blues again en-tete
12/22
Chroniques CD du mois Interview: ERIC BURDON Livres & Publications
Portrait: JOHN LEE SONNY BOY WILLIAMSON Interview: SOLOMON BURKE Interview: TONY MARLOW
 


Dans cette rubrique, vous trouverez une sélection de CD choisis par l'équipe Blues Again.

JUILLET - AOUT 2022

Amy Lee & The Loco Project Band
Lost In Confusion

Genre musical: Rock, pop   
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur :
InOuïe Distribution

Exit le blues, exit la folk, pas de funk, que nous reste-t-il dans cet album ? Du rock et de la pop. Ça bastonne sévère et avec classe. Une basse bombardier, bien ronde, tenue par Emerson Paris renforcée par la batterie de Hugo Tocqueville qui frappe avec cœur, voilà l’assise inébranlable de ce groupe qui sévit du côté de Nantes. Et puis, il y a les deux guitaristes qui peuvent donner dans le sauvage comme dans la douceur. Jules Labrune et Jérémy Grollier qui est aussi le chanteur/claviériste de cette formation, qui suivent leur petit bonhomme de chemin (la voie royale) comme d’autres auraient un plan de carrière. On doit citer aussi Maxime Brugnon qui « donne vie » aux personnages des chansons par le biais de clips et d’images projetés lors de leurs concerts pour appuyer le sujet et sûrement pour aller plus loin dans le développement du projet. Tout a commencé en 2018 avec leur premier album. L’histoire : Amy Lee et son groupe prennent un avion qui s’écrase, on ne retrouve quasiment que le journal d’Amy Lee. Une quarantaine d’années s’écoulent, un p’tit groupe Nantais et un illustrateur donnent vie à ce journal en sortant un album coloré folk. Cette année donc, pour leur second opus, les types mettent le turbo et donnent dans le solide, le fougueux avec souvent les potentiomètres en bout de course mais toujours avec des mélodies léchées soutenues par des chœurs harmonieux ‘Make It Happen’, ‘Lost In Confusion’, ‘Messiah’. On peut noter aussi ‘Chemical Love’ titre de plus de six minutes au tempo tranquille et qui ramasse de l’électricité au fur et à mesure de sa progression et se termine en apocalypse. Leur ‘Crossroads’ n’a rien à voir avec le blues mais plutôt avec un rock inspiré de ce que faisait Hawkwind. Sur les dix titres, deux sont calmes, voire vraiment reposants. ‘Yours & Mine’ pop à fond et ‘Losing You Again’ qui ferme l’album comme on clôt les yeux pour s’endormir serein.
César

Blues Legacy & Friends
Mêlez-vous De Nos Affaires

Genre musical: Blues rock
Label : Curiosity Music
Distributeur : blues.legacy.luc@gmail.com 
    

Pas de groupe défini à proprement parler, mais un sacré paquet de musiciens qui se sont regroupés sous la bannière de Luc Dumont. Mais nooooon, pas le Canadien pasteur chrétien et chanteur de pseudo rock. Luc Dumont, le Français, adepte de la musique du diable, celui qui était le proprio du « ONE WAY » bar-concert mythique (aujourd’hui fermé) qui se trouvait aux puces de Saint-Ouen qui a vu défiler quasiment tous les artistes de blues qui passaient à Paris et qui venaient jouer pour l’éclate (ou pour une poignée de cacahuètes) dans ce Juke Joint Français. Forcément, le garçon a un carnet d’adresses épais comme ça et des amis musiciens qui lui sont chers ce qui lui a permis de rameuter l’armada des (très bons) zicos qui collaborent à cet album. Certains sont connus, d’autres moins, mais ils ont tous la musique chevillée au corps et une furieuse envie de la colporter dans d’autres « One Way » à travers l’Hexagone. Ce disque est avant tout une histoire de partage et d’amitié. Et là, ça part dans tous les sens, du blues, du rock, du sérieux et du « pour sourire », des paroles en anglais mais aussi en français. ‘Marlène’ de Franz Conord, plus déjantée que l’originale est interprétée par Luc Dumont (chant/guitare), Igor Pichon (Malted Milk) à la basse, Gilles Delagrange (Malted Milk) batterie, Elwood Jazz à l’harmonica et son frère Jimmy Jazz à la guitare. ‘Voila Voila’ chanson prémonitoire du regretté Rachid Taha qui n’a jamais autant été d’actualité, merveilleusement arrangée dans un style raï/breton avec des sonneurs et l’accordéon d’Alexandre B-Key Sallet, les percussions de Kamel Tenfiche, la guitare de San severino, la basse de Jidé Joinic et la batterie de Frantz Conord. Pour ‘Je Ne Parviens Pas A Jouer Convenablement Le Blues’ de Ramon Pipin, on reprend certains précités et on y ajoute l’orgue de Nicolas Mary, sachant que les voix et guitares sont tenues par Luc Dumont et San severino. Les neuf autres titres sont en anglais. Ça va de ‘That’s All Right’, ‘Shaking All Over’, en passant par ‘Rock It Off’ de Brian Setzer, ‘Stranger When We Leave’ un reggae écrit par le duo Boris Bergman/Alain Bashung, ‘We Play The Blues’ écrit et chanté par Boney Fields et sa trompette de la mort qui tue, jusqu’à ‘Bensonhurst Blues’ d’Oscar Benton, ‘I’m Ready’ de Willy Dixon dont les versions rappellent le style de Simon Stokes début des 70’s. Outre les musiciens cités, ont participé à ce CD, Julien Audigier, Anja Van De Kleut, Nadège Dumas, Jackie Hawkins, Nicolas Mary, Didier Marty, Marco Balland, Laurent Galichon, Pascal Rodde…. Vous saurez tout sur ce fabuleux collectif de musiciens professionnels en faisant un petit tour sur leur site. https://blues-legacy.wixsite.com/blues-legacy ou en vous procurant ce digipack avec livret incorporé où l’on apprend tout sur les musiciens qui ont œuvré à la construction de l’édifice. Le cœur, les tripes et l’esprit, tout y est.
César

Brad "Guitar" Wilson
Brad "Guitar" Wilson

Genre musical: Blues-rock
Label : Cali Bee Music
Distributeur : iTunes, Spotify, Amazon 
    

Il réside en Californie et a déjà sorti trois albums avant celui-ci. Brad ‘Guitar’ Wilson débute ce disque par un hommage à John Lee Hooker avec une composition de son cru à la manière du Healer. Suivent onze plages réparties entre des titres originaux et des reprises de classiques: ‘Walkin’ Thru The Park’ (Muddy Waters), ‘House Is Rockin’ (Stevie Ray Vaughan), ‘Someday After Awhile’ (Freddie King), ‘Rock Me Baby’ (BB King), ‘I Can’t Quit You Baby’ (Willie Dixon), ‘Tales Of Brave Ulysses’ (Eric Clapton). Huit des douze chansons sont interprétées en formation restreinte. Brad Wilson joue de la guitare et chante d’une voix claire et puissante secondé par Brian Beal, Jeff Covell, Oscar Huguet et Jack Van Aert qui se succèdent à la basse, et Adam Gust, Peter Wolf, Rod Wilson qui se partagent la batterie à tour de rôle. Trois titres voient le renfort de Frankie Vriens aux claviers et le morceau final voit arriver un deuxième batteur, Willem Van Kempen, et un deuxième guitariste, Daniel Guitarra. Une production très tonique. Musicien au style assez brillant, Brad Wilson déploie une belle énergie en exécutant de superbes solos incendiaires portés par une rythmique éclatante, c’est une déflagration de notes, ça crépite, ça explose.
Gilles Blampain

Céré
Rock Rebel

Genre musical: Rockabilly, swing, boogie 
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur :
Spotify, iTunes, Qobuz, Deezer    

Depuis plus de 40 ans qu’il se balade dans le paysage musical, il n’a jamais renié sa passion pour les airs nés dans les années 1950 dans les lieux festifs et les studios d’enregistrement du Tennessee. Rock’n’roll, country, boogie, swing sont de la partie. Comme bloqué dans une boucle temporelle où le rockabilly emplit l’espace, Didier Céré nous offre un superbe éventail de 10 chansons interprétées majoritairement en français, faites de compositions originales et de quelques adaptations de belle facture. Le bonhomme maîtrise bien son sujet et l’enthousiasme déborde de chaque note. Il a su rallier à son projet un grand nombre de pointures qui officient des deux côtés de l’Atlantique. Ont répondu présents, Buddy Whittington, Redd Volkaert, Floyd Domino, Red Young, le regretté Patrick Verbeke, Christian Séguret, Nico Wayne Toussaint, Jean-Yves Lozac’h, Charly Forges et quelques autres encore. Section de cuivres, piano, Hammond B3 ou pedal steel, harmo et mandoline, quand le Béarn devient Deep South il y a des riffs ravageurs mais également de belles mélodies, des tempos taillés dans le rock pour un son qui vibre et qui pique et également des cadences plus tendres pour des instants plus doux. C’est nerveux, dynamique, enlevé, excitant et surtout bien fini, car pour ne rien gâter, la production est nickel. Didier Céré n’a rien à envier aux Cats de Nashville ou Memphis, il fait partie de la même famille.
Gilles Blampain

Dave Thomas
Road To The Blues

Genre musical: Blues elephant 
Label : Blonde On Blonde
Distributeur :
iTunes, Spotify, Amazon    

Guitariste, harmoniciste et chanteur, Dave Thomas a grandi pendant le Blues Boom des années 1960 et a donné ses premiers concerts dans sa ville natale de Newport, dans le sud du Pays de Galles. A 18 ans, il s’est tourné vers le rock progressif et a tourné dans tout le Royaume-Uni.  Durant cette période il a fréquenté pas mal de monde de Fleetwood Mac à Paul McCartney, d’Alan Price à Graham Bond et Georgie Fame et tout le gratin de Grande-Bretagne. Revenu au blues, dans les années 80 il s’est produit à New York, Chicago et San Francisco. Il s'est à présent forgé une réputation internationale à la tête de son propre groupe et se rend régulièrement outre-Atlantique, enregistrant et jouant avec certains des plus grands interprètes du genre. On l’a même vu sur scène au Chicago Blues Festival. Au fil de cet enregistrement il nous propose 12 compositions originales pour finir avec une reprise acoustique très personnelle de ‘Memphis Tennessee’ de Chuck Berry. Avec lui cette route vers le blues a des airs british autant que chicagoan. Dave Thomas a un son unique et personnel. Il joue avec une certaine classe et donne plus d’éclat à certains titres avec le renfort de saxophone et trompette. Son chant est clair et son jeu de guitare assez subtil sait parfois se faire discret pour mette en valeur le piano de James Goodwin qui fournit un accompagnement élégant.
Gilles Blampain

Grant Haua
Ora Blues At The Chapel

Genre musical: Soul-blues-rock 
Label : DIXIEFROG
Distributeur :
PIAS    

Son disque précédent avait fait l’effet d’une claque surprenante. Avec celui-ci c’est encore une baffe énorme qu’il nous assène. Dès la première mesure ça accroche l’oreille avec un son irrésistible joué par un band qui une âme et des tripes. Grant Haua inscrit définitivement la Nouvelle Zélande sur la route de la soul music et du blues. Avec cette production il revisite une collection de ses propres compositions qu’il a écrites et enregistrées au cours de ces quinze dernières années. Face à un public chaleureux, Grant Haua au chant et à la guitare est accompagné par Tim Julian au piano, Mickey Ututaonga à la batterie et Brian Franks à la basse et il partage le micro à quelques reprises avec Delaney Ututaonga. Et cette petite formation déclenche instantanément un incendie soul et blues-rock d’une puissance incroyable. On sent une force et une joie partagées au sein du groupe. Les 13 titres sont envoyés avec une ferveur et un enthousiasme qui ne se démentent à aucun moment et Grant Haua avec sa voix chaude et colorée, l’émotion au fond de la gorge et le groove pour enrober tout ça, se place incontestablement sur le même registre vocal qu’Otis Redding ou Wilson Pickett. D’une impressionnante vitalité et d’une belle fluidité, sans temps mort ni faiblesse,voilàun album lumineux plein de passion. Un enregistrement à la qualité irréprochable qui excite agréablement les tympans.
Gilles Blampain

Johnny Sansone
Into Your Blues

Genre musical: Blues coloré   
Label : Shorts Stack Records
Distributeur :
www.johnnysansone.com    

Un bien bel album de blues un peu swampy, un peu soul, que ce disque de Johnny Sansone. Présentation du personnage ; Johnny est né en 1957 dans le New Jersey. Dès l'âge de 8 ans il se met au saxophone comme papa qui en joue dans l'orchestre de Dave Brubeck durant la 2ème guerre mondiale. Mais, alors qu'il a 12 ans, il assiste à un concert d'Howlin Wolf en Floride... le choc est définitif, il jouera du blues ! Il découvre tous les grands harmonicistes, se forme à l'écoute de James Cotton et Jr Wells. Dans les 80's il sera des tournées de John Lee Hooker, Jimmy Rogers, Robert Lockwood Jr. Également guitariste, il vit depuis à la Nouvelle Orléans et sous influence Clifton Chénier, s'est même mis à l'accordéon. Mais pour cet album, le 12ème, c’est d'harmonica blues dont il est question. Le titre qui donne son nom à l'album est un blues chaloupé, carrosé cuivres, avec deux solos, la guitare cristalline de Mike Morgan puis l'harmonica à la Little Walter de Johnny. Dans 'Pay For This Song', c'est sur un mode Jimmy Reed qu'il réclame l'argent que les plateformes de téléchargement lui doivent ! Des titres de pure soul ('Desperation') ou avec une pincée de funk ('Something Good Going On') apportent de la diversité à l'ensemble. Dans l'hypnotique 'New Crossroads', l'influence du Loup Hurlant est évidente. A noter aussi qu'il y a deux invités sur cet album : l'harmoniciste Jason Ricci sur 'Blowin’ Fire' et Little Freddie King sur 'Willie Juke Joint'. Ce disque au groove et à l'équilibre parfaits est une excellente suite donnée à son déjà très plébiscité album de 2008, Hopeland.
Juan Marquez-Léon

Kat Riggins
Progeny

Genre musical: Blues’n’rocking soul
Label : Gulf Coast Records
Distributeur :
gulfcoastrecords.net, Amazon     

Progéniture, dit-elle depuis le bout de la chaîne qui l’a vu naître à Miami il y a un peu plus de quarante ans : Kat Riggins dédie cet album à ses ancêtres, qui pour l’éternité abritent en leur poitrine la musique jaillie de l’âme des hommes, blues et rock’n’roll en guise de boussole incontournable. C’est le deuxième disque qu’elle sort sur le label Gulf Coast Records, le bébé de Mike Zito, tueur phosphorescent à la six-cordes, arrangeur de génie et coproducteur avec Bud Snyder de cette rondelle sur laquelle il assure avec maestria les parties de guitares. Question contenu, le choix s’est fixé sur douze compositions aux tonalités chamarrées, entrecoupées de l’étourdissant break éclair a capella ‘Walk With Me Lord’, un appel au Seigneur pour marcher droit, dans la tradition séculaire des illustres chanteuses noires américaines façonnées au gospel de l’office le dimanche matin. L’équipe réunie pour l’occasion aux Baysound Studios de Sarasota n’est autre que le cœur de meule des musiciens de Floride : Doug Byrkit à la basse, Matt Johnson aux fûts et Lewis Stephens aux claviers. Question style, tout y passe au fil des cinquante minutes de l’opus. La belle signe plusieurs ballades mid-tempo délicates, en mode vocal extraterrestre sur ‘Mama’, quasi-lyrique avec ‘Cross The Line’, jusqu’au module pavoisé de chœurs genre sirop grenadine dans ‘Got To Be God’, où bouillonnement et harmonie se marient pour le meilleur. Le son membru n’est pas oublié, riffs saturés, attaques violentes et solos à bride abattue constituant la base du rock’n’rollesque ‘Walk On’ introductif, du rouleau compresseur ‘Espresso’ et du bien-nommé ‘Warriors’ dans lesquels les grattons fricotent avec la chauffe moteur. L’esprit bluesy est toujours présent, quelles que soient les cadences retenues, mis en valeur avec vigueur dans le patchwork final curieusement intitulé ’40 25 40’. La chanson ‘In My Blood’ résonne comme un boogie enlevé, frais et joyeux, apte à faire danser les clients du saloon au rythme du piano dévergondé. Enfin, bigarreau sur le millefeuille, trois invités de marque ont rejoint Kat autour des micros afin d’élargir le spectre de l’œuvre : Albert Castiglia fait frissonner sa Gibson sur ‘My City’ tandis que le rappeur Busta Free mêle son débit magnétique au funky beat du morceau, et Melody Angel, excellente guitariste originaire des quartiers sud de Chicago, enrobe ‘Woahman’ d’un solo radical aux senteurs de poudre à canon. Un Bluesagain de platine est décerné à ‘Promised Land’, une pièce rare qui revisite le ‘Voodoo Child’ d’Hendrix à grands coups d’envolées cosmiques, où Zito lâche les chiens sans vergogne, autant dire que ça défouriote du gros gibier dans la carrée !... Question chant, la princesse tutoie les anges : maîtrisé à point, charnel, enragé, brûlant, éraillé, smoothy, inoubliable. C’est la voix de l’Humanité faite femme et de l’engagement envers la Vie. Il y a de l’Amour dans toutes les plongées en eaux profondes de cette artiste hors du commun. Kat Riggins. A ne quitter des yeux ni des oreilles sous aucun prétexte.
Max Mercier

Missri and Friends
My Zombie Girl

Genre musical: Folk-rock psychédélique…
Label : Juste Une Trace
Distributeur :
SOCADISC    

Un an après sa première production en tant que leader, Stéphane Missri, guitare et chant, remet le couvert. Il revient cette fois en version anglophone entouré de nombreux amis. Sorti de sa retraite le légendaire Barry ‘The Fish’ Melton (fondateur avec Joe MacDonald du band Country Joe and The Fish qui fit un tabac à Woodstock) joue de la guitare et chante. Christian Poidevin est à l’harmonica et à la guitare, Marty Vickers est à la batterie et aux percussions, Paul Sussen au fiddle, Marten Ingle à la basse, Gabriela Arnon est aux claviers et au chant et Jay Ryan chante sur un titre ‘She Loves Junk Food’. Natalie Martel et Dava Sheridan font les chœurs. L’album est présenté comme un voyage sonore kaléidoscopique aux atmosphères West Coast. Au fil de 12 titres finement ciselés, dans un style lumineux et enveloppant, tout ce beau monde nous entraîne avec bonheur dans une ambiance folk-rock psychédélique de la meilleure veine avec de belles harmonies rayonnantes. Dans ses textes Missri nous parle de la vie, principalement d’amour, d’amitié et de préservation de la nature. Un enregistrement d’une remarquable vitalité qui dispense une belle allégresse.
Gilles Blampain

Mockingbirds & The Blues Committee
Mohair Soul

Genre musical: Raw blues, southern blues
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur :
mockingbirdscommittee44@gmail.com     

Ça flaire bon les champs de coton et la moiteur du bayou de Louisiane. Pourtant ne vous y trompez pas si on y renifle du delta, point de Mississippi à l'horizon, c'est celui de la Loire bien française... Mockingbirds & The Blues Committee est né d'une passion commune des blues ancestraux. Le chanteur harmoniciste Gaël Roul et le guitariste Pierre Dubigny, tous deux amoureux du courant bleu sous toutes ses formes, aiment se retrouver pour reprendre les artistes qui ont forgé leurs âmes. Mais l'affaire prend si bien, que notre duo s'étoffe de musiciens reconnus dans le milieu nantais du blues. Une deuxième guitare tenue par Nicolas Deshayes fait son apparition, soutenue à la basse par Yann Renoul et Cyril Durand à la batterie. Et c'est maintenant un quinquet fort en expérience, qui écume les guinguettes, les bars et concerts avoisinants. Les Mockingbirds & The Blues Committee nous présentent fièrement leur premier opus. Mohair Soul, est une forme de clin d'œil à leurs héros, tels Lazy Lester, Louisiana Red, James Harman et tant d'autres. La galette, fournie de 9 titres, est composée essentiellement de reprises. Le son colle parfaitement au style résolument rétro, le tout accordé avec finesse, enchaine les morceaux avec authenticité. Et ça marche... Au chant, Gaël Roul entame 'Mohair Sam' avec un petit trémolo dans la voix, très en vogue à l'époque, ses goulées d'harmonica sont posées avec délicatesse entre deux couplets, les guitares alternent les rythmiques, souvent en ternaire, aux gimmicks et solos légers. L'ensemble est vaillamment interprété dans une quiétude qui sent bon les jours heureux.  Pour les amoureux nostalgiques d'une époque où l'électricité balbutiait dans la musique, Mockingbirds & The Blues Committee nous rappelle que les racines du blues sont éternellement vertes. Enregistré à l'automne 2021 avec beaucoup de sincérité et de bienveillance au AGP Studio par les mains expertes d'Arnaud Godin, cet album démontre une fois de plus que la passion des hommes fait naître de beaux projets. La prochaine étape serait sans doute un album de compositions que l'on ne manquerait sous aucun prétexte.
Nine Girard                 

Nebula
Transmisson From Mothership Earth

Genre musical: Stoner-rock psychédélique
Label : Heavy Psych Sounds Records
Distributeur :
Heavy Psych Sounds Records    

Le nom de Nebula m’évoquera jusqu’à mon dernier souffle la découverte d’un heavy-rock sale et acide, apparu en Californie dans les années 1990, et qui fit mon bonheur d’adolescent. Nebula était une émanation de la station-mère Fu Manchu, que le guitariste Eddie Glass quitta en 1996. En stand-by depuis 2007, Glass ressuscita discographiquement le trio en 2019, hélas sans la tornade Ruben Romano à la batterie. L’album Holy Shit vit le jour avec un manque de flamme et de ce côté poisseux qui en faisait toute la force. Quatre ans et deux ans de COVID plus tard, qui vit le trio sortir le très bon Live In The Mojave Desert en 2021, revoici Eddie Glass et Nebula. La rythmique est toujours solidement tenue par le bassiste Tom Davies, en poste depuis 2004, et le batteur Adam Kriney, arrivé en 2009. La bonne nouvelle est que le disque a retrouvé son côté hargneux, avec des guitares redoutables et de la basse à démonter les tweeters des amplificateurs. Eddie Glass cache parfois un peu trop sa voix gouailleuse derrière des effets psychédéliques, mais globalement, Transmission From Mothership Earth est un bon cru qui a retrouvé l’esprit des années 1990-2000. ‘Highwired’ ouvre l’ensemble avec un riff cradingue du meilleur effet, suivi d’une basse sale, mais sale ! C’est l’uppercut. Les effets acides sont là aussi, le cocktail est complet. Les riffs sont entêtants. On n’est pas loin du Hawkwind des années Space Ritual par moments, mais avec ce côté retors issu de Black Sabbath ou des premiers Blue Cheer. ‘Melt Your Head’ frise la fusion free-rock à la MC5. ‘Warzone Speedwulf’ est le morceau le plus long et l’un des pinacles du disque. Il est un brasier ardent, possédé, entre prog-rock acide, heavy-metal pionnier, et punk hardcore. Cette structure progressive est une nouveauté chez Nebula, qui avait toujours privilégié l’efficacité au développement du propos. Il n’y a pas de titre à proprement dire immédiat et « tubesque ». On sent que le trio a cherché à travailler sa musique, et l’efficacité se lit au sein d’une musique plus ambitieuse que ses premiers albums. On retrouve toutefois des traces des thèmes entêtants d’antan avec ‘Existential Blues’ et son riff furieux et reptilien. En tout cas, ce nouveau Nebula est un grand cru qui va se révéler au fur et à mesure des écoutes.
Julien Deléglise

Sacrifizer
Le Diamant de Lucifer

Genre musical: Thrash-death-metal    
Label : Osmose Productions
Distributeur : Osmose Productions
   

Si l’on reste assis tranquillement sur son cul à écouter les principaux médias télévisuels et radiophoniques, il semble que tous les Français écoutent Clara Luciani, Pomme, Izia, Angèle, Orelsan, Maître Gims et Vianney. Bien sûr, bien sûr, il y a du rock ! Bien sûr ! Comme il y a plus de quarante ans avec les Variations, Trust, Téléphone, Bijou, Little Bob Story, Vulcain… Certes, sauf que le plafond de verre n’a jamais été aussi épais, la scène rock au sens large aussi dynamique et indépendante, et l’incompréhension, totale. Car oui, figurez-vous que la scène rock française se porte bien et elle se fout désormais du regard bienveillant des grands médias et des majors du disque. Ces formations n’attendent plus rien de ces réseaux dépassés, et s’organisent elles-mêmes en un underground vivace et international. Slift, Decasia, Conviction, Sacrifizer, Titan, Meutrières… jouent désormais autant si ce n’est plus à l’étranger. Slift est en tournée américaine pour une trentaine de dates à travers le continent, y compris le Midwest. Les disques ne rentrent dans aucun format pop ou radio. L’underground le permet : on se fout des cadres imposés. Seule compte la musique. Cela peut paraître idiot comme phrase, mais elle est en fait essentiel. Beaucoup doivent cumuler les groupes, les activités en studio, voire les boulots, mais ils ne renonceront pas à leur liberté artistique et intellectuelle pour rien au monde. La plateforme Bandcamp permet cela, tout comme l’intense réseau d’associations et de petites salles de concerts à l’internationale qui font vivre cette musique dont on découvrira sans doute l’existence, émerveillé, comme l’on redécouvre Gong en France cinquante ans plus tard, en pleine ère Sheila – Sardou – Delpech – Berger – Hallyday. Ceci posé, vous êtes prêt pour comprendre d’où vient cette brutale formation du Nord-Est de la phrase.

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She & Him
Melt Away: A Tribute To Brian Wilson

Genre musical: Hommage
Label : FANTASY
Distributeur :
https://sheandhim.com/    

She & Him c’est le duo formé il y a déjà 14 ans par Matthew Ward et Zooey Deschanel avec six albums à son actif avant celui-ci. L’intitulé de ce nouvel enregistrement résume tout, il s’agit bien d’un hommage à Brian Wilson et aux Beach Boys. Ward et Deschanel reprennent 14 compositions piochées dans ce que Wilson et sa fratrie ont fait depuis 1962, année de parution du 33 tours qui a révélé le groupe, Surfin’ Safari, jusqu’à 1988 date de sortie du premier album solo du leader sur lequel se trouve ‘Melt Away’. Avec une production de qualité, Pet Sounds, Sunflowers, Surf’s Up… le band californien a marqué son époque d’une belle empreinte. Ce disque présente donc certaines chansons universellement connues (‘Darlin’, ‘Would’t It Be Nice’, ‘Don’t Worry Baby’…) et d'autres un peu moins. Fraicheur, relaxation, sensualité, la tonalité générale d’une légèreté aérienne est donc surf-rock, pop-folk, avec ambiances planantes et de très belles orchestrations toujours élégantes et sophistiquées. Il est à noter que Brian Wilson, lui-même, a participé à cette entreprise et on peut l’entendre sur ‘Do It Again’. Le duo, Ward, voix chaude et profonde, et Deschanel au timbre clair et lumineux, ne fait pas dans la pâle copie et réinvente chaque titre sans sacrifier toutefois aux superbes arrangements et aux harmonies vocales qui ont fait la marque de fabrique des Beach Boys.
Gilles Blampain

Shemekia Copeland
Done Come Too Far

Genre musical: Blues, country, swamp 
Label : ALLIGATOR
Distributeur : SOCADISC
   

Enregistré à Nashville et produit par Will Kimbrough qui a déjà été en charge de ses deux précédents albums, Done Come Too Far laisse entendre Shemekia Copeland au mieux de sa forme. Elle est entourée par un groupe de musiciens au top, principalement Will Kimbrough à la guitare, Lex Price à la basse et Pete Abbott à la batterie, plus quelques renforts au gré des titres, d’orgue, de washboard, de fiddle ou pedal steel, de saxophone et de chœurs. De sa voix puissante et colorée, elle livre ses réflexions percutantes de femme noire américaine, de mère et d'épouse. Mais elle aime aussi prendre du bon temps et sa musique reflète parfois son sens de l'humour. Elle dit : « Cet album a été fait avec toutes les parties qui me façonnent - heureuse, triste, stupide, furieuse – cela représente tout ce que je suis et de ce que nous sommes tous. Je ne fais pas de politique. Je parle juste de ce qui se passe dans ce pays ». Le disque démarre très fort avec ‘Too Far To Be Gone’ sur lequel on retrouve Sonny Landreth à la guitare slide. Les atmosphères graves ou légères et les styles varient au fil des compositions, blues, pop, rock, zydeco, spirituals… comme avec ‘Gullah Geechee’, ou le swampy ‘Fried Catfish And Bibles’, ou encore dans une veine Mississippi Hill Country avec Cedric Burnside à la guitare pour ‘Done Come Too Far’, et une approche plutôt country pour la chanson qui est, dit-on, semi-autobiographique ‘Fell In Love With A Honky’. Les bonnes vibrations sont là !
Gilles Blampain

Starlite Campbell Band
Live

Genre musical: Blues-rock
Label : Supertone Records 
Distributeur : https://starlite-campbell.com

Enregistrés lors d'une série de concerts au Royaume-Uni en septembre et décembre 2018, novembre 2019 et octobre 2021, Suzy Starlite à la basse au chant et Simon Campbell à la guitare, au thérémine et au chant également, sont accompagnés par Steve Gibson à la batterie et, selon les titres joués, par Jonny Henderson, Josh Philips ou Christian Madden à l'orgue Hammond et au piano électrique Wurlitzer. Riffs incendiaires et groove éclatant, le band donne toute sa puissance durant une heure de prestation scénique chaleureuse. Avec une signature sonore qui lui est propre, la formation continue à s’imposer dans la lignée d’un British blues de la meilleure veine avec un son très actuel dans lequel on entend par moments quelques échos des sixties. Performance live oblige, l’improvisation est au rendez-vous et les morceaux ne sont pas réduits à un format court. La set list de ces captations pleines de ferveur aligne 7 compositions originales et se termine par une fabuleuse reprise de ‘A Whiter Shade Of Pale’ chanson avec laquelle Procol Harum avait embelli les soirées de l’été 1967. Les deux premiers enregistrements en studio du Starlite Campbell Band dégageaient une formidable intensité, ce live confirme cette superbe dynamique. C’est incisif, puissant et étincelant. Une production de belle facture pleine de bonnes vibrations.
Gilles Blampain


Steve Howell & The Mighty
Men

Been Here And Gone

Genre musical: Medley géant 
Label : Out Of The Past Music
Distributeur :
iTunes, Spotify, Amazon

Faisant preuve d’éclectisme, depuis plus de 45 ans les inspirations du Texan vont du rhythm and blues au jazz traditionnel en passant par le rock’n’roll et la pop. Avec cet album il nous entraîne dans une balade musicale intemporelle. Steve Howell au chant, aux guitares électriques et acoustiques est accompagné par Chris Michaels à la guitare électrique, Dave Hoffpauir à la batterie et Jason Weinheimer à la basse et à l'orgue. Ils jouent avec la décontraction des artistes qui dominent leur sujet et les périodes s’entremêlent avec bonheur. Comme avec un vieux juke-box les souvenirs reviennent en mémoire et la nostalgie fait son œuvre. Une douzaine de chansons des années 1930 aux années 1960 s’enchaînent agréablement ‘Bad Boy’ de Lil Armstrong que Ringo Starr et Willy DeVille avaient repris avec bonheur, ‘Candyman’ du Reverend Gary Davis, ‘I Believe To My Soul’ de Ray Charles, ‘Such A Night’ popularisée par les Drifters et Elvis Presley, une version instrumentale de ‘Ferry Cross The Mersey’ de Gerry And The Pacemakers ainsi que ‘Black Is Black’ des Espagnols Los Bravos pour finir avec ‘Walk Don’t Run’ qui fit le succès des Ventures et quelques autres perles léguées par le Ramsey Lewis Trio, les Delfonics ou Big Bill Broonzy. Une beau coup d’œil dans le rétro.
Gilles Blampain

Tami Neilson
Kingmaker

Genre musical: Country, rock, etc.  
Label : Outside Music
Distributeur : Bandcamp, Spotify

Originaire de Toronto elle s’est installée à Auckland en Nouvelle Zélande depuis une quinzaine d’années. Beaucoup la place dans le même registre que Wanda Jackson, Patsy Cline ou Peggy Lee. Avec sa voix puissante elle peut interpréter avec conviction country, gospel, R’n’B, soul ou rock’n’roll à l’ancienne. Avec ce nouvel album qui aligne 10 titres elle confirme ses talents d’autrice-compositrice. Kingmaker est né durant la pandémie, période où les femmes se battaient, travailleuses de première ligne, engagées pour protéger des vies humaines. A travers les textes de ses chansons elle dénonce le machisme de l’industrie musicale et se veut le porte-voix des héroïnes du quotidien du monde entier pour leur force, leur endurance, leur acharnement et leur résilience face aux obstacles naturels et culturels qui les empêchent de participer à part entière à la société. Côté musique son chant est soutenu par des airs qui rivalisent parfois avec les meilleures B.O cinématographiques pour installer des paysages grandioses, ailleurs on entend des échos rockabilly, puis on passe de ballades nostalgiques à des rythmes plus joyeux comme pour émerger de l’ombre à la lumière. Un album novateur plein de nuances qui fait défiler les ambiances et les émotions.
Gilles Blampain




The Black Cat Bones
Book Of Miriam

Genre musical: Soul-funk-rock
Label : Just Music
Distributeur : Spotify, iTunes…

Fondé en 2007 à Pretoria, The Black Cat Bones est sans doute le groupe le plus actif d'Afrique du Sud et compte déjà 4 albums avant celui-ci dans sa discographie. Kobus De Kock chante avec une voix râpeuse, Andre Kriel tient la guitare, Casey Rothman est à la basse et Gareth Bunge à la batterie. Pour cette nouvelle production une section de cuivres et diverses percussions ainsi que des cordes, un orgue, une flûte et des chœurs viennent se joindre au quatuor pour livrer une palette de sonorités riches et chaudes. Ça part comme un feu d’artifices de notes mêlant diverses influences pour créer des ambiances soul-funk mêlée à un blues-rock de la meilleure veine. Véritable cocktail musical, toutes les plages s’enchaînent avec une belle élégance tant dans le style que dans l’interprétation qui distille un bon feeling et retient sans tarder l’attention de l’auditeur. Tout coule avec brio et une aisance évidente. La set list déroule 11 titres. Andre Kriel précise : « Bien que nous ayons inclus le titre funky 'Quit It', enregistré à l'origine par Miriam Makeba en 1972, l'album n'est en aucun cas un disque hommage, plutôt une ode à toutes les femmes ». Tout à la fois subtile et intense la tonalité de cet enregistrement possède une force émotionnelle incontestable.
Gilles Blampain

The Deslondes
Ways And Means

Genre musical: Country-soul psychédélique        
Label : New West Records
Distributeur : Plateformes de téléchargement

Le band s’est choisi ce nom en référence à la rue du quartier de Holy Cross à New Orleans où les cinq garçons se retrouvaient. Poursuivant sur la voie d’une réelle polyvalence musicale, pour cette troisième production les tâches d'écriture et de chant principal sont réparties entre les cinq membres, Dan Culter, Sam Doores, Riley Downing, Cameron Snyder et John James Tourville. Ils se disent inspirés par les archives d’Alan Lomax autant que par les premiers enregistrements sortis des Studios Sun et Stax mais ont développé un son très contemporain et très personnel en créant des ambiances aux couleurs particulières, tour à tour solaires ou ténébreuses. Sorte d’Americana hallucinée Ways & Means incorpore un fonds de country-folk à un son gospel-soul électrifié et parfois psychédélique en intégrant en plus des guitares, harmonica et piano, des saxophones, des flûtes, des synthétiseurs, une batterie complète et des arrangements de cordes, et les ambiances enjouées ou mélancoliques qui en résultent distillent une puissance et une ardeur débordante. Les voix sont réellement impressionnantes et l’orchestration est de belle qualité. L’album a été coproduit par Andrija Tokic, collaborateur de longue date, et enregistré au Bombshelter à Nashville. En 45 minutes l’album déroule 14 compositions originales.  Une belle réussite.
Gilles Blampain