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Dans cette rubrique, vous trouverez une sélection de CD choisis par l'équipe Blues Again.

JUIN 2022

Anthony Geraci
Blues Called My Name

Genre musical: Blues varié   
Label : Blue Heart records
Distributeur :
iTunes, Spotify, Amazon

Il s’est forgé une belle réputation au cours de quatre décennies d'excellence musicale en studio et sur scène. Il a côtoyé les plus grands comme B.B. King, Muddy Waters, Jimmy Rogers, Chuck Berry, Big Joe Turner et bien d’autres encore et a été membre des Bluetones de Sugar Ray et des Broadcasters de Ronnie Earl. Solidement épaulé par Paul Loranger à la basse acoustique, Jeff Armstrong à la batterie et Charlie O'Neal à la guitare, Anthony Geraci propose sur cet album dix compositions originales, dont la moitié sont des pièces instrumentales qui mettent en valeur ses talents au piano et à l’orgue Hammond. Quelques invités de marque livrant tous des performances exceptionnelles ont prêté leur concours à la réalisation de cette production : les guitaristes Monster Mike Welch et Walter Trout, le chanteur et harmoniciste Sugar Ray Norcia, la violoniste Anne Harris et la chanteuse Erika Van Pelt. Blues Called My Name est une collection dynamique de différentes nuances du blues avec des passages intégrant par moments un rythme latino joué par un orgue moelleux quand à d’autres instants c’est un tempo vigoureux martelé au piano qui impose sa mesure. Le point commun à cette variété de genres est une interprétation de très belle qualité.
Gilles Blampain

Big Jack Johnson
Stripped Down In Memphis

Genre musical: Blues brut
Label : M.C Records
Distributeur : SOCADISC 
    

Musicien parmi les plus créatifs, figure du Delta blues avec un son brut et original, Big Jack Johnson a quitté ce bas monde en 2011 quelques mois avant son 71ème anniversaire. C’est donc un album posthume qui nous est proposé. Mais la plupart des titres n’ont jamais été publiés auparavant. L’enregistrement est constitué de sessions qui ont eu lieu à Memphis en 1998 avec George ‘Wild Child’ Butler, harmoniciste d’Alabama, et en 2000 avec Kim Wilson autre maestro de l’instrument. Stripped Down In Memphis présente en 9 chansons un blues riche et sans fard, presque intemporel, avec Big Jack Johnson à la guitare acoustique ou électrique et à la mandoline. Wild Child et Kim Wilson jouent tous deux sans amplification pour mettre en avant le jeu et le chant prenant de Big Jack. Ces duos nous entraînent dans des ambiances qui passent du plus sombre au plus lumineux avec un brio indéniable, alignant des riffs de guitare fantastiques et des phrasés d’harmonicas stupéfiants. Mélange d’énergie et de passion, rien n’est banal dans cet enregistrement d’une redoutable efficacité qui nous transporte dans une virée sonore des plus jubilatoires.
Gilles Blampain

Black Lung
Dark Waves

Genre musical: Doom-psych rock
Label : Heavy Psych Sounds
Distributeur : Heavy Psych Sounds 
    

Les Américains de Black Lung ont laissé tout projet en l’état pendant presque trois ans. Deux albums seulement, en 2016 et 2019, avec une musique de niche qui a vu le jour à Baltimore dans l’État du Maryland, celui de The Obsessed et Iron Man, comme ça, en passant. Le guitariste et chanteur Dave Cavalier, le bassiste Adam Bufano et le batteur Elias Schutzman ont toutefois retrouvé la foi, et proposent un troisième disque imprégné de leurs influences acides et heavy, mais aussi de nouvelles approches plus modernes, robotiques à la krautrock, comme sur l’excellent morceau-titre ‘Dark Waves’. La voix chaude de Cavalier est particulièrement bien mise en avant dans ce torrent de furie psychédélique et stoner. L’ambiance est acide jusqu’à la moelle, mais dispose aussi d’une forme de désenchantement malaisant que l’on retrouve aussi chez All Them Witches, ce qui n’est pas la seule des comparaisons entre ces deux excellents groupes. Egrainer les morceaux est un peu vain, tant ce disque s’écoute d’une traite, comme le Decasia, les redoutables Nantais. On peut apprécier le côté Kraut de ‘Dark Waves’, aimer les alternances de férocité et de mélancolie de ‘Awaken’ et de ‘Hollow Dreams’… Le trio est d’une impeccable unité. Il tire le meilleur de ses instruments, les gorge de la meilleure saturation, et rend l’ensemble fascinant. Ce nouvel opus est-il réussi ? S’agit-il d’une nouvelle étape pour Black Lung ? La réponse est un grand oui.
Julien Deléglise

Charlie Musselwithe
Mississippi Song

Genre musical: Delta Blues 
Label : ALLIGATOR
Distributeur :
SOCADISC    

Charlie Musselwhite a quitté la Californie pour revenir à Clarksdale où il avait passé sa jeunesse afin de puiser à la source du blues vernaculaire qui a rythmé son adolescence. Mais on peut affirmer qu’avec presque 60 ans carrière et près de 40 albums à son actif, le blues il connaît. Notons que cette fois il ne se contente pas de mettre en avant son sublime jeu d’harmonica qu’on peut néanmoins apprécier avec plaisir, c’est à la guitare dont sa pratique n’a rien à envier aux meilleurs spécialistes de l’instrument et accompagné d’une section rythmique qu’il interprète un country blues, tour à tour rauque et langoureux. Ce disque solo porté par un chant profond est dépouillé et semi-acoustique. Après sept ans d’absence des studios Charlie Musselwhite présente 14 titres reprenant Charley Patton, Big Joe Williams et Yank Rachell et huit compositions originales de son cru imprégnées de la tradition de la région du Delta. Musicalité épurée, émotion ressentie et chaleur de la voix imprègnent chaque chanson. Rien n’est banal dans cet enregistrement et les ombres du passé surgissent avec ‘Hobo Blues’, ‘Crawling Kingsnake’ ou ‘Pea Vine Blues’ pour nous rappeler que le blues est vraiment très profondément enraciné dans cette terre du Mississippi.
Gilles Blampain

Cleo Page
Black Man

Genre musical: Blues ghetto 
Label : ADS Records/ EALZ
Distributeur :
PUSHER    

Regardez bien cette pochette, œuvre de Julien Mortimer. Elle pourrait devenir mythique. Elle constitue à elle seule un argument de vente. Des gens achètent le disque pour son habillage, sans savoir ce qu’il y a dedans. Or, le joli costume cache un corps de voyou, la beauté du diable gravée sur un 33-tours accompagné d’un 45-tours. Ce 45-tours est le bonus en or massif de l’album, un double chef d’œuvre méconnu : ‘Black Man’ part 1, ‘Black Man’ part 2. Cleo Page, probablement né Curley Paige en Louisiane en 1928, probablement décédé du côté de Los Angeles en 1979, est lui-même mythique, au moins dans le Landerneau du blues. Patrick Derrien, le promoteur du projet, enquête depuis dix ans sur ce fantôme qui a exercé toute sa vie en qualité de cuisinier. Derrien a recensé une trentaine de gravures, mais il est persuadé que Page a enregistré bien davantage, et que son travail de producteur, d’un petit label à l’autre, a été considérable à LA. Derrien a compilé des titres du début des années 70 pour la cohésion. Globalement, c’est du blues ghetto comme on en entendait dans les années 60, se caractérisant par des tensions spectaculaires et un désenchantement sans humour. La précarité devenant presque un genre en soi, ici tout sonne précaire, l’orgue agressif, la guitare aiguë, la deuxième guitare parfois, le roulis grave de l’harmo, un batteur plus subtil qu’il n’en a l’air, musiciens dont on ignore l’identité, mais aucune basse. Cet ascétisme chromatique, extrêmement pénétrant, attrape quelques échos de l’époque, bribes de soul ou de rock. Un titre comme ‘California Style’, sur le modèle de ‘Dimples’, aurait très bien pu être enregistré par Dr Feelgood. En fait, cet album a la beauté précaire du blues d’Oakland, tel que Bob Geddins le produisait. Et pour couronner cette réussite : ‘Black Man’ part 1 : récitatif furieux lacéré par des écorchures de guitare, l’instrumental ‘Black Man’ part 2 : un jazz de chiffonnier au beat fantastique. Le gonze est quand même né en Louisiane. Bon sang, Patrick Derrien a intérêt à polir le volume 2.
Christian Casoni

Dave Weld and The Imperial Flames
Nightwalk

Genre musical: Blues mulitcolore     
Label : DELMARK
Distributeur :
SOCADISC      

Avec Dave Weld il n’est pas question de se calmer, l’énergie déborde de chaque note. Le tempo est enlevé, le son est puissant et solide. Son band The Imperial Flames qui est pourvu d’une belle section de cuivres est réputé comme l’un des groupes les plus anciens et des plus actifs de Chicago. Et comme si cela ne suffisait pas, Sax Gordon vient en appui avec son saxophone sur quatre titres.  Le son qu’ils envoient, houserocking, boogie ou soul, est brut et prend aux tripes. Dave Weld partage le chant avec sa partenaire Monica Myhre avec qui il signe conjointement 9 compositions (dont l’une ‘Mary Who’ est reprise en version étendue en fin d’album). Invité de marque, Billy Branch intervient à l’harmonica sur une chanson de JB Hutto, ‘Now She's Gone’. Des airs latinos s’immiscent dans le blues avec en plus une expression espagnole pour ‘Donde Vas’. Bukka White et encore JB Hutto sont à l’honneur avec un medley ‘Loving You/Jelly Roll Blues’. La production a été assurée par le très recherché Tom Hambridge. Ancré dans la pure tradition de la Windy city avec un son éclatant et une vraie dynamique Dave Weld creuse néanmoins un sillon novateur en inscrivant sa tonalité personnelle dans une modernité manifeste.
Gilles Blampain

Delbert McClinton
Outdated Emotion

Genre musical: Blues, rock, country…. 
Label : Hot Shot Records
Distributeur :
Spotify, iTunes, Amazon Music    

Après 60 ans de carrière et à 80 ans passés le Texan a toujours bon pied, bon œil et sa voix n’a aucune faiblesse. Pour ce nouvel enregistrement il précise : « J'ai toujours voulu faire un album avec les chansons qui m'ont le plus influencé ». Voilà une belle initiative au regard de la variété de styles abordés avec un incomparable talent : blues, rock, country, Texas swing… L’album présente onze standards indémodables et cinq compositions originales signées seul ou en collaboration par Delbert McClinton. ‘Stagger Lee’ de Lloyd Price ouvre le CD, et au fil des plages on a droit à ‘One Scotch, One Bourbon, One Beer’ de Rudy Toombs, repris par quantité d’interprètes de John Lee Hooker à Johny Cash, ‘Long Tall Sally’ un des titres emblématiques de Little Richard, ‘I Want A Little Girl’ popularisée par Ray Charles, ‘Ain’t That Loving You’ de Jimmy Reed, ‘Jambalaya’ un des marqueurs de l’œuvre d’Hank Williams. Tous ces échos surgis d’un passé révolu mais dont le cachet reste inaltérable sont un vrai bonheur pour tout amateur de cette glorieuse période de la production musicale américaine, d’autant que Delbert McClinton est accompagné par un band au top du top. Un enregistrement d’une belle intensité qui accroche instantanément l’oreille du début à la fin.
Gilles Blampain

Delvon Lamarr Organ Trio
Cold As Weiss

Genre musical: Soul, jazz/funk 
Label : Colemine Records
Distributeur :
delvonlamarrorgantrio.com, Spotify, iTunes, Amazon, Deezer   

Créé en 2015, le Delvon Lamarr Organ Trio (DLO3 pour la faire courte) est un groupe de soul jazz et funk américain qui nous replonge dans les sonorités des années 60 et 70, particulièrement celles de l’orchestre maison du label Stax, Booker T. and the M.G.'s. Cold As Weiss est déjà leur quatrième album (après deux albums studio et un live) et il faut bien dire que si par exemple vous écoutez Melting Pot (1971) et juste après Cold As Weiss, vous aurez l’impression qu’ils ont été enregistrés à la même époque. L’illusion est parfaite. Le trio rassemblé autour de l’organiste Delvon Lamarr et de son orgue Hammond B3 (forcément !) est complété par le guitariste Jimmy James et le batteur Dan Weiss. Ce trio d’excellents musiciens a déjà convaincu les foules avec son funky soul jazz feel-good et old school. Leur précédent album I Told You So (2021) a décroché la première marche du podium des charts de jazz contemporain aux USA. Nul doute que Cold As Weiss va suivre la même voie.
Nicolas Botti

Domkraft/Slomatics
Ascend/Descend

Genre musical: Stoner-metal 
Label : Majestic Mountain Records
Distributeur :
Bandcamp/Bigcartel    

L’album dit « split » est une tradition dans le monde du stoner et du doom. C’est l’occasion pour deux groupes de se partager un trente-trois tours, une face chacun. Les groupes ont la plupart du temps des points communs sonores. L’objectif est avant tout d’attirer le public de l’un vers l’autre groupe, et vice-versa, et permettre ainsi de s’attirer de nouveaux fans, susceptibles d’aimer les deux formations. Les Suédois de Domkraft et les Irlandais de Slomatics ont en commun une musique lourde, obsédante, hantée par des démons intérieurs et des visions psychédéliques apocalyptiques. Si Domkraft avait sorti le très bon Seeds en 2021, espérant une fin rapide des règles internationales de confinement, Slomatics n’a rien sorti depuis 2019 et l’album Canyons. Serti dans une pochette absolument sublime, pressé en vinyles de couleur (rouge, bleu, multicolore), Ascend/Descend doit son nom au sentiment général de ces deux dernières années : les montagnes russes émotionnelles. Domkraft a droit à la première face, et décoche trois mastodontes stoner-metal sur lesquels la voie possédée du bassiste-chanteur Martin Wegeland fait merveille. Le riff de ‘The Core Will Pull You Home’ est aplatissant. The Brush Descends The Length ne fait pas moins léger, toujours drivé par l’impeccable swing heavy du batteur Anders Dahlgren. And Yet It Moves est une tornade jouée pied au plancher pour un groupe d’un tel style, véritable fuite éperdue dans un monde devenu fou. Les guitares de Martin Widholm sont de tout premier ordre, et leur assurent un maintien au sommet de la hiérarchie de la jeune génération stoner-metal. Les Slomatics ont plus d’expérience dans la corbeille, leur premier album remontant à 2005. Le trio irlandais a une configuration très particulière : Marty Harvey, batteur-chanteur, et deux guitaristes, David Majury et Chris Couzens. Leur musique est plus proche du doom obsédant, et c’est clairement l’atmosphère de leur premier titre : ‘Positive Runes’. Simples de construction, les riffs tendus et métalliques sont totalement hypnotiques. Il en sera de même pour ‘Buried Axes On Regulus Minor’ et ‘Dustrider’. On pourrait craindre une forme de répétition, mais il n’en est rien. Depuis toujours, les Slomatics savent injecter de la nuance, fine, mais rendant chaque morceau unique. Cet effort commun est assurément une réussite, offrant six merveilles réunies dans un bel écrin cartonné.
Julien Deléglise

Elise & The Sugarsweets
Horosho

Genre musical: Soul, R’n’B 
Label : ADORABLUES
Distributeur :
ABSILONE    

La douceur du visuel de la pochette contraste avec la puissance qui se dégage de l’album. Ça démarre très fort sur un rythme frétillant animé par une guitare virevoltante, un piano impétueux, une rythmique bien marquée, pour soutenir un chant vigoureux. Et ça ne faiblit pas pendant les 43 minutes du CD. Porteurs d’un groove d’enfer, Yulia Gubenko s’exprime d’une voix claire et forte, Olivier Raymond joue de la guitare avec maestria, Bala Pradal est aux claviers, Jérôme Ferrié tient la basse et son frère Olivier est assis derrière la batterie. Le band à lui seul a déjà une belle force de frappe, il est cependant rejoint par une ardente section de cuivres et des chœurs pour donner plus d’ampleur à quelques chansons. Les 10 compositions originales présentées naviguent entre rhythm’n’blues, soul et funk sans oublier quelques pointes de rock. L’intitulé Horosho (« bien ou bon » en russe) ne trompe pas sur la qualité de la marchandise, l’excellence est au rendez-vous. Forte d’une maîtrise instrumentale sans faille alliée à une réelle finesse d’exécution, la formation qui a su créer sa propre identité sonore nous offre une prestation de caractère. L’ensemble a beaucoup de charme et il est manifeste que rien n’a été laissé au hasard, la production très soignée met les sens en éveil.
Gilles Blampain

Friends Of Hell
Friends Of Hell

Genre musical: Doom-metal 
Label : Rise Above Records
Distributeur : Rise Above Records
    

Le label Rise Above va-t-il révéler une nouvelle entité musicale culte ? L’écurie fondée il y a plus de vingt-cinq ans par le chanteur de Cathedral, Lee Dorrian, a ainsi découvert Sleep, Electric Wizard, Uncle Acid And The Deadbeats, mais surtout Ghost, devenu l’une des rares nouvelles superstars du heavy-metal actuel. Pas sûr que la réputation de Friends Of Hell atteigne une telle renommée. Toutefois, elle devrait rapidement conquérir le statut de formation culte pour tous les amateurs de doom-metal. Friends Of Hell, nommé ainsi en hommage au second album de 1983 des pionniers du doom anglais Witchfinder General, est ce que l’on peut appeler un super-groupe. Il réunit deux personnages reconnus du genre : le bassiste Tas Danazoglou, ex-Electric Wizard, et le chanteur Albert Witchfinder, ex-Reverend Bizarre. Les deux autres ne sont pas mentionnés, le guitariste est surnommé Jondix, mais l’on n’en saura guère plus. La musique est un doom-metal d’excellente facture, baignant dans l’influence des vénérables anciens : Pentagram, Candlemass, Saint-Vitus, Cathedral… le tout se mêle à des influences plus noires et proto-thrash : Venom, Hellhammer, Celtic Frost, Bathory… Autant le dire, et c’est souvent le cas avec l’étiquette doom : rien n’est révolutionné. Mais c’est comme le boogie. On peut en écouter des dizaines d’albums sortis depuis cinquante ans, le tempo de base reste irrésistible, depuis John Lee Hooker jusqu’à AC/DC et Predatür. Pour le doom, c’est pareil. La formule est en apparence simpliste, mais l’équilibre entre chant, riff, et rythmique est une savante mixture qui peut faire basculer un morceau de fameux à merdique. Le premier album de Friends Of Hell ne souffre d’aucun point faible à ce niveau, notamment grâce à la science de ses deux leaders, véritables experts du riff magnétique. C’est aussi une immense joie de retrouver le charisme vocal unique d’Albert Witchfinder, sublime chanteur capable de transformer le moindre riff en merveille obsédante. Les démons et les tragédies historiques sont bien sûr convoqués à tous les niveaux dans l’ensemble des morceaux : ‘Shadow Of The Impaler’, ‘Into My Coffin’, ‘Evil They Call Us’, ‘Orion’s Beast’… L’album est passé inaperçu dans des rédactions rock et métal blasées, mais ne loupez pas cette offrande maléfique certes peu originale, mais d’une efficacité redoutable.
Julien Deléglise

Godo&
On Time

Genre musical: Rock chromé 
Label : Bernerie Hills Production
Distributeur :
InOuïe Distribution    

Godo&… Drôle de nom. Godo, comme En Attendant Godo, avec une esperluette accollée sans COD, genre coquetterie de start-up nation. Godo est-il le diminutif de l’auteur : Claude Godefroy ? L’esperluette sous-entend-elle que Godo n’est pas seul sur ce coup et qu’il est venu accompagné par une armée de musiciens qui s’illustrent derrière lui, à un moment ou un autre ? Le livret recense seize sidemen, apparemment français et américains. Claude Godefroy a exercé diverses fonctions commerciales dans la musique, des deux côtés de l’Atlantique, avant de sortir ce premier album, très harmonieux, superbement arrangé et équilibré, entre les accalmies mélodieuses et les montées de chauffe, les élévations chorales et les salves d’électricité dans la soie des guitares acoustiques six et douze-cordes. « D’inspiration rock californien, ou franchement british », dit la feuille de présentation, et c’est bien vu : une volupté riche et ensoleillée d’un côté, une frénésie rythmique de l’autre, toujours de belles voix mais des guitares plus dures, comme à la fin des années 70, avant que la new wave ne s’effondre dans les synthés, les néons, les brushings et les looks de yuppie. S’il ne fallait citer qu’un titre dans cet alignement de friandises délectables, ce serait ‘Talking About’, l’avant-dernière plage, un condensé de tout ce qui vient d’être affirmé, un petit miracle d’emphase rock avec les guitares étincelantes d’un certain Keemta Kim.
Christian Casoni

Hank Williams Jr.
Rich White Honky Blues

Genre musical: Country blues 
Label : Easy Eye Sound
Distributeur :
Amazon    

Il a su depuis bien longtemps dépasser le statut de fils de la « Légende ». Il s’est s’imposé sur les plus grandes scènes et a plus d’une cinquantaine d’albums à son actif. Après une carrière qui s’étale sur plus de 50 ans, à 73 ans Hank Williams Jr. possède un sens inné du boogie, maîtrise country music et bluegrass et sait ce qu’est le blues. Cet enregistrement qui s’est fait à l’initiative de Dan Aeurbach met à l’honneur l’héritage musical de l’artiste à travers des relectures de classiques du hill country blues. Pour l’occasion le producteur a réuni le groupe de musiciens le mieux adapté au projet, le guitariste Kenny Brown, le bassiste Eric Deaton et le batteur Kinney Kimbrough. En seulement trois journées c’est à Nashville que la douzaine de chansons piochées dans les répertoires de Robert Johnson, Lightnin’ Hopkins, RL Burnside, Muddy Waters, Big Joe Turner plus quelques compositions de Hank Williams Jr lui-même ont été captées dans les conditions du direct pour ne pas dénaturer ce style qui va directement à l’essentiel avec un son envoûtant et poisseux et cette pulsation lancinante et fiévreuse. Hank Williams Jr confie : « Tout vient du blues.C'est le début de tout ce qui est musical dans ma famille.J'ai toujours flirté avec ce blues dépouillé, depuis les années 80.Mais j'ai enfin fait un album qui n’est que ça, et j'aime ça ». Au final Rich White Honky Blues exprime l'essence même du genre dans sa forme la plus exubérante.
Gilles Blampain

Hofmann Family Blues Experience
Five - 5

Genre musical: Blues, Americana    
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur :
helloasso.com/associations/pour-l-arts-et-l-expression/collectes/album-fiveNuclear Blast    

Le père, le fils et leur sacrée musique sont de retour. Depuis une quinzaine d’années, David, suit le paternel, Vincent, sur les routes de France et de Navarre et c’est un cinquième album qui naît de leur collaboration fructueuse. Vincent fût un professeur émérite pour son rejeton surnommé à l’époque ‘Little Jimi’ qui dès son plus jeune âge s’est frotté à de grands noms du blues qui venaient jouer dans le café-concert de papa. Pour les soutenir, le batteur est Patrick Boileau et le bassiste, Etienne Callac qui, avec David, est aux chœurs. Et ceux-ci sont particulièrement soignés. Il suffit pour s’en convaincre d’écouter ‘O’ Caroline’ de Robert Wyatt réarrangée pour les guitares, et ça sonne ! Ou bien Man Of Constant Sorrow’ (Dick Burnett - BO du film O’ Brother). Avec ce titre, on est sur les traces de CSN&Y grâce à la délicatesse des arrangements qui est une marque de fabrique de la Family. Puisqu’on est au rayon « covers », citons aussi ‘Worried Life Blues’, l’iconique ‘Come On Into My Kitchen’ et enfin ‘My My, Hey Hey’ où la voix de Vincent semble survoler les deux guitares acoustiques, six et douze cordes. De la vraie dentelle. Reste au menu une huitaine de compositions signées par les deux Hofmann où l’on retrouve cette même musicalité qui est leur est chère. Çà et là, quelques amis musiciens sont venus poser quelques touches de couleur supplémentaires sur quelques chansons. Carlo Antonio Ferreira et ses claviers, Thierry Perron et ses harmonicas ainsi que Hilaire Rama et sa basse. Avec la Hofmann Family, on est sous influence seventies. ‘Tell Me Why’ qui ouvre l’album aurait pu, par exemple, être un tube de CCR et puis il y a les mariages heureux des guitares acoustiques et électriques où les notes pleuvent de partout comme dans ‘Revolution Song’. Ce sont aussi des chansons qui sortent du registre « je t’aime / tu m’aimes » et cela décuple le plaisir de l’écoute tout comme dans ‘The Prophet’, ‘Get Away’ ou ‘Roll On Down The Road’. Avec sa « gueule » entre biker sauvage et envahisseur viking, Big Dady a su emmener son fils et ses hommes sur des sentiers ou la sensibilité est maîtresse et la mélodie est reine. Je suis, une fois de plus, conquis par cet album.
César

Ina Forsman
All There Is

Genre musical: Soul revisitée   
Label : Jazzhaus Records
Distributeur :
SOCADISC     

Avec cette nouvelle production Ina Forsman confirme le virage soul amorcé avec le précédent album. La jeune Finlandaise signe 10 compositions originales enregistrées à part égales à Helsinki et à Berlin entourée de formations faisant la part belle à de superbes sections de cuivres. Un disque fait pour les amateurs de belles voix. S’inspirant du son des standards des années 1960 et 1970 tout en restant ancrée dans son époque, elle nous dit : « Je cherche des mélodies aussi émouvantes et organiques que possible ». Et sans tomber dans le piège de la nostalgie elle atteint son objectif en laissant des échos du passé s’incruster dans une expression contemporaine. La finesse d’exécution nous plonge dans une multitude d'émotions grâce à une remarquable orchestration où de subtiles mélodies au piano se mêlent à des cordes aériennes et puis surtout il y a le charme de sa voix dont la puissance ne masque pas la fraîcheur. C’est joyeux, parfois exubérant, la création est tout à fait originale et, de bout en bout l’ambiance est chaleureuse. On sent chez Ina Forsman une réelle force alliée à une certaine esthétique musicale pour produire un son très personnel. On perçoit l’enthousiasme et le dynamisme qui ont concouru à la création de ce disque.
Gilles Blampain

Insert Coins
C'est Pas Gagné

Genre musical: Ska-punk
Label : Indabox Records
Distributeur :
Spotify, Deezer, Apple Music     

L’aventure a débuté il y a plus de 20 ans et l’originalité du groupe s’est forgée au fil de centaines de concerts. Il y a eu certes quelques changements de personnels durant ces deux décennies, mais la machine est bien huilée. Les musiciens jouent avec fougue et un superbe feeling. C’est une joyeuse fanfare ska-punk rock qui déploie les couleurs d’une généreuse palette musicale où les percussions le disputent aux guitares et où les cuivres ont la part belle. Ils ont six et viennent de Haute-Savoie. Et visiblement l’air des montagnes donne une pêche incroyable. La pulsation est forte et bien portée par un band au top. L’énergie jaillit de tous les bords. C’est une frénésie sonore qui pourrait faire bouger un mollusque arthritique. Leur mantra : « Foutez-moi le bordel, faut qu’ça brasse ! ». Au fil de cet EP 5 titres leurs compositions émoustillantes soulignent des textes savoureux et piquants qui parlent du temps qui passe, de solidarité, de liberté, du vécu quotidien et de jours meilleurs. L’expression est francophone et les mots dansent avec une certaine malice pour emporter l’auditeur dans un tourbillon de liesse musicale.
Gilles Blampain

Jim Dan Dee
Real Blues

Genre musical: Blues musclé
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur :
iTunes, Spotify, Amazon    

Solos de guitare incendiaires avec riffs incisifs, voix rauque et puissante, sax hurlant, tempo marqué par une rythmique martelée, c’est du lourd. Jim ‘Dan Dee’ Stefanuk est au chant et à la guitare, Jason ‘Bobby’ Sewerynek au saxophone, Shawn ‘Stix’ Royal est à la batterie et Dwayne ‘Gameshow’ Lau tient la basse. Le deuxième enregistrement du groupe de Toronto est une sélection de dix compositions originales d’une redoutable efficacité plus une reprise du classique de Guitar Slim ‘The Things I Used To Do’ qui ouvre l’album. Le band frappe fort en jouant avec une énergie débordante et contagieuse un blues qui mêle de belle façon soul et rock’n’roll présentant judicieusement l’affaire comme du ‘Bourbon Fueled Midtown Blues’. C’est puissant et chaleureux, c’est un tourbillon de rythmes trépidants qui affolent les tympans. Ça renverse tout sur son passage. Le quatuor possède une vitalité impétueuse dans laquelle la puissance le dispute au feeling. Le Canada révèle souvent de bien belles découvertes, en voilà une de plus. Un album fougueux et brûlant sans aucun temps mort qui bouscule tout sur son passage et qui envoie plein de bonnes vibrations qui en raviront plus d’un.
Gilles Blampain

Kendra Morris
Nine Lives

Genre musical: Soul, R&B
Label : Colemine Records
Distributeur :
kendramorrismusic.com, Spotify, iTunes, Amazon, Deezer    

Née à St Perersburg (en Floride et non en Russie !), la chanteuse Kendra Morris s’est depuis installée à New York et s’est fait connaitre à la trentaine passée avec deux albums, le retro soul funk Banshee (2012) et l’album de reprises pop rock Mockingbird (2013) avec notamment du Pink Floyd et du Bowie. Après un long silence, voici qu’elle fait son retour en 2022 avec des compositions originales et un son toujours hommage à la soul et au rhythm’n’blues des années 70. De belles compositions avec une touche de mélodie pop, une voix agile et puissante mais toujours contrôlée, une production classieuse… Kendra Morris version 2022 c’est du tout bon, très agréable à écouter en boucle. Le disque regorge de chouettes morceaux (‘Keep Walking’, ‘This Life’, ‘Nine Lives’…). On en redemande ! Espérons qu’elle n’attende pas encore dix ans avant de faire à nouveau parler d’elle.
Nicolas Botti

Killdozer
Lost Demos & Early Works 77-79


Genre musical: Hard-funk rock
Label : Simplex Records
Distributeur :
Simplex Records    

Il y a peu, j’ai eu l’honneur de partager une émission en direct sur la carrière du groupe français Océan en présence de son guitariste et fondateur Georges Bodossian, et du batteur et chanteur de Satan Jokers, Renaud Hantson. Alors que nous évoquions le premier album, God’s Clown, sorti en 1977 sur le label Crypto, puis le second, enregistré fin 1979 en français, des photos de scène défilaient. Le groupe jouait en blanc, et Georges portait alors une combinaison blanche d’électricien comme Pete Townshend des Who en 1969-1970. Il ne réfuta pas l’influence, mais ajouta ce propos qui me ravit : « La combinaison, c’est l’habit de l’ouvrier. Je me suis toujours senti comme un ouvrier du rock ». Georges avait indiscutablement raison à ce moment-là. Car le rock hard et boogie n’était autre qu’une musique prompte à amuser les publics laborieux, mais il n’avait certainement pas le respect de la critique, qui les considéra toujours comme des bourrins. Le seul point d’achoppement, c’est que ces groupes ne se revendiquaient nullement d’une quelconque référence littéraire ou musicale pointue. Il n’était question que de Rory Gallagher, de Status Quo, de Led Zeppelin. Il y avait évidemment bien des nuances. Océan s’inspirait également du King Crimson des années 1973-1974. Killdozer revendiquait aussi Mother’s Finest et Fela Kuti. Ils étaient surtout des gamins de Givors, cette banlieue industrielle qui vit aussi émerger Ganafoul et Factory. Je me remémore ces suites d’usines, juste en-dessous du couloir de la pétrochimie, le symbole, déjà, de l’enfer capitaliste et de l’exploitation ouvrière. Il y a encore de la famille Rothacher sur ces bandes de Killdozer, à remarquer que les frangins étaient décidément indispensables dans le coin, à la basse ou à la batterie. Fondé par Edouard Gonzalez, guitariste de son état, en 1977, Killdozer se voulait un mélange de hard-rock et de groove surpuissant. L’approche du quatuor est effectivement assez proche de Mother’s Finest, mais aussi de Grand Funk Railroad, qui est très certainement une influence majeure. Grand Funk était de Flint, ville de la banlieue de Detroit, et siège des usines Ford dans les années 1960. Grand Funk Railroad et Killdozer avaient sans doute bien davantage à partager qu’estimé. Ce fantastique album réunit tout ce que Killdozer, piloté par Doudou Gonzalez à la guitare, Robert Lapassade au chant, et Patrick Brondel à la batterie, a enregistré entre sa formation en 1977, et les démos de 1979 qui serviront à provoquer l’enregistrment de l’unique album de 1980 de Killdozer aux Scorpio Sound Studios, exactement comme Océan et Trust. Le tout est excellent, bien enregistré si l’on considère la source et la volonté initiale. Les titres sont furieux, et font incontestablement penser à une excellente version française de Grand Funk Railroad, la patte punk en plus : ‘Midnight Gangs’, ‘Frenchy Soul’, ‘As Fast As Chicane’, ‘77 Boogie’... ça carbure, et c’est génial. Et je suis en train de me dire que j’ai laissé des milliards de fois cet unique album de Killdozer dans les bacs, honteusement qualifié de disco-rock. L’écoute de ces incroyables démos et bandes live ne font que confirmer que décidément… Il y a des gens qui ont de l’émeri dans les oreilles.
Julien Deléglise

Mama's Biscuits
Love Advice

Genre musical: Blues, Soul
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur :
music.imusician.pro/a/EfVsAZys/mamas-biscuits/love-advice/     

Enfin une nouvelle production de Mama’s Biscuits après dix ans de silence discographique. L’attente a été longue mais le plaisir est au rendez-vous. La qualité ça se mérite ! Voilà une jolie bulle sonore où la virtuosité le dispute au feeling. Véronique Sauriat avec sa voix chaude et prenante, tour à tour fougueuse, sensuelle, chaleureuse, est toujours très bien entourée. Jérémie Tepper est aux guitares, Hervé Guillet, Bruno Maurin et Christophe Garreau se partagent la basse, Phillipe Floris est à la batterie et aux percussions et Bala Pradal aux claviers. Et toute cette belle équipe est rejointe pour quelques titres par Vincent Bucher à l’harmonica, Didier Marty au saxophone et Lionel Borée à l’orgue. On peut dire qu’on a affaire à un band d’excellence. L’album présente 12 chansons mêlant standards revisités de façon inhabituelle (‘Baby Please Don’t Go’, ‘Need Your Love So Bad’…) et compositions originales. Véronique Sauriat signe seule ou en collaboration des textes et des musiques de belle facture et si elle s’exprime dans un anglais qui impose souvent sa musicalité, elle démontre qu’elle sait également faire sonner le verbe français de manière tout aussi dynamique en soul et en blues. L’émotion est là, ça vibre et ça palpite et on se laisse bercer avec plaisir d’une plage à l’autre. Un grand souffle parcourt cette production dont la force réside dans sa vitalité et sa finesse d’exécution. En bonus, saluons également le soin apporter au visuel de la pochette.
Gilles Blampain

Mike Morgan and The Crawl
The Lights Went Out In Dallas

Genre musical: Blues polyvalent
Label : Must Have Music
Distributeur :
SOCADISC    

Sa précédente production Stronger Every Day remonte à 15 ans. Et on apprend que durant toutes ces années Mike Morgan avait un peu déserté la scène pour tenir le poste de directeur commercial dans une concession de motos dans les environs de Dallas, se contentant de quelques gigs locaux de temps à autre. A bientôt 63 ans le Texan revient en force avec son band des grandes heures, The Crawl. Cet album coproduit avec Anson Funderburgh présente dans un style polyvalent et éclectique 13 chansons dont 3 reprises, ‘Ding Dong Daddy’ (Jerry McCain), ‘A Woman’ (Johnson-J.D Miller) et ‘Goin’ Down To Eli’s’ (Joe Clayton), allant du blues-rock accrocheur au funk en passant par des airs influencés par les rythmes festifs ou nonchalants venus de Louisiane ou des tempos éclatants issus du Mexique. Ce mélange des genres qui pourrait paraître déconcertant est fait avec talent et les plages s’enchaînent avec une vraie cohérence. Entouré d’une belle brochette de musiciens Mike Morgan s’impose toujours comme un leader au jeu de guitare assez enlevé. Sa voix est bien posée, le groove est puissant et le souffle tonique. Ce disque chaleureux, vivant et radieux, est une belle évasion musicale qui dure près d’une heure.
Gilles Blampain

Randy McAllister
Power Without Power

Genre musical: Blues acoustique    
Label : Reaction Records
Distributeur : randymcallister.com
   

Le pouvoir de fixer votre attention, de vous remuer les neurones, de vous scotcher sur place avec la plus grande simplicité, juste avec une voix, un harmonica et une ou deux guitares acoustiques, c’est l’apanage des grands. Randy McAllister est donc un grand, mais cela, on le savait. Excellent batteur, harmoniciste au top (soutenu par Hohner), mélodiste chanteur qui habite ses chansons, qui les vit, c’est également un parolier reconnu et apprécié pour ses textes. Nous en avons la preuve avec ce (à vue de nez) seizième album gorgé de feeling qui aligne une dizaine de compositions et une reprise ‘(Somebody) Ease My Trouble Mind’ de Sam Cooke dont il n’a gardé que l’essence, l’âme, juste accompagné par les deux guitares. Pour ce disque tout en finesse, McAllister s’est adjoint l’aide des guitaristes Brandon Hudspeth sur toutes les chansons et Howard Mahan en renfort sur quelques unes. Pas de batterie, juste des petites percussions sur ‘Donnie Downer’ et des hands claps sur la chanson qui ouvre le CD ‘Surprise’, la bien nommée car Randy McAllister nous avait habitué à jouer avec son groupe The Scrappiest Band In The Motherland. Là, personnel restreint, compensé par l’énergie et l’implication des participants ‘Face First’, ‘Sweet Spot’. Et quand monsieur McAllister chante : « I need to ‘Clear My Head’ », j’ai la solution. Pour faire le vide, il suffit d’écouter ce remarquable CD qui en a le pouvoir. Hors des circuits commerciaux le disque n’est disponible que sur le site du chanteur
César

Robert Finley
Sharecropper's Son

Genre musical: Soul-blues
Label : Easy Eye Sound
Distributeur :
Spotify, Apple Music, Deezer    

Il a bourlingué un peu partout dans le monde, militaire, mécano ou charpentier. A 68 ans, il vit à présent dans la toute petite commune de Bernice perdue au nord de la Louisiane. Autodidacte en la matière, la musique a toujours été un passe-temps. Le destin a voulu que jouant dans la rue, Robert Finley rencontre un membre de la Music Maker Foundation. En un rien de temps il écrit, enregistre et sort un LP, Age Don't Mean A Thing, à l'automne 2016. Peu après c’est Dan Auerbach qui l’invite à se joindre à lui sur un de ses projets. C’est là que le leader des Black Keys prend toute la mesure de la puissance exceptionnelle de la voix de Finley : « Robert est capable de faire bien plus que de vieilles chansons de blues. Il peut élaborer un large éventail de choses très facilement. C'est un guitariste, mais lorsqu'il pose son instrument, vous pourriez le placer devant un orchestre et il chanterait aussi bien que Ray Charles à la première prise. Sa voix a cette ampleur magnétique ». Ce troisième album aligne 10 titres où sur une trame de soul s’entrecroisent blues et rock et quelques maillages de spirituals interprétés avec cette voix étrange et prenante. Une prestation qui parle autant à l’esprit qu’elle prend aux tripes. Accompagné par un super groupe avec orgue et section de cuivres son style de chant très personnel va du grondement à l'envolée d'un falsetto. Le frisson est garanti. L’enregistrement s’est fait à Nashville.  
Gilles Blampain

Scott Ramminger
Live At 3rd & Lindsley Nashville

Genre musical: Blues live  
Label : Arbor Lane Musik
Distributeur : Spotify, iTunes, Deezer, Amazon Music
   

La scène se déroule au 3rd & Lindsley à Nashville. Ce club existe depuis une bonne trentaine d’années, c’est un must en qualité de son et les musiciens sont toujours ravis de pouvoir s’y exprimer. Notre héros du jour, personnage charismatique, à la voix chaleureuse, a eu le privilège d’y donner plusieurs concerts à la fin de l’été 2021 et les meilleurs de ses titres figurent sur ce CD. Sur les six premiers titres, James Pennebaker est le guitariste qui l’accompagne. Toucher précis, présence permanente, et très bon soutient à monsieur Scott. Et enfin, du septième au dixième, le guitariste est Joe V. McMahan, tout aussi bon, mais un peu plus nerveux que son prédécesseur, surtout quand le rythme prend des tours This Town’s Seen The Last Of Me’. On trouve sur ces dix plages, le bassiste Ger Hoffman et le batteur Maxwell Schauf. Il ne faut surtout pas oublier que Scott Ramminger est un excellent saxophoniste et que son sax ténor nous promène tout au long de ces onze morceaux avec brio. Onze plages ? Oui ! ‘Come Valentine’s Day’, est un titre bonus enregistré en studio avec d’autres musiciens, qui nous laisse entrapercevoir ce que sera le prochain album. Mais ne grillons pas les étapes, apprécions pour l’instant la captation live d’un artiste qui nous propose un blues plutôt classique et généreux avec tout ce qu’il a de spontané. Ben oui, c’est du live, ne l’oublions pas… et du bon.
César

Shaggy Dogs
Sorry For The Delay

Genre musical: Avec du poil et des crocs
Label : First Offense 
Distributeur : Plateformes de téléchargement

Leur dernière livraison remonte à 2018, alors comme pour s’excuser du retard ils nous servent un EP 5 titres probablement en attente d’un album plus conséquent. Toujours aussi accrocheur le band distille un son nerveux, agressif, débordant d’une solide énergie. Ne voulant toujours pas choisir entre rock’n’blues ou rhythm’n’roll, ils jouent un savant et subtil mélange des deux. On trouve dans le shaker un gros morceau de rock, une tranche de blues, une pointe de jazz, un zeste de soul et un éclat de pop, on secoue bien et ça remue les sens par où ça passe. Red au chant et à l’harmonica, Jaker à la guitare, Toma à la basse, Guillermo à la batterie et Ben aux claviers s’éclatent comme des bêtes pour notre plus grand plaisir. Pour donner du volume à l’entreprise ils ont invité Sax Gordon et ses instruments (ténor et baryton) pour le titre ‘Carpe Diem’ et Eric Slim Zahl avec sa guitare et sa voix pour ‘The Ones Who Know It All’. Les musiques sont toutes signées Shaggy Dogs pour soutenir des textes sortis de la plume de Laurent Bourdier. Depuis 23 ans que ça dure ils ont toujours autant la pêche. Ça pulse un max !
Gilles Blampain


Steven Troch Band
The Call

Genre musical: Americana de Belgique 
Label : Sing My Title
Distributeur :
Bluesprog Production

De l'harmonica en veux-tu en voilà ! Steven Troch est chanteur harmoniciste auteur compositeur interprète. Ceci est son troisième album, enregistré à Gand et mixé par Kid Andersen à San José. 42'13 de bonheur ; un trip autour de blues bien funky, de pensées Tom Waitsiennes, de titres très inspirés par le 'Fever' de Little Willie John, et aussi dans des paysages à la Sergio Leone ('Call Of Cornholio'). On pense aussi par moment à 'feu' J. Geils Band, et aussi à ce que produit actuellement le très grand groupe Madness. Une scie musicale apparaît au détour d'un titre comme 'Down At The Heels' apportant à l'album un côté désespéré 'foire aux freaks', pour ensuite, au son du marimba, se retrouver aux Caraïbes avec 'On An Island'. Quant à 'Waiting' c'est carrément la Jamaïque, un véritable rock steady typique des sixties !  Cet excellent album se termine par 'Slowly Drive Away' ou Troch barytone à merveille, car sa voix, en plus, est des plus agréables. Autour du maître, Liesbeth Sprangers (basse, chant), Matti De Rijcke (guitare, chant) et Bernd Coene (batterie et marimba). Quant à l'excellente illustration, elle est de Jeff De Smet. Un album à se procurer d'urgence !
Juan Marquez-Léon

The Groove Krewe Featuring Nick Daniels III
Run To Daylight

Genre musical: Funk   
Label : Sound Business Services
Distributeur : iTunes, Spotify

Bassiste et chanteur, né dans la Crescent city, Nick Daniels III a gagné sa place dans le Who's Who musical de la Nouvelle-Orléans. Avec son style de jeu funky il a joué pour les Neville Brothers, Uptown All-Stars, Zachary Richard, The Wild Magnolia Indians, Allen Toussaint et Etta James. En 2006 il a rejoint le groupe Dumpstaphunk fondé par Ivan Neville. Mais cette fois c’est lui qui tient le devant de la scène. Pour cet album les producteurs Rex Pearce et Dale Murray ont organisé la réunion des meilleurs musiciens de studio pour des sessions d’enregistrement qui ont eu lieu à Baton Rouge. Nick Daniels III a une voix claire et puissante et le band baptisé The Groove Krewe n’a pas usurpé son nom. C’est un rhythm’n’blues funky labélisé Big Easy qui diffuse de fortes sensations sonores avec un son qui déchire, un punch d’enfer et de bonnes vibrations. La set list aligne 10 titres plus chauds les uns que les autres et il est inutile de vouloir rester statique. C’est éclatant, pétillant, brillant, plein d’ardeur. Percussions bien marquées, cuivres éclatants, orgue radieux, guitare capiteuse et basse enivrante, une ambiance disco impose sa marque ainsi que le révèle certains titres comme ‘Have A Party’ ou ‘In The Groove Zone’. Difficile de ne pas se laisser emporter par cet album qui invite à la fête en distillant un groove chaleureux.
Gilles Blampain




The Phantom Blues Band
Blues For Breakfast

Genre musical: Blues, rock, reggae
Label : Little Village
Distributeur : Spotify, iTunes

C’est au début des années 1990 derrière Taj Mahal que le Phantom Blues Band fait ses débuts. Puis dans les années 2000 le groupe prend son envol pour exister en tant que tel et graver quelques albums remarqués. Le temps passe enchaînant sessions de studio et concerts, malheureusement en 2020 le claviériste et chanteur Mike Finnigan est atteint d’un cancer qui va le terrasser. Les membres de l’orchestre décident dès lors d’enregistrer un album en hommage à leur défunt camarade dont les recettes seront reversées à la Mike Finnigan School Of Music du Stiefel Theater de Salina, au Kansas. Pour cette production The Phantom Blues Band est donc composé du guitariste/chanteur Johnny Lee Schell, du bassiste/chanteur Larry Fulcher, du batteur Tony Braunagel, du saxophoniste Joe Sublett, du trompettiste Les Lovitt et de Jim Pugh qui s’est installé aux claviers. Invités de marque, compagnons musicaux de longue date, Bonnie Raitt chante sur un titre et Curtis Salgado intervient quant à lui deux fois à l’harmonica et au chant. The Phantom Blues Band et ses partenaires interprètent 10 compositions puisées dans les répertoires de Isaac Hayes, Curtis Mayfield, Sam Cooke, Muddy Waters, Ike Turner, Jimmy McCracklin et deux chansons de leurs propres créations. Imprimant sa marque originale sur chaque reprise, la formation mêle blues, R&B, rock et reggae avec un égal talent.
Gilles Blampain

Travellin' Blue Kings
Bending The Rules

Genre musical: Raw blues, blues-rock, Chicago blues        
Label : Naked – Donor Productions
Distributeur : Spotify - You Tube music - Deezer

Décidemment, cette saloperie de crise sanitaire aura réussi à mettre la pagaille partout. Travellin' Blue Kings, groupe aux origines Hollandaise et Belge, s'offre un nouveau line-up devant l'impossibilité de se réunir pendant l'année 2020. Dorénavant cent pour cent de la formation nous vient du plat pays. JB Biesmans tient la place de leader chanteur, saxophoniste et harmoniciste, Jimmy Hontelé assure les parties de six cordes soutenu par Winne Penninck à la basse et de Marc Gijbels à la batterie, tandis que Patrick Cuyvers, ancien invité du groupe sur le premier album, est à l'orgue Hammond et aux claviers. Heureusement on n’y perd pas au change, la qualité est toujours au rendez-vous, ces cinq gars-là ne sont pas des perdreaux de l'année. Ils ont tous, avec leur groupe respectif, écumé les plus grands festivals d'Europe, de la Norvège à l'Italie en passant par le Royaume-Uni, l'Allemagne, la France et la Pologne. Il faut dire que le Benelux n'en finit pas de nous offrir des pépites du genre et s'impose en tête d'affiche sur la scène européenne du blues. Pas une reprise ce coup-ci, les onze titres de ce nouvel album sont tous des originaux écrits et composés par l'ensemble du groupe. Le quintet virevolte avec brio et sans ménagement du blues-rock au Chicago Blues, en s'aventurant parfois sur les teintes jazzy dans 'Bending The Rules', morceau principalement instrumentale musclé et spontané. Dès 'Too Many People' le ton est donné, JB attaque vent debout, soutenu pas un band en ébullition, en alternant les interventions de claviers, de guitare et de sax mélangé. 'Never Never Land' calme le jeu avec un style posé, le saxophone envoie une douce mélodie mélancolique, un violon apparait volontiers tandis que Jimmy distille ses solos amoureux. 'What Needed Doin' Done' plonge vers le Delta, le ton grave et la voix trapue, JB Biesmans balance son chant avec assurance, ça groove comme dans les bars de Bâton-Rouge. Mention spéciale pour 'Shut Eyes', magnifique morceau typé Vargas Blues Band aux influences latinos, où la guitare claque et s'entrelace sans cesse aux paroles. Pas de faute de goût sur la galette, nos talentueux amis Belges présentent un potentiel créatif de première classe, synthèse de la passion et de l'habileté de cinq gaillards qui n'ont rien à prouver. Honnêteté et sincérité d'un jeu où chacun trouve sa place avec passion, donnant à chaque morceau des couleurs pertinentes. Enregistré et mixé par JB Biesmans au Roots House Studios, ce second opus ne demande qu'a étoffer encore un peu plus vos discographies.
Nine Girard