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10/20
Chroniques CD du mois Interview: ALMANAK Livres & Publications
Portrait: W.C HANDY Interview: lee o'nell blues gang Dossier: FENDER STRATOCASTER
 


Dans cette rubrique, vous trouverez une sélection de CD choisis par l'équipe Blues Again.

SEPTEMBRE 2014

Absolution
Dusty road

Genre musical: Blues rock
Label : BLUES BOULEVARD
Distributeur : MUSIC AVENUE

Du blues-rock à haute intensité qui vous harponne dès la première écoute. Avec un dynamisme contagieux et un son très particulier Absolution a rapidement conquis le Royaume-Uni avec ses concerts et ses 2 précédents CD. La presse s’enthousiasme : ‘a blues band for the 21st century’, ‘a powerful punch !’, ‘original quality songs’... Avec ce nouvel enregistrement la notoriété du trio devrait traverser la Manche et se répandre à travers le continent et au-delà. Originalité, feeling, efficacité, trois ingrédients majeurs pour trois musiciens qui envoient avec puissance une musique exaltante et qui insufflent énergie et enthousiasme dans chaque titre qu'ils jouent. Joe Fawcett est à la guitare et au chant, Ben Gardner tient la basse et Doug Lang est à la batterie. Un band qui rentre dedans avec une guitare flamboyante, un chant accrocheur et une section rythmique éclatante. On compare souvent le trio à Cream ou à ZZ Top, et on peut effectivement trouver des similitudes ne serait-ce que dans la qualité de la prestation qui est vive et harmonieuse tout en étant très robuste. Pour leur 3ème album les trois compères signent 12 compositions originales dans lesquelles les puristes du blues et les amateurs de rock se retrouveront. Le disque a été enregistré à Londres. Le résultat est puissant, original et captivant.
Gilles Blampain

Archi Deep and the Monkeyshakers

Genre musical: Rock'n'roll éventuellement garage.
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur :
WWW.ARCHIDEEP.COM

Bon, si on a bien compris, Archi Deep est le pseudo du chanteur (sans doute aussi guitariste), et les Monkeyshakers, un groupe de sidemen venus d’un autre horizon : basse, batterie, orgue. Ils disent : « garage psychobilly » et prétendent être davantage qu’un groupe de rock’n’roll. Psychobilly, à part la pochette, ma foi… Garage en revanche, pourquoi pas ? L’orgue, pompe métabolique du garage, n’y verrait aucun inconvénient. Finalement, rock’n’roll, ce n’est pas mal. Nous écoutons un EP-six titres, le deuxième de cet attelage, enregistré à Bordeaux et mixé à Memphis. Décidément. De simplicité et d’énergie, nous voilà servis. La fraîcheur des contrastes, l’efficacité préférée au verbiage, un paquet de bonnes idées, parcimonieusement exploitées pour un effet maximum (on ne s’emmerde jamais) : une gifle d’orgue, un passage en wah-wah particulièrement tonique, ces cordes qui habillent la ballade de clôture et qu’on n’attendait pas après cinq titres d’un rock’n’roll prolo-juvénile, presque une réaction allergique à ce chant félin qui se déchire. Chaque plage laisse surtout entendre qu’Archi Deep et ses Singes Dansants doivent faire des étincelles sur scène. Maintenant, il ne faut pas s’abuser sur le terme garage, et imaginer que cette simplicité tranchante puisse être du punk. Les amplis ne sortent jamais de la jante. Archi Deep And The Monkeyshakers ne sont pas non plus des mods… mais ils en ont l’exigence.
Christian Casoni

Ben Granfelt Band
Handmade

Genre musical: Rock progressif.
Label : BLUES BOULEVARD
Distributeur : MUSIC AVENUE

Pour qui n’est pas féru de hard ou progressive rock ce nom n’est sûrement pas familier, cependant Ben Granfelt n’est pas un débutant. Le band a été formé en 1993 et a déjà aligné10 albums avant celui-ci. Très actif, Ben Granfelt, tout en étant à la tête de son band depuis plus de 20 ans, a participé à l’aventure des Leningrad Cowboys entre 1992 et 1996 et a sévi au sein de Wishbone Ash entre 2001 et 2004, sans parler de son action avec Gringos Locos, Guitar Slingers et Los Bastardos Finlandeses. Guitariste renommé au jeu incisif et rapide tout en sachant rester mélodique, il nous livre avec ce 11ème enregistrement un mélange de rythmes rock acérés, de ballades et de mélodies soul avec de nombreuses envolées lyriques, sans se priver toutefois de quelques titres acoustiques d’une agréable et touchante simplicité. Donc, beaucoup de tension, mais quelques moments plus apaisés. Il reprend ‘Breathe’ de Pink Floyd, ‘Baker Street’ de Gerry Rafferty et ‘Cocaine’ de JJ Cale. Mais Granfelt n’est pas seul, il est accompagné par Marko Karhu à la deuxième guitare, John Vihervaë qui joue de la basse et Kai Jokiaho qui tape sur les peaux. Et tout ce beau monde nous envoie 14 titres dans les oreilles en 66 minutes chrono.
Gilles Blampain

Ben Miller Band
Any Way, Shape Or Form

Genre musical: Blues, blugrass, rock.
Label : NEW WEST RECORDS
Distributeur : Amazon, iTunes, qobuz

Ben Miller band, est un trio qui sent bon la base, le roots, le terre à terre, qui file une putain     d'envie de danser, de battre la mesure. Trois barbus reconnus d'excellence et soutenus par  les membres de ZZ Top qui leur réservent leurs premières parties. Celui qui tient les manches, Ben (guitare, banjo, cigar box) porte la crête. Celui qui s'occupe de la contrebassine et des percussions, Scott, a les cheveux longs et enfin, le percussionniste hyper doué, Doug, qui manie tout ce qui se frappe, se frotte, se cogne... a le crâne rasé. Pas mal de ses « outils » sont des bricolages de génie, pourvu que ça sonne, comme par exemple ses petites cuillers soudées ensembles et reliées à un micro. L'ensemble nous propose une musique qui va du bluegrass au blues en passant par une énergie rock’n' rollienne contagieuse et jouissive qui frise la folie, en particulier dans le titre ‘The Cukoo’ qui laisse la part belle aux percussions pour une transe sans répit. Bien sûr, il y a quelques chansons tranquilles comme ‘No War’, ‘Prettiest Girl’ et ‘I Feel For You’ mais l'impression générale laisse un goût d'intensité sans demi-mesure. Le feeling à l'état brut vous attend au coin de chaque titre.
César

Blue Room

Genre musical: Blues polychrome.
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur :
WWW.BLUEROOMMUSIC.COM

Le band a émergé à Toronto à la fin des années 90 et ce CD est le 4ème de sa production. Blue Room sort du lot en jouant un blues atypique tout en cherchant l’ouverture. Il est donc délicat d’accrocher une étiquette sur le produit. Nous avons affaire à une sorte de fusion entre jump west Coast, pop-rock, rhythm’n’blues sans dédaigner une pointe jazzy. Tout cela distillé de la manière la plus évidente qui soit, avec une grosse inspiration et un bon feeling. Si le groupe pioche avec adresse dans divers styles, il s’inspire également de différentes époques nous faisant remonter dans les 60’s ou les 70’s au gré de certains titres. Les cinq musiciens sont en parfaite osmose. Brian Neller est au chant avec une voix rauque qui sort d’un gossier passé au papier de verre, Paul Sanderson tient la guitare et nous gratifie de belles parties de slide soutenu par les solides lignes de basse de Fraser Lawrason et le tempo métronomique de la batterie de Pat Quinn, le tout enrobé par le saxophone de Norm Ryan qui part parfois dans de superbes solos. Mentionnons aussi Paul Irvine qui a produit et mixé l’enregistrement pour de subtiles interventions à la flûte sur quelques titres et John Bjarnason venu agrémenter ‘Clarksdale, Mississippi’ de superbes traits d’harmonica.  Paul Sanderson signe tous les titres (seul ou en collaboration), sauf une fois où il laisse la place entièrement libre à Brian Neller. Les thèmes abordés sont variés et les textes ne sont pas dénués d’humour. Le groupe est créatif et à moins d’être sourd il est difficile de ne pas se laisser emporter par sa musique.
Gilles Blampain

Bone Tee and the Slughunters
One foot in the roots

Genre musical: Blues musclé
Label : TYMPAN PROD
Distributeur : www.boneteetheslughunters.com, tympan-prod@orange.fr

Guillaume Zimmerlin aka Bone Tee revient avec un nouvel album en groupe après son disque 'Quiet In Couaillet'. Pour ce faire, il a demandé aux Slughunters de l'accompagner. Quelle bonne idée ! Quelle belle idée ! « Quiet... » taquinait du blues estampillé Robert Johnson. Un blues poisseux, collant, du Delta en fait ! One Foot In The Roots donne rendez-vous après la Seconde Guerre mondiale. On quitte le Delta pour les contrées du nord, celles du blues de Chicago. 'Love Recipe' et 'Mumbo Jimbo' lancent un swing grâce au piano de Daniel Conqueret et à la batterie alerte et nerveuse de Julien Bigey soutenus par la basse de Laurent Bellaz. On se croirait aux prémices du rock'n'roll à la manière d'un Marty McFly dans Retour vers le Futur... On apprécie aussi l'harmonica de Chris Powell invité pour l'occasion sur 'Mr Goodnews'. C'est là un bel hommage à l'époque de Muddy Waters, Willie Dixon et au label Chess Records. Seul petite anicroche peut-être, l'accent un peu trop français sur certains passages. Mais comme on a connu pire dans ce secteur-là, on n'ira pas plus loin ! Surtout lorsqu’on sait qu'il ne leur a fallu que quelques heures pour enregistrer. Ce qui explique sans doute aussi cette généreuse énergie sur la galette et notamment avec 'I'm Asking Why' et 'Just Because You Could' !
Tristan Sicard

Dr John
Ske-Dat-De-Dat (The Spirit Of Satch)

Genre musical: Swing funky cool.
Label : PROPER
Distributeur : DIFFER-ANT

Dr John ne fait décidément pas les choses comme tout le monde, se démarquant du commun des mortels avec une persévérance qu’on pourrait prendre pour du maniérisme. Cet album par exemple est un hommage à Louis Armstrong et, plus largement, à la Nouvelle-Orléans. Dr John ne perd jamais de vue les tartes à la crème de l’œuvre de Satchmo (ne manque qu’ ‘Hello Dolly’ au florilège), mais pour reconnaître ‘What A Wonderful World’ ou ‘Mack The Knife’ dans les versions de Ske-Dat-De-Dat, il faut avoir une oreille bionique. ‘Nobody Knows The Trouble I’ve Seen’ est la seule chanson dont la mélodie ait été respectée, à défaut du rythme. L’ensemble sonne jazz, mais pas celui d’Armstrong. Ce serait plutôt swing, volontiers cool, légèrement funky souvent, mélangé à du music-hall ici (‘Sometimes I Feel Like A Motherless Child’), un peu de cabaret par-là (‘I’ve Got A World On A String’), quelques pointes hip-hop (‘Mack The Knife’) ou latinos (‘Tight Like This’), abstrait et éthéré à d’autres moments (‘That’s My Home’). Le swing peut libérer du gospel, ou prendre brièvement la forme d’une marche de carnaval. Les orchestrations sont magnifiques. Elles sont le terrain de jeu des trompettes, qui balaient l’album d’un bout à l’autre. Là encore, le cornet d’Armstrong est désoudé et refondu, seule ‘Memories Of You’ restitue vraiment son phrasé. Cet énième événement spécial déroule un générique hollywoodien. Des voix : Bonnie Raitt, Shemekia Copeland, Anthony Hamilton, les Blind Boys of Alabama, les sœurs McCrary. Des trompettistes qui se refilent les pistons : Nicholas Payton, Arturo Sandoval, Terrence Blanchard, James ‘12’ Andrews. The Dirty Dozen Brass Band. Les organistes Bobby Floyd et Ivan Neville, le guitariste ‘Big D’ Perkins, le bassiste Reginald Veal, et le batteur Herlin Riley. Ouf ! Et tout ça, avec une vitalité fantastique.
Christian Casoni

Elvin Bishop
Can’t even do wrong right

Genre musical: Blues multicolore
Label : ALLIGATOR
Distributeur : SOCADISC

Après cinquante années de carrière et une vingtaine de CD à son actif, Elvin Bishop a toujours la même pêche. Superbe guitariste, avec ce nouvel album il envoie un tourbillon de rythmes plus dynamiques les uns que les autres avec des paroles teintées d’humour. Sur 10 titres, Bishop signe 5 compositions originales dont un soul blues torride ‘Let Your Woman Have Her Way’ qu’il laisse chanter à son compère Mickey Thomas (ex-chanteur du Jefferson Starship). Les reprises sont revisitées de façon magistrale, notamment une version instrumentale de ‘Honest I Do’ à en laisser pantois plus d’un. Charlie Musselwhite pointe son harmonica sur deux titres, ce qui est évidemment un bonus dont personne ne se plaindra. Ajoutons que Bob Welsh est à la guitare, à la  basse et au piano, Steve Willis au piano et à l’accordéon, Ed Earley au trombone, Ruth Davies à la basse et Bobby Cochran à la batterie et vous saurez qui était là pour les sessions d’enregistrement. Il serait difficile de résister à cette musique entrainante délivrée avec un enthousiasme non feint. Mais d’ailleurs qui le voudrait ? Une qualité de jeu irréprochable et une originalité indéniable font de cet enregistrement un vrai bonheur pour les tympans. Certains s’accordent déjà à dire que ce disque serait le meilleur jamais sorti par Elvin Bishop.
Gilles Blampain

Flyin’ Saucers Gumbo Special
Swamp It Up!

Genre musical: Toute la Louisiane sauf le jazz
Label : QUART DE LUNE
Distributeur : SOCADISC

La Louisiane, c’est toujours le bordel ! Une pagaille de styles impossible à caser dans un Mendeleïev de la nomenclature musicale, sauf à considérer qu’elle est le tableau à elle seule. Or les Saucers revendiquent presque toute la Louisiane. Ils ont un profil urbain : cette soul aux nervures funky, et un profil rural : ce rock’n’roll aux arrondis tropicaux. Substrat country obligé, régionalisme zydeco, inévitables flammèches de rockabilly, de cajun, et ripostes de la second line en call & response. Les Wild Magnolias et Dr John dans le chargeur, ils arrangent cet appareil sur une architecture orchestrale tracée au micron, avec une production fluide et légère même quand les mouvements sont roboratifs : il y a des chœurs et des cuivres. Le vitrail monte doucement en splendeur, une touche sensuelle après l’autre, dans les ambivalences de la fête, flambées de joie et poches de tristesse. Les Saucers le polissent de leurs mélodies trébuchantes, de leurs delays d’harmo, d’accordéon, de piano. Ils ont des invités plein la cale, dont Jimmy Burns qui aurait enregistré le dernier blues du XXe siècle, et Sugaray Rayford, « le dernier blues shooter du circuit ». Ils reprennent Tony Joe White: ‘Rainy Night In Georgia’ (la tristesse), et Andre Williams: ‘Pray For Your Daughter’ (la joie). Celle-là, Sugaray n’aurait jamais osé la chanter dans son propre pays. Depuis le Grand Ouest où le noyau dur fait son calcium, les Saucers tirent leur 2e soucoupe immatriculée Gumbo Special, une extension qui marquait l’embarquement de la squeeze box à bord (accordéon). C’est de la belle cuisse, une cuisse d’hippodrome.
Christian Casoni

John Hiatt
Terms Of My Surrender 

Genre musical: Americana
Label : NEW WEST RECORDS
Distributeur : Amazon, iTunes, qobuz

En voilà un qui se sera fait jeter par plus d’un label au cours de sa, maintenant, longue carrière. Terms Of My Surrender est son 22e album studio, d’un americana qui ne s’est jamais vraiment émancipé de ses racines. Un aréopage de vedettes, Bob Dylan, Joe Cocker, a beau reprendre ses chansons, notre homme a beau monter des plans avec Ry Cooder et Jim Keltner, Hiatt ne vend pas assez de disques, il lui manque toujours cette longueur supplémentaire qui le ferait changer de fuseau social. Lui qu’on confond généralement avec un quarteron de songwritters dont le patronyme rime avec le sien (Robert Wyatt en est un), coincé dans un entresol de la renommée, semble s’être résigné aux succès d’estime sans franche notoriété commerciale, un pia-pia de spécialistes. Il était parti d’Indianapolis et s’était rapproché de Nashville. C’est dans ces environs-là que l’album a été enregistré. Un album de swamp-folk, psycho-blues épais, lent, sombre comme l’est le chant, qui reste assez souple pour monter en mélodie, poussé par la diction humide du type entre deux pintes (Joe Cocker, Tom Waits à un moment de son œuvre, et même Otis Taylor). Pickings appuyés par un orage d’ampli, battus par les scansions fatales d’une batterie mise en avant, cette reddition peut être triste, parfois même angoissante, mais elle réfracte une sorte de bonté qui la rend tellement humaine… Onze histoires naturelles magistralement racontées, sans pessimisme indigeste, sans amertume morbide, par John Hiatt, Doug Lancio (guitares), Nathan Gehri (basse), Kenneth Blevins (batterie) et John Coleman (claviers).
Christian Casoni

Jordan Officer
I'm Free 

Genre musical: intimité jazzy-blues
Label : PBOX HUGGY'S MUSIC
Distributeur : SONY

On aurait d’abord presque un mouvement de recul, comme devant quelque chose de trop évident, une pénombre trop cool. Avec cette voix intime, tendre et profonde, ce chanteur semble jouer au blues, le plaquant d’accents jazzy comme un qui manquerait de convictions. Or, dès la deuxième écoute on commence à comprendre que Jordan Officer est parti pour squatter le laser un bon moment. Jordan Officer semble jouir d’une belle réputation du côté de Montréal, d’où il arrive. Il a enregistré ce deuxième album à New York, avec le minimum syndical : un batteur pas trop stressé et un bassiste en walking-pantoufles, tantôt l’un, tantôt l’autre et même parfois, cette folie, les deux en même temps. Mais quel résultat ! Jordan Officer, très bon guitariste, trace des phrases caverneuses et mordantes à la John Lee Hooker, qu’il conduit toujours vers un ailleurs plus sophistiqué. Il jazzifie un Diddley-beat, il attaque sans brutalité frontale ces dix titres, légèrement mais sûrement mélodieux, avec une classe tranquille et des poussées de fièvre tempérées (‘T’ain’t Nobody’s Business’... poignante reprise), prometteuses d’une satiété qui se dérobe toujours : le B-A-BA du blues. On préjuge donc d’abord, en jouant les esprits forts, d’un défaut de convictions, mais Jordan Officer est plus malin que nous, il sait exactement où il va et on le suit docilement en ergotant dans le vide. Ce disque est une merveille.
Christian Casoni

Lenny Lafargue
Blues Hymns 

Genre musical: Blues, blues, blues
Label : V. MUSIC
Distributeur : iTunes, Amazon

Lenny Lafargue nous avait habitués depuis plus de 20 ans à des créations francophones de bon calibre. Mais là surprise, the man from Bordeaux sings in english avec quand même quelques mots de français. Enregistrer des standards, pourquoi pas ? A travers cette nouvelle production il réinterprète à sa façon une dizaine de titres désormais inscrits dans la mémoire de tout amateur de blues, ‘Rocking The House’ (Memphis Slim), ‘Stormy Monday’ (T. Bone Walker), ‘Down In The Bottom’ (Howlin’ Wolf), ‘Hip Shakin’ (Slim Harpo), ‘Hoochie Coochie Man’ (Willie Dixon)… Avec son feeling, un beau travail sur les mélodies et son jeu assez subtil pour faire croire à la facilité, il arrive à imprimer sa marque dans ces scies déjà entendues mille fois mais qui renaissent à l’aune de cette réalisation pleine de fraîcheur. Entouré d’Alexandre Neff à la basse et Pascal Charbonnier à la batterie, Lafargue joue la simplicité orchestrale pour redessiner chaque chanson et termine l’album avec deux titres de son cru ‘Louisiana Boogie’ et ‘King Of The Bayou’. En approchant avec bonheur des styles différents (Chicago, Texas, Louisiane…) suivant une démarche toute personnelle, Lenny Lafargue livre un disque épuré, empreint de sobriété mais qui ne manque pas de souffle. C’est concis et bien emballé, 12 titres, 47 minutes, il n’en faut pas plus.
Gilles Blampain

Luther Dickinson
Rock'n'Roll Blues'

Genre musical: Folk, country blues
Label : NEW WEST RECORDS
Distributeur : Amazon, iTunes, qobuz

Cela commence sur une corde de contrebasse, une seule, puis arrive une caisse de batterie monolithique, ensuite une espèce de guitare, ou plutôt on tape sur une casserole...
Grew up on punk rock, but when I was Young / Lived in the country, was the only one’ ('Vandalize'). Second album solo pour le fils de Jim, entièrement acoustique (sauf la guitare, électrique parfois), contrebasse, double batteries sans cymbales, flûte, cette drôle de potion étant enregistré live en studio. Ce type est  tombé dans la marmite sudiste en 1973, année de sa naissance. Faut dire qu’avec le paternel qu'il a.....(le producteur de Third de Big Star c'est lui), un monument. Luther, pour lequel Gibson a créé un modèle de ses guitares, la ES 335, chanteur des North Mississippi Allstars, figure sur certains disques de John Hiatt, Willy De Ville, The Black Crowes, et tant d'autres. Le 1er titre de cet album, 'Vandalize', a été écrit il y a 20 ans, le dernier, 'Karmic Debt', n’était pas fini le jour de l'entrée en studio. Luther semble raconter sa vie dans ce disque, qui au départ, peut décontenancer, tant son country blues dépouillé est assez singulier. La façon d'utiliser la batterie y est pour beaucoup. Dans 'Some Ol' Day', sa guitare, discrètement, fait des miracles, toutes en cordes pincées façon Richard Thompson. Au final un album à l'ambiance très détendue. Entre folk, country et blues. Étonnant.
Juan Marquez Léon

Manuto
Radio poussière

Genre musical: Multicolore
Label : MANMUSE
Distributeur : iTunes, Amazon

Ça y est, il est arrivé ! On l’attendait depuis quelques années et, enfin le voilà. Le précédent enregistrement du trio, Vieille Ecole, remonte à 2005, c’est dire. Patience et longueur de temps… et Radio Poussière nous emmène vers des horizons divers. Pourquoi choisir entre rock, folk, pop, blues, quand le plaisir est au bout de la chanson ? Manuel Destanque (guitare et chant), Bruno Césaroni (basse) et Etienne Brachet (batterie) revendiquent tous trois de multiples influences et n’ont qu’un souhait, que ça balance bien et que leurs chansons sonnent le mieux possible. Pari réussi ! Quand ils ne signent pas les titres interprétés, 13 en tout, ils puisent dans le répertoire de Bob Dylan (‘Meet Me In The Morning’), Tom Waits (‘Way Down In The Hole’), Chris Whitley (‘Hotel Vast Horizon’, ‘Dust Radio’). Audacieux et original, le son du band a l’énergie du rock et la subtilité de la pop. Difficile de faire des fioritures en trio mais le résultat est limpide et des plus agréables. Cependant un disque ne se fait pas dans un isolement total et les amis remerciés ont pour noms Magic Buck, Jean Marc Hénaux, Vincent Faucher, Philippe Roubio, Eric Sauviat… Tour à tour chanté en français et en anglais les plages s’enchaînent avec bonheur, parlant de nostalgie, d’absence ou d’espoir. Un disque plein de charme où la délicatesse le dispute à la vitalité.
Gilles Blampain

Marc Olson
Good-by Lizelle

Genre musical: Folk progressif
Label : GLITTERHOUSE RECORDS
Distributeur : DIFFER-ANT

Depuis Monckingbird Time (2011) des Jayhawks, LE meilleur groupe country rock des 80's 90's, et la réunion de ses 2 fondateurs à travers Ready For The Flood, petite splendeur country folk où s'entremêlent les voix de Gary Louris et Mark Olson, nous étions sans nouvelles de ce dernier. Et voici que nous arrive une autre merveille. Notre homme du désert, après de nombreux voyages avec sa nouvelle compagne, Ingunn Ringvold nous propose cet album assez différent de sa production passée. 'Lizelle Djan' ouvre le disque comme un inédit de Syd Barrett s'accompagnant au clavecin (clavinova numérique) ; une claque! Suit 'Running Circles', genre procession médiévale au son du qanon arménien (cithare) et du djembé. Autre claque! Ensuite 'Poison Oleander' avec la delay guitare de Neal Casal nous ramène en 1966 du côté du 'Rain' psychédélique des Beatles. Grosse baffe! Le disque continue à jouer et c'est une suite de titres un peu plus dans la veine de ce qu'Olson avait l'habitude de nous proposer dans le passé, ces ballades country d'une Amérique sépia. Et toujours ces chants en duo... Splendides. Sur la fin de cette délicieuse galette tout s'orientalise à nouveau avec 'Say You Are The River', et surtout 'Jesse In An Old World', cithare et flute, autre grande claque! Parfois l'Incredible String Band (1965-74) n’est pas loin non plus. Dépaysant! Du hillbilly des Appalaches, aux chants plaintifs d'Europe centrale, il n'y a en fait, qu’une grande étendue, peuplée d'hommes et de femmes.
Juan Marquez Léon

Mike Zito and The Wheel
Songs from the road
CD+DVD

Genre musical: Blues-rock, soul.
Label : RUF
Distributeur : SOCADISC

Partant du principe que l’environnement naturel d’un vrai musicien n’est pas le studio ou les soirées à paillettes du show biz mais la route et la scène, le label Ruf présente chacun de ses artistes dans le cadre du concept Songs From The Road et Mike Zito n’échappe pas à la règle. Voici donc le Texan capté live en janvier 2014 au club Dosey Doe non loin de Houston où il met le feu à l’assistance dès les premières notes en naviguant entre soul et blues-rock. Une prestation  chaude et croustillante. Mais Zito bien que leader du band ne se la joue pas perso, il précise : « Avec les gars de the Wheels nous sommes sur le même plan. Nous ne sommes pas intéressés par les solos, nous voulons  jouer ensemble. ». Et de fait, ils ne se ménagent pas sur scène et donnent le maximum. On sent une certaine passion et le plaisir d’être là. Mike Zito est à la guitare et au chant, Jimmy Carpenter au saxophone et au chant, Scot Sutherland à la basse et au chant, Lewis Stephens au piano et à l'orgue et Rob Lee à la batterie et aux percussions. Un vrai live où on sent une réelle proximité des musiciens avec le public. Un CD de 11 titres (64 minutes) et un DVD de 13 titres (80 minutes) sans trop de redites de l’un par rapport à l’autre.
Gilles Blampain

Resolution 88
Resolution 88

Genre musical: Jazz-Funk
Label : SYNTHETHESIA
Distributeur : SYNTHETHESIA

Le « Stéréo Panning » est un traitement sonore qui fait passer le son d’une enceinte à l’autre. Appliqué au Fender Rhodes, dans sa version Suitcase, l’effet est enveloppant, hypnotique, spatial, chaud, d’une texture unique et idéale à déguster au casque. Tom O’Grady a découvert ce son si particulier dans les premiers albums de Jamiroquai, lequel a littéralement ressuscité l’instrument dans les années 90. Rendu fou par le son, il remonte aux origines et aux grands anciens : Herbie Hancock pour le versant jazz, Stevie Wonder pour le versant funk et grand public. Probablement enfermé dans un auditorium pendant des années avec Head Hunters et Songs In The Key Of Life diffusés ad libitum, il ne consent à en sortir qu’appâté par un Suitcase Rhodes de 1975. On ne sait pas comment il a convaincu batteur, percussionniste, bassiste et sax, mais le résultat s’appelle ‘Resolution 88’ : une Fender Ode. Pas de guitare, c’est assumé. Immersif est l’adjectif le plus approprié à cet album : écoutez ‘Pursuit Of The Jetsons Mobile’, le morceau est son cahier des charges. Une course rapide et furieuse dans un funky cartoon, au carburant enrichi au clavinet. ‘Unravelling’ installe un groove scrupuleux travaillé par le bassiste brésilien Tiago Coimbra. Quand à ‘Back Boobs’, on est dans un genre nouveau : la Science-Fiction Anatomique. Le second revival du Fender Rhodes est en marche, Resolution 88 en est le résonateur.
Cranberry Gordy

Stormcellar
The curious assembly

Genre musical: Blues,mais pas que...
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur :
www.stormcellar.com.au , cdbaby

Stormcellar, formation Australienne, vient de sortir son sixième album et si on parle chiffres, ce CD, c'est 14 titres, 13 musiciens, 11 studios, 4 producteurs et 5 bassistes.... d'où son nom The Curious Assembly. Curieuse assemblée, aussi, de styles qui s'entremêlent pour donner du... Stormcellar car on reconnaît tout de suite la voix claire du chanteur harmoniciste Michael Barry. Le premier titre ‘On The Low Low’ commence tranquillement et vous attrape gentiment par son rythme et vous captive par ses parties de slide mêlées aux plaintes de l'harmonica. Beau travail qui introduit ‘Sleeping Through These Blues’ qui nous propose un    tempo reggae mais avec l'esprit blues. Le titre suivant ‘Queen Above The Oceans’ utilise la mandoline et l'accordéon avec un p'tit côté Irlandais. On enchaîne avec ‘Put On Your Sunhat, Sweet Adeline’ folk/country/blues acoustique où M. Barry chante en duo avec la belle Jo Fitzgerald. Une reprise pour suivre, une version d'un titre de Steely Dan ‘Dirty Work’ traité là d'une manière solide qui se termine en boogie échevelé, ce qui ouvre la porte à ‘Downward Bound’ tout aussi solide que son prédécesseur. A noter le titre ‘Give Me Something I Want’ qui rappelle ce que faisaient les Stones à leur débuts. Du bon blues électrique barré. Pour en savoir plus : www.stormcellar.com.au . C'est un site extrêmement complet où les tribulations du groupe, comme les sessions d'enregistrements sont racontées et les vidéos et clips présentés.
César

Vintage Trouble
The Swing House Acoustic Sessions

Genre musical: Blues-rock
Label : McGhee Entertainment, Inc.
Distributeur :
Vintagetrouble.com

Please welcome, Vintage Trouble ! Première partie des Who (tournée mondiale 2013), des Rolling Stones (Hyde Park 2013), et plein de télés chez David Letterman, pour finir par 4 passages la dernière année du show de Jay Leno (le Michel Drucker américain). Du Viagra pour les oreilles. Un premier album en 2010 (The Bomb Shelter Sessions), une tournée sans fin depuis, soit en opening act, soit en headline show, plein de singles écrits dans le van… Et aujourd’hui un EP : The Swing House Acoustic Sessions, absolument pas synonyme de mou (et encore moins Unplugged). C’est techniquement la même chose que leur configuration blues-rock habituelle, avec simplement une guitare acoustique à la place de la Gibson de Nalle Colt. Richard Danielson a le même Gretsch drum kit, Rick Barrio Dill sa Fender bass. Et Ty Taylor sa voix Gospel. Les Américains qui aiment ce genre de raccourci décrivent leur musique comme « Otis Redding meets Led Zeppelin ». Deux titres issus du premier album sont revisités : ‘Run Outta You’, ballade où le solo de guitare est accéléré, et ‘Blues Hand Me Down’, le manifeste du groupe, titre qui ouvre tous leurs concerts, est ralenti : ‘I come from vintage trouble / Look out if I'm the one you found / I'll pop your bubble / With my live wire, straight shooting dirty mouth’. Et le plus beau, c’est qu’au cœur de l’album, ‘Another Man’s Words’ vient ramasser dans la sciure d’un dancefloor déserté, le trophée oublié de tout le monde : celui de slow de l’été
Cranberry Gordy

Willie Nelson
Band of Brother

Genre musical: Country intemporelle
Label : LEGACY
Distributeur : SONY

Sur la jaquette l’homme épouse la nuit. Une douce lumière zénithale inonde le visage de Willie, à mi-chemin entre le chaman texan et une évanescence d’Hemingway. Le hors-la-loi s’accroche à Trigger, sa guitare Martin N-2O ultra-défoncée, conscient de tout ce qu’il lui doit depuis presque un demi-siècle. Les images ne trompent pas : Nelson est la légende vivante de la country-music. A 81 ans, après tant d’albums, de tournées, de collaborations, que peut-il encore apporter au monde ? Le cri du cœur. La profondeur introspective. L’enracinement dans le terreau de la vie. Car si les quatorze titres enregistrés ici ne révolutionnent pas le genre, loin s’en faut, ils subliment les vertiges de l’existence, les troubles universels de ceux qui croient en l’Amour, morsures au cœur, joies et souffrances indicibles comprises. Willie a signé neuf chansons de sa main sur des tempos variés, tandis que ses frères de combat Vince Gill, Billy Joe Shaver, Gordie Sampson et Bill Anderson lui ont offert de superbes textes et mélodies qui collent parfaitement à son phrasé unique, envoûtant, syncopé comme jamais. La facture pourra sembler classique à certains, d’autres se plaindront d’une monotonie des interprétations, n’empêche que la sincérité du propos et la beauté du geste sont indéniables. Le son s’avère chaud, les arrangements restent sobres mais très efficaces, la production est irréprochable. Willie Nelson demeure incontournable pour celles et ceux qui désirent aborder l’humain de plein fouet, sans fard, en délicatesse ou la rage au ventre. Puis il y a l’évidence : le temps n’a pas de prise sur les grands seigneurs.
Max Mercier