blues again en-tete
10/21
Chroniques CD du mois Interview: KELLY Z Livres & Publications
Portrait: JIMMY DAWKINS Interview: JEANETTE BERGER Dossier: FIFE & DRUMS
 


Dans cette rubrique, vous trouverez une sélection de CD choisis par l'équipe Blues Again.

SEPTEMBRE 2021

Blind Lemon Pledge
A Satchel Full Of Blues

Genre musical: Blues acoustique   
Label : Ofeh
Distributeur :
Deezer, iTunes, Spotify

Il ne se repose pas sur ses lauriers puisqu’il sort un disque à peu près chaque année depuis 5 ou 6 ans. Certains le comparent à un caméléon sonore tant il est vrai que le bonhomme sait aborder de nombreux styles avec un égal talent. Avec ce neuvième album Blind Lemon Pledge nous offre cette fois une production sonnant comme celles qui sortaient au début des années soixante. Laissant toujours entendre une superbe musicalité, aussi à l’aise en picking qu’en slide, il diffuse un blues teinté de country, joué dans son style si particulier mêlant à la fois souplesse et nervosité. Son jeu est à la fois pétillant, léger et puissant. C’est simple, frais, l’ambiance est à la décontraction. Riffs entêtants, traits d’harmo lumineux, chaque chanson fait naître un univers original. La voix est claire ou grave selon les chansons et l’orchestration réduite au plus strict avec parfois une chambre d’écho pour donner de la profondeur. Blind Lemon Pledge est évidemment au chant, à la guitare et à l’harmonica, Peter Grenell tient la basse et Juli Moscovitz la batterie. On est accroché dès la première plage, rien n’est banal dans cet enregistrement plutôt savoureux et sans temps mort, les 12 plages se succèdent en variant les styles et les ambiances tout en gardant une parfaite homogénéité.
Gilles Blampain

Boogie Beasts
Love Me Some

Genre musical: Boogie, blues, etc
Label : Donor productions
Distributeur :
L’Autre Distribution     

Ça commence dans un chaos de décibels, un rythme hypnotique, un son crade produit par des slides incendiaires soutenus par un beat bien marqué et un harmo agressif. Une production Made in Belgium, mélange de Hill country blues et de grunge avec une pointe psychédélique. Ça accroche l’oreille et ça tiraille dans tous les sens. Avec un caractère bien particulier l’ensemble est assez excitant. C’est à la fois bruyant, déjanté, mélodieux, ciselé, et décapant. Les musiciens ont parfaitement assimilé différentes références passées pour aborder d’une façon très personnelle de nouveaux espaces sonores en totale liberté. Jan Jaspers et Patrick Louis sont aux guitares et chantent, Fabian Bennardo joue de l’harmonica et Gert Servaes s’occupe de la batterie. Ce troisième album du groupe révèle 12 compositions originales qui cognent sans retenue. Et le band sait surprendre, car si l’énergie sauvage du rock’n’roll originel et la brutalité du punk s’entremêlent, la délicatesse de la pop affleure à certains endroits. Ça ne manque pas de souffle, c’est carré, efficace, plein d’ardeur et de bonnes vibrations. Diffusant un dynamisme contagieux cet enregistrement plein de tension est plutôt stimulant. Un enregistrement qui a une belle puissance de feu.
Gilles Blampain

Chris Daniels, Hazel Miller and Dana Marsh
What We Did

Genre musical: Varié 
Label : Moon Voyage Records
Distributeur :
CDBaby, iTunes, Spotify    

La crise sanitaire perdurant, Chris Daniels, leader du groupe Chris Daniels and the Kings du Colorado Music Hall of Fame, a été invité à donner un concert virtuel pour l’Inner City Health dont la mission est de réduire les inégalités d'accès et de prestation de soins de santé et de bien-être pour les populations défavorisées de Denver. Pendant deux sessions en ligne Daniels a été rejoint par Hazel Miller au chant et Dana Marsh aux claviers, pour former le trio qui a produit What We Did. De nombreux invités, guitaristes, mandoliniste, bassiste, batteur, organiste et choristes ont répondus également présents à l’appel. Ce disque qui affiche 10 titres, mêle des chansons originales et des classiques maintes fois entendues, mais toujours avec plaisir. Ça commence avec la reprise des Doobie Brothers de 1976, ‘Takin' It To The Streets’. On enchaîne avec le standard d'Albert King ‘Born Under A Bad Sign’. Daniels et Miller nous rappellent ensuite Fred et Ginger avec ‘Cheek To Cheek’. Blues, jazz, salsa, les styles défilent avec bonheur. On aborde le côté gospel avec ‘Could You Believe’ d’Al Jarreau. Puis vient ‘What A Wonderful World’ qui évoque inévitablement Louis Armstrong. ‘Down Home Blues’ de ZZ Hill fait entendre un orgue onctueux et un dialogue entre une guitare slide pétillante et une Stratocaster étincelante. La ballade de Carol King et James Taylor ‘You've Got A Friend’ installe une nouvelle atmosphère, puis l'album se termine en douceur avec une composition de Daniels, ‘Better Days’… comme une lueur d’espoir.
Gilles Blampain

GA-20
Does Hound Dog Taylor - Try It... You Might Like It!

Genre musical: Chicago blues
Label : Karma Chief Records 
Distributeur :
Modulor     

Il est des domaines où le progrès pousse toujours plus loin les limites en déployant une technologie sophistiquée, l’ingénierie prenant le dessus, l’empreinte de l’homme devenant minime sur le résultat… Pour le blues, la démarche est inverse, l’homme est au centre de tout, avec un retour toujours plus proche de la source, du filon, des entrailles, et pour GA-20, cette première pierre est le natif de Natchez Mississippi, Hound Dog Taylor. On est alors en 1957 où il arpente les clubs des quartiers noirs de Chicago, jouant sur des guitares japonaises bon marché. Mais il lui faudra attendre 1971 pour mettre son talent sous presse par l’intermédiaire de Bruce Iglauer, créant pour l’occasion le label Alligator Records. Nous y voilà : un demi-siècle plus tard, notre trio de Boston composé de Matt Stubbs, guitariste, Pat Faherty, chanteur guitariste et de Tim Carman, batteur, remet le couvert sous le même croco, devenu au passage un des plus influents sur la scène du blues, en partenariat avec Colemine Records. La boucle est bouclée. Depuis leur formation en 2018, GA-20 est inspiré par le côté brut et primal de la musique, jouant sur du matériel d’époque. Et le résultat est incroyablement réussi, roots à souhait. Le son chaud, vintage, est là et vous plonge immédiatement dans l’ambiance des pubs sombres noyés dans le fog des cigarettes blondes du nouveau monde. Dès les premières notes de ‘She’s Gone’, fermez les yeux, Hound Dog Taylor se tient devant vous. La piste est captée dans les conditions du direct, l’émotion est palpable. L’idée était d’être le plus fidèle possible aux conditions d’enregistrement et méthodes de production des sixties, allant jusqu'à jouer sur les mêmes instruments et amplis. Du classique ‘Give Me Back My Wig’ à l’électrisant ‘Sadie’, on est enveloppé de fraîcheur. Le blues n’a pas d’âge. Le tout enregistré en deux jours avec jamais plus de trois prises par titre. La même démarche est appliquée à la pochette de l’album, minimaliste, se limitant aux deux couleurs primaires, le jaune d’or et le magenta, rehaussée de la main du « six-fingered Chicago bluesman ». La galette, composée de dix titres, est aussi proposée en vinyle dans diverses livrées et éditions limitées. Une tournée mondiale est prévue pour accompagner cette sortie. Theodore Roosevelt « Hound Dog » Taylor, légende du blues, peut être fier de ces guys qui remettent en lumière le blues intemporel sans artifice, à l’essence brute, sentimental, libre et viscéral.
Nine Girard  

Krissy Matthews
Pizza Man Blues

Genre musical: Blues-rock
Label : RUF
Distributeur :
SOCADISC    

Tout avait bien commencé pour lui. Il a 12 ans lorsque John Mayall l’invite sur scène pour interpréter deux chansons avec lui au festival de Notodden, en Norvège. Quelques années plus tard, il est la dernière personne à se produire sur scène avec le regretté Jeff Healey au Royaume-Uni, peu après avoir reçu les conseils du maître BB King. Il a partagé l’affiche avec Toto, Gregg Allman, Tedeschi Trucks Band, Joe Bonamassa, Joe Satriani, Beth Hart, Jimmie Vaughan, Los Lobos… En mars 2019, il sort un album studio. Et puis vlan ! Un virus à la con bloque tout. Durant cette période merdique de pandémie, beaucoup ont dû s’adapter pour survivre. Privé de lieux où se produire, à 28 ans en 2020, Krissy Matthews s’est retrouvé à faire pas mal de petits boulots dont livreur de pizzas, d’où le titre de cet album. Mais les choses ont fini par s’arranger et c’est à l’Echo studio à Buckingham (UK) que cet album a vu le jour. Krissy Matthews chante et joue de la guitare de belle manière, entouré de Joshua Rigal à la basse, Max Maxwell à la batterie et Greg Coulson aux claviers. Sur le titre ‘Grateful’ le groupe est rejoint par Layla Zoe qui donne de la voix et Felix Peikli qui joue de la clarinette. Krissy Matthews mêle avec aisance rock, soul, blues, country et pop pour offrir une sonorité bien personnelle. Un artiste qui fait preuve d’originalité et d’authenticité.
Gilles Blampain

Lauren Anderson
Love And The Rocks

Genre musical: Blues/soul/americana
Label : LaurenAndersonMusic.com
Distributeur :
CPI    

Soyons sincère : j’ai du mal avec les chanteuses. Je n’y peux rien, sans doute un problème d’identification. Quelques exceptions, fort variées, échappent à ce jugement trivial : Janis Joplin, Grace Slick, Inga Rumpf de Frumpy, Julie Driscoll, Catherine Ribeiro ou même Colette Magny. Mais dans le blues actuel, peu échappent à mon dédain. Pas qu’elles manquent de talent, bien au contraire. Par ailleurs, j’ai du mal avec le blues moderne. Je le trouve trop maniéré. Il brille trop, il lui manque ce grain râpeux que l’on retrouve chez Howlin’ Wolf ou Hound Dog Taylor. Alors vous pensez me voir venir avec cette longue introduction : cet album de Lauren Anderson ne m’a pas plu. Vous auriez presque raison, mais en fait c’est faux. Ce premier véritable album est agréable et pas forcé, ce qui est assurément un bon point. C’est véritablement sur les morceaux les plus sombres et agressifs que Lauren Anderson est la meilleure : ‘Back To Chicago’, ‘Just Fucking Begun’. Il y a quelques sucreries qui flirtent fort avec la country : ‘Stand Still’, ‘Your Turn’. Anderson ne pousse pas sa voix, et chante de manière naturelle. Son jeu de guitare est modeste et efficace, sans tentative d’esbroufe gratuite. Pour qui aime cette musique américaine décontractée et mélancolique servant souvent de bande originale à de nombreux films et séries, vous serez comblés. Pour celui qui veut sentir le frisson du blues électrique et rageur, il faudra aller voir ailleurs.
Julien Deléglise

Little Mouse & The Hungry Cats
Voodoo Works

Genre musical: Blues musclé
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur :
www.littlemouseandthehungrycats.com/    

La petite souris est passée. Et sans qu’on perde une seule dent voici un beau cadeau. Son premier album ! Mais la petite souris, Claire Ramos Muñoz n’est pas seule, et son chant est accompagné par ses chats affamés qui sont Jean-Christophe Sutter à la guitare et au chant, Richard Addéo au piano et à l’orgue, Eric Courier à la basse et à la contrebasse et Denis Maisonneuve à la batterie et aux percussions. Ils sont rejoints sur quelques titres par Régis Pons à la trompette et Eric Pigeon au saxophone. Ajoutons encore que Marco Pandolfi enjolive deux morceaux avec son harmonica tandis qu’Alexandre Peronny laisse entendre son violoncelle sur un autre. Dans un style enlevé et plein de force le band, bien rôdé sur de nombreuses scènes, interprète 8 compositions originales de très belle facture et reprend ‘Bring Your Loving Home’ de Dani Wilde et ‘I Don’t Know’ de Joe Louis Walker. Le groupe joue dans la finesse mais sûrement pas dans la retenue, ça pétille, c’est joyeux et festif. L’ensemble du disque ne manque pas de souffle. Véritable concentré d’énergie cet album élégant fait preuve d’une belle vitalité. Bon groove, bon feeling, les bonnes vibrations sont là. En plus la pochette du CD est belle. La griffe Made in Auvergne semble être une fois encore une garantie de qualité.
Gilles Blampain

Mark Cameron
Back From The Edge

Genre musical: Blues multiformes
Label : COP RECORDS
Distributeur :
Soundcloud, Amazon, Deezer    

Auteur-compositeur, chanteur à la voix chaleureuse et guitariste Mark Cameron est sur scène depuis plus de trente ans et il a récemment représenté le Minnesota à l'International Blues Challenge avec son groupe. Au fil des années il est devenu un artiste recherché par les discothèques et les festivals grâce à son style dynamique soutenu par un band performant qui délivre un son des plus excitants. Il joue une musique qui fait taper des pieds et qui donne des frissons. Cet enregistrement aligne dix chansons originales qui traversent le blues sous différentes formes. Riffs funky, guitare agressive et harmonica rugueux, puissante section cuivres ou Dobro en super slide. Cameron est entouré de Rick Miller à l’harmonica, Scott Lundberg à la basse, Dan Schroeder à la batterie, Sheri Cameron à la flûte, au saxophone, au washboard et aux congas. Ils sont rejoints pour la chanson titre ‘Back From The Edge’ par l'organiste Tommy Barbarella et les chanteuses soul Tonia Hughes et Sara Renner. L’album, enregistré du 7 janvier 2019 au 8 mai 2021 du fait de la pandémie, est assez varié et ne manque pas de bonnes vibrations, c’est carré, efficace et plein d’une belle énergie.
Gilles Blampain

Mornifle
Mornifle

Genre musical: Metalcore progressif
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur :
https://mornifle.bandcamp.com/    

Quand tout semble perdu, et que la musique mainstream ennuie jusqu’à la nausée, il y a l’underground. C’est désormais dans les sous-bois que se cache la musique originale et sans concession. Et le pire, c’est que ses chances de percer sont hélas minuscules. Cette création devient un acte artistique quasi-suicidaire, visant un petit public d’amateurs éclairés, comme l’était finalement celui du blues en Grande-Bretagne au début des années 1960. Mornifle est : 1/ un trio instrumental, 2/ ils sont d’Annecy, 3/ ils jouent du metalcore progressif. Bref, on peut statuer que cette formation est complètement cinglée. Ils viennent pourtant de sortir un EP de six titres absolument impressionnant. Ils sont difficiles à classer en réalité. On s’éloigne du punk-hardcore, on est dans une musique à la structure plutôt progressive, certes. Pour ma part, j’ai l’impression d’y voir les successeurs du King Crimson de la période Red. On y trouve ces instrumentaux métalliques et noirs, avec ces structures cassées, mais dopés par la férocité des musiques metal de ces quarante dernières années. Il y a toutefois ce son à la Robert Fripp qui traîne derrière ce son hardcore. Chaque morceau représente une partie de la main, mais l’ensemble est un voyage sonore terrifiant et fascinant qui s’enchaîne jusqu’à l’épuisement du jus cérébral lorsque retentit la fin de ‘Paume’. Mornifle vient de sortir un sacré disque, inclassable, terriblement inspiré et puissant, une pièce majeure de 2021.
Julien Deléglise

Motörhead
No Sleep ‘Til Hammersmith – 40th Anniversary Edition

Genre musical: Heavy-metal
Label : Sanctuary Records
Distributeur :
BMG    

Le back-catalogue de Motörhead est une manne sans fond, notamment depuis la mort du grand Lemmy Kilmister en 2015. Les années Fast Eddie Clarke restent de loin les plus mythiques, et Sanctuary a déjà publié deux massifs coffrets sur cette période : « 1979 » réunissant les albums Overkill et Bomber, ainsi que deux concerts inédits de cette époque. Ace of Spades a connu le même traitement, avec toujours d’innombrables reproductions d’affiches, singles et autres tour-programmes. Cette fois, c’est au tour du légendaire live No Sleep ‘Til Hammersmith de bénéficier d’un traitement de luxe en quatre disques. Pas de redite avec le coffret Ace Of Spades et ses deux lives de 1980 inédits. Le coffret présente ici le disque original, et les trois enregistrements en direct ayant servi à sa confection, cette fois en totalité : les 29 et 30 mars 1981 à Newcastle, et le 28 mars 1981 à Leeds. L’album original était simple et se voulait incisif, comme l’était tous les shows de Motörhead. Il fut tellement percutant qu’il atteint la première place des classements britanniques, ce qui paraît assez fou vue la production musicale mainstream actuelle. Loin d’être redondant, on se plonge dans trois concerts consécutifs de la tournée de promotion de l’album Ace Of Spades. Le trio composé de Lemmy Kilmister à la basse et au chant, Fast Eddie Clarke à la guitare, et de Philthy Animal Taylor est au sommet de sa puissance depuis deux ans. Ce qui peut paraître approximatif par moments ne l’est en fait pas. Il faut une sacrée adresse pour dompter une telle puissance de feu. On redécouvre notamment l’incroyable talent de guitariste de Fast Eddie Clarke. Il a ce don inné de placer ses riffs tendus au-dessus des accords graves de basse, créant un véritable champ de lave sonore poussé par la batterie heavy-punk de Taylor. Autre qualité de Clarke : son sens inné du chorus, drôle de survivance heavy-psyché, faisant gargouiller sa wah-wah, créant du feeling et du lyrisme dans une musique qui ne semble pas en être pourvue. Clarke était aussi le gardien du temple sonore et visuel du groupe, créant les riffs et restant vigilant à ce que le trio reste cet ensemble soudé et implacable. Les set-lists sont évidemment de premier choix, puisque tirées de quatre albums légendaires : Motörhead, Overkill, Bomber, Ace Of Spades. Le tout est agrémenté d’un beau livret et de quelques goodies fort jolies. Il est fort probable qu’il s’agisse de l’édition définitive. Moi qui ne m’était plus replongé dans cet album depuis quelques années, j’ai été une fois encore fasciné par toutes ces incroyables explosions sonores gorgées de la sensibilité acide de Clarke : ‘Metropolis’, ‘Iron Horse’, ‘Capricorn’, ‘The Chase Is Better Than The Catch’. C’est enivrant, c’est féroce, c’est sans doute ce que le rock a offert de plus méchamment beau.
Julien Deléglise

Primal Age
Masked Enemy

Genre musical: Metal-hardcore
Label : WTF Records
Distributeur :
WTF Records    

Il paraît que la colère s’estompe avec l’âge. Il y a même des gens de gauche qui deviennent de droite après cinquante ans. Visiblement, cette option ne fait pas partie du quintette d’Evreux Primal Age. Fondé en 1995, c’est-à-dire au siècle dernier, la formation a quelques très bons albums derrière lui : A Hell Romance en 2007, The Gearwheels Of Time en 2010. Primal Age ne dévie pas d’une formule ultra-efficace tant sur disque que sur scène : un heavy-punk hardcore ultra-percutant. Masked Enemy maintient magnifiquement le cap avec une nouvelle cartouche de gros sel. L’efficacité de Primal Age réside dans ses tempos et ses riffs ultra-métalliques. Le groupe ne fait pas du tout dans la carte de l’ultra-speed à la Discharge. Il s’agit de taper sur le nerf auditif avec force et méthode. Il y a l’embarras du choix: ‘Wise Old Man’, ‘The Devil Is Hidden In The Shadow’, ‘Masked Enemy’, ‘I Warn You’… Didier Cauchois est un hurleur de première, vindicatif, parfait pour ce style. Le groupe a d’ailleurs laissé quelques traces lors de son passage au Hellfest de 2019. Ce qui est désarmant avec le hardcore, c’est que tout comme le boogie, la formule a beau avoir été archi-usée, on se surprend toujours à opiner du chef. Le plus subtil, c’est de trouver le riff qui va ressusciter la formule magique. Primal Age réussit ce coup avec ce nouveau disque hargneux, et n’a pas lâché le moindre pouce de terrain en terme de colère.
Julien Deléglise

Quintana Dead Blues eXperience
4Lost Songs

Genre musical: Heavy Blues
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur :
www.pieroquintana.com    

On avait eu l'occasion de souligner, il y a deux ans déjà, l'excellence de ce Quintana Dead Blues eXperience, dernier projet en date de Piero Quintana, actif depuis plusieurs décennies sous diverses formules et appellations. Il agit ici sous couvert d'un one man band, où, comme il le dit fort bien, il se présente dans le plus simple appareil. Les ingrédients : une guitare fuzz, une voix corrosive, une grosse caisse. Une formule crue et minimaliste donc, mais franchement efficace. Cet EP est dans un premier temps disponible en téléchargement, mais on peut visionner sur Youtube le titre d'entrée, 'Will Be Myself', brut et abrasif, qui donne tout de suite le ton. 'Is It Done' est de la même veine, quoique plus saccadée. 'Loose Your Pride' peut faire songer aux White Stripes (et n'aurait pas déparé sur un album du duo), enfin 'Lost Song' est un mid tempo implacable, qui clôture cette livraison. Loin d'être perdus, ces quatre titres, présentés comme une parenthèse, forment un ensemble à part entière. Et l'on souhaite plutôt qu'ils fassent office de trait d'union entre Older, l'album précédent, et la suite, qu'on attend avec impatience.
Marc Jansen

SpaceMetal
Highness

Genre musical: Stoner-metal
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : https://spacemetal1.bandcamp.com/
   

Les redoutables garnements de SpaceMetal sont de retour. Ils reviennent comme une tempête tropicale. Logique, ils sont de la Nouvelle-Orléans, ils s’y connaissent en moiteur. Certes pas des galopins de la première heure, les SpaceMetal ont tout de même produit deux albums époustouflants dont l’exceptionnel Shroud en 2018. Depuis, plus de nouvelles, et c’est à nouveau le cœur triste que je me dis qu’une fois encore, la misère du marché de la musique aura eu la peau d’un si fantastique groupe, comme elle eut celles de Samsara Blues Experiment ou de The Machine par exemple. Et puis, joie immense, SpaceMetal revint à la vie avec un bel EP de quatre morceaux : Highness. Est-ce que c’est un bon disque ? Bon dieu oui ! Il est toutefois plus direct et moins introspectif que Shroud, immense monument sonore, difficile à dépasser. Les quatre morceaux ont l’identité SpaceMetal, avec un côté plus direct. Le quintette explore cependant toujours les contrées sonores, n’hésitant pas à largement dépasser les cinq minutes. ‘Cry’ est assurément le torrent de plomb chaud que l’on espérait tant, et dont ils ont la marque absolue. ‘Highness’ et ‘The Seed’ retrouvent les territoires heavy-psych de Shroud. Ces quatre morceaux ravivent la flamme de SpaceMetal, et cela est déjà réjouissant. Il est indispensable que ce groupe vive, car il propose l’une des musique heavy-metal psychédéliques les plus palpitantes de ce nouveau siècle.
Julien Deléglise

Steve Marriner
Hope Dies Last

Genre musical: Rock,americana
Label : STONY PLAIN
Distributeur : Amazon, Spotify, iTunes,
    

Il y a eu un premier album paru sous son nom en 2007, Going Up, puis en 2008 on l’a retrouvé au sein du trio Monkey Junk qui distille toujours avec une belle énergie blues, boogie, soul et swamp. Le voici à nouveau en solo, mais Steve Marriner lauréat de plusieurs prix qui, en plus de chanter, joue d’à peu près tout, harmonica, guitares, claviers, ne s’est pas pour autant replié sur lui-même et nous dit : « Sur les disques de Monkey Junk, les sons sont créés en grande partie par Matt Sobb, Tony D. et moi-même. Sur Hope Dies Last, ce sont 15 autres musiciens qui ont prêté leurs talents extraordinaires à la création de ce projet ». Avec cet enregistrement l’homme d’Ottawa assume un son résolument différent : « Il y a beaucoup de rock sur cette version, mais il y a aussi des moments assez tendres ; ça faisait du bien de baisser d’un ton ». Il aligne ici 10 compositions du meilleur cru couvrant une large palette mêlant des teintes country, bluesy ou americana et le Canadien se laisse même aller à chanter en français ‘Petite Danse’, aux accents louisianais. Auteur, compositeur, multi-instrumentiste, producteur, cette fois Steve Marriner a ajouté une ligne sur son CV puisqu’il a pris en charge le son pour la réalisation et le mixage.
Gilles Blampain

The Dog Town Blues Band
Search No More

Genre musical: West coast blues
Label : RVL Music
Distributeur : www.thedogtownbluesband.com/store
    

Le DogTown Blues Band est basé à West Los Angeles et possède un son unique issu des carrières musicales variées de ses membres. Richard Lubovitch qui joue de la guitare a passé 30 ans à Chicago, à écouter et à jouer avec les grands noms de la Windy city. Bill Barett chante et joue de l’harmonica chromatique. Wayne Peet est aux claviers (orgue et piano). Lance Lee marque le tempo à la batterie avec Trevor Ware à la contrebasse. Le chanteur Kaspar Abbo s’est joint au band pour cette aventure musicale et imprime sa marque sur six chansons. Invité spécial, Marcus Watkins intervient à la guitare sur trois titres. La devise du groupe : « Nous aimons mettre un peu de jazz dans notre blues et un peu de blues dans notre jazz », résume très justement ce que cet enregistrement laisse entendre. L’ensemble a beaucoup de charme. L’ambiance générale du disque est à la douceur et à la décontraction mais le rythme n’est pas absent. On se laisse bercer avec plaisir d’un titre à l’autre. L’album présente 8 reprises de blues classiques, un standard des années 70 et une composition originale ‘All Night’ signée par Richard Lubovitch. Une production de belle facture tant au niveau de la conception que de l’exécution. Un enregistrement chic et lumineux dont la finesse d’interprétation est un réel plaisir auditif.
Gilles Blampain

The Freaky Buds
Hard Days Fuzzy Nights

Genre musical: Rockin' blues
Label : MUSIC RECORDS
Distributeur :
Inouïe Distribution     

Nantes. J'avais balancé mon sale job à l'usine en l'année 2018. Dorénavant, vivre ma vie avait été mon seul but, ma seule obsession. Fissa, direction la Nouvelle Orléans. C'était avant que je te rencontre, toi ma sauvage beauté. Tu le sais, tu es faite de feu. Et puis cette moche de nuit est arrivée, celle où, dans les marais, nous avons commis l'irréparable. Je suis allé trop loin pour toi. Mes nuits sont désormais de la couleur du sang et de l'errance, mon blues devient ma fuite, une traque infinie. Désormais je fuis chaque ville incendiée par ta présence, car depuis, ces chiens sont après moi. Je meurs à chaque endroit où tu es absente, chaque carrefour est incendié par ton amour. Journées de merde et nuits obscures.
Juan Marquez Léon

The Pretty Things
Live At The BBC

Genre musical: Blues-rock/heavy-rock psychédélique
Label : Repertoire Records
Distributeur :
Repertoire Records    

Repertoire Records a des petites marottes qu’il exploite pour le plus grand plaisir de ses amateurs : les Yardbirds, Jon Hiseman (Colosseum, Tempest), et les Pretty Things. Repertoire avait déjà publié plusieurs albums compilant des sessions de la BBC des Pretty Things. Cette fois, et sur l’exemple de Colosseum, le label offre l’ensemble des sessions dans un beau coffret de six disques et un beau livret. Le premier propose les premiers hits : ‘Rosalyn’, ‘Roadrunner’… avec ce présentateur enthousiaste typique des années 1960. La qualité des émissions évolue et la musique des Pretty Things aussi. C’est là que le coffret devient véritablement passionnant. Car il propose des sets complets du groupe de 1969 à 1975, en passant par les reformations en 2009 et 2018. C’est sans doute le point fort de ces enregistrements : on y découvre une formation créative, à l’équipage fort changeant, dont le seul capitaine est le chanteur Phil May. Mais il est impossible de ne pas se régaler en écouter les différentes versions de ‘Cries From The Midnight Circus’ et ses incroyables improvisations heavy-acides. Il y a aussi tous ces fabuleux morceaux oubliés : ‘Peter/Rip Off Train’, ‘Sweet Orphan Lady’, ‘Love Is Good’, ‘Singapore Silk Torpedo’…. Ils permettent de découvrir de merveilleux musiciens oubliés : le bassiste Wally Waller, le fabuleux guitariste Peter Tolson, le batteur Skip Alan. Ce coffret est un incroyable voyage sonore. La musique des Pretty Things est si riche et inventive, alors qu’elle fut créée dans des conditions souvent laborieuses. Le groupe, fauché, s’était ainsi rabattu sur le quartier de Ladbroke Grove à Londres, au milieu des squats et des formations heavy-psychédéliques les plus incontrôlables : Hawkwind, Pink Fairies, Edgar Broughton Band… Les vedettes de 1964 se réinventèrent, et mêmes les sessions de 2018 sont superbes. Les Pretty Things sont un groupe de légende, et le plus beau résumé est là, sur ces six disques.
Julien Deléglise

The Starphonics
Wild Wild Lover.

Genre musical: Rockabilly
Label : WITA RECORDS
Distributeur :
BACO     

S'il y a bien un genre qui semble avoir découvert la formule de l'élixir de l'éternelle jeunesse - et qui conserve un nombre impressionnant d'adeptes de tous âges - c'est bien le rockabilly tel qu'il est proposé ici, racé et conquérant. Précisons tout de suite que, si les règles du genre sont bien d'application, on n'a jamais l'impression d'une visite poussiéreuse. La faute entre autres au chanteur Pierre Laru (ex-Curfew, ex-Pete & the Atomics) et au batteur Eric Bessenay, actifs sur la scène rockab' française depuis les années 90. Ils ont su élargir leur champ de vision en s'alliant au bassiste Bruno di Placido, et au guitariste Emmanuel Mercier, issus eux de la scène indie (même si le dernier cité confesse une passion légitime pour les BO de séries TV des sixties, le garage et le swamp rock, ou plus encore Link Wray). Link Wray, qui fait d'ailleurs l'objet d'un des trois emprunts de l'album (le redoutable 'Streets Of Chicago', instrumental menaçant). Les autres reprises ne sont autres que le célébrissime 'Summertime' de Gershwin, pour un traitement ébouriffant (avec clin d'œil au 'Black Night' de Deep Purple, le côté bourrin en moins !)  et le titre de Benny Joy qui, sur fond de jungle beat, donne son nom à l'album. Les compositions originales ne sont pas en reste, qu'il s'agisse de 'Dolly Dolly’, détonantes, 'Gogo Bar', échevelée, 'So Long Goodbye' - la voix évoquant à plusieurs reprises le grand Gene Vincent. Le tout s'achève sur 'Moo Cow', au rythme tribal, comme un écho au premier morceau.    
Marc Jansen

Tommy Castro
A Bluesman Came To Town


Genre musical: Blues vigoureux
Label : ALLIGATOR
Distributeur : SOCADISC

Qui mieux que l’artiste pour parler de son œuvre. Tommy Castro nous dit : « Avec A Bluesman Came To Town, je vous propose un disque de chansons qui racontent une histoire. C'est l'histoire d'un jeune homme d'une petite ville. Un jour, un bluesman jouant de la guitare arrive dans sa ville. À partir de ce moment-là, la vie du jeune homme ne sera plus jamais la même. C'est basé sur le parcours classique d'un héros, l'odyssée de la vie d'un musicien ». Plusieurs styles, du blues au rock, de la country au boogie sont abordés avec un réel talent par Tommy Castro. La majeure partie des titres ont été écrits en collaboration avec le fameux producteur Tom Hambridge. Le son est vigoureux et dynamique. Toujours égal à lui-même, Tommy Castro fait preuve une fois encore d’une énergie puissante, distillant un blues exalté et un rock brûlant, répandant des vibrations soul passionnées chantées d’une voix râpeuse et exécutant des solos de guitare fluides et lumineux. La déception n’est jamais au rendez-vous avec une production de l’homme de San José, c’est comme d’habitude plein d’une belle vitalité et d’un gros feeling. Dès la sortie de l’album, Tommy Castro prendra la route avec son band The Painkillers pour une cinquantaine de concerts à travers les USA.  
Gilles Blampain




Various Artists
I'm A Freack Baby 3

Genre musical: Heavy-psych/proto-hard-rock
Label : Grapefruit Records
Distributeur : Cherry Red Records

Un concept, cela peut s’essouffler. En l’occurrence, ce troisième volume de I’m A Freak Baby, série de coffrets consacrée au heavy-rock underground des années 1968 à 1973 pourrait être celui de trop. Après tout, on en connaît des sagas qui s’époumonent rapidement, dès le second volet. Grapefruit a réussi le tour de force de faire aussi bien que les deux premiers volumes, et peut-être même mieux. Car pour celui qui connaît un tant soit peu les groupes ici présents, les titres sont d’une pertinence absolument exquise. Cette boîte, comme ses prédécesseurs, retrace parfaitement le son et l’ambiance qui règne autour de ce heavy-psych et proto-hard-rock : des banlieues ouvrières grisâtres, du fish’n’chips, des pintes de bière dans les pubs enfumés, le besoin viscéral d’évacuer la frustration de l’usine de la semaine. Ici, pas de voyages cosmiques, d’elfes et autres légendes de Tolkien. On parle d’amours perdus, d’un train que l’on attend, d’ennui et de révolte. Quelques noms connus parsèment la set-list : Deep Purple, Thin Lizzy, UFO, Nazareth, Procol Harum, The Yardbirds, Mott The Hoople… mais les titres sélectionnés explorent leur carrière obscure et heavy-psychédélique. Les autres formations nécessitent une véritable découverte approfondie : Budgie, May Blitz, T2, Leaf Hound, Ashkan… Agrémenté d’un beau livret détaillé évoquant chaque groupe, cette boîte absolument exquise et nécessite un achat immédiat.
Julien Deléglise

Yoko? Oh No!
Tattoos & Chlamydias

Genre musical: Power pop d'enfer  
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : yokoonosucks@gmail.com + plateformes

Juan, qui chronique des disques sur ce site, entend ‘Intro’ et dit : « C’est ‘Because’ des Beatles ». Puis il entend ‘Delly’ et dit : « C’est ‘Kick Out The Jam’ ». De fait, Tattoos & Chlamydias est un album à la power pop très hybride, bourré d’allusions et de réminiscences, qui vous recoiffe en arrière et vous crépit la face comme une bonne grosse tarte aux décibels. Le rock a tout donné. Ceux qui en font encore aujourd’hui sont obligatoirement des sortes de commentateurs. Ils ne copient pas, ils le régénèrent en le réaménageant, et ce trio bordelais est particulièrement doué pour la greffe, ce que démontre ce premier album (?) frais, joyeux, lapidaire, hypernerveux. Ils citent des références comme les Beatles, NoFX, Artic Monkeys. Les Beatles, à l’évidence, à cause des mélodies, à cause de leur raison sociale (Yoko ? Oh No !), à cause de leur adresse e-mail collective (yokoonosucks@gmail.com), et parce que le guitariste s’est choisi John Lemon pour pseudo. Du coup, le bassiste-chanteur se fait appeler Stone. (Le batteur, c’est Tim.) Ne perdons pas de vue qu’il s’agit d’abord d’un disque pop-punk, et que les Dead Kennedys pourraient tout aussi bien figurer dans leur pédigrée. Et ne perdons pas de vue que les titres sont bien architecturés, avec des articulations baroques par endroits… qui pourraient faire penser à Queen. Un Queen qui aurait bien tourné en macérant dans l’explosion punk. D’ailleurs le chanteur a un peu le même timbre que Mercury. Je sais, la formule « un Queen qui aurait bien tourné » en laisse quelques uns contemplatifs. Juan, ça le chiffonne ce rapprochement avec Queen. Il propose les Sparks. Allons, bon. Et tout ça déboule à 200 km/h, écrase tout sur son passage, rend hommes et bêtes épilleptiques et sourds. Voilà pour toi, Yoko : la surprise enchantée de l’été !
Christian Casoni