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10/20
Chroniques CD du mois Interview: ALMANAK Livres & Publications
Portrait: W.C HANDY Interview: lee o'nell blues gang Dossier: FENDER STRATOCASTER
 


Dans cette rubrique, vous trouverez une sélection de CD choisis par l'équipe Blues Again.

SEPTEMBRE 2016

Afterschool Special: The 123s of Kid Soul
Various Artists

Genre musical: Soul Music
Label : NUMERO GROUP
Distributeur : DIFFER-ANT

Après tant d’années, on pourrait croire que tout, définitivement, a été réédité. C’est compter sans ces passionnés qui, tels d’audacieux archéologues, voire paléontologues, s’en vont inlassablement exhumer des enregistrements obscurs pour les mettre en vitrine aujourd’hui. La présente compilation nous ramène donc aux débuts des seventies : les Jackson 5 cartonnaient alors avec leur hit ‘ABC’, ce qui inévitablement incita nombre de parents et professeurs à soutenir leurs jeunes pousses et à les précipiter en studio. Voici donc une compilation consacrée aux soul kids, compilation qui fait suite à un premier volet, Home Schooled : The ABCs Of Kid Soul, publié en 2007. Bien sûr, et c’est la loi du genre, on y trouve à boire et à manger. Si les thèmes sont inoffensifs, voire fleur bleue pour la plupart (‘Girl Why Do You Want To Take My Heart’, ‘I Want A Little Girl’, ‘It’s Time For Love’…) ou franchement bien-pensant (‘I’m Free, No Dope For Me’ par les  Dynamics !), la reprise de ‘Revolution Will Not Be Televised’, de Gill Scott-Heron n’en est que plus surprenante. Tout cela n’est pas destiné exclusivement aux minots, et les amateurs de compos délicates, de vocaux soyeux, d’arrangements léchés auraient tort de négliger l’affaire. Le rythme se fait plus soutenu par moments (Five Ounce of Soul et ‘Love Got A Piece Of Your Mind’ - l’amour, toujours l’amour – The Greer Brothers et ‘We Don’t Dig No Busing’) et se clôt avec Nancy Dupree with a group of youngsters pour un ‘James Brown’ fort à propos.
Marc Jansen

Blues Cargo
On time

Genre musical: Chicago blues
Label : MELON MUSIC
Distributeur :
AMAZON

Blues Cargo, un nom fait pour porter le blues de port en port. D'ailleurs, la musique n'est-elle pas faîte pour voyager ? Cette formation originaire de Grèce existe depuis bon nombre d'années, formée autour du bassiste chanteur Dimitris Ioannou et du guitariste (d'une grande finesse) Stelios Zafeiriou. Au cours de ses trente ans d'existence, Blues Cargo a trouvé son équilibre avec le batteur Tolis Goulas, le saxophoniste (ténor) Babbis Tsilivigos et le claviériste George Lagogiannis. Peut-être même les avez-vous vus sur scène car ils ont accompagné les plus grands lors de tournées européennes (Lousiana Red, Guitar Shorty, Lurrie Bell, Nick Gravenite et bien d'autres...). Belle cohésion pour cette formation dynamique dont c'est le troisième album qui ouvre avec ‘Hideway’, le fameux titre de Freddy King. Au niveau des reprises, on trouve aussi ‘Broke And Hungry’ de Blind Lemon Jefferson et le très bon ‘Wake Up And Smell The Coffee’de Chris Cain. Sinon, des originaux dont ces deux titres ‘Corruption’ et ’ Stop Messing Around–With My Bread’ où les politiciens en prennent pour leur grade.  Bon voyage avec ce cargo bourré de blues de la soute au pont.
César

Con Brio
Paradise

Genre musical: Soul, funk
Label : V2 RECORDS
Distributeur :
K&B

Con Brio, septuor originaire de San Francisco, avec, au chant, le talentueux Ziek McCarter, s’est forgé une solide réputation sur les scènes et festivals de la côte ouest, puis un peu partout dans le monde aux côtés de vétérans tels que Fishbone ou Galactic. Le principal défi pour ces jeunes gens restait donc de réussir à transmettre cette énergie sur une « plaque », leur premier album, après avoir sorti un EP autoproduit en 2015. La réalisation a été confiée à Mario Caldato Jr (Beastie Boys, Tone Loc, Seu Jorge …) et, disons-le d’emblée, c’est très réussi ! Même si l’on devine que la production n’a pas disposé du budget colossal réservé à certains artistes déjà confirmés, ce disque dégage un magnétisme, une énergie communicative qui vous donne juste envie de pousser la table du salon dans un coin pour pouvoir danser… Ici, les références sont claires : le funk et la soul psychédélique de la « Bay Area », à l’image de leurs aînés de Sly and The Family Stone. Orgue Hammond et guitares funky s’appuyant sur un combo basse-batterie groove à souhait, le tout ponctué de lignes de cuivres envoûtantes que survole Ziek avec ses textes, mélange d’images poétiques et de réalités sociales énoncées avec force et sincérité, servi par des arrangements et une cohésion impressionnants pour ce jeune groupe. Une façon de procéder « à l’ancienne », qui consiste à d’abord s’amuser et jouer sur scène avant de penser à produire un clip, ce qui n’est plus tellement courant de nos jours, mais porte indubitablement ses fruits pour Con Brio, qui porte décidément bien son nom. A découvrir absolument !
Jean Charles Cremers

Eric Clapton and Guests
Crossroads Revisited

Genre musical: Riffs en rafales
Label : RHINO
Distributeur :
WARNER

Eric Clapton a créé le Crossroads Guitar Festival en 2004 pour récolter des fonds destinés au Crossroads Centre d’Antigua qu’il avait fondé en 1998 afin d’aider les victimes d’addictions. Avec 40 titres pour près de 4 heures de musique, ce coffret de 3 CDs permet de revivre  les meilleures performances des maîtres de la guitare au fil des années 2004, 2007, 2010 et 2013. Rock, blues, country, on a droit à une série de titres incontournables comme ‘Sweet Home Chicago’, ‘Rock Me Baby’, ‘Little By Little’, ‘On The Road Again’, ‘Cocaine’, ‘Lay Down Sally’, ‘Born Under A Bad Sign’, ‘Tumbling Dice’, ‘I Shot The Sheriff’ et beaucoup d’autres perles. Eric Slowhand Clapton qui a un carnet d’adresses bien rempli a convié les meilleurs bien sûr, BB King, Buddy Guy, Carlos Santana, Ron Wood, James Taylor, Stevie Winwood, Jimmie Vaughan, Billy Gibbons, Jeff Beck, Jonny Lang, Hubert Sumlin, Robert Cray, Albert Lee, Willie Nelson, Doyle Bramhall II, Derek Trucks, Susan Tedeschi, Sonny Landreth, JJ Cale, Warren Haynes, Steve Cropper, Matt Murphy, Keb Mo, Joe Walsh, Gary Clark Jr, pour n’en citer que quelques uns… un vrai festival, et en plus c’est pour la bonne cause.
Gilles Blampain

Gary Hoey
Dust & Bones

Genre musical: Blues-rock
Label : MASCOT
Distributeur :
PROVOGUE

Déjà, se méfier d’un guitariste qui se prénomme Gary, surtout quand il ne fréquente que des démonstrateurs en Stratocaster comme lui. Gary aggrave son cas. Il avait jadis auditionné pour Ozzy Osborne, qui cherchait un successeur à Jack E. Lee. Il avoue l’influence de Robin Trower et de Johnny Winter (à qui est dédiée ‘Steamroller’). En recoupant ces premiers éléments, on peut parier sur un power trio virtuose (vérification faite : Matt Scurfield et Aj Pappas pour la section rythmique), un gros blues rock conformiste enregistré avec une mégalomanie FM, une complaisance infantile pour le mythe du loser bon perdant, de longues décharges esthétiques d’électricité, un déluge de solos juteux et parfaitement maîtrisés, avec option bottleneck ici et là, une ballade pour vider les briquets au premier tiers de l’album, une autre au deuxième, peut-être un jump, peut-être un mid-tempo funky rock, une voix virile mais pas repoussante, l’objectif étant de vendre une Amérique de série B, sympathique et compétente. A part le mid-tempo funky rock et l’évaluation des tiers, bingo ! Les vieux blues rockers expérimentés (56 ans) ne sont vraiment pas mystérieux. Le problème c’est que le gars de Boston, qui s’était fait connaître avec ‘Hocus Pocus’ et qui expédie ici son 20e album, a du métier, il veut plaire et sait y faire. Ses ballades hard à la Scorpions, ‘This Time Tomorrow’ et surtout la chanson ‘Dust & Bones’, font flancher les railleurs endurcis. Gary a passé un pied dans la porte et tout le reste suit, les power chords méchants pour de rire, les beaux solos de notable sportif, le 3e âge triomphant sur un skate. Bien joué, Gary !
Christian Casoni

Gov' t Mule
The Tel-star Sessions

Genre musical: Southern Blues-rock
Label : MASCOT
Distributeur : PROVOGUE

Il aura fallu attendre 22 ans. Les tout premiers enregistrements du groupe qui datent de juin 1994, sont enfin disponibles. Cet album nous révèle 10 titres entièrement remixés et remastérisés à partir des bandes enregistrées aux Tel-Star Studios, à Sarasota en Floride par Warren Haynes au chant et à la guitare, Allen Woody à la basse et Matt Abts à la batterie. A cette époque, Warren Haynes et Allen Woody membres du Allman Brothers Band font un break avec le groupe et ont l’idée de ce trio pour occuper leur temps libre, sans toutefois en faire un projet à long terme. Le plan est simplement d'enregistrer un album à faible budget et d’organiser quelques concerts... Mais on connaît la suite. Ces Tel-Star sessions permettent de remonter le temps où Gov’t Mule crée un son brut, puissant, un peu crade, nous livrant 61 minutes d’un southern rock mêlant grunge, blues et rock avec une certaine jouissance. Warren Haynes avec de superbes solos soutenus par la basse rageuse d’Allen Woody et la frappe bien marquée de Matt Abts, cherchent une nouvelle voie. Tous les trois sortent des sentiers battus et font table rase de ce qui se fait à cette époque pour inventer un son particulier qui deviendra la carte de visite sonore de Gov’t Mule. Ça frappe, ça cogne, il y a de la force et de la hargne mais c’est inventif. Ce bond dans le passé est passionnant !
Gilles Blampain

Laurence Jones
Take me high

Genre musical: Blues rock
Label : RUF
Distributeur : SOCADISC

Ce nouveau disque est un pas de plus vers le sommet pour celui qui incarne le renouveau du blues outre-Manche. La presse spécialisée acclame, la BBC s’enthousiasme. Walter Trout qui s’y connaît en la matière dit à son propos : « Laurence est un croisement entre Eric Clapton et Buddy Guy, c’est un génie ». Laurence Jones signe tous les titres, 10 en tout, qui se déroulent en 43 minutes. Enregistré à Cambridge sous la houlette de Mike Vernon, le jeu exemplaire de Jones est toujours aussi brillant quant à sa voix elle a, semble-t-il, gagné en maturité. Pour ce quatrième album, il est secondé par Roger Innis à la basse et Phil Wilson à la batterie qui apportent une base rythmique puissante et expérimentée. Bob Fridzema est à l’orgue Hammond et Paul Jones est venu donner un coup de main avec son harmonica sur un titre. Capté en studio dans les conditions d’un live, le son est très original et la prestation est toujours aussi fougueuse. Le style est enlevé, avec des riffs chauffés à blanc Jones envoie un blues-rock qui laisse des traces et les piquants solos où s’exprime tout le feeling du bonhomme imposent la carrure de l’artiste. Toutefois, quelques chansons tirant vers une pop plus souple permettent de voir que Jones a plus d’une nuance sur son manche de guitare. Du début à la fin une belle ardeur traverse ce disque.
Gilles Blampain

Manu Lanvin and the Devil Blues
Blues Booz & Rock'n'Roll

Genre musical: Chansons blues-rock
Label : VERYCORDS
Distributeur : WARNER

Alors, oui, c’est bien le fils de l’acteur, et oui, c’est du blues-rock : grosse batterie, grosse guitare, grosse voix (quelque chose comme Joe Cocker). Plus chanson couillue que franc blues-rock d’ailleurs, robuste et mouvementée, coupée court dans les solos, excessive comme peut l’être le blues-rock, surtout porté par cette voix et ses cinq atmosphères de pression. Manu Lanvin y injecte une dose d’humour suffisante pour refouler le melon, des chœurs cocasses (‘Papa’s Got A Reefer’) et un son coloré. Ce 4e album s’ouvre ainsi sur un riff inspiré de ‘Smokestack Lightnin’ ’, transite par quelques hymnes qu’on suppose légèrement ironiques (‘Raise Your Hands For Peace’), par une ballade acoustique au folk simple, sincère et très émouvant (‘Are U There’), et se referme sur un accord au tranchant new wave (‘Under The Waves’ justement). Cette contention du pathos par l’humour donne beaucoup de cachet à quelques impudeurs émotionnelles (‘I Was Born’). Manu Lanvin, qui ne joue pas avec des moufles, se portraiture dans les mythologies du blues-rock, qu’il fait mine de tourner en dérision à travers ces douze chansons pétaradantes, « enregistrées entre Marrakech et Paris ». Pour ne pas l’abandonner face à un ampli taillé comme l’Arc de Triomphe : un carré de pointures. Jimmy Montout bat, Fred Lerussi basse, Mike Lattrell claviérise et le grand Bako harmonicise. Comme beaucoup de chanteurs français, Manu Lanvin enracine sa chanson dans une parcelle de la musique anglo-saxonne et, comme quelques uns d’entre eux, sa légitimité n’y étant pas naturelle, il se montre meilleur que bien des natifs.
Christian Casoni

Michael Kiwanuka
Love & Hate

Genre musical: Soul Blues
Label : INTERSCOPE RECORDS
Distributeur : POLYDOR

Michael Kiwanuka enfile sans effort le costard cintré d’Otis Redding. Il va y ajouter la casquette en tricot de Curtis Mayfield et le médiator de Eddie Hazel. Produit de la diaspora ougandaise, grandi à Londres, il trimbale de la mélancolie à la tonne. Les Four Tops chantaient: ‘I can’t help myself’, Michael c’est plutôt ‘I can’t stand myself’. Le producteur Danger Mouse a l’intelligence de pousser les curseurs dans tous les sens pour alterner les séquences acoustiques guitare/voix et le cinémascope Grand Large d’un big band Gospel. Le résultat est un album extrêmement déprimé et beau. L’audio guide idéal d’une expo Edward Hopper. Deux plages (de sable noir) dominent l’album : la première ‘Cold Little Heart’, 10 minutes de souffrance (Bleeding, I’m bleeding, my poor little heart…). Et la neuvième ‘Father’s Child’, s’achevant sur une magnifique coda de plus de 4 minutes ou la voix de Michael se lamente, et ou le piano de Michael glisse quelques sucreries dans le vinaigre de la guitare de Michael. A écouter en relisant l’échéancier de l’avis d’impôt 2016.      
Cranberry Gordy

Mr. Hardealy
X-Perienced

Genre musical: Blues-rock
Label : REBEL/BRENNUS
Distributeur : SOCADISC

Very rock ! Mr. H nous sert un album taillé à la serpe. Sec et brut mais avec une dynamique dans laquelle passion et émotion ne sont pas absentes. Un blues-rock intense et puissant construit à coups de riffs incisifs et de solos incandescents, sans aucun temps mort durant les 62 minutes d’écoute. Mr. Hardearly chante, joue évidemment de la guitare mais également des claviers, Thomas Di Caro marque le tempo sur sa batterie du premier au quinzième titre tandis qu’Alain Gibert tient la basse sur douze et cède sa place à Yves Moisy pour trois interventions. Chris The Cat, invité spécial, pointe son harmonica very bluesy sur la quatrième plage. Cet attelage fougueux taille sa route comme un missile et tape dans le mille. Si l’on prend le titre de l’album au pied de la lettre (X-Perienced), on peut effectivement dire que son auteur possède les connaissances ou les compétences dans son domaine d’intervention. Mr. Hardearly laisse les gagne-petits à leurs médiocres affaires pour atteindre des objectifs plus ambitieux. Exceptés deux reprises de choix, ‘Soldier Of Fortune’ (Blackmore/Coverdale) servi comme un petit plaisir acoustique et ‘Don’t Let Me Down’ (Lennon/McCartney), toutes les chansons sont des créations originales.
Gilles Blampain

Peter Nathanson & Infinite Blues
Opium kiss

Genre musical: Blues-rock radieux
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : AMAZON, DEEZER...

C’est avec un blues-rock de la meilleure veine, fluide et impétueux, enluminé par de superbes solos que Peter Nathanson revient sur le devant de la scène. Mais l’homme ne veut pas se la jouer perso et associe son band Infinite Blue au résultat. Saluons cette louable amabilité musicale. Le groupe est composé de Dan Anderson à la guitare, Chris Page à la batterie, Laurie Higgens à la basse et Tom Hughes aux claviers. Peter Nathanson signe les 12 titres de cet album qui a été enregistré à Gillingham dans le Kent, avec aux manettes Geoff Haslam, producteur qui a collaboré avec les plus grandes pointures des deux côtés de l’Atlantique. L’enthousiasme qui a dû régner durant les sessions transparaît dans chaque chanson. Côté guitare, le style qui ne manque pas de puissance est plutôt brillant et chaleureux. Côté chant, la voix est claire et forte et Peter Nathanson sait indéniablement faire passer l’émotion. Il joue un blues-rock mélodieux plein de verve. Artiste novateur, sa prestation pleine de sensibilité a un aspect euphorique. Originalité, feeling et efficacité sont les trois ingrédients majeurs de cet album. Grâce à un talent qui n’est plus à démontrer, Peter Nathanson a su au fil des ans se forger un son qui lui est propre.
Gilles Blampain

Radio Moscow
Live! in California

Genre musical: Heavy blues
Label : Alive records
Distributeur : DIFFER-ANT

Radio Moscow a pris cette vague heavy blues d’après Fat Possum, dans le sillage des Black Keys et Diamond Heavy. Cinq albums studio plus tard, le groupe sort enfin ce double live au son limpide, lui qui trouve d’abord sa raison d’être sur scène. Des trois jeunes hippies de l’Iowa qui avaient démarré l’aventure, reste Parker Griggs, celui qui aboie et allume des feux de manche sous le bûcher. Avec lui, pour griller les tympans des hipsters venus expier leurs péchés au Satellite de Los Angeles : Anthony Meier dresse la potence à quatre cordes et Paul Marrone enfonce les coins. Après 14 ans d’asphalte, Radio Moscow s’est taillé un public et une somme de titres emblématiques, ‘Broke Down’, ‘250 Miles’ ou ‘Deep Blue Sea’, que voilà. Inutile de disséquer cette apocalypse qui porte à son paroxysme le heavy blues des années 70, tous les morceaux se fondant, sous une arche de basses paniquées, dans une électricité hurlante et un gigantesque roulement de toms. L’urgence de ce blues est si excessive qu’il en devient presque fascinant. Pour apprécier la tempête à sa juste cruauté, il valait sans doute mieux se trouver dans le cyclone du Satellite à l’instant T, nourri de quelque extase chimique, que contempler ses orteils en faction devant les enceintes, le crayon sur l’oreille. Les Radio Moscow, bons musiciens, performers aguerris, le savent bien, qui dispensent à leurs fans ce conseil : “Play this album as loud as possible and as high as impossible”. Ensuite, à moins de crécher dans l’Aubrac, il faudra songer à prendre des otages pour sortir du guêpier, avant que le dernier voisin n’ait succombé à la terreur.
Christian Casoni

Sammy Eubanks
Sugar me

Genre musical: Blues-rock cardinal
Label : UNDERWORLD RECORDS
Distributeur : BURNSIDE DISTRIBUTION

On les entend d’ici, moue de travers, à se plaindre d’un CD de trente-cinq minutes seulement, dix pièces tournant en boucle dans le blues-rock intemporel, trois compositions, un point c’est marre. A première vue ils ont raison, mais tout le monde le sait, rien n’est plus trompeur que la distraite diffusion initiale. Pose tes bottes sur le crachoir, sers-toi un bol de Bourbon, fais gicler les watts au fond du road café : bon sang qu’il défouraille ce cinquième album de Eubanks ! Rôdé aux scènes du Northwest des Etats-Unis, le guitariste a franchi une étape en allant enregistrer à Nashville, entouré de ses musiciens habituels et d’invités de marque qui enluminent la galette à l’or fin. En conséquence, le son est colossal et le mixage atteint les proportions stœchiométriques, garantissant un immense plaisir d’écoute ainsi que le bain optimal pour le style Sammy : pas de révolution, juste la magie du blues et du rock’n’roll enlacés jusqu’à la mort. Pour le coup, on touche la classe internationale sur des tempos variés, entre le corrosif ‘Stop That Grinnin’ à danser, les riffs en douceur du countrysant ‘Born To Love You’ et la colonne martelée des morceaux incendiaires, pétris de vague à l’âme turquoise. Le patron a le pincé de cordes habité, ses soli sont lapidaires, d’une sobriété scarifiante. Trois fois sacré « meilleure voix masculine » par la Washington Blues Society, il monte dans les tours au milieu des larmes sans se poser de questions. Les reprises sont judicieusement choisies, peu connues, réappropriées de telle sorte qu’elles semblent tout droit déboulées des rêves de l’artiste. A titre d’exemple, ‘It’s My Life’ atteint les sommets de cette métamorphose par le cœur : sur de curieux contre-temps, perturbants et familiers à la fois, s’engage un dialogue savoureux entre le chant puissant, la Stratocaster ligne claire de Eubanks et le piano désarticulé de Reese Wynans, autrefois claviériste de Stevie Ray Vaughan. En fait ils ont tort, Sugar Me n’a rien d’un énième disque de musique américaine plan-plan : c’est du bonheur effronté en carton de dix !
Max Mercier

The Apocalypse Blues Revue 
The Apocalypse Blues Revue

Genre musical: Blues clichés
Label : MASCOT
Distributeur : PROVOGUE

Tony Rombola (guitare) et Shannon Larkin (batterie) du groupe Godsmack, Brian Carpenter (basse) et Ray Cerbone (chant). Le band s’est risqué (en 2016, why not !) à sortir un opus intégralement dédié au blues-rock. Le quatuor déclare vouloir produire une musique sombre, provoquante. Certes, nous avons affaire à de très bons musiciens et à un chanteur à la voix profonde. Pourtant, cet album sonne un peu comme une compilation, avec une grande disparité entre les plages et, trop souvent, un sentiment de déjà entendu. Je n’ai pas zappé, mais bon… ‘Evil Is As Evil Does’ se prend trop au sérieux, pour ce qui n’est finalement qu’un exercice de style peu inspiré. ‘Junkie Hell’ : blues lent criblé de riffs éculés, mais bien exécutés. Une voix intéressante, mais le tout manque de dramatique par rapport au texte.
‘I Think Not’ et ‘Blues Are Fallin' From The Sky’ sont, à mon avis, non conformes à la volonté stylistique du groupe. ‘Devil Plays A Strat’ et ‘The Tower’ sont plus investis un peu comme du Led Zep avec Jim Morrison en guest : plaisant.  ‘Whiskey In My Coffee’ propose un mix intéressant, une rencontre improbable, mais qui fonctionne, entre Brian Setzer et les Doors. ‘Crossed Over’ rappelle certains titres de Cream (avec un Clapton encore fringuant).
‘Blue Cross’ commence bien : un riff original à la guitare sèche, enchaîné par une orgie de clichés balaises, mais creux. ‘Music’s Over’ : reprise des Doors, presque à l’identique. Malheureusement, un mixage bien trop propre vient gâcher la fête. Il manque une âme à cet album ! Faute de quoi, au minimum, une production plus conforme aux intentions annoncées (moins lisse) lui aurait donné des couilles. Le groupe devrait trouver sa voie avant le prochain opus. A suivre...
Robert Bolaers

The Devil Make Three
Redemption & Ruin

Genre musical: Bluegrass, old time, country, blues
Label : NEW WEST RECORDS
Distributeur : http://www.thedevilmakethree.com

Pete Bernhard (guitare et chant), Lucia Turino (contrebasse) et Cooper McBean (banjo et guitare) forment ce groupe californien en 2002. Auteurs de 4 albums studio et 2 lives. Enregistré à Nashville, Redemption & Ruin, est un peu un concept album sur la « Destinée » et constitué uniquement de reprises traitant du salut des âmes égarées, la lumière, (Rédemption) et des faiblesses des hommes, leurs vices, la nuit, (Ruin). On peut même se procurer cet album via leur site  accompagné d'un jeu de tarot ! Ce disque va frapper un grand coup (du destin) vu le nombre d'invités, pas moins de 16. Etat des lieux. Le dansant 'Drunken Hearted Man' de Robert Johnson. Une version presque rockabilly : Shaw Camp lead guitar et violon, Jerry Douglas slide guitar (participation sur 1600 albums au moins. Clapton, Costello, O'Brother des frères Coen, etc... membre du Alison Krauss And Union Station). Le boueux 'Champagne And Reefer' de Muddy Waters : Mickey Raphael, l'harmonica de Willie Nelson (Dylan, Mötley Crüe, Blue Oyster Cult, Johnny Cash, Neil Young, etc...). Le bourré mais gai 'I Gotta Get Drunk' de W. Nelson : Chance McCoy violon, Larry Paxton tuba. Le lancinant 'Chase The Feeling' de K.Kristofferson : David Ferguson guitare. Superbe solo ! Le joyeux 'I'm Gonna Get High' de Tampa Red : Denis Solee clarinette (Garth Brooks, Chet Atkins...). Le ténébreux 'Waiting Around To Die' de Townes Van Zandt : Emmylou Harris vocals ! Le sautillant 'There'll Be A Jubilee' de Phil Moore. Le définitif 'I Am The Man Thomas' de Larry Sparks/Ralph Stanley : Jerry Roe aux cuillères. Le divin 'Come On Up To The House' de Tom Waits : Bobby Wood piano. Le très O’Brother,'What Would You Give' de Charlie Monroe. Le traditionnel 'Down In The Valley'. L'immense 'The Angel Of Death' d'Hank Williams Sr. : Duane Eddy, guitare ! Et là, je rends mon âme, incapable de lutter. A l'instar du 'Will The Circle Be Unbroken' du Nitty Gritty Dirt Band (1972), ce disque marquera de son empreinte l'histoire du bluegrass. C'est sa destinée!
Juan Marquez Léon

The Rides
Pierced Arrow

Genre musical: Blues-rock classieux
Label : MASCOT
Distributeur : PROVOGUE

Comme la précédente, cette nouvelle production du groupe est pleine de saveurs. Stephen Stills dit : « The Rides, c’est le groupe de blues de mes rêves » à cela près que ce n’est pas un blues band conforme au sens commun du terme. Cette réunion s’inscrit plutôt dans la lignée des all-star bands. Stephen Stills (guitare et chant), Kenny Wayne Shepherd (guitare et chant) et le légendaire claviériste Barry Goldbberg, s’appuient sur la section rythmique formée par Chris Layton (batterie) et Kevin McCormick (basse). Les trois premiers lascars sont vraiment des pointures et les deux autres ont oublié d’être mauvais. Avec ce deuxième album de facture classique mais bigrement jouissif, le trio au meilleur de sa forme envoie des compositions qui accrochent avec de belles mélodies et des riffs acérés. Les duos vocaux de Kenny Wayne Shepherd et Stephen Stills sont superbes. Chaque titre présente un côté flamboyant, lumineux avec du rock qui frappe, du blues qui gémit, de la soul enflammée. Mais ils savent également tourner de très belles ballades. Une fougueuse énergie traverse l’enregistrement de part en part. Impossible de flinguer un disque pareil. Le trio signe 9 titres et reprend en final ‘My Babe’ de Willie Dixon dans une superbe version. En 44 minutes tout est dit.
Gilles Blampain

The White Stripes
The complete John Peel session

Genre musical: Rock
Label : THIRD MAN RECORDS
Distributeur :
thirdmanrecords.com

Quand les White Stripes débarquent dans les studios de la BBC, ils emportent dans leur valise White Blood Cells, troisième opus qui va les révéler aux yeux des amateurs – avant donc Elephant et la déflagration ‘Seven Nation Army’. White Blood Cells est, de l’avis quasi général, leur meilleur album et de fait, ils sont probablement à leur sommet. L’inestimable John Peel les accueille pour deux séances radio en juillet et novembre 2001, réunies aujourd’hui en un double vinyle (on connaît l’obsession de Jack White pour la chose – figure tout de même le traditionnel coupon qui permet de télécharger l’œuvre). Clairement, la formule est à son zénith : brute, furieuse, minimaliste… On en est toujours au stade batterie/guitare, White ne tente pas encore de diversifier son rock garage au moyen de claviers ou de cuivres. Il puise allègrement dans les albums studio - versions crues, primitives, séminales de ‘Cannon’, ‘You’re Pretty Good Looking’ ou ‘I Think I Smell A Rat’ et aligne les reprises, dont jamais il ne fut avare : ‘Death Letter’, ‘St James Infirmary Blues’,  qu’il avait déjà mis en boîte,  l’inévitable ‘Jolene’, qu’ils reprendront souvent en concert, et puis des choses qui n’apparaissaient pas dans la discographie officielle, tels ‘Jack The Ripper’, ou ‘Going Back To Memphis’. Grand album, cela va sans dire, crucial jusque dans ses défauts : on le sait, ce sont aussi les approximations (cette voix, entre autres, sans cesse au bord de la rupture) qui rendaient le groupe si précieux.
Marc Jansen

Tina Bednoff and the Cocktailers
Jump, sister, jump

Genre musical: Jump, rock, r'n'b
Label : EL TORO
Distributeur : EL TORO

Difficile de deviner à partir du nom et de l’image que ce disque vient de Finlande. Le registre musical, bop, jump, rock, rhythm’n’blues, de Tina Bednoff and the Cocktailers, des musiciens qui ont déjà foulé de nombreuses scènes depuis 2013, lorgne du côté des 40’s et des 50’s. Voilà un band qui doit faire monter la température dans les clubs d’Helsinki… et d’ailleurs. Tenez-vous prêt pour un agréable voyage sentimental dans le passé. Toutefois, les échos d’hier ont un son moderne. Ça crépite, ça pétille, c’est fait pour danser. Tina Bednoff, chante d’une voix légèrement rauque et puissante et joue de la guitare avec une réelle maîtrise, Ville Doc Tilvanen est au piano et l'ivoire danse sous ses doigts, Long John Rantaputo tient la basse et les cordes claquent bien, Honey Aaltonen marque le tempo à la batterie et Jani Ahtiainen est aux percussions. C’est pêchu, l’ambiance est à la fête, c’est joyeux et exubérant. Mais si l’aspect est vintage, la création est tout à fait originale. A part trois reprises ‘Aged And Mellow’ (Otis/Love), ‘Gonna Catch Me A Rat’ (Jessie Mae Robinson) et ‘Ding Dong Daddy’ (Wynona Carr), l’enregistrement révèle 11 compositions originales qui dégagent une belle énergie. C’est vif et plein de bonnes vibrations.
Gilles Blampain