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été 20
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Portrait: BLIND LEMON JEFFERSON Interview: MAINE IN HAVANA Portrait: ROBERT FRIPP
 


Dans cette rubrique, vous trouverez une sélection de CD choisis par l'équipe Blues Again.

JUILLET - AOUT 2014

Ben Vaughn
Texas Road Trip

Genre musical: Texas Beat
Label : MUNSTER RECORDS
Distributeur : DIFFER-ANT

Depuis 2002 et 'Designs In Music', Ben Vaughn composait pour la télé, le ciné. L'homme du New Jersey vit maintenant en Californie, désert des Mojaves. Ce grand compositeur, producteur (Ween, Charlie Feathers) et critique musical, a fait partie de groupes comme les Pink Slip Babby (rien à voir avec le Slip Français!), les Sickidz (production Lux Interior et Poison Ivy). Proche d'Alex Chilton, ils ont, avec Alan Vega, pondu 'Cubist Blues' (96). ¡Caramba! Voici qu'il nous propose 2 disques d'un coup! Le 1er, tiré à 300 copies, The Désert Trailer Sessions ;  voix et guitare en bois enregistrés dans sa caravane 'Silver  Streak 1975', un peu comme son Rambler '65 de 1997. (Renault Rambler la voiture, pour les connaisseurs). Le 2ème est entièrement composé en hommage à Doug Sahm (1941-1999), ce Texan guitariste, mandoliniste, violoniste, qui fait sa 1ère radio à 5 ans, à 11 sort son 1er disque et, au même âge, est sur scène lors du dernier concert d'Hank Williams Sr en 1952. Le membre fondateur du Sir Douglas Quintet, le créateur du Texas Beat avec les ? and the Mysterians. Ce rythme tex mex latino très proche du ska finalement, comme le Joe King Carrasco des 80's. Augie Meyers membre de l'époque du Sir Douglas est au Vox organ, ainsi qu'à l'accordéon. Mike Buck des Fabulous Thunderbird est là aussi aux fûts. La guitare Fender Telecaster 62 et le chant baryton du maître font merveille. Un titre un seul? 'Heavy Machinery', 5:30 de bonheur. Merci tout spécial à Yannick Le Joubioux de Nantes, pour avoir motivé cette tournée en France. Pornic… we love you !
Juan Marquez Léon

Bernie Marsden
Shine

Genre musical: Blues-rock et plus encore.
Label : MASCOT
Distributeur : PROVOGUE

On pourrait qualifier Bernie Marsden de Mr. EX (ex-White Snake, ex-UFO, ex-Wild Turkey, ex-Cozy Powell’s Hammer, ex-Paice Ashton Lord, ex-Alaska, ex-etc…). Guitariste recherché et apprécié, il a apporté son indéniable talent à un grand nombre de formations. Bien qu’on ait peut-être tendance à le classer comme un guitariste de blues-rock, sa palette musicale s’étend au-delà d’une simple tonalité. Le voici pour une fois sur le devant de la scène avec cet enregistrement. Les studios d’Abbey Road ont été investis par le musicien et bien que se disant méfiant par rapport à un trop grand nombre de participations, il a ouvert son carnet d’adresse pour recevoir  quelques invités spéciaux triés sur le volet. Le CD a donc été élaboré en compagnie de Joe Bonamassa, David Coverdale, chanteur de Whitesnake, Ian Paice (batterie) et Don Airey (claviers) de Deep Purple et Mark Feltham, harmoniciste de Nine Below Zero. Riche de différentes saveurs, le disque dure 56 minutes qui voient défiler 13 titres naviguant du blues au heavy metal en faisant des détours par une pop plus aérienne. Avec des mélodies et un style bien à lui,  la musique de Bernie Marsden est chaleureuse et pleine d’énergie. Le résultat est brillant et allègre.
Gilles Blampain

Chris Bergson Band
Live at Jazz Standard

Genre musical: Blues.
Label : 2 SHIRTS RECORDS
Distributeur : INNSBRUCK RECORDS

Le Jazz Standard est un club de l’East Village à Manhattan avec une belle terrasse, un grand restaurant, et une cave pour les concerts de la taille d’une chambre d’étudiant. Le 25 juin 2013, la fournaise new-yorkaise te pousse à te réfugier à l’intérieur. Tu commandes un pichet de Blue Smoke Original Ale, et comme tu es affamé tu choisis la spécialité : le Smoked Duck Gombo. Du sous-sol, tu entends un groupe de blues-rock plutôt épais. Une affiche discrète annonce le Chris Bergson Band. Grosse voix à la Bob Seger, sax baryton, riffs musclés : du viril. Et puis là, au 4ème titre, sur une splendide guitare acoustique tu reconnais les vers délicats de Tennessee Williams : ‘my feet took a walk in heavenly grass. All day while the sky shone clear as glass…’ L’auteur de ‘La Ménagerie De Verre’ aurait commandé n’importe quoi, mais double.  Tu descends dans cette cave. High Above The Morning’, ‘61st and 1st’,Bluemner’…une délicatesse inattendue, des guitares à chaque fois différentes, et une approche du jeu infiniment plus subtile que celle du chant. Et puis ‘Chloe’s Song’, superbe ballade, te donnes envie de rester dans cette petite salle, fraîche, envahie soudain d’une humanité bienvenue. Tu te sens à la maison quand le Chris Bergson Band reprend ‘Baby I Love You’, dans une respectueuse version instrumentale. Et puis ‘Sometimes It’s You’ emporte la salle, les trois fans qui connaissent tous les morceaux approuvent. Quand tu remontes au bar, ton assiette est froide, ta bière est tiède, mais tu as eu une ration plus qu’honnête de bonne musique.
Cranberry Gordy

Coco Montoya
Songs from the road

Genre musical: Coco's blues.
Label : RUF
Distributeur : SOCADISC

La collection Songs From The Road du label Ruf est devenue une référence dans le genre du live et Thomas Ruf (le boss) ne peut pas nier l’affection qu’il porte aux guitaristes. Coco Montoya a été capté dans fameuse salle Triple Door de Seattle le 17 août 2012 et le 18 août 2013. Pour ne rien laisser au hasard, Jim Gaines, producteur émérite, a été requis pour chapeauter l’entreprise. Résultat : 2 CDs de 7 titres chacun pour un total de plus de 2 heures intensives où le Californien ne ménage pas sa peine. Cet enregistrement saisi l’instant magique qui se produit lors d’un concert. L’artiste est en direct face à son public, alors les titres s’étirent sur 11 minutes, voire plus parfois, pour le bonheur des oreilles. Agréable chanteur et guitariste doué, Montoya a le sens de la mélodie et privilégie les harmonies aux gimmicks, ses solos sont toujours très fins et ciselés. Entré dans le Who’s Who du blues depuis le début des années 80 aux côtés d’Albert Collins puis de John Mayall, il aime introduire ici et là des sonorités latinos dans son blues, mais blues-rock et funk sont toujours de mise. Il est entouré pour l’occasion d’une formation resserrée, basse (Nathan Brown), batterie (Rena Beavers), claviers (Brant Leeper), très efficace pour la richesse du son et la qualité de la musicalité.  
Gilles Blampain

Dave Alvin & Phil Alvin
Common ground

Genre musical: Folk blues et plus.
Label : YEP ROC
Distributeur : YEP ROC

Les frères Dave et Phil Alvin, fondateurs des Blasters, n’avaient rien enregistrés ensemble depuis près de 30 ans. Pour l’occasion, les Californiens se sont tournés vers le blues de Big Bill Broonzy dont ils partagent le même goût depuis l’enfance. Les frangins aiment à rappeler à propos de Broonzy : « Son influence a été majeure sur une grande variété de musiciens de Big Joe Williams à Muddy Waters ou sur les musiciens folk du début des années 1960. Il a été l'un des premiers bluesmen à aller en Europe où il a eu une influence sur les groupes de skiffle et sur des guitaristes comme Jimmy Page et Eric Clapton. ». Plutôt que tenter de recréer à l’identique les parties de guitare de Broonzy et son chant, ce disque honore son esprit d'innovation. Il est évident que les Alvin aiment cette musique et savent comment la jouer, ils n’abordent pas les compositions de Broonzy comme des pièces de musée, mais comme des tranches de vie de la musique américaine. Le CD déroule 12 titres piochés dans l’impressionnante discographie du maître: ‘All By Myself’, ‘Key To The Highway’, ‘Big Bill Blues’, ‘Just A Dream’… Avec cet enregistrement, Dave et Phil Alvin resserrent les liens de leur  duo exceptionnel au travers de leurs racines musicales. Ils sont accompagnés par Chris Miller (guitare), Brad Fordam (basse) et Lisa Pankratz (batterie). C’est un vrai plaisir de redécouvrir les chansons de Big Bill Broonzy interprétées de cette manière.
Gilles Blampain

Eric Bibb
Eric Bibb in 50 songs

Genre musical: Blues, folk blues, blues ballad et bien d'autres!
Label : DIXIEFROG
Distributeur : HARMONIA MUNDI

Depuis 2003, Eric Bibb nous a déjà régalé avec pas moins de 15 albums (lives compris). Alors ce que propose Dixiefrog ici est tout bonnement Royal ! 3 heures 18 minutes d'un blues éclaté entre folk, country, ballade ('Stagoolee'), blues-rock ('In My Father's House'), blues-cajun ('Goin' Down Slow' avec Taj Mahal). Tous les styles y passent. Avec sucès ! Eric Bibb nous gratifie même de trois nouvelles versions enregistrées en 2014 des titres 'Wayfaring Stranger', 'Shingle By Shingle' et 'Needed Time' (sur le troisième CD). Ruthie Foster nous offre un petit duo vocal avec Eric sur le très épuré et sensuel 'For You'. D'autres artistes viennent apporter leur concours à ce très riche Best Of. La folkiste américaine Kristina Olsen sur 'If I Stayed', le bluesman Guy Davis sur '99 ½ Won't Do' avec un échange de voix grave et rocailleuse entre les deux compères, le Malien Habib Koité sur 'On My Way To Bamako' et 'Send Us Brighters Days'. Jerry Yester ('Dance Me To The End Of Love') et Martin Simpson sur 'The Cape' viennent compléter cette équipe d'invités aussi éclectiques que talentueux. Vous l'aurez compris, on a ici affaire à un peu plus qu'un Best Of. C'est une vraie ode au blues que nous offre Eric Bibb. Seul regret, de taille, la faiblesse de l'édition. Juste un digipack pour présenter ce trésor, c'est un poil radin ! Le gouffre est trop grand entre ce qu'on écoute et ce qu'on tient dans ses mains. Dommage !
Tristan Sicard

Eric Johnson
Europe live

Genre musical: Blues rock, jazz, etc.
Label : MASCOT
Distributeur : PROVOGUE

Beaucoup s’accordent à parler du lyrisme de son jeu, de sa palette riche et colorée, de son impressionnante agilité instrumentale et du charme envoûtant qu’il dégage sur scène, toutes ces qualités peuvent être entendues sur ce nouvel album. Réalisé avec une belle et vigoureuse énergie cet enregistrement puise dans le répertoire des 35 années de carrière de Johnson et met en avant l’instrumentiste avec l'hypnotique ‘Intro’, qui, comme son nom l’indique, ouvre le jeu, le rock joyeux ‘Fever Evinrude’ qui fait allusion à l'amour de Johnson pour le ski nautique ; rock, boogie, jazz s’enchaînent et s’entremêlent. La plénitude du son, la nervosité de l’attaque et la clarté de la note ainsi que la puissance de la rythmique donnent une réelle impression de liberté. Johnson signe 13 des 14 titres et reprend ‘Mr P.C’ de John Coltrane dans une belle envolée de plus de 9 minutes. Le disque laisse entendre pas mal d’instrumentaux mais les qualités de chanteur d’Eric Johnson sont mises en évidence sur des titres comme ‘Austin’, hommage à sa ville natale, ou sur ‘Forty Mile Town’ trip léger et aérien. En tout 14 titres enregistrés lors de la tournée européenne effectuée en 2013 et qui passait par l’Allemagne, les Pays-Bas et la France, pays où ont été captés ces quelques moments d’éternité. Eric Johnson est secondé par Wayne Saltzmann à la batterie et Chris Maresh à la basse.  
Gilles Blampain                  

Gaëlle Buswel
Black to Blue

Genre musical: Country-rock
Label : ORGANIC MUSIC
Distributeur : Rue Stendhal, Cdbaby, iTunes

Le label country de femme a-t-il une justification ? Et l’appellation de country-rock français ? Le deuxième album de Gaëlle Buswel pose au moins ces deux questions, et une troisième encore plus velue : d’où vient la beauté de ce disque à qui on pourrait reprocher bêtement tant de choses, comme sa production onctueuse et charnue qui donne, à ces rocks mid-tempo et ces ballades ciselées à la loupe, la consistance idéale pour meubler la bande FM. Gaëlle porte le deuil d’un âge d’or qu’elle n’a pas connu : le rock commercial américain des années 70 (voilà pour la question 2 : le country-rock français). Elle a la photogénie dignement sensuelle de la chanteuse country éternelle, et une belle frappe de voix, fine et fuselée, qui travellingue les mélodies en technicolor. Black To Blue est un fantasme bien réalisé, sans une faute de goût. Pour autant, Gaëlle n’est pas démonstratrice en fac-similé et son album, pas davantage une pièce de musée contrefaite, comme on fabriquerait du vieux avec du neuf. C’est l’album dont elle rêvait, partiellement financé en crowdfunding et façonné au mépris des horloges. Question 1 : la country de femme. Gaëlle ne porte pas son nombril comme une auréole quand elle rocke, et le carré de bielles qui la motorise depuis quatre ans ne fait pas du flan, surtout Michaal Benjeloun, riffeur et soliste étonnant. Leur seul emprunt sera ‘The Weight’ du Band, que cette rockeuse française à la country accessoire chante avec Neal Black et Elliott Murphy, le même Murphy qui lui a écrit la chanson ‘Black To Blue’. Reste la question 3 : la beauté flamboyante du disque. Trop velue.
Christian Casoni

Hymn For Her
Hits from Route 66

Genre musical: Country dadaiste
Label : WAN + WAN
Distributeur : L'AUTRE DISTRIBUTION

Wayne Waxing et Lucy Tight (sont-ce vraiment leurs patronymes ?) font un peu Wayne & Wanda, le couple folkeux du Muppets Show. Etrange, ce duo de Philadelphie qui sillonne les Etats-Unis en caravane, s’est fait connaître en France en ouvrant pour Otis Taylor, et publie ici son premier album à vocation européenne. Il s’agirait d’une compilation de titres extraits de leurs trois premiers albums, agrémentée de quelques inédits. Fort bien. Combien de disques ont-ils enregistrés ? Faut-il les appeler Hymn For Her ou Lucy & Wayne ? Et c’est quoi, leur truc ? Essentiellement de country, country garage, country-surf destroy (‘Rosa Park Blvd’), bluegrass-rock, country tout court, chanson de cow-boy... Même quand ils démarrent un boogie lourd, il finit par se résoudre dans la country à un moment ou un autre, exception faite d’un genre de folk ashkénaze (‘Pulp Shalom’) et d’une passe flamenco (‘Tatiana’). Les chansons sont montées en tiroirs et se développent d’un style à l’autre, avec quelques tarabiscotages progressifs et une mégalomanie humoristique qui rappelle le dernier Dr John. Ils ne sont jamais que deux pour soulever de tels orages, se partageant la batterie (à deux mains ou juste au pied), l’harmonica, les guitares, le banjo, l’ukulélé, et la boîte à cigares deux-cordes dont le bottleneck tire des gouaches lourdes et fluides, et donne à certains titres des obsessions electro (‘Thursday’). Ils sont d’abord des mélodistes et des musiciens très fins, de très bons chanteurs, décidément champions de la mise-en-scène, qui empilent, là encore, des tiroirs, passent d’une hargne rock à des inflexions nasales de cul-terreux, Lucy s’évaporant en points d’orgue éthérés tandis que Wayne plonge tout au fond du coffre avec une noirceur vicelarde. L’ensemble dégage cette pounktry sophistiquée qu’on commence maintenant à connaître. Ici comme ailleurs, c’est la personnalité qui fait la différence, l’aptitude des auteurs à faire tourner une histoire exclusive et cohérente qu’on pourrait appeler poésie.
Christian Casoni

Ian McLagan & the Bump Band
United States 

Genre musical: Rhythm'n'blues Cool
Label : YEP ROC
Distributeur : YEP ROC

Ian McLagan a beau être domicilié au Texas depuis de longues années, il ne peut pas renier ses racines british. En effet, ce CD a vraiment une tonalité d’outre-Manche avec toutes les qualités de la grande époque des Faces. McLagan dispense un rhythm’n’blues de bon aloi ou une pop music feutrée mais qui sur la longueur de l’album manque cependant d’un poil de peps pour enthousiasmer les foules. Malgré ce bémol, l’ensemble s’écoute avec plaisir car l’Anglais est quand même un bon faiseur. Une voix légèrement râpeuse, des airs d’une apparente simplicité mais qui ne manquent pas de souffle, des boogies nerveux ou des inspirations reggae décontractées, les 10 chansons s’enchaînent en moins de 40 minutes, il n’est donc pas question que l’ennui s’installe. Ian McLagan est au chant, aux claviers ou à la guitare, et il est entouré par ses compagnons de longue date du Bump Band, Scrappy Jud Newcomb à la guitare, Jon Notarthomas à la basse et Conrad Choucroun à la batterie.  Production maison, l'album a été enregistré aux Doghouse Studios à Manor, Texas, propriété de McLagan. Bientôt 50 ans de carrière et seulement 8 albums sous son nom. On ne peut pas dire que Ian McLagan encombre les rayons des disquaires. C’est peut-être l’occasion de le (re)découvrir.
Gilles Blampain

Paul Rodgers
The Royal sessions 

Genre musical: Soul music
Label : PYE
Distributeur : UNIVERSAL

Royal car enregistré aux Royal studios de Memphis, lieu mythique s’il en est. Donc à partir de là tout est dit, c’est de la soul classique grand teint avec guitare stylée, orgue Hammond B3, une rythmique au top, une section de cuivres d’enfer, une section de cordes aérienne et chœurs féminin divin. Paul Rodgers s’inspire de la grande époque des enregistrements Stax/Volt, Goldwax et Hi Records et rend hommage à Otis Redding, Albert King, Ann Peebles, Sam and Dave, Smokey Robinson, Isaac Hayes… Il reprend de très belle manière quelques standards : ‘Don’t Bother Me’, ‘I Can’t Stand The Rain’, ‘I’ve Been Loving You Too Long’, ‘That’s How Strong My Love Is’, ‘Born Under A Bad Sign’, ‘I’ve Got Dreams To Remember’… La passion de Rodgers pour la soul music remonte à ses jeunes années et, enregistrer à Memphis avec des musiciens qui pour certains d’entre eux avaient participé aux sessions originelles est en quelque sorte un rêve devenu réalité. Le chant de Paul Rodgers est puissant et sa voix correspond bien à ce genre qui demande des tripes et du cœur. Reprendre des chansons de ce calibre et passer après des interprètes qui ont inscrit leurs noms dans la légende aurait pu être casse-gueule, mais Paul Rodgers sans sort avec talent et une certaine classe. Est-ce la magie des lieux ? L’inspiration qu’ils suscitent ? Le résultat est lumineux et donne un superbe album.
Gilles Blampain

Rick Estrin and the Nightcats
You asked for it...Live

Genre musical: Blues vitaminé
Label : ALLIGATOR
Distributeur : SOCADISC

Le band, qu’on ne présente plus aux amateurs du genre, a quelques kilomètres au compteur et une liste de CD assez longue, mais voici son tout premier enregistrement live. Cette prestation captée en octobre 2013 au club Biscuits and Blues à San Francisco offre une multitude de classiques du groupe. Des blues lents et profonds, du jump de première bourre, du boogie bien frappé, du funky scintillant et une pointe de rock par-dessus. Des performances exaltantes qui portent l’atmosphère à haute température sans attendre le dernier rappel. Une suite de 12 titres originaux signés Estrin plus une reprise de haute volée (‘Too Close Together’) de Sonny Boy Williamson, pour 75 minutes de plaisir. Rick Estrin, chanteur décontracté à la voix soul et harmoniciste de grande classe est accompagné par Chris Kid Andersen à la guitare, Lorenzo Farrell à la basse et aux claviers et J. Hansen à la batterie ; trois musiciens affûtés. Nuit après nuit les quatre gaillards ont peaufiné leur set au fil de longues tournées et la connivence porte ses fruits. Rick Estrin avoue en confidence : «  Peu importe le plaisir que nous avons d’être en studio et le fait d’y être détendus, il y a rien comme d’être devant le public et d'interagir avec l’auditoire. ». Nous avons affaire à un groupe polyvalent qui ne s’embarrasse pas avec les étiquettes. Rick Estrin and the Nightcats redéfinissent et bousculent le blues moderne avec bonheur.
Gilles Blampain

Rumble
Driftin'

Genre musical: Rockabilly
Label : PRODUCTION DE L'IMPOSSIBLE
Distributeur : WWW.RUMBLE.FR

Comme d’habitude, les puristes du rockabilly vont trouver le son trop ceci, pas assez cela. Les brian-setzerolâtres, qui n’achètent des disques que pour piaffer dans l’attente d’un solo, trouveront le guitariste encore un peu vert. Et d’autres encore, représentant Dieu sait quelle chapelle de boxeurs de scrotums, regretteront que les mélodies n’en soient pas vraiment et les chansons, finalement trop modales, trop swamp, trop quoi encore ? On perd son temps avec des ronchons pareils, capables de peser les notes, de mesurer la profondeur des échos ou l’intensité des hoquets qui ponctuent le chant. Cet album frénétique et tendu est magistralement charpenté par la voix (Julianos) et la contrebasse (Douns). Elles donnent, à ces douze titres courts, une élasticité tranchante et agressive. Julianos, qui joue aussi la guitare, chante comme une icône : un peu Robert Gordon, un peu Johnny Burnette, un peu Gene Vincent et même un peu Lux Interior. D’ailleurs, la clôture de ‘Runaway Man Blues’ sent bon le Cramps. Mais gare, le premier titre dit : ‘Nobody’s Son’. Le batteur (Rems) pose l’arrière-fond tachycardiaque avec une folie élégante, et le guitariste (Julianos donc) ne s’embarque pas dans de périlleuses aventures ; il se concentre, stratège de la relance, sur l’énergie. Leur copain du groupe Hoboken, Mathieu Cazanave, arrive avec son bottleneck pour mettre des poussées de fièvre sur ‘Runaway Man Blues’, du piano sur ‘Drive Bar Blues’ et de l’orgue sur ‘Shadow Knows’, un intitulé à la Link Wray (le trio ne s’est-il pas baptisé Rumble ?). Comme Hoboken, Rumble habite à l’est, un pli de l’Hexagone qui commence à libérer pas mal de bonnes vibrations, Wayfarers ou Chicken Diamond. Dernière preuve que Rumble a du goût : leur seule reprise, ‘Runaway Man Blues’, est empruntée à Floyd Council. Sortie vinyle et CD. Et que crament les vieux postes de TSF !
Christian Casoni

The Angry Cats
Rock'n'riot in town

Genre musical: Punkabilly
Label : NIDSTANG
Distributeur : BELIEVE DIGITAL

Rebelles, frondeurs, ces greffiers-là n’ont rien à voir avec les chats de salons. Là, ça griffe, ça déchire, ça fait le dos rond et ça crache. Gravement vénères, voilà trois matous en chaleur qui veulent en découdre : Fred Alpi est au chant et à la guitare, Tom Decaestecker tient la basse et Chris Gianorsi garde le tempo à la batterie. Seulement trois, mais ils sont animés par une énergie boostée à la nitroglycérine et dégagent une puissance de turboréacteur. Avec un style détonant, une voix grave et des riffs incisifs qui traduisent une violence contenue qui ne demande qu’à exploser, ils balancent un punk rockabilly rageur mâtiné de country qui veut tout foutre en l’air et choquer le bourgeois. Le genre qui décape tout sur son passage. La partie est jouée en 5 titres et 17 minutes. C’est le son de la baston, le rock’n’roll de la torgnole. ‘Fly Away From The Nightmare, ‘Rock’n’Riot In Town’, ‘The Main Enemy’…, rien qu’à l’énoncé des titres on voit que les thèmes abordés ne viennent pas de la bibliothèque rose. La colère n’est pas une expérience mystique, c’est une révolte spontanée. L’insurrection est l’avenir de l’homme, continuons le combat ! Voilà un band qui a la rage au cœur et la musique comme étendard. Enregistré à Paris, masterisé à New York, le résultat est nickel et la prestation du trio ne manque pas de souffle.
Gilles Blampain