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été 20
Chroniques CD du mois Interview: JUNKYARD CREW Livres & Publications
Portrait: BLIND LEMON JEFFERSON Interview: MAINE IN HAVANA Portrait: ROBERT FRIPP
 


Dans cette rubrique, vous trouverez une sélection de CD choisis par l'équipe Blues Again.

MAI 2020

Blind Lemon Pledge
Goin' Home

Genre musical: Hommage   
Label : Ofeh
Distributeur :
Deezer, iTunes, Spotify    

Avec son huitième album Blind Lemon Pledge (alias James Byfield), nous invite à nous asseoir avec lui dans son salon pour écouter certaines de ses chansons préférées. Lui à la guitare et au chant et Peter Grenell à la basse. Il dédie cette production à tous les grands musiciens de blues, qui l’ont inspiré et dont il a étudié la musique. Il ouvre avec ‘I Feel Like Going Home’, en hommage à Muddy Waters. Puis vient ‘Fever’ plus proche de l'original enregistré par Little Willie John que de la version de Peggy Lee ou d’Elvis Presley. La set list aligne quelques standards inoubliables comme pour remonter à la source du Delta blues, ‘Big Road Blues’ de Tommy Johnson ainsi que ‘Love In Vain’ de Robert Johnson, et pour aligner un Johnson de plus il reprend ‘It's Too Late To Cry’ deLonnie Johnson. Mais des compositions plus récentes sont de la partie, comme ‘Somebody Loan Me A Dime’, mélodie obsédante de Fenton Robinson avec ses touches jazzy ou encore ‘Crazy Mama’ de J.J. Cale. Parmi toutes ces reprises Blind Lemon Pledge insère deux de ses compositions personnelles ‘Sugar Rush’ dynamique ragtime et ‘Sweet Celine’ aux accents country. C’est entendu le bonhomme est un virtuose, aussi à l’aise en picking qu’en slide mais le Californien possède en plus une voix agréable à écouter.
Gilles Blampain

Charlie Bedford
Good To Go

Genre musical: Blues-pop-rock
Label : Blue Heart records
Distributeur :
Deezer, iTunes, Spotify    

A 19 ans, Charlie Bedford, guitariste/chanteur originaire de Melbourne, a déjà quelques années de pratique derrière lui. Il a en effet commencé à jouer dans des bars et des clubs à l'âge de 12 ans. Et le moins qu’on puisse dire est qu’il fait preuve d’une réelle maturité. En 2017, 2018 et 2019 il a représenté la Melbourne Blues Society à l'International Blues Challenge de Memphis dans la catégorie Youth Showcase. Avec ce deuxième album le jeune Australien signe 11 compositions originales et reprend ‘Steady Driver Man’ de Willy DeVille. Soutenu simplement mais efficacement par David Carr à la basse et Tim Anderson à la batterie, Charlie Bedford distille un blues-rock teinté de pop, et les influences s’élargissent ici ou là avec une touche psychédélique ou un phrasé rap. Pour donner plus de relief, claviers et harmonica viennent se greffer sur quelques titres. L’artiste ne manque pas de vitalité et peut toucher un large public, son style est enlevé et sa voix est claire, et l’ensemble accroche l’oreille dès la première écoute. Une belle ardeur traverse ce disque du début à la fin, c’est mordant et punchy. En 33 minutes sur un tempo très dynamique tout est dit et bien envoyé.
Gilles Blampain

Good, Bad & Young
Atrium

Genre musical: Folk-rock
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur :
goodbadandyoung.com     

Good, Bad and Young, donc. A ne pas confondre avec The Good, the Bad and the Queen, le supergroupe composé entre autres de Damon Albarn et Paul Simonon. On ne sait qui, de Cyril Tapie (basse) ou Joël Chollet (batterie), est le bon, mais en ce qui concerne the young, aucun doute : crête rouge et allure de punkette, Sadbh (guitare, chant, composition), la fille du premier cité, dix-sept ans à peine, a déjà les idées bien en place. Précisons qu'on n'est pas ici dans la mouvance punk hardcore, mais dans un folk rock débridé et nerveux, à dominante acoustique. Loin aussi des folkeux dépressifs, ou des néo-hippies aux propos déso(pi)lants, à la Big Thief. Car, sous des arrangements minimaux, voici un album dépouillé, mais au rythme trépidant, à la dynamique implacable, aux harmonies percutantes. Et puis il y a cette voix, d'une étonnante de maturité. Là encore, les modèles ne se situent pas du côté de Joan Baez, la cheftaine scoute, mais plutôt de Patti Smith, Siouxsie Soux, ou Exene Cervenka, la vocaliste de X. S'y greffent de discrètes influences bluesy, ou celtiques - c'est la maman, Irlandaise, qui écrit les textes, en anglais parsemé de gaélique. Et pour faire bonne mesure, Samh, la sœur cadette, prend en mains le visuel et les graphismes. Il s'agit du premier album des Bretons, après un EP en 2018, et c'est franchement vivifiant. 
Marc Jansen

Jack Art
The Outsider

Genre musical: Americana
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur :
Never Stop Rocking Productions     

Pour parler de Jack Art certains font référence à Bruce Springsteen, John Mellencamp, Tom Petty ou Jackson Browne. Et la comparaison n’est pas usurpée. Il ne s’agit toutefois pas d’une copie mais bien d’une création du meilleur alliage. Avec cet album dont la gestation s’est faite, nous dit l’intéressé, entre Paris, Brooklyn et Freehold (New Jersey), tout est dans la sobriété. La touche est personnelle, la simplicité est de mise, pas d’effet de style. Ambiances feutrées, tour à tour nostalgiques ou poétiques, portées par une voix chaleureuse soutenue par une guitare ou un piano. Parfois un chœur ou un harmonica furtif interviennent en restant discrets. Les mots dansent, le chant est dynamique. Le folk affleure en douceur, avec une réelle délicatesse. De belles harmonies naissent de la subtile alliance de la voix et de l’instrument. Jack Art qui signe tous les titres, a une façon de chanter dans la retenue qui n’exclue pas pour autant une réelle intensité. L’interprétation singulière ne manque pas de souffle. L’émotion est à chaque coin de phrase, derrière chaque note et rien n’est jamais forcé ou artificiel. Le style est clair et fluide et offre une très belle sonorité. Les 10 titres sont interprétés en 40 minutes. Un vrai travail d'artisan exécuté avec soin et talent.
Gilles Blampain

Jak's
Act 1

Genre musical: Power pop psychédélique
Label : Big Dog Found Creations
Distributeur : soundcloud.com/jaks-903708186/sets/jaks-act-1/s-0HYTe

C’est sûrement ça qu’on appelle du power pop, ce rock mélodieux, urgent et grandiloquent, les Dogs logés par Phil Spector dans une fusée de 45 étages, vers une apothéose de chœurs, des paliers et des paliers de guitares, des contrechants pendulaires, des effets spatiaux et, dans les fondations, sous le pas de tir, des riffs de forge et des triples galops ryhtmiques. Le trio qui monte cette arche psychédélique habite Grenoble. Comme l’indique le titre de leur EP, c’est un premier disque. Cinq titres, cinq morceaux de bravoure, ‘Another Love’, ‘Let Me Go Away’, etc. Ne faites pas attention à la pochette, l’habillage est rudimentaire, pas très élégant, mais la créature qui vit à l’intérieure est sculpturale !
Christian Casoni

Jeff Toto Blues
Devil's Cigar Box

 

Genre musical: Blues rock
Label : Bluesiac
Distributeur : jeff.toto@wanadoo.fr , www.jefftotoblues.info

La cigar box c’est une attaque terrible, un poignet souple et tranchant, des micros puissants dont jaillit un tonnerre chargé de foudre, et c’est cette décharge qu’envoie le onzième album de Jeff, un album de… chansons réalistes hard blues, maîtrisé avec brio. Chansons réalistes. L’impression vient probablement de ce que Jeff chante en français, une persistance qui devient vraiment originale dans le blues d’ici. Chansons réalistes aussi, à cause des inflexions qui portent volontiers vers la mélodie, ce qui n’est pas courant dans cette forme de blues rock, et moins encore avec la voix épaisse et bourrue de l’auteur. Chansons réalistes enfin pour la poésie faubourienne et vériste des textes. L’album est dense, turbulent, tout en ruades, riffs métalliques, slides orageux et longs ricochets de graves. Jeff est à son affaire et son compère Martial Semonsut, qui joue la basse et la batterie, l’est tout autant. Deux musiciens, pas un de plus, pour entretenir ce moteur plein de bielles, de pistons et de roues dentées, fluide et bondissant, qui décélère un peu de temps à autres pour faire une place à la mélodie et laisser s’alanguir le bottleneck, juste de quoi reprendre sa respiration. Telle est la loi de la cigar box : moins il y a de cordes, plus il faut de personnalité. Et la cigar box l’a frappé comme la grâce, in situ, dans l’Etat du Mississippi. Le maître-mot ici est boogie.
Christian Casoni

Jim Capaldi
Open Your Heart – The Island Recordings 1972-1976

 

 

Genre musical: Blues-rock, soul-rock
Label : Esoteric Recordings
Distributeur : Cherry Red Records

Qui se souviendra de Traffic se souviendra peut-être de Jim Capaldi. Il en était le batteur, l'un des compositeurs, et par moments le chanteur. L'histoire de Traffic ne fut pas de tout repos, avec une première séparation fin 1968, avant une reformation en 1970, et quelques allers et venues du guitariste Dave Mason. Au milieu de ces soubresauts, Jim Capaldi se dit que ce serait peut-être une bonne idée de produire un premier album solo. Ce sera Oh How We Danced en 1972. Il est entouré des copains de Traffic, mais aussi de Paul Kossoff, Jim Gordon, Rick Grech, Trevor Burton… L'album est une belle réussite, habile mélange de soul music à l'anglaise et de folk-blues. La musique est assez proche de Traffic dans l'esprit. Le disque se vent honnêtement, et Capaldi remet le couvert en 1973 avec Whale Meat Again, toujours dans la même veine soul et folk-blues. Capaldi inscrit deux chefs-d'œuvre à son tableau : le puissant funk ‘Low Rider’ et la fantastique épopée ‘Summer Is Fading’. Les choses décollent enfin avec le simple ‘It's All Up For You’ du disque suivant Short Cut, Draw Blood. Capaldi drague les FM avec un rock soul plus commercial. A la fin des années 70, il ira se frotter au disco. Ce coffret réunit les trois premiers albums solos de Jim Capaldi, dont les deux premiers méritent une d'être réévalués.
Julien Deléglise

Julian The Drifter
Lost Highway.

 

Genre musical: Blues, ragtime, folk
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : jJulianthedrifter.wixsite.com/bluesncountry

'En Route Pour La Gloire' sur la Lost Highway. Un retour en train comme les hobos, drifters du début du 20ème siècle vers une musique du passé, traditionnelle, blues, country ou ragtime. Ce disque n'est composé en majorité que de reprises de chanteurs nés avant 1900, 4 sont nés après, dont le plus jeune (1943 !) est le grand compositeur folk C. Frank Jackson. Après un 4 titres avec les Good Times Roll, Julian The Drifter vient de publier en solo son premier album et ce n'est que du bonheur. Des chansons de Jimmie Rodgers, Bo Carter, Mississippi John Hurt, Rev. Gary Davis, Doc Watson, Blind Lemon Jefferson, Hank Williams, Jerry Roll Morton, Blind Boy Fuller, Blind Blake interprétées à la guitare acoustique avec élégance et souvent rehaussées de washboard, violoncelle, harmonica et surtout d'un trio trombone, tuba, trompette, conférant à l'ensemble une couleur New Orleans. Le traditionnel 'Bluebelle' pourrait être même la bande son d'un film dont l'histoire se situerait au tournant de ces deux siècles, là où toutes les musiques que nous aimons aujourd'hui, se sont rencontrées et se sont transformées en un grand brassage coloré. Tout ceci est produit par Lo Spider de feu le groupe punk rock Jerry Spider Gang, une affaire toulousaine à saisir donc !
Juan Marquez Léon 

BLUES chroniques 0520

Kanaan
Odense Sessions
Double Sun

 

Genre musical: Jazz-rock psychédélique
Label : El Paraiso Records
Distributeur : El Paraiso Records

L'année commence mal, mais heureusement, Kanaan est là. Le trio norvégien composé de Ask Vatn Strøm aux guitares, Ingvald André Vassbø à la batterie et Eskild Myrvoll à la basse et aux synthétiseurs vient de se fendre de deux beaux albums. Ils ne savaient rien des mois à venir, mais force est de constater que leur musique spatiale, ample et planante se prête à merveille à ces temps troublés et privés de liberté. Odense Sessions est un EP composé de quatre improvisations travaillées avec le guitariste de Causa Sui : Jonas Munk. Le jazz-rock planant du premier album Windborne a laissé la place à des pièces de musique amples et mélancoliques, gorgées de psychédélisme, stoner dans l'âme. Les quatre morceaux sont de pures merveilles électriques où se croisent John Fahey, Miles Davis, John Coltrane et le Mahavishnu Orchestra. En quelques mesures, vous voilà propulsés sur le bord d'une falaise de craie en Normandie, dans les bois de Belle-Ile-En-Mer… C'est une respiration totale, emplie d'espoir.
Double Sun est le vrai second album de Kanaan. Les prestations scéniques vont asseoir leur réputation. En 2019, ils s'aventurent en France. A Troyes, à la Fête de la Musique, le trio joue sur le trottoir devant un magasin de disque. Une demi-heure de prestation plus tard, la rue est totalement bouchée, noire de monde, les badauds s'arrêtant tous pour les écouter. Deux jours plus tard, ils se produisent à la Grange Rose des Lentillères à Dijon devant votre serviteur. Dans cette ancienne grange de ferme, devant un public d'étudiants et de freaks, ils font décoller le plancher. Incroyablement inspirés, techniquement au-dessus du lot, ils sont capables d'aller partout où le vent les mène avec une décontraction déconcertante.
J'échange avec eux en début et fin de concert. Ils sont charmants, volubiles, passionnés. Je discute d'Elvin Jones, le batteur de John Coltrane, et de Jack DeJohnette, batteur de Miles Davis, avec Ingvald Vassbø, car j'ai trouvé des similitudes entre leurs jeux et le sien. Alors que j'évoque un nouveau disque, Ingvald et Eskild Myrvoll me promettent un album qui sera différent du premier. Ils me disent que je dois m'attendre à une vraie évolution.
Ce nouvel album est une vraie évolution. Odense Sessions fut effectivement une parenthèse de rock psychédélique stoner. On en trouve toutefois des ingrédients sur Double Sun. L'album monte en pression au fur et à mesure de son écoute. Les morceaux gorgés de jazz savant et de psychédélisme méconnu illuminent la musique de Kanaan. ‘Mountain’, ‘Öresund’ et ‘Double Sun’ sont autant de merveilles sonores.
Julien Deléglise

Maine In Havana
Maine In Havana

 

Genre musical: Folk psychédélique  
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : PIAS-MAD

Le band a vu le jour en 2016. Après de nombreux concerts un enregistrement s’imposait. Voilà qui est fait. Le chanteur est Portoricain, les musiciens Montpelliérains. Eduardo Lecleres Diaz (chant), Boris Blancas (guitare), Yanis Blancas (claviers : Hammond, Rhodes, MicroKorg), Frédéric Loumagne (basse et contrebasse), Vincent Thoyer (batterie, percussions). Pour parler d’eux certains convoquent Tom Waits, les Cramps, Nick Cave, les Doors. Le dessin qui illustre cette production est aussi déroutant que ce qu’on entend. Les frontières de la certitude s’estompent. Un trouble s’installe. Une voix caverneuse, grave et envoûtante, une musique issue du folk passée par un filtre psychédélique, des élans de rock, des rythmes latinos, du blues, une pointe de punk. Le combo brouille les pistes pour faire entendre un son étrange qui lui est propre. Il distille des ambiances aux couleurs particulières, tour à tour solaires ou lugubres, comme une réminiscence onirique ou un puzzle mental. Un fuzz de guitare, un piano lointain, un orgue planant, un beat lancinant, une basse martelée, des chœurs en échos, et toujours cette voix profonde. En 35 minutes l’album déroule 10 compositions originales.  Tout est fait de brillante manière. C’est un vrai shoot sensoriel.
Gilles Blampain

Rory Gallagher
Check Shirt Wizard - Live in' 77


Genre musical: Hard-blues
Label : Cadet Concept – Chess Records
Distributeur : UNIVERSAL

Petit Rory est parti trop tôt à la fin du vingtième siècle. Son humilité, sa Fender Stratocaster, sa chemise à carreaux de paysans gallois manquent un peu plus dans ce monde de plus en plus vide de sens où une fille en survêtement et cheveux verts chuchotant dans un micro peut devenir la nouvelle star de la musique aux USA. Rory Gallagher n'était assurément pas de cette trempe. Rory, sa vie, c'était la musique et la route. Il en sacrifia sa vie privée. Mais il nous fit l'offrande d'une douzaine d'albums impeccables de feeling, et d'enregistrements en direct débordant d'énergie et de passion. Peut-être était-il trop bon, trop sympathique, trop passionné, rendant tout ce qui suit fade. Check Shirt Wizard – Live in '77 propose une compilation d'enregistrements en concert de Rory sur sa tournée anglaise de 1977, la chose étant supervisée avec amour par son frère et ancien manager : Donal. Le son est superbe. Rory est en pleine promotion de l'album Calling Card et il est toujours doté de son groupe mythique du Irish Tour '74 : Lou Martin aux claviers, Gerry MacAvoy à la basse, et Rod DeAth à la batterie. Les vieilles scies sont transcendées par des solos merveilleux : ‘Tattoo'd Lady’, ‘A Million Miles Away’, ‘Souped-Up Ford’, ‘Used To Be’… Les nouveaux titres sont transfigurés par la scène : ‘Do You Read Me’, ‘Secret Agent’… Rory Gallagher touche encore en plein cœur, totalement habité par sa musique, rugissant, raclant le manche de sa vieille Strato avec son bottleneck, étirant la note jusqu'aux larmes. C'est le disque de blues-rock indispensable de l'année, tout simplement.
Julien Deléglise

Rose Tattoo
Outlaws

Genre musical: Hard rock'n'roll
Label : CLEOPATRA
Distributeur : PUNKTURED MEDIA

La démarche peut paraître étonnante, même si elle n'est pas inédite : Angry Anderson remet le groupe de Sidney sur les rails, pour réinregistrer son premier album (on a bien vu, ces dernières années, de nombreux groupes reprendre en live l'intégralité d'un album, concept un peu curieux lui aussi !). Quelques bonnes raisons justifient pourtant l'exercice : d'une part, tous les protagonistes du groupe initial ont trépassé, à l'exception du rugueux chanteur. D'autres part, ce dernier s'est entouré de fines lames : les guitaristes Dai Pritchard et Bob Spencer (Angel City), le bassiste Mark Evans (AC/DC), le jeune batteur Jacky Barnes... On est bien loin du tribute band ! Enfin, quelques 42 ans après les faits, cet album demeure un remarquable brûlot. Les titres restent dans l'ensemble fidèles aux originaux, quelques peu étirés (dilués ?) à l'une ou l’autre occasion (on peut préférer la sécheresse originale de 'Rock'n'Roll Outlaw' ou de 'Nice Boys', mais on ne va pas chicaner. Ce sont vraiment des points de détail, d'autant que le chanteur fort en gueule n'a décidément rien perdu de sa fougue. Entre hard rock'n'roll (et non hard rock : pas de screamer, de soli plus ou moins virtuoses, pas d'esbroufe - voir 'One Of The Boys', 'Tramp', Remedy')boogie glam impitoyable ('Astra Wally') et blues homérique ('The Butcher And Fast Eddie', ses riffs tranchants, sa rythmique impitoyable), l'album propose un semi-inédit, 'Snow Queen', face B du premier single, et deux nouvelles compositions. Nice boys don't play rock'n'roll !
Marc Jansen

Ryan Perry
High Risk Low Reward

Genre musical: Blues-rock chic
Label : RUF
Distributeur : SOCADISC

On dirait un album foutu comme un 45-tours : une face A pour les radios, une face B pour se faire plaisir. Ryan Perry a une voix chaude, plutôt grave, et chante remarquablement bien. C’est aussi un guitariste doué, fluide et mélodieux, registre blues-rock, élans héroïques et solos déferlants, mais toujours bien peignés, jamais longs, et une impétuosité très maîtrisé. Trop ? Une guitare, une basse, une batterie, un clavier, des perpectives déduites du nombre d’or, constructions rigoureuses, carrées et solides comme le Panthéon, un grain de folie consensuel… Ryan Perry est un gars du bâtiment. Pour assurer, il assure. Il a démarré à treize ans dans le Homemade Jamz Blues Band, il a du métier à revendre. C’en est même un peu gênant dans cette première volée de mid-tempos lisses, blues-rock chic et pondéré aux beats savants, louchant volontiers vers la pop et même la variété. Rythmiques doucement funky (‘Pride’), frappes infernales (‘A Heart I Didn’t Break’), les deux guitares doublées (son rock/ son plus synthétique – ‘One Thing’s For Certain’), chant complexe, froid et jazzy, solos plus chantants que le chanteur lui-même… on n’aurait rien à lui reproché sinon, justement, une tournure somme toute conventionnelle et commerciale, avec quelque chose qui ne veut décidément pas décoller. On se laisse anesthésier, puis on se laisse bercer, on n’y pense même plus jusqu’aux premiers bourdons (‘High Risk Low Reward’). L’album prend soudain du caractère, il pousse une racine, l’atmosphère s’alourdit, l’architecture se dépouille. Toutes ses qualités, qui semblaient trop calculées jusqu’ici, deviennent vraiment pénétrantes, et montent vers l’apothéose : une reprise fantastique d’ ‘Evil Is Going On’, gifle hendrixienne, arrangement percutant, ruptures, escaliers progressifs, chant impressionnant… Ryan Perry fait sa première échappée solo avec cette œuvre paradoxale… qui commence sans le satin et finit chez Satan !
Christian Casoni

Sir Lord Baltimore
The Complete Recordings 1970-2006


Genre musical: Heavy-blues rock
Label : HNE Recordings
Distributeur : CHERRY RED RECORDS

Sir Lord Baltimore est une véritable légende du hard-rock pionnier. Son premier album de 1970 fait partie de ces trésors que l'on se passe entre amateurs éclairés, de ceux qui veulent trouver la perle rare oubliée. Le trio new-yorkais composé du guitariste Louis Dambra, du bassiste Gary Justin et du batteur-chanteur John Garner est sans doute l'incarnation de ce fantasme. Ils signent sur la major Mercury, et enregistre un premier album définitif totalement échevelé : Kingdom Come. Bouillonnante marmite mélangeant hard-rock, heavy-blues psychédélique et une forme de sauvagerie garage, Sir Lord Baltimore était sans doute l'un des groupes les plus dangereux de la planète avec les Stooges, Black Sabbath et Led Zeppelin. Son passage en forme de tornade va créer quelques belles vocations. Gene Simmons et Paul Stanley de Kiss en sont totalement fans et formeront leur premier groupe grâce à eux. Il en est de même pour Bobby Liebling, fondateur du monstre doom Pentagram. On sort épuisé de l'écoute de leur premier album, étourdissant de fureur. Le second disque voit l'arrivée du second guitariste et frère de Louis Dambra : Joey Dambra. La musique se fait plus sophistiquée, mais offre de magnifiques morceaux particulièrement mordants : ‘Where Are We Going’, ‘Woman Tamer’. L'histoire du groupe prend fin après l'échec commercial de ces deux albums. John Garner remet en route la machine avec Louis Dambra en 2006. Tony Franklin tient la basse. Tout est encore là : le son de guitare sale, la voix puissante, les compositions échevelées, la rage. Le disque est étonnamment bon, et ferme définitivement, faute de succès, l'histoire de ce groupe comète.
Julien Deléglise


Steve Howell, Dan Sumner & Jason Weinheimer
Long Ago

Genre musical: Cool et intemporel
Label : Out Of The Past Music
Distributeur : Deezer, iTunes, Spotify

En mettant l'accent sur la mélodie cet album présente une magnifique collection de chansons et d'instrumentaux de grands compositeurs américains allant de Duke Ellington (‘Do Nothing Till You Hear From Me’) à Horace Silver (‘Song for My Father’) en passant par Percy Mayfield (‘Please Send Me Someone To Love’) et Carlos Jobim (‘Dindi’). En tout 11 compositions de belle facture. Des airs qui ont eu un public dans les années 1920, 30, 40 et 50. Une délicieuse série de ritournelles intemporelles. Tout reflète la quiétude dans ce disque léger et délicat. Avec seulement deux guitares, une basse et le chant, le style est très intimiste et d’une belle musicalité. L’ambiance est au calme et à la détente. C’est la cool attitude dans toute sa splendeur. Un bain de notes qui fait du bien. La maîtrise de la guitare et du chant de Steve Howell est mise en avant. Dan Sumner lui aussi guitariste talentueux et producteur de disques, n’est pas en reste. Jason Weinheimer, producteur, chanteur-compositeur et ingénieur du son, qui tient la basse est à la hauteur de ses deux compagnons. Cette production est une bulle de zénitude pour 45 minutes d’un plaisir relaxant. Un enregistrement dont la finesse d’interprétation met l’auditeur en état d’apesanteur. 
Gilles Blampain

The White Buffalo
On The Widow's Walk

Genre musical: Americana 
Label : Snakefarm records
Distributeur : CAROLINE

The White Buffalo, c'est Jake Smith, chanteur, compositeur, guitariste, conteur d'histoires, un artiste à la voix rocailleuse, hors des modes et qui ne se laisse enfermer dans aucun genre. Il a touché à une variété de styles allant de l'Americana au punk, du folk au rock 'n’roll. Son credo c’est l'engagement, c’est faire rire et pleurer les gens. S’inspirer de la réalité en l’intégrant à son imagination débridée. On The Widow's Walk évoque l'eau et l'océan, la nostalgie, le moment présent, la technologie déshumanisée, la puissance aveugle de la nature et ce qui se passe quand les repères moraux ne sont plus sous contrôle, quand l’homme ne se distingue plus de l’animal. Jake Smith confie : « Je suppose que ce que j'ai essayé de faire avec ce nouvel album, c'est de représenter un large éventail d'émotions. Il y a des moments sombres, des moments plus édifiants, des moments d'interrogation, ce n'est pas qu'un seul bloc. J'aime aussi mettre un peu de confusion dans mes chansons, ce qui est un élément très humain, je pense ». Il raconte que le titre de l'album lui a été inspiré par les petites terrasses aperçues sur les toits des bâtiments d’une ville portuaire de la côte Est où les femmes des marins se promenaient espérant que leurs maris rentrent à la maison en toute sécurité.
Gilles Blampain