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été 19
Chroniques CD du mois Interview: GROUND ZERO Livres & Publications
Portrait: JAMES COTTON Interview: FLYIN' SAUCERS GUMBO SPECIAL Portrait: ROBIN TROWER
 


Dans cette rubrique, vous trouverez une sélection de CD choisis par l'équipe Blues Again.

JUIN 2019

Benny Turner and Cash
McCall

Going Back Home

Genre musical: Blues electrique
Label : NOLA BLUE RECORDS
Distributeur : Amazon, iTunes, Spotify     

C'était le retour aux sources avant le dernier grand voyage. Comme un bon nombre de bluesmen de sa génération, Cash McCall nous a quittés en avril dernier, laissant derrière lui un héritage riche qui s'ajoute au grand édifice du blues. Ce disque est une véritable déclaration d'amour au genre, un dernier délire entre copains. Ils sont d'ailleurs rejoints par l'harmoniciste chanteur Billy Branch sur le dernier morceau de l'album, une reprise du 'Bring It On Home' de Willie Dixon. Les trois voix féminines accompagnant le premier morceau de l'album, 'Got To Find A Way', d'après la version de Harold Burrage, sont interprétées par les Turner Sisters – qui ne sont autre que les filles de Benny. Les morceaux choisis ne sont pas des reprises des standards les plus attendus. À la place, on trouve des chansons comme 'Poison Ivy' de Willie Mabon, 'Shake Your Moneymaker' d'Elmore James ou 'Spoonful' de Howlin' Wolf. L'intention de base est simple : rendre hommage aux morceaux qui les ont inspirés, se retrouver ensemble pour partager un moment dans la grande tradition du blues. La guitare est efficace, l'harmonica bien résolu à en découdre, le piano rythme l'ensemble d'accords plaqués avec conviction et on peut même deviner des sourires derrière le chant que se partagent Benny et Cash. Ce disque prend les allures d'une jam à laquelle l'auditeur aurait la chance de participer, comme un bout de bonne humeur autour d'une passion commune ; la musique, véritable machine à remonter le temps qui rend les artistes immortels.
Marion Braun

John Renbourn
Unpentangled - The Sixties Album

 

Genre musical: Folk blues anglais
Label : CHERRY TREE RECORDS
Distributeur : Amazon

Plonger dans la musique anglaise me met toujours dans un état un peu spécial. Il se dégage d'elle une grande poésie, celle des paysages britanniques : les côtes de craie blanche et les plages de galets, les villes industrielles noircies par la suie des mines et hauts fourneaux, ou la verte campagne du Kent et ses églises romanes entourées d'hortensias. Dans les années 60, le blues imprègne toute la scène musicale anglaise, et se mêle au rock comme au folk. Parmi les musiciens de cette époque, certains étaient des virtuoses de la guitare acoustique : Davy Graham, Bert Jansch, et l'homme qui nous intéresse ici, John Renbourn. Cherry Tree vient de réunir, avec des inédits et un beau livret, les six albums que le guitariste a produit dans les années 60. Deux furent enregistrés avec la chanteuse américaine Dorris Henderson en 1965 et 1967 : There You Go et Watch The Stars. Bert And Jansch en 1966 réunit Renbourn et Bert Jansch. Les deux hommes travailleront à nouveau ensemble au sein du groupe de folk-rock progressif The Pentangle entre 1967 et 1973. La musique de Renbourn est souvent instrumentale, pétrie de folk aux réminiscences celtiques et médiévales, mais aussi de blues noir américain. Son travail à la guitare acoustique, comme celui de Jansch et Davy Graham, va influencer profondément Jimmy Page et lui donner des clés pour son Led Zeppelin. Ces six albums permettent de visualiser l'importance de ce musicien sur la scène anglaise, et celle d'un univers musical bien plus vaste que les chansons de Donovan.
Julien Deléglise

Johnny Montreuil
Narvalo Forever

 

Genre musical: Français alternatif
Label : Les Facéties de Lulusam
Distributeur : L'Autre Distribution

Du pur, de l'authentique. De la chair et du sang ! De la sueur et des larmes... Outlaw de banlieue, Johnny Montreuil s'est posé de l'autre côté du périph, tout près d'un cirque à l'abandon. Après Narvalo City Rockerz, il balance aujourd'hui ce Narvalos Forever, épaulé par une bande de gaillards cabossés : un harmoniciste (il faut le voir en concert dégainer ses instruments, qu'il porte à la ceinture comme une cartouchière), un guitariste, un batteur - lui il monopolise le chant et puis la contrebasse. Les références sont assumées : Johnny Cash, le Renaud des tout débuts, les groupes français alternatifs des eighties, tendance néo-réaliste (Pigalle, Garçons Bouchers, Los Carayos) - voire la chanson réaliste tout court, celle des années 30 à la Fréhel- Clash pour l'attitude fière et rebelle (l’allusion du premier album était en effet transparente), Brassens ou Prévert pour les textes. Tendre et fort, poétique et brutal, ce disque est un petit miracle. Les pieds dans le caniveau, la tête dans les étoiles... Les titres parlent d'eux-mêmes : ' Chiner La Ferraille', 'La Dèche"... Aussi touchant dans les ballades ('Petite Carlo', poignant, 'Babara Sous La Pluie') que jouissif sur les titres enlevés (country sur 'Avant Gangster', 'Chiner La Ferraille", déjà cité, rockab' sur 'Au Fond Des Bars' ou 'Narvalo Forever'). On conseille vivement la vision du clip 'So Long Taulard', court métrage western (celui de Kinski ou Franco Nero, pas celui de John Wayne), appel aux grands espaces, featuring Sanseverino. La plage qui résume le mieux le propos étant sans doute l'irrésistible 'J'Avais Une Famille' : « J'avais des amis/J'avais des voisins jusqu'à ce matin... Je vous ai maudit/Mais j'en rêve encore ». Au fait, le narvalo c'est un peu l'idiot du village, limité mais gentil - rien à voir avec le crétin des Alpes.
Marc Jansen

Jon Gindick
Love At the All Night Café

 

Genre musical: Blues, folk, latino 
Label : OLD CHIMNEY
Distributeur : www.jongindickband.com

Jon Gindick connu comme l'un des professeurs d'harmonica les plus passionnants sur la scène internationale a publié plusieurs livres sur le sujet et inspiré beaucoup de disciples. Mais à 71 ans, même s’il dit : « Je joue de l’harmonica, de la guitare, je chante et écris des chansons depuis 50 ans. J'adore le mariage des mots et de la musique. J'aime la poésie de la mélodie parfaite rencontrant les mots justes et les accords et le groove impeccables », sa discographie se limite à… 2 albums avec celui-ci. Il chante d’une voix grave plutôt agréable, joue évidemment de l’harmonica ainsi que de la guitare et il est accompagné par Ralph Carter à la basse, aux claviers et aux percussions, le Frenchie Franck Goldwasser aux guitares, électrique et acoustique, et Pete Gallagher à la batterie. La set list déroule douze compositions originales aux styles assez variés, blues, western swing, folk ou latino, et si l’harmonica apparaît comme une constante au fil des titres, Jon Gindick fait preuve d’une belle virtuosité doublée d’une grâce mélodieuse et d’une prestation non invasive. La musique est chaleureuse et pleine d’énergie et le band se balade d’un genre musical à l’autre avec une parfaite maîtrise et une réelle aisance. Le résultat est brillant et allègre.
Gilles Blampain

Keb' Mo'
Oklahoma

 

Genre musical: Blues, americana 
Label : Concord Music group
Distributeur : UNIVERSAL

Tout au long de cette nouvelle production Keb’ Mo’ de sa voix chaude et charmeuse aborde divers styles sur fond d’Americana, pour interpréter avec sensibilité 10 compositions originales où il évoque des thèmes d’actualité majeurs comme l’écologie, le féminisme, l’immigration… ou éternel comme l’amour. Dynamique ou mélancolique chaque chanson brille d’un éclat particulier. Il confie : « Ce qui m’intéresse c’est de me faire plaisir en faisant des disques dont je suis fier parce que je sais que j’y ai mis le meilleur de moi-même. Si en plus d’autres personnes aiment ça, c’est la cerise sur le gâteau ». Et il ne fait aucun doute que beaucoup de personnes apprécieront. C’est sous la direction artistique du guitariste et producteur canadien Colin Linden et avec évidemment les meilleurs musiciens qui soient que l’album a pris forme à Nashville. Quelques invités de marque ont été conviés aux sessions d’enregistrement. Pour l’ami de longue date Taj Mahal ce n’est pas une première collaboration, mais c’est le cas pour Rosanne Cash (‘Put A Woman In Charge’) et la star de la pop chrétienne latino Jaci Velasquez (‘This Is My Home’), deux chanteuses aux registres différents mais aux prestations lumineuses. Robert Randolph, lui, est venu avec sa lap steel guitar pour faire entendre de fascinants slides sur ‘Oklahoma’. Et pour clore le disque Keb’ Mo’ chante un tendre duo, ‘Beautiful Music’, avec sa compagne, Robbie Brooks Moore. Un CD qui confirme une fois encore que l’artiste récompensé par 4 Grammy Awards est toujours au top.
Gilles Blampain

Kelly's Lot
Can't Take My Soul

 

Genre musical: Blues, folk, americana, etc 
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : kellyslot.com/music, iTunes, Amazon

Kelly's Lot fêtera ses 25 ans en octobre 2019. Tout au long de ces années le band californien a entraîné avec bonheur son public dans différents univers sonores allant du blues au folk, des rythmes latinos au rock ou aux mélodies irlandaises. Avec cette nouvelle production alignant 12 compositions originales, la diversité, la poésie et l’énergie son encore au rendez-vous. ‘All I Ever Want Is The Blues’ qui ouvre l’album est un hommage aux grands inspirateurs, Muddy Waters, B. B. King, Bessie Smith, Robert Johnson, Stevie Ray Vaughan, Etta James, Howlin' Wolf, Buddy Guy, Koko Taylor et Bonnie Rait. Kelly Zirbes chante avec ferveur, Perry Robertson joue de la guitare en expert, Matt McFadden est à la basse et Mike Sauer à la batterie mais il laisse les fûts pour deux chansons à Michael Mason. Bobby Orgel ajoute son orgue Hammond B3 sur quelques titres. Frank Hinojosa intervient avec son harmonica sur le bluesy ‘Broke Myself’ et l’accordéon s’entend à deux reprises avec Eddie Baytos pour ‘Woe Is Me’ aux accents cajun et avec Jean-Paul Monshe sur ‘Mon Ami’ d’où s’échappent des échos venus de France. Le mariage des langues s’entend aussi sur ‘Rise Up (Lève Toi)’ quand Jeff Toto chante un duo bilingue avec Kelly Z, accompagnés à la guitare par Rob Zucca. La variété des styles abordés donne plein de charme à cet enregistrement.
Gilles Blampain

King Gizzard & The Lizard Wizard
Fishing For Fishies

 

Genre musical: Indie rock 
Label : FLIGHTLESS
Distributeur : PIAS

On ne va pas retracer ici la bio du Roi Gésier et du Sorcier Lézard, ça prendrait l'entièreté de cette rubrique... Qu'on se contente de rappeler qu'il doit s'agir de leur quatorzième opus (cinq rien que pour l'année 2017 !) et qu'ils ont abordé à peu près tous les genres : psyché, folk, garage, pop, prog, krautrock... Autant dire que si leur production est toujours digne d'estime, elle ne peut plaire de bout en bout : on connait peu de fans des Shadows of Knight qui vénèrent aussi Genesis ! Que cela ait un sens ou non, ils viennent des Antipodes, menés par leur leader Stu Mackenzie. Et avec eux, on peut s'attendre à tout. Voici donc, Mesdames & Messieurs, l'album boogie de KGATLW ! Car si, comme par le passé, on retrouve quelques morceaux/gigognes aux vocaux vaporeux ('Fishing For Fishies', 'Acarine') c'est surtout et avant tout de boogie déviant et de blues mutant qu'il s'agit. Pour les repérer c'est très simple par moments, il suffit de s'en référer aux titres (‘Boogieman Sam', 'Plastic Boogie') mais les choses ne sont pas toujours aussi simples : voir 'The Cruel Millennial', poussé au cul par un harmonica fiévreux, ou 'This Thing', qui convoque le fantôme de Bolan. Le tout se clôture sur une plage quasi electro, 'Cyboogie', de quoi achever les bas-du-front. Pour ceux qui doutent de l'avenir du blues, la réponse est ici. Problème : le temps que le monde s'en aperçoive, ils seront sûrement passés à autre chose.
Marc Jansen

Kingfish
Kingfish

 

Genre musical: Blues new school 
Label : ALLIGATOR
Distributeur : SOCADISC

Il vient de Clarksdale, ses racines sont donc fermement ancrées dans la région du Delta du Mississippi. Certains disent à propos de Christone Kingfish Ingram que c’est un homme jeune avec une vieille âme. Il a donné son premier concert alors qu’il n’avait pas encore fêté son dixième anniversaire. Né en janvier 1999, il a tout juste 20 ans mais a déjà conquis le cœur de nombreux fans, et cet engouement n’est pas usurpé. Si beaucoup de gens de sa génération évoluent dans le rap, lui grave son sillon dans le blues et l’empreinte qu’il laisse est étincelante. Son jeu de guitare d'une maturité remarquable est superbe et sa voix claire est belle. Un éditorialiste de Rolling Stone enthousiaste a écrit à son sujet : « L’un des jeunes guitaristes les plus excitants depuis des années, avec un son qui englobe BB King, Jimi Hendrix et Prince ». Si les géants du passé l’ont inspiré Christone Ingram a su développer un style et un son qui lui sont propres. Pour cet album enregistré à Nashville et produit par Tom Hambridge il a co-écrit huit des douze titres affichés. Enlevées ou détendues, les ambiances varient au gré des compositions. Ses amis et mentors Buddy Guy et Keb Mo sont venus chacun avec leur instrument pour chanter une chanson avec lui, ‘Fresh Out’ pour le premier et ‘Listen’ pour le second qui intervient également uniquement à la guitare sur 5 autres titres. Un jeune musicien qui a un bel avenir devant lui.
Gilles Blampain

Les Soucoupes Violentes
In & Août

 

Genre musical: Rock 
Label : Planète Interdite - Twenty Something
Distributeur : PIAS

Surgis au début des années 80 au côté des Coronados, Cherokees, Wampas ou Thugs, crashés en plein vol dix ans plus tard, réanimés d’entre les morts au mitan des années 2000 par une injection de sang frais, les Soucoupes Violentes sont une gloire hexagonale, voire au-delà, le bilingue Stéphane Guichard fracassant allègrement les frontières. Ce troisième album depuis la renaissance après S’Attendre Au Pire en 2009 et Fort Intérieur en 2015 se présente sous un digipack impeccable : Le premier morceau, le furibond ‘Pas Pour Eux’, met rapidement dans le vif du sujet, avec ses guitares qui se concurrencent et s’enchevêtrent avec une redoutable efficacité. Taquin, jusqu’à caser un hommage estival à Gainsbourg dans le titre à double-sens du CD, Stéphane Guichard est un parolier rusé, et un chanteur talentueux, en anglais comme en français. Second degré, jeux de mot, et références parsèment ses textes et les titres des chansons, comme les clins d’œil de ‘Stand By Me’, ritournelle pop obsédante avec ses notes d’orgue récurrentes en accroche-cœur ou ‘Walk The Line’, veine garage avec orgue envoûtant à la Seeds/ Question Mark. Brillants instrumentistes, les Soucoupes peuvent tout se permettre, du très martial ska ‘Seven Days’ au néo-Buzzcockien ‘Tout Ce Que Je Touche’. Elégants, ils s’attachent à respecter un format « pop vinyle » concis et racé : les onze bombinettes musicales ne laissent pas le temps de souffler, et maintiennent en apnée. Les parties d’orgue sont confiées aux soins experts d’Elsa. Elles contrebalancent les influences mélodiques rock british ligne claire des Soucoupes, colorent  leurs morceaux d’un souffle sixties, ou les ponctuent comme autant de  grenades à fragmentation garage. La voix, gouailleuse ou suave, pressante ou haletante, comme un Jacques Dutronc sous amphétes, maintient l’ensemble sous tension, à l’aide d’une section rythmique discrète et efficace. Les Soucoupes Violentes ont retenu de la pop le sens inné des mélodies, du rock la concision, et du punk et du garage sixties, l’urgence. Du grand art. On aimerait qu’ils jouissent de la même reconnaissance internationale que les estimés Limiñanas, les Soucoupes le méritent amplement.
Laurent Lacoste

Luca Kiella
Figure It Out

 

Genre musical: Blues contemporain 
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : CdBaby, Deezer

C'est par un EP de cinq titres que Luca Kiella se lance dans l'aventure. Le premier morceau est instrumental, véritable entrée en matière joyeuse et dynamique. Le piano s'emballe et fait résonner des notes impatientes et nerveuses sur un fond d'orgue Hammond. La voix du jeune italien installé à Chicago comporte la fougue et l'impertinence d'une jeunesse qui ne demande qu'à faire ses preuves. Il reprend les codes des standards pour en faire ses propres pièces, à la fois modernes et authentiques ('Figure It Out' parle des questionnements de la jeunesse et du passage à l'âge adulte avec la fraîcheur de celui qui n'est pas pressé que ça lui arrive). Pour une fois, la part belle n'est pas réservée à la guitare mais bel et bien à la voix. L'EP se termine sur une longue ballade toute en délicatesse au piano uniquement, 'So Many Questions'. On y ressent son amour pour l'instrument et sa maîtrise de l'intensité. De jolis ornements accompagnent le récit de son voyage, où il raconte ce qu'il a abandonné pour réaliser son rêve, et expose les questions que cela implique. « I'll stop running from myself » chante-t-il avec ferveur, comme si grandir était finalement une façon de mieux se retrouver. Luca présente un grand potentiel, et on espère qu'il saura le révéler pour un prochain album longue durée.
Marion Braun

Michele d'Amour and the Love Dealers
Heart Of Memphis

 

Genre musical: Blues épicé  
Label : BLUES KITTY RECORDS
Distributeur : Amazon, iTunes

C’est au Royal Studio à Memphis où le groupe déclare se sentir chez lui que l’enregistrement s’est fait pendant la semaine du IBC en janvier 2019. Ce cinquième album de Michele D'Amour And The Love Dealers est édifié sur une base de blues, une pointe de soul music parsemée de traits de funk, et de l’apport coloré de rythmes latinos. Michele d’Amour surnommée ‘la poétesse du blues’, a signé 7 compositions originales et nous gratifie d’une éclatante version de ‘Memphis Soul Stew’ de King Curtis. Le guitariste du band, Jeff Cornell s’est associé à la chanteuse pour écrire ‘Heart Of Memphis’ et le saxophoniste Noel Barnes s’est joint à elle pour ‘Cradle To The Hearse’. Les autres musiciens sont Patrick McDanel qui est à la basse, Dave Delzotto à la batterie et Brian Olendorf aux claviers, auxquels sont venus s’ajouter quelques invités avec trompette, trombone et voix. Le disque dispense une belle énergie enluminée par la voix claire et puissante de Michele d’Amour. La chanson qui donne son nom à l’album raconte leur passage à Beale Street où la musique semble monter de terre en s’échappant du trottoir. L’ensemble est assez épicé et il se dégage de cette production une belle dynamique mais certains airs langoureux viennent néanmoins par moment apaiser la tension.
Gilles Blampain

Mike Goudreau
Acoustic Sessions

 

Genre musical: Americana, country old-time
Label : EDITION GOUDREAU
Distributeur : CdBaby, iTunes, Deezer, Spotify, Amazon

Mike Goudreau est né dans le Vermont, et doit la sonorité hexagonale de son patronyme à un père canadien français. Goudreau, qui en est tout de même à son vingtième album, est une personnalité du blues-rock outre-Atlantique, entre autres parce que certains de ses titres ont été retenus pour meubler les bandes son de films et de séries en vogue. Goudreau considère cette vingtième sortie comme un virage dans sa carrière, ayant remisé sa Les Paul pour quelques guitares acoustiques, et mis le cap sur un americana très référencé. Mike Goudreau a la voix de l’emploi, simple et charnue, légèrement nasillarde, et son jeu de guitare a fait sa réputation depuis longtemps. Pour prendre son virage à fleur de racine, Mike Goudreau a réuni une fameuse équipe de spécialistes, contrebasse, batterie, harmonica, dobro, steel-guitar, violoncelle, accordéon et saxophone baryton. Les anglophiles font valoir la qualité des textes, plutôt sentimentaux sur la foi des titres : ‘I’m So Glad To Have You’, ‘The End Of Our Dance’, ‘I’m So Happy We Met’, ‘Come Home Baby’… Quant aux beats ils dépendent de l’humeur. Ils sont complexes et heurtés, voire sournoisement funky (‘What Did I Say’), sur les chansons allègres, et évidés jusqu’au squelette sur les chansons tristes. Pour les styles : des dandinements country, du old-time parfois servi avec un nerf bluegrass, un peu de Louisiane, un titre presque manouche (‘I’m So Happy We Met’), un titre presque rhythm’n’blues (‘Come Home Baby’), un gospel rural façon Blind Willie Johnson (‘Hear My Prayer’). Et à l’arrivée : un très bel album aux intonations bienveillantes, capable d’emballements, capable de nostalgie, mais toujours digne et majestueux.
Christian Casoni

Paula Harris
Speakeasy

 

Genre musical: Blues, jazz
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : paulaharrismusic.com

Avis aux amateurs de piano jazzy, de voix de velours et de basse feutrée ! La belle et talentueuse Paula Harris fait tourner les têtes avec son chant parfaitement maîtrisé. Elle est appuyée par six partners in crime, incluant un pianiste à la technique vertigineuse, un bassiste au groove sautillant, une trompette féroce et des percussions efficaces. Elle est rejointe sur l'excellente 'Something Wicked' par la voix grave et profonde de Big Llou Johnson, à qui la trompette donne la réplique. Les paroles dépeignent la vision d'une femme forte, une femme fatale des temps modernes. 'Trouble Maker' représente la quintessence de l'image que s'en fait l'imaginaire collectif. La magnifique ballade 'Haunted' laisse apercevoir la complexité de la tessiture de la chanteuse ainsi que sa capacité à gérer l'intensité de son chant, entre retenue élégante et puissance brute. Celle qui a reçu le prix de “Best Female Vocalist” lors des Northern Entertainers and Music Awards en 2018 n'a pas fini de nous emporter dans son univers. Speakeasy nous entraîne dans un club de jazz enfumé, où un groupe en costume accompagne une diva aux lèvres maquillées de rouge. Paula nous raconte des histoires d'un autre temps sans hâte, en faisant traîner des notes dont le vibrato force le respect. Oscillant entre l'authenticité du blues et la complexité du jazz, ses musiciens ornent les mélodies de motifs riches et délicats. Le résultat est une musique à la fois dense et simple, qui nous enveloppe avec douceur dans une nostalgie que l'on ne veut surtout pas briser.
Marion Braun

Procol Harum
Broken Barricades (Expanded Version 3 CDs)

 

Genre musical: Blues-rock progressif
Label : ESOTERIC RECORDS
Distributeur :
CHERRY RED RECORDS

En 1969, le multi-instrumentiste Matthew Fisher quitte Procol Harum. La formation se resserre autour du guitariste Robin Trower, du pianiste-chanteur Gary Brooker, du batteur BJ Wilson et du bassiste Chris Copping. Le parolier Keith Reid, est toujours là, écrivant les textes et apparaissant sur les photos de promotion. Alors que le groupe se lance dans l'enregistrement de son quatrième disque, Trower revendique une plus grande place pour sa guitare. Il obtient satisfaction : le titre d'ouverture de l'album Home, 'Whisky Train', est une avalanche de guitare lourde et bluesy digne de ses idoles, Clapton et Hendrix. En 1971, pour le successeur de Home, Broken Barricades, le rôle de Trower progresse encore. Toutefois, Procol Harum ne perd pas son identité musicale, faite de musique progressive inventive aux atours symphoniques. Mais la guitare de Trower s'affirme, comme son rôle de compositeur : 'Simple Sister', 'Poor Mohammed'… Cette superbe édition de trois disques offre l'album original, un beau livret, les démos originales, mais aussi trois enregistrements en concert : un sur la radio WPLJ FM de New York en avril 1971, les sessions à la BBC, et un dernier à Stockholm en octobre. Ces trois sets, pour la première fois officiellement édités, montrent le Procol Harum en groupe de rock de scène, puissant, inspiré, précis. A la fin de la tournée, Trower partira fonder son propre groupe.
Julien Deléglise

Robin Trower
The Studio Albums 1973-1983

 

Genre musical: Heavy-blues-rock
Label : CHRYSALIS
Distributeur :
EMI

Le beau blues de Robin Trower a enfin a été mis en boîte. Comme beaucoup de ces objets édités récemment, il présente les dix albums sous petites pochettes cartonnées, sans livret et sans inédit, mais avec un prix attractif. La période Chrysalis de Robin Trower est de loin sa plus prolixe musicalement. Trower fut le guitariste de Procol Harum jusqu'en 1971. Il décide de s'émanciper et de créer une musique blues inspirée par le travail de Jimi Hendrix et de Cream. Après le projet avorté Jude, il fonde un trio avec le bassiste James Dewar, ex-Stone The Crows. Il s'avère que le moustachu dispose d'une voix magnifique, à la fois chaude, puissante et veloutée. Le batteur Reg Isidore complète le trio, qui en 1973 sort le disque Twice Removed From Yesterday. Si l'album ne fait que peu de bruit en Europe, il intègre le Top 30 US. L'album suivant, encore plus réussi, atteint le Top 5 américain. Bridge Of Sighs et son blues lourd et cancéreux résonne dans les poitrines américaines meurtries par la guerre du Vietnam. A partir de 1977, le groupe se tourne vers une musique plus funk. Dewar reste au chant, et Rustee Allen prend la basse. Avec le batteur Bill Lordan qui a remplacé Isidore en 1975, il y a désormais deux anciens Sly And The Family Stone. L'échec commercial de la formule voit Trower revenir brillamment à la formule heavy avec Victims Of The Fury. Les deux albums suivants, BLT et Truce seront enregistrés avec Jack Bruce à la basse et au chant. Le son s'oriente vers une fusion réussie entre blues lourd et new wave. Le dernier, Back It Up, voit le retour de Dewar. L'atmosphère est triste, mais le disque dispose encore de superbes compositions, et de blues poisseux, en 1983.
Julien Deléglise

Ruff Majik
Tårn

 

Genre musical: Stoner-rock    
Label : LAY BARE RECORDS
Distributeur : Deezer, Spotify

Le nom de l'album semble avoir une consonance nordique, pourtant, Ruff Majik est un trio originaire de Pretoria en Afrique du Sud. Bien que Tårn ne soit que leur second album, la formation a publié depuis 2015 de nombreux EP et simples, de manière presque frénétique. Ce second long format montre toutefois un groupe musicalement plus abouti. Le son est sale et sans concession, les compositions mêlent joyeusement stoner-rock, psychédélisme, heavy-metal, voire même quelques gammes de black-metal en entame du titre d'ouverture 'Schizophrenic'. La musique jaillit de manière totalement naturelle, bouillonnante de furie électrique. La rythmique crée par le bassiste Jimi Glass et le batteur Beni Manchino est un rugissement mêlant le fracas des cymbales, des caisses et de la basse grondante. Le guitariste-chanteur Johni Holiday applique ses riffs maniaques et son chant de gamin ensorcelé sur cette couche d'acier rougi. 'Gloom & Tomb', 'I'll Dig The Grave', l'obsédant et halluciné 'Seasoning The Witch'… sont autant de démonstrations musicales d'un groupe à l'identité forte et passionnante, qui perturbe autant qu'elle fascine.
Julien Deléglise

Stray
Mudanzas

 

Genre musical: Hard-blues psychédélique
Label : TALKING ELEPHANT
Distributeur : TALKING ELEPHANT

Stray fait partie de ces oubliés magnifiques du heavy psychédélique anglais. Leur œuvre mérite d'être revisitée avec le plus grand soin. Leurs albums ont déjà eu l'honneur de rééditions régulières en terres britanniques jusqu'à récemment, avec un beau coffret et un double album. Toutefois, ce pressage de l'album Mudanzas mérite une attention particulière. En 1973, Stray a déjà sorti trois albums. Les ventes étant modestes, le groupe tourne sans cesse depuis la fin de l'année 1968. Chaque disque a toujours été capté dans la folie des concerts précédents. Stray a déjà plusieurs centaines de gigs à son actif. Après avoir assuré la première partie des Groundhogs, Stray signe avec United Artists. Le producteur Wilf Pine leur demande de rester chez eux pendant trois mois afin de décompresser et se déconnecter de l'esprit live. Il pensait qu'ils étaient les nouveaux Black Sabbath, il pense détenir les nouveaux Beatles. Lorsqu'ils reviennent en studio, les chansons fusent. Pine leur greffe des arrangements de cordes et de cuivres pour enrichir leur sonorité et accrocher les radios. Le chanteur Steve Gadd n'est pas convaincu, le guitariste Del Bromham davantage, voyant une opportunité d'explorer. Mudanzas sera un grand disque, entre Who, Rory Gallagher, et Groundhogs. Le disque est une pièce maîtresse du rock anglais. 'Come On Over', 'Gambler', 'Hallelujah', 'Pretty Things' sont autant de merveilles à découvrir, avec en prime sur cette édition, un son magnifique.
Julien Deléglise

Susan Williams and the Wright Groove Band
It's About Time

Genre musical: Blues groovy
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : Amazon, CdBaby

Attention, la formation que nous avons sous les yeux est une machine bien huilée. Tout s'enchaîne avec une fluidité réalisée de main de maître. Mais, on apprend qu'il s'agit là de leur premier album ensemble ! Susan Williams and the Wright Groove Band nous offrent un disque remarquable, où chaque morceau a sa place et nous raconte une histoire qui lui est propre. De leurs instruments se dégage une impression de complète entente entre les musiciens. Chaque instrument a la possibilité de s'exprimer, mis en valeur par les autres. La basse est omniprésente et confère à l'ensemble un son très groovy qui donne une belle dimension au disque. 'I'm Sorry' est un exemple frappant qui fera taper du pied en cadence. Susan a l'assurance de celle qui sait ce qu'elle veut. 'Too Little, Too Late' en est la preuve : ce morceau nous raconte la leçon que l'on peut tirer d'une déception amoureuse. 'Shame On You illustre la force requise pour ne plus se blâmer soi-même. La voix grave et sans concession de la chanteuse, qui parfois frise l'éraillement, a le caractère que l'expérience livre aux plus déterminés. La plus blues-rock 'One Way Street' nous montre une facette plus dure de son chant, soutenue par une ligne de basse efficace et des motifs funkys à la guitare. En définitive, It’s About Time est un premier album impressionnant de professionnalisme et de maîtrise.
Marion Braun

The Cash Box Kings
Hail To The Kings

Genre musical: Chicago blues
Label : ALLIGATOR
Distributeur : SOCADISC

Toujours aussi affutés les Cash Box Kings nous proposent un enregistrement pétillant, plein d’une belle énergie. Portant haut la flamme du Chicago blues, ils alignent 11 compositions originales et reprennent Jimmy Reed ‘I’m The Man Down There’ et Mercy Dee Walton ‘Sugar Daddy’. Bien que très en phase avec leur époque ils puisent leur inspiration dans les flamboyantes années 50 et 60 quand Muddy Waters et Howlin’ Wolf impulsaient le tempo. Sans sombrer dans le passéisme ils jettent néanmoins un pont entre hier et aujourd’hui avec une certaine gaité, un chic exubérant mais de bon goût et parfois une pointe d’humour. Oscar Wilson est au chant, Joe Nosek à l’harmonica et au chant, Billy Flynn joue de la guitare, John W. Lauter de la basse et Kenny ‘Beedy Eyes’ Smith est à la batterie. Ce band d’experts maîtrise son art à la perfection. Connaissant toutes les nuances du genre ils savent déployer la frénésie du jump blues et maîtriser l’apaisement avec un jeu plus lent, passer d’un houserock débridé à un rockabilly sautillant.  Shemekia Copeland s’est jointe à eux pour chanter ‘The Wine Is Talkin’’ et Queen Lee Kanehira vient les épauler au piano et à l’orgue sur quelques titres. Une excellente production qui ravira les amateurs.
Gilles Blampain

The Sonic Dawn
Eclipse

Genre musical: Rock psychédélique 
Label : HEAVY PSYCH SOUNDS
Distributeur :
HEAVY PSYCH SOUNDS

C'est l'histoire de trois Danois qui décidèrent de faire de la musique psychédélique anglaise de la fin des années 60 leur matière première. Eclipse est leur troisième album, et à chaque disque, The Sonic Dawn progresse et affirme sa personnalité. Il affine aussi ses influences, qui sont très largement les albums des Pretty Things des années 1967-1970, avec une petite touche de Pink Floyd période Syd Barrett. Il y a de la rage toute blues'n'rock. On retrouve cette teigne dans les lignes de guitare nerveuses du chanteur-guitariste Emil Bureau, mais aussi dans la solide section rythmique qui le soutient sans faille, comme sur 'Psychedelic Ranger' ou 'To Change Who We Are'. Il y a aussi de belles mélodies psychédéliques, et elles sont nombreuses : le crépusculaire 'Opening Night', 'Circle Of Things', 'Christiane', 'Towards The End'… The Sonic Dawn a réussi à créer une matière nouvelle en utilisant les codes des Psychedelic Sixties. Il n'y a ici aucune place au plagiat, mais bien la volonté de faire de la musique avec la liberté et les sonorités de ce paradis perdu que fut cette période dorée de la Pop Music. Avec humilité, et beaucoup de talent, The Sonic Dawn a réussi son nouvel album.
Julien Deléglise