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12/18
Chroniques CD du mois Interview: LITTLE MOUSE & THE HUNGRY CATS Livres & Publications
Portrait: CHARLES BROWN   Dossier: SPECIALTY RECORDS
 


Dans cette rubrique, vous trouverez une sélection de CD choisis par l'équipe Blues Again.

MAI 2018

Archi Deep
Archi Deep

Genre musical: Rock chromé
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur :www.archideep.com/contact

Adieu les Monkeyshakers, la précédente formation d'Arthur Di Piazza qui s'était offert le bonheur d'enregistrer à Memphis ; voici donc le duo Archi Deep. Toujours dans une veine bien chromée à la Queen Of The Stone Age ('With No Money No Time'), ce groupe de l'Ile d'Oléron, nous offre ce nouveau 6 titres. Le batteur qui accompagne le duo sur scène est Camille Sullet, viennent ensuite les claviers et orgues de Frédéric Scamps, la guitare acoustique de Lucas Thiefaine sur 'I’ll Be By Your Side' et la rythmique sur 'Lose My Mind'. L'objet de cette chronique a été réalisé et arrangé par Dominique Ledudal, Lucas Thiéfaine, Frédéric Scamps et Arthur. 'Lose My Mind' avec ses senteurs de Red Hot Chili Peppers ouvre le mini CD avec force. La guitare électrique à travers moult effets bâtit un mur sonique. La post production au mix dans 'The Thrill To Kill' nous ferait même croire que c'est Jack White et sa Telecaster qui se sont pointés en studio. 'I'm Just A Man' est une sorte de blues acoustique sur lequel se greffent au fur et à mesure, batterie et riffs de guitare électrique pour finir sur une accélération punk du meilleur effet. Arthur est un sacré bon chanteur. On entend dans l’intro de 'Hey' comme une roue qui tourne. Celle-ci nous renvoie direct plus de 40 ans dans le passé, à une époque où Eric Clapton et Steve Winwood formaient Blind Faith ; une merveille de mélodie acoustique que ce titre. 'I'll Be By Your Side' et ses 'Ooh Ooh...' à la Rolling Stones devrait bien dépoter en public. Hey les gars ! si vous passez par chez moi, je rapplique !
Juan Marquez Léon

Big Daddy Wilson
Songs from the road

 

Genre musical: Blues, soul, etc.
Label : RUF
Distributeur : SOCADISC

Un rendez-vous musical avec cet artiste plein de délicatesse et de feeling est toujours un moment à savourer. Et ce CD de la série Songs From The Road à la qualité sonore irréprochable permet de retrouver le chanteur face à son public. Pour ce concert enregistré à l'automne 2017 à Rubigen, un village au cœur de la Suisse, Big Daddy Wilson est magistralement entouré par Cesare ‘Smokestack’ Nolli (guitare), Paolo Legramandi (basse), Nik Taccori (batterie) et Enzo Messina (claviers). Au fil des 12 plages de l’album se succèdent blues, soul, gospel, une pointe de reggae ici, une touche de funk là, un diddley beat fougueux plus loin, quelques nuances de boogie ailleurs ; la tension monte et le maître du jeu captive son auditoire par son chant. Une voix chaude, expressive, porteuse d'une réelle sensibilité, mélange de sérénité, de puissance et d'humanité qui donne une belle épaisseur à sa musique. Il confie : « Mon seul but est de chanter, faire passer mon message et toucher les gens – en espérant les sentir en retour ». A entendre les réactions du public, la cible est touchée en plein cœur. Il est vrai que le bonhomme a un côté séduisant et qu’il est difficile de ne pas succomber à son charme. Un enregistrement capté sur le vif qui fait du bien et qui donne du tonus.
Gilles Blampain

Dana Fuchs
Love lives on

 

Genre musical: Soul-rock  
Label : GET ALONG RECORDS
Distributeur : MEMBRAN

On la connaissait dans un registre blues-rock dynamique et un poil agressif elle nous revient avec une inspiration plutôt soul mais toujours accro au rock. Le côté rageur est toujours là, bien présent et ses riffs sont pour le moins aussi brûlants pour soutenir sa voix écorchée qui gronde et grogne en laissant néanmoins apparaitre une certaine vulnérabilité. Mais il y a comme une sonorité d’un autre temps dans cette nouvelle production avec section de cuivres, orgue et chœurs où se profilent les ombres des Supremes ou d’Otis Redding dont elle reprend d’ailleurs ‘Nobody’s Fault But Mine’. Et ce n’est peut-être pas un effet du hasard si lalbum a été enregistré à Memphis. Mais l’inspiration est bien personnelle car 11 chansons sont signées par Dana Fuchs et Jon Diamond, son guitariste de longue date, et lalbum se termine sur une reprise très personnelle de ‘Ring Of Fire’ de Johnny Cash. Dana Fuchs a connu beaucoup de coups durs dans la vie, notamment la perte de sa sœur et de son frère et ce n’est pas anodin si elle intitule cet album Love Lives On (L’Amour Est Vivant). On peut saluer en elle une femme pleine de passion qui fait preuve d’une belle ardeur.
Gilles Blampain

Eric Ter
Play It Up!

 

Genre musical: Americana funk  
Label : CHIC PARISIEN
Distributeur :
www.ericter.net/tag/play-it-up/
Deezer, Spotify

Qu’il place des arpèges, une rythmique ou laisse partir une ligne solo, Eric Ter est un remarquable guitariste, fin et personnel. Son jeu porte la patine d’un long parcours qui l’a rendu invincible, question style, contrôle et instinct. C’est pourtant sa voix qui trace l’axe de cet album, celui-ci et la petite dizaine qui l’a précédé, et c’est paradoxal à deux titres. D’abord parce que Ter s’est toujours méfié des limites mélodiques de sa chanson. Ensuite, parce qu’il ne chante pas vraiment. Il se confie. Il pense presque à voix haute. Ce timbre grave, ébréché, humble et bienveillant est un véritable certificat de sympathie, le meilleur avocat du disque qui démarre. Surprise : la photo de couverture et sa touche fermière. L’homme s’arrangeait naguère avec plus d’élégance, et sa métamorphose en ermite champêtre tourne en dérision le nom de son nouveau label : Chic Parisien. Demi-surprise : la tonalité générale de l’album, une fragmentation country (country rock, country folk, Tulsa sound, old time, americana) nouée de funk, occasion de proférer d’autres néologismes (country funk, americana funk…). Il y a beaucoup de guitares, beaucoup de gimmicks slidés, beaucoup de phrases volubiles entre les couplets. Ter tient l’album sur un mid-tempo mélancolique dont la turbine ronronne sans un raté malgré la complexité des architectures, mais tout en retenue, semblant piaffer pour un galop qui ne viendra pas. L’ombre de JJ Cale se découpe toujours un peu. Le chant renvoie à Lou Reed, parfois à Leon Redbone, parfois même, et c’est plus inattendu, à Ian Dury : la voix et le débit de ‘Head Rush’ ou ‘The Other Night’ et, comme certains titres de Dury, le style indéfinissable de ces chansons miraculées d’un vieux music-hall populaire européen, qui ajoute à l’americana funk une inadvertance british ! Silvio Marie aux basse et contrebasse, Fabien Meissonnier et Jean-Paul Boyault aux batteries, Nadir Babouri aux percus, quelques beaux arpèges gouleyants pour le folk, quelques fuites de bottleneck pour le blues, les power chords lointains d’une guitare sombre pour le rock, des beats cornus pour le funk… Gaffe, cet album devient vite votre copain.
Christian Casoni

J.J. Vicars
Irreverent Dissident

 

Genre musical: Blues, rock, country 
Label : ANNIE GATOR RECORDS
Distributeur : Amazon, CdBaby, iTunes

Celui que l'on appelle aussi le Double J Reverend sort son sixième album construit de telle manière que l'on pourrait le qualifier de triptyque. Après une courte introduction instrumentale aérienne 'Los Vatos In A’, J.J. Vicars entame une entrée fracassante avec trois titres d'affilée qui font pressentir que l'on a affaire à un album de rockabilly alors qu'il n'en est rien. Il n'empêche que, d'entrée, ça file vite et bien avec ce 'Long Way From Home' incisif, nerveux et sans temps morts qui trace le chemin de deux reprises du même acabit que sont 'Wang Dang Doodle' et 'Can't Get Along With You'. On ralenti considérablement le rythme pour se retrouver dans une ambiance slow-blues jazzy qui contraste fortement avec les exercices du début. Cependant, un petit retour sur un rythme rock 'Stinky Twinky' électrise l'ambiance à nouveau avec la participation du saxophoniste Big Jay McNeely qui ne s'en laisse pas conter malgré ses 90 ans. Rebelote avec 'Downhome' et le Hammond B3 en feu de Robert Johnson. A nouveau un petit intermède instrumental guitaristique et planant 'Deguello' et on attaque la troisième partie du CD avec 'Things I Need', une sorte de western style suivi par une ballade accompagnée au piano et à la slide qui a un petit air de famille avec 'Let It Be'. L'album se termine théoriquement avec 'What Do I Tell My Heart', Country et joyeux, la lap steel étant de rigueur, mais, oh surprise ! Deux bonus viennent compléter le tableau pour arriver au total de treize titres. 'Three Toed Midget’ où le banjo côtoie le ukulélé, la slide et la mandoline sans oublier quelques vibrations de guimbarde. Et c'est une version alternative de 'Stinky Twinky' qui termine véritablement cette galette.
César

Various Artists
Johnny Cash: Forever words

 

Genre musical: Country, bluegrass, roots rock.. 
Label : LEGACY
Distributeur : SONY MUSIC

Bien sûr, il y a des antécédents… A commencer par We Are Only Riders, l’immense hommage à Jeffrey Lee Pierce : Cypress Grove, le guitariste, faisant le tri dans les affaires personnelles de l’illustre défunt, mettant la main sur des maquettes, ébauches sur cassettes et autres textes inachevés, proposa à une poignée d’artistes d’en livrer une version de leur cru, relectures inspirées et très respectueuses. Ah, ce ‘Lucky Jim’ délivré par Debbie Harry ! Dans ces cas-là, les réticences sont vite balayées, tant il s’agit de réelle création, et non d’une énième tentative pour décrocher le gros lot en grattant les fonds de tiroir. Alors, qu’en est-il de ce Johnny Cash ? Le résultat se montre-t-il à la hauteur de l’enjeu ? Premier indice : pas de nom bling bling, ce n’est pas non plus On a tous en nous quelque chose de Johnny. Plutôt la garde rapprochée, la tribu Cash-Carter, et une poignée d’artistes qu’on ne peut soupçonner d’opportunisme. Lorsque le grand homme nous a quittés, il a laissé une masse d’inédits, lettres, poèmes, écrits en tous genres. C’est cette mine d’or que mettent en musique les acteurs, pour un album co-produit par John Carter Cash (le fils de John et June Carter, comme son nom l’indique) et Steve Berkowitz. Ça débute dans la dentelle avec Willie Nelson, un somptueux tapis sur lequel Kris Kristofferson pose sa voix virile. Rosanne Cash, la fille aînée, propose un émouvant ‘The Walking Wounded’, Carlene Carter, la fille de June (oui, faut suivre…) émeut avec le subtil ‘June’s Sundown’. La tendance est bien sûr à la country de haut vol (il y a aussi les Jayhawks)mais pas que… On retrouve, entre autres et en vrac, John Cougar Mellencamp, Alison Krauss, Costello, T Bone Burnett (excellent ‘Jellico Coal Man’), ou Chris Cornell pour un beau renvoi d’ascenseur (Cash avait repris le ‘Rusty Cage’ de Soundgarden). En tout état de cause, un album sincère, souvent poignant, à la dignité exemplaire.
Marc Jansen

Khari Wendell McClelland
Freedom singer

 

Genre musical: Soul memorielle 
Label : COAX
Distributeur :
MEMBRANl

A travers cet album Khari Wendell McClelland souhaite célébrer l’histoire des Afro-Américains. Il raconte : « Kizzy était mon arrière-arrière-arrière-grand-mère. Elle a fui l’esclavage grâce à l’underground railroad pour venir au Canada. L’esprit de cet album est guidé par son exemple » [l’underground railroad ou chemin de fer clandestin était un réseau de personnes, noires et blanches, offrant un abri et une aide aux esclaves du Sud en fuite]. Savant mélange de soul et de gospel sa musique puise dans cette riche histoire, intégrant les rythmes et le folklore des premiers Afro-Américains avec des sons contemporains invoquant avec joie l'esprit de ses ancêtres. Ainsi s’entremêlent hip-hop, gospel, folk et soul pour créer un pont entre le passé et le présent. Avec une réelle émotion musicale Freedom Singer est une expérience excitante et rafraîchissante. Soutenu par tuba, trombone, banjo, violon, ukulélé, guitare, orgue contrebasse et un formidable chœur, c’est en 7 chansons portées par une voix douce et chaude et exécutées en 25 minutes que Khari Wendell McClelland nous entraîne dans ce voyage où la sensibilité le dispute à l’excitation.
Gilles Blampain

Kid Ramos
Old School

 

Genre musical: Blues vintage 
Label : RIP CAT RECORDS
Distributeur : CITY HALL RECORDS

Si on aime le blues et les motocyclettes, forcément, la pochette de ce CD interpelle. On y voit Kid Ramos qui nous fixe derrière ses lunettes noires, sapé comme les Harley Davidsoners des 50's et le cul posé sur une magnifique Harley Davidson, un vaisseau de la route étincelant. Un Shovelhead 1967, un outil qui fait aussi de la belle musique. Kid Ramos... Le retour, enfin ! Son dernier album datait de 2001. Entre temps, deux fils à élever et un cancer à terrasser et le garçon nous revient la guitare en avant et le feeling en bandoulière, avec, en guise de garde rapprochée, à la basse Kedar Roy, à la batterie Marty Dodson et aux claviers Bob Welsh. Et puis question chant, ça ne rigole pas. Johnny Tucker, Big Jon Atkinson, Kim Wilson et un nouveau venu de dix-sept ans, Johnny Ramos le fils de Kid, qui ne s'en tire vraiment pas mal. L'album a été enregistré sur bandes deux pistes, en deux jours, en live avec des micros vintages... Qui dit mieux ?! Le titre d'ouverture 'Kid's Jump' est un instrumental pour la mise en bouche, aussitôt suivi par 'All Your Love' de Magic Sam, chanté par la voix fraîche et intacte de Johnny, alors qu'après c'est l’organe chaud, puissant et patiné par les ans de Johnny Tucker qui survole 'Tell Me What Ya Want' et on repart sur un instrumental 'Mashed Potatoes And Chili' toujours avec un son « vintage ». C'est au tour de Kid de prendre le micro pour interpréter 'Heartbeat' de Buddy Holly puis Tucker intervient à nouveau pour chanter 'You Never Call My Name' juste avec l'accompagnement de Kid à l'électrique, une tuerie, on aimerait que ce titre ne finisse jamais, lent et puissant à écouter un soir d'orage. Johnny prend la relève avec 'Anna' d'Arthur Alexander, moins sucré que l'original mais avec l'intonation modulée comme il faut. Pour la reprise de l'instrumental de Wes Montgomery, 'Wes Side', l'orgue est caressant et la guitare douce et pour 'Mona Lisa’ autre reprise connue, c'est Kid qui chante et Danny Michel qui tient la deuxième guitare. La voix vibrante de Jon Atkinson apparaît sur 'Weight On My Shoulders' morceau composé par lui-même. Il est à noter que l'enregistrement de l'album s'est déroulé dans son home studio et que le résultat est brillant. N'oublions pas la voix du grand Kim Wilson sur le dernier titre 'High Society' de T-Bone Walker. Album très plaisant à écouter, ce Old School passe comme une lettre à la poste et semble trop court.
César

Koch Marshall Trio
Toby Arrives

 

Genre musical: Blues-rock-jazzy  
Label : MASCOT
Distributeur : PROVOGUE

Ils ont tous trois un beau curriculum vitae. Ce trio américain explosif est composé du guitariste de haut vol Greg Koch qui sculpte les sons dans un style puissant et créatif avec originalité et feeling, de son fils Dylan à la batterie et de Toby Lee Marshall orfèvre de l’orgue Hammond B3. Les huit compositions déploient un panorama de blues trempé de funk, de jazz-rock, d’un écho de gospel ou de country, dans lequel le groove s’installe en laissant l’espace nécessaire à une vraie dynamique tournée vers l’improvisation. Le triumvirat abolie les frontières allant du jazz des années 40 à la soul des années 60 façon Booker T & The MGs, et louvoie également entre rock progressif et jazz fusion. Le pari est audacieux de sortir un premier album strictement instrumental mais l’ensemble est très enlevé et la tension ne retombe jamais d’une plage à l’autre. Le son acéré de la guitare électrique qui déchire le satiné de l'orgue Hammond B3 soutenu par un beat puisant et bien marqué, la plénitude du son, la nervosité de l’attaque et la clarté de la note, transportent l’auditeur dans un tourbillon sonore excitant.
Gilles Blampain

Kris Lager Band
Love Songs & Life Lines

 

Genre musical: Americana, blues  
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : www.krislagerband.com/store.html

Avec le Kris Lager band, on est entre Ben Harper et Derek Trucks. Musicalité, feeling et charisme sont de mise pour cette formation qui sème la bonne humeur et le positif sur sa route depuis quinze ans. Kris Lager, chanteur guitariste est entouré de musiciens qui semblent former une famille unie et qui font de fort bons choristes. Scooby Sha BoBo en est le batteur, Aaron Underwood le bassiste et Mike Lefever tient le saxophone. On notera aussi la présence de Jeremiah Weir au B3, Kris Lager jouant du piano sur cinq des quatorze titres de l'album. La famille (la sienne) est une source intarissable d'inspiration et de réflexion pour ses compositions. 'Aurora Borealis', écrite pour son défunt père, qui débute gentiment le CD est un instrumental avec une ambiance orientale, percussions légère et guitare acoustique qui met l'auditeur en bonnes conditions d'écoute pour la suite du programme. C'est sur le titre suivant 'The Heart Wants What The Heart Wants' que l'on commence à entendre la voix légèrement cassée ainsi que, et surtout, la slide de Kris Lager qui vont s'amplifiant jusqu'à la fin de la chanson dans un mélange de blues, reggae, folk. 'Sweet Magnolia' a été écrite après un dur hiver à accompagner son père vers la mort et la vue d'un magnolia en fleur lui a redonné le sourire. 'I Want To Hold You In My Arms' est une chanson lente écrite pour sa mère où la voix devient chevrotante et solennelle sur un accompagnement piano/slide avec des chœurs gospel. 'San Francisco Bound', entraînant et vivant, nous emmène sur la Pacific Coast Highway, saxo et slide intimement mêlés. 'You Know I Love You', ballade au tempo lent est un hit en puissance et avec 'Pickin’ Up The Pieces' on est en pleine soul avec un saxophone qui sait y faire, un beau solo de guitare, et un orgue qui lie le tout de belle manière et la pression monte avec 'You And I' rhythm and blues qu'aurait pu chanter Otis. Quel groove! Avec 'Where The Green Grass Grows Tall’ on aborde une facette country-folk entraînante. Quant aux derniers titres, je vous laisse le soin de les découvrir, mais sachez que j'ai écouté cette galette plusieurs fois de suite sans me lasser.
César

Lenine McDonald
Où Sont Tes Rêves

 

Genre musical: Déclamation rock  
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : InOuïe Distribution

Ce que fait Lénine McDonald, après sept ans de basse chez Jesus Volt, est vraiment audacieux. En premier lieu parce qu’il mise tout sur une sincérité dénudée qui le rend vulnérable. Il a choisi de s’illustrer dans une poésie rock mi-démodée, mi-expérimentale, et résolument symboliste. Il en livre le message par éclairs de conscience, en prédicats lacérés, avec des mots simples. L’écriture n’est pas pédante, même si l’ensemble pourrait d’abord le laisser craindre. S’agit-il de poésie engagée ? Déjà, s’agit-il de poésie tout court ? La balance à peser cette denrée n’ayant pas été inventée, Lénine McDonald est-il un chanteur engagé ? ‘Voyageur’ incline dans ce sens, mais une réflexion plus métaphysique semble s’esquisser à partir de ‘Nébuleuses’, dont la question centrale résume tout le reste : « Qui sommes-nous ? ». Après ‘Nébuleuses’, tout se mesure à l’aune de la poussière (à laquelle l’homme retourne), les grandes tragédies (le migrant de ‘Voyageur’) et les gentillesses domestiques (‘Petite Lune Grise’). ‘Dieu M’en Garde’, dixième et dernière plage, pourrait le confirmer : Lénine égalise petits et grands concepts par l’absolu, une dimension où n’importe quel principe en vaut forcément un autre. Et cette interrogation obligée de toute œuvre symboliste : si l’univers visible n’est que l’ombre de la vérité, de quelle essence ces gesticulations sont-elles l’écume ? Placer des textes de ce genre sur une transe rock, où des slogans seraient plus indiqués, constitue une sacrée gageure. C’est en cela que l’album est expérimental. Lénine n’est donc pas un provocateur malgré ce pseudo la-faucille-et-le-ketchup. Il publie son deuxième album sous cette identité. Il a derrière lui El Tao, le guitariste de Jesus Volt, Alain Carminari à l’autre guitare, Aurélie Simenel à la batterie, son réalisateur Frank Eulry aux programmations, lui-même se réservant la basse, le synthé et les chants (psalmodies swinguées plutôt, les mélodies s’avérant plus explicites dans les chœurs). Il ne faut pas imaginer un disque de fusion, bien que les arpèges prennent parfois un léger accent africain et que les tachycardies électroniques libèrent un funk résiduel. Lénine campe sur une base rock : de bons riffs à ressort, des rafales de tom excitantes, deux ou trois solos blues-rockants, une mécanique généralement agressive, hormis les deux vapeurs berçantes, ‘Petite Lune Grise’ et ‘Anastasia’ à la basse quasiment mystique ! Même quand la transe s’est emballée, ce qu’on retient de l’album, finalement, c’est la consolation d’une étrange douceur.
Christian Casoni

Lindi Ortega
Liberty

 

Genre musical: Country planante 
Label : SHADOW MUSIC
Distributeur : MEMBRAN

Avec ce septième album, Lindi Ortega inspirée à la fois par le soleil du Mexique de son père et la brume de l’Irlande de sa mère, nous livre un étrange objet sonore. Une sorte de bande son pour western néo-gothique. L’agressivité de guitare électrique se mêle à l’indolence de la pedal steel sur une nappe d’orgue lointain et les émotions défilent comme de grandioses paysages. Telle une vision évanescente de Monument Valley le cinémascope hollywoodien pénètre dans les studios de Nashville. Desperados et belles de l’Ouest se fondent dans une brume honky tonk, quand de sa voix claire Lindi Ortega passe de ballades nostalgiques à des rythmes plus joyeux comme pour émerger de l’ombre à la lumière. Ailleurs on entend des échos rockabilly au milieu de tambours grondants, de lignes d'orgues B-3 et de guitares déformées, ainsi qu'une résonance de mariachi. La Canadienne cite Linda Ronstadt, Dolly Parton et Willie Nelson comme influences majeures et invite le légendaire Charlie McCoy et son harmonica à se joindre à elle. Lindi Ortega révèle qu’elle a fait appel à Skylar Wilson, producteur de Nashville, lorsqu'elle a découvert leur passion commune pour les films de Quentin Tarantino. L’album déroule 15 titres se concluant sur ‘Gracia A La Vida’ de la plume de la compositrice chilienne Violetta Parra, interprété en espagnol. Un album novateur qui sort du lot et fait pour décompresser.
Gilles Blampain  
           

Lino Muoio
Mandolin Blues Acoustic Party

 

Genre musical: Blues acoustique  
Label : Man Blues Edizioni Musicali
Distributeur : Amazon, iTunes, Deezer

Lucio Villani est un contrebassiste italien qui a participé à cet album, mais il est aussi un illustrateur fabuleux, celui qui a imaginé la conception graphique de ce digipack avec livret, aussi beau que la musique qu'il renferme. Lino Muoio ne s'y est pas trompé. Il a réuni quelques-uns des gens qui font le blues en Italie et, patiemment, ils ont tissé, ou plutôt brodé, une dentelle faîte autour de la mandoline du maître de cérémonie, en toute simplicité et en acoustique. Pour ses dix ans de pratique blues de cet instrument, de la délicatesse, de la sensibilité et de l'inventivité sont au menu puisque la mandoline n'est pas l'outil premier des bluesmen et que le terrain est quasi vierge. Par exemple, l'intro de ‘Good Times Comin' qui pourrait être composée par Eric Satie et qui s'envole vers un charleston avec un break joué à l'archet sur la contrebasse est totalement original. Lino Muoio a quelques affinités avec les années vingt/trente, on le sent dans ses compos. 'Let's Ease Our Mind' où les voix de Veronica Sbergia et Mario Donatone se donnent la réplique, 'Roosevelt Stomp' chanté par Max de Bernardi qui tient aussi le Dobro qui se marie à la mandoline de Lino pour un accompagnement tout en sautillements, 'Do It Right' en trio avec la voix éraillée de Paolo Bonfanti, sa guitare et la contrebasse de Francesco Miele, 'It's Up To Me' qui nous ramène également aux années folles et ce duo Gina Fabiani / Veronica Sbergia sur 'She's So Spicy' avec les solos de Dobro et de mandoline sur fond de piano/contrebasse est chaud bouillant. On ne s'ennuie pas une minute au fil des quinze compositions que nous propose maître Lino que ce soit du duo au sextet, instrumental ou pas, ce disque qui arrive avec le printemps est aussi bienfaiteur et rayonnant que cette saison.
César

Meg Williams
Maybe Someday

 

Genre musical: Blues, rock, folk  
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : Amazon, CdBaby, Deezer, iTunes

Tout en cette jeune femme respire la féminité, son timide sourire, sa voix douce, sa fine silhouette mais quand elle prend sa guitare et commence à y plaquer ses accords, à la tête de son groupe, la timidité s'estompe, la silhouette s'anime et le sourire devient contagieux. Six titres seulement pour nous convaincre des qualités de sa musique. Pour cela, il faut qu'elle soit bien entourée. Un second guitariste, Dan Wecht, est là pour augmenter la puissance des compositions. A la basse Greggory Garner qui allie ses forces à la batterie de Kyle Law. Il en ressort un album intense où le blues est tantôt rock ou tantôt funk. 'Not My Problem' est de cette sorte, c'est du funk électrique, les guitares sont nerveuses, basse et batterie mettant la pression, cependant, la voix n'est pas agressive et garde sa douceur. Même plan pour 'Bad Lovin'' qui sur un rythme rock entraînant est adouci par la voix et les chœurs parfaits. 'Little Bit Of The Devil' est sublimé par la slide de Dan Wetch qui survole le beat hypnotique de ce titre. 'May Be Someday' est un blues lent où la slide est encore là et il n'y a qu'à se laisser bercer. Plus le disque tourne, plus on remarque le travail important des chœurs. 'You Let Me Down' est un gros blues-rock qui fait bouger la tête d'avant en arrière et on aimerait que cela ne s'arrête pas et pourtant, le dernier titre arrive déjà 'I Feel A Heartache Coming' accrocheur et radiophonique, qui pourrait faire un tube. En résumé, Meg Williams, c'est la fureur toute en douceur.
César

Mike Zito
First Class Life

 

Genre musical: Blues introspectif
Label : RUF
Distributeur : SOCADISC

A l’approche de la cinquantaine Mike Zito reconnait avoir connu des temps difficiles quand les débuts d’une carrière prometteuse auraient pu tourner court à cause de la came, les excès et les galères de la vie. Il a su se délivrer de ses addictions et rester sobre pour que tout aille mieux et il a toujours garder cet attachement au blues. Pour dissiper ces périodes sombres, Mike Zito chante sous forme d’introspection ‘First Class Life’, affirmant : « J’ai une deuxième chance pour une vie de première classe. J'ai grandi pauvre à St. Louis, et maintenant je voyage dans le monde entier pour chanter mes chansons ». S’il parle de sa vie, il évoque aussi les tensions du monde actuel à travers ‘Time For A Change’. Mais l’humour n’est pas absent non plus, ‘Mama Don’t Like No Wah Wah’ est une petite perle funky écrite avec Bernard Allison à la mémoire deKoko Taylor avec qui ce dernier a fait ses débuts : « Koko n'aimait pas les effets sur la guitare, elle voulait que ça sonne naturel ». Comme à son habitude avec un punch d'enfer et un bon feeling, Mike Zito nous livre un blues aux accents soul dans un enregistrement plein d’énergie et de bonnes vibrations. Qu’il envoie des riffs incendiaires façon rock où les slides font monter la tension ou qu’il calme le jeu avec des ambiances plus cool, le bonhomme est toujours aussi convaincant.
Gilles Blampain

Peter V Blues Train
Running out of time

 

Genre musical: Blues, funk  
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : Amazon, iTunes

C'est un musicien avec un drôle de parcours que ce Peter V. A la fin des années soixante, il a une douzaine d'années et il se paye sa première gratte, à quinze ans il commence à donner des concerts rémunérés et à vingt et un ans il arrête tout, raccroche sa guitare et ne la touche que très rarement. Vingt-cinq ans passent et en 2008 il reprend le manche et ne l'a jamais relâché depuis. Ses compagnons en musique ont pour nom Sean Graverson (basse), Alex D'Agnese (batterie), Aron Louis Gornish (claviers) et bien sûr, comme souvent, quelques invités sont présents, à l'image de l'excellent saxophoniste Danny Walsh qui apparaît sur six des onze morceaux de cet album de blues orienté East coast avec une touche de funk et une autre de jazz. Sept compositions et quatre reprises jalonnent l'écoute de ce disque bien ficelé. 'Stay On Track' assoie le rythme avec sa guitare aux riffs bien saccadés sur lesquels les solos de sax n'ont plus qu'à se poser. 'Cherry On The Cream' titre emprunté à R.R. Ferrell voit le piano de Tom Adams entrer dans la danse et le sax virevolter. 'Buzzed Busted & Blue' est un blues lent où Peter V se déchire la voix et fait parler la six cordes avec encore un beau travail du saxophone. Encore plus lent, 'Worried Life Blues', un classique de Big Maceo Merriweather, est interprété à la perfection. 'Running Out Of Time' est un rouleau compresseur au gros son où l'orgue sert de carburant et où la guitare est agressive. Du funk jazzy étincelant où la guitare et le sax sont intimement mélés pour 'Time To Collect', un instrumental intelligent qui file la bougeotte. Il y a même une reprise des Coasters, l'indémodable 'Youngblood' et un magnifique titre acoustique, juste guitares/voix, 'Time For Me To Go'. Deux invités sur le 'Love Me Like A Man' de Bonnie Rait chanté par la chaude et puissante voix de Kelley Dewket avec le soutien de l'harmonica de Gary Neurwirth. N'oublions pas 'Lay Down My Friend' en hommage au regretté Michael Packer décédé il y a un an sans qu'il ait eu la possibilité d'écouter son dernier album (saleté de cancer). Bien belle découverte que cette galette que je vais emmener en vacances comme disque de chevet.
César

Powersolo
Bo-peep

 

Genre musical: Garage rock  
Label : CRUNCHY FROG
Distributeur : Differ-Ant

Avatar solo de Kix, moitié des vétérans Mule : Le Danois fou a fait ici appel au dieu farceur Loki et à certains breuvages vikings afin de l’aider dans sa quête. Patient, méthodique, obstiné, obsessionnel il savait très exactement ce qu’il voulait : ouvrir la porte aux fantômes d’un monde perdu, retrouver une innocence primitive où deux riffs de guitares, une batterie monolithique, une voix hantée et une production tremblotante, sourde, sale, venue du fond d’une cave obscure et humide définissent les canons d’une époque révolue et d’un style empruntant autant aux Trashmen, aux plus obscurs groupes garage des sixties, ainsi qu’à une forme de proto-rockabilly plouc et têtu. Un Seeds sans farfisa, un Question Mark sans mariachis. Notre Danois pugnace, en véritable mad doctor, ouvre la porte de son cabinet des curiosités et c’est un monde perdu, un train fantôme rockant et rollant qui vous saute à la figure, bringuebalant l’essence et l’esprit de milliers de groupes obscurs dont la plupart restèrent inconnus et à qui il rend un hommage spectaculaire au travers d’un CD dont je défie l’auditeur de situer la date de production en 2018 : Loki, ce dieu farceur, nous a en effet renvoyé avec malice en 1967, coincés entre une compile Peebble et une Nuggets. L’illusion est parfaite, une véritable réincarnation, il faut croire dans le pouvoir des dieux Vikings et dans la force de l’absinthe.
Laurent Lacoste

Quiet Dan
When the earth was flat

 

Genre musical: Folk onirique  
Label : InOuïe
Distributeur :
InOuïe distribution

Avec des ambiances cool invitant à la rêverie, mêlant folk, pop-rock et musique d’Europe de l’est Quiet Dan est au chant, aux guitares et aux claviers. Il est accompagné par Antoine Reininger à la basse et aux guitares et Mathieu Penot à la batterie et aux claviers. Pour certains titres le trio est rejoint par Julien Brunetaud (piano), Rosalie Hartog (violon), Julia Robert (alto), Martina Rodriguez (violoncelle), Clément Caratini (clarinette) et Fidel Fourneyron (trombone). Cette réunion de talents, avec sa réelle finesse d’interprétation, donne beaucoup de charme à cette production. Après avoir navigué pendant quelques années dans des univers musicaux allant du blues au jazz en passant par le rock, le folk ou le grunge, Quiet Dan a forgé son propre style. C’est avec classe et de façon décontractée qu’il interprète d’une voix chaude 10 compositions originales qui font penser de loin à Dylan, Lou Reed ou Neil Young. Ses inspirations sont variées et quelques titres suffisent à en révéler la palette : ‘Crocodiles’, ‘Quiet Children’, ‘Elmore Leonard Has Left Detroit’, ‘Small Time’. Il annonce : « Les chansons sont des auto-stoppeuses. Quand j’en vois une, je m’arrête et je la prends ». Cet album qui véhicule par moments une certaine mélancolie possède une indiscutable fraîcheur.
Gilles Blampain    

Reverend Freakchild
Dial it in

 

Genre musical: Blues, rock, folk
Label : FLOATING RECORDS
Distributeur : floatingrecords.com, Amazon, Spotify

C'est un univers à part que les travaux du Rev. Freakchild. Son blues est mâtiné de folk-rock avec une touche psychédélique. Son arme favorite est une National steel guitar et quand il joue seul, il souffle aussi dans un harmonica. Dans cet album, il est secondé par Hugh Pool aux guitares, à l'enregistrement et au mixage. En ce qui concerne la batterie et les percussions, c'est Chris Parker (Joe Cocker, Bob Dylan, Butterfield Blues Band...) qui tient les baguettes. Les titres qui ouvrent et ferment l'album 'Opus Earth' et 'Opus Space' ont une approche incantatoire prenante avec le mixage de chants (peut-être) Lakota et (sûrement) binaural Tibétain avec la résonator bien blues, de quoi perdre pied. Vraiment réussie, la version de 'Personal Jesus' de Depeche Mode est aussi prenante que l'originale avec la pêche qu'il faut entre la slide rageuse et l'harmonica à fond de souffle tenu par Hugh Pool. Deux autres reprises figurent parmi les onze chansons de ce CD. 'It's Alright, Ma (I’m Only Bleeding)' empruntée à Bob Dylan qui promène son groove pendant sept minutes avec le support de Jay Collins et de ses saxophones ténor et baryton et le traditionnel 'Soul Of A Man' dans un arrangement maison bien roots avec slide incorporée. En ce qui concerne 'Dial It In' et son phrasé saccadé, les chœurs sont assurés par l'extraordinaire Azel Miller et G Love qui tient aussi l'harmonica. Le planant 'Skyflower' précède 'Roadtrance' et sa machinerie presque électro psychédélique. Il est à préciser que ce disque enregistré et mixé sur bandes, sortira aussi en vinyle. Dépoussiérez donc vos platines pour accueillir dignement ce Reverend.
César

Rockwell Avenue Blues Band
Back To Chicago

 

Genre musical: Blues made in Chicago  
Label : DELMARK
Distributeur : SOCADISC

La marque à la lettre D a encore frappé très fort. Faut-il le rappeler ? Delmark, fondé en 1953, est le plus ancien label de blues chicagoan encore en activité. Back To Chicago donc. Ken Saydak, 40 ans de carrière (chant et claviers pour Johnny Winter, Lonnie Brooks, Mighty Joe Young…) co-fondateur en son temps des Big Shoulders a eu l'idée de réunir en studio des vétérans de ce prestigieux label. C'est ainsi que l'on retrouve l'excellent harmoniciste et chanteur Tad Robinson, également ancien des Big Shoulders. Le chanteur guitariste Steve Freund, qui a commencé chez Sunnyland Slim et qui depuis aligne plus de 50 albums Delmark en tant que sideman, dont un Grammy pour sa participation au Blues Explosion de Koko Taylor. Le bassiste est Harlan Terson (Lonnie Brooks, Otish Rush, Jimmy Rogers...). Le batteur se nomme Marty Binder (Junior Wells, Buddy Guy, Eric Clapton, Albert Collins…). Vu les CV de ces messieurs, il serait complètement déplacé de leur rappeler de réviser leur blues avant d'entrer en studio. Ces types ont ça dans les veines et ça s'entend : l'album n'a nécessité que 3 jours d'enregistrement. La moitié du disque est constitué de compositions plutôt soul-blues voire gospel ('We Believe') et c'est Tad Robinson qui s'y colle, tant sa voix et son chant sont à la hauteur de cette musique 'de l'âme'. Si l'on écarte la dernière chanson 'Dream', rêveuse et mélodique, composée et interprétée par le pianiste Ken Saydak, le reste est constitué de blues de ce dernier ou écrits par le guitariste Steve Freund. Boogie à la manière de 'Green Onions' de Booker T. And The MG's avec 'Boogie In The Rain', des blues lents ou mid tempo, aux couleurs louisianaises ('Stranger Blues'). Il y a comme un vent de liberté dans chaque titre joué. Dans son intervention personne n'y est systématique ou 'attendu'. Au contraire, chacun évolue avec aisance dans une parfaite harmonie d'ensemble. C'est la marque des plus grands. Merci messieurs de nous offrir une telle musique.
Juan Marquez Léon

Sterling Ball, John Ferraro, Jim Cox
The Mutual Admiration Society

 

Genre musical: Blues-rock instrumental
Label : MASCOT
Distributeur : PROVOGUE

Sterling Ball (basse), John Ferraro (batterie) et Jim Cox (claviers) sont amis d’enfance et ont joué ensemble dans différents groupes avant de monter, en 1984, le Biff Baby’s All Stars dans lequel apparaissait Albert Lee et Steve Morse. AvecThe Mutual Admiration Society ils nous proposent un album instrumental sur lequel figurent des invités tels que Steve Lukather (Toto), Steve Morse (Deep Purple, Dixie Dregs, Kansas), John Petrucci (Dream Theater), Albert Lee, Jay Graydon et Steve Vai. Un disque fait de reprises ‘Baby Please Don’t Go’, ‘Treat Her Right’, ‘Memphis Tennessee’, ‘Hey Good Looking’… (13 en tout) enregistrées sans prétention par des musiciens reconnus, juste pour le simple plaisir de jouer ensemble et partager une passion commune. Au premier coup d’œil, la présentation du projet semble attrayante car le casting est impressionnant, mais lorsque des musiciens de cet acabit se retrouvent autour du micro le résultat pourrait être beaucoup plus excitant. Pour l’admiration mutuelle, on ne remet pas en cause, mais pas d’enthousiasme béat, l’ambiance générale est plutôt nonchalante. Tout ceci n’est pas très exaltant, ces gaillards peuvent mieux faire. A écouter éventuellement d’une oreille distraite en fond sonore.
Gilles Blampain

Teresa James and the Rhythm Tramps
Here in Babylon

 

Genre musical: Blues, soul
Label : JESI-LU RECORDS
Distributeur : CdBaby, Amazon...

C'est le dixième album de Teresa James et à cette occasion, une grande première. L'enregistrement a été plié en deux jours dans les conditions du live (à part l'orgue et quelques overdubs), un coup de maître car elle a quasiment la même équipe de rêve pour l'entourer. Aux guitares Billy Watts, à la basse Terry Wilson, à l'orgue Mike Finnegan et un nouveau batteur (dans le groupe), plein de finesse, Jay Bellerose. Elle même tenant le piano. N'oublions pas les cuivres avec Darrell Leonard à la trompette et Joe Sublett au saxophone. On peut parler de dream team vu le passé de chacun de ces musiciens. On a là un disque qui calme le jeu, plein de quiétude malgré l'intensité du feeling et la technique des Rhythm Tramps, c’est la classe naturelle des grands qui parle. 'I Know I Ain't Been So Perfect' et sa soul décontractée ouvre l'album suivit par ‘Here In Babylon' blues swamp poisseux avec sa slide omniprésente et Teresa qui survole tout ça de sa voix trainante. C'est après ces deux titres que les cuivres entrent dans la danse pour deux compositions qui groovent fort, 'Give Me A Holler’ et 'Head Up, Heart Open' R&B qui laisse la chanteuse montrer qu'elle peut pousser dans les octaves. La belle chanson 'I Keep Drifting Away' prête à la rêverie, tandis que 'The Day The Blues Came To Call' est un vibrant hommage à Greg Allmann, plein d'émotion, où la voix de Madame Teresa mériterait le qualificatif de reine du blues. Bien sûr, il y en a quelques autres, mais Teresa James est dans le peloton de tête. Allez, un p'tit rock qui balance, c'est 'I Gotta Roll'. Pour les autres titres, je vous laisse le soin de découvrir.
César

Tommy Emmanuel
Accomplice one

Genre musical: Kaleidoscope musical
Label : MASCOT
Distributeur : PROVOGUE

Il fait partie de ces artistes unanimement salués et reconnus par ses pairs mais malheureusement méconnu du grand public. Tommy Emmanuel dont l’authenticité émotionnelle illumine ses magnifiques performances parcourt avec bonheur et une éclatante virtuosité toutes sortes d’univers musicaux, du country-blues original au rock moins classique, du bluegrass au jazz manouche. Et comme pour lui la musique a toujours été une histoire de collaboration, les artistes qui l’ont accompagné en studio pour cet album forment une liste impressionnante qui révèle les noms de Jason Isbell, Jorma Kaukonen, Mark Knopfler, Rodney Crowell, Jerry Douglas, Amanda Shires, Ricky Skaggs, J.D. Simo, David Grisman, Bryan Sutton, Suzy Bogguss et quelques autres. Cet enregistrement qui mêle chansons et prestations instrumentales va certainement ravir les fans du guitariste australien mais devrait également susciter l’intérêt de tout amateur de guitare. Au long des 16 titres on retrouve de grands classiques comme ‘Deep River Blues’, ‘(Sitting On) The Dock Of The Bay’, ‘Purple Haze’, ‘Djangology’… Une interprétation tout en délicatesse, un vrai ravissement pour l’oreille. Tommy Emmanuel a déclaré dans un communiqué de presse : « Je voulais enregistrer un album de duos qui pourrait montrer mon amour pour de nombreux styles, le défi de réarranger certaines chansons classiques, et partager le plaisir de l'improvisation totale avec des instrumentistes qui le font à un niveau que nous admirons tous ! ». Pari gagné ! Un moment de pur bonheur qui dure 63 minutes.
Gilles Blampain

Willie Nelson
Last man standing

Genre musical: Country music
Label : LEGACY
Distributeur : SONY MUSIC

Pour fêter ses 85 ans Willie Nelson présente 11 nouvelles chansons composées en collaboration avec son ami de longue date le producteur Buddy Cannon. Cet album est présenté comme étant son plus intime à ce jour. Sur des rythmes country aux vibrations honky tonk, cet enregistrement évoque la fugacité du temps, le vieillissement (‘Bad Breath’), la mort (‘Last Man Standing’), les épreuves de la vie (‘Something You Get Through’), le doute, la joie (‘Me And You’), la beauté et la confusion que le monde peut offrir (‘She Made My Day’). Il parle de blessures sur des musiques entrainantes parce que danser est peut-être une manière d’échapper au déclin : « Je ne veux pas être le dernier homme debout / Ou attendez une minute peut-être que si / Si cela ne vous dérange pas, je vais prendre un nouveau départ / Et décider après réflexion / d’Aller de l’avant si vous en êtes ». Willie Nelson chante d’une voix qui n’est pas altérée par l’âge et joue avec l'esprit et la sagesse acquise au fil des ans, accompagné par des musiciens expérimentés que lui-même et Buddy Cannon ont déjà réunis sur de nombreux albums précédents. Le Texan est encore vert et déclare : « Je pense qu’on peut faire plus avec la musique qu’avec des débats et de la politique ».
Gilles Blampain