Le contenu de cette page nécessite une version plus récente d’Adobe Flash Player.

Obtenir le lecteur Adobe Flash

06/20
Chroniques CD du mois Interview: MAMA'S BISCUITS Livres & Publications
Portrait: TAMPA RED Interview: j & V Dossier: STONER
 


Dans cette rubrique, vous trouverez une sélection de CD choisis par l'équipe Blues Again.

JUILLET - AOUT 2016

Andre Williams
I wanna go back to Detroit city

Genre musical: Blues, rhythm and bluesrock
Label : BLOODSHOT RECORDS
Distributeur : www.bloodshotrecords.com

Back to Motor City... Aussi étonnant que ça puisse paraître, ce fringant octogénaire connaît en nos contrées une tardive reconnaissance. Rappel des faits : né en 1936 sous le ciel de l'Alabama, il émigre à 16 ans vers Detroit, entame sa carrière en 55 avec The Five Dollars. Dans les glorieuses sixties, il intègre la Motown, où il officie en tant que producteur et auteur/compositeur... 69 : il signe chez Chess. Au cours d'une carrière cahotique, il collabore avec Stevie Wonder, Marvin Gaye, Ike Turner ou George Clinton. Les eighties, c'est la chute libre, jusqu'à l'atterrissage forcé sous les ponts de Chicago. Et puis la rédemption en 1996, une compilation (Mr Rhythm), un opus hard, un autre country, un album en compagnie de ses fils spirituels, les excellents Dirtbombs. De là vient d'ailleurs son surnom, The Black Godfather (selon nos sources, Godfather était déjà pris). Et donc pour ce nouvel ouvrage, Andre Williams ne s'est pas subitement pris de passion pour le hard médiéval ou le folk progressif, mais poursuit dans ce qu'il fait le mieux : le rhythm'n'blues, le vrai, coloré et juteux. Quelques secondes de bidouillage électronique, et puis cet obsédé notoire y va d'un grand rire lubrique pour le titre éponyme, suivi de 'Times' - deux blues funky et obsédants. Les titres s'enchaînent comme à l'entraînement : 'What Now?' propose un riff à la Lou Reed, 'Meet Me At The Graveyard' renoue avec le funk rampant, 'Mississippi Sue' a des allures country, et on songe alors à l'immense Johnny Cash. Suivent 'Detroit (I'm So Glad I Stayed)' et ''Hall Of Fame’, incantatoires et hypnotiques, 'I Don't Like You No More’, blues on ne peut plus classique, désabusé et néanmoins paisible... La descente se fait cette fois en douceur, avec un instrumental savoureux, à l'image de ce fort bel album.
Marc Jansen

Dom Ferrer
We ride free

Genre musical: Tulsa Americana
Label : DPPRODUCTION
Distributeur :
RUE STENDHAL

Aboutissement d'un long périple à travers les Etats-Unis, cet album s'écoute comme un trip entre l'Idaho et la Nouvelle Orléans. Diverses rencontres nourrissent les 13 chansons de ce road movie musical. Le Français a enregistré ce deuxième disque à Little Rock, Arkansas, avec des musiciens de là-bas : le multi instrumentiste Jesse Aycock, le bassiste Shawn Stroope, le batteur Paddy Ryan et une choriste, Bonny Montgomery. Les titres défilent, lentement, sous un soleil plombant, dans le calme et l'immensité des déserts traversés, là où le cœur des hommes est humilité. La voix de baryton de Ferrer est souvent apaisée, murmurée et fragile. Le chant et son accent sont parfaits, et, à aucun moment on pense à un 'Frenchy'. L'ensemble est bien sûr d'inspiration country, avec plein de guitares, dans le genre laid back, qualificatif que l'on attribuait à des gens comme Marc Benno, JJ Cale, et bien sûr Eric Clapton dans sa période 461 Ocean Boulevard. Le titre le plus énergique est en plage 12 : 'All Fake', du pur JJ Cale, c'est dire... alors imaginez les autres titres ! Le bonus track est la version française de 'Each Year Is The Same' en plage 3. Étrangement, l'intro nous rappelle un vieux titre du Pink Floyd, cette slide à la David Gilmour. Magnifique ! Pour finir, il règne à l'écoute de ce disque une certaine spiritualité, une profondeur peu commune. Est-ce dû à la présence d'une église accolée aux studios ? La réponse appartient sans doute au divin. Merveilleux disque.
Juan Marquez Léon

Dobrothersblues - Jeff Toto Blues/Jim Roberts
Live in Chambezon

Genre musical: Blues acoustique
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : BLUESIAC

Lors de la venue de son ami Jim Roberts, Américain de Los Angeles, en Auvergne, Jeff Toto Blues l’a convié à participer à quelques concerts en sa compagnie. Ils ont profité de leur soirée privée du 17 avril au studio La Vallée à Chambezon en Haute Loire (104 habitants au dernier recensement) pour enregistrer leur duo acoustique devant un public d'amis. Cet album restitue l’ambiance décontractée de cette session avec guitare acoustique, Dobros, cigar box, et l’on sent bien la connivence des deux musiciens face à un auditoire visiblement conquis. Quelques riffs intenses, d’agréables slides bien coulés, de bonnes vibrations, le CD laisse entendre 13 titres, 7 compositions de Jeff et 4 de Jim et deux reprises de choix ‘Dust My Broom’, et ‘Shake Your Money Maker’. Le blues se chante donc alternativement en français et en anglais dans une petite cave où la proximité des musiciens et des spectateurs apporte une réelle chaleur à cet enregistrement. Une remarquable soirée où le plaisir de jouer s’immisce entre chaque note, le concert se déroule en 61 minutes chrono. Fouchtra, what a helluva acoustic blues !
Gilles Blampain

Lazer Lloyd
Lazer Lloyd

Genre musical: Blues, rock, folk
Label : LOTS OF LOVE RECORDS
Distributeur : iTunes, Amazon

Ce disque n’est pas à proprement parler une nouveauté puisqu’il est sorti en juin 2015, mais Lazer Lloyd, musicien américain qui a grandi dans le Connecticut et basé désormais en Israël, souhaite élargir son audience et a entamé une tournée mondiale qui est passée par Paris en juin 2016. Lazer Lloyd a enregistré une demi-douzaine d’albums depuis 2004, il est apparu sur de nombreuses scènes de festivals US, il est donc peut-être temps de le découvrir sur le vieux continent. Cet enregistrement s’est fait en formation réduite : Lazer Lloyd, chant, guitare et harmonica, Moshe Davidson à la basse et Elimelech Grundman à la batterie. Ils sont rejoints par Kfir Tsairi aux claviers sur 4 titres. Blues, rock, folk, le bonhomme approche chaque style avec une égale maîtrise. Une voix claire et puissante, un jeu de guitare dynamique. Il équilibre parfaitement technique et sensibilité avec des riffs assez robustes sachant faire sortir les sons qu’il faut de sa guitare pour capter l’attention de l’auditeur. Le CD déroule 12 titres en 55 minutes. Lazer Lloyd signe 11 chansons et reprend ‘(Sittin’ On) The Dock Of The Bay’ d’Otis Redding.
Gilles Blampain

Lazer Lloyd
Live goes on

Genre musical: Folk
Label : LOTS OF LOVE RECORDS
Distributeur : iTunes, Amazon

Cet enregistrement est plus récent puisque daté de 2016. Lazer Lloyd apparaît ici dans un autre registre, essentiellement acoustique, seul à la guitare sèche, avec parfois un harmonica, enchaînant 12 chansons de son cru et reprenant ‘Purple Haze’ de Jimi Hendrix de belle manière. S’il est rejoint sur quelques titres par une basse et une batterie, le CD laisse surtout entendre, durant près d’une heure, l’artiste en solo. Lazer Lloyd cisèle délicatement un bel échantillon de mélodies de sa composition ce qui permet d’apprécier un réel talent soutenu par une belle technique instrumentale. Avec seulement une guitare au son cristallin et une voix très agréable, le charme opère. Dans un style hors du temps, la tonalité générale est à la décontraction, l’ensemble est plutôt à la nostalgie et le style est élégant et raffiné. Dylan ou Cohen ne sont pas loin, Jimmy Page non plus. Grâce à l’impact des notes et au choc des émotions, l’ambiance de cet album qui développe un beau relief instrumental est brillante, plutôt alerte et assez plaisante.
Gilles Blampain  

Oncle Jack
Strong will to survive

Genre musical: Southern rock
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : Deezer, Amazon

Les groupes de Southern rock ne sont pas légion en France et tranquillement mais sûrement, Oncle Jack va son bonhomme de chemin tel une locomotive à laquelle on aurait supprimé les freins. 5 tontons flingueurs. Helmut le bassiste et Felipe le batteur qui ne dévient pas de leur chemin d'un pouce sont là pour porter les deux guitaristes, à ma gauche 106, à ma droite the Nedge qui se renvoient la balle et s'unissent pour encadrer tonton Alain le chanteur charismatique de cette formation qui nous gratifie de quelques parties d'harmonica dans certains titres. Groupe de scène avant tout, Oncle Jack a su reproduire en studio (CDM studio – Toulouse) l'énergie qu'il développe en live. Six titres de feu entre boogie endiablé ‘Strong Will To Survive’ et rouleau compresseur ‘Straight Arrow Straight’, un morceau qui commence tranquille et finit sur les chapeaux de roue à la manière de ‘Free Bird’,Virtual Glory’, un morceau calme « Accoustic Tomatoes » (sic). Ce qui nous fait un total de huit perles. Pas assez pour faire un collier alors on rejoue le CD. (Pour les amateurs le contact c’est : Asso Blues.rock d’autan / 10 impasse Gimié / 31400 Toulouse).
César

Rivherside
Electraw blues

Genre musical: Electraw blues, hip-hop billy, boogicana grunge
Label : BLACK & TAN
Distributeur : BLACK & TAN

L’Auvergnat Rivherside, que l’état civil donne pour « Renaud Villet », sort un deuxième album, d’abord en digital. Black and Tan doit le glisser dans son catalogue à l’automne prochain. Longue de douze plages, l’œuvre se déplie en trois mouvements : une sorte de hill country rockabilly trépidante, écho sur le chant et, parfois, ponctuations de beatbox qui fomentent, de façon très convaincante, la rencontre des pôles ; une sorte d’americana boogie acoustique, brisée, dans le titre ‘MuddyWaters’, par un break de hip-hop au débit ravageur ; et quelques titres incantatoires, presque planants, dont un morceau de bravoure de plus de sept minutes intitulé : ‘Come Over Here’. Dans tous les cas, Rivherside montre un goût pour le tintamarre organisé, que la guitare soit sèche ou électrifiée, et une finesse de dandy dans l’exécution et le développement des chansons. Plus deux parenthèses instrumentales : ‘Albert Dre Junior’, beaux dégagements de soliste sur un beat funky-blues, et ‘Fading Memory’ qui termine l’album sur une rêverie mélancolique diaphane. Onze compos et une reprise de RL Burnside, ‘Skinny Woman’. Qui tient encore Burnside par les cheveux, au-dessus des limbes, sinon cette génération de blues-rockers qui, à défaut d’avoir l’histoire avec eux, ont tout le temps d’expérimenter, maintenant que le marché est tombé en lambeaux ? La frugalité et la modestie font partie de l’entraînement. Dave Crowe beatboxe, LigOne scratche, TBD rappe, Rémi Faraut et Rachel Villet battent, ça dépend des morceaux. Rivherside fait tout le reste : chant, guitares, basse, batterie et programmation. Tous les titres de cet album sont hautement recommandables, la partie rockabilly est fantastique.
Christian Casoni

Roberto Morbioli Trio
Acoustic Me

Genre musical: Folk jazzy
Label : PHAMOSA RECORDS
Distributeur :
GEMA

Cet Italien a 33 ans de blues sous la semelle, raconte la feuille de présentation. Il est membre d’un groupe appelé Morblus, tourne beaucoup aux États-Unis et sous de nombreuses latitudes européennes, sauf en France. En outre, Morbioli accompagne régulièrement Big Daddy Wilson. Ces dix chansons et ces deux instrumentaux, soutenus par un batteur : Nicolo Taccori, et un bassiste : Paolo Legramandi, jalonnent donc ce projet acoustique, explicitement intitulé Acoustic Me, ce qui n’empêche pas Roberto de jouer quelques rythmiques et quelques solos, légèrement imbibés d’électricité. La feuille de présentation a sûrement raison partout, sauf quand elle entend Morbioli jouer du blues. Des inflexions bluesy, certes il y en a, mais nous penserions davantage à un folk aux allures jazzy, dans le genre de ‘Dream A Little Dream Of Me’, version Mamas & Papas, histoire de référencer la touche élégante de cet album. Un folk de lounge traversé de petits frissons funky, voire bossa (‘Miracles’), toujours cool et bien tenu. Le bouquet de la guitare est particulièrement soyeux et le chant, doux, gentiment sensuel, immédiatement sympathique. L’album défile dans une intimité sereine, que trouble à peine ‘Mama Told Me’, un poil plus angoissée. Mais à peine. Y a-t-il tant de choses à dire, pour rendre compte de cette volupté à l’argument indiscutable, aussi simple que de faire crisser les torsades dans le déplacement des doigts, et laisser se développer le bois d’une guitare sèche dans un froufrou de caisse claire ?
Christian Casoni

Stewart / Lindsey
Spitballin'

Genre musical: Blues inatendu
Label : Dave Stewart Entertainment / Membran
Distributeur :
HARMONIA MUNDI

Forcément, vous avez dû entendre parler de Dave Stewart, oui, oui, celui du groupe Eurythmics. C'est de lui dont il s’agit. Mais, ce Lindsey, d'où vient-il ? Thomas Lindsey est un jeune homme, Louisianais, qui ne connait pas la musique, il l'aime, juste. Il ne joue d'aucun instrument, mais est naturellement doté d'une voix hors du commun avec un vibrato et une puissance sonore exceptionnelle. Alors, il chante, il chante, il chante, chez lui, tout seul en tapant dans ses mains et battant des pieds. Un jour, il lui prend l'idée d'envoyer à Dave Stewart une vidéo de lui en train de chanter A capella. Flash ! En retour, monsieur Stewart le  convoque et c'est le début d'une collaboration  inhabituelle. Tout le travail de choix des titres, de mise en place... par le biais de fichiers audio, a été réalisé par internet. C'est un album basé sur le blues, mais résolument  moderne. A part la voix et les guitares et dobro, il y a des machines avec une production dynamique et c'est là qu'on reconnaît la patte de Dave Stewart. C'est le genre de CD qui peut amener le néophyte à se diriger vers un blues plus classique. Quoi qu'il en soit, cette voix haute, claire, précise, inspirée, change des voix éraillées que l'on entend souvent dans la musique blues, rock, et plane au-dessus de cet album. Essayez juste ‘Another Lie’, c'est imparable.
César

The Kills
Ash & Ice

Genre musical: Rock indie
Label : DOMINO RECORDS
Distributeur : DOMINO

Après les « infidélités » d’Alison Mosshart avec les Dead Weather et une opération de la main pour Jamie Hince, le cinquième opus du duo anglo-américain est enfin arrivé. Ce qui pourrait paraître ostentatoire chez certains, est ici simplement stylé, comme cette pochette noire aux caractères dorés ou la production très léchée (trop?), qui laisse parfois l’impression, malgré tout, d’avoir perdu un peu du côté rageur des débuts. Adepte de la maxime « rien ne se perd, tout se récupère », des sons de boîtes à rythmes des années 80 aux nombreux samples qui ponctuent cet album, Jamie pose ses riffs de guitare déstructurés et accrocheurs, autour desquels se lovent les vocaux très travaillés d’Alison. Même si, à la première écoute, on peut ressentir l’impression de quelques longueurs, ceci est largement compensé par l’éclectisme présent, du gospel au garage rock, jusqu’à l’ambiance typée de certains sound systems. Et, si ce disque est indubitablement estampillé par l’esprit du groupe « de bricoleurs de sons particulièrement doués », on notera au passage, un côté plus traditionnel avec, notamment, une chanson piano-voix assez réussie. Au niveau purement sonore, écouter un album de The Kills est toujours une expérience particulière, mais ici, on franchit avec brio les limites des lois et règles du mixage considérées comme tabou par la plupart des pros du métier. Finalement, un disque qui, s’il n’enthousiasme, ni n’étonne pas forcément outre mesure à la première écoute, donne tout de même l’envie de le remettre au début et, dans lequel, on découvre peu à peu un tas de choses intéressantes. Vous avez dit « un retour réussi ? »
Jean Charles Cremers