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09/21
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Portrait: LIL GREEN Interview: SWEET SCARLETT Dossier: BLAXPLOITATION
 


Dans cette rubrique, vous trouverez une sélection de CD choisis par l'équipe Blues Again.

MAI 2021

Across The River
Across The River

Genre musical: Americana   
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur :
Spotify, Deezer

La note est fluide et légère, Marc Raynaud joue sa partition à la guitare acoustique soutenu par Pascal Corriu qui improvise à la guitare électrique. L’émotion affleure derrière chaque note. Leur façon de jouer est assez brillante et originale. De là naissent des ambiances immatérielles, aériennes, apaisantes même si les textes montrent une certaine fêlure de l’âme. La voix de Marc Raynaud est claire et agréable à l’oreille. Il interprète 9 compositions sorties de son imagination. Americana s’impose comme définition du style du duo. En effet cette gourmandise sonore s’inspire largement de ce que l’Amérique a de meilleur au niveau de son patrimoine musical. Mais l’expression semble hors du temps, loin des modes, même si certaines intonations font parfois revenir en mémoire des échos du Band ou des Byrds. Avec élégance et sobriété le résultat est de belle facture tant au niveau de la conception que de l’exécution. L’apparente simplicité et le charme indéniable de cet album nous plonge dans un univers qui dégage une réelle sérénité. C’est à la fois solide et éthéré, grave et léger. Les mélodies sont pleines de délicatesse et de feeling et une certaine grâce émane de l’ensemble.
Gilles Blampain

Alex Lopez
Rising Up

Genre musical: Rock, blues
Label : MAREMIL
Distributeur :
Spotify, iTunes, CDBaby, Bandcamp     

Natif de Cleveland, Ohio, où il a passé ses jeunes années, Alex Lopez est devenu une figure de la scène blues de Floride où il a posé ses valises il y a quelques temps déjà. Reconnaissant s’inspirer du blues-rock britannique autant que du blues classique auquel il ajoute parfois une pointe de soul music, Rising Up est son cinquième album. A la guitare et au chant il est entouré par Kenny Hoye aux claviers, Steve Roberts à la basse et Kana Leimbach à la batterie. Avec cette nouvelle production Alex Lopez signe 11 compositions dont 2 en collaboration. L’ensemble se déroule à un rythme fluide qui ne manque pas de puissance, Alex Lopez évitant la position de guitar hero avec solos tonitruants, mais sachant imposer quand il le faut un riff hypnotisant pour faire monter la tension. Avec son chant fougueux soutenu par une guitare incisive posée sur une section rythmique puissante et un orgue soyeux, Alex Lopez capte son auditoire sans jamais surjouer. Au milieu de la set list il crée la surprise avec ‘I'm Always Wrong’, une chanson de style jazz-blues écrite, dit-il, dans l'intention de capturer une ambiance big band à la manière de Frank Sinatra et Buddy Rich avec seulement quatre musiciens. Une réalisation qui possède indéniablement un certain relief.
Gilles Blampain

Argent Ardent
Instinctif

Genre musical: Punk-rock 
Label : MILANO RECORDS
Distributeur :
MILANO RECORDS    

Argent Ardent nous avait laissé en 2019 avec Séisme Mental, premier disque en forme de coup de poing dans la gueule. Objectif du quatuor : recréer un punk incisif inspiré des Saints et des Ramones avec des textes mordant en français. C’était au bon temps des concerts, et de la vie libre. Argent Ardent revient en 2021 au milieu du marasme. On peut dire que vu le contexte, leur musique est plus que pertinente, parce que des coups de poing dans la gueule, on a tous envie d’en distribuer. Comme les Ramones, Argent Ardent aligne des uppercuts sonores de deux minutes : riffs tranchants de Grégoire Garrigues , rythmique carrée impeccable du bassiste Jérôme Larrieu et du batteur Pierre Zambiasi. Et puis il y a la gouaille hargneuse de Vince Vincent et ses textes énervés : ‘Les S’en Va-t’en Guerre’, ‘Les Hommes De Fer’, ‘Ça Ne Sert A Rien’, ‘Je Te Spamme’, ‘Ultraviolence’, ‘Plus Ils Crient’… Argent Ardent poursuit son parcours de groupe de punk français idéal, de celui dont on rêvait en 1977, d’une efficacité absolument redoutable. Instinctif confirme tout le bien que je pensais de quatuor parisien lors de la sortie de son premier disque. Vivement qu’enfin les concerts reprennent, que ces obus soniques puissent s’exprimer pleinement sur scène, et que l’on puisse gueuler en chœurs : « Ça Ne Sert A Rien ».
Julien Deléglise

Awek
Awek

Genre musical: Swamp jump, swamp rock, swamp R&B
Label : MOJO DIFFUSION
Distributeur :
ABSILONE     

France, Europe, Amérique du Nord… plus de 25 années de pérégrinations ont bronzé les quatre des confins de Toulouse. Ils auraient pu en retirer souffle et maîtrise s’ils ne possédaient déjà tout ça quand ils avaient démarré à trois, avant que l’harmonicte Stéphane Bertolino les rejoigne il y a quinze ans. Et pendant que le monde regardait ailleurs, Awek est devenu l’un des meilleurs groupes de l’Hexagone. Le trio fondateur est toujours là : Bernard Sellam, Joël Ferron, Olivier Trebel. Awek est leur douzième soleil en un quart de siècle. Celui-là, ils ne l’ont pas chauffé aux Etats-Unis avec quelques guest-stars du R&B, mais près de chez eux entre deux confinements (‘I’m Staying Home’). Awek joue un jump West Coast avec quelques crochets par le rock’n’roll louisianais mais, cette fois ils ont ralenti le shuffle et l’ont gonflé de swamp. Ici, c’est l’harmo qui dicte la loi, une table magnifique à la calligraphie volumineuse dont la force semble intimider même le chant et la guitare. Pourtant Sellam est un soliste hors-pair qui danse sur la corde raide sans l’ombre d’une angoisse. Il reprend du mordant à mesure que l’album se développe et qu’Awek retrouve ses fondamentaux : un jump plus léger, un rock plus marqué. Awek vous la fait à l’estomac, sans effets, à fond les ballons… ce qui se dit « awek » en occitan. Ils ont un instinct infaillible pour distribuer l’énergie, équilibrer les dialogues, mesurer la pression sur les cordes, les peaux et les anches. Le groupe peut se donner le temps de l’emballement : quinze titres copieux, de quatre minutes pièce en moyenne. Awek casse encore une fois la barraque avec finesse et puissance.
Christian Casoni

blues

Big Creek Slim
Migration Blues / Twenty-Twenty Blues

Genre musical: Country blues
Label : STRAIGHT SHOOTER
Distributeur :
Apple Music, Spotify, gatewaymusic.dk/kunstner/26574

Chanteur, guitariste et auteur-compositeur il a fait du country blues son mode d’expression personnel s’inscrivant dans la lignée des bluesmen à l’ancienne. Il dit : « La raison pour laquelle je joue dans ce style a quelque chose à voir avec ma façon d'être. J'aime toujours trouver les racines des choses. Je cherche aussi les racines de la culture scandinave. J'ai joué beaucoup de musique traditionnelle irlandaise, et les racines de la samba brésilienne me fascinent ». Alors comme avant lui, Bukka White, Fred McDowell ou Mance Lipscomb, seul avec sa guitare, il chante dans une chronique des temps modernes, le mal-être de notre époque. De son vrai nom Marc Koldkjær Rune, Big Creek Slim est Danois. Enregistré en 2019, avant la pandémie, Migration Blues raconte en 14 chansons les difficultés de son retour au Danemark avec sa famille brésilienne où il s’est senti comme un citoyen de seconde zone face à des problèmes administratifs. En 2020, il se retrouve au Brésil, en quarantaine dans l'un des épicentres mondiaux du coronavirus. Il réalise alors Twenty-Twenty Blues composant 13 titres dans le contexte de la controverse causée par la pandémie et la rhétorique politique litigieuse. Big Creek Slim a une parfaite maîtrise de la technique instrumentale et possède un réel feeling. Voix grave et guitare tour à tour fougueuse, languissante ou pétillante, l’ensemble d’une redoutable efficacité nous emmène dans une virée sonore assez jubilatoire. Rien de banal dans cet enregistrement, si les ombres du passé surgissent, le propos est bien actuel. Une production de belle facture. 
Gilles Blampain

Billy F Gibbons
Hardware

Genre musical: Rock solaire
Label : CONCORD
Distributeur :
UNIVERSAL MUSIC    

Le Texan vieillit bien, il est toujours aussi vaillant avec une énergie contenue. Le titre de l’album est un hommage au légendaire ingénieur du son, feu Joe Hardy, qui a travaillé avec Gibbons et ZZ Top depuis le milieu des années 1980. L’enregistrement s’est fait à l’Escape Studio non loin de Palm Springs. Parlant de cette production Billy Gibbons résume : « Nous nous sommes repliés dans le désert pendant quelques semaines dans la chaleur de l'été et cela a été assez intense. Pour se défouler on s’est laissés aller à jouer un rock déchaîné mais toujours conscients du mystère qui émane du désert ». Matt Sorum est à la batterie et Austin Hanks tient l’autre guitare. Et le barbu, puissant et créatif, doté d’un phrasé solidement charpenté, connaît bien son affaire, il joue un rock qui se fait hard ou bluesy avec des échos country, latino ou surf. Ce qui donne une virée sonore des plus excitantes. Résultat, 11 compositions originales et une reprise des Texas Tornados ‘Hey Baby, Que Paso’. Invitées de marque sur le titre ‘Stackin’ Bones’, les deux frangines de Larkin Poe, Rebecca et Megan Lovell, sont venues faire le chœur. L’ensemble est vif et dynamique, c’est sec et chaud comme le désert de Mojave.
Gilles Blampain

Bretus
Magharia

Genre musical: Doom-metal
Label : OVERDRIVE RECORDS
Distributeur :
https://bretus.bandcamp.com/    

Le confinement fut une période de résilience, l’occasion de se remettre en question... Et tout le baratin niais de mes roubignolles. Non, l’année qui vient de s’écouler fut un cauchemar qui ne semble d’ailleurs pas tout à fait terminé. Ce fut aussi pour beaucoup d’entre nous de la souffrance, avec les vidéos à la maison de Patrick Bruel, Raphael, et autres vedettes chansonnantes coincées dans leurs trois-cent mètre-carré à Paris ou en Province. Du côté de la heavy music, les vieux sages du doom-metal (Saint-Vitus, The Obsessed, Pentagram) semblent en sommeil discographique. C’est peut-être une bonne chose, car la nouvelle génération va pouvoir enfin s’asseoir sur le trône. Bretus est un groupe italien dont les origines discographiques remontent à 2009. Depuis, le quatuor de doom n’a fait que produire de véritables chefs-d’œuvre. Leur musique est indéniablement inspirée de Pentagram et Black Sabbath. Mais elle a aussi ingéré le doom-rock typique du pays : Death SS et Paul Chain. Leur doom-metal a un côté très théâtral issu de cette scène, mais aussi de ses références littéraires et cinématographiques : HP Lovecraft, le cinéma fantastique italien, la Hammer, la sorcellerie… Moins branchouille en terme de visuel par rapport à Electric Wizard, Bretus offre un doom-metal d’une efficacité et d’une férocité rare, on peut même dire unique. Ils sont désormais artistiquement installés au niveau des grands maîtres du genre, et ce nouvel album ne vient que confirmer ce statut. Magharia est un concept-album basé sur des légendes anciennes italiennes de fantômes, chaque chanson contant une de ces histoires. Musicalement, les morceaux sont plutôt ramassés pour être efficaces, entre quatre et cinq minutes, excepté pour l’odyssée finale : ‘Magharia’. La formation est désormais solide, et l’on retrouve les ingrédients qui rendent la musique de Bretus fascinante. Il y a d’abord les architectures de riffs démoniaques de Ghenes. Il y a ensuite l’incroyable voix de Zagarus, puissante, charismatique, subtile, sans jamais en faire trop. Il y a enfin l’implacable rythmique imprimé derrière par le bassiste Janos et le batteur Striges. Les quatre se cachent derrière des pseudonymes, et ne montrent jamais leurs visages, comme pour faire de Bretus une bête guidée par quatre êtres secrets. Une fois encore, derrière la superbe pochette, on trouve une avalanche de monstres heavy-métalliques hantés aux teintes subtilement patinées. Le côté artisanal de ses albums donne une texture et une âme uniques à la musique de Bretus, depuis ses débuts. Il est difficile de cerner un titre plus qu’un autre, car ils sont tous fascinants, et chaque écoute révèle la qualité de l’un ou de l’autre, comme ce fut aussi le cas pour les disques précédents. ‘Celebration Of Gloom’ et le féroce ‘Cursed Island’ tapent d’entrée très fort, et ne font qu’annoncer un voyage au plus profond de la légende noire italienne. ‘Nuraghe’ et ‘Headless Ghost’ semblent confirmer un climat extrêmement orageux qui plane sur ce disque, une rage bouillonnante au-delà des histoires contées. ‘The Bridge Of Damnation’ semble sonner comme la bande-son de nos douze derniers mois, que l’on soit italien ou français. ‘Magharia’ nécessite quelques lignes, car ce morceau est assurément conçu comme la bande-son d’un court-métrage fantastique. Sur ce morceau instrumental, se croisent mellotron, synthétiseurs antiques et arpèges de guitares électriques et acoustiques. ‘Magharia’ sonne comme un voyage expérimental après huit pépites de doom-metal à la pureté inégalable. On flirte avec Death SS, Le Orme, et même … Soft Machine ! Magharia est un album ambitieux et riche qui procure sa petite dose de plaisir supplémentaire à chaque écoute. C’est à mon sens déjà un classique.
Julien Deléglise

Fuel Junkie
All Out

Genre musical: Swing-blues ardent
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur :
www.fueljunkieband.com, Amazon, Spotify, Deezer    

S’il est des jours où la confiance en l’humain vous échappe, alors Fuel Junkie viendra à votre rescousse en vous offrant ces instants de plaisir torréfiés à la dynamite qui peuvent inverser le cours d’une existence. Né en 2014 par la volonté du saxophoniste, chanteur et compositeur Mark LeClerc, ce groupe de Montréal est un sextuor qui parie sur la puissance des cuivres pour mettre en lumière un blues moderne, hardi, mâtiné de jazz et de rock’n’roll. Quatre ans après la sortie d’Injected, premier album fort en vitamines, All Out initialement publié en 2019 reprend ici du service à destination du marché américain. Les onze plages du disque ont été enregistrées aux Studios Breakglass, sans artifices, comme si les micros avaient été plantés dans un bar de Shaughnessy Village devant un public en liesse. Question Miror, la section s’avère étincelante : le patron est épaulé par Philippe Brochu-Pelletier au ténor et Patrice Luneau au baryton, rejoints par une escadrille d’appoint, deux trompettes et deux trombones donnant à l’ensemble des allures d’éruption volcanique. Autant dire que l’œuvre entière est portée par ce souffle hors du commun, en flux et reflux mélodiques, en solos débridés et incandescents, le titre ‘High Stress, Low Money’ donnant même lieu à une saisissante battle de sax comme on n’en fait jamais. La voix ne manque pas d’attaque ni de nuances, parfaitement coulée dans le moule de chaque pièce, émotionnelle en diable ou rêche quand il le faut. Le sang d’Antoine Loiselle irrigue le manche de ses Fender : l’artiste se montre d’une agilité fulgurante sur les rythmiques et assure des envolées spectaculaires, entamées parfois en toute quiétude, puis prenant du corps au fil des notes tirées jusqu’à la planète Mars, voici pour finir qu’il devient méchant comme la teigne, fait rugir ses cordes et distord le son à la manière du plus farouche des hard-rockeurs. Le décor est tendu par deux canonniers inflexibles, Jean-François Charest à la basse et Philippe Fleury à la batterie. Oui, il s’agit bien de blues, mais il est innervé par le swing, boosté au funk, avec des marbrures intimistes ou jumpy selon les morceaux. Fuel Junkie crée en toute liberté un univers original autour du partage, de l’amour, de la vie grandeur nature, et cette musique-là vibre dans le cœur des hommes.
Max Mercier

Horla
Look Down The Road

Genre musical: Blues revisité
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur :
la-criee.com    

Il faut, toujours et encore, faire découvrir les 18 titres enregistrés pour la première fois dans les années 30 par ce grand bluesman qu'est Nehemia Curtis James, dit Skip James. En hébreu, Nehemia ou Na'omi veut dire 'ma douceur', comme la voix de Skip James, féminine, presqu'angélique. Ce duo, Horla, s'y emploie avec authenticité. Rappelons les hommages de tant d’autres, comme le groupe Cream, Jeffrey Lee Pierce, ou même à travers le cinéma, le duo Scorsese-Wenders en 2003 avec la série documentaire 'The Blues'. Horla, c'est Pauline Willerval au chant, gadoulka (viole bulgare) et violoncelle, et Jack Titley au chant et au banjo 5 cordes. Elle, vient des musiques des Balkans et du Moyen-Orient, lui, du bluegrass. Tout cela a été enregistré avec recueillement en 3 jours, non pas dans le Mississippi, mais au bord de la baie de Douarnenez. Vous avez là 12 reprises vraiment splendides, dont un 'Catfish Blues' à classer dans les annales du blues enregistré. A découvrir absolument. 
Juan Marquez-Léon

Jarkka Rissanen & The Sons Of The Desert
Cargo

Genre musical: Instrumental cool
Label : HUMU RECORDS
Distributeur : HUMU RECORDS
    

Ça commence en douceur, dans le léger et le satiné. De mélodies caressantes en tempos plus pétillants l’atmosphère reste dans l’intime tout au long des 40 minutes que dure le disque. Ils sont quatre Finlandais, Jarkka Rissanen (guitares électrique et acoustique, slide guitar, guitare baryton, mandoline, lap steel, piano électrique, percussions), Markus Väisänen (guitare électrique), Ipo Komulainen (basse) et Esa Kärki (batterie et percussions). Actif depuis les années 1970, Jarkka Rissanen signe avec Cargo son septième album. On découvre 9 compositions instrumentales au rythme apaisant sur une base bluesy avec des détours soul, jazzy ou prog-rock. L’ambiance générale est intemporelle et éloignée de l’agitation obsédante de notre époque. Ici point de riffs excités, pas de solos incendiaires, pas de batterie vrombissante, au contraire tout est dans la décontraction. Le feeling est plus important que la virtuosité. Avec un groove hypnotique, de subtiles volutes aériennes qui viennent se glisser ici ou là pour que le moelleux se mette à planer, une certaine mélancolie qui investit chaque note, cet enregistrement invite à la rêverie. Le son est clair, ensorceleur et gracieux, et on se laisse bercer avec plaisir d’un titre à l’autre. Le band fait preuve d’élégance à travers sa légèreté d’expression.
Gilles Blampain

Jay & The Cooks
Le Coeur Sec

Genre musical: Rock, folk et plus
Label : JUSTE UNE TRACE
Distributeur :
SOCADISC    

Quand bon nombre d’artistes hexagonaux choisissent de s’exprimer en anglais, lui, l’Américain, pense qu’il n’est pas incongru de chanter en français pour être en phase avec le public du pays où il a installé sa vie depuis des décennies. Jay Ryan chante et joue de la guitare, il est accompagné par Stephane Missri aux guitares et au banjo, Christian Poidevin à l’harmonica et au Dobro, Paul Susen au fiddle et à différentes mandolines, Marten Ingle est à la basse et à la contrebasse et Marty Vickers est assis à la batterie. Et ils nous offrent de joyeuses sonorités finement exécutées pour souligner des textes se voulant chroniques de la vie qui va, avec parfois un côté canaille. Le boulot, les galères quotidiennes, les potes, les amours déçues… Sur les 11 chansons de l’album Jay Ryan signe seul ou en collaboration 8 compositions et reprend de façon très originale ‘Je Suis Venir Te Dire Que Je M’en vais’ de Serge Gainsbourg lui donnant un savoureux côté bluegrass assez surprenant. Celui qui, il y a quelques années de cela, a traîné avec les bluesmen de Chicago ou d’Austin, plus tard avec les punks de New York, avant de poser ses valises en France, produit une musique faite de sonorités rock, bluesy et de fulgurances folk. La partition multicolore a de l’épaisseur, du corps, mais aussi une âme généreuse, c’est fort, efficace et brillant avec de belles ambiances.
Gilles Blampain

Jessie Lee & The Alchemists
Let It Shine

Genre musical: Blues, rock, soul
Label : Music Box publishing - Dixiefrog
Distributeur :
PIAS     

A la tête du groupe il y a Jessie Lee qui chante et joue de la guitare et Alexis Didier alias Mr. Al qui tient l’autre guitare. Ils sont épaulés par Laurent Cokelaere à la basse, Stéphane Minana-Ripoll derrière sa batterie et Laurian Daire qui utilise les claviers. Sylvain Fetis au saxophone et Vincent Payen à la trompette sont venus cuivrer certains morceaux et Amalya Delepierre et Eva Suissa ont prêté leurs voix pour les chœurs. Après un premier très bon album en 2018 les voilà de retour avec une production tout aussi brillante. Ce sont 10 compositions originales qui s’étalent sur le CD. Dès les premières notes une dynamique impétueuse s’impose comme une tension inflexible. Jessie Lee a une voix remarquable, toute d’émotion et de puissance sachant donner dans la douceur ou l’agressivité, jamais à la limite car on sent toujours qu’il y a de la réserve, jamais tiède mais pleine de feeling. Les solos de guitare, principalement dus à Alexis Didier, sont incisifs et éclatants, sans pour autant négliger le sens de la mélodie. Un enregistrement bâti sur la passion et qui révèle la grande maîtrise d’un band qui sait produire les sons qu’il faut pour faire frissonner son auditoire. La prestation est lumineuse, l’ensemble est d’une vitalité débordante, c’est un vrai concentré d’énergie.
Gilles Blampain

Muddy Gurdy
Homecoming

Genre musical: Blues d'Auvergne
Label : CHANTILLY NEGRA
Distributeur :
L'AUTRE DISTRIBUTION     

Celui-là s'adresse clairement à ceux (et celles !) qui aiment être surpris(es), qui ne se contentent pas du robinet d'eau tiède déversée à longueur d’albums... Muddy Gurdy, c'est une guitariste-chanteuse de blues, Tia Gouttebel, un accompagnateur qui s'occupe à peu près de tout le reste, percussions, chœurs, direction artistique (Marc Glomeau) et Gilles Chabenat, joueur de vielle à roue. Oublions tout de suite Malicorne, l'Escargot Folk et tout cet attirail, c'est bien de blues qu'il s'agit ici. Pour leur premier essai, paru en 2017, les trois s'étaient d'ailleurs rendus sur place, dans le Nord du Mississippi pour s'enregistrer à l'aide d'un studio mobile, accompagnés de musiciens locaux. Le principe reste le même, sauf que cette fois ils décident de parcourir l'Auvergne. Enregistrement itinérant donc, le son étant capté aussi bien dans la salle d'un bistrot de montagne que dans le cratère d'un volcan. Sept reprises de titres plus ou moins connus, quatre originaux, classiques dans la composition, mais surtout pas dans le traitement. Ces influences diverses donnent un résultat hypnotique, proche souvent de la transe (étonnamment, on songe parfois à Can), singulièrement moderne (un titre comme le 'Chain Gang' de Sam Cooke est traité d'une manière assez proche des Kills), et comme on sait que tout est dans tout, on sent bien que l'Afrique n'est jamais très loin. On note aussi une belle version de 'Strange Fruit' et de la cornemuse électrifiée sur la reprise du 'Down In The Mississippi' de JB Lenoir. Et deux plages sans doute moins convaincantes, qui font appel au briolage, le chant de travail des laboureurs du 18ème siècle, et ont peut-être un peu trop l'odeur des feux de camp et des danses en sabots. Ceci dit, bourrée et blues c'est assurément compatible, et on ne parle pas là d'un gimmick, qui ne serait qu'une tentative maladroite de fusion jusque-là inédite.
Marc Jansen

Mythic Sunship
Wildfire

Genre musical: Jazz-rock stoner 
Label : TEE PEE RECORDS
Distributeur :
TEE PEE RECORDS

Les quatre Danois de Mythic Sunship poursuivent leur voyage sonore avec le saxophoniste Soren Skov. Ce nouvel album tranche toutefois avec les sonorités des deux précédents disques. Wildfire est un album plus tempétueux, plus sauvage. Il n’est plus seulement question de climats, mais aussi de furie, de rage. Le bien nommé ‘Maelstrom’ qui ouvre le disque est un superbe exemple de la frustration caramélisant dans les esprits en colère de nos guerriers du son. Ce nouvel album ose bien des fusions, entre jazz-rock balbutiant et funk étrange. ‘Maelstrom’ est une cavalcade de jazz-fusion, ‘Olympia’ est un subtil alliage de desert-rock et de jazz, ‘Going Up’ a la saveur du crépuscule. Mythic Sunship vient de rompre subitement avec son âme jazz-rock, pour revenir à de multiples horizons entre heavy, psyché, jazz-rock… Ce disque est incroyablement beau, et tranchant avec son passé immédiat. Il a l’équilibre délicat des albums fins. Les cinq improvisations sont du plus haut niveau. L’âme est respectée. Les improvisations résonnent et se perdent dans le vent. Le jazz-rock et le krautrock se croisent impunément sur cette musique plus psychédélique que les précédents disques. Ce surprenant virage artistique, moins introspectif et plus intense, aurait pu rompre une magie installée. C’est encore une fois une réussite.
Julien Deléglise

Pat Fulgoni
Dark Side Of The Blues - Live In Prague

Genre musical: Blues  
Label : Chocolate Fireguard
Distributeur : iTunes, Spotify, Bandcamp
    

Originaire du Royaume-Uni, Pat Fulgoni est un artiste protéiforme qui navigue dans plusieurs styles, rock, soul, funk, house, blues, psychédélisme, jazz. Il a foulé de nombreuses scènes européennes, américaines et chinoises en compagnie de son band The Blues Experience avant d’être stoppé net par la pandémie comme tous les artistes. En attendant que les affaires reprennent, voici ce Live In Prague. Il y a encore peu de temps cet album était uniquement disponible en import de République tchèque.  Pat Fulgoni chante d’une voix chaude de soulman une dizaine de titres allant de Sonny Boy Williamson à BB King en passant par Stevie Ray Vaughan, Thin Lizzy et autres… ‘Help Me’, ‘Hard Times’, ‘The Thrill Is Gone’, ‘Texas Flood’, ‘Rock Me Baby’, ‘Still In Love With You’... Il est accompagné par Jan et Lukas Martinek aux guitares (père et fils renommés sur la scène Tchèque), avec section rythmique, orgue, cuivres et harmonica. On sent une parfaite osmose dans le band, ce qui fait que le résultat est au top. Il y a dans cet enregistrement un punch incroyable. Le son est accrocheur pour une performance où la puissance du groove alliée au frisson du feeling chatouille les tympans de belle manière.
Gilles Blampain

Peter Green's Fleetwood Mac
Stranger Blues - Live

Genre musical: Blues progressif 
Label : LONDON CALLING
Distributeur :
ODL

Le mythe de Peter Green reste incroyablement vivace. Comme Syd Barrett, Green est le leader maudit d’un groupe qui va connaître un succès interplanétaire. Toutefois, et contrairement à Barrett, Green aura eu le temps d’enregistrer trois albums studios, et d’assurer d’innombrables concerts. En cela, sa trajectoire est en fait plus proche de celle d’Hendrix, dont les carrières en tant que guitariste de légende commencèrent et finirent à peu près en même temps. Entre 1968 et 1970, Fleetwood Mac est un pur groupe de blues anglais, que l’on qualifia de blues progressif, puisque ne respectant toutefois pas à cent pour cent les canons du blues noir américain. Green revendiquait lui-même de ne pas être un puriste. Toutefois, il considérait que pour jouer le blues, il fallait l’avoir en soi. Dès son premier album en février 1968, Fleetwood Mac développe un blues-rock rustique, presque misérabiliste, loin de l’étincelance du jeu de Clapton au sein des Bluesbreakers ou de Cream, ou même de ses pairs plus respectueux que sont Kim Simmonds de Savoy Brown et Stan Webb de Chicken Shack. Les quatre musiciens se présentent avec des dégaines d’une simplicité désarmante : jeans, tee-shirts, vieilles savates. Le blues n’est pas affaire de minets. C’est une musique proche de l’os et de l’âme. Pour le jouer convenablement, il faut savoir rester proche d’une certaine frugalité de vie. Cet idiome finira par devenir une obsession chez Green, idiome qui se croisera avec des considérations religieuses, une frustration artistique, et des problèmes mentaux naissants, alimentés par la prise de LSD. Ce coffret n’est pas officiel, puisqu’il n’est ni publié par Blue Horizon, ni par Reprise. Il réunit des enregistrements maintes fois publiés sous différentes formes et qualités. Il a pourtant un avantage énorme : il les réunit, avec une qualité sonore aussi optimale que possible, et avec un joli livret réunissant des retranscriptions d’articles d’époques. On écartera d’entrée le second CD, qui contient l’enregistrement du Carousel Ballroom à San Francisco en 1968. Bien que magnifique, il a été parfaitement publié de manière officielle sur le coffret Before The Beginning – 1968-1970 – Live & Demo Sessions. Le premier disque réunit l’ensemble des sessions à la BBC de l’année 1968. Celles-ci n’ont aucun rapport avec le double album Live At The BBC. Si la première session Top Gear du 21 janvier 1968 sonne caverneuse, dès le Saturday Club du 13 avril 1968, le son est impeccable. Fleetwood Mac sonne rustique. La petite brillance de la bande donne un aspect patiné pas très éloigné des enregistrements du blues noir américain des années cinquante. On y découvre une première version de ‘Black Magic Woman’. Jeremy Spencer est alors un personnage important des prestations scéniques du groupe, avec ses interprétations de classiques d’Elmore James, mais aussi ses parodies d’Elvis Presley et de Buddy Holly. Toutefois, ce qui fait l’âme de Fleetwood Mac, c’est bien Peter Green, qui éblouit à chaque note, déjà. Spencer ne joue pas sur ses morceaux, qu’il considère comme trop « progressifs ». Green est pourtant aussi capable de superbes boogies, sur lesquels Spencer accepte de jouer du piano boogie-woogie. C’est le cas pour la session du 2 juin 1968 avec ‘That Ain’t It’. Un petit jeune vient aussi d’arriver pour compléter le groupe en guitares : Danny Kirwan. Il fait des étincelles sur le curieux ‘Psychedelic Send-Up’, drôle de jam délirante sur laquelle il chante, et qui, clairement, emmène déjà Fleetwood Mac vers d’autres horizons. Green s’amuse comme un fou, Kirwan et lui étant en phase niveau musique. Le reste du disque, au son variable, offre parodies et reprises inédites fort intéressantes. Le CD 3 propose une captation radio du 24 septembre 1969 en Finlande. Cet excellent enregistrement propose un groupe à la croisée des chemins, entre blues et tentatives heavy-psychédéliques. Jeremy Spencer a désormais sa place congrue, laissant Green et Kirwan s’exprimer largement sur ‘Homework’, ‘Man Of The World’, ‘Coming Your Way’, et le superbe ‘Oh Well’. Le CD 4 poursuit la tournée scandinave, avec un concert en Norvège à Gothenburg le 2 novembre 1969. Cette fois, le répertoire progressif est mis en avant avec ‘Rattlesnake Shake’, ‘Underway’, ‘World In Harmony ‘, ‘Oh Well’… Le son s’améliore rapidement au fur et à mesure de la bande, qui, il faut le rappeler, a plus de cinquante ans. Les interprétations sont superbes, passionnantes. Tout cela pour vous dire que ce petit coffret pas bien cher vous permettra d’économiser bien des achats de bootlegs, et vous permettra de vous procurer encore plus de l’œuvre du merveilleux Peter Green.
Julien Deléglise

Ray Russel Sextet featuring Harry Beckett
Forget To Remember – Live Vol 2: 1970

Genre musical: Jazz rock
Label :
JAZZ IN BRITAIN
Distributeur :
JAZZ IN BRITAIN     

Ray Russell est un curieux personnage. Et un talentueux, tiens. Parce que figurez-vous que pendant qu’il enregistrait du jazz, parfois free, il captait en même temps du heavy-rock avec Rock Workshop ou The Running Man. Il fut aussi membre des extraordinaires Nucleus de Ian Carr. Ray Russell est un guitariste gourmand qui, en quelques années, aura gravé quelques superbes albums, avant de s’effacer de plus en plus dans le travail de studio, précis et anonyme. Jazz In Britain lui a offert l’occasion de ressusciter de superbes bandes inédites, en concert notamment. Le Vol 1 de Forget To Remember se concentra sur le superbe Ray Russell Quartet, de 1968 à 1969. Ce second volume offre la publication d’une session radio de l’émission Jazz Workshop. Pour l’occasion, Russell réunit quelques amis proches en sextet : Alan Rushton à la batterie, déjà dans quartet dès 1968, Harry Beckett à la trompette, un complice de toujours et vieux briscard du circuit jazz, Daryl Runswick à la basse, du précédent disque du Ray Russell Quartet, Tony Roberts au saxophone, Nick Evans au trombone. L’enregistrement tire régulièrement entre le free et le jazz-rock. Il est toutefois passionnant, parce qu’il montre la fébrilité d’une scène musicale noyée dans la frénésie hard’n’prog. Ray Russell réveille les consciences. Ça grince, ça pulse. C’est du jazz, et de très haut niveau.
Julien Deléglise

Reverend Freakchild
Supramundane Blues

Genre musical: Blues missionnaire
Label : Treated and Release records
Distributeur :
Spotify, iTunes, Amazon    

Supramondain (système de croyance alternatif) : au-dessus du monde ordinaire ; transcendant notre système ; céleste. Le titre annonce clairement la couleur : foi et spiritualité. Depuis plus de 20 ans le Reverend Freakchild dirige son ministère musical vers les légions de fans plus attirés vers des rassemblements pop-rock que par la messe du dimanche. Et de déclarer : « Il y avait de nombreux musiciens de blues de la première heure, comme le Reverend Gary Davis et Son House, qui étaient soient des prédicateurs devenus des bluesmen, soient des bluesmen devenus prédicateurs. Pour eux, la ligne entre le samedi soir et le dimanche matin était étroite. C’est ce qui inspire ma musique ». Supramundane Blues est donc une collection de 13 chansons d’inspiration évangélique guidées par la quête de l'illumination divine couvrant toute la gamme des styles allant du Delta blues au funk, en passant par la soul, le rock et l'Americana, plus en bonus une messe trip hop psychédélique. Les titres sont éloquents: ‘Crying Holy’, ‘Personal Jesus’, ‘Everybody Wants To Go To Heaven’, ‘Jesus Just Left Chicago’, ‘Good Shepherd’… Croyants ou mécréant ce disque n’aura probablement pas d’influence sur votre foi ou sur votre doute, mais la musique est là et se laisse écouter. Il est indéniable que le Reverend a une bonne intuition de ce côté-là.
Gilles Blampain

Sabotage
Sabotage

Genre musical: Rock & Roll
Label : BANG RECORDS
Distributeur :
BANG RECORDS     

Qui a dit que le rock français était mort ? Plus vivant que jamais Sabotage, groupe de rock’n’roll basé à Toulouse dégaine son premier album au titre éponyme. Et c’est du brutal ; d’entrée avec ‘Catch That Train’, ils annoncent la couleur et pas question de rester à quai. Gros son aux influences typées Lynyrd Skynyrd, Aerosmith, Led Zeppelin, on en prend vite plein la tête, avec des riffs et solos tranchants assenés par Félix Jordan dans une couleur 70’s. Au chant, Loup Malvil envoie du lourd, une assurance à la Steven Tyler et une voix qui monte haut dans les tours. Derrière, la partie rythmique occupe le terrain sans relâche. Elle est assurée par Benjamin Brembilla à la batterie, Dominique Remaury à la basse. Les morceaux s’enchainent, ça sent la poudre et les Marshall en feu, on est transporté dans les plus belles années du rock anglais. Les Frenchies envoient les watts avec une aisance sans faille. Dans ‘Keep And Going’, nos sudistes balancent un morceau lourd au rythme lent saturé à souhait et solo mélodique, dans un style à la Rival Sons. Au déroulé de l’album, on découvre des ballades et morceaux plus calmes, mélodiques, avec une petite pointe de rock FM du meilleur effet. ‘Give It A Try’, superbe et mélancolique, vous transporte avec puissance à travers le lointain. Pour conclure, ‘Desert Child’, quasi psychédélique, est une éruption de sons, comme le suggère la pochette, sublimé à l’orgue Hammond. Les arrangements sont soignés, les compos abouties avec une maitrise totale de leur jeu. Cet album est produit par Olivier Cussac sous le label Bang Records, enregistré et mixé au studio Condorcet de Toulouse. Un disque puissant et varié, épaulé par Loïc Laporte aux cuivres, Christian Séminor aux percussions et Olivier Cussac aux claviers. Deux clips sont en ligne sur les plateformes pour la promo du disque. Habitués des scènes locales et nationales qu’ils écument depuis déjà plusieurs années, on sent bien que le quatuor a des heures de vol, ouvrant régulièrement les concerts de pointures internationales. Il nous tarde que les salles ouvrent de nouveau pour profiter de leurs performances exubérantes en live et découvrir cette nouvelle livrée. C’est ici que tout commence.       
Nine Girard  

Sweet Scarlett
Rockin' That Soul


Genre musical: Blues-rock
Label : EMA
Distributeur : L'AUTRE DISTRIBUTION

Dans cette famille rock and soul il y a d’abord le père, Patrick Hiblot qui joue de la guitare, viennent ensuite les fils Vincent qui tient la basse et Rémi qui est à la batterie, et puis il y a Caroline la compagne de Rémi qui chante. Cette parentèle musicale est soudée par un blues-rock aux filiations seventies, avec une pointe de soul et quelques éclats de funk, créé par le géniteur et sa descendance. Les textes sont signés par la londonienne Harriet Clayton en collaboration avec Caroline. Avec un son éclatant qui émet de bonnes vibrations ce troisième album livre une prestation chaude où se dévoilent une passion commune et le plaisir de jouer ensemble. La musique de Sweet Scarlett est chaleureuse et pleine d’énergie Il y a dans leur façon de s’exprimer une certaine fièvre et une ardeur prenante. Riffs bien acérés et beats musclés mettent en valeur une voix rauque et sensuelle. Les titres s’enchaînent à un rythme qui ne faiblit pas du début à la fin.  La set liste aligne 10 chansons dont une reprise de belle facture de ‘All Along The Watchtower’. Cet enregistrement semble capté sur le vif, comme l’instantané brut d’un groupe plein d’enthousiasme. Cela donne un disque qui excite agréablement les tympans.
Gilles Blampain




The Halley DeVestern Band
Live - Money Ain't Time

Genre musical: Blues-rock muslé
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : Amazon, iTunes

Le 1er septembre 2019 le band de New York city est en tournée au Studio Winery dans le Wisconsin. Le club présente le spectacle ainsi : « Imaginez Janis Joplin accompagnée par les Red Hot Chili Peppers et les Mothers of Invention avec juste un soupçon d'Howitzer. C'est le Halley DeVestern Band ». Ce qui n’est pas tout à fait faux puisque Halley DeVestern a eu l’honneur de tourner comme chanteuse avec le groupe original de Janis Joplin, Big Brother and The Holding Company, mettant ainsi ses pas dans ceux de la sulfureuse Texane. Elle est accompagnée par David Patterson aux guitares, Steve Jabas également aux guitares et aux claviers, Rich Kulsar à la batterie et Tom Heinig à la basse. Halley DeVestern et ses compagnons ne sont venus pour se ménager et accrochent immédiatement le public avec une ligne de basse profonde et groovy, une batterie bien présente, des riffs puissants et des acrobaties vocales impressionnantes. Tout ce beau monde met le feu dès le premier titre avec le célèbre ‘Chains Of Fools’. Le show de 10 chansons est un mélange de cinq compositions originales, et quatre autres reprises en plus de la première, ‘Try’, ‘I’m Ready’, ‘Dancing In The Streets’ et ‘Stormy Monday’. Ce live est une bombe, ces apprentis sorciers du rythme font des mélanges détonants pour un set explosif. La pression ne retombe pas durant 54 minutes.
Gilles Blampain

Vertical
Something For You

Genre musical: New wave  
Label : CHARMANTE TOURNEE
Distributeur : CHARMANTE TOURNEE

Décrire la musique des quatre de Saint-Nazaire, c’est définir ce qu’était la new wave. Sauf le funk blanc, toutes les options sont là. Une émotion expressionniste à fleur de peau qui passe par la froideur et la désincarnation. Un désespoir remontant des profondeurs de la réverbe, même quand le ton est pop et ironique, mais ici le ton n’est pas à l’ironie, et à peine à la pop. Une architecture orthogonale. Des compos dressées à la badine. Haut perchés : les chants hallucinés, les guitares pointues et vicelardes. Claquant à ras de terre : les beats frénétiques, basses bavardes et agressives, baguettes cinglantes. Le groupe ne s’appelle pas Vertical pour rien. La mélodie n’est pas une obligation. Elle jaillit paradoxalement pendant ces montées de folie, quand la chanson perd toutes les règles précitées et devient un abattoir céleste. Pour arranger autant d’obstination et d’intransigeance : le naturel et la simplicité, deux qualités dont le groupe nourrit son image. Deux guitares, une basse, une batterie. Eventuellement un synthé, la plaie de ces années-là, mais alors relégué loin derrière. Quand on parle d’eux, les regards se tournent vers Manchester, on cite les Smiths ou James. Peut-être, mais le style de Vertical remonte aux débuts de l’afterpunk, quand le rock était encore le Tout, transfusait la new wave, lui donnait sa vitalité et son unique raison d’exister. En tendant l’oreille, comme le disque tire sur la fin, on discerne des notes un peu plus celtiques, qui laissent entrevoir une hybridation de la new wave avec une sorte de folk expérimental à caractère schizoïde. Faut pas déconner non plus, on n’est pas chez les babas.
Christian Casoni