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12/18
Chroniques CD du mois Interview: LITTLE MOUSE & THE HUNGRY CATS Livres & Publications
Portrait: CHARLES BROWN   Dossier: SPECIALTY RECORDS
 


Dans cette rubrique, vous trouverez une sélection de CD choisis par l'équipe Blues Again.

JUILLET - AOUT 2018

Abrial & Jye
L'Arnaque

Genre musical: Folk-rock poétique
Label : AZTEC MUSIQUE
Distributeur :
PIAS

Abrial, les anciens connaissent son nom. A ses débuts, en 1966, il propose de jolies ballades folk et connait quelques heureux succès. Une belle voix et une vraie patte d’auteur. Mais pas question de rester coincé dans un moule, il trace sa route artistique en électron libre naviguant entre chanson à texte et rock progressif. Puis ce sera la production de musiques de films ou de spectacles. Le revoilà après plusieurs années d’accalmie médiatique en compagnie de Jye, c’est-à-dire Jean-Yves Hellou, dont le style et la sonorité rappellent Hank Marvin, Mark Knopfler, David Gilmour… Rock, blues, reggae, la musique est aérienne, poésie et rock s’entremêlent, deux guitares, une kick-box pour le rythme et bien sûr un chant prenant. Ces deux artistes cumulent plus de 130 ans à eux deux, mais comme pour les grands crus le temps qui passe leur est bénéfique. L’Arnaque se sont 13 compositions originales de très belle facture et trois reprises de haut vol réinterprétées de façon toute personnelle, ‘Il Nous Faut Regarder’ de Jacques Brel, ‘La Chanson De Prévert’ de Serge Gainsbourg et ‘Les Amants d’Un Jour’ popularisé par Edith Piaf. L’ensemble est assez étincelant. A propos de cette nouvelle création Patrick Abrial nous dit : « L’Arnaque c’est un clin d’œil malicieux, un éclat de rire à la morale politiquement correcte. Du romantisme électrique, un regard et un son rebelles en face des cons qui nous surveillent, soi-disant pour notre plus grand bien… Mais nous savons tous que c’est une arnaque ». Une chose est sûre, cet album n’en est pas une !
Gilles Blampain

Artur Menezes
Keep Pushing

 

Genre musical: Blues, rock, soul/funk 
Label : Artur Menezes Music Publishing (BMI)
Distributeur : CdBaby, iTunes, Amazon

Avec son quatrième album, Artur Menezes se montre généreux. Fort de sa troisième place à l'International Blues Challenge (2018), le jeune Brésilien a de quoi nous rassurer sur l'avenir du genre. Ce nouvel album au style éclectique nous montre plusieurs facettes de l'artiste : du blues traditionnel aromatisé aux cuivres et à l'orgue ('Give My Money Back') au rock rocailleux qui tache ('Come With Me') en passant par le boogie-woogie ('Love'n'Roll'), il y en a pour tous les goûts. Il se permet même de jouer les crooners sur le début de 'Can't Get You Out Of My Mind' avant de renverser les styles au tiers de la chanson. Le bad boy aux rythmes qui claquent et à la guitare saturée laisse parfois la place à un amoureux transi qui regrette une rupture et dont les notes plus claires reflètent les sentiments sans jamais tomber dans le mièvre. La guitare est nerveuse et dynamique. Tantôt bluesy tantôt funky mais résolument groovy, Menezes prêche un blues pêchu et sincère à la fois, que viennent secouer Carey Crank à l'orgue Hammond, Dan Boisey au saxophone et Jamelle Adisa à la trompette. On retrouve même le guitariste Josh Smith, qui a produit l'album, sur quatre morceaux : 'Now's The Time', 'Keep Pushing', 'Pull It Through' et 'Til The Day I Die'. Dès la première chanson on se surprend à taper du pied ; la tornade Menezes nous emporte avec elle pour ne plus nous lâcher. Keep Pushing Artur, on est derrière toi !
Marion Braun

Big Apple Blues
Manhattan Alley

 

Genre musical: Blues, rock, jazz, funk 
Label : Stone Tone records
Distributeur : Baby, iTunes, Deezer, Spotify

Qu'est-ce que c'est ? Ça roule, ça groove, ça balance, c'est quasi intemporel, c'est diablement bon. C'est Big Apple Blues qui nous propose encore un album scotchant qui nous promène à New York pendant une journée et les morceaux proposés sont à l'image de cette ville cosmopolite. Ce disque ne comporte que des instrumentaux et dès le premier titre 'You Gotta Start Somewhere', l'accroche est immédiate. Ça commence funk et un solo de guitare à tendance rock arrive pour être suivi par un piano qui met une coloration jazzy et on attaque directement sur le deuxième morceau 'Happy' qui rappelle l'époque où Booker T & the MG's étaient au top. L'orgue Hamond de Jim Alfredson est en avant et cuivres et percussions soutiennent solidement l'édifice et c'est la guitare de Zach Zunis qui enchaîne sans un vide pour un beau monologue. Ensuite, vient 'Take Two' qui n'a rien à envier à ses prédécesseurs il faut dire que côté rythmique, on trouve Barry « The Baron of the Blues » Harrison à la batterie et Admir « Dr Blues » Hadzic à la basse auxquels vient se greffer Kevin Jones et ses congas. Quand arrive 'SDW', tout se calme et le saxophoniste Chris Eminizer peut alors souffler son blues tranquille et feutré avant de continuer la déambulation musicale avec 'Hudson Breeze' qui fait claquer les doigts. Pour suivre, 'Steamroller' s'anime un peu plus comme si l'on débarquait sur une avenue vivante. Les titres restants sont à l'avenant jusqu'au dixième et dernier 'Rock On', bien sûr plus animé que les autres. Ces types sont des allumeurs d'images, des créateurs d'émotions qu'il est bon de prendre pour guide pour une virée new-yorkaise.
César

Blues Eaters
Night ridin' daddy

 

Genre musical: Jump, swing, etc..  
Label : LME recordz
Distributeur :
iTunes, MusicMe, Deezer, Amazon

Avec cette nouvelle production le combo accroche un numéro 4 à sa discographie. Norman Rosaia est au chant, à la guitare et à l’harmonica, la deuxième guitare prend vie sous les doigts de Jonathan Nosalik et la rythmique impose son tempo à travers Olivier Jacqueline à la basse et Sébastien Courti à la batterie. Adepte du jump blues et du swing, dans un style où l’élégance le dispute à la décontraction, le quartette nous livre 12 compositions originales. C’est un concentré de sensualité et de dynamisme, du blues à la soul sans oublier une pointe de rock’n’roll le band nous emmène dans un fabuleux voyage musical avec une belle maîtrise technique et un bon feeling. Le son est vraiment superbe. L’ensemble qui a un côté rétro sans tomber dans la nostalgie laisse entendre des rythmes vifs et pétillants et d’agréables mélodies aériennes. On est comme entraîné dans un tourbillon dès le premier titre. De beaux solos où la clarté de la note et la légèreté de l'ensemble donnent une impression liberté révèlent tout à la fois l’impétuosité et la finesse d’exécution. Le disque se termine sur une mélodieuse ballade jazzy, ‘Beauty & The Bounder’, savoureux duo vocal où le ton velouté de Norman Rosaia répond au timbre doux et feutré de Zelda Moureu Vose, invitée de choix. En 51 minutes cet album de belle qualité distille un enthousiasme contagieux.
Gilles Blampain

Dany Franchi
Problem Child

 

Genre musical: Blues emotion  
Label : Station House recordsFEH
Distributeur : iTunes, Amazon, Spotify...

Ce garçon sort son troisième album et n'a que 27 ans, mais une maturité musicale impressionnante. Ce n'est pas pour rien qu'Anson Funderburgh, la légende du Texas blues, a choisi de produire ce disque. Originaire d'Italie, ce guitariste chanteur a déjà écumé pas mal de prestigieux festivals. C'est un excellent chanteur à la voix légèrement voilée, dont le jeu de guitare puise dans les traditions du blues et qui donne une coloration moderne à sa musique grâce à l'intensité émotionnelle qu'il y met. Pour l'aider dans cette tâche on peut entendre la basse et la contrebasse de Nate Rowe, la batterie de Wes Starr ainsi que les claviers de Jim Pugh. Treize titres dont trois reprises sont au programme. 'Big Town Playboy' d'Eddie Taylor avec l'harmonica de Greg Izor, 'Sen-Sa-Shun' de Freddie King où la guitare est bavarde et 'Everything Gonna Be Alright' de Willie Dixon. Les Texas Horns viennent souffler un vent de feeling sur plusieurs morceaux dont les sublimes 'Real Love' et 'My Only One' qui font jeu égal avec le meilleur du R&B de la grande époque avec ce plus indéniable qu'est le jeu coulé de ce guitariste au futur plus que prometteur. Le rock n'est pas en reste avec 'Give Me A Sign' et son feeling texan alors que 'Wanna Know' très accrocheur a des sonorités à la Buddy Guy. A quand une tournée française, Monsieur Franchi ?
César

Electric Bazar Cie
Preaching' Songs

 

Genre musical: Cadavre exquis de rock’n’roll  
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur :
L’Autre Distribution

C’est assez simple finalement, il suffit de préciser que toutes les références proposées ci-après, pour tenter d’approcher le style de cet album, sont très approximatives, et ne devront pas être prises pour argent comptant quand il s’agira de se payer une matière aussi riche. Globalement, c’est du rock’n’roll. Quand on a dit ça, on n’a encore rien dit. Selon les plages, filtrent des couleurs boogie, garage, punk, et des touches qui renverraient aussi bien à un folk abstrait qu’à un jazz déflationniste, sans doute un reliquat du rebétiko qu’ils cultivaient naguère. Un autre répertoire ferait penser à une sorte de cabaret beatnik, tournure qui doit relever du spectacle de rue. D’ailleurs l’album a été composé à partir du spectacle Rock’n’Roll Is Your Mission. Car l’Electric Bazar n’est pas qu’un groupe de rock, il désigne aussi une… comment dire… petit troupe de cirque ? Avec toute la poésie réaliste, l’aspiration au voyage et même le militantisme que peut supposer cette particularité. Une bande de rockers romanichels, si on veut, Étienne Grass : chant et guitares, Guillaume Le Guern dont le saxo baryton et les clarinettes apportent la lascivité du rebétiko, Jonathan Caserta qui vient avec sa basse mais aussi avec ses orgues, la caution garage de quelques titres, et Rowen Berrou : batterie et percus. Parmi les invités : un trombone, un cornet et des chœurs. Ce n’est pas dans cet album qu’il faut venir chercher le dernier solo du blues, les ponts devant surtout leur échine aux clarinettes et à la sape du saxo baryton. Ce n’est pas non plus dans ce disque qu’il faut venir chercher le slow de l’été, Étienne Grass ayant une façon plutôt punk de chanter, et le chant se contentant souvent d’une harangue. Par contre, c’est ici qu’on peut venir chercher un vrai rock’n’roll de bateleur, solidement écrit et arrangé à la manière d’un cadavre exquis, chaque instrument complétant la phrase du précédent, un bel écartelé d’horizons auxquels la feuille de présentation ajoute « tarentelle, tambours sacrés d’Haïti et du Bénin, danses répétitives des Sufis, alchimie rythmique gnawa », avec ce frisson aventureux qui nourrit tous les albums de l’Electric Bazar Cie. Mais qu’on ne s’y trompe, Preachin’ Songs n’est pas un album de world music, c’est du rock’n’roll.
Christian Casoni

Elvin Bishop's Big Fun Trio
Something smells funky ‘round here

 

Genre musical: Blues euphorique
Label : ALLIGATOR
Distributeur : SOCADISC

Ça attaque fort dès les premières mesures avec un groove puissant. Brillamment secondé par Bob Welsh à la guitare ou au piano et Willy Jordan au cajon, Elvin Bishop, remarquable guitariste, reste cool mais son chant rauque et son attaque de la note dégagent toujours autant d’énergie. Tout en force le band envoie un blues nuancé de funk et de boogie. Ce nouvel enregistrement mêle compositions originales et reprises de bon goût. La set list aligne 10 titres. Willy Jordan chante quatre chansons, dont ‘(Your Love Keeps Lifting Me) Higher And Higher’ de Jackie Wilson retaillée savoureusement dans une variante reggae et ‘I Can’t Stand The Rain’ d'Ann Peebles qu’il redessine magistralement, Bob Welsh, lui, fait virevolter joyeusement l’ivoire avec son ‘Bob's Boogie’. Le disque se termine avec ‘My Soul’, piochée dans le répertoire de Clifton Chénier, avec André Theirry à l’accordéon. Le Big Fun trio mérite bien son nom et Elvin Bishop nous dit : « Cet album s’est fait à trois avec facilité. Tout ce que je visualisais sur les chansons - du jeu de Bob au chant de Willy, est devenu réalité. Ce sont tous deux de grands musiciens ». L’éventail musical qu’ils déploient est assez large, ils le font avec classe et pour ne rien gâter on sent que le plaisir de jouer est évident. Un album un peu court, 35 minutes, mais qui fait passer de bonnes vibrations.
Gilles Blampain

Eric Ter
Voisine

 

Genre musical: Funky velvet
Label : CHIC PARISIEN
Distributeur : www.ericter.net, Deezer, Spotify, iTunes

On n’entendait plus parler de lui depuis quelques années, voici qu’il surgit au beau milieu du printemps, flamberges au clair, non pas une mais deux. Il y a un mois il sortait Play It Up, que nous décrivions ici comme un album d’americana funk, et maintenant Voisine, son premier disque qui cause en français. A l’évidence, Voisine n’est pas le vide-poches de Play It Up : quatorze titres charnus, pas de remplissage, pas de bœufs, pas d’instrumentaux. Les deux albums ne sont pas jumeaux, pas les mêmes sidemen ni vraiment la même personnalité. Voisine sanctuarise les deux dévotions d’Eric Ter : un funk velvétien, discret mais intrinsèque au moindre beat, et une révérence constante au son de Tulsa, celui de JJ Cale. Un bélier de wah-wah pour lancer la chanson, un rock modal glissant sur une basse au roulis funky, des lignes de solo blues-rockantes, jamais très longues mais toujours brillantes, ainsi sont apprêtées la plupart des plages. On ne peut que répéter ce que nous affirmions il y a un mois : Ter est un guitariste fantastique sur tous les fronts. Deux chansons rayonnent sur un picking acoustique, particulièrement harmonieux, filé l’air de rien. La voix est plus brûlée ici que sur Play It Up. Ter mange ses mots maintenant qu’ils figurent dans le Petit Larousse, comme s’il craignait d’être compris. L’approche, le débit, le grain de la voix font penser plus d’une fois à Bashung (‘Embrouille’), une impression qui se dégage encore des charades auxquelles joue notre homme quand il compose ses textes (« C’est comme si y avait rien à perdre/ Qu’on continue à perdre quand même »). Ter est bien trop poli pour s’engluer dans le pathos. Il campe généralement sur le constat simple d’une intimité sans drame déclaré, exception faite de ‘Te Fâche Pas BB’ : un doute monte en épingle et évolue en un accès de parano de plus en plus orageux. Au générique : Daniel Combier le bassiste, Jean-Bernard Lepape, Merlin et Fred Sénéjoux, trois batteurs, Paul Neto le guitariste de passage, et « E.T. » : guitares, voix, un harmo pour la couleur et quelques claviers. Ter est sans doute un perfectionniste, un maniaque aussi si ça se trouve, mais surtout un gentleman, un homme de goût, quelqu’un qui préfère s’estomper dans le filigrane. « Confusion dans les textes/ Il y a comme du statique à la masse. »
Christian Casoni

Grand Marquis
Brighter Days

 

Genre musical: Blues cuivré
Label : GRAND MARQUIS MUSIC
Distributeur : CdBaby, Amazon, iTunes, Deezer

Grand Marquis est un des groupes phares de Kansas City qui sort son huitième album en une vingtaine d'années d'existence sous la houlette du saxophoniste chanteur Bryan Redmond. Ce sextet est placé sous le signe du cuivre puisqu'on y trouve le trompettiste Chad Boyston, le tromboniste Trevor Turla et le contrebassiste Ben Ruth qui tient aussi un énorme sousaphone. Pour mettre tout ce monde au pas, Fritz Hutchinson en est le batteur quant aux guitares elles sont tenues par Ryan Wurtz et sur un style jump blues jazzy quatre de ces musiciens font les chœurs. Dans le digipack décoré par le peintre Bradley Sadler se trouvent neuf titres dont deux reprises extrêmement connues. 'Down By The Riverside' traité façon ragtime et l'hymne de Jimmy Cliff 'Many Rivers To Cross' qui a laissé tomber l'habillage reggae pour un costar façon soul sixties. 'It Don't Matter' commence gentiment avec le tempo donné par le sousaphone et progressivement les autres instruments viennent s'ajouter pour installer la mélodie de cet instrumental où chaque musicien a droit à son solo. Le sentiment général de cet album donne une sensation de bonheur, de vitalité 'Ain't No Spark' avec son swing endiablé, sa leçon de trombone, ses chœurs joyeux en est un exemple. 'Brighter Days' voit arriver un petit solo furieux de trompette et un autre à la slide, les arrangements nous ramenant à l'époque des grandes heures de BS&T. 'I'm On Fire' sur un rythme de rumba laisse aussi la part belle au trompettiste tandis que la section rythmique ferait se lever n'importe quel coincé. Que dire alors de 'Night Shift’ qui sonne New Orleans comme pas un. Du beau travail en vérité, chaudement recommandé si l'on aime les musiques cuivrées.
César

Kat Riggins
In The Boy's Club

 

Genre musical: Blues, soul
Label : Bluzpik Media Group
Distributeur : non distribué

Cette femme mérite de faire partie de celles qui laissent une trace indélébile sur la liste des blueswomen qui marquent cette musique. Elle est une des grandes qui ont le feeling à fleur de peau et dont la voix dépasse le simple chant. En écoutant ce disque on pourrait la baptiser « la patronne ». On est là entre blues, soul et funk avec souvent, pour l'accompagner, des guitares à l'énergie rock. C'est Darrell Raines qui tient fermement le manche de la six cordes et les claviers laissant la place à Josh Rowand sur deux titres. George Caldwell est le bassiste et Johnnie Hicks est aux fûts. Mademoiselle Riggins est une sorte de James Brown au féminin. On peut s'en convaincre en écoutant 'Hear Me' où sa voix déchirante et déchirée fait merveille sur ce titre lent. A moins que ce ne soit la nouvelle Tina Turner. Dans ce cas, il faut essayer 'Fistful O'Water' où le survoltage est de mise. Question énergie, 'Kitty Won't Scratch' est un duo avec Albert Castiglia qui, bien sûr, fidèle à sa réputation, n'y va pas avec le dos de la cuiller. L'harmonica de Clay Goldstein vient souffler le brûlant en compagnie d'une guitare saturée sur 'Johnnie Walker'. On le retrouve sur 'Live On', un truc qui balance bien, juste après une tirade a cappella
de « la patronne ». On peut retenir aussi 'Try Try Again' qui ouvre l'album en montant en puissance avec une grosse caisse lourde, une slide bien placée et des chœurs groupés qui marchent presque au pas, genre chant de travail. Grande personnalité, pur feeling, l'œuvre de cette femme est à suivre de près
César

Keeshea Pratt Band
Believe

 

Genre musical: Blues, soul, R&B
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : CdBaby, iTunes, Amazon,  www.keesheapratt.com/store/Music-c27063948

C'est au mois de janvier dernier à Memphis que cette formation a gagné la première place à l'International Blues Challenge, catégorie groupe. C'est grâce à la voix forte, puissante et chaleureuse de Keeshea Pratt ainsi qu'au groove et à l'ensemble parfait du septet qui l'accompagne. L'impression est la même sur disque, quel que soit le registre. Soul, rhythm’n' blues, blues, tout est au top. Un live de huit minutes, 'So Bad Blues', termine l'album et on peut entendre la ferveur des spectateurs qui réagissent avec bonheur aux diverses interventions des musiciens. Les trois cuivres sont réglés au quart de poil, avec la trompettiste japonaise Misaki Nishidate on trouve James William III pour la seconde trompette et Dan Carpenter au saxophone et ça sonne comme à la grande époque de la Motown, 'Make It Good' et 'In The Mood' sont là pour nous le rappeler. 'Out Of My Mind' plus nerveux que les deux précédents morceaux met en valeur la basse de David Allen, qui sert aussi de directeur musical, et les solos de guitare de Brian Sowell ainsi que ceux du claviériste, le tout sur la frappe métronomique du batteur Nick Fishman. 'Shake Off These Blues' nous emmène joyeusement du côté de la Nouvelle Orléans, tout comme 'Home To Mississippi', mais celui-là avec la slide, l'harmonica et le piano, toujours en nous faisant claquer des doigts. Formation restreinte ou complète, ces gens ont l'art de faire passer le feeling.
César

Loli Froggi Blues
Live At La Chapelle

 

Genre musical: chansons blues-rock
Label : CHAPELLE RECORDS
Distributeur : L'AUTRE DISTRIBUTION

Lol, on le connaît surtout du groupe post-punk Extraballe et de l’âge d’or de Nulle Part Ailleurs quand, avec Le Groupe, il ponctuait l’émission de solides étreintes soul-rock. On ne va pas jouer les ayatollahs du blues (une peau, une histoire, une géographie, une langue). Le blues appartient à tout le monde, et tout le monde a bien le droit d’en faire ce qu’il en veut. Néanmoins, la question est : pourquoi renouer avec les premières années du blues français, quand il se sentait tellement illégitime avec son verbe trop explicite, ses influences imprécises et, moralement, encore dans l’utopie punk (tout est possible et revendicable) ? A la fin des années 70, le trio français Téquila enregistrait déjà ce genre de blues-rock au format pop. Le malentendu vient de l’enluminure : dans Loli Froggi Blues, le dernier mot est peut-être de trop. Parce que si ont dit rock plutôt que blues, ça s’emboîte nickel : tempos vifs, escaliers acrobatiques, solos percutants, accroches mélodiques, tranches de vie extraverties servies sans roublardise. Malgré ce timbre, ce maintien juvénile et la quadrature spartiate de ses chansons, Lol est un grand guitariste à l’ancienne, sans pose ni artifice, un vrai héros post-punk. Et comme il joue, il chante et il compose, net, à la glande exocrine et au ligament radio-carpien. Aux Lombards, avec une palette restreinte (basse, batterie, clavier), Lol enfile 15 vignettes riches en rythme, légères en pathos, plus ou moins mélancoliques (‘Vivant Et Bien’, ‘Rain Blues’, ‘Exile’), furieusement rock par moments (‘J’Ai Mis Le Feu’, ‘Bon A Rien’), qui sont la BD de sa vie. Maintenant la question est : pourquoi ce rock trop franc, qui renoue sans psychédélisme avec la chanson française des primes années 80 ? Et la réponse est : ta gueule !
Christian Casoni

Markey Blues Ric Latina Project
Raised in Muddy Water

 

Genre musical: Blues, Rock  
Label : ELLER SOUL RECORDS
Distributeur : CdBaby, Amazon, iTunes

La chanteuse Markey Blue et le guitariste Ric Latina font équipe depuis cinq ans et leur succès va grandissant. Leur dernier album a été très chaudement acclamé et il se pourrait bien que celui-ci prenne le même chemin avec cette équipe gagnante qui regroupe le bassiste John Marcus et le batteur Marcus Finnie à qui s’ajoute Shannon Wickline aux claviers et deux cuivres sur certains titres. Dès la première plage 'Raised In Muddy Water', on sait que l'on va se régaler. Après quelques notes de guitare pour donner le ton, la machine se met en mouvement, inébranlable, avec la voix puissante et mélodieuse de madame Blue qui domine le tout. Le titre suivant 'Corrina Shine' tribute à Taj Mahal est plus léger, plus chaloupé et rappelle un peu l'esprit de l'A.B.B. 'A Little More I Die' morceau lent est une ode à John Prine et les interventions de guitare sont dans un style Gary Moore. ‘Red Room' et son tempo boogie a droit aux honneurs de l'harmoniciste invité Ronnie Owens. Autre intervenant de marque dans cet album pour 'I Like It Like This', Eddy The Chief Clearwater dont c'est un des tout derniers enregistrements avant son décès début juin qui nous gratifie d'un duo tant vocal que guitaristique avec en fond, les cuivres qui soutiennent le travail. Un régal. La douceur n'est pas exclue du CD grâce à 'When I Close My Eyes' ou 'Walking Over This Line'. A part les dix chansons de ce disque, on trouve en bonus un live avec un autre line up composé de musiciens de Robben Ford et Charlie Daniels. On est vraiment en bonne compagnie avec cet album.
César

Matty T. Wall
Sidewinder

 

Genre musical: Blues rock  
Label : Hipsterdumpster records
Distributeur : iTunes, www.mattytwall.com/shop/

Ce guitariste australien est en train de se construire un nom. Son premier album avait marqué les esprits et là, il enfonce le clou à grand renforts de riffs. D'entrée de jeu deux tueries nous sont balancées en pleine face. D'abord un instrumental 'Slideride' où l'on se croirait au volant d'un dragster gavé au nitrométhane, avec une section basse (Stephen Walker), batterie (Ric Whittle) qui tapent la mort et une slide qui crache le feu. Puis 'Sidewinder' arrive avec une méchante guitare à la rythmique implacable et des solos torrides, un peu comme quand Rob Tognoni s'énerve avec en plus quelques nappes d'orgue (Gordon Cant) pour faire à peine plus civilisé. Ces coups de tonnerre passés, on revient à des choses plus calmes. 'Something Beautiful' (titre emprunté à Trombone Shorty) et son côté sensuel augmenté par la choriste Deli Rowe et une wah wah en chaleur et une autre reprise ''Change Is Gonna Come' de Sam Cooke où l’on constate que Mr. Wall est aussi bon chanteur que guitariste. Deux autres reprises figurent parmi les douze morceaux de ce disque. 'Going Down' de Don Nix bien électrisé et 'Mississippi KKKrossroads' de Chris Thomas King avec son phrasé rap et son ambiance tendue. Le tempo est lourd et la guitare grasse dans 'Can't Stop Thinking' mais l'orgue (encore lui) et les cuivres de Steve Searle, viennent alléger la sauce. 'Shake It' nous remet un p'tit coup de nervosité et ça sonne bien rock. 'Ain't That The Truth' est quasi aérien avec son funk soul tranquille. Le violoncelle de Jonas Petersen vient accompagner la guitare acoustique sur la belle chanson 'Leave It All Behind’. Voilà en fait un album aux multiples facettes où l'on ne s'ennuie pas une seconde.
César

Papa Jive
Jump Session !

 

Genre musical: Swing  
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : Deezer, iTunes

Snap Snap ! Originaire de Poitou-Charentes, auteur d'un premier album en 2016 (Papa Jive Swing Music), ce combo s'articule autour de Laurent Maître (guitare/chant) et Cyril Babin (contrebasse, piano) épaulés par le batteur Alban Mourgues et la vocaliste Catherine Girard (également spécialiste es washboard) et quelques musiciens additionnels. Une grande influence, totalement revendiquée : Louis Jordan... Mais aussi Louis Prima (version acrobatique de 'Buona Sera'), Slim & Slam (le titre éponyme) ou Chuck Berry (deux emprunts, 'Thirty Days' et 'You Never Can Tell'). On y trouve aussi des standards tels 'I'm Walkin'', 'House Party Tonight', et d'autres versions d'incunables. Autant dire que cette galette ne s'adresse pas aux férus de sonorités nouvelles, plutôt aux amateurs de plaisirs simples. Destiné avant tout à la danse, l'album l'est aussi à la scène - le groupe s'y déclinant sous diverses formules, duo, trio ou bien quartet.
Marc Jansen

Paul MacMannus and the Old Timers
Bee Boo

 

Genre musical: Boogie, blues  
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : paulmacmannus-oldtimers.com

Pratiquement un an pile après Roo Doo Doo voici Bee Boo(gie). Un concentré de tempo généreux et tonique. Onze compositions originales bien calibrées et interprétées avec force par Paul MacMannus avec sa basse enveloppante et son chant rauque, Hervé Vroom Vroom Letrillard batteur à la frappe bien marquée et Luc The Kid Lavenne à la guitare volubile. Le boogie reste dans le cadre de son appellation d’origine, rythmique explosive et guitare au swing vibrionnant. Des nuances de blues, des teintes jazzy ou rock s’échappent bien ici ou là mais comme l’affirme la deuxième chanson de l’album ‘In Boogie We Trust’ pourrait être le credo du band. D’ailleurs l’avertissement inscrit sur le CD : « L’abus de boogie est recommandé pour la santé. A consommer sans modération » est là pour enfoncer le clou. Et sur ce point on est d’accord avec eux. La prestation du trio à la fois souple et énergique fait naître un groove chaleureux et ces bonnes vibrations qui envahissent l’auditeur. Sans tarder des tressaillements parcourent les membres inférieurs tandis qu’un léger frisson remonte la colonne vertébrale. Enregistré en live au cours de deux sessions, voilà un bon remède à la mélancolie, il n’y a qu’à introduire le CD dans le lecteur et laisser tourner durant 43 minutes pour s’en convaincre.
Gilles Blampain

Paul Rodgers
Free Spirit

 

Genre musical: Brit blues jubilé  
Label : QUARTO VALLEY RECORDS
Distributeur : BERTUS FRANCE

Le band baptisé Free par Alexis Korner émerge en 1968. Le batteur Simon Kirke a alors 18 ans, Paul Kossoff le guitariste et le chanteur Paul Rodgers sont âgés de 17 ans et Andy Fraser le bassiste a tout juste 15 ans. Ils ont cependant déjà fait partie d’autres formations, comme Fraser qui a joué avec les Bluesbreakers de Mayall. Le groupe enregistre son premier album Ton Of Sobs chez Island Records en novembre 68 et tourne beaucoup en Grande-Bretagne et à l’étranger. La reconnaissance arrive en 1969 quand ils sont choisis pour faire la première partie de la tournée américaine de Blind Faith. Mais la carrière de Free est brève, elle s’arrête en 1973. Kossoff et Fraser ne sont plus de ce monde, mais Kirke et Rodgers sont toujours là. Avec Free Spirit qui est l’enregistrement du concert donné au Royal Albert Hall de Londres le 28 mai 2017, Paul Rodgers ressuscite cette époque. Au long de 76 minutes il fait revivre quelques classiques du band comme ‘Ride On A Pony’, ‘Fire And Water’, ‘Alright Now’, ‘Wishing Well’, 16 titres en tout dont certains jamais joués sur scène par le groupe original, tels que ‘Love You So’ et ‘Catch A Train’. Le chant de Paul Rodgers est puissant, sa voix vient des tripes et du cœur, le bonhomme a du talent et une certaine classe. Pour cette performance il est entouré de musiciens à la hauteur, Peter Bullick (guitare), Gerard Louis (claviers), Ian Rowley (basse) et Rich Newman (batterie), et il reconnaît : « Quand Free est né, il y avait une magie créative autour de nous, quelque chose d'unique et de différent. J'ai ressenti à nouveau la force de cette magie en jouant les chansons que nous avons écrites, j'ai ressenti l'amour et la reconnaissance des fans pour cette musique ». On sent un réel enthousiasme et un vrai plaisir dans sa prestation. Un bel album souvenir d’une époque révolue. Paraît également en LP et en DVD.
Gilles Blampain

The Ruen Brothers
All My Shades Of Blue

 

Genre musical: Rock
Label : RAMSEUR RECORDS
Distributeur : MODULOR

Les bonnes fées du rock’n’roll se sont penchées sur le berceau de ces deux jeunes anglais. Imaginez du peu : originaires de Scunthorpe (l’équivalent briton d’une banlieue pourave de Lille-Roubaix-Tourcoing chez nous, c’est dire), ils sont apparus sous les feux des projecteurs londoniens à la faveur d’un premier single, puis parachutés aux States sous le haut patronage de Rick Rubin, qui n’est tout de même pas le premier bidouilleur de sons venu. Les deux frangins réinventés Ruen Brothers (contraction de leurs prénoms respectifs) nous offrent un pur fantasme de rock’n’roll pionnier, lyrique, élégant, et punchy. On pense très fort à Roy Orbison ou aux Everly Brothers. Frangin Henry à la guitare acoustique, frangin Rupert aux guitares électriques et acoustiques, à l’harmonica et à la basse, les Ruen Brothers délivrent douze pépites empreintes de lyrisme et de fougue, avec batterie rockab, voix et chœurs habités et enfiévrés, et notes d’harmonica. L’ensemble ne sonne pas néo ou rétro, la production de Rick Rubin est quasi live, et un aréopage d’invités de marque comme Chad Smith des Red Hot Chili Peppers, Dave Keuning de The Killers et même du regretté Ian McLagan des Small Faces aux claviers ajoute consistance et crédibilité à l’aventure, qui, compte tenu du niveau de qualité des douze morceaux de ce CD, nous semble bien parti pour durer. Fast, sharp and first class.
Laurent Lacoste

Steve Howell and the Mighty Men
Good As I Been To You

Genre musical: Blues vintage
Label : Out Of The Past Music
Distributeur : Amazon, iTunes, Spotify

Bien qu'étant passionné par quasiment tous les styles de musique, c'est vers le jazz et le blues rural que se portent les amours de Steve Howell. Cet intérêt l'a amené à faire énormément de reprises, certaines oubliées, qu'il a dépoussiérées et dont il nous propose ici onze exemples. C'est dans ce digipack, le volet blues rural qui est mis en avant avec des morceaux qui datent du siècle dernier, des années vingt aux années soixante. Les instruments joués ont un certain âge, l'enregistrement a été fait sur bandes et le son bien rond qui en découle est vraiment réjouissant. La seconde guitare et la basse sont tenues par Chris Michaels, l'orgue par Jason Weinheimer et la batterie par Dave Hoffpauir. Sur plusieurs chansons, Katy Hogbood Ray est venue poser sa voix, qu'elle a claire et douce. On entend d’ailleurs ce grain plus dans la country que dans le blues. Il ressort de l'écoute de ce disque un sentiment de tranquillité, d'apaisement un peu comme quand on écoute un disque de J.J. Cale. Le petit plus est que l'origine de chaque titre est expliquée. On peut entendre, entre autres, 'Bacon Fat' d'Andre Williams, 'When I Was A Cow Boy' et ' Easy Rider' (interprétés par Katy Hogbood Ray) de Huddie Ledbetter, 'Blues In The Bottle' de Prince Albert Hunt, 'It Hurts To Be In Love' qui fut un succès pop des années soixante immortalisé par Gene Pitney, 'Lining Track' de Clarence Harmon, un chant de travail a capella dans le style appel/réponse, 'Bad Luck Blues' de Blind Lemon Jefferson... Prenez le temps de savourer ce disque bien calé dans un rocking-chair, c'est l'été profitez-en.
César

The Furious Seasons
Now Residing Abroad

Genre musical: Folk, Americana
Label : STONEGARDEN RECORDS
Distributeur : CdBaby, Spotify, iTunes

Le sixième album studio et second du line-up actuel des Furious Seasons suit la lignée de son prédécesseur, Look West (2016). Le trio acoustique californien formé en 2008 nous délivre treize nouvelles chansons élégantes et empreintes de la même mélancolie s'appuyant sur des mélodies douces au croisement de Bob Dylan et Simon et Garfunkel et des solos qui rappellent Stephen Stills. La voix claire de David Steinhart nous raconte des histoires d'amour et de déception dont la poésie sublime le quotidien et rehausse le banal et, si l'on fait attention, certaines lignes entraînantes peuvent dissimuler des textes plus sombres. On retrouve à la basse son frère, Jeff, dont les notes efficaces soulignent délicatement les ornements musicaux de Paul Nelson. Ces morceaux font l'un après l'autre résonner en nous des sentiments aux notes réconfortantes, comme si l'on connaissait déjà ces chansons mais que l'on en avait oublié les paroles. 'The Muse' représente la quintessence de ce qui constitue l'album : une belle harmonie des voix, les envolées des guitares et un texte d'une finesse énigmatique. Les chansons se suivent et se ressemblent mais l'on garde de l'ensemble du disque une sensation d'envoûtement que l'on redoute de briser.
Marion Braun