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10/20
Chroniques CD du mois Interview: ALMANAK Livres & Publications
Portrait: W.C HANDY Interview: lee o'nell blues gang Dossier: FENDER STRATOCASTER
 


Dans cette rubrique, vous trouverez une sélection de CD choisis par l'équipe Blues Again.

JUIN 2015

Alabama Shakes
Sound and Color

Genre musical: Soul
Label : ROUGH TRADE RECORDS
Distributeur : ROUGH TRADE RECORDS

Parmi les multiples façons d’évaluer la qualité d’un album, ajoutons celle-ci : sa place dans la setlist. Les concerts actuels d’Alabama Shakes sont composés de tous les titres de Sound And Color. C’est l’album qui change la donne, celui de la page blanche, le reboot d’un jeune groupe. L’introduction déroute quelques instants : c’est un mélange d’effets sonores presque psychédéliques, traversés de violons comme une nuée d’oiseaux en vol. Arrimés au sol, les ingrédients de la soul classique, basse, guitare, clavier, batterie, et la voix de Brittany Howard. D’une puissance renversante, elle se compare elle-même à Bon Scott. Le deuxième titre est le tube. Un vrai. ‘Don’t Wanna Fight’. Le groupe a retrouvé l’échoppe ou se fabrique les riffs anthologiques, que l’on croyait fermée depuis ‘Seven Nation Army’ en 2004. L’ostinato en question est repris soit à la basse, soit à la guitare tout au long du morceau. Porté par autant d’évidence, le groupe prend la tête du Billboard albums dès la semaine de sa sortie. Crossover direct. Champion du monde de la soul par KO, on n’a rien vu venir. ‘Dunes’ est un titre rock fantastique, ainsi que ‘The Greatest’. ‘Gimme All Your Love’ est une ballade épique au cours de laquelle Brittany explose toutes ses fermetures Eclair, dont les dents métalliques viennent se planter dans nos mémoires. ‘Shoegaze’ sera encore un tube. ‘Over My Head’ encore une hallucination. Meilleur album soul de 2015. Vintage Trouble sort le sien dans quelques mois. Suspens, enjeu, plaisir, triomphe musical et émotionnel.
Cranberry Gordy

Clayton Doley
Bayou Billabong

Genre musical: Soul Blues...
Label : HIFI-DOLEY-T
Distributeur :
www.claytondoley.com

Le dossier de presse résume : « Bayou Billabong capture l’essence de la tradition du piano blues New Orleans en fusionnant Australiana et Americana d’aujourd’hui ». En moins de deux lignes, tout est dit clairement et brièvement, et tout autre commentaire devient presque superflu. Clayton Doley pianiste et organiste (Rhodes et Hammond B3) résidant dans les environs de Sydney a pas mal roulé sa bosse et côtoyé tout le gratin du blues et de la soul (Steve Cropper, Joe Bonamassa, Walter Wolfman Washington, Hubert Sumlin, Mojo Buford, Louisiana Red, Eugene Bridges, Harry Manx… la liste est vraiment très longue). Il possède un doigté subtil inspiré des grands maîtres néo-orléanais où la soul se laisse caresser par le funk et chante d’une voix grave et chaude véhiculant une certaine volupté. Comme le titre du CD le laisse deviner, l’enregistrement s’est fait à New Orleans et à Sydney et les deux influences géographiques transpirent de cet enregistrement. La moiteur du bayou le dispute à la tiédeur du billabong. La nonchalance du French quarter rivalise avec la décontraction de Darling Harbour et c’est donc naturellement que le brass band de la Crescent city laisse la place au didgeridoo. Américains, Canadiens ou Australiens les musiciens et choristes qui entourent Clayton Doley semblent triés  sur le volet et la prestation est toujours au top. En 40 minutes, les 8 titres du disque, tous signés Doley, s’enchaînent avec une belle élégance tant dans le style que dans l’interprétation.
Gilles Blampain

BLUES

Colonel Cody & Little Big Mig
Bones

Genre musical: New Blues "du monde"
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur :
www.colonelcody.com

Toujours étonné de trouver de nouvelles sonorités, je suis tombé en arrêt sur ce Bones concocté patiemment par ce duo remarquable, résidant quelque part du côté de Cholet. Les deux protagonistes ont en commun plus de 20 ans de collaboration scénique. Le Colonel Cody s'occupe de la guitare, de l'harmonica et chante. Little Big Mig chante aussi, frappe ses peaux et gère programmations et samplings. Le blues sert de base aux quatorze titres de ce premier CD qui nous emmènent voyager autour de mélodies souvent incantatoires. Des sonorités africaines aux langages inventés, des reprises allumées (‘Crossroad’, ‘Bones’ et quelques autres), un peu de feeling électro (‘Cosmos’) des titres en français (‘Éléphant’, ‘Étoiles’, ‘Africa’). Il suffit de se déconnecter et de se laisser emporter par ce film musical qui fait voyager « loin dans sa tête » pour y trouver la pulsation première, celle qui animait de lointains ancêtres qui conversaient avec les étoiles ou hurlaient à la lune. Vous m'en direz des nouvelles.
César

Eric Bibb
Guitar Tab Songbook Vol.1

Genre musical: Cours de perfectionnement
Label : DIXIEFROG
Distributeur :
HARMONIA MUNDI

Amis guitaristes réjouissez-vous ! Suite aux demandes récurrentes de nombreux fans, Eric Bibb a choisi 10 titres qu’il joue régulièrement en scène pour un Songbook Volume 1 (ce qui sous-entend qu’il y aura une suite). Guitariste élégant, bluesman chanteur de charme, sa dextérité à manier une guitare, qu’elle ait six ou douze cordes, est bien connue du public, et son interprétation, tout en délicatesse et en sobriété, entraîne toujours l’auditeur dans différents univers. L’objet en question est un 3 en 1. Le digipack renferme un CD, un DVD et un CD-Rom. Le CD propose donc 10 titres spécialement réenregistrés par Eric Bibb avec une version guitare seule et une version guitare et voix. Le DVD de 73 minutes présente des vidéos de l’artiste jouant les 10 titres. Pour chaque titre trois vidéos : une vidéo d’Eric Bibb de face (avec gros plan sur les deux mains, l’écran étant divisé en deux), une autre vidéo filmée par en haut avec une vue différente sur la position de sa main gauche, et enfin une vidéo d’explications techniques. Le CD-Rom comprend les tablatures et la transcription en solfège sous forme de PDF ainsi que les textes également en PDF et des versions MP3 des titres. Tout a été filmé et enregistré à Paris et ce beau projet didactique a été mené à bien grâce à l’investissement de Philipe Langlois patron de Dixiefrog.
Gilles Blampain

Fuzeta
Drive

Genre musical: Pop-Rock
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur :
www.wearefuzeta.bandcamp.com

Revoilà les frères Sims de Vannes, ex-Lyse, ex-suppôts du grunge et du stoner, devenus aujourd’hui… de puissants mélodistes. Dorian (le chant principal et la guitare), Pierre-Antoine (la guitare et le chant), Charles (la basse et le chant) et, hors-fratrie, Jérémy Hervé, un batteur de leurs amis, parlent déjà de leur ancien groupe comme d’un péché de jeunesse. Fuzeta sort un premier EP six titres pour tâter le terrain. C’est déjà une grosse affaire qui annonce un superbe album de pop-rock. La force de Lyse est gainée dans les six mélodies chorales de Fuzeta : une dynamique vocale illimitée, l’harmonie virile des guitares, une vibration rampante qui apporte un drive terrible aux hymnes et, comme avant, le mouvement des chansons qui raconte toujours une histoire. Ce qui change surtout, ce sont les trois voix en chœur bien construit, qu’ils reproduisent sur scène sans problème. On pense parfois à REM voire à Coldplay mais, dans tous les cas, avec davantage de substance et de caractère. On pense à Awolnation aussi, pour la touche quasi-grégorienne de certains passages. Le batteur ne tape pas avec des lanières de guimauve et abat un travail considérable. Les titres commencent toujours sur un arpège qui se dilate et monte en chauffe, jusqu’à une apothéose, laquelle ne colle jamais le groupe au plafond comme avant, tant son potentiel est confortable. La rage que le groupe laissait éclater naguère ne s’est pas évanouie, mais la mélodie leur donne un canal qui faisait défaut, du temps de Lyse, pour l’exprimer. La rage est maintenant sublimée par cette architecture vocale et ses apostrophes en paliers. Le dernier titre, ‘Ferns’, récapitule magistralement toutes ces professions de foi.
Christian Casoni

Hoboken Division
Arts & Crafts

Genre musical: Blunk
Label : LES DISQUES DE LA FACE CACHEE
Distributeur : BERTHUS FRANCE

A entendre ce blues belliqueux qu’ils font gicler du minerai, et qu’ils usinent au bottleneck comme pour se souvenir du boucan des forges, les rockers de l’est ont l’air sérieusement traumatisé par le coma sidérurgique de la région, Moins gore que Chicken Diamond mais tout aussi radical, le duo de Nancy renverrait aux White Stripes. La jeune fille chante comme un pinson jailli d’un lance-flamme, avec des incantations de guerrière punk : Marie Rieffly. Le jeune homme lève des colonnes de larsen, toujours en quête d’une transe de combat rapide : Mathieu Cazanave. Mais pas si White Stripes que ça, en fait. ES 335 accordée standard, The Paul en open G, Melody Maker en ostrich, l’overdrive toujours enclenché, la Big Muff, la fuzz-tremolo, la Mustang, les samples de batterie dans l’ampli à lampes, micros d’époque, préamps 60 et 70’s, que la fête blunk commence et que voltigent les nunchakus. L’album zigzague entre les décharges de foudre, on le devine, mais la richesse de sa substance mûrit moins dans sa force que dans l’intelligence avec laquelle sont tracés les plans de ses dix cryptes : des recoins inattendus augmentent les surfaces, des jours guère plus larges que des meurtrières surélèvent les plafonds. Il y a ce léger décrochement vers un folk sinistré : ‘Everything’s Fine’ (une ballade ? WTF !), et même une sorte de new wave hippie : ‘Late Night Riot’. Deux titres dominent l’orgie : ‘Shake ‘em On Down’, beat robotique, chant martial, plus proche de la version Burnside que l’original Bukka White, et ‘Desertion’, un punky drone vengeur qui rachète à lui seul le défaitisme des grands labels.
Christian Casoni

Jean Jacques Milteau - DVD
What's that sound ?

Genre musical: Blues
Label : LA HUIT
Distributeur : www.lahuit.com

Un film de Stéphane Jourdain. On ne présente plus JJ Milteau, tellement celui ci a œuvré pour l'harmonica. Nous le retrouvons ici en concert au Parc Floral dans le cadre du Paris Jazz Festival du 23 juin 2013. Un entretien à la Dynamo (Pantin) vient se glisser entre les titres. D'une grande humilité, l'harmoniciste nous apprend que c'est Dylan qui lui a donné le goût de l'instrument ; qu'à propos des Etats-Unis, il préfère le rêve à la réalité ; seul, il souffle un titre d'inspiration celtique qui va se transformer sur scène en un gospel, nous rappelant qu' au commencement, et malgré la douleur, les deux aimaient dialoguer ensemble. Les chanteurs de ce concert sont, Michael Robinson (voix angélique) et Ron Smyth (voix rocailleuse). Merveilleux duo aux accents soul auquel l'harmo de JJ fait office de 3ème voix. Le charisme de Ron Smyth fait merveille, super danseur en plus, dans ses belles grolles en croco ; la classe! Pour ouvrir cette route vers le Mississippi : Manu Galvin (guitare), Eric Laffont (batterie), Gilles Michel (basse), et un invité Mathis Haug (guitare). Des titres composés par Milteau et Smyth, comme le merveilleux et très syncopé 'Leaving In The Morning', qui traite de la fuite incessante des pauvres de cette planète vers l'Europe et de meilleures conditions de vie. 'Will You Come' de et chanté par Michael Robinson, (on dirait Aaron Neville), traditionnel écossais modifié en mémoire à Martin Luther King. De nombreuses reprises aussi ; Little Milton, JB Lenoir, Bobby Charles, David Crosby, Buffalo Springfield, notre homme n'est pas puriste et son groupe assure grave! Gros contraste  d'ailleurs entre cette prestation en plein air et son public..... planté là devant, sur des chaises. La maison de retraite du coin aurait-elle fait un lâcher de petits vieux? Mystère! Même si sur la fin, le 'Long Time Gone' de Crosby transformé en boogie les fait un peu se dandiner.....
Juan Marquez Leon

Left Lane Cruiser
Dirty Spliff Blues

Genre musical: Blunk
Label : ALIVE
Distributeur : DIFFER-ANT

Largué par son suppôt Brenn Beck, Freddy J (entendre Joe Evans) est allé débaucher deux brutes chez White Trash Blues Revival, un gang de Fort Wayne. Freddy/Joe joue de la tuyère et du décollement de larynx. Pete Dio remplace Brenn sur l’enclume et joue du choc. Joe Bent joue avec l’échelle de Richter. Left Lane Cruiser dégringole son cinquième plafond chez Alive. Pas de problèmes, c’est toujours fast & furious mais, plus le disque tourne, plus leur hill country supersonique évolue vers un heavy blues presque orthodoxe (‘Cutting Trees’), et même vers un presque un blues rock de grande personne (avec ‘Skateboard Blues’, on est presque chez Johnny Winter, le coffre en plus). La batterie et la prosodie sont presque en place, le majeur chromé suit presque les accords, on sentirait presque poindre une tentation mélodique en tomber de rideau (‘She Don’t Care’). Mais avant d’en arriver à tous ces presque, on a eu le temps de changer plusieurs fois de couleur de prunelle et d’empreintes digitales. A chaque chorus horribilis, en fait. Leur blunk franchit tellement de paliers que les chorus en question tiennent davantage de l’accident de criticité que du solo, une fusion de bottleneck qui irradie dans tous les sens, très courte sur le chronomètre, mais dilatée dans l’épaisseur avec une intensité rarement éprouvée, dans une bousculade de toms et une alternance de back et de front-beats. Rien que sur ‘Tangled Up In Bush’ on en compte trois, de ces meulages furibards. Considérant le titre de cette chanson, on pense à Dylan. Surprise, les phrasés de la voix sont ceux d’un Dylan enstoogé. Ce spliff, c’est de la dynamite.
Christian Casoni

Mister Joss
Five

Genre musical: Blues soul
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : www.misterjoss.fr

Cinq titres par cinq musiciens cela donne Five. Car Mister Joss n’est pas unique mais quintuple. Un corps à cinq têtes : Joël Sicard (guitare et chant), Guillaume Robin (harmonica et chant), Olivier Delafuys (claviers), Samuel Tricot (basse) et Stéphane Tricot (batterie). A travers le titre du CD, on devine qu’une belle harmonie soude les membres du groupe qui ont branché leurs amplis sur pas mal de scènes de festivals depuis quelques années. Leur premier enregistrement (So Expected) était paru en 2011, 4 ans plus tard ils renouvellent l’expérience du studio. On a l’impression que le band cultive l’étrange paradoxe de l’énergie et de la décontraction. En effet, la prestation reflète une puissance contenue pour créer des ambiances plutôt relax. Ce qui donne un blues de fer dans une soul de velours dont la trame laisse entrevoir quelques reflets de rock. Les 5 titres originaux (signés collectivement) se déroulent en 23 minutes. C’est bref mais ce n’est pas bâclé pour autant, tout est bordé et la production est de belle facture. C’est dynamique et original avec un bon feeling. Une bonne base rythmique, de jolis échanges entre l’harmonica et le clavier, et une guitare efficace mais discrète, sans effets de manche intempestifs. Mister Joss a une belle main avec cette quinte.
Gilles Blampain

Pokey LaFarge
Something in the water

Genre musical: Blues’n’swing d’hier et d’aujourd’hui
Label : ROUNDER
Distributeur : UNIVERSAL

Inutile de tourner en rond, Pokey Lafarge n’a pas d’âge. Quand bien même l’état civil de l’Illinois le fait naître en 1983, son univers graphique et mental s’enracine dans les turbulences de la guerre froide, la frénésie des Années folles, le terreau des siècles passés, pris au jeu des atavismes du jazz embryonnaire et de la ritournelle des pionniers, un joli camaïeu d’époques pendant lesquelles l’Amérique s’encanaillait autour des gammes nouvelles, pourvu qu’à la fin le public gigouille sur la piste de danse. Ce septième album permet au grand dadais de Saint-Louis de creuser l’intemporel sillon qu’il trace depuis 2006 : la surprise n’est pas au rendez-vous car il cherche en priorité à valoriser l’héritage du Nouveau Monde. Question style, il nous promène du blues Antebellum à la ballade western, de la chanson populaire au swing festif de la rue, version New Orleans. Roulements de caisse claire, soli de trompette ou de clarinette, morsures électriques des guitares, giclées nerveuses d’harmonica, petits sifflements décontractés, chœurs primitifs comme au temps des défricheurs du rock’n’roll, l’ensemble charrie des brouettées entières de bonne humeur sur un rythme enlevé juste comme il faut. Sur le plan technique, les seize musiciens invités pour la circonstance sont irréprochables. Pokey sait aussi manier les mots qui touchent les cœurs. Sa voix s’accorde à l’ambiance générale, allègre et piquante, estampillée « inclassable vibrato » qui enrichit tous les titres. On l’a donc saisi, ce disque entrelace fraîcheur et authenticité, avec un indéniable talent de composition et beaucoup de savoir-faire étayé par l’expérience des festivals qui ont conduit la bande à Pokey aux quatre coins de la planète. Bien sûr il y a le revers de la médaille : au fil des écoutes domine l’impression d’entendre toujours le même morceau et la structure classique du vieux ragtime peut lasser à l’usage. N’empêche que Lafarge, c’est du tonique !
Max Mercier

Royal Southern Brotherhood
Don’t look back / The Muscle Shoals Sessions

Genre musical: Hard rock'n'soul of New Orleans
Label : RUF
Distributeur : SOCADISC

John Hiatt dit de ce groupe: 'They are not a band, they are an extravangaza!' Nouveau départ pour cette formation atypique, puisque les guitaristes Devon Allman et Mike Zito  sont partis batailler leur manche ailleurs. En remplacement, le RSB nous propose pour leur 3ème disque : Bart  Walker, chanteur sur une bonne partie des titres, mandoliniste (le très Neville Brothers 'Penzi'), banjoïste (le countrysant 'Don't Look Back'). Et la seconde gâchette n' est ni plus ni moins que le rejeton de Jimmie 'Fabulous Thunderbirds' Vaughan, soit le neveu de Stevie Ray! Fichtre, après le neveu de Duane Allman, nous voici encore  en bonne compagnie, leurs guitares dialoguant souvent au cours de vertigineux solos! ('Poor Boy'). Produit par Tom Hambridge et enregistré aux Studios Fame à Muscle Shoals, Alabama, ce disque alterne des choses très viriles (le teigneux 'I Wanna Be Free', ou 'Hard Blues' qui lui est très......hard blues!) avec des petites merveilles soul comme on sait les préparer du côté des bayous de la Nouvelle Orléans. Le cuisinier en chef : Cyril Neville au chant (65 ans) ; et pour rester en famille, son neveu (encore?), Ivan Neville, orgue Hammond ('Hit Me Once'). Du coup le gumbo mijote au point avec des titres swamp et funk, le très Meters 'The Big Greasy'. C'est aussi Little Feat qui jaillit du 'Bayou Baby'. Si vous aimez les Neville Brothers, ce disque est pour vous. Comme indiqué sur la pochette, 'Thanks to the great Spirit!' d'avoir insufflé une telle énergie à la création de cet album. Il est vrai que la Tennessee River coule à côté, les indiens Yuchie la surnommant 'The Singing River'. Une réussite.
Juan Marquez Léon

Samantha Fish
Wild Heart

Genre musical: Rock
Label : RUF
Distributeur : SOCADISC

Samantha Fish revient avec un rock sans fioritures fait de riffs cinglant comme des coups de fouet soutenus par une rythmique bien marquée. Avec un son qui déchire, un punch d'enfer qui lance des solos incendiaires, et un bon feeling, ce nouvel album (son troisième en studio) ravira les fans de la jeune Américaine. Il se dégage de cet enregistrement une forte saveur de country mais blues et soul ne sont jamais loin. En formation réduite, basse (Luther Dickinson), batterie (Brady Blade), la performance à la guitare de Samantha Fish est pleine de puissance et le chant accrocheur bien qu’un peu lisse ne manque pas souffle. Mais la miss sait se faire plus tendre sur quelques passages acoustiques de belle facture ou le rock cède le pas à la ballade. Sur les 12 titres de la set list, Samantha Fish en signe 5 seule et 5 autres en compagnie de Jim McCormick parolier réputé de Nashville. Et pour faire la douzaine, elle reprend Charley Patton, ‘Jim Lee Blues Pt.1’ et Junior Kimbrough ‘I’m In Love With You’, titre sur lequel Lightnin’ Malcom pointe le bout de sa guitare en invité spécial. A moins de 30 ans, on sent que la petite blonde du Missouri a une connaissance impressionnante de la musique d'antan et affiche son respect pour les musiciens qui l’ont précédée. Une production de bonne qualité qu’on pourrait saluer en disant « j’m’en Fish »
Gilles Blampain

Spin Doctors
Songs From The Road

Genre musical: Blues-rock, funk-rock
Label : RUF
Distributeur : SOCADISC

Ce disque fait partie de la série des Songs From The Road de chez Ruf qui a déjà sorti des enregistrements live de Mike Zito, Royal Southern Brotherhood, Dana Fuchs, Coco Montoya, etc... Tous sont accompagnés en copie, du DVD du film du concert(cette fois la set list du CD est identique à celle du DVD). Les Spin Doctors sont captés au club Harmonie à Bonn en Allemagne en octobre 2013, dans la foulée de leur album blues If The River Was Whiskey. De bons petits blues-rock assez énergiques, donc, font partie du programme ('Scotch And Water Blues')  mais aussi des titres à tendance funk-rock, un peu comme les Red Hot Chili Peppers savaient faire à leurs débuts ('What Time Is It?', 'Yo Mamas A Pajama'). Chris Baron, chanteur de ce groupe new-yorkais fondé en 1989, rappelle un peu Steve Miller, chant haut perché mais étouffé en même temps. Le guitariste Eric Schenkman décroche quelques solos bien rocks et bien sentis. La rythmique, (Mark White, basse, et Aaron Comess, batterie) fait son job. Si vous aimez vos 'Piments Rouges' plus blues que funk, ce disque est pour vous. Honnête.
Juan Marquez Léon

Sugaray Rayford
Southside

Genre musical: Soul blues
Label : NIMOY SUE RECORDS
Distributeur :

Ce Texan d'origine nous présente son 3ème effort solo, toujours accompagné de son efficace Sugaray Rayford Band. La puissance de la voix de cet homme au large costume rouge en impose. Influence gospel, le Big Man a commencé dès l'âge de 7 ans en mission pour le Seigneur. Tout autant que les réponses au chanteur de la section de cuivres, (Allan Walker, Gary Bivona, George Pandis, Bill Bixler), le bassiste Ralph Carter installe un groove du tonnerre. Sa 'walking' basse nous mène de titres funky blues ('Miss Thang'), en titres plutôt jazzy ('Call Off The Mission'). Pour l'assister, le batteur Lavell Jones. 'Texas Bluesman', guitare sonique en intro, shuffle blues où Sugaray cite les grands musiciens que le Texas a porté en son sein ; Freddy King, Lightnin' Hopkins et les autres....Superbe. A mi-chemin du disque, 'Take It To The Bank', un blues acoustique, enregistré en club avec les glaçons carillonnant dans les verres à cocktail au rythme de l'harmonica de Bob Corritore! 'All I Think About' possède même un petit côté funk Nouvelle Orléans. Mais je garde le meilleur pour la fin ; la guitare de Gino Mattéo. Réverbérante et twangy dans le très beau 'Take Away These Blues', son lyrisme acide fait merveille sur 'Southside Of Town'. Avec son jeu délié, Gino sait être présent sans en faire des tonnes. Assurément, belle voix, bon groupe, très bon disque et… très, très beau costume !
Juan Marquez Léon

SWAMPINI
Travellin' People

Genre musical: Blues-rock qui claque
Label : LA MAIN GAUCHE PRODUCTION
Distributeur : www.swampini.com

Si l’on s’en tient à la traduction littérale, Swampini doit nous emmener direct au milieu des marécages, quitte à y bousiller notre âme pour toujours. Eh bien c’est fait, en onze morceaux de choix, tous originaux, qui couvrent une petite heure de gros son mijoté dans les cocottes magiques de l’ingénieur étoilé Pier Alessandri. Née à la fin du second millénaire et maman de deux albums à l’époque, évanouie aux aurores du troisième, la formation a resurgi du bayou en 2008 pour tricoter une musique survitaminée à base de guitares tranchantes et d’électricité maîtrisée. Chacun le propage et s’en délecte, ces cinq compagnons de scène laissent courir leurs envies aux azimuts du rock et du blues, fond de sauce de leur art, mêlant les rythmes et les genres pour façonner un monde où voltigent le cœur des hommes, le plaisir de gigoter, à qui mieux mieux, sans omettre de raconter la vie dans la langue des Grands Bretons. De Travellin’ People se dégage un parfum redoutablement inventif. Soli de grattons de la mort qui tue et riffs cabochards sont envoyés par le chanteur Paco « Lefty Hand » et Vincent Azzo, avec accusé de réception s’il vous plaît, genre mines antipersonnel, en tonalités claires Fender ou grassouillettes Gibson. La section rythmique s’avère implacable, tenue par Gael Vingot, virtuose des fûts et des baguettes, et les bassistes pilonneurs Pascal Lefèvre ou Stéphane Guglielmi, ruptures structurantes et pincements de cordes à la clé. Ça fricote même par moments avec le jazz fusion débridé, le funk’n’roll, le hard boogie relevé d’une pointe de soul, jusqu’aux picotis hendrixiens qui planent sur ’The Shadow Whispers’, wow !... La voix sonnerait un chouïa trop propre et neutre sur certains titres ? Allons, allons, que la vérité soit dite : cette rondelle est un concentré de talent pur, d’énergie brute, de finesse novatrice. Alors longue vie à Swampini !
Max Mercier

The Kentucky Headhunters with Johnnie Johnson
Meet me in Bluesland

Genre musical: Blues, rock
Label : ALLIGATOR
Distributeur :
SOCADISC

Un peu d'histoire : Les Kentucky Headhunters jouent sous ce nom depuis 1986 dans le domaine du southern rock, mais ont commencé à jouer ensemble en 1968. Johnnie Johnson est un pianiste orienté blues et rock qui a, entre autre, lancé la carrière de Chuck Berry et qui est décédé en 2005. C'est donc que les enregistrements de ce CD datent d'avant cette année-là. C'est en janvier 2003 après avoir accompagné les Stones sur scène, au Texas, que Johnnie Johnson rejoint ses amis les Headhunters dans leur Kentucky natal pour quelques plans piano sur deux ou trois titres de leur futur album Soul,  mais là, il se passe un truc énorme. Une histoire de courant qui passe. Du coup, Johnnie Johnson reste trois jours en studio et le magnétophone tourne non-stop. Du brut de décoffrage. Session mémorable, certes, mais pas de plan promo pour sortir un album. Deux ans plus tard, Johnson décède. C'est seulement aujourd'hui que ces enregistrements voient le jour. Du rock, du blues, une toute petite touche de country composent cet album somme toute classique, mais joué avec tellement de bonheur et de conviction, qu'on en redemande. Je réécoute, par exemple ‘Little Queenie’ avec plaisir, sinon je découvre des titres qui donnent le sourire. Eh oui, le feeling passe.
César

The Sonics
This Is The Sonics

Genre musical: Garage rock, rhythm and blues
Label : REVOX
Distributeur :
Entertainment One Distribution

‘Psycho’. ‘Strychnine’. ‘The Witch’. ‘Boss Hoss’… Autant de brûlots redoutables, de décharges séminales, des titres d’une sauvagerie inouïe. Difficile encore aujourd’hui d’imaginer que tout cela ait  pu être mis en boîte il y a tout juste un demi-siècle. The Sonics, from Tacoma,proposent donc en cette   glorieuse année 65 leur premier album, Here Are The Sonics : le triomphe des trois accords… La British Invasion – Stones, Kinks, Pretty Things en tête  – venait de débarquer sur le sol des Etats-Unis, traumatisant à tout jamais des hordes de jeunes gens énervés, restés obscurs pour la plupart. Mais les Sonics se démarquaient sur plusieurs points : la férocité, on l’a dit, cette capacité à composer des hymnes immédiats, et puis le fait aussi qu’ils furent l’un des seuls groupes à proposer plus d’un album (quand ce n’était pas un single, génial parfois, maladroit bien souvent). Le second opus, Boom, est tout à fait recommandable également, et puis les choses se gâtent. Un troisième essai où ils se fourvoient, tentant d’accrocher le wagon psyché, avant d’en arriver à revendre le nom du groupe à une bande de mercenaires. Tout le monde les croyait perdus corps et bien, et puis après des lunes, les voilà qui se reforment, pour le plaisir des petits et des grands. Car il faut avoir assisté à l’un de leurs récents concerts, au côté de ces gamines qui tapent d’abord mollement du pied, vaguement intriguées, et puis à la fin se trémoussent, comme possédées par le démon. Car si une partie du combo semble sortir tout droit de l’hospice, sur scène c’est une tout autre histoire. Trois membres du groupe original répondent toujours présents, et non des moindres : Jerry Roslie (claviériste, hurleur en chef), Larry Parypa (guitare) et Rob Lind (saxo) tous deux assurant également les parties vocales. Alors cet album ? Eh, bien, rien n’a changé ou presque : toujours ce rock primitif, immédiat, frénétique, ce saxo abrasif, et ce Roslie qui continue régulièrement à pousser ces cris de goret qu’on égorge. Dans la grande tradition du genre, quatre compos originales seulement (exactement comme sur le premier album), le tout proposé en mono ! Et puis des tas de reprises, sur lesquelles ils apposent leur marque inimitable, des plus flagrantes (‘I don’t Need No Doctor’, ‘You Can’t Judge A Book…’, voire ‘The Hard Way’, un titre tardif des Kinks), aux vraies surprises (Hank Ballard, Marty Robbins, Eddie Holland…). Le tout est terriblement accrocheur…‘ I Wish It Could Be 65 Again’, chantaient les Barracudas : ne nous lamentons pas, les Sonics sont toujours bien là.
Marc Jansen

William Elliott Whitmore
Radium Death

Genre musical: Country patrimoniale
Label : ANTI
Distributeur : PIAS

Il n’y a pas grand-chose à dire de ces dix chansons, et c’est le meilleur compliment qu’on puisse leur adresser. Whitmore est un petit gars de la campagne. Difficile de présenter, autrement que par un cliché, ce jeune fermier de l’Iowa devenu songwriter avec l’aide de son cousin, Luke Tweedy, propriétaire des studios Flat Black à Iowa City, où Radium Death a été enregistré. Whitmore chante une country simple, familière, volontiers folk, dignement mélodieuse (pas alambiquée ni cabotine). L’honnêteté de Whitmore fait d’abord le prix de cet album sombre, parfois tragique (mais sans effusions embarrassantes). Folk, mais jamais folklo. Ni punk du reste, comme le suggère la feuille de présentation. Whitmore ne joue pas le fils de l’Amérique, comme dans ces vieux films avec Gary Cooper. Il est exactement ce qu’il donne à entendre, et Radium Death sonne vraiment juste du coup. Les musiciens semblent avoir été requis in extremis, il y a quasiment un line-up par titre, guitare électrique, basse, batterie, orgue. C’est encore la simplicité qui fait la cohésion de l’œuvre, malgré la longue liste des officiants. Whitmore sait écrire une chanson, exprimer l’insécurité des grands espaces sous une ligne mélodique nue, digne d’un Johnny Cash (‘Go On Home’), derrière un pseudo-traditionnel façon Doc Watson (‘Civilizations’), avec un folk clinique et prégnant comme pouvait l’être celui du Dylan premier jus (‘A Thousand Deaths’), et détendre un peu le nœud de l’angoisse dans un style plus typé, la country botte-à-foin de ‘Can’t Go Back’ (banjo et steel guitar) ou le country-rock de ‘Don’t Strike Me Down’ (avec piano). Quand même, Radium Death, quel titre !
Christian Casoni