Le contenu de cette page nécessite une version plus récente d’Adobe Flash Player.

Obtenir le lecteur Adobe Flash

été 20
Chroniques CD du mois Interview: JUNKYARD CREW Livres & Publications
Portrait: BLIND LEMON JEFFERSON Interview: MAINE IN HAVANA Portrait: ROBERT FRIPP
 


Dans cette rubrique, vous trouverez une sélection de CD choisis par l'équipe Blues Again.

JUILLET - AOUT 2020

CD Woodbury
World's Gone Crazy

Genre musical: Rock, blues, soul   
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur :
iTunes, Spotify, Amazon

A Memphis en 2014, CD Woodbury et ses compagnons de scène venus de Seattle se sont vus décerner le titre de ‘Kings of Beale Street’ lors de la première apparition du groupe à l’International Blues Challenge. Six ans plus tard le band semble n’avoir rien perdu de sa superbe avec de bons riffs et une belle musicalité, et World's Gone Crazy fait de blues, de rock, de boogie et de soul très énergique expose huit chansons originales et cinq reprises réinterprétées de façon très personnelle dont ‘Wang Dang Doodle’ et ‘Hey Joe’ (dans une version de 7’45 dans un style hendrixien) pour ne citer que les deux plus emblématiques. CD Woodbury chante et joue de la guitare soutenu par Don Montana à la batterie et Patrick McDanel à la basse ainsi que Mike Marinig aux claviers et au saxophone. Il y a dans leur façon de jouer une certaine fièvre et une ardeur prenante. Le band délivre une belle énergie et chaque musicien met son instrument en avant à un moment ou à un autre. Puissance et feeling sont de la partie et jouent à parts égales. L’album se termine sur une brillante interprétation de ‘Preacher And the President’ de Joe Louis Walker.
Gilles Blampain

Eliza Neals
Black Crow Moan

Genre musical: Blues, rock
Label : E-H records
Distributeur :
http://elizaneals.com/merchandise/ , Spotify, Amazon     

La revoilà la chanteuse qui monte, qui monte et que rien n'arrête. Pour cet album, pas de groupe précis. Comme souvent, elle a picoré par-ci, par-là quelques batteurs, quelques bassistes et quelques guitaristes selon leurs sensibilités pour coller au plus près au feeling de chaque titre. Au niveau des guitaristes, par exemple, deux vieux acolytes sont toujours présents, Howard Glazer et Mike Puwal mais on a également Derek St Holmes et Joe Louis Walker que l'on ne présente plus. Avec des types comme ceux-là et quand on connaît les capacités vocales de la belle, il faut s'attendre à du solide et effectivement, une fois de plus, la patronne ne nous déçoit pas. Elle donne le ton dès le premier titre 'Don't Judge The Blues' véritable bâton de dynamite qui ouvre la route à 'Why You Ooglin Me' puissant rouleau compresseur. Après, c'est la voie (voix) royale avec 'The Devil Don't Love You' où on balance au rythme de la guitare de J.L. Walker. Avec 'Watch Me Fly' et 'River Is Rising' on est presque au rayon Southern rock. Quel que soit le titre écouté, l'intensité du rock fait part égale avec la profondeur du blues grâce à la voix forte et légèrement déchirée de la bombe Eliza qui termine son album avec un rock’n' roll pur jus 'Hey, Take Your Pants Off' non sans nous avoir gratifié d'une belle reprise vibrante de 'Ball And Chain'. Sacrée personnalité pour sûr !
César

Gregg Martinez
Mac Daddy Mojeaux

Genre musical: Soul, rhythm and blues
Label : Nola Blue records
Distributeur :
iTunes, Spotify, Amazon     

Dès le premier titre ‘I Believe To My Soul’ (en hommage à Ray Charles et Donny Hathaway) le ton est donné, l’album nous plonge dans la soul et le rhythm and blues. Et l’interprétation, dans la lignée des plus belles productions du genre, distille autant de délicatesse et de sensibilité que de tension et de force. Il se dégage de cet enregistrement une vitalité pétillante. Gregg Martinez, alias Mac Daddy, revendique l’influence des grands crooners comme Sam Cooke, Al Green, Marvin Gaye ou Johnny Adams. Son style mêle les rythmes de New Orleans au swing du Texas, la soul de Memphis aux sonorités de Philadelphie. Soutenue par un orchestre de musiciens dynamiques avec orgue et section de cuivres complète, sa chaude et puissante voix de ténor dégage une réelle sensualité. Comme pour affirmer son attachement à sa terre natale de Louisiane, pour chanter ‘Eva Delle’, Martinez a invité le sultan de la slide Sonny Landreth, Rockin’ Dopsie Jr au rubboard et son frère Anthony à l’accordéon. Et cela donne un savoureux mélange de soul, de rock et de zydeco de la meilleure veine qui chatouille agréablement les oreilles. Cette douzième production de Gregg Martinez qui chante avec l’émotion au fond de la gorge et le groove qui va avec est vraiment lumineuse.
Gilles Blampain

Hawa Sow & The Soul Seeders
Make It Happen

Genre musical: Soul
Label : LE TOM Records
Distributeur :
L'AUTRE DISTRIBUTION     

Le blues français plongeait dans la soul il y a une dizaine d’années. On aurait pu croire qu’il s’agissait juste de piquer une petite tête, puis de sortir du bain pour retourner au bon vieux shuffle des familles. Mais la soul semble vouloir s’installer durablement sur cette scène. La soul et le R&B se sont toujours plus en France, dans les années 60 déjà. Bref, voici les Soul Seeders, un nouveau groupe de soul française, au moins pour l’état civil, emmené par Hawa Sow, chanteuse à la voix incisive, précise et résolue, aux inflexions impérieuses dans ses harangues châtiées comme dans ses confidences rasantes. La feuille de présentation attire l’attention sur le symbole du tournesol, éclot à la une, les semeurs d’âme répandant leurs graines en s’élevant vers la lumière. On ne peut pas dire qu’on écoute un disque mystique, mais un esprit habite indubitablement ce premier album, un peu plus gospel par moments (‘Rainy Day’), un peu plus funky à d’autres (‘Never Givin’ Up’). A part le chant et hormis les nombreuses autres qualités de ce disque, la première qui frappe les tympans c’est la richesse des orchestrations, assorties au timbre d’or d’Hawa Sow. Et il y en a, des lignes instrumentales à peigner : basse, batterie, guitare, clavier, trompette, saxo baryton, trombone, deux choristes, un quatuor à cordes, et des invités aux percus et à la guitare. Notons la participation d’Arnaud Fradin sur la magnifique ‘Yesterday’. Mais trouve-t-on un titre plus faible qu’un autre sur cette délicieuse crêpe, qui a franchi quelques fuseaux horaires avant d’atterrir sur votre platine ? Enregistrée en France, mixée à Sydney, masterisée en Californie…
Christian Casoni

Hellhammer
Apocalyptic Raids

 

Genre musical: Proto black-metal  
Label : NOISE RECORDS
Distributeur : BMG

La réédition de ce mini-album est inattendue, et tombe au moment où le monde bascule dans les ténèbres, curieux hasard. Hellhammer est un trio d'origine suisse fondé par un jeune guitariste nommé Thomas Gabriel Fischer. Vivant avec sa mère dans un petit village au milieu d'un décor de carte postale, il subit les pires brimades de la part de ses camarades et des voisins qui considèrent le gamin et sa mère comme deux pestiférés. Fischer se replie sur lui-même, et lorsqu'il découvre en 1981 le premier simple de Venom, In League With Satan, authentique acte de naissance d'un heavy-metal sauvage annonçant le death et le black-metal, il décide d'en faire ses tables de la loi. Il recrute deux amis pour fonder Hellhammer, qui publie des démos sous forme de cassettes. Le trio se stabilise autour de Fischer au chant et à la guitare, de Martin Ain à la basse qui deviendra le parolier, et du batteur Bruce Day. Ils signent chez Noise, et publie ce premier enregistrement officiel. Ces six morceaux sont l'authentique bible du black-metal à venir : riffs furieux, voix possédées, atmosphères glaciales et sinistres. Tout leur sera copié, du son brutal à l'imagerie infernale, en passant par la distribution à l'aide de cassettes maison. Fischer a toujours considéré ce premier groupe comme une pâle copie de Venom, il s'est toujours trompé. Hellhammer est doté d'une personnalité obscure et sans lumière, loin du second degré de Venom. Fischer et Ain en sont l'âme noire, incontestable et unique. Le guitariste rejettera par la suite le black-metal norvégien dont il sera à l'origine, notamment les dérapages scabreux. Avec Hellhammer, il exprimait une souffrance profonde, viscérale, dans un pays au vernis bien-pensant et propre bien loin de la réalité. Disque cultissime, le pressage original comme ses diverses rééditions en CD valent aujourd'hui de l'or. Il fait enfin l'objet d'un pressage largement agrémenté de multiples documents photographiques, et d'une remasterisation à partir des bandes originales.
Julien Deléglise

Iggy Pop
The Bowie Years


Genre musical: Rock
Label : UNIVERSAL
Distributeur : UNIVERSAL

On ne va pas refaire l'histoire, on la connaît de toute façon. Les deux premiers Stooges, albums dantesques, séminaux, pourtant maudits à leur sortie. L'implosion, puis l'iguane repêché une première fois par Bowie, et Raw Power, autre sommet incandescent, au succès inversement proportionnel à l'influence qu'il exerce encore aujourd'hui - en dépit d'un mixage controversé, œuvre du dandy britannique. Tout va mal, addictions, chaos, ressentiment, au point qu'un Iggy Stooge au bout du rouleau décide de se faire interner dans un hôpital psychiatrique. C'est alors qu'une seconde fois le Thin White Duke va le remettre en selle... Les deux albums paraissent en 77 : The Idiot en déroutera plus d'un à commencer par les fans qui pensaient retrouver la puissance brute et animale des Stooges... Mais avant tout il s'agit d'une question de survie !  The Idiot (référence à Dostoievski) est conçu au Château d'Hérouville et ensuite à Berlin (en parallèle, Bowie mijote ce qui deviendra sa trilogie berlinoise). La menace persiste, la sauvagerie aussi, mais elle plus ou moins domptée sous un vernis glacé, inspiré des sonorités européennes, où les claviers s'imposent souvent aux guitares. Un groove robotique qui annonce une bonne partie de la new wave et du post punk, Joy Division en tête. Tous les titres sont co-composés, et c'est sur cet album que figure 'China Girl', ritournelle un peu fade, au motif oriental vaguement embarrassant. C'est surtout là qu'on trouve les indispensables 'Night Clubbing', 'Dum Dum Boys' (référence aux Stooges) ou encore 'Sister Midnight'. Et c'est donc quelques mois plus tard que paraît Lust For Life, qui renoue avec la simplicité tribale du pur rock'n'roll. Le titre d'ouverture pulvérise tout sur son passage, entre autres par son intro phénoménale. 'The Passenger', aussi basique qu'irrésistible, est devenu lui aussi un hymne. 'Sixteen', 'Some Weird Sin', mais aussi 'Tonight' (Iggy en crooner glam), l'emphatique 'Turn Blue'... Tout est parfait ou presque. Ces deux albums indispensables sont donc réédités aujourd'hui, la version Deluxe, déclinée en 7 CD, proposant comme toujours nombre de raretés, démos, prestations live, mais aussi un copieux livret.
Marc Jansen

Louisiana's Le Roux
One Of Those Days

Genre musical: Southern rock
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : leroux.band/merch-shop, Spotify, iTunes

Le groupe a vu le jour (officiellement) en 1978, mais avant, les garçons jouaient déjà ensemble et avec cette sortie, quand on voit la pochette de ce CD, on a tout de suite envie de faire un bout de route avec eux. LeRoux, c'est un petit bout de France grâce à ce nom qui évoque le roux qui est la base pour réussir un bon gumbo (ragout originaire de la Louisiane Française). La musique de cet octet est aussi riche qu'est épicé le plat précité. On joue ici dans la cour des grands, entre l'ABB et Doobie Brothers. D'ailleurs, Tab Benoit ne s'est pas trompé en prenant ces musiciens pour enregistrer trois de ses albums dont un live. Il a été invité à faire les solos de guitare sur un des dix titres de ce CD 'New Orleans Ladies'. Autre invité (sur trois titres), le bassiste Leon Medica qui fut un des membres fondateurs de ce groupe chaleureux qui comporte un chanteur charismatique à la voix claire et puissante (Jeff McCarty), deux guitaristes talentueux (Jim Odon, Tony Hasselden), un pianiste hors pair (Rod Rody), un claviériste lumineux (Nelson Blanchard), un bassiste qui vous met tout le monde d'accord (Joey Decker), un batteur (Randy Carpenter) et un percussionniste (Mark Duthu) qui s'y entendent pour faire battre les cœurs. Il faut aussi préciser que la plupart des zicos chantent aussi, ce qui produit des chœurs travaillés qui donnent des ailes aux titres pour les tirer vers le haut. Alors quand je parle de rock sudiste, c'est dans ce qu'il a de plus musical, avec un feeling au-dessus des nuages, mais toujours avec cette petite dose de sauce pimentée qui donne toute la saveur aux compositions. Ce disque est un must. Psssst... Hé... Au fait... Dans les choristes invités, on y trouve entre autres Bobby Kimball (Toto) et Bill Champlain (Chicago).
César

Mountain Witch
Extinct Cults

Genre musical: Doom-metal
Label : This Charming Records
Distributeur : This Charming Records

Ce monde est tout de même devenu fou. Il est désormais bon de cracher sur le rock vintage, c'est-à-dire puisant dans les glorieux anciens. Mais rien en tant que musique populaire aujourd'hui n'arrive à la cheville des vieux aînés des années 70, tous empêtrés dans les compromissions sonores, l'omniprésence sur les réseaux sociaux, et le vide intersidéral de ce qui fait l'essence de la musique pop : la rébellion. On se faisait traiter de pédé ou casser la gueule au commissariat pour des cheveux longs. Aujourd'hui, Kanye West, figure majeure de la musique Millenial, fait son défilé de mode au siège du Parti Communiste Français, et fait des prêche pro-Trump hallucinés. Pendant que les têtes de pont du rap US causent chiffons, le ventre de l'Allemagne grouille de formations doom et stoner. Voilà un groupe de coyotes particulièrement doués qui fait son petit bonhomme de chemin dans l'indifférence générale. Extinct Cults est le quatrième album d'une aventure commencée en 2008 à Hambourg. Réduit à un duo composé de Rene Roggmann à la batterie et au chant, et de Rene Sitte à la guitare et à la basse, Mountain Witch ressuscite l'héritage du heavy-metal ancestral avec un brio remarquable. Se croisent dans les morceaux de Mountain Witch : Pentagram, Black Sabbath, Witchfinder General, mais aussi le Krautrock de Amon Düül II. Six pièces de musique sont au programme, qu'il est inutile d'énumérer, car toutes possédées cette âme lourde et acide qui fait le pétrole de ceux qui refusent l'aseptisation sonore. 'Crapping Day', 'Worship You', 'The Devil Probably !' sont passionnants, dotés de ce son cru qui fait l'âme du rock vivant. Incontestablement le disque du mois, possédé et amer.
Julien Deléglise

Niandra Lades
You Drive My Mind


Genre musical: Garage-rock New Wave
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : https://niandralades.bandcamp.com/

Des fois, je me dis que je suis cruel, et que cela me perdra. Cela me trouble, car j'ai cette angoisse, alors que la quarantaine s'entame, de devenir un vieux con. Certes, je suis impitoyable avec ce que je n'aime pas. Mais je tiens toujours à écouter ce que l'on m'envoie, et à rester attentif à ce qui se vend, ce qui fait sensation, afin de comprendre, de rester ouvert intellectuellement. Aussi, quand je sors ce disque de son enveloppe, enfin, après avoir traîné deux mois sur mon bureau, je me dis que vraiment, je faillis à mes principes. Niandra Lades est un quintet originaire de Clermont-Ferrand. Peu de choses à dire sur ces jeunes gens, sans aucun doute passionnés de musique, et qui, emportés par un élan de créativité issu de leur union, a permis l'éclosion de ce disque. Niandra Lades pratique un rock plutôt nerveux, entre garage rugueux à la White Stripes, et New Wave à la Cure. Le résultat offre de très bonnes compositions, accrocheuses : 'Wrong Way Men', 'You Drive My Mind', 'The Witches'… Pour être tout à fait sincère, la voix du guitariste-chanteur Alexandre (Nda : mettez votre nom les gars, soyez fier de votre patronyme, aussi gaulois soit-il. On n'est plus à l'époque de Salut Les Copains) est un peu fragile. Elle rappelle avantageusement Jack White, mais la musique du groupe est le terrain à quelque chose de plus mordant. Néanmoins ce premier essai, offert gentiment pendant le confinement, est un bel effort, riche de qualités sonores, et qui pourrait annoncer de grandes choses.
Julien Deléglise


The Dead Ritons
Force & Horner

Genre musical: Punk musette
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : thedeadritons.bigcartel.com

Est-ce le retour du rock alternatif, avec ses farceurs qui devenaient de plus en plus lourdingues et stéréotypés au fil des sorties, et ne savaient plus trop quoi parodier pour se rendre intéressants et jouer les vibrions sociaux ? On pourrait le penser en dépouillant, de son cellophane, l’album du duo que forment l’accordéoniste Alexx Wokenbouth, et le chanteur François Bouth. Déjà, le visuel du livret. Yvette Horner, traitée avec la même désinvolture que les Pistols avec Sa Majesté Elizabeth II. Pourtant cette pochette est un peu trompeuse. Hormis une compo, les Dead Ritons interprètent des standards punks, allongés d’un peu de ska et de new wave… façon musette ? Hum… Celui d’Aristide Bruant dans ce cas, plus que le musette d’Yvette Horner. Si on résume, Force & Horner est un best-off de boomers, arrangé dans le style de leurs grands-parents. Mais ces pastiches n’en sont finalement pas. Les Ritons dépassent largement le stade du gag. On peut se demander si le nom qu’ils se sont choisi ne les dessert pas, les apparentant aux spécialistes de la pochade, genre Fucking Bidochons. Car enfin leurs versions sont autrement plus… on hésite à le dire mais on le dit quand même… plus profondes que des balourdises du type ‘Anarchie Pour L’UK’ sur The Great Rock’n’Roll Swindle. Les Ritons s’approprient avec beaucoup de respect ces titres désormais classiques, bouillons de fureur adolescente qui étaient, on s’en rend compte maintenant, gravés pour durer. Et ils citent, ici et là, avec le même respect, quelques mesures emblématiques de standards du musette qui surgissent naturellement au cœur des hymnes punks, comme si elles avaient été taillées pour. ‘La Complainte De La Butte’ passe en plein milieu d’ ‘England Belongs To Me’ ou ‘La Paloma’, en plein milieu de ‘Blitzkrieg Bop’. De ces 17 mélodies, qui n’étaient pas forcément le souci premier de leurs auteurs, rayonne une nostalgie d’autant plus précieuse qu’elle nous renvoie au moulin des aiguilles. L’accordéon nous dit que toutes ces choses sont maintenant de vieilles dentelles, mais aussi qu’elles sont des repères importants de notre passage ici-bas, avec des crêtes particulièrement sensibles : ‘Gangsters’, ‘Golden Brown’, ‘Teenage Kicks’ ou ‘I Fought The Law’ et son pont de guitare en forme d’harmonie provinciale désuète. Car n’allez pas croire qu’on n’entend que des cordes vocales et de l’accordéon. Il y a aussi, selon les plages, et toujours plus ou moins liés aux MoOonshiners, Lionel Riss à la guitare, Elodie Riss (Lilix & Didi Rock Band) à la batterie, Michel Iozzia à la basse et, pour ce qui est des invités, Jamie Oliver (UK Subs) sur ‘Gangsters’, Greg Cowan (Outcasts) sur ‘Self-Conscious Over You’, Jeff Turner (Cockney Rejects) sur ‘Bad Man’ et Leonard Graves Phillips (Dickies) sur ‘Viva La Revolution’.
Christian Casoni

Yellow Town
Lord Of Useless: Room With A 1000 Windows

Genre musical: Folk-rock électrique 
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : https://yellowtown.bandcamp.com/

J'ai reçu le lien il y a peu, presque en s'excusant. Yellow Town, groupe de Nevers, m'a envoyé son troisième disque, sous forme d'un lien, le format physique n'étant pas encore à l'ordre du jour dans ce merdier intersidéral qu'est le monde d'après. Il va sans doute me le reprocher, mais qu'importe : c'est le père de Thibault Lavèvre, guitariste-chanteur, fondateur et compositeur de Yellow Town, qui m'a envoyé le lien. Qu'il a eu raison. Il n'est pas facile de faire du rock dans le cœur rural de la France, dans ce Morvan sombre et inquiétant mais si riche d'inspiration pour celui qui sait saisir l'âme de ces lieux. Thibault Lavèvre a ce don, et ce depuis son premier album. Yellow Town était un duo composé de Lavèvre et du solide batteur Pogo. Vu en 2016 à Autun, dans le cadre d'un petit festival sans prétention, dans des conditions météorologiques implacables, Yellow Town renversa la table. Inspiré par Bob Dylan, Neil Young And Crazy Horse, Joni Mitchell, Jimi Hendrix, King Crimson et par bien d'autres merveilles, le groupe me cloua sur place. Leurs deux premiers disques sont impeccables, mais la réalité de la scène française cloua sur place les ambitions de cette pourtant merveilleuse formation française. Impossible de sortir de ce couloir Nièvre-Saône-Et-Loire. Paris refusa d'ouvrir la porte, comme la Franche-Comté que je battis pourtant pour porter la bonne parole. Le silence inquiétant de ces derniers mois me fit penser que Yellow Town était mort, et puis il y eut ce lien, sur le ton de l'excuse, de Michel Lavèvre. « Peut-être que tu n'aimeras pas, c'est pas pareil, c'est pas grave ». En fait, si Michel, c'est bien. Une fois encore, Thibault Lavèvre, désormais seul à bord de son vaisseau, a encore compris son époque. On retrouve surtout dans ce disque son âme profonde, son identité sonore : la mélancolie fuligineuse, ce timbre si particulier, délicat, puissant et fragile, et ses mélodies lacrymales. Cela manque un peu d'attaque de guitare, de hargne, parfois. L'album est brumeux, amer, utilisant parfois des boîtes à rythmes (Nda : mon cauchemar. Des gens aussi doués devraient être condamnés par la loi à une paire de claques). Il me fait pourtant penser à Rock Bottom de Robert Wyatt. Empreint de poésie, riche de mélodies miraculeuses ('Big Bang', 'Tommy', 'Brot', 'Man 1', 'Beggars'...), doté d'une instrumentation riche et intelligente, C'est une réussite artistique. Ce troisième album est tout sauf une bouteille jetée à la mer. Il le faut. Des musiciens talentueux comme Thibault Lavèvre doivent briller de mille feux dans le monde d'après, ils sont notre lumière. Il est le Neil Young français, tout simplement.
Julien Deléglise