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09/21
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Portrait: LIL GREEN Interview: SWEET SCARLETT Dossier: BLAXPLOITATION
 


Dans cette rubrique, vous trouverez une sélection de CD choisis par l'équipe Blues Again.

JUILLET - AOUT 2021

Adam Schultz
Soulful Distancing

Genre musical: Soul-blues   
Label : Blue Heart records
Distributeur :
iTunes, Spotify, Amazon

Il a tout juste 18 ans, mais ses aptitudes à la guitare ont fait que Clarence Spady a pris le jeune new-yorkais Adam Schultz sous son aile depuis quelques années déjà et l’a incité à monter sur scène et à écrire des chansons avec lui. Pour cet album dont il est le coproducteur, Spady a souhaité avoir quelques-uns des meilleurs musiciens de la côte Est. Et le résultat est à la hauteur des ambitions. Mélange de classiques soul-blues et de compositions originales, les styles sont variés. L’album débute avec la reprise funk de Johnny ‘Guitar’ Watson ‘A Real Mother For Ya’ pour suivre avec ‘Early In The Morning’ de Louis Jordan avec ses airs de rumba. Essentiellement guitariste, Adam Schultz maîtrise parfaitement l’idiome du blues, ne surjoue pas et évite les clichés blues-rock. Mais au-delà du blues, il y a incontestablement des éléments de funk, de soul, de jazz dans son jeu. Il ne chante pas, c’est Clarence Spady qui a assuré la partie vocale de six des 11 titres, tandis que Michael Angelo et Ekat Pereyra se sont chargés des autres. De beaux solos de guitare et des éclats de cuivres lumineux donnent du punch à cet enregistrement. Avec des ambiances élégantes et séduisantes rappelant les productions R’n’B des années 70, Soulful Distancing met en lumière un musicien talentueux.
Gilles Blampain

Austin Meade
Black Sheep

Genre musical: Rock, pop
Label : Snakefarm records
Distributeur :
UNIVERSAL     

Biberonné au hard-rock, au blues et à la country dans son jeune âge, Austin Meade se dit autant inspiré par White Snake que par Tom Petty. Guitariste et chanteur texan, il est accompagné par David Willie à l’autre guitare et Aaron Hernandez à la batterie. Quelques musiciens annexes se partagent la basse et quelques parties de guitares. Dès le premier titre on se dit qu’on a affaire à un rock qui déchire fait de riffs épais et lourds, d’envolées lumineuses portées par un groove puissant. Mais en fait le band interprète 12 compositions originales signées Meade-Willie aux inspirations multiples allant de la pop en passant par le new-age, bâties sur une bonne rythmique et des mélodies solides. Les chansons se succèdent en variant les styles et les ambiances. Tempo modéré ou solos enflammés Austin Meade exprime un univers musical personnel. Et côté vocal il ne s’en tire pas si mal avec un chant fougueux. Cette polyvalence à passer d’un genre à l’autre avec talent s’appuie sur une belle technique. L’ensemble du disque ne manque pas de souffle, c’est carré et plein d’énergie. Un bémol avec cette pochette à l’esthétique heavy metal qui ne reflète pas ce qu’il y a à entendre dans cet album polychrome qui a quelques atouts pour plaire.
Gilles Blampain

Ayron Jones
Child Of The State

Genre musical: Rock, soul et plus 
Label : BIG MACHINE
Distributeur :
UNIVERSAL    

Il vient de Seattle et joue avec dextérité une fusion de rock, de grunge, R’n’B, blues, hip-hop. Le son est envoûtant avec une force émotionnelle incontestable. Ayron Jones envoie les décibels sans retenue. Le truc à vous décoller les bouchons de cérumen. Une prestation qui bouscule tout sur son passage. Il a écumé les clubs et les bars de sa ville durant quelques années et a enregistré un premier album Audio Paint Job passé inaperçu en 2017. Celui-ci devrait rectifier le tir. Guitariste audacieux, il décoche des riffs explosifs et possède la puissance vocale qui va avec. Mais le gars s’y entend aussi pour faire entendre de belles ballades comme ‘My Love Remains’ que n’aurait pas renier Prince ou ‘Take Your Time’. Il signe seul ou en collaboration les 12 compositions de cette production. Il est accompagné par Bob Lovelace à la basse, Barrett Martin à la batterie, et même, sur quelques morceaux, Andrew Joslyn aux cordes. Dans ses chansons il aborde avec sensibilité les faits de société actuels, notamment les manifestations qui ont enflammé les Etats-Unis et la difficulté d’être Noir aujourd’hui dans ce pays. Avec des mélodies et un style bien à lui, la musique d’Ayron Jones est chaleureuse et pleine d’énergie. C’est éclatant de vitalité et la puissance le dispute au feeling. Un artiste qui va certainement séduire un large public.
Gilles Blampain

Bad Losers
Southern Style – 1988 London’s Recording

Genre musical: Glam-punk-rock
Label : Twisted Soul Records
Distributeur :
DOM, iTunes, Spotify     

Au tout début des années 1980 les Bad Losers à la dégaine provocante, cheveux hirsutes, chemises à jabot et futals moulants enflamment Paris. Un groupe passé comme une curiosité dans le paysage rock français de ces années-là. Kenny Silver alias Feelgood est au chant, Lord Pearl à la basse, Mr. T-Jones et N’Diago auxguitares et Sonny Slowdow à la batterie. Leur glam punk rock fait les beaux soirs et les nuits blanches du Gibus, du Rex Club, de l’Eldorado. Le groupe signe pour un premier album chez GMG, un petit label, en 1986. Les cinq garçons s’envolent pour Londres et enregistrent 8 titres explosifs sous la houlette de Dave Goodman le producteur des Sex Pistols. L’enregistrement se fait dans son studio installé dans le Surrey, mixage et mastering à Abbey Road. C’est fiévreux, excité, braillard, avec des riffs incendiaires. Une pulsion juvénile irrésistible. La deuxième partie des années 80 voit les concerts en clubs et festivals s’enchaîner des deux côtés de la Manche, tournées et apparitions à la télévision. Et l’histoire retiendra une nuit d’anthologie au New Moon partagée avec Stiv Bators et Johnny Thunders. Après quelques changements de guitaristes retour à Londres où Dave Goodman est encore aux manettes. En prévision d’un album, 4 titres sont gravés, mais ils ne paraitront pas car en 1988 le groupe se sépare. Trois décennies plus tard l’heure est enfin venue. Southern Style présente donc les 8 titres du premier album, ces fameux quatre titres inédits et trois raretés, ‘One Of The Boys’ (1986) enregistré live au Gibus, une démo jamais parue ‘I’m Wating For The Man’ (1984) et ‘Honky Tonk Women’ en compagnie de Stiv Bators au New Moon (1987).
Gilles Blampain

Black Sabbath
Sabotage Super Deluxe

Genre musical: Heavy-Metal
Label : VERTIGO-BMG
Distributeur :
UNIVERSAL RECORDS    

Black Sabbath a toujours été le chantre d’une musique de l’abîme. De leurs origines prolétariennes dans le Birmingham industriel, ils conserveront cette rage infernale qui alimentera la fureur de leur musique durant toute leur carrière. L’obscurité est aussi une composante non négligeable. Issu des milieux ouvriers, ils sont une success-story comme le public anglo-saxon les aime. Mais n’ayant pas les codes, ils trébucheront à de multiples reprises. Même une simple interview devient un piège : leur accent brummie et leur approche très terre à terre les réduit à une bande de ploucs. C’est pourtant cette authenticité touchante doublée de l’incroyable fureur de leur musique qui va faire leur succès, il faut le dire, assez improbable. En pleine époque flower-power puis prog-rock, Black Sabbath construit un culte infernal fait de blues-rock torturé, et de références à l’occulte. Le son de la guitare lui-même est le fruit de la malchance : Tony Iommi perdit deux phalanges sous une presse hydraulique, et reconstruira son style à partir de ce handicap, créant par là-même l’accordage définitif du Heavy-Metal. En 1975, Black Sabbath est une des attractions scéniques les plus demandées aux USA. Les albums se vendent par centaines de milliers. Le quartette anglais vient d’aligner cinq disques impeccables en trois ans. Mais depuis 1974, c’est la panade. Travaillant sans relâche, n’ayant aucun repère dans le monde du business de la musique, Black Sabbath s’est fait escroquer. Le groupe est en procès avec pas moins de deux équipes de management successifs. Les musiciens sont également épuisés par six années de tournées ininterrompues, entrecoupées d’enregistrements studio. Black Sabbath assure toujours entre 200 et 250 concerts par an à travers le monde, et publie un album tous les dix mois. Seulement voilà, aucun n’est propriétaire de sa maison, et les retombées financières sont maigres. L’excuse du réinvestissement ne suffit plus. Il est évident que des millions de dollars partent dans les poches d’autres personnes que les quatre Black Sabbath, en réalité toujours fauchés. L’album Sabotage va être enregistré au milieu de ce marasme juridique, à tel point que le batteur Bill Ward expliquera qu’il fut capté avec les avocats dans le studio. La pochette du disque n’annonce toutefois pas un album sombre. Elle est par ailleurs une des plus ridicules du groupe. Tentant de créer un effet cinématographique, les quatre musiciens de Black Sabbath ont tous l’air épuisé. Ozzy Osbourne a le teint blanchâtre et porte une tunique issue de la garde-robe de sa compagne de l’époque. Bill Ward va aller plus loin, portant le collant rouge et la culotte à carreaux de sa moitié. Seuls Geezer Butler et Tony Iommi ont encore un peu de dignité. Butler se tient en vicomte glam-psychédélique. Iommi est assis, l’air dur, en jeans et chemise. Il a l’air contrarié, en colère. Et c’est effectivement cela que l’on va entendre. Sabotage est l’un des plus beaux albums de Black Sabbath, car il a en lui toutes les qualités du groupe : la férocité, le désespoir, l’espoir triste. Sabotage est un disque redoutable, imprégné de colère et de rage. Sa vilaine pochette cache un contenu absolument pas en phase, ni avec l’époque, ni avec l’esprit. Les huit morceaux de l’album sont en fait, un à un, des Tables de la Loi. Sabotage est le disque de la fureur et du danger. ‘Hole In The Sky’ est une ouverture inquiétante, laissant l’auditeur au bord du gouffre. ‘Megalomania’ croise la fureur thrash-metal de ‘Symptom Of The Universe’, avec sa coda acoustique copiée sur ‘Breadfan’ de Budgie en 1973, un trio heavy de Cardiff. ‘Thrill Of It All’ enfonce de nouvelles portes heavy, en créant de nouvelles architectures de riffs heavy-metal. Le plus ironique est ‘Supertzar’, jeu de mot avec superstar et tzar, traduction britannique du tsar de Russie, le roi déchu. Tony Iommi combine grand orchestre symphonique et mélodie heavy, créant sans le vouloir l’alliage heavy symphonique des années 90. Pour l’heure, il tente d’imager en sons la folie qui l’entoure, entre business de la musique, argent, egos et excès en tous genres. Ce beau coffret offre également un concert fort connu des amateurs de bootlegs, enregistré à l’Asbury Park Convention Center dans le New Jersey, le 5 août 1975. Le concert est complet, et fort bien remasterisé. Déjà très bon dans sa version officieuse, ce concert se révèle excellent, mais montre aussi les premières difficultés du chanteur Ozzy Osbourne à suivre vocalement sur les nouvelles compositions audacieuses du groupe, qui mettent à rude épreuve sa voix dans les aigus. Sabotage est sans aucun doute le pinacle noir du Black Sabbath originel. Audacieux sans être pompeux, il finira par se perdre dans des considérations trop progressives, cherchant sa voie alors que la cohésion au sein du groupe s’effrite.
Julien Deléglise

Cedric Burnside
I Be Trying

Genre musical: Soul Hill Country
Label : Single Lock Records
Distributeur :
MODULOR    

Cedric Burnside en est à son huitième album studio, quelque chose comme ça. Celui-ci dégage immédiatement une impression très nette, constante et cohérente. C’est une œuvre sentimentale, dépouillée, qui tourne inlassablement autour du même gimmick hill country, semblant le parfaire à chaque tour de rouelle. Or, ce n’est pas vraiment le son des Collines qui filtre de cette nudité, mais une soul intime et presque fleur bleue, d’un bois vaguement folk parfois. Le disque a été enregistré en trois jours à Memphis, aux studios qu’utilisait le label de soul méliflue Hi Records, et il faut croire qu’il y a un lien de cause à effet. Son absence de mystère laisse, en outre, planer une présomption de sincérité très convaincante. Sentimental, l’album l’est par ses aspirations mélodiques, inopinées, et ses refrains en voix de tête, d’autant plus sensibles qu’ils sont mis en lumière par son strict minimum orchestral : une ou deux guitares, acoustique ou non, une basse et une batterie pour les line-up les plus étoffés. Sentimental, il l’est encore pour ses chansons qui parlent volontiers d’amour avec beaucoup de sérénité. La violence rentrée de la hill country, on la rencontre incidemment ici et là, surtout dans la chanson ‘Get Down’. Et aussi parfois dans la profondeur de ce chant stupéfait, qui évoque d’ailleurs plus Junior Kimbrough que RL Burnside. Ce n’est donc pas un disque fracassant qui vous met à genoux mais, considérant le nombre de ses rotations sur la platine depuis qu’il est arrivé, on dirait bien qu’il a été fabriqué pour durer.
Christian Casoni

Chris Kramer & Beatbox’n’Blues
21 st Century Blues

Genre musical: Blues fusion
Label : Blow’Till Midnight Records
Distributeur :
FENN MUSIC    

Harmoniciste, auteur-compositeur et interprète, Chris Kramer est originaire de Dortmund. Quadruple lauréat du German Blues Award, la liste des musiciens avec lesquels il a enregistré se trouve dans les annuaires de Londres, Chicago et d’un peu partout dans sa patrie. Pour faire connaître le style qu’il affectionne aux jeunes générations Kramer a formé le trio Beatbox'n’Blues avec le maître allemand du beatbox Kevin O Neal et du guitariste Sean Athens. Leur musique fusionne un blues où s’entremêlent les sonorités d’un rock puissant rehaussées d’une pulsation hip-hop. Tous trois ont représenté l'Allemagne à l'International Blues Challenge 2017 à Memphis et, avec leur son au groove si particulier ils se sont produits dans pas mal de clubs de la Norvège à l'Espagne au cours de ces dernières années. Débordant d’énergie le trio électrise son auditoire. Ce troisième album à leur actif présente 13 compositions originales. L’expression est anglophone, Kramer, O Neal et Athens chantant à tour de rôle, mais pour la ballade qui dure un peu plus de 10 minutes, portée par le piano de Max Paroth, ‘Midnight In Paris’, ils partagent le micro avec Cécile Perfetti qui, elle, chante en français. Le style général de la production est enlevé, il accroche l’oreille dès la première écoute et peut toucher un large public. Une belle ardeur traverse ce disque du début à la fin, c’est mordant et plein de punch.
Gilles Blampain

Christone Kingfish Ingram
662

Genre musical: Blues-rock
Label : ALLIGATOR
Distributeur :
SOCADISC    

Depuis la sortie de son premier album en 2019 Christone Kingfish Ingram s’est imposé comme la voix blues de sa génération. Si les ombres de BB King, Jimi Hendrix ou Prince planent au-dessus de sa tête il a su avec intelligence et talent développer un blues contemporain qui lui est propre.  Un blues-rock teinté de funk à la fois intense et mélodieux. Avec son stupéfiant jeu de guitare vif et très technique mêlant à la fois souplesse et nervosité et sa voix claire et puissante qui accroche l’oreille, il interprète chaque chanson avec passion. Ce nouvel album enregistré à Nashville, coécrit et produit par Tom Hambridge, aligne 14 chansons originales racontant des histoires personnelles, des expériences humaines communes, des vérités universelles. Pour comprendre la signification du titre, le numéro 662 est l'indicatif téléphonique de la ville natale d'Ingram dans le comté de Coahoma au nord de l’Etat du Mississippi, mis en service pour la première fois l'année de sa naissance en 1999. Sa manière à lui de revendiquer ainsi une filiation. Ce qu’il souligne en disant : « 662 est une ode à mes racines, un clin d'œil à la région où je suis né et où j'ai grandi. C'est un morceau qui englobe la façon dont un petit coin de terre a influencé ma vision de la vie et de la musique. Cette chanson souligne également l'évolution que j'ai connue depuis mon premier album ». Une production au style élégant qui nous tient sous tension d’un bout à l’autre.
Gilles Blampain

Cocodrile Gombo
Cocodrile Gombo

Genre musical: Louisianais
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur :
BANDCAMP    

Ils sont sept et viennent d’Orléans, l’ancienne pas la Nouvelle, mais leur musique multicolore fleure bon la Louisiane. Ils ont une qualité de jeu irréprochable et une originalité certaine. C’est dynamique, festif et joyeux et la vivacité de l’ensemble qui entraîne le public dans des ambiances assez chaudes ne manque pas de souffle. Leur gombo mêle blues du bayou, musique cajun, second line, un zeste de jazz, une petite dose de gospel, autant dire qu’il n’est pas question de rester statique et que le bon temps roule comme au fais-dodo. Cyrille Boudesocque (sax ténor, percussions), Johann Fiot (batterie, percussions), Floriane Hanrot (contrebasse, sousaphone), Sébastien Janjou (guitare électrique), Guillaume Pelloie (violon), Julien Petit (trombone, trompette, percussions), Fred Pezet (mélodéon, accordéon, banjo, percussions, chant) mêlent leurs compositions personnelles à des reprises des frères Balfa ‘Danses Des Mardi-Gras’, ‘Valse De Balfa’ et Jimmy Peters ‘Le Tour Du Pays’ et c’est sacrément bon. Evidemment l’expression est francophone et les mots dansent avec une belle sensualité. La pulsation forte et bien portée par un band au top donne une production du meilleur alliage qui emporte l’auditeur dans un tourbillon de notes pour un moment de liesse.
Gilles Blampain

David Bowie
The Width Of A Circle

Genre musical: Rock
Label : EMI
Distributeur :
WARNER MUSIC    

L’album The Man Who Sold The World de David Bowie avait fait l’objet d’une réédition l’an dernier à l’occasion de ses cinquante ans. Il n’offrit toutefois aucun inédit, et fut édité avec sa pochette américaine. Certes, cette dernière avait un sens, puisque dessinée par Michael Fish et évoquant le Metrobolist, originellement le nom que voulait donner Bowie au disque. Elle permit aussi d’écarter la pochette anglaise, sur laquelle le chanteur pose, cheveux longs, lascif, sur un divan en robe pour homme. L’album en lui-même est un des tous meilleurs de Bowie, notamment grâce à l’arrivée du guitariste de Hull : Mick Ronson. Guitariste biberonné au blues-rock (Jeff Beck Group, Cream, Jimi Hendrix, Led Zeppelin), Ronson apporte sa science du riff assassin, et de la consistance aux ritournelles un peu trop folk de Bowie. Ce coffret double album propose de nombreux choses inédites de la période 1969-1971. Il y a la captation du spectacle avec Lindsay Kemp, Pierrot In Turquoise, mais surtout deux sessions à la BBC de 1970, les 5 février et 25 mars. La seconde est assurément la meilleure, avec notamment une fantastique version de ‘I’m Waiting For The Man’ du Velvet Underground, totalement inconnu en Europe à cette époque. On goûtera aussi les morceaux ‘Memory Of A Free Festival Part 1’ et ‘Part 2’, qui évoque une curieuse prestation de Bowie au Festival de Glastonbury en 1971. Bowie sera réveillé en pleine nuit, et débarquera à cinq heures du matin avec un petit orgue d’enfant sous le bras. Il réveillera le public avec son étrange folk dans un halo de soleil levant, jouant devant à peine 500 personnes éberluées. David Bowie était alors underground, et tentait tout. Son expérience heavy est des plus concluantes. Elle se poursuivra quelque peu avec Ronson jusqu’en 1974, et les succès Ziggy Stardust et Aladdin Sane. Toutefois, on peut regretter que Mick Ronson n’est pas eu davantage de place de compositeur par la suite.
Julien Deléglise

Debbie Bond
Blues Without Borders

Genre musical: Blues sans frontière
Label : Blues Roots Productions
Distributeur :
CDBaby, iTunes, Amazon    

Son nom est Bond, Debbie Bond. Autrice-compositrice et interprète, elle pense que les seules frontières à la créativité sont celles qui se trouvent dans nos cœurs et nos esprits. Ainsi pour son cinquième album, elle a donc décidé d'aborder autant que possible divers sujets de réflexion. Elle a mené ce projet avec son mari, le claviériste et harmoniciste ‘Radiator’ Rick Asherson qui signe avec elle 9 des 10 compositions présentées. Les dix titres originaux de Blues Without Borders abordent un large éventail de thèmes allant de la justice sociale aux problèmes d'environnement, de l'égalité au sein de la société aux complications que l'on trouve dans les rapports amoureux. Influencée par le blues des juke-joints de l'Alabama et les célèbres productions des studios de Muscle Shoals, son jeu de guitare et ses compositions originales révèlent des influences soul et jazz. Et si sa voix semble parfois mélancolique il y a de de la force et de la passion dans son chant. Invitée de marque, Lea Gimore intervient sur le titre qu’elle a cosigné et qui donne son nom à cette production, ‘Blues Without Borders’. L’ensemble est assez varié et album s’écoute avec un réel plaisir.
Giles Blampain

Dreams Never Die
Dreams Never Die

Genre musical: Folk-rock bluesy et funky
Label : La Tête de L’Artiste
Distributeur :
La Tête de L’Artiste    

Depuis que je suis une rockstar de la critique (sic), je reçois très régulièrement des liens pour écouter des disques, suivis de mails parfois insistants pour parler des artistes dont j’ai reçu les références. Yann Landry a su me prendre dans le sens du poil en m’envoyant des supports physiques, un bon point. Landry, en plein marasme covid, a créé la Tête de l’Artiste, et tente de promouvoir de jeunes artistes français de tous bords. L’électro, tout ce truc beat simili-disco-new-wave, n’est pas vraiment pas ma tasse de thé. Dreams Never Die est plutôt mon genre. Bon, je vais débarrasser d’entrée les petites critiques. Je tiens à préciser que je ne perds jamais mon temps à évoquer un disque que je n’aime pas, donc, il s’agit simplement de les intégrer dans la balance. Je reste mitigé sur le nom du groupe, qui ressemble à un slogan de start-up. Le côté funky Red Hot Chili Peppers est un peu trop prononcé et dilue les qualités, certaines, du duo. Car il s’agit d’un duo constitué de Rocky Szostak au chant et de Félix Nico pour les instruments. Je m’interroge sur les prestations scéniques potentielles à venir, je ne goûte pas trop aux one-man bands qui bidouillent avec des samples.  Mais bon, soyons honnêtes : ce petit disque est tout à fait agréable, et très bien composé et enregistré. Szostak a une belle voix blues’n’soul pas forcée pour un sou (la plaie de l’époque), et musicalement, ça tourne. ‘Mr Black & White’ est impeccable, ‘Unbreakable’ louche plutôt du côté de Funkadelic, ‘Colors’ a un joli côté Black Keys. Il y a plein de bons moments sur cet album. Il manque toutefois une petite flamme qui rendrait ce LP vraiment génial. On sent le poids du son mainstream sur les compositions, qui bride toute velléité d’aller dans l’improvisation, ou des sonorités trop rustres. Pour être tout à fait franc, je me demande ce qu’un John Lee Hooker aurait fait de ces chansons. En leur donnant un côté plus rugueux, elles auraient sans aucun doute eu une autre dimension. Mais je peux comprendre qu’un jeune duo n’ait ni ces références, ni cette approche trop brutale. L’ère est au compromis, et Dreams Never Die tente de faire vivre sa musique sans trop se perdre, ce qui est absolument louable. Mais bordel, avec la hargne du boogie, tout cela aurait sacrément une autre gueule. C’est sans doute ce qu’ils font sur scène. Alors, allez les voir non loin de chez vous, vous passerez de toute façon un bon moment.
Julien Deléglise

Earthless
Live At Mojave Desert

Genre musical: Stoner rock
Label : Heavy Psych Sounds Records
Distributeur : Heavy Psych Sounds Records
    

Alors que Patrick Bruel et Raphael jouaient devant leurs smartphones avec des guitares mal accordées dans leurs salons ou leurs cuisines durant les divers confinements, le stoner-rock refusa d’abandonner sa dignité. Les live à la maison des formations du genre sont sans doute ce qui a été proposé de meilleur depuis quinze mois, enregistrant en direct dans leurs salles de répétition ou dans un cadre naturel avec des moyens professionnels. Le label Heavy Psych Sounds décida de proposer un festival revenant aux origines du genre stoner-rock. Il proposa cinq groupes enregistrés en direct dans le désert de Mojave, là où les pionniers du genre firent leurs premières prestations en free party avec des générateurs sous le nom de Generator Party, laissant libre cours à l’inspiration du moment, improvisant des heures durant. L’un des invités fut Stöner, formation réunissant notamment Brant Bjork de Kyuss et Nick Oliveri de Queens Of The Stone Age. Mais il y eut surtout Earthless. Le trio est assurément l’as de l’improvisation heavy, le Grateful Dead du stoner-rock. Le cœur de la machine, c’est le guitariste virtuose Isaiah Mitchell. Son sens de la saturation et du psychédélisme se mêle à celui du lyrisme absolu. Ce Live At Mojave Desert offre trois pièces massives d’hallucination sonore entre seize et quarante minutes. Il n’y a pas une note à jeter. Le trio a une capacité exceptionnelle à faire rebondir sa musique à chaque instant, déformant ses morceaux avec le plus grand naturel, jamais barbant. Il faut notamment citer le fantastique ‘Sonic Prayer’. Votre serviteur en a écouté de multiples versions. Mais Earthless a réussi à réinventer cette vieille scie scénique de manière absolument passionnante. ‘Lost In The Cold Sun’ est un voyage à lui seul, quarante minutes de décollage intergalactique en forme de blues psyché alors que le temps semble encore en suspens.
Julien Deléglise

Eddie 9V
Little Black Flies

Genre musical: Soul’n’blues exaltée
Label : RUF
Distributeur : SOCADISC
    

Attention les Terriens, ça va piquer les yeux et défarsouiller le manche des grattes ! Eddie 9V est un artiste prolixe âgé de moins d’un quart de siècle qui fricote avec la scène d’Atlanta, sa ville natale, depuis plus de dix ans. Little Black Flies est son troisième opus, prolongement naturel de Left My Soul In Memphis, excellent premier album sorti en 2019, accompagné l’hiver suivant d’un disque-brûlot enregistré en public au Blind Willie’s, le légendaire bar à musique géorgien. Ce gamin est un flacon de nitroglycérine lâché au beau milieu d’un môle d’amplis : les douze morceaux qu’il nous offre ici constituent un croisement unique entre la sauvagerie du rock’n’roll, le cœur fondant de la soul et les mailles obsessionnelles du blues. Il s’est enfermé chez lui, dans les studios Echo Deco, avec les meilleures gâchettes de la place : le pianiste Chad Mason, l’harmoniciste Jackson Allen, le saxophoniste Sam Nelson, l’iconique guitariste Cody Matlock, le batteur Aaron Hambrick, les bassistes Marvin Mahanay, Brandon Boone et Lane Kelly, ce-dernier assurant la production de l’œuvre, auxquels s’est jointe Mandi Strachota pour nourrir les chœurs sur deux chansons. Tout ce petit monde a été capturé dans les conditions du live, avec en prime les éclats de rire et le bruit des cannettes qui s’entrechoquent, donnant à l’auditeur l’impression troublante de danser avec eux entre la console et les micros. Le son s’avère dantesque. La spontanéité des musiciens se double d’une intensité rare, chacun donnant le meilleur de lui-même en mode atomique, dans un formidable parfum de jam session, le tout ponctué de breaks éruptifs, de mélodies hors concours, de solos séraphiques et carnavalesques à la fois, et d’une rythmique brut de plomb. Eddie conduit les débats aux forceps, coupable enchanteur de maltraitance instrumentale sur sa demi-caisse, saccageant la corde de mi jusqu’à l’extase, adoubé par l’orgue ou l’harmonica, ménageant des pauses pour mieux réussir sa clé de bras dans les secondes qui suivent. Et puis il y a ce chant enfiévré sorti d’une gorge cloquée au fer rouge, générateur d’émotions lourdes, qui a le don de nous toucher en plein ventricule : le chef psalmodie, hurle, emporté par ses histoires d’amour dingue, sa voix laboure le terrain comme dix scrapers en ligne et nous catapulte hors de la troposphère. En comparaison, Attila fait figure de Chamallow d’opérette au sortir d’une bonne grippe. Sans doute le jeune guitariste est-il en train d’inventer le concept de Hard Soul électrique, quand bien même les tempos lents ont sa préférence. A ce titre, les compositions ‘Back On My Feet’, sorte de ‘Fever’ moderne relooké à la Gibson 335, et ‘Colombus Zoo Blues’ sont des modèles du genre, parsemés de ses cris et râles qui changent tout. 9Volt seulement, dites-vous ? Curieuse petite tension pour cet hymne aux âmes écorchées vives…
Max Mercier

Eric Ter
Insouciance

Genre musical: Rock intime
Label : CHIC PARISIEN
Distributeur :
MUSEA    

Eric Ter se parfait à chaque tour de piste. Ce énième album confirme tout ce que nous avons pu écrire sur lui, une chronique après l’autre, ajoute un supplément de personnalité qui le révèle un peu plus au fil des sorties, et le désigne chaque fois, plus sûrement, comme un songwriter et un musicien unique sur la scène française. Ter joue de tout ici, guitares, basse, batterie, percus, et dose une wah-wah gentiment sauvage comme un gourmet. Sa main droite est impeccable, rythme et solos… qu’il vaut mieux ne pas dissocier tant l’un jaillit consubstantiellement de l’autre. On lui attribuait des références qui s’estompent à mesure que le personnage affirme son caractère. La touche JJ Cale veinée d’un funk souterrain est de moins en moins évidente. Son picking acoustique, qu’on qualifiait de velvétien, évolue lui aussi. Eric Ter a déballé un arsenal acoustique, douze-cordes, baritone, classique espagnole. Son œuvre commence-t-elle à prendre sur le folk, si c’est bien du folk ce bois qu’il nous montre ? Dans ce cas, c’est un folk très sophistiqué, comme en faisaient les avant-gardistes anglais au début des années 70. La planche est plus dure, les nœuds plus serrés, la sève plus toxique. Enfin, la meilleure idée que nous puissions donner de sa voix profonde, immédiatement sympathique avec son groove fluide et sensuel, c’est encore Alain Bashung. Mais celle d’Eric Ter est plus matte, plus confidentielle et parle plus qu’elle ne chante. L’album trace « un paysage d’équilibre, de relief et de continuité », selon les mots de l’auteur, un superbe clair-obscur d’ironie (‘Le Camp Du Bien’), de nostalgie (‘Plus Jeunes’), une pointe d’amertume qui va bien, un clin d’œil à Willie Nelson (‘Willie’), un autre à Leo Kottke (‘Yo Leo’), et trois interludes instrumentaux. Nickel.
Christian Casoni

Fall For Rising
Test A Lion

Genre musical: Hardcore Metal
Label :AUTOPRODUCTION
Distributeur :

https://fallforrising.bandcamp.com/

Alors oui, les liens tombent, les petits groupes réclament de la visibilité. Vous imaginez, cette bonne vieille boutique qu’est Blues Again. Sommes-nous le meilleur moyen de lancer un jeune groupe ? Après tout, pourquoi pas, s’il a la capacité de nous enthousiasmer. Lorsque je me suis lancé dans l’écoute du EP de Fall For Rising, j’ai souri, de manière un peu arrogante, de cet air d’homme qui en a vu. Et puis le morceau ‘Test A Lion’ est tombé, et là, cette expression condescendante a quitté mon visage. Etourdi, j’ai entendu en filigrane tous ces fabuleux morceaux de punk-hardcore US mélangés à ces petites pépites sales de la New Wave Of British Heavy-Metal. Il y a le groove, le riff qui cogne, la gorge qui gueule, et des solos de guitare pas dégoûtants du tout, rares dans le hardcore. Alors du coup, Fall For Rising est un bon groupe. Originaire d’Annecy, la formation sort son premier EP six titres. Si ‘3.4’ et ‘We Are’ sont purement punk-hardcore, et un peu branlants par moments, le vrai cœur du groupe se situe dans la fusion de heavy-metal et de punk. Cela débute avec l’excellent ‘Test A Lion’, et se poursuit avec ‘Focus On The Rage’. La vivacité du heavy-punk se prête à merveille au chant hurlé. ‘Go Ahead’ cherche l’ambiance dark mais revient vite au riff meurtrier. ‘Hypocrisy’ est assurément le meilleur titre du disque, parfaite fusion de hardcore et de heavy-metal vintage. Je ne saurais trop les encourager d’aller dans cette voie, où ils sont particulièrement bons. Finalement, vous avez bien fait de nous contacter.
Julien Deléglise

Gerald McClendon
Let's Have A Party

Genre musical: Soul-blues
Label : Delta Roots Records
Distributeur :
iTunes, Spotify, Amazon     

Gardien de la flamme, Gerald McClendon est de la vieille école. Il est surnommé à juste titre The Soul Keeper. Il interprète une soul music teintée de blues, apaisante. Pour ce nouvel album il a de nouveau fait équipe avec l'auteur-compositeur, batteur et producteur Twist Turner qui a signé les 12 titres originaux de la set list. Hormis la batterie de Turner, l’enregistrement s’est fait avec le concours de guitaristes renommés, Melvin Taylor, Rico McFarland, Rusty Zinn et Joe Burba, les parties de basse ont été assurées par Jimmy B. Gayden, Dave Forte, Harlan Terson et Art Love. Les claviers (Hammond B3, Fender Rhodes et piano) ont échu à Tony Llorens, Sumito Ariyoshi, Brian James et Jim Pugh et, John ‘Boom’ Brumbach et Skinny Williams des Delta Roots Horns sont venus pour les cuivres. Soul classique, shuffle, ballade doo-wop, tempo funky ou blues vaporeux, McClendon reste dans le registre de la détente et installe des ambiances décontractées où le temps semble suspendre sa course. Nappes d’orgue, saxophones moelleux, on n’est pas là pour s’énerver. La voix est chaude et colorée, puissante et douce à la fois, l’émotion est au fond de la gorge et le groove est là pour enrober tout ça. Une production made in Chicago dont la finesse d’interprétation en séduira plus d’un.
Gilles Blampain

blues

Ian Carr Double Qintet
Solar session

 

 

Mike Gibbs
Revisiting Tanglewood 63: The Early Tapes

Genre musical: Jazz-rock 
Label : Jazz In Britain
Distributeur :
Bandcamp/Jazz In Britain

Le petit label anglais Jazz In Britain vient de sortir deux documents très intéressants coup sur coup. Le premier est une session de répétition en studio du Ian Carr Double Quintet, plus connu sous le nom de Nucleus. Formé par le trompettiste Ian Carr en 1969, ce groupe est né de la volonté du musicien d’aller plus loin dans la fusion entre jazz et rock music, dans la lignée de In A Silent Way de Miles Davis et du premier album de Tony Williams Lifetime.
Plusieurs des musiciens qui l’entourent à cette époque vont devenir des hommes charnières de la musique britannique : le guitariste Chris Spedding, le batteur John Marshall et le multi-instrumentiste Karl Jenkins, tous deux futurs Soft Machine. N’oublions également pas le brillant Brian Smith, excellent saxophoniste se mêlant magnifiquement à la trompette de Ian. Capté le 16 octobre 1970, le groupe est en pleine frénésie créatrice. Le premier album, Elastic Rock, est sorti en juin 1970, et Nucleus a fait un triomphe au Festival de Montreux la même année. L’album We’ll Talk About It Later, qui sortira en mars 1971, a déjà été mis en boîte en septembre. La formation est alors en pleine préparation d’un troisième disque, Solar Plexus, dont les sessions auront lieu en décembre 1970. Nucleus travaille énormément en direct en studio, à l’ancienne, d’où cette session qui révèle quelques futures pièces de Solar Plexus : ‘Bedrock Deadlock’,Torso’ à l’introduction funk qui n’est pas sans rappeler… ‘Roxanne’ de The Police de 1978, l’enivrant ‘Snakehips’ Dream’. Si la durée est un peu courte, la qualité artistique et sonore est là.
L’album de Mike Gibbs est une magnifique surprise. Il était un peu à désespérer que la discographie d’un tel musicien n’ait jamais fait l’objet d’une vraie belle réédition. Mike Gibbs est né en Rhodésie du Sud, et débarque à Londres en pleine frénésie pop au milieu des années 60. Il devient un musicien de session apprécié, mais a aussi de réelles qualités de compositeur. La BBC est en perpétuelle recherche de sessions pour son émission Jazz Club. Elle n’hésite pas à inviter différents musiciens à jouer ensemble, créant en quelques répétitions de nouveaux morceaux prêts à être interprétés en direct dans le studio de la grande maison de radio britannique. Mike Gibbs est invité sur conseil d’un autre grand compositeur de jazz britannique : Mike Westbrook. Gibb est alors ensuite convié à enregistrer pour le label Deram. Il montera un big band après avoir publié un premier album, Michael Gibbs, en 1970 à l’atmosphère assez similaire au Grand Wazoo de Frank Zappa. Le résultat sera un de ses grands sommets musicaux : Tanglewood 63, publié chez Deram en 1971. Revisiting Tanglewood 63 : The Early Tapes nous replonge dans les sessions d’enregistrement de cet album avec deux sessions de travail captées live en studio le 31 mai et le 1er novembre 1970. Plusieurs fines lames du jazz fusion britannique accompagnent Gibbs : le guitariste Chris Spedding, le contrebassiste Roy Babbington, le batteur John Marshall, le trompettiste Harry Beckett, le bassiste électrique Jeff Clyne. Ce que l’on qualifie de big band est une formation de dix à douze musiciens dotée d’une importante section de cuivres. Ces sessions révèlent l’incroyable cohésion de l’orchestre, et sa capacité à jouer en direct, improvisant avec facilité malgré la structure complexe qui impose la rigueur. La musique y est palpitante, révélant l’incroyable richesse de la scène jazz britannique. Pourtant concentrée sur une trentaine de musiciens maximum, elle produisit en quelques années des dizaines d’albums fascinants avec la frénésie d’un John Coltrane ou d’un Miles Davis. ‘Tanglewood 63’, ‘Five For England’, et ‘Canticle’ sont les trois pièces maîtresses de ce disque, toutes entre dix et douze minutes, développant ces climats à la fois psychédéliques et typiquement britanniques, pétries de cette folie rock qui animait également Deep Purple, Led Zeppelin ou King Crimson.
Julien Deléglise

Lea McIntosh
Blood Cash

Genre musical: Soul 
Label : Shark Park Records
Distributeur :
Shark Park Records

Lea McIntosh est chef dans divers restos à San Francisco, puis devient l’invitée régulière de show télés, dans lesquels elle cuisine. Elle décline son talent dans des magazines culinaires, la création d’évènements, etc. Aujourd’hui elle chante, et règle le thermostat sur un style Memphis aux alentours des early seventies. Le résultat est plaisant, bien joué, et se laisse écouter en coupant ses légumes (ou lavant la salade). L’album est censé être cathartique, vu la présentation qui en est faite : « elle a grandi dans un foyer troublé où elle a été témoin de la drogue, de la violence et du crime. Sa mère a été assassinée alors que Lea n'avait que onze ans, et elle a dû faire face à des abus sexuels et psychologiques pendant ses premières années. » le triomphe actuel du storytelling semble avoir pris le pas sur la valeur des œuvres proposées. Avant, les cicatrices étaient cachées, et les chansons saturés de sens, aujourd’hui on publie les feuilles de soin et l’historique des hospitalisations en même temps que les albums. On espère sincèrement que cet outing l’aura aidé à vivre mieux, et qu’elle ne nous en voudra pas si son album ne dépasse pas la deuxième écoute.
Cranberry Gordy

Rodd Bland And The Members Only Band
Live On Beal Street A Tribute To Bobby ‘Blue’ Bland

Genre musical: Hommage
Label : NOLA BLUE RECORDS

Distributeur :
iTunes, Spotify, Amazon    

Batteur accompli qui a grandi dans l’entourage du groupe de son père, Rodd Bland n'a pas hésité lorsqu'on lui a demandé de présenter un hommage à son géniteur, lors de l'International Blues Challenge en 2017. Le succès rencontré par ces concerts a donné lieu à trois autres spectacles au cours des années suivantes et à cet enregistrement, Live On Beale Street : A Tribute To Bobby ‘Blue’ Bland. Rodd Bland a réuni un groupe de musiciens ayant tous travaillé pour son père à un moment donné de leur carrière : Jackie Clark à la basse, Harold Smith à la guitare, Chris Stephenson aux claviers et au chant et la section de cuivres des trompettistes Marc Franklin et Scott Thompson, et Kirk Smothers au saxophone, ainsi que les chanteurs Jerome Chism et Ashton Riker. La session a été captée en mai 2019 au BB King Blues Club de Memphis. Pour cet hommage rendu avec un bel enthousiasme et plein d’émotion, Rodd Bland n’a pas choisi les chansons les plus connues du répertoire paternel qui s'étend sur six décennies. C’est bref, six titres seulement, mais cette prestation éclatante entre blues et soul honore de belle façon l'héritage musical de Bobby Bland disparu en juin 2013.
Gilles Blampain

Roger Chapman
Life In The Pond

Genre musical: Rock, folk, blues et plus
Label : RUF
Distributeur :
SOCADISC    

Douze ans après le recueil de raretés Hide Go Seek, à 79 ans Roger Chapman, auteur-compositeur-interprète, est toujours actif. Le voilà de retour avec ce nouvel album dont la musique est multiple et riche de diverses inspirations. Pour les plus jeunes rappelons que le bonhomme a débuté en 1966 avec Family, un band qui mêlait jazz, blues, folk, prog et psychédélisme. Avec au cœur de tout cela, la voix si spéciale de Chapman, rauque, éraillée, avec un vibrato inimitable. Il dit que Life In The Pond fait le lien entre ses influences fondatrices : « Il s'agit de la nostalgie des différents styles musicaux qui ont influencé ma vie. Le rock américain des années 50 à aujourd'hui. Le R'n'B britannique des années 60, comme Georgie Fame, les Stones, Zoot Money. Folk, blues, Motown, Stax, jazz Blue Note, classique, americana et country. Tout un tas d'influences... ». Pour cette production Chapman a réuni de vieux compagnons de route comme Poli Palmer, ex-multi-instrumentiste de Family, en tant que co-scénariste/producteur et le guitariste Geoff Whitehorn (ex-If, ex-Procol Harum). Mais Roger Chapman ne se complait pas dans passé, pour écrire ses chansons il se dit influencé par les événements quotidiens, l'actualité mondiale, les gens, ses fréquentations. Groove cuivré, tempo hypnotique, soul-funk, pulsation honhy-tonk, les 11 plages de ce disque d’une belle originalité se déroulent avec aisance. Une brillante réussite avec un séduisant relief instrumental.
Gilles Blampain

The Tremolo Beer Gut
You Cant't Handle...

Genre musical: Surf psyché garage rock
Label : Crunchy Frog Recordings
Distributeur :
Differ-Ant     

Comme les bandes originales de films, le surf-rock a toujours été pour moi évocateur d'images projetées sur la toile de mon imagination ; et avec The Tremolo Beer Gut, je peux vous dire que je ne suis pas déçu. Leur nouveau disque est un melting-pot d'esthétique garage, d'instants western spaghetti, de spy movies des 70's ou de séries B. L'influence première est ici Dick Dale bien sûr, mais aussi Joe Meek pour le côté bricolage zinzin. Ce groupe danois, de Copenhague plus exactement, nous livre leur 5ème album depuis 1999 ; je me rappelle en 2009 de leur 3ème Nous Sommes The Tremolo Beer Gut...Qui Le Fuck Êtes Vous ? ; ce titre ! On ne peut oublier un titre de la sorte ! Présentation des lascars : Jengo guitariste, The Great Nalna guitariste, Per Sunding bassiste, Yebo batteur et un revenant, Sune Rose Wagner, parti après le second album pour The Raveonettes. Tous unis autour de titres en hommage à Ennio Morricone 'Memento Morricone', ou avec un peu de Cramps 'Hot! Hot! Heatwave! ou du Link Wray 'The Tremolo Death Wray' dedans. Au rayon reprises, 'A Minha Menina' de Jorge Ben pour les fantastiques Os Mutantes (Psyché brésilien) et, oh surprise, la 'Gnossienne n°1(I Can't Get No)' d'Erik Satie. De l'excès de thérémine sur certains titres 'Inferno (I Just Called To Say)' vous emmène direct chez le Malin. Notons aussi la présence de nombreux invités dont les plus célèbres sont Madame et Monsieur Boss Hog soit, Cristina Martinez et Jon Spencer ('Hey Hello') ; et une légende, Evan Foster des Sonics sur un fantastique morceau à la Duane Eddy, félinement Crampsien 'Jive Jimmie Juma'. Tout cela est évidemment très barré, habité, et d'une grande sensualité. Sur ce, cette chronique m'a donné soif, je vous laisse donc pour une bière. Santé !
Juan Marquez Léon

Tiffany Pollack & Co
Bayou Liberty


Genre musical: Blues, soul, country, etc.
Label : Nola Blue Records
Distributeur : iTunes, Spotify, Amazon

Issue d’une longue lignée de musiciens elle a formé au début des années 2000 un premier band du doux nom de Beaucoup Crasseux (sic), puis a intégré différentes formations allant du jazz au métal. Autrice-compositrice-interprète, elle vient de la Nouvelle-Orléans et navigue avec aisance entre blues, ballade country, ragtime, western swing, jazz et soul, tous ces styles qui ont vu le jour dans le Sud. L’album a été enregistré aux studios Electraphonic de Memphis. Tiffany Pollack chante et joue du ukulélé et de la slide guitar, elle est entourée par Brandon Bunious à la guitare, Stu Odom à la basse, Ian Pettillo à la batterie, Christopher Johnson au saxophone et Eric Lewis qui joue de la pedal steel sur deux pistes. John Németh, qui produit l'album prête ses talents d'harmoniciste au titre d’ouverture ‘Spit On Your Grave’. L’interprétation tour à tour fougueuse, sensuelle ou chaleureuse est pleine de sensibilité. Riche de ses différentes influences musicales, en 12 chansons originales, toutes signées de sa plume, Tiffany Pollack, chanteuse au timbre de voix soyeux, à la fois pleine de force et de fraîcheur, nous emmène dans divers univers sonores tous aussi savoureux les uns que les autres. Un disque qui possède indéniablement un réel charme.
Gilles Blampain




Tommy Z
Plug In & Play

Genre musical: Blues-rock électrique
Label : South Blossom Records
Distributeur : Qobuz, Apple Music, Amazon

Mais que c'est bon !... Le musicien ayant inventé le 4.4.2 devrait être décoré de la plus haute distinction. Tommy Z nous fait une nouvelle démonstration sur cette base dans un registre étendu. Un album rassemblant 11 pistes colorées et variées, laissant la part belle à la démonstration de son talent. On est bien dans le blues-rock électrique. On démarre avec 'Pumpin' (Let's Have Fun!)', un ternaire qui sonne SRV (encore me direz-vous !), mais comment s'en plaindre quand c'est si bien fait. Totalement opposés, 'Tommy Guns' et 'My Alarm Clock' remontent vers le nord du continent avec des fulgurances à la Jeff Healey. Décidément, les titres s'enchaînent et les types musicaux sont explorés un à un. Mélancolique, enveloppée d’orgue, ‘Please Come Back To M’est une plainte magistrale, la six-cordes pleure sur l’ombre du bon Roy Buchanan. On poursuit la découverte à travers 'Plug In & Play', rock électrique revisitant les Eighties, morceau entraînant qui met de bonne humeur. On bat le rythme tout du long, grimaçant tel BB King en tabassant l’air guitare. Quel que soit le style abordé, la maîtrise est totale, les solos sont ficelés au barbelé. On refermera cette heure d'écoute sur une note jazzy avec ‘Sticky Lips’, piste universelle de presque huit minutes qui fait se déhancher et claquer des doigts. Originaire de New York, Tommy Z a été intronisé au Buffalo Music Hall Of Fame en 2007. Sans compter les multiples distinctions reçues, trop longues à énumérer, le gratteux possède un CV long comme le bras. Malgré une carrière bien remplie, il nous propose ici son quatrième album, qui est en fait la suite de "Blizzard Of Blues" enregistré en 2016. Il faut dire aussi que notre homme est très occupé, multipliant les piges en studio et écumant les festivals de musique aux Etats-Unis et hors des frontières. Fils de vétéran du Viêtnam, il parcourt le monde pour apporter un soutien et divertir les troupes américaines engagées. Mais son activité ne s'arrête pas là, il est à la fois, professeur de guitare, compositeur pour la télévision et le cinéma, producteur d'émissions, ingénieur du son, travaille pour la radio... Bref, Tommy est un électron libre impossible à canaliser. Signé par un artiste complet et guitariste de haute volée, mariant le blues-rock et le jazz, la pop et le funk, Plug In & Play est nourri à l’Excellence…
Nine Girard  

Varsovie
L'Ombre Et La Nuit

Genre musical: Post Punk  
Label : Icy Cold Records
Distributeur : varsovie.bandcamp.com

Le nom du groupe, la classieuse pochette noire et blanc, le label même, tout indique qu'on n'aura pas droit à une séance de ska festif ! Imaginer une filiation avec des noms comme Marquis de Sade ou Marc Seberg n'est pas tout à fait juste non plus. Même s'il s'agit bien de post punk, c'est plutôt du côté de Bauhaus ou The Sound qu'il faut se diriger. Duo grenoblois (Arnault Destal, batterie/Grégory Cathérina, chant, guitare) fondé en 2005, Varsovie livre déjà son quatrième album. Soigné, lettré, mais sans le maniérisme qui agaçait parfois chez les groupes français précités, voici un rock énergique, volontiers percutant. La voix, souvent déclamatoire fait quelquefois penser à Noir Désir, et le duo est friand de lentes montées en puissance ('Sur La Route Du Vide', 'Cas Contact', 'L'Offensive'...). Envoûtant, énergique ('Ne Plus Attendre' propulsé par une rythmique à la Joy Division) il parle autant aux jambes qu'au cerveau. La chanteuse Yelena Mitseva intervient sur 'Spectres' et 'Evelyn McHale' du nom de cette comptable qui se jeta du haut du 86ème étage de l'Empire State Building, tomba sur le toit d'une limousine, décéda bien entendu, le visage curieusement intact et serain. Un étudiant photographe passait par là, ce qui conféra à la jeune fille le titre un peu douteux de "plus beau suicide" et Bowie en 93 y fait allusion dans la video de 'Jump They Say'. C'est l'un des moments à retenir de l'album, qui à vrai dire ne présente aucune plage décevante.
Marc Jansen