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10/20
Chroniques CD du mois Interview: ALMANAK Livres & Publications
Portrait: W.C HANDY Interview: lee o'nell blues gang Dossier: FENDER STRATOCASTER
 


Dans cette rubrique, vous trouverez une sélection de CD choisis par l'équipe Blues Again.

JUIN 2016

Albert Castiglia
Big dog

Genre musical: Blues rock
Label : RUF
Distributeur : SOCADISC

On retrouve avec plaisir un Castiglia en pleine forme. Les bonnes ondes sont toujours là et ça frappe fort. Il envoie d’entrée de jeu un blues-rock punchy à souhait qui avance avec la puissance d’un bataillon d’artillerie. Sauf que ses projectiles sont des notes et que ça fait plus de bien que de mal. Son jeu qui ne manque pas de subtilité est toujours aussi incendiaire et sa voix en impose tout autant. Son style original sait capter l’auditoire et il peut enchaîner avec bonheur un blues-rock échevelé avec un slow-blues teinté de soul plus dans la retenue. La deuxième guitare est tenue par Mike Zito (excusez du peu) qui produit également cet enregistrement. Scot Sutherland est à la basse, Rob Lee tient la batterie et Lewis Stephen est au piano et à l’orgue, et ce qui ne gâte rien, Johnny Sansone se joint à eux sur deux titres avec son harmonica. Albert Castiglia signe 6 chansons sur les 11 et reprend entre autres Bill Wharton ‘Let The Big Dog Eat’ et Luther Allison ‘Drowning At The Bottom’. L’affaire s’est faite au Dockside studio en Louisiane. Albert Castiglia confesse : « J’ai juste voulu faire un disque qui représentait le mieux possible ce que je suis en tant que musicien, guitariste et artiste de scène ». Un artiste qui conjugue avec aisance puissance et feeling.
Gilles Blampain

Alligator Records
45 th Anniversary Collection

Genre musical: Chicago, Texas, Blues rock
Label : ALLIGATOR
Distributeur :
SOCADISC

Rappel des faits. Bruce Iglauer, alors chez Delmark records, fonde Alligator en 1971, pour une seule et unique raison, pouvoir enregistrer et sortir l'album d'un phénomène : Hound Dog Taylor. Ce sera le premier disque du label. 45 années après, c'est environ 300 albums édités, plusieurs nominations et Awards, et... l'aventure continue. Nouveau double CD anniversaire, donc, d'une série qui en compte 6. A noter qu'il n'y a aucuns doublons avec les éditions précédentes et que celui-ci couvre une période démarrant en 1973 avec le premier Son Seals et se terminant avec la dernière signature du label en 2016, Moreland & Arbuckle, des roots rockers du Kansas. Bien que l'ordre des titres ne soit point chronologique, ce volume offre encore une splendide présentation de ce que l'Alligatoridé renferme dans ses entrailles. Bien sûr, nous avons droit aux anciens, les plus célèbres, Hound Dog Taylor, Albert Collins, et puis la domination éternelle de Koko Taylor, la Voodoo Woman... mais, d'autres, tout aussi excellents, et à la renommée moindre, y figurent. Citons : Jimmy Johnson, AC Reed, le définitif Billy Boy Arnold, ici avec sa création, 'I Ain't Got You', tant de fois reprise, ou bien, Lazy Lester, échappé du label louisianais Excello. Ensuite, ce sont des artistes plus récents qui font la joie de nos petites gambettes : Guitar Shorty, Tommy Castro, Curtis Salgado, la merveilleuse Shemekia Copeland, pour en citer quelques-uns. Des moments très forts ; le groove sauvage de Lil' Ed, la voix éraillée d'Elvin Bishop, Selwyn Birchwood pour assurer la relève de la guitare blues, le possédé Joe Louis Walker, le 'Cats' Lee Rocker, l'harmonica en liberté de James Cotton dialoguant avec Joe Bonamassa, le majestueux et regretté Michael 'Iron Man' Burks, Luther Allison pour un Live In Chicago, Johnny Winter et sa slide énervée, difficile de tous les citer. En conclusion, un double CD plein à craquer, 45 ans de passion pour une musique qui, toujours vibrera au sein de l’âme humaine.
Juan Marquez Léon

Buffalo Summer
Second Sun

Genre musical: Hard rock sudiste
Label : UDR
Distributeur :
buffalosummer.net

En général 'l'habit ne fait pas le moine'... au verso de la pochette ? Ben si ! Au recto ? On pourrait dire du stoner. Lourd, hard rock'n'roll, avec un je ne sais quoi du Sud. Ok ! Sauf que c'est pas des Ricains... mais des Gallois du sud, Southern South Welsh ! Bordel ! Ça y est l'Europe est contaminée... Autant dire que si vous aimez votre rock bien hard trempé dans le gumbo gallois, ce disque est pour vous : chant énorme, solos très seventies, chœurs et riffs apocalyptiques, basse mastodonte. Second Sun est… leur deuxième disque.
Juan Marquez Léon

Eli Paperboy Reed
My way home

Genre musical: Gospelisant
Label : YEP ROC !
Distributeur :
DIFFER-ANT

La ferveur du gospel irrigue tout le disque. Une énergie débordante, un enthousiasme au sens étymologique du mot (Dieu est en toi). Mais point de bigoterie ici. Eli Paperboy Reed annonce : « L’idée de salut ne doit pas signifier le salut du point de vue religieux. Mon but est juste de faire la bonne musique pour toucher les gens et qui aille à la rencontre des autres. Pour moi cela signifie trouver le chemin vers soi-même », d’où le titre générique. « Mon intention n’a jamais été de faire un disque de gospel, juste un recueil de chansons peut-être plus importantes que ce que j’ai fait auparavant ». Reed avoue avoir toujours été sous le charme des petits groupes de gospel dont le rythme trépidant fait passer le frisson comme The Soul Stirrers ou The Dixie Hummingbirds. Eli Reed qui est au chant et également à la guitare est soutenu dans l’entreprise par J.B Flatt à l’orgue, Michael Isvara Montgomery à la basse et Noah James Rubin à la batterie. Le chant incandescent du leader est mis encore plus en valeur par un chœur de jeunes gens socialement défavorisés de Harlem. Eli Paperboy Reed signe tous les titres de l’enregistrement. Il y en 11 en tout, dans l’ensemble assez bref puisque le CD est bouclé en 34 minutes. Avec des harmonies assez classiques tout en étant très actuel, Reed ne trahit en rien le son originel.
Gilles Blampain

Greg Zlap
Soldarnosc

Genre musical: Chanson française rock
Label : FREE SOUL
Distributeur :
PAS ENCORE

Après six albums, l’EP 5-titres que voilà prélude sans doute au septième. Cette entrée en matière jouit déjà d’une belle exposition : Johnny Hallyday, dont Greg Zlap est l’harmoniciste (pour ceux qui auraient eu un accident de spéléologie au début du millénaire et qu’on viendrait juste de sortir de la crevasse) l’a programmé, lui et son groupe, en première partie de ses concerts. Le deuxième EP est en préparation. En attendant de pouvoir l’apprécier, voici, en cinq titres, l’expression d’une chanson française rock contemporaine, empreinte d’une nostalgie sans emphase que la respiration de l’harmo porte discrètement, avec beaucoup de classe, sans héroïsme mal venu, sauf la gigue fiévreuse de ‘L’Homme A L’Harmonica’, reprise d’Ennio Morricone. Les quatre autres titres sont des compos mélodieuses, d’autant plus poignantes qu’elles semblent s’excuser de leur mélancolie (‘Solidarnosc’), simples et lumineuses (‘Tu L’As Encore’), mais laissant filer une sorte d’assurance qui leur donne l’avant-goût des classiques (‘Faut Pas Qu’Je T’Aime’). Zlap chante d’une voix fluide, intime, comme ferait Souchon pour clôturer un album. L’harmo en plus. Et deux décennies de blues dans la gorge qui apportent beaucoup de profondeur à cette pop. Pour pasticher la réponse d’un peintre célèbre : « Combien de temps avez-vous mis pour faire ce CD ? – Vingt ans. »
Christian Casoni

Guy Verlinde
Rooted in the blues

Genre musical: Blues à l'ancienne
Label : DIXIEFROG
Distributeur : HARMONIA MUNDI

Enraciné dans le blues, Verlinde le Belge l’affirme avec ce nouvel enregistrement. En 13 titres originaux signés de sa main il déroule un panorama où s’étale un camaïeu de blues du plus bel effet. Down home, funky, rock ou soul les déclinaisons s’enchaînent avec bonheur, et les cousinages qui se dévoilent au gré des tempos sont à chercher du côté de Chicago, du Mississippi, de la Louisiane ou du Texas. Ambiances relax, énervées ou joyeuses, on navigue de l’intime au festif ; le blues est un feeling et Verlinde est son vecteur. Pour réaliser ce projet l’homme de Bruges s’est entouré de quelques amis parmi les meilleurs bluesmen du Bénélux. L’affaire a été bouclée en 48 heures chrono. Sept musiciens enfermés dans un studio jouant ensemble et en direct. Le chant agréable et chaleureux est mis en valeur par le  triptyque de base guitare, basse, batterie auquel s’ajoutent piano, orgue, harmonica. Le résultat est un sans-faute absolu. Cet enregistrement qui peut être qualifié d’Old School ne sombre pas dans la nostalgie, son charme est intemporel. Guy Verlinde est doté d’un réel talent et d’une sérieuse technique et il nous sert une musique entrainante avec un enthousiasme non feint. Une belle réussite, un disque généreux qui transporte l’auditeur pendant 44 minutes.
Gilles Blampain     

Honey Island Swamp Band
Demolition day

Genre musical: Bayou Americana
Label : RUF
Distributeur : SOCADISC

En 2005 Katrina a dévasté New Orleans et a forcé un grand nombre de gens à aller vivre ailleurs. Les membres de ce band font partie de ces infortunés. Basés à San Francisco, c’est là qu’ils ont formé ce groupe. Mais l’esprit de la Crescent city ne disparaît pas aussi facilement, ils sont revenus vivre à NOLA en 2007. Ils ont déjà gravé trois albums avant celui-ci. Aaron Wilkinson chante, joue de la guitare et de la mandoline, Chris Mulé chante lui aussi et joue également de la guitare, Sam Price tient la basse, Garland Paul marque le tempo sur sa batterie et Trevor Brooks assure la mélodie aux claviers. L'album a été enregistré au Parlor Studio à New Orleans avec Luther Dickinson dans le fauteuil du producteur. Quelques invités comme Ivan Neville et Tab Benoit sont venus prêter main forte. L’ambiance de la Big Easy transpire à chaque plage de cet album. Le band fait fi des frontières musicales et enchaîne naturellement blues, country, soul, funk, second line. La critique US les compare à Little Feat, The Band, The Allman Brothers, ce qui donne une certaine idée de la dimension du band ; ajoutons à cela quelques accents stoniens sur certains titres pour faire bon poids. En 51 minutes le CD déroule 11titres signés principalement Wilkinson ou Mulé. Une musique qui possède à la fois une certaine fraîcheur et un côté épicé.
Gilles Blampain

No Sinner
Old habits die hard

Genre musical: Rock, Rhythm and Blues
Label : MASCOT
Distributeur : PROVOGUE

Danger ! High Voltage ! Voici No Sinner, combo énervé originaire de Vancouver, emmené par la jeune Colleen Rennison, au parcours hors du commun. A peine âgée de six ans, elle entame une carrière d’actrice et multiplie les rôles au cinéma et à la télévision. En 2008, elle s’installe à New York pour une formation théâtrale et musicale, vite interrompue parce qu’on lui trouve la voix trop grave (le syndrome The Voice ?). Peu importe : le rock’n’roll lui tend les bras. Elle s’associe au bassiste Parker Bossley, ex Hot Hot Heat, pour un premier EP, Boo Hoo Hoo, suivi d’un album du même nom, en fait leur EP étoffé. Même si No Sinner est l’anagramme de Rennison, même si elle apparaît seule sur la pochette, on s’en voudrait de ne pas citer ses acolytes, outre le susnommé Bossley : l’excellent guitariste Eric Campbell et le batteur Ian Browne, tant il s’agit d’un groupe soudé, et non une bande de tâcherons  qui en seraient réduits à mettre la belle en valeur. Voici donc une douzaine de titres, percutants pour la plupart, à flux tendu, le groupe calmant le jeu à deux occasions, peut-être les moins convaincants du lot, mais qui ont le mérite de faire admirer le bel organe de la vocaliste. Parlons-en, de cette fameuse voix : redoutable, capable de belles nuances, elle se montre à la hauteur de ses modèles, Janis Joplin et les grandes chanteuses  soul, ou, comme elle aime à le souligner, un certain Robert Plant. On songe aussi, dans les moments les plus enlevés, aux BellRays pour le mix rock soul et un timbre proche de celui de Lisa Kekaula (le très r’n’r ‘Saturday Night’). No Sinner sait varier les climats : rythmique volontiers menaçante (‘All Woman’), basse post punk et riff à la T Rex (‘Fading Away’), blues rock costaud (l’excellent ‘Mandy Lyn’)… Un album plus que convaincant, un groupe à suivre, assurément. 
Marc Jansen

PJ Harvey
The hope six demolition project

Genre musical: Rock alternatif
Label : BARCLAY
Distributeur : ISLAND RECORDS

Polly Jean Harvey, c’est l’anti-potiche. Délurée, forte en gueule, en apparence elle s’est assagie – elle n’en est plus à gémir sur fond de guitares abrasives telle une chatte ébouriffée, ou mettre en scène ses menstruations (‘Happy And Bleeding’ sur Dry) – mais pour le reste, elle ne lâche rien. Après avoir parcouru des régions aussi idylliques que le Kosovo ou l’Afghanistan, elle revient à Washington pour attaquer de front les responsables d’un projet immobilier du nom de Hope 6. Les titres sont éloquents : ‘ The Ministry Of Social Affairs’, ‘ Dollar Dollar’, ‘The Ministry Of Defence’… Bien sûr d’aucuns vont ricaner, mais ce n’est pas parce qu’on est à l’abri du besoin qu’on doit rester sourd au monde qui nous entoure, n’est-ce pas? Toujours secondée par les fidèles John Parish et le producteur Mark Ellis, alias Flood, PJ Harvey propose un album exigeant, audacieux qui, après quelques œuvres moins marquantes, renoue avec l’intensité de son chef d’œuvre To Bring You My Love ou de Stories From The Cities. Et intègre élémentsgospel  (‘ River Anacostia’), sax free (‘Chain Of  Keys’) ou sample du Delta (Jerry Boogie McCain sur ‘ The Ministry Of Social Affairs’), autant de touches subtiles qui rendent cet album passionnant. Ballade solaire (‘Near The Memorials To Vietnam’), pop enjouée (‘The Orange Monkey’), ce disque est tout sauf un pensum, ce que le sujet aurait pu faire craindre.
Marc Jansen

Royal Southern Brotherhood
The royal gospel

Genre musical: Blues, soul, rock...
Label : RUF
Distributeur : SOCADISC

Ne pas prendre le titre du CD au pied de la lettre. Point de gospel ici, pas d’évangile mais du rock, même parfois un peu hard, de la soul, du funk, du blues-rock. La spiritualité est dans la musique. Le côté biblique réside peut-être dans le fait que l’enregistrement s’est fait en sept jours. Cyril Neville est au chant et aux percussions, Bart Walker et Tyrone Vaughan sont aux guitares où ils rivalisent de maestria et tous deux chantent également, Yonrico Scott est à la batterie et Darrell Phillips tient la basse. Norman Caesar a été invité à enjoliver quelques titres avec de savoureuses envolées d’orgue Hammond B3. Enregistré au Dockside studio en Louisiane, c’est un succulent gumbo musical que nous offre RSB. Cyril Neville dit d’ailleurs : « Tout l’enregistrement tend à faire un joyeux bruit ». Et quel bruit ! Un groove d’enfer ! Un enregistrement top niveau dispensé par un band dynamique et enthousiaste. Et Neville d’ajouter : « Mais pendant qu’on s’amuse il ne faut pas oublier ce qui se passe autour de nous… nous sommes des citoyens du monde ». Et les chansons  de critiquer le consumérisme, les politiciens inefficaces ou de vanter la solidarité. Une seule vérité, cet évangile selon RSB c’est la communion dans la musique.
Gilles Blampain

Son of Dave
Explosive hits

Genre musical: Blues acoustique
Label : GODDAMN RECORDS
Distributeur : K&B FRANCE

Quelqu’un se souvient-il des disques K-Tel ? Ces disques cheap sur lesquels des musiciens anonymes reprenaient les succès du moment… Voilà le postulat de départ de Benjamin Darvill, alias Son of Dave, one man band canadien basé au Royaume Uni, grand spécialiste de la beat box et de l’harmonica. Soit, sous une pochette flashy, réinterpréter 13 hits explosifs dans des versions désossées. L’objectif : couvrir un siècle de musique populaire, du ‘Black Betty’ de Lead Belly popularisé par Ram Jam… à ‘Harder Better Faster Stronger’ de Daft Punk – fort heureusement débarrassé des minauderies électroniques. Bien sûr les bluesmen sont en force: on retrouve Slim Harpo (‘Shake Your Hips’), Robert Johnson (‘Crossroad Blues’) ou encore John Lee Hooker (‘Burning Hell’). Mais on a droit aussi à des choses plus déroutantes, telles le ‘Lust For Life’ d’Iggy, 'Low Rider' de War (avec un falsetto qui n'est pas sans rappeler Prince) ou même la scie de Technotronic, ‘Pump Up The Jam’. Et puis une version ébouriffante de ‘Whole Lotta Rosie’ d’AC/DC, et l’on se dit qu’à tout faire, on aurait préféré le voir remplacer Brian Johnson au sein du combo australien plutôt que le redoutable Axl Rose, choix plus rentable bien entendu. Economie de moyens, bruitages divers, et un choix éclectique qui évite toute baisse de tension. Deux covers seulement figuraient sur de précédents albums, c’est donc avec une joie non feinte que l’on redécouvre tous ces titres.
Marc Jansen

The Bonnevilles
Arrow pierce my heart

Genre musical: Garage Punk Blues
Label : ALIVE NATURALSOUND
Distributeur : www.alive-records.com

Cela commence dans une église de Clarksdale Mississippi, on enterre vraisemblablement quelqu'un... sauf que ce duo est de Lurgan, Belfast, Ireland ! Même ferveur religieuse... vous me direz ! Et donc, encore une formule guitare chant, Andrew McGibbon Jr, et batterie, Chris McMullan ! Décidément... Alors qu'est-ce qui différencie les Bonnevilles de tous les autres ? Et bien justement, c'est leur côté irish qu'ils expriment dans 'Eggs And Bread' ou 'Those Little Lies'. De toute façon un irlandais, peu importe la musique qu'il jouera, toujours la tradition de l'île sera. Ailleurs ce n'est que blues du Delta, braillé, hurlé par le chanteur, distorsions de guitares primitives, beats obsédants. Punky dans 'My Dark Heart', 'I Dreamt Of The Dead' ou 'Learning To Cope'. Alternance de climats lancinants et d'accélérations malsaines dans 'The Whiskey Lingers' tandis que 'The Electric Company' vous fait lever et taper des pieds même avec 2g de Guinness. 'Arrow Pierce My Heart', expérimentalement hypnotique, un peu comme du Link Wray : le gars veut nous foutre les jetons. Si Robin Trower voulait s'offrir une seconde jeunesse il ferait 'I've Come Too Far For Love To Die', tellement le jeu, le son des deux guitaristes sont proches. 'Erotica Laguna Lurgana', c'est Link Wray et Martin Denny accompagnant Poison Ivy pour un strip-tease exotique. Mais pour moi, le 'hit' c'est 'The Man With The X Shaped Scar On His Cheek' ; bon Dieu, c'est du même niveau que The Nerves et Jack Lee ! Au final un disque, leur 3ème, assez diversifié en fait, mais, plus qu'habité ; hanté.
Merci Alive !
Juan Marquez Léon

The Wealthy Hobos
Everybody needs some change

Genre musical: Blues, Boogie
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : www.thewealthyhobos.com

Blunk : terme générique. Contraction des termes blues et punk, appellation due à l’éminent professeur Casoni, musicologue averti. Exemple: « The Weathly Hobos, c’est les Ramones qui rencontrent JL Hooker». Voir aussi: Seasick Steve, Black Diamond Heavies, Chicken Diamond… Nous emprunterons donc sans vergogne cette définition astucieuse, tant elle nous semble appropriée. Musique hirsute et débraillée, à l’inverse des artistes proprets dont, par pure bonté d’âme,  nous tairons simplement le nom – mais bien sûr, musique cent fois plus excitante. Ces riches clochards nous viennent de la région parisienne et se nomment Sacha (vocaux, guitare, harmonica, cigarbox), Leo (guitare) et Slim (batterie). Ils adorent s’entourer d’invités – on n’en dénombre pas moins d’une petite quinzaine sur cet album inaugural. Dès l’entame (l’irrésistible ‘Travelin’ Hobos’, avec ces chœurs qui sonnent comme les jappements d’une meute de chiens enragés), le groupe fonce droit devant, sans prendre la peine de se retourner. C’est que manifestement, il y a urgence. Une majorité de titres explosifs, enrichis par l’apport desdits invités, ajoutant une touche de saxo, de piano, de violon, ou encore des voix féminines. Quelques accalmies bienvenues, soit une tierce de ballades qui ne sombrent jamais dans la mièvrerie. A l’image de la conclusion, l’envoûtante ‘Misery Song’, en duo avec la vocaliste Pauline Johana Alcaïdé. Trente-deux minutes au compteur, huit plages seulement, c’est en fait notre seul regret.
Marc Jansen

Tony Joe White
Rain crow

Genre musical: Swamp blues
Label : YEP ROC !
Distributeur :
DIFFER-ANT

Ambiances sombres et poisseuses, voix grave et chansons mélancoliques, Tony Joe White est de retour avec cette signature sonore qui n’appartient qu’à lui. La magie du bayou opère et on n’y échappera pas. La mythologie du Sud a trouvé son incarnation. Il chante comme on parle sur le ton de la confidence, doucement d’un ton feutré. Le rythme est entêtant, envoûtant, le charme agit encore et toujours. Le chant est porté par une basse lourde autour de laquelle virevoltent des tourbillons de guitares psychédéliques. De loin surgit un harmonica minimal ou un tambour assourdi et le temps semble suspendu. Chaque auditeur est un interlocuteur privilégié. White convoque les souvenirs d’antan, l’enfance avec ses espoirs et ses frayeurs, une époque où les animaux annonçaient le temps à venir, un âge où les conteurs transcendaient l’imagination. Tony Joe White signe tous les textes, seul ou en compagnie de sa femme Leann, et la chanson ‘The Middle Of Nowhere’ a été co-écrite avec Billy Bob Thornton. Ce nouvel album qui a mis trois ans pour venir à maturité a été enregistré dans le home-studio de White à Franklin, Tennessee, et produit par son fils, Jody. Rain Crow ce sont 9 titres qui se déploient en 45 minutes comme une parenthèse hors du temps qui passe.
Gilles Blampain

Walter Trout
Alive in Amsterdam

Genre musical: Blues-rock
Label : MASCOT
Distributeur : PROVOGUE

Ici, il y a du gagné d'avance. Walter Trout enregistré en public aux Pays-Bas, là même où plus de vingt ans auparavant a été créé son  premier fan club. Cela s'entend  aux réactions chaleureuses d'un public connaisseur venu acclamer un artiste heureux de vivre et de partager sa musique. Walter Trout a frôlé la mort en 2014 (hépatite C et greffe du foie) et gagné en 2015 « The Sena European Guitar Award ». Cette soirée de Novembre 2015 voyait le Royal Theatre Carré d'Amsterdam trembler sous le déluge de notes d'un guitariste touché par la grâce. D'entrée, un p'tit solo pour dire : « Coucou c'est moi, accrochez-vous les gars ! » et hop il attaque avec deux titres musclés ‘Help Me’  et ‘I'm Back’ pour arriver à son fameux ‘Say Goodbye To The Blues’ dédié, ce soir-là, à BB King. Plus de dix minutes de bonheur ! A mon avis le morceau de bravoure de ce premier CD. Suivent ‘Almost Gone’, ‘Omaha’, ‘Tomorrow Seems So Far Away’ franchement rock, ‘Playin' Hideway’ carrément blues-rock et ‘Haunted By The Night’ titre lent dans lequel la guitare gémit, pleure, se lamente. Le second CD débute avec ‘Fly Away’ suivi de ‘Please Take Me Home’ que l'on trouve sur l'album de 2015 Battle Scare, s'ensuit un ‘Rock Me baby’ de 9'30 que vient calmer un ‘Marie's Mood’ qui  n'était pas prévu sur la set list, où l'organiste Samy Avila a droit à son petit chorus. Le batteur, Michael Leasure, a lui aussi son moment de gloire dans le titre suivant, ‘Serve Me right To Suffer’, qui clos ce concert le pied au plancher. On a même droit au rappel où le public reprend en chœur le refrain de ‘Love That We Once Knew’ Tiens, je viens d'écouter deux CDs et je n'ai pas vu le temps passer. C'est bon signe, non ?
César