien été enregistré mais un curieux hasard a voulu que jamais jusqu’à présent aucune trace de ce passage ne paraisse sur disque. En fait, en1980 était bien paru un album sous le titre erroné The Royal Albert Hall Concert mais il s’agissait en réalité du spectacle du 31 janvier 1970 au Oakland Coliseum en Californie. Lorsque cette erreur a été constatée le disque a été rebaptise tout simplement The Concert. Mais voilà qu’à présent tout rentre dans l’ordre. Après avoir encombré bêtement une étagère pendant plus d’un demi-siècle les bandes originales de cette captation londonienne ont enfin été restaurées et on peut revivre cette superbe prestation dans son intégralité avec une sonorité excellente. Véritable pièce d’anthologie, on retrouve Creedence Clearwater Revival au meilleur de sa forme pour une chaude performance devant un auditoire enthousiaste. John Fogerty est bien là avec son chant hargneux et sauvage et le jeu puissant et accrocheur de ses compères enflamme la salle.   
Gilles Blampain

Datura4
Neanderthal Jam

Genre musical: Heavy-psyche-blues-boogie-rock 
Label : Alive Natural Sound
Distributeur :
Plateformes de telechargement    

Riche de riffs incendiaires et d’envolées psychédéliques hallucinantes, le band né en 2009 à Perth sur la côte Ouest australienne, joue boogie, blues et rock'n'roll avec une belle ferveur.  Avec ce cinquième album Datura4 fait encore le plein de brûlots heavy-rock endiablés enregistrés dans les conditions du live. Un impact sonore fougueux qui s’immisce illico dans l’oreille et qui agit comme un excitant. Ça frappe dur et fort avec un son accrocheur et lourd appuyé sur un groove lancinant. En 51 minutes se succèdent 11 titres où se nichent des échos venus des seventies. Ces rockers australiens jouent avec la sonorité granuleuse de ces années-là. Dom Mariani et Joe Grech sont aux guitares et au chant, Warren Hall tient la batterie et Stu Loasby est à la basse et Bob Patient est aux claviers. Le style est original même si on sent par moments que dans l’ADN du groupe il y a quelques chromosomes de Deep Purple, Creedence Clearwater Revival ou Canned Heat. La musique de Datura4 est chaleureuse et pleine d’énergie. C’est carré, efficace, dynamique et ça regorge de bonnes pulsations. Une formidable puissance irradie l’ensemble du CD du début à la fin.   
Gilles Blampain

Demetria Taylor
Doin’ What I’m Supposed To Do

Genre musical: Chicago blues, funk, etc. 
Label : DELMARK
Distributeur :
SOCADISC   

Comme le signale si justement le dossier de presse, Demetria Taylor, fille du légendaire guitariste de Chicago Eddie Taylor, est née pour chanter le blues. Et ce n’est pas un hasard si elle a été la lauréate du prix Queen Of The Blues 2022. Pour ce deuxième album chez Delmark elle navigue avec bonheur entre blues, funk et r’n’b. Elle s’est entourée d’une équipe de choix avec Mike Wheeler, Billy Flynn et Carlos Showers aux guitares, Larry Williams à la basse, Melvin Carlisle à la batterie et Brian James aux claviers. Invitée de marque, Deitra Farr partage le micro pour ‘Blues Early This Morning’. Coup de chapeau à ces brillants prédécesseurs, Demetria Taylor débute ce disque en reprenant une création de son père ‘83 Highway’ et chante également plus loin une composition de Magic Sam ‘You Belong To Me’. La plupart des autres titres interprétés sont signés par des membres de la famille Taylor et par Mike Wheeler. Quant à Demetria, elle est l’autrice de ‘Nursing My Kitty Cat’ et co-signe avec Brian James ‘Young Gun Taylor’, douzième et ultime chanson de cette production. Un enregistrement savoureux, bien dans l’esprit de la Windy city, avec des musiciens triés sur le volet une chanteuse dont la voix et le feeling chatouille agréablement les tympans.
Gilles Blampain

Dennis Johnson
Revelation

Genre musical: Blues en slide   
Label : Booda Lee Records
Distributeur :
www.dennisjohnsonslide.com/store    

Si vous aimez Sonny Landreth ou Derek Trucks ainsi que et surtout Roy Rogers, vous apprécierez très certainement Dennis Johnson. Quatrième album pour ce maître slider qui s’exprime sur des guitares qui ont déjà un bon passé derrière elles. Une magnifique douze cordes des sixties, une Martin des seventies et une Stratocaster des eighties et… en avant la musique, sans oublier les accompagnateurs triés sur le volet. La basse est tenue par l’exceptionnel Jonathan Stoyanoff, la batterie par Anton Fig (Paul Schaffer, Kiss, Joe Bonamassa) et quand on entend du piano ou du B3, c’est Bob Fridzema (Walter Trout, Joanna Shaw Taylor). Avec des musiciens comme ceux-ci, on a une base très solide alors aux manettes, on va chercher un sorcier en la personne de Chris Bell (Eagles, Kenny Wayne Shepherd). Beaucoup de reprises telles que le ‘Going Down’ de Freddie King au tempo bien marqué, qui ouvre l’album. Le ‘32 – 20 Blues’ de Robert Johnson qui balance en diable. Le ‘Please Don’t Go’ de Big Joe Williams qui se rapproche assez de la version qu’en a fait Roy Rogers. Plus récent, on peut apprécier ‘Don’t You Own A Thing’ de Gary Clark Junior. On y trouve aussi un Spiritual ‘Salvation Bound’ précédé par ‘Revelation’ qui, au contraire de tous les autres morceaux, est très calme, éthéré, on y voit presque chaque note s’envoler alors qu’avec ‘Talk To You’ c’est boogie à fond et sans compromis. Tout cela peut sembler assez classique, mais Dennis Johnson et ses compères insufflent une belle dose de modernité. Si vous êtes fans de Slide, cet album est à se procurer absolument.
César


Derrick Procell
Hello Mojo !

Genre musical: Soul-blues
Label : Catfood records
Distributeur :
iTunes, Spotify, Amazon     

Il a quitté Chicago pour se rendre au Sonic Ranch studio au Texas où son album a pris forme avec le concours de Zac Harmon à la production qui apparaît notamment sur trois titres à la guitare. Derrick Procell chante avec une voix puissante au timbre de soulman et joue du piano et de l’harmonica sur ‘Hello Mojo !’, laissant les claviers pour les autres morceaux à Dan Ferguson. Il est accompagné par The Rays, un band solide et talentueux avec orgue, section de cuivres et percussions plus quelques choristes. Si l’ensemble du disque diffuse une atmosphère soul-blues qui peut rappeler les grandes heures de la Motown quelques blues-rocks musclés s’imposent avec force. Le bonhomme n’est plus un débutant, son savoir-faire dans l’écriture d’une chanson s’appuie sur 40 années d’expérience. Derrick Procell signe deux compositions seul et en cosigne 4 avec Terry Abrahamson avec qui il collabore depuis une dizaine d’années, 3 autres avec Bob Trenchard patron du label Catfood records et reprend à sa manière ‘Who’ll Be The Next In Line’ de Ray Davies, revisitant ce titre des Kinks en y ajoutant des cuivres. Son style intense et dynamique est assez lumineux et propice faire monter la température sur les pistes de danse. Une production très colorée qui agit comme un euphorisant.
Gilles Blampain

Early Times & the High Rollers
Electric City

Genre musical: Blues, rock, Americana Label : Dealer’s Choice Records
Distributeur :
Spotify, Deezer Apple Music    

Il a vu le jour et a grandi à Sacramento en Californie et vit désormais à New York. Avec ce drôle de nom, Early Times, chanteur et guitariste reconnu et recherché a déjà quelques albums à son actif. Pour cet enregistrement dans lequel il passe du blues au rock avec une aisance évidente et un plaisir contagieux, il est accompagné par Conrad Korsch à la basse et Anton Fig à la batterie et les claviers sont sous les doigts de Brian Mitchell. Invité de marque Bobby Rush a été convié à se joindre au band pour chanter sur le titre ‘Good Soul Music’ qui laisse échapper quelques accents cuivrés funky-reggae et Eliza Neals intervient pour un duo sur ‘Bonnie And Clyde’. L’album présente 11 compositions originales mêlant avec talent blues, rock et americana dans une éclatante vitalité où s’entrechoquent des riffs explosifs. Loin d’être une fusion des genres, ce sont bien différents styles qui sont joués avec dextérité au gré des plages. C’est rythmé, enlevé, jamais ennuyeux. Le guitariste impose sa marque et le groupe déploie une vraie force en mouvement qui transmet une énergie vivifiante, et on se laisse embarquer sans effort. C’est fort et puissant tout en étant mélodieux. Quant aux textes de ce poète urbain, certains n’hésitent pas à les comparer avec ceux de Tom Waits, Bruce Springsteen et Bob Dylan. Le disque se termine par un instrumental aux intonations jazz-fusion. Une belle réussite.
Gilles Blampain

Fuzz Sagrado
A New Dimension

Genre musical: Stoner-rock psychédélique
Label : Kozmik Artifactz
Distributeur :
Bandcamp, Spotify, Deezer, Apple Music     

Le rock fait encore des victimes, même en 2022. Il ne s’agit pas d’overdose ou d’excès idiot, mais plutôt de désillusion. Le monde de la musique est ainsi fait que même les plus beaux guerriers du rock doivent baisser les armes faute d’être entendus. Ainsi sera la destinée de Christian Peters, merveilleux guitariste-chanteur et fondateur de la tornade heavy-blues stoner de Samsara Blues Experiment. Pendant treize ans, le quatuor puis trio allemand aura fait parler la poudre avec cinq albums et un live impeccables, avant d’abandonner, découragé par le business. Coincé sous un plafond de verre, Samsara Blues Experiment n’aura jamais les grâces des grands médias, allemands comme étrangers, restant coincé dans un underground de luxe, encourageant mais pas suffisant pour faire vivre ses musiciens. Dégoûté, Kris Peters se met à voyager à travers l’Europe puis le continent américain, expérimente la musique électronique, cherche des réponses morales dans la méditation hindoue. Se reconstruisant peu à peu, il accepte de publier un dernier opus de Samsara Blues Experiment, End Of Forever, en 2020, pour clore fièrement l’aventure. C’est le début de son retour à la musique rock électrique qu’il aime tant, mais qu’il bouda plusieurs années durant. Désormais exilé au Brésil, Fuzz Sagrado est son nouveau projet. Il y assure tous les instruments. A New Dimension est un premier album, jeté comme une bouteille à la mer en direction de ses anciens fans, et en espérant peut-être un intérêt suffisant pour déclencher quelques dates de concert. La méfiance est toujours de mise lorsque le leader d’un grand groupe décide de partir en solo, surtout en décidant de tout enregistrer lui-même. Généralement, on se retrouve avec un album acoustique un peu rasoir ou une succession de bidouillages sonores. Connaissant l’exigence maniaque de Peters, l’homme n’a choisi aucune de ces médiocres options. C’est bien un grand disque électrique, organique, qui est proposé. On y retrouve ce qui a fait tout le sel de Samsara Blues Experiment : sa voix, sa science du riff qui cogne et de la mélodie psychédélique, son talent pour les solos poignants, et les ambiances lyriques troublantes. A cela s’ajoute un nouveau talent : une maîtrise accrue des claviers et synthétiseurs, qui apportent de superbes couleurs acides à l’ensemble. Sur ce nouvel album, Peters s’est aussi laissé aller au blues psychédélique avec l’introduction de ‘Lunik IX’ ou ‘Baby Bee’. Le garçon avait sous-estimé ce talent, pourtant éclatant avec Samsara Blues Experiment sur le morceau ‘Thirsty Moon’.  A New Dimension est une réussite complète. Il marque le grand retour d’un immense compositeur-interprète, sans doute l’un des meilleurs de ces vingt dernières années. Et il est temps que cela se sache.
Julien Deléglise

Lee O'Nell Blues Gang
This Is Us

Genre musical: Blues-rock
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur :
www.leeonellbluesgang.com/boutique    

Il y a deux ans un premier album révélait le band avec un certain brio. Le Blues Gang est de retour avec 14 compositions originales. Lionel Wernert, guitariste leader, signe toutes les musiques. Pour sa part, Gipsy Bacuet qui chante est l’autrice de tous les textes dont un en collaboration avec Jade MacRae qu’on est plus habitué à entendre dans les chœurs de Joe Bonamassa, six avec Neal Black et six autres avec Leadfoot Rivet qu’on retrouve au chant sur le titre ‘Let The Good Times Roll’ ainsi que Fred Chapellier autre invité pour un solo de guitare. Philippe Dandrimont est à la basse, Pierre Alain Delaunoy est à la batterie et François Barisaux aux claviers. C’est du blues-rock, assurément, exécuté de belle manière pour soutenir une voix chaude et sensuelle. Mais boogie, swing et boogaloo résonnent également. Si le band ne manque pas de punch pour maintenir la pression à un haut niveau il sait aussi réserver quelques moments plus calmes avec le même talent. C’est un concentré de bonnes vibrations et de plaisir partagé. Avec des rythmes vifs et pétillants et d’agréables mélodies aériennes on est entraîné dès le premier titre. Grâce à une belle maîtrise technique et un bon feeling, l’impétuosité et la finesse d’exécution donnent à l’ensemble une réelle intensité. Une production qui possède indéniablement un beau relief.
Gilles Blampain

Matt Lomeo
When You Call

Genre musical: Blues, soul, funk, country, etc.    
Label : Lomeo Music
Distributeur : Spotify, iTunes, Deezer, Amazon music
   

Il a grandi à Uttica dans l'État de New York et ses rencontres avec Little Charlie & The Nightcats et Sugar Blue l’ont encouragé à persévérer. Plus tard installé à Memphis il a rôdé son sens du spectacle dans les clubs de Beale street. Maintenant à Los Angeles, Matt Lomeo anime la jam du mardi soir au Ireland’s 32 Pub, l'un des lieux majeurs de rencontre de l'Americana en Californie du Sud. Il reconnaît parmi ses plus grandes influences Junior Wells et George ‘Harmonica’ Smith ainsi que Frank Sinatra, Elvis Presley, Marvin Gaye et Johnnie Taylor. Il ne s’enferme pas dans un seul genre musical et aborde avec autant de talent blues, soul, country ou funk. Produit par Terry Wilson de Teresa James qui laisse entendre sa voix sur 4 chansons, ce premier album révèle en 12 titres originaux un auteur-compositeur inspiré ainsi qu’un chanteur et harmoniciste chaleureux. Matt Lomeo est entouré par Billy Watts à la guitare, Terry Wilson à la basse, James Cruce à la batterie et aux percussions, Kevin McKendree à l’orgue et Darrell Leonard et Paulie Cerra aux cuivres. La maîtrise instrumentale soutient un chant toujours vif et habité. Tout est solide, bien charpenté et constitue un ensemble bien équilibré qui accroche immédiatement l’auditeur. Une production vraiment pleine de saveurs.
Gilles Blampain

Matty T Wall
Live Down Underground

Genre musical: Blues-rock live  
Label : Hipsterdumpster Records
Distributeur :
www.mattytwall.com/shop/     

Certes, la musique, le Blues, ne sont pas des matières à concours, c’est le feeling qui prime. Mais force est de constater que à chaque sortie d’album et partout où cet Australien se produit, il amasse les récompenses, preuve de la qualité de ses prestations. Et justement, ce CD est un enregistrement live en trio où les gars donnent tout avec entrain et générosité, le genre de formation qui ne compte pas les litres de sueur qu’ils doivent laisser sur scène. Les soutiens du chef ont pour nom Leigh Miller à la basse et Ric Whittle à la batterie. La fée électricité est mise sur un piédestal et les potentiomètres sont tournés sur le chaud bouillant, on le sent dès le départ avec une intro qui sent le soufre et qui fait battre la mesure ‘Broken Heart Tatoo’, titre entrecoupé de passages tranquilles où M.T Wall raconte son histoire. ‘Scorcher’ et ‘Slideride’ sont de véritables tueries qui laissent l’auditeur haletant. Vous rappelez-vous de Ten Years After  époque Alvin Lee ? Hé bien on est dans le même registre avec plus de hargne, un gros son de maintenant et une technique ébouriffante ‘Sophia’s Strut’ (joué seul, sans accompagnement). Ce Live Down Underground voit défiler huit compositions et une sublime reprise de ‘Voodoo Chile’ qui nous embarque pour un trip de presque un quart d’heure sans que l’on se lasse. Il y a aussi, au rayon douceur, ce ‘This Is Real’  et ‘Smile’ qui clôt l’album pour nous abandonner en mode floating. Alors, non, on n’est pas là pour donner des Awards, mais ce groupe est au top de chez top, assurément.
César

Mick Kolassa
I'am Just Getting Started

Genre musical: Blues en liberté
Label : Endless Blues Records
Distributeur :
Spotify, Deezer, Amazon    

Pour ce onzième album Mick Kolassa (guitare et chant) nous sert ce qu’il appelle un « blues en liberté » (« free range blues »). Ce qui signifie qu’il aborde avec bonheur différent styles. Il nous entraîne dans un blues traditionnel pour verser plus tard dans la soul avec un côté funky, puise son inspiration dans le rock pour revenir à un blues plus classique puis filer vers un jazz inspiré. Il a su s’entourer d’un band pointu composé de Jeff Jensen (guitare, percussions), Dexter Allen et Bill Rufffino (basse), Rick Steff et Chris Stephenson (claviers), Andrew McNeill (batterie), Marc Franklin (trompette), Kirk Smothers (saxophone), plus quelques choristes. Sur les 12 pistes enregistrées Mick Kolassa signe la majorité des compositions et reprend ‘Alibis And Lies’ (Steve Pacek) qui évoque la Beale street des temps modernes, ‘Leavin’ Trunk’ (Sleepy John Estes), ‘Are You Ready’ (Charlie Allen et John Hill) popularisée par le groupe Pacific Gas & Electric dans les années 1970 et ‘Real Man’ (John Hiatt) qui fit danser durant la décennie suivante. De bout en bout, la prestation est de haute qualité et cette balade de 45 minutes à travers des univers différents se fait avec une certaine délectation.
Gilles Blampain

Mighty Mike Schermer
Just Gettin' Good

Genre musical: Blues, soul, country, etc. Label : Little Village
Distributeur :
Plateformes de téléchargement    

A travers l’énoncé de ce titre, depuis 30 ans qu’il tourne, Mighty Mike Schermer annonce simplement : « ça ne vieillit pas, ça se bonifie ». Blues, soul, funk, rock’n’roll, country, calypso, Mike Schermer, au chant et à la guitare, aborde tous ces styles avec un talent incontestable. Et si son huitième album se présente sous l’image d’une boîte de camembert c’est que d’après lui l’affinage pratiqué par les maîtres fromagers français qui procède d’un rituel codifié pour obtenir la meilleure qualité possible ressemble à ce qu’il a visé pour cette production. La set liste révèle 12 compositions originales pleines de verve et de dynamisme. Comme stipulé sur la fausse étiquette de ce délice fermier normand ce sont 52 minutes de pur plaisir. Tout est interprété avec dextérité et classe. Enregistré au Greaseland Studio à San José, Californie, avec l’appui de Kid Andersen, Mighty Mike Schermer est accompagné selon les chansons par Steve Ehrmann et Jerry Jemmott à la basse, Paul Revelli et D’mar à la batterie, Tony Stead et Austin DeLone aux claviers, Terry Hanck au saxophone et The Sons Of The Soul Revivers pour les chœurs et John Nemeth est également venu chanter. Ambiances variées et maîtrise de chaque univers musical abordé, le résultat est vraiment à la hauteur de l’intention souhaitée par l’artiste. Une évasion sonore des plus agréables.
Gilles Blampain

Nasty S And The Ghost Chasers
Waiting For The Lap Gasp Of My Generation

Genre musical: High-energy rock’n’roll
Label : Twenty Something
Distributeur :
Twenty Something    

Le rock est souvent une longue quête solitaire. Nasty Sam, alias Samuel Guillerand, est un musicien dont la carrière est déjà longue. Musicien venu par le punk et le hardcore, ses créations musicales oscillent entre ces deux univers, entre le psychobilly et le metal hardcore. Ses groupes sont nombreux, et ont souvent tourné à travers l’Europe voire aux Etats-Unis : Demon Vendetta, Black Zombie Procession, Prisonlife, Lost Cowboy Heroes… Quelque peu déboussolé par la crise du COVID, cet hyperactif également auteur de livres sur les genres musicaux auxquels il a dévoué son existence décide de publier un album solo en forme de bilan. Il s’agit de reprises chéries, auxquels il a joint un épais livret en forme d’autobiographie musicale. Il y raconte ses débuts, ses passions, ses coups de foudre musicaux, le sens profond de cette musique pour lui. Il analyse également les morceaux choisis, au nombre de seize. Nasty Sam assure la basse et la guitare, Yoann Brighenti la batterie sur la plupart des morceaux. Plusieurs vocalistes sont conviés selon les morceaux : Paul Smith, Patrice Fillol, Francis Altrach, Mike Begnis… Jamais Sam Guillerand n’aura autant ouvert son âme que sur ce disque. Le choix des titres, le livret autobiographique, les citations… tout converge vers une mise à nu d’un homme à la carrière déjà longue, sentant la bascule d’une génération, celle du rock, des livres, des fanzines et des concerts live, la sienne, vers celle des musiques électroniques et des réseaux sociaux. Comme une sorte d’expiation, il jette sur la table ce qui lui semble être la quintessence d’une forme de rock absolu. D’ailleurs, les interprétations sont toutes empreintes d’une forme de mélancolie, s’écartant quelque peu de la rage brute qui l’a toujours animé. Loin d’être des resucées de titres mille fois entendues, Sam mêle respect et appropriation sur ces reprises de Gun Club, Supersuckers, Samhain, Lemonheads, Jawbreaker, Therapy ? ou Joy Division. Merveilleusement produit et enregistré, cet album est autant un excellent album de rock high-energy que le voyage intérieur d’un enfant des années 1980-1990 qui souhaite laisser un témoignage poignant d’une époque hélas révolue.
Julien Deléglise

Oscar Nip
Electrochoc Et Fantaisies Electriques

Genre musical: Rock-alternatif - electro-punk... 
Label : Hyenas Records
Distributeur :
Spotify, Apple music, You Tube music, Deezer    

Attention, là on n’a pas affaire à des ingrats... Après 29 ans d'existence, le combo parisiens d'Oscar Nip composé de Julien Grandmaison au chant et à la guitare, d'une partie rythmique partagée entre Elvis Chedal-Anglay aux fûts et de Julien Bitoun à la basse, balance son huitième album dont le titre ne dément pas de l'écoute : Electrochoc Et Fantaisies Electriques. Doté d'une énergie hors norme, l'ensemble décoiffe et ne faiblit jamais. Tantôt punk, electro, rock où tout à la fois, les morceaux cognent comme un boxeur sur un ring. Guitares acérées, riffs ardus, un ensemble basse batterie qui martèlent un rythme lourd, le son rugueux vous entraine dans une ambiance parfois poétique voir psychédélique entre haine et espérance. Après presque deux ans d'internement forcé à vous retourner les neurones, les textes interrogent sur les inquiétudes ressenties, de notre modèle de vie à bout de souffle, des tensions, des priorités émergentes entre désespoirs et résilience. Avec 'Bah Bah Bah', on est assez proches des Béruriers Noirs, punk-spirit à fond les ballons, bien que les deux groupes n'aient jamais cohabité réellement, l'empreinte reste la même. 'Serial Rêveur' suivi de 'Sous La Pluie' changent de registre et nous rapproche de Noir Désir avec ces riffs tendus et paroles sombres. Douze titres sont réunis sur la galette et forment un ensemble composite où la colère et le doute sont omniprésents. Une chose est sûre, Electrochoc Et Fantaisies Electriques secoue et ne laisse pas indifférent. Sorti le 1er juillet dans les bacs, les gars d'Oscar Nip ont eu tout l'été pour chauffer les planches avec leur spectacle tout aussi décapant que décalé. Soyez curieux, découvrez leur univers aussi bien visuel que sonore.Nine Girard

Patty Tuite
Hard Case Of The Blues

Genre musical: Blues varié 
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : Plateformes de telechargement
   

Avec cette production Patty Tuite, artiste de la côte Est qui est sur scène depuis plus de 20 ans, passe allègrement en revue toutes les gammes du blues à travers une palette de chansons plutôt variée. Du blues traditionnel au rock, du honky-tonk aux rythmes venus de New Orleans, c’est un festival de bonnes vibrations. Comme dans une sorte de juke-box aléatoire, les ambiances changent fréquemment mais toutes les pistes s’écoutent avec un égal plaisir. Guitariste au jeu subtil, qu’elle joue en acoustique ou branchée sur un ampli, et chanteuse au timbre clair, elle est entourée d’une brochette de musiciens blanchis sous le harnais avec notamment la participation remarquée de Bobby Rush à l’harmonica sur le titre ‘Nothin’ But Trouble’ qui ouvre l’album. Hormis l’incontournable base rythmique, orgue, piano, mandoline, section de cuivres, congas, tambourin et cuillères sont de la partie. Que le tempo soit rapide ou plutôt lent, les 11 compositions originales, toutes signées par Patty Tuite, dont les registres varient du rustique au sophistiqué, accrochent l’oreille avec ce qu’il faut d’émotion. Une production de belle facture aux accents riches et colorés.
Gilles Blampain

Silent Partners
Changing Times

Genre musical: Blues, soul 
Label : Little Village
Distributeur : Plateformes de téléchargement
   

Depuis plusieurs décennies ils se contentaient d’être de brillants sidemen sur scène comme en studio, accompagnant les plus grands. Ils ont ainsi côtoyé B.B. King, Albert King, Bobby ‘Blue’ Bland, Johnnie Taylor, Otis Clay, Denise LaSalle, Matt ‘Guitar’ Murphy, et tous les artistes qui recherchaient les meilleurs accompagnateurs. Autant dire qu’ils ont un bagage musical remarquable concernant blues et soul music. Tony Coleman est à la batterie, Russell Jackson joue de la basse et Jonathan Ellison de la guitare et tous les trois chantent. Mais ils ne sont pas seuls pour cette production. Leurs invités de marque sont Jim Pugh aux claviers, Kid Andersen à la guitare, Don Dally au violon et Vicki Randle aux congas. Ils interprètent 9 compositions originales et reprennent ‘Never Make Your Move Too Soon’ de BB King en gardant la musique mais en changeant les paroles. Une solide ligne de basse, une batterie inventive pour une rythmique irréprochable, et d'impressionnants solos de guitare et des voix éclatantes. Blues, soul, funk n’ont aucuns secrets pour le trio de choc. Cet enregistrement ne manque ni de punch et ni de feeling. Les titres s’enchaînent sans rupture de ton d’un style à l’autre. Tout est parfait, et les ambiances qui en résultent distillent une puissance et une ardeur débordante.
Gilles Blampain

The Beanshakers
Way Back Home

Genre musical: Blues multicolore 
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : plateformes de telechargement
   

Le band breton qui avait glané quelques glorieuses récompenses dès ses premières apparitions il y a cinq ans est de retour. Il présente 8 compositions originales de belle facture abordant les thèmes de l’errance, de la vie de musicien, de destins brisés et autres réflexions sur le sens de l’existence. Depuis les deux premiers enregistrements des changements ont eu lieu au sein du groupe. Guillaume Feuillet est aux guitares et au chant, Geoffrey Chaurand au banjo 6 cordes, Jérémy Elis à la contrebasse et José Maria Lopez à la batterie et aux percussions. Entre sonorités urbaines, country-blues et bluegrass, le choix des instruments donne une sonorité très particulière à cette nouvelle production. L’album débute avec ‘Leaving DZ’ qui évoque le fait de vouloir quitter Douarnenez pour aller à la conquête du vaste monde dans un style hill country assez musclé et se clôt avec ce même titre dans une version acoustique relativement dépouillée. Entre les deux l’ensemble de la prestation est plutôt enlevé avec une palette sonore assez variée mais au groove impeccable et immuable. Invitée de marque Charlotte Yanni-Charlton intervient pour chanter en duo ‘Don’t You Be So Mean’ qui relate une prise de bec au sein d’un couple. The Beanshakers réalisent un travail d’artisans dont la qualité de l’ouvrage s’inscrit dans le haut de gamme.
Gilles Blampain

The Dig 3
The Dig 3

Genre musical: Blues à l'ancienne 
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur :
   

Ils sont jeunes et cependant ils jouent avec enthousiasme un blues comme surgit d’un lointain passé. Andrew Duncanson, guitariste et chanteur à la voix soul, Ronnie Shellist maître es-harmonica et Gerry Hundt multi-instrumentiste possèdent tous les codes et ne manquent pas de subtilité. Dès la première piste le trio nous entraine dans une virée hors du temps. Et pourtant les 14 compositions jouées ne sont pas des reprises mais des chansons originales de beau calibre. Créativité et bon goût penseront à juste titre les amateurs de down home blues. Des références viennent immanquablement en tête, Skip James, Howlin’ Wolf, John Lee Hooker, Jimmy Reed, Hammie Nixon ou plus tard Canned Heat, ces trois gaillards supportent aisément la comparaison avec leurs immenses prédécesseurs. Blues lent et sombre au son brut et sauvage, country solaire, rock sautillant, boogie entêtant, ils abordent différents styles venus des juke joints du Sud profond ou sortis des clubs des ghettos de Chicago avec un égal bonheur. Selon les titres, guitares aériennes, harmonica virevoltant, slides enflammés, contrebasse, washboard, batterie, soutiennent un chant plein de ferveur. Ils ont le talent d’interpréter des sonorités bien ancrées dans la contemporanéité mais qu’on pourrait croire être nées au cœur d’époques révolues à la première écoute. Un album à classer parmi les pépites qu’on découvre avec un réel plaisir.  
Gilles Blampain

The Rolling Stones
El Mocambo 1977

Genre musical: Blues-rock
Label : :Polydor-Promotone B.V. 
Distributeur : UNIVERSAL

Ces bandes étaient espérées par les fans du groupe depuis des décennies, et étaient sorties en bootlegs depuis bien longtemps. Mais une publication officielle était depuis toujours attendue sur cet épisode de l’aventure des Stones aussi bon musicalement que croquignolesque dans son contexte historique. En 1977, les Rolling Stones projettent de publier un double album live célébrant leur grand retour après la sortie de l’album Black’n’Blue en 1976. La tournée européenne a été triomphale, et les concerts du Pavillon de Paris ont été enregistrés en vue du disque live. Le destin commence déjà à s’acharner lorsque le 6 juin 1976, Keith Richards monte malgré tout sur scène juste après avoir appris la mort de son fils Tara, âgé de deux mois. Mick Jagger est aux commandes du business Rolling Stones, Richards étant au plus bas dans sa consommation d’héroïne, largement épaulé par sa compagne de l’époque, toute aussi toxicomane que lui : Anita Pallenberg. Le punk souffle sur l’Europe, et les Rolling Stones sont devenus les gros ringards parvenus à abattre. Déjà, malgré un prestigieux concert au festival de Knebworth en août 1976 devant deux cent mille personnes, ils se sont faits déborder par les jeunes pousses du rock sudiste Lynyrd Skynyrd, ces derniers n’hésitant pas à emprunter la grande scène destinée aux Stones pour s’approcher au plus près du public. Aussi, Mick Jagger décide de booker les Rolling Stones dans un petit club d’Amérique du Nord pour montrer que les Rolling Stones ne sont pas que des musiciens de stade, et qu’ils n’ont pas perdu la connexion avec leurs racines des clubs de blues. Le choix se porte sur le club El Mocambo, mythique institution canadienne basée à Toronto et dont l’histoire remonte au jazz des années 1940. Les Stones s’incrustent pour deux dates les 4 et 5 mars 1977 sur une série de concerts du groupe canadien April Wine, programmé pour une semaine, et trop heureux de leur laisser la place (ils seront payés). Le public n’est même pas informé, les stations de radio locales faisant gagner des places pour les sets de April Wine, le groupe, tournant depuis 1970, ayant déjà une excellente réputation. Les Stones débarquent quelques jours en avance, et là, les choses se compliquent. A leur arrivée de Londres le 24 février 1977, Keith Richards et sa compagne se font serrer pour possession de drogues, accompagnées d’une petite cuillère brûlée servant à la consommation d’héroïne. La quantité est suffisante pour les soupçonner de trafic de drogue, alors qu’il ne s’agit hélas que de leurs consommations régulières. Les deux concerts ont toutefois lieu dans un contexte tendu. Cela devient un évènement mondain qui attire notamment la femme du premier ministre canadien Pierre Trudeau. Margaret Trudeau est vue en compagnie des Rolling Stones, avec tout leur cortège de came et de sexe, dans une soirée post-concert. L’affaire est un nouveau scandale médiatique. Le guitariste plaide coupable pour possession de drogue le 4 mars 1977, quelques heures avant le premier concert au El Mocambo. Il est condamné à la désintoxication et à deux concerts de charité, qu’il assurera avec les New Barbarians en 1979. Pendant ce temps-là, Jagger poursuit sa vie de jet-setter dans les clubs disco new-yorkais. Il y rencontrera Jerry Hall, ce qui conduira à son divorce avec Bianca Jagger. Mais alors, que valent ces enregistrements ? Eh bien, ils sont très bons. Excellents n’est pas possible. Ron Wood est désormais le second guitariste, et il lui est bien impossible de remplacer les maîtres Brian Jones et Mick Taylor. Wood assure un bon boulot de soutien à Keith Richards, apportant une patte pub-rock tirée des Faces. Pour coller à l’image club, les Stones avaient gardé uniquement les reprises blues sur Love You Live, mais oui, le groupe joua des sets complets. Ils sont très bons, malgré le contexte effarant. Les vieux classiques comme les nouveautés tournent à merveille : ‘Tumbling Dice’, ‘Honky Tonk Women’, ‘Hot Stuff’, ‘It’s Only Rock’n’Roll’, ‘Brown Sugar’… Keith Richards est toujours aussi puissant musicalement. Ces concerts ont encore une rage qu’ils perdront dans les années à venir.
Julien Deléglise


The Suckydogs
Diamond Ring

Genre musical: Rock’n’roll, blues trash, surf garage 
Label : Double 8
Distributeur :
chez-simone.fr

Trublions rock’n’roll, ils sont seulement deux. Petit Vodo est à la guitare, à l’harmonica et au chant et Jimmy B marque le tempo à la batterie, siffle et donne de la voix par moment. Et pourtant ils déménagent comme dix. L’énergie est débordante et le son musclé est brut de décoffrage. Ils affirment que le titre ‘Diamond Ring’ est un hommage à Bo Diddley et rien ne peut les contredire. Ils suivent effectivement la piste tracée par The Originator. Beat robuste et accrocheur, riffs pétillants, envolées puissantes, vibrato énervé. Le genre qui décape tout sur son passage. Mais le duo impose néanmoins sa propre marque dans une approche dynamique originale. The Suckydogs c’est un style détonant avec une voix rageuse, une explosion festive qui traduit une belle fureur musicale. Les 11 titres sont signés Petit Vodo dont un en collaboration avec Richard Isanove, ‘Down Venus’, qui clôt le disque et sur lequel Susana Fernandes vient faire vibrer les cordes de son alto. Ce premier album aux savoureuses sonorités rétro a été enregistré ‘à l’ancienne’ sur bandes au studio de la Trappe à Toulouse. Tout est fait de brillante manière. Les deux gaillards évitent toute fioriture, vont droit au but et font mouche à chaque titre.
Gilles Blampain

The Texas Horns
Everybody Let's Roll

Genre musical: Blues-rock, funk etc.  
Label : Blue Heart Records
Distributeur : Spotify, iTunes, Amazon

Depuis 25 ans qu’ils exercent leur art, ils sont plus souvent à l’arrière de la scène que devant. Et pourtant ils ont illuminé de leur talent plus d’un enregistrement au cours de ces dernières décennies. Les studios d’enregistrement du Lone Star State ne seraient pas ce qu’ils sont sans eux. The Texas Horns ce sont Mark ‘Kaz’ Kazanoff au saxophone ténor et à l’harmonica ainsi qu’au chant pour un titre, John Mills au saxophone baryton et Al Gomez à la trompette. Pour ce troisième album à leur actif ils présentent 11 compositions de leur cru et reprennent ‘I Want You (She’s So Heavy)’ des Beatles dans une version funky et  ‘JB’s Rock’ de JB Lenoir. La majeure partie de l’album est instrumentale. Les partitions chantées sont assurées par Carolyn Wonderland, Mike Zito, Carmen Bradford, Guy Forsyth et des invités de marque, guitaristes et amis de longue date, comme Jimmie Vaughan et Anson Funderburgh et quelques autres ont été conviés ainsi que Marcia Ball venue s’installer au piano pour mettre une pincée de boogie dans ‘Ready For The Blues Tonight’. Blues-rock, jump, funk, r’n’b et rythmes caribéens sont à la fête avec des musiciens de ce calibre et les tympans en redemandent. Une savoureuse production aussi pimentée qu’un bon chili.
Gilles Blampain


Todd Sharpville
Medication Time

Genre musical: British Blues  
Label : DIXIEFROG
Distributeur : PIAS

Plus connu au Royaume-Uni que de ce côté de la Manche Todd Sharpville n’est cependant pas un débutant.  Récipiendaire de plusieurs British Blues Awards, un premier album paru en 1992 et pas mal de tournées avec des pointures comme Ike Turner, Taj Mahal, Byther Smith, Lonnie Brooks ou Eric Clapton et quelques autres toutes aussi renommées, le bonhomme assure une belle prestation. Chanteur et guitariste au jeu plutôt brillant, il joue un blues à la sauce anglaise du meilleur goût. Il est entouré de Bruce Bears aux claviers, Brad Hallen à la basse et Mark Teixeira à la batterie. Des invités de marque comme Larry McCray (guitare) et Sugar Ray Norcia (harmonica) ont été conviés pour quelques titres ainsi qu’une belle section de cuivres. Le style est vif, croustillant, très excitant et ça balance avec un son particulier et un style bien distinct. La set list révèle 10 compositions originales signées Sharpville et deux reprises ‘Walk Out In The Rain’ (Dylan/Springs) et ‘Money For Nothing’ (Knopfler/Sumner). Enregistré à Rhode Island, l’album qui distille un groove chaleureux a été produit par Duke Robillard. Tout est joué avec une grande ferveur, le son est superbe et il se dégage de l’enregistrement une belle dynamique.
Gilles Blampain




Trillion Ton Beryllium Ships
Consensus Transe

Genre musical: Doom-metal
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : Bandcamp, Spotify, Deezer, Apple Music

Que de chemin parcouru depuis TTBS, premier album de doom psychédélique paru en 2021. La formation avait marqué les quelques esprits affûtés, malgré un son encore garage. Le EP Rosalee avait fait émerger les capacités de Trillion Ton Beryllium Ships avec un son de bien meilleure facture. Consensus Trance enfonce le clou avec un second album très professionnel et plus abouti musicalement. Première chose à remarquer : la voix du guitariste Jeremy Warner est enfin mise correctement en avant. Vocaliste expressif sans en faire trop, son chant est parfait pour la musique pratiquée : le doom-metal. Le trio de Lincoln, dans le Nebraska, fait à nouveau retentir la foudre des pionniers américains de Pentagram et The Obsessed, mais surtout des maniaques scandinaves : Candlemass, Count Raven, Reverend Bizarre. Consensus Trance offre une musique plus équilibrée, avec davantage d’impact. La section rythmique composée de la bassiste Justin Kamal et du batteur Karlin Warner est particulièrement bien mise en valeur, secondant avec ferveur les riffs puissants de Jeremy Warner. ‘Beg Your Pardon’, ‘Mystical Consumer’ ou ‘Consensus Trance’ sont à la fois percutantes et abrasives, labourant le riff obsédant jusqu’à la moelle. ‘Weeping Beast’ est le grand œuvre du disque, avec ses plus de onze minutes terrifiantes, entre Candlemass et Black Sabbath. Le vent du Nebraska y souffle, glacé, obsédant et sombre. Mine de rien, le trio de Lincoln vient sans doute de sortir le disque de doom de l’année.
Julien Deléglise

ZZ Top
Raw - « That Little Ol’ Band From Texas » Original Soundtrack

Genre musical: Hard blues-rock        
Label : Shelter Records
Distributeur : BMG Group

Le trio originel de ZZ Top a été brisé le 28 juillet 2021 à la mort du bassiste-chanteur Dusty Hill. Le guitariste-chanteur Billy Gibbons, le batteur Frank Beard et ce dernier étaient ensemble sous le mythique patronyme depuis 1970, sans jamais s’être séparés ou brouillés. C’est que les premières années, celles entre 1970 et 1976, avaient soudés le gang d’une manière irréversible. C’est d’ailleurs ce que rappelle Gibbons dans les notes de ce disque évidemment dédié à l’ami disparu. Il se rappelle des premières tournées dans une camionnette Chevrolet, et du gang qui se soude à tout jamais dans l’adversité et le plaisir de la musique, seul contre tous. C’est aussi ce que l’on retrouve dans le documentaire « That Little Ol’Band From Texas » paru en 2019, un modèle du genre. Les trois musiciens retracent leurs aventures, avec des anecdotes et beaucoup de franchise et d’humour. Mais ils jouent aussi, dans une salle du Texas, le Gruene Hall. En direct, sans public, comme une répétition, dans une ambiance entre western et cartoons, ZZ Top jouent quelques-uns de ses classiques, à l’ancienne. Tout n’est absolument pas parfait, et le résultat sonne comme une prestation du groupe en 1975, avec quelques pains. Car ZZ Top ne se contente pas de reproduire au plus juste ses disques. Le trio s’amuse, module, fouille, exhume la sève blues de ses vieilles scies. ‘Brown Sugar’ et ‘Just Got Paid’ sont interprétés après avoir été longtemps mis de côté pour les tubes électro-boogie des années 1980. Mais même ces derniers sont ravivés, débarrassés de leurs oripeaux synthétiques pour s’offrir de toute leur beauté blues-rock : ‘Gimme All Your Lovin’’, ‘Legs’, ‘Tube Snake Boogie’. L’écoute de cet album permet de découvrir que des quelques morceaux présents dans le documentaire, une douzaine avait été en fait captée. On ne pouvait rêver plus bel hommage à Dusty Hill : le trio ZZ Top dans toute sa superbe blues. Les gros doigts de Hill font grogner sa basse, et le temps ne semble pas avoir de prise sur sa voix, superbe et chaude, que l’on retrouve sur ‘Tush’ et ‘Heard It On The X’. Le disque serait également parfait pour clore en beauté l’aventure ZZ Top, mais il semble que Gibbons et Beard n’aient pas fait ce choix, encouragés selon eux par les dernières volontés de Hill. Le roadie Elwood Francis a pris sa place sur les dernières dates, et un nouvel album serait en préparation.
Julien Deléglise