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05/20
Chroniques CD du mois Interview: JEAN-MARC HENAUX Livres & Publications
Portrait: PEETIE WHEATSTRAW Interview: MISS BEE AND THE BULLFROGS Portrait: ROY ROGERS
 


Dans cette rubrique, vous trouverez une sélection de CD choisis par l'équipe Blues Again.

JUILLET 2012

The A B C & D of Boogie Woogie
Live in Paris

Genre musical: Boogie-Woogie Jazzy-Bluesy
Compositions: 7 sur 14 (à la louche)
Livret : Très bien
Label : EAGLE RECORDS
Distributeur : SOCADISC

Le nom du batteur fait friser les cils, bien qu’il soit le musicien le plus discret du quartet. Initiales de leurs prénoms : A B C & D, Axel Zwingenberger (pianiste), Ben Waters (pianiste et chanteur), Charlie Watts (antihéros) et Dave Green (contrebassiste). En attendant l'appel des stades, le Stone se détend dans les petits clubs, au sein d’un Mécano récréatif sans présomptions commerciales, ce que laisse supposer cette impossible dénomination abécédaire. A, B, C & D ont fait quelques dates outre-Atlantique, outre-Manche, outre-Rhin et, intra-muros, au Duc des Lombards. Les potes de Charlie sont des swingueurs à l'ancienne, aussi ne tapera-t-il pas le contretemps d' ‘Honky Tonk Women’, mais de solides rengaines populaires, ‘Route 66’, ‘Roll ‘em Pete’, ‘St Louis Blues’ et des grilles familières comme ‘Call It Stormy Monday’ (‘Evolution Blues’ sur le disque). Dans cette canonnière de boogie-woogie, Charlie swingue, débonnaire et majestueux, laissant fraternellement pétiller les deux pianistes et ce contrebassiste qui détale en solo plus souvent qu'à son tour. Lui, ne prend la vedette que durant les six minutes de ‘More Sympathy For The Drummer’, sa seule démonstration de force aux Lombards et seule allusion au firmament dont il descend. A, B, C & D sont formidables dans les boogie-woogies, mais ils jouent les blues comme s’ils attaquaient des ballades de jazz ou du mauvais rock'n'roll. Ben Waters, qui ne s'appelle pas Memphis Slim, ne chante vraiment pas terrible. Malgré ces deux réserves, tout le monde est très bon mais personne ne joue gros. C'est un gig de copains, humble, sans enjeux.
Christian Casoni

Anders Osborne
Black eye galaxy

Genre musical: Blues et Rock bruyant d'ado
Compositions: 10 sur 10
Livret : Rien de croustillant à ce mettre sous la dent
Label : ALLIGATOR
Distributeur : SOCADISC

Voilà le genre de CD qu'on aimerait n'avoir jamais à chroniquer. Parce qu'écrire sur un album, c'est écouter plusieurs fois ledit album afin de pouvoir apprécier au mieux l'œuvre. Mais là, force est de constater qu'il s'agit plus d'un chemin de croix musical que d'une partie de plaisir auditive. Pour faire simple, ce 11e album du Suédois Anders Osborne est un calvaire. Ou plutôt, un disque expérimental pour jeune adolescent découvrant que les cordes associées à un ampli peuvent faire du (mauvais) bruit. Tendez l'oreille sur 'Lean On Me – Believe In You' ? Il pourrait être calé en soirée de classe de 5ème sur un quart d'heure américain... Rien n'est harmonieux : la guitare d'Anders ne répond pas à la batterie d'Eric Bolivar ; les chœurs de fin de chanson déroutent et les slides de fin sont horripilants. La chanson 'When Will I See You Again ?' apparaît quant à elle comme une sorte de complainte de jeune énamouré priant son amoureuse de ne pas l'oublier. Affligeant de naïveté ! Quant à 'Black Tar', c'est du rock de garage avec voix trafiquée qui plaira certainement à un néo-pubère accompagné de sa lotion anti acnéique. Et là, le supplice apparaît long, très long même. Du coup, on terminera simplement en vous invitant à tendre l'oreille vers les disques des cousins scandinaves d'Anders, Thorbjörn Risager ou Björn Berg.
Tristan Sicard

Bobby Dirninger
The book

Genre musical: Bues, R'N'B, Ska, Rock...
Compositions: 10 sur 10
Livret : Avec toutes les chansons
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : WWW.BOOBY-DIRNINGER.COM

Bien que produit et enregistré en France, ce disque a d’abord connu un début de succès aux USA. Guitariste, pianiste, chanteur, Dirninger a en effet séduit le public outre-Atlantique avec  ses disques précédents et ses prestations en club aux côtés de Zora Young. Ne voulant pas être enfermé dans un seul style, avec ce nouvel enregistrement il navigue entre blues, soul, folk, ska ou rock, et nous entraîne dans des ambiances feutrées dont il a le secret. Et le band composé de Pierre Nouhaud (guitares), Antoine Fontaine (basse), Thomas Hilaire (batterie), Benoît Ribière (orgue, piano, harmonica), passe avec aisance d’un style à l’autre. Bobby Dirninger, qui signe tous les titres, a une façon de chanter très décontractée qui n’exclue pas pour autant une réelle intensité. L’émotion est à chaque coin de phrase, derrière chaque note et rien n’est jamais forcé ou artifciel. Sa voix rauque et traînante nous emmène dans des fins de soirées vaporeuses ou des petits matins perdus ; il nous parle d’amours évanouis et d’espoirs enfuis. Si les thèmes abordés ne sont pas des plus joyeux, ce disque est néanmoins un réel bonheur à écouter.
Gilles Blampain

Camadule Gredin
Camadule Gredin

 

Genre musical: Blues (souvent) Rock (peut-être)
Compositions: 12 sur 12
Livret : Digipack avec livret
Label : AUTOPRODUIT
Distributeur : WWW.CAMADULEGREDIN.COM

S’il devait y avoir l’ovni du mois, ce serait ce CD concocté en Bretagne. Camadule Gredin a réuni l’équipe idéale pour nous emmener par des chemins qui s’enfoncent lentement mais sûrement au plus profond de marais brumeux dont on ne peut ressortir intact. Ce conteur né nous chante en français, des univers où il est question de mort, de folie, de sordide sur des musiques torturées, dès fois dissonantes, mais toujours en adéquation avec les textes de folie. C’est sur le mode grandguignolesque et avec beaucoup d’humour et de poésie que monsieur Gredin nous mène par le bout du nez. Pour ouvrir l’album, Camadule Gredin porte une réflexion sur son assassinat et c’est d’entrée qu’il nous capte. Essayer d’écouter le blues ‘Cailloux’ histoire d’un bagnard  fou. Ce type arrive à placer dans deux chansons différentes le mot arthritique ou bien dans une autre le mot médicament sans casser le feeling ni la magie de son monde déjanté. Il y a aussi du bon vieux rock avec contrebasse incorporée dans le morceau ‘Rose et Neal’ Assurément ce CD est fait pour vous qui aimez vous laisser emporter par des histoires à dormir debout, les deux pieds dans les sables mouvants.
César

Joe Bonamassa
Driving towards the daylight

 

Genre musical: Blues Rock
Compositions: 4 sur 11
Livret : Agréable
Label : MASCOT
Distributeur : PROVOGUE

On ne présente plus Joe Bonamassa qui occupe le devant de la scène depuis le début des années 2000. Un catalogue bien rempli : 13 albums en 12 ans. Véritable technicien de la guitare, il possède un jeu très incisif et rapide, tout en sachant rester mélodique. Et si son blues est planté dans le rock, il ne déteste pas tenter par-ci par-là des geffons jazzy. Bonammasa nous livre avec ce nouveau CD quelques belles compositions de son cru et tire un coup de chapeau aux maîtres en reprenant Robert Johnson (‘Stones In My Passway’), Howlin’ Wolf (‘Who’s Been Talking ?’) et Willie Dixon (‘I Got All You Need’), mais également à Tom Waits (‘New Coat Of Paint’). Il dit lui-même dans les notes du livret : « … un retour à ce que j’aime le plus : le blues ». Si on pouvait lui reprocher sur ses disques précédents de surinvestir le côté technique, ici le feeling reprend sa part, et c’est tant mieux. Faut-il voir dans le titre du disque (En route vers la lumière du jour) une volonté de s’échapper des studios, même et surtout si les sessions ont lieu, comme cela a été le cas à Las Vegas, Los Angeles et Malibu ? Il y a pire comme endroits !
Gilles Blampain

King Biscuit Boy
Hoodoo in my soul

 

Genre musical: Blues Rock e Rock'N'Roll
Compositions: 1 sur 13
Livret : Un simple digipack
Label : BLUES BOULEVARD
Distributeur : MUSIC AVENUE

Déjà enregistré en 1982, époque où Richard Newell alias King Biscuit Boy approchait les limbes de l'oubli, Hoodoo In My Soul est réédité en mémoire de cet harmoniciste de légende. Pour rappel, Richard Newell s'est produit avec Muddy Waters, Etta James, Duane Allman et Janis Joplin en taquinant son instrument de (quasiment) toujours : l'harmonica. Et cet album envoie sévèrement du rythme. Dès le premier titre, 'Georgia Slop', la guitare et le piano n'en peuvent plus d'imprimer un  tempo digne d'un champ de tir pour jeunes adolescents en rut ! 'Down The Line' use également du piano boogie pour donner envie à chacun de se déhancher et de se trémousser. Et cet harmonica ! Richard Newell le fait vibrer pour claquer des notes métalliques tel une foudre estivale. C'est bondissant tout du long ('It's My Soul', 'Terraplane Blues') et l'on se dit que cet album, à l'époque, a bien fait son boulot puisque c'est grâce à lui que King Biscuit Boy est réapparu sur le devant de la scène. Un album souvenirs en quelque sorte afin de ne pas oublier cet harmoniciste disparu le 5 janvier 2003.
Tristan Sicard

Layla Zoé
Sleep little girl

 

Genre musical: Blues Rock Spychédélique
Compositions: 10 sur 10
Livret : Pas vu
Label : CABLE CAR RECORDS
Distributeur : WWW.CDBABY.COM/ALL/LAYLA

Si vous aimez l’ambiance des groupes qui ont illuminé les 70’s, en particulier Big Brother And The Holding Company et sa charismatique chanteuse Janis Joplin, jetez une oreille attentive sur le travail de Layla Zoe qui a souvent été comparée à l’artiste précitée. Les cheveux long de feu, les tenues bigarrées et cette voix, des fois douce et profonde, des fois puissante et cassée et la musique qui l’accompagne faite d’un blues électrique souvent mâtiné de rock, font que l’émotion qui en naît nous transporte au début de ces foutues années soixante dix. Sixième album pour cette Canadienne qui mériterait d’avoir un accueil chaleureux dans l’Hexagone. Layla Zoe n’est pas seule. J’insiste  sur la présence de ce sacré power trio qui lui taille un accompagnement sur mesure. Henrik Freischlader le producteur de ce CD, lui a dégoté des types qui ont su sublimer le feeling de cette future (ou déjà) Diva du blues. Jetez un œil sur son site www.layla.ca, vous allez craquer, et vous voudrez vous procurer aussi ses précédentes sorties.
César

Leadfoot Rivet
Welcome to my mongrel music world !

 

Genre musical: Blues, Rock, Country et bien d'autres
Compositions: 14 sur 17
Livret : Digipack avec livret
Label : DIXIEFROG
Distributeur : HARMONIA MUNDI

La formule a déjà été prise, mais je trouve que « la force tranquille » convient à merveille  à ce garçon qui n’a pas besoin d’en faire des tonnes pour exister. Il ne se cantonne pas à un style purement blues ou parfaitement country, ni même extrêmement rock. Il est une synthèse de tous ces styles et l’on peut dire qu’il transpire l’Amérique. Ce doit être le plus ricain des froggies de l’hexagone. C’est que le type est un vieux routard du blues en France. Il faut remonter aux années soixante pour suivre sa carrière peu médiatisée mais brillante. Tout cela nous amène jusqu’à ce CD où les musiciens sont pour la plupart  de vieux complices (Pat Boudot-Lamot, Fred Chapellier, Thomas Weirich, Stéphane et Jean Paul Avellaneda…) Ce type doit être une crème pour être si bien entouré. Ecouter ce disque, c’est comme prendre un voilier et se laisser pousser par le vent. J’aime le morceau ‘Friend Lover Wife’ un hymne à sa femme, qui force  le respect et l’admiration, et puis aussi toutes ces ambiances différentes qui donnent envie de prendre tranquillement les highways accompagné par la voix rassurante de Leadfoot Rivet.
César

Manu Lanvin and the Devil Blues
Mauvais casting

 

Genre musical: Blues Americana
Compositions: 12 sur 12
Livret : Pas vu
Label : GEL PRODUCTION
Distributeur : VERYCORDS

Ne pas se fier au titre, car en fait de mauvais casting l’ensemble est plutôt bien enlevé, riche de différentes saveurs, avec des compositions originales dont la mise en valeur n’est pas le fruit du hasard. Le résultat est dynamique et vigoureux C’est avec un blues-rock puissant au son rageur que s’ouvre ce CD qui nous entraîne dans un parcours fait de coups de cœur et de désillusions. « Hier j’ai causé au Diable, et à quelques ombre noires… », le ton est donné dès le premier titre (‘Sur La Route Sixty One’), les mythes du blues sont convoqués pour le meilleur (la musique) et le pire (les galères de la vie). Le blues de Manu Lanvin puise une inextinguible énergie dans la soul ou le boogie avec force décibels, mais voilà qu’au détour d’un titre il part dans un folk acoustique comme pour respirer un air un peu moins vicié. Blues, boogie, rock, folk, les genres se mêlent et s’entrechoquent avec bonheur et donnent un enregistrement à la vitalité prégnante. Le chant de Manu Lanvin est puissant et nuancé tout autant que son jeu de guitare, et en plus il est entouré par un band au top. Avec un bon feeling, interprété en français ou en anglais, l’ensemble est chaleureux et la production parfaite.
Gilles Blampain

Mary-Lou
Music Medecine Show

 

Genre musical: Folk-Blues-Cajun à la mode de France
Compositions: 11,5 sur 12
Livret : Joli et complet
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : LOUISE BELL PRODUCTION

Avec ce huitième album, Mary-Lou poursuit son périple entre les univers tout à l’ouest, enregistrant dans son studio finistérien les morceaux que le dompteur du son Pete Winter mixe ensuite en Floride. France-Amérique, voilà le pari gagnant sur lequel misent Mary et Jean-Luc depuis la naissance de leur projet, un beau succès d’estime et 1300 concerts à la clé, prouvant une fois encore combien la tradition musicale du Nouveau Monde peut s’acoquiner brillamment avec la langue de Verlaine et de Bouvier, entre poésie solaire et goût poivré du voyage. La facture technique est irréprochable ; guitares, harmonica et batterie sonnent incisif à souhait ; violon, Dobro, washboard et claviers soudent l’ensemble à la mesure pile ; puis il y a les deux voix qui se répondent au fil du disque, chaudes, frêles, presque paradoxales, un peu comme si les souffrances humaines enlaçaient le plaisir de vivre. On plonge sans retenue dans les compositions du groupe, chantées en français, avec l’agréable impression de retrouver des amis de toujours. Il faut dire que les bases familières du blues et de la folksong jaillissent partout, sur des tempos variés, avec un accent porté vers les ballades accrocheuses. Les thèmes sont parfois graves : catastrophe nucléaire, secret de plomb d’une famille du Vieux Sud, complainte sourde du prisonnier qui a pris dix ans de cachot. Mais aussi l’humour à fleur de couplet, avec la chaussette solitaire ou les gigouilleries du cirque à l’ancienne. Au final, Music Medecine Show assure le dépaysement dans un astucieux mélange de légèreté, de sérieux, d’entrain et de figures atypiques. Par les temps qui courent, cela mérite d’être signalé, et vivement applaudi !
Max Mercier

Memphis Slim & Alexis Korner
Two of the same kind / London sessions

 

Genre musical: Blues, Boogie
Compositions: Un maximum de classiques
Livret : Beau digipack
Label : BLUES BOULEVARD
Distributeur : MUSIC AVENUE

C’était l’aube des sixties. Deux ans avant que les tournées de l’American Folk Blues Festival attirent les amateurs européens, Memphis Slim met pour la première fois le pied en Europe. Avec Willie Dixon, ils ont décroché quelques contrats en Angleterre. Il y a eu à cette époque différents enregistrements gravés dans le club de Ronnie Scott à Londres, mais ces London Sessions ont été faites en studio en juillet 1960. Pour l’occasion Memphis Slim est accompagné à la guitare par Alexis Korner, père fondateur du British blues. Le batteur est Stan Greig, le bassiste et le saxophoniste sont déclarés inconnus au registre. Fidèle au langage du boogie-woogie Memphis Slim assure une solide rythmique de la main gauche que ponctuent les riffs de la main droite. Il chante d’une voix ample, claire et robuste. Korner, bien que discret, assure quant à lui sa partie en se hissant à la hauteur du maître. C’est un vrai régal, une perle de nostalgie qu’on retrouve intacte dans son écrin. Dire que Memphis Slim est un géant du blues est un cliché éculé, mais c’est pourtant une réalité plus qu’évidente. C’est brillant, émouvant et essentiel à tout amateur de musique en dehors toutes distinctions de genres. Le digipack nous révèle deux CD. Le premier avec 19 titres pour 74 minutes, le deuxième avec 15 titres pour 53 minutes. Indispensable !
Gilles Blampain

Nicolas Repac
Black Box

 

Genre musical: Bidouillages créatifs sur classiques de Blues
Compositions: 15 recréations...
Livret : Beau
Label : NO FORMAT
Distributeur : UNIVERSAL

Nicolas Repac… Gare au lapsus avec un chanteur français retiré des hit-parades ! Ce Nicolas là, vieux complice d'Arthur H, arrange, gratte et exploite occasionnellement des archives sonores comme celles-ci, recueillies dans les années 30 et 40 par les Lomax, père et fils, pour la Bibliothèque du Congrès, work songs, complaintes de taulards, gospels ruraux, blues. Repac extrait de ce minerai la matière première de son quatrième album, voix, riffs, et forge au sampler un nouvel objet rythmique, dense et subtil. Il prend soin de protéger la vérité des chansons originelles, intègres sous leur patine, et sauvegarde même parfois les craquements du 78-tours dont elles proviennent. C'est cette patine, la discrétion des machines, qui distinguent Repac de Moby, à qui on n'oublie jamais de le comparer. Repac ne rhabille pas Blind Willie Johnson dans des oripeaux anachroniques, il sample sa voix mais aussi son époque et sa culture en quelque sorte. Il rallume ainsi de vieilles histoires, ‘Black Betty’ et ‘House Of The Rising Sun’ pour les plus connues, qui racontent la sienne, sans fétichisme ni goujaterie. « Bo Diddley, je voulais le ressusciter en M.C. Diddley. » Repac isole le chant et le fait rapper sur une menace jazzy. Le plasticien branche ensuite sa guitare et pose une signature électrique sur chacun de ses hologrammes existentiels. « Je voulais mêler les morts et les vivants dans un voyage virtuel », ode à la pentatonie universelle. Il a donc aussi modelé des airs familiers que lui ont chantés deux Haïtiens, un Sénégalais et une Rom de Serbie. Repac ne veut surtout rien démontrer, sa boîte noire ne parle que de lui.
Christian Casoni

Peter Green Splinter Group
Blues Don't Change

 

Genre musical: Blues Classique, plus ou moins rock...
Compositions: 11 covers
Livret : Pas vu
Label : EAGLE RECORDS
Distributeur : SOCADISC

Honey Bee’, ‘Little Red Rooster’, ‘Crawlin' King Snake’… Onze bonnes vieilles tartes à la crème de blues enregistrées, sans arrière-pensées, par des musiciens qui avaient juste envie de faire chauffer les lampes. D'où ce consensus de standards. Peter Green, sujet d'étude psychiatrique très intéressant, avait été sorti du bocal par son copain Nigel Watson, lui-même guitariste et chanteur. Ils avaient fondé le Splinter Group au milieu des années 90, ils réalisaient cette séance impromptue en 2001 et la livraient immédiatement aux téléchargeurs. On prend peur quand Peter commence à chanter avec ce timbre fêlé, pathétique et grinçant, préfigurant ses derniers soupirs, mais l’ami Nigel est là pour donner de la voix. Puis on se laisse très vite hanter par cette agonie lyrique qui donne une Toussaint magnifique à Albert King, Bessie Smith ou John Lee Hooker, surtout quand les chansons sont lentes (‘When It All Comes Down’, ‘Honest I Do’). Pas de pédalier héroïque ici, mais de la belle guitare quand même. Peter renoue avec la rigueur des lignes qu'il traçait derrière les bluesmen de passage, lors de ses prestations chez Blue Horizon.
Christian Casoni

Rick Estrin and the Nightcats
One wrong turn

 

Genre musical: Blues sautillant
Compositions: 12 sur 12
Livret : Avec toutes leschansons
Label : ALLIGATOR
Distributeur : SOCADISC

Rick Estrin se classe parmi les meilleurs harmonicistes, chanteurs et compositeurs de la planète blues. Son jeu se situe dans la continuité de ses maitres Sonny Boy Williamson II et Little Walter, mais il fait également évoluer l’instrument et en se dégageant des clichés du genre pour imposer son propre style. C’est étonnant et pétillant. Qu’il joue du jump ou du rocking blues ou bien des rythmes plus langoureux, Rick Estrin nous gratifie de nombreux et brillants solos d’harmonicas dont il a le secret. Les Nightcats, Lorenzo Farrell à la basse et aux claviers, Chris ‘Kid’ Andersen à la guitare et aux claviers, lui aussi, et J. Hansen à la batterie sont flamboyants. Et il y a aussi quelques sax et trompettes qui viennent en renfort pour relever certains titres. Les chansons sont toujours pleines d'esprit et incisives, et les solos bien structurés, resserrés et mélodiques. Il semble évident que le but majeur de Rick Estrin et des Nightcats est de remplir les pistes de danse et de passer du bon temps. Le disque se termine sur une composition instrumentale de Kid Andersen ‘The Legend Of Taco Cobbler’, sorte B.O de western assez joyeuse et débridée, savoureux mélange d’Ennio Morricone et de Dick Dale, assez éloigné du blues mais qui ouvre des espaces en cinémascope.
Gilles Blampain

Walter Trout
Blues for the modern daz

 

Genre musical: Blues musclé
Compositions: 15 sur 15
Livret : Pas vu
Label : PROVOGUE
Distributeur : MASCOT

Ce n’est plus un débutant, loin de là, mais voilà Walter Trout n’est toujours pas en haut de l’affiche alors que d’autres lui on brûler la priorité. Rappelons aux non-initiés que Trout a débuté au tout début des années 70 et qu’il a travaillé avec des partenaires prestigieux comme Percy Mayfield, John Lee Hooker, Canned Head, The Bluesbreakers, avant de se lancer en soliste dans les années 90. Cela constitue réellement un beau curriculum vitae, mais l’homme reste toujours dans l’ombre. Alors la reconnaissance va-telle enfin arriver ? Cela va-t-il changer avec ce 21ème album ? Poids lourd du heavy-blues, guitariste inspiré et novateur, Walter Trout a un style musclé et puissant, trempé certes dans le blues mais fortement ancré dans le rock, sans  dédaigner une touche jazzy de temps à autre. Trout connaît sa partition et la décline dans différents styles de que l’on entend dans les clubs de Chicago, de Memphis ou en Louisiane. Auteur, compositeur et producteur de l’enregistrement, il se laisse aller dans de superbes solos, étirant les titres de 6 à 7 minutes. C’est carré, efficace, plein d’énergie et de bonnes vibrations. Voilà un album du genre de ceux qui retiennent l’attention dès la première note.
Gilles Blampain