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05/17
Chroniques CD du mois Interview: ERIC LAVALETTE Livres & Publications
Dossiers: JIM & GENE
        BLUES & FLAMENCO (suite)
Portrait: LITTLE WALTER Interview: SUZY STARLITE & SIMON CAMPBELL
 


Dans cette rubrique, vous trouverez une sélection de CD choisis par l'équipe Blues Again.

MAI 2017

Balkun Brothers
Devil on TV

Genre musical: Expérience sonore
Label : DIXIEFROG/BORDERLINE BLUES
Distributeur : PIAS

Les frangins au look déjanté de hippies psychédéliques, Steve à la guitare et Nick à la batterie, nous avaient déjà accroché les tympans fin 2015 avec leur mélange de sonorités traditionnelles du Delta, de blues électrique relevé de fulgurances rock, de funk puissant et de bricolage informel. Les voilà revenus avec une déferlante sonore dévastatrice. Ces mecs-là ne font pas dans la dentelle, les explosions de guitares, le martelage de percussions et les bruitages de toutes sortes (commentaires radio, bruits de foule, cris d’animaux…) accompagnés de saxophone, trombone et violon bousculent les codes et repoussent les lignes du convenu pour créer des ambiances hors norme. C’est renversant, ils y vont à fond et le résultat est chiadé. Et ce qui pourrait passer pour un véritable chaos est en fait une production vraiment nickel-chrome. Les deux frères signent 8 compositions originales et reprennent à leur manière ‘Backdoor Man’ de Willie Dixon qu’ils prolongent dans un même élan par ‘Five To One’ des Doors et revisitent aussi ‘Thursday’ de feu Mark Sandman fondateur du band Morphine. Il y a tellement d’apports différents dans le monde musical des Balkun Brothers qu’il est difficile de leur mettre une étiquette pour définir ce qu’ils font. Disons que c’est une expérience sonore.
Gilles Blampain

Big Mama Montse Band
Seed of Love

 

Genre musical: Blues jazzy
Label : Gaztelupeko Hotsak
Distributeur : www.hotsak.com

Ce n'est pas rien, 'Seed Of Love' (graine d'amour). C'est un titre qui correspond à merveille à la personnalité de Big Mama Montse, de son vrai nom Montserrat Pratdesabat. Charismatique, le feeling à fleur de peau, cette artiste, chanteuse et guitariste a fêté ses 25 années de carrière en 2013 et elle est présidente de la société de Blues de Barcelonne. Sa vie est dédiée au blues et au jazz et s'il faut plusieurs décennies pour devenir une icône, elle n'est vraiment pas loin d'être sur le piédestal. Pour cet album, B.M.M. S'est entourée de Tofol Martinez à la guitare et au Dobro, de Isaac Coll à la basse, et de Andreu Moreno à la batterie et aux percussions et c'est parti pour onze chansons où même sur des titres rythmés comme 'Howlin' On The Ground' rock/swing ou 'Sex Appeal' funky en diable ou bien 'Peace To The World' écrit par Trade Martin, c'est la douceur qui domine. Très souvent, avec Montse on a affaire à un mélange de blues teinté de jazz. Elle pratique le scat avec aisance et naturel 'When I Die, You Better Second Line' adaptation d'un morceau de Kermit Ruffin en est un flagrant exemple. Elle a l'art de faire vibrer sa voix, de moduler et de nous faire croire qu'elle ne chante que pour nous, parfaitement secondée par d'excellents musicien (T. Tofol est remarquable) 'Tell Me Why You Look So Evil' , 'No Words On The Line' sauront vous convaincre. Si elle passe près de chez vous, courrez la voir, qu'elle soit en formation réduite, comme dans ce disque, ou en big band vous serez sous le charme, assurément.
César

Bror Gunnar Jansson
And The Great Unknown. Part II

Genre musical: Blues lugubre
Label : Normandeep Blues
Distributeur : L' AUTRE DISTRIBUTION

Suite de son dernier mini LP And The Great Unknown. Part ', le one man band Suédois continue de s'exprimer à travers ce blues lugubre qui le caractérise. Sa musique étant plus étoffée qu'avant, il est dommage que la fiche promo qui nous a été transmis ne nous indique pas le nom des musiciens qui ont participé​ à ce 4ème opus, si l'on inclus le mini LP du début de cette année. Ce qui est nouveau aujourd'hui est l'utilisation de cuivres sur certains titres comme par exemple dans 'Edward Young Took His Gun' où Bror regarde vers le Mexique el Día De Los Muertos, fête nationale chez les descendants Aztèques. Ou sur ce 'Moan Snake Part III, The Bear Snake' avec ce pont au saxophone rageur. Le très cubain 'I Ain’t Going down That Road No More' fait apparaître son personnage récurrent Butch. On retrouve aussi le William du second album sur 'He Had A Knife In His Hand, Part II'. C'est une spécialité du bonhomme de décliner en plusieurs feuilletons ses personnages, apportant ainsi un côté cinématographique à ses disques. 'The Lonesome Shack', c'est comme si John Lee Hooker était poursuivi par tous les démons de la terre. Chant halluciné. 'The Preacher' s'étend sur 10'. Ce titre, souvent interprété en concert et de façon captivante paraît-il, se trouve donc enregistré ici pour la première fois. Quant à la balade éthérée et nostalgique 'While I Fight The Tears', elle plane dans les cieux sur des nappes de pedal steel. Sa voix rappelle, étonnamment, celle du chanteur des Kings Of Leon, Caleb Followill. Et en conclusion 'O' Death', comme une lente et antique marche, une chorale, ponctuée de notes d'orgue, renforce l'intensité de ce titre, pour finir, éternellement à l'église, avant la mise en terre... Gothique, lancinant et sépulcral, Bror Gunnar Jansson, ne cesse de fasciner.
Juan Marquez Léon

Cotton Belly's
Live session vol.1

Genre musical: Bluesoulrock
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : cottonbellys.com

Le band annonce la couleur : « L’objectif principal est de proposer aux auditeurs des versions de nos chansons revisitées et affirmées par l'expérience des concerts. Le public, l'ambiance, l'énergie, autant de facteurs poussant l'artiste à s'adapter, à remodeler sa création pour de meilleurs moments live. Nous voulions proposer à notre public de retrouver en écoute les mêmes versions ». Blues, soul et rock forment le trépied sur lequel reposent ces enregistrements. Les deux premiers titres ont été gravés à Memphis dont ‘Broken Line’ qui est inédit. Le suivant, ‘Superstition’ de Stevie Wonder est revu en profondeur de belle manière en insufflant avec brio dans la soul un petit air de bluegrass via le banjo. Les 3 morceaux suivants sont des reprises du premier album du band This Day, remodelés afin de leur donner plus de puissance et l’influence rock de certains titres comme ‘Three Times’ ou  ‘Greatness’ ne manque pas de vigueur et le chœur des invités est bien venu. Live Session vol.1 est traversée de savoureuses envolées de guitare et de solos d’harmo qui accrochent les tympans. Toujours porteur d’un bon groove et d’un chaleureux feeling le groupe reste créatif et la production ne prête pas le flan à la critique.
Gilles Blampain

David M'ore 
Passion, soul and fire

Genre musical: Blues, rock
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : FCC CLEAN, CdBaby

Artiste né en Argentine, David M'ore est basé depuis les années 90 aux USA, à San Francisco. Ses parents le prédestinaient au flamenco et aux répertoires classiques. Son cœur s'est tourné vers Muddy Waters et Deep Purple et il n'a pas lâché la guitare depuis l'âge de huit ans. Son style est assez agressif, on peut lui trouver un lien de famille avec SRV quand on écoute le titre qui ouvre l'album ‘The Devil's Land' ou bien dans 'The 12 Song' ou encore avec 'Liar' où sa pédale wah wah 'Cry Baby' de 1968 fait merveille. On retrouve cette pédale dans 'Sweet Little Baby' et son côté Hendrix. Le type est véloce, démonstratif et aime jouer fort et saturé, il semble forcer sa voix pour qu'elle soit graveleuse. Je crois que l'on appelle cela du blues-rock. Le douzième et dernier morceau de l'album 'Mistreated' qui dure quand même 9 minutes, est un hommage à Deep Purple, une espèce de cover  enregistré à l'arrache en une seule prise et bien sûr, les notes tombent en cascade. Ses acolytes ont pour nom, Wade Olson à la batterie et David de Silva à la basse et il faut avoir, je pense, les nerfs solides pour accompagner le sieur M'ore au tempérament de feu.
César

Don Bryant
Don’t Give Up On Love

Genre musical: Soul label rouge
Label : FAT POSSUM
Distributeur : DIFFER-ANT

Le nom de Don Bryant fait aussitôt s’allumer 3 ampoules : Ann Peebles, Willie Mitchell, Hi Records. On est dans le vrai, l’appellation d’origine contrôlée. Un jour quelqu’un, quelque part, trouvera la raison, invraisemblable, pour laquelle ce chanteur exceptionnel s’est effacé pendant 40 ans pour laisser sur le devant de la scène son épouse, Ann Peebles. Pourquoi ce performer, égal et contemporain des grands anciens (et là on parle de Wilson Pickett, Otis Redding, Sam & Dave) a volontairement limité son rayon d’action au songwriting. Et là on parle de ‘I Can’t Stand The Rain’. Pas une chanson : un phare, un site classé par l’UNESCO, le meilleur de Trip Advisor. Si j’avais été capable d’écrire seulement les 8 notes du riff d’ouverture, je marcherais 10 cm au-dessus du sol pour le restant de mes jours. Aujourd’hui, il sort cet album à 74 ans est c’est une pleine et entière réussite. La première d’entre elles, c’est l’interprétation. Voilà un chanteur qui charge chaque syllabe de plus d’intention que Benjamin Biolay dans toute sa carrière. Ensuite les chansons. Des classiques, directs et sans prétention. Enfin l’accompagnement : des musiciens de légende, à la hauteur de leur réputation. Une réussite, une claque, une leçon, un modèle pour tous les aspirants.
Cranberry Gordy

Elise & The Sugar Sweets
When the whistle blows

Genre musical: Soul blues
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : www.sugarsweets.fr

Premier disque d’Elise & The Sugar Sweets, un EP six-titres, trois compos/trois reprises : Magic Sam, Junior Wells, Aretha Franklin. Les références donnent le ton, ce sera soul blues avec un poil de funk. Les Sugar Sweets sont groupés derrière leur chanteuse, Elise Heyte, une fille de Nîmes à la voix limpide et ferme, flexible, sans virilité ni volupté excessive, sans débordements de rage puérils ni surcharges de vocalises, bref, la classe et la dignité. Olivier Raymond le guitariste (qui injecte du blues en irriguant les chansons de solos juteux), Sylvain Lansardière l’organiste, Jérôme Ferrie le bassiste, Olivier Ferrie le batteur, posent une riche marqueterie sous le chant, et l’ajustent avec beaucoup d’intelligence (comprendre : ils ne tapent pas un bœuf) sur des rythmes complexes. Elise & The Sugar Sweets ne cherchent pas à surprendre avec ce disque inaugural, ils veulent juste faire valoir une énergie et une expertise qui fait vraiment plaisir à entendre.
Christian Casoni

Jamie Saft - Steve Swallow - Bobby Previte with Iggy Pop
Loneliness road

Genre musical: Jazz
Label : RARE NOISE RECORDS
Distributeur : DIFFER-ANT

Voilà qui risque de dérouter les fans des Stooges... Quoique. Depuis quelques années, Iggy a décidé de n'en faire qu'à sa tête (en a-t-il jamais été autrement ?), se faire plaisir en fait, quitte à enquiller les collaborations improbables. Après un excellent Post Pop Depression, le voilà qui pose sa voix sur trois titres de cet album. Qu'on ne s'y trompe donc pas : même s'il est fait grand cas de sa présence, il s'agit avant tout de l'œuvre du pianiste Jamie Saft, un homme à l'ouverture d'esprit remarquable, qui a œuvré avec des gens aussi divers que les Bad Brains, les Beastie Boys, B-52's, Donovan ou les jazzmen Steve Swallow (basse) et Bobby Previte (batterie), qui remettent le couvert ici. Car si Saft précise que Loneliness Road est un ‘concept de musique improvisée qui transcende les genres’, il s'agit avant tout de jazz, tous des instrumentaux, à l'exception des trois plages ( 'Don't Lose Yourself', 'Loneliness Road' et 'Everyday') où intervient l'iguane. Même si les pistes instrumentales ont été envoyées, pleinement réalisées, à  l'homme de Detroit (enfin, Miami maintenant), il ne s'agit nullement d'un collage, tant ce dernier se les approprie - sous sa face crooner bien entendu. On laisse à Saft cette jolie conclusion : « Comme à chaque fois, notre obsession se porte sur le son du disque, jamais sur la musique elle-même. La musique doit toujours rester un  glorieux mystère ».
Marc Jansen

Jim Gustin & Truth Jones
Memphis

Genre musical: Blues, Soul- blues
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : CdBaby, FCC Clean

Cela fait, en gros, une trentaine d'années que Jim Gustin promène sa guitare et sa voix du côté de Los Angeles et Truth Jones est la charismatique chanteuse qui l'a rejoint pour ce Memphis qui regroupe une dizaine de titres, tantôt chantés par l'un, par l'autre ou l'un et l'autre.  C'est une force de cet album qui marie ces deux voix. L'une claire et sensuelle (Truth Jones) et l'autre déchirée et puissante (Jim Gustin). Ce second album était très attendu car le premier, également produit par Terry Wilson qui tient aussi la basse, date de 2013. Pour garder la mesure, c'est le batteur Herman Matthews qui tient les baguettes et pour donner la réplique au jeu Funky de J. G. c'est Steve Alterman qui s'occupe de tous les claviers (piano, orgue...) Theresa James est venue prêter sa voix pour les chœurs. On sent, dans les compositions une grosse influence gospel dans la manière dont sont arrangés les titres. Pas étonnant pour des gens qui se produisent régulièrement dans leurs églises. On retrouve le feeling des productions anciennes d'un David Clayton-Thomas. Il en ressort une grande musicalité et une belle cohésion. Cette seconde production, confirme donc, l'idée positive que je m'étais faîte sur cette formation.
César

Jon Zeeman
Blue Room

Genre musical: Blues, rock, jazz
Label : MEMBRANE
Distributeur : CdBaby, cdUniverse

Ce n'est que le quatrième album de ce guitariste chanteur dont le premier CD date de 2003. Et pourtant il a bourlingué avec sa guitare et partagé des scènes prestigieuses avec les plus grands dont le Allman Brothers Band. En gage d'amitié, Butch Truck le légendaire batteur de cette formation mythique est venu marquer la mesure sur deux titres. 'All I Want Is You' et 'Next To You', ce qui doit être les deux derniers enregistrements aux quels ait participé B.T ; avant son décès. Sinon pour le reste le batteur est George Lilly (Duke & the Drivers, Kal David, Coco Montoya...) On a Phil McArthur à la basse et les claviers sont partagés entre Tom Regis et Bob Taylor, deux maîtres claviéristes, tous ces artistes étant la crème des musiciens de Floride. Sur les huit titres proposés, deux sont des reprises bien senties, 'Love In Vain', bel hommage à Robert Johnson et 'Still Rainin', Still Dreamin'' d'un certain Jimi Hendrix, avec une wah wah, certes, mais aussi avec un accompagnement jazzy qui change un peu la couleur du titre original. Le style de Jon Zeeman s'est forgé au cours des années en se démarquant de ses modèles, B.B. King, Eric Clapton, Johnny Winter et S.R.V. On met ces quatre ingrédients dans un shaker, on secoue un peu et on a du Jon Zeeman. Fastoche, non ? Hé bien, non, pas facile, mais vraiment bon.
César

Left Lane Cruiser
Claw Machine Wizard

Genre musical: Blunk et extensions
Label : ALIVE
Distributeur : BERTUS

Quand on fraye dans une niche aussi exiguë que le cagibi du blues-punk, qu’on y règne depuis dix ans avec une densité qui serre les entournures, qu’on se soucie des mélodies autant que des radotages d’un aïeul, et que les héros de cette histoire monochrome, à peine plus nombreux qu’un one-man-band, ont moins que le minimum à défendre : une lime de gorge, une lime de manche, un marteau de fût, se renouveler c’est à peu près se trahir. En entendant les premières plages du disque, cette pieuse constance, ces épisodes de combustion épaisse, le bottleneck de Freddy J. IV refoulant les frettes en abs du manche, Pete Dio faisant gémir, post mortem, la vache qui a fourni les peaux de ses toms, on tique bien un peu. L’éternelle casquette de Freddy commence à peser une tonne. Alors démarre ‘Lay Down’, le quatrième titre. Meulée dans l’étau du blunk, toute nuance doit être relativisée en conséquence, bien sûr. Mais on sent quelque chose s’ouvrir. Une sorte de reggae, un filet de mélodie, une basse et même un orgue. Suit une tentative pop avec le cachet lumpenprolétaire de Left Lane Cruiser, comme chanté par un Rod Stewart mazouté. Puis un élancement de blues-rock stoogien. Et encore quelques partis-pris de ce genre qui font briller la personnalité de Pete, et des refrains qui ressemblent à des refrains. Après un instrumental à la symétrie funkoïde, voici la crête de l’album : ‘Indigenous’, slow d’outre-tombe, longue déflagration qui se développe au ralenti. Les deux de l’Indiana ne rompent pas leur charte monochrome, mais ils y modèlent des reliefs et se perpétuent insensiblement. Freddy J. IV n’a même pas eu besoin de manger sa damnée casquette poisseuse.
Christian Casoni

Les Chics Types
Magnéto

Genre musical: Pop, Blues, Rock
Label : LES CHICS TYPES
Distributeur : InOuïe Distribution

Dix années d'existence, et, à part un live, nous n'avions plus de nouvelles des Chics Types depuis Alabama Blues (2013). En fait ils travaillaient à peaufiner ce bien bel album, toujours chanté en français et produit par Frédéric Pellerin, alias They Call Me Rico, au Studio Magnéto de Lyon. Leur son s'en trouve considérablement étoffé, au point de se rapprocher de celui du E. Street Band ('Donne-moi Une Chance’) de qui vous savez. Et surtout Les Chics Street Types Band (sic!) ont invités foule de musiciens de qualité : Neal Black, Jack Bon (le trio culte Ganafoul, pour ceux qui se souviennent !), Fred Chapelier (guitariste de Jacques Dutronc), Philippe Crova, Frédéric Lutz, Ahmed Mouici (ex Pow Wow) et They Call Me Rico. Leur musique du coup revêt une couleur plus intemporelle, avec un je-ne-sais-quoi de modernité. Le sujet des textes tourne souvent autour du temps qui passe, comme dans 'Le Bel Âge' ; d'autres baignent dans une nostalgie positive ('L'Eveil' de Christèle Venet). Certains haut lieux lyonnais​ ont inspirés 'Rock In Burdeau Street', véritable hommage au rock lyonnais, ou 'Au James Café'. Même 'Mon Voisin D'à Côté' sonne comme une autre célèbre formation de Lyon : Starshooter. Le très beau texte de 'Sud Profond', chanté par A. Mouici, a été écrit par l'écrivain Jack Chaboud tandis qu'en clôture d'album, 'Free At Last' de Cédric Vernet et Christian Biral, est un hommage poignant à Martin Luther King Jr. Pour finir,  comme à l'accoutumée, les Chics Types font l'effort d'offrir de biens beaux objets. Pour Alabama​ Blues il s'agissait d'un​ disque livre interactif ; ici on appréciera le dessin de la pochette réalisé par Olivier Bonhomme, illustrateur au journal Le Monde. Ces types sont vraiment chics.
Juan Marquez Léon.

Low Society
Sanctified

Genre musical: Blues, americana
Label : REZONATE RECORDS
Distributeur : www.screaminblues.com

Mandy Lemons est une chanteuse pleine de fougue, possédée par le blues avec une énergie rock en diable. C'est elle qui est la voix de Low Society. Son associé est le guitariste, producteur Sturgis Nikides qui a entre autre enregistré et tourné avec John Cale et c'est un cador de la slide. Pour ce troisième album, ce duo de choc est allé chercher, pour la section rythmique,  des musiciens Belges et a enregistré dans le plat pays. Bart de Brueker en est le batteur et Jacky Verstraeten le bassiste. Le truc, avec Low Society, c'est que même dans des titres lents, la tension est palpable 'The Freeze' et 'Angel From Montgomery' la chanson qui ouvre l'album en sont la preuve. Alors, quand ils se mettent à faire monter la mayonnaise, on ne peut tenir en place. 'Raccoon Song' est une montée impitoyable où l'alchimie voix/guitare donne envie de les voir sur scène, tout comme 'Sanctified' avec son côté country-blues-rock furieux. Une reprise qui figure sur ce disque va comme un gant à miss Mandy, c'est 'I'd Rather Go Blind' qui a un air de cousinage avec 'River Of Tears' deux morceaux lents et intenses où l'orgue de Rick Steff vient poser ses nuages, alors que le même claviériste tient l'accordéon et le piano dans 'Here Comes The Flood' une chanson aux arômes louisianais. On peut être sûr que cet album aura autant de succès que les deux précédents.
César

Mr. Sipp
Knock a hole in it

Genre musical: Blues, soul
Label : MALACO RECORDS
Distributeur : MALACO MUSIC GROUP

Le Mississippi Blues child est de retour. Gagnant de l'International Blues Challenge 2014 pour ne citer qu'un de ses nombreux trophées, ce garçon est né musicien. Avant d'en arriver au blues, Mr. Sipp était une pointure dans le milieu du gospel au sein de différents groupes en enregistrant une cinquantaine d'albums sous son nom, Castro Coleman, mais là, c'est le troisième album blues de Mr. Sipp et ça commence fort et électrique avec le titre éponyme 'Knock A Hole In It' sous inspiration Hendrix avec de l'orgue en soutien (Caroll McLaughlin). Le disque se termine avec un instrumental baptisé 'Little Wing' qui se finit en 'Star Spangled Banner' Tiens, tiens, ça me dit quelque chose... Pour cet album, Mr. Sipp use deux bassistes, deux batteurs, un percussionniste, une section cordes et une section cuivre pour accompagner sa guitare Epiphone. Quel que soit le titre joué, c'est du gros son à l'Américaine. Ce guitariste chante très bien, comme savent le faire les gens du rhythm and blues et de la soul music, et il y en a. Il faut écouter 'Strings Attached' pour s'en convaincre, surtout que sa guitare pleure aussi bien que lui. La Tamla aurait signé des titres comme 'Love Yourself' ou 'Love Don't Live Here Anymore' des tueries dans le genre. Il n'est pas étonnant que Mr. Sipp ait gagné une notoriété aussi rapide en si peu de temps. S'il continue comme cela, c'est un futur très grand.
César

Professor Louie and the Crowmatix
Crowin' the blues

Genre musical: Blues, r'n'b
Label : WOODSTOCK RECORDS
Distributeur : Orchard & MVD distribution ; FCC Clean

Crowin' The Blues est le treizième album de cette formation qui en a bouclé l'enregistrement en trois jours et en live. Vieux routards du blues placés sous la houlette de Professor Louie (voix, piano, orgue Hammond, accordéon) on trouve Miss Marie (voix piano percussions, John Platania (guitares), Gary Burke (batterie) et Frank Campbell (basse). Deux autres guitaristes sont venus prêter main forte sur un titre 'Love Is Killing Me’. Ce sont Josh Colow et Michael Falzarano. Pour une grosse moitié, nous avons à faire à des reprises que Professor Louie est allé chercher aux racines du blues avec, par exemple, 'Fine Little Mama' d'Elmore James, ‘That's Allright' de Jimmy Rogers, 'I Finally Got You' de Jimmy McCracklin, 'Bright Lights Big City' de Jimmy Reed. Quand le Professor prend l'accordéon, c'est pour un instrumental hommage  à un ami du groupe, Buckwheat Zydeco, 'Blues For Buckwheat'. Le piano, bien sûr, est toujours fortement présent, mais ne s'impose pas et laisse des plages de liberté à la guitare, les titres sont joués avec une belle énergie communicative, et les voix sont parfaites. Il faut dire qu'avec 150 concerts annuels ces gens sont rodés et qu'en enregistrant dans les conditions du live, la spontanéité s'impose.
César

Rosedale
Long way to go

Genre musical: Blues-rock, soul, etc
Label : DIXIEFROG/BORDERLINE BLUES
Distributeur : PIAS

Bien qu’ils soient encore jeunes, les deux de Rosedale ont en commun un beau parcours derrière eux. Charlie Fabert que les amateurs connaissent bien est à la guitare, il a pointé avec brio son instrument sur pas mal de scènes et d’enregistrements depuis une dizaine d’années. Amandyn Roses au chant, a été choriste sur de nombreux plateaux et revendique comme influences Etta James, Janis Joplin et plus près de nous Beth Hart et la filiation n’est pas usurpée. Le duo est accompagné pour l’enregistrement de Phil Sissler à la basse, Guillaume Pihet à la batterie, Philippe Billoin et Nathalie Theveny-Sagaert se sont assis successivement devant les claviers. Ajoutons que Fred Chapellier et Larry L. Telford sont venus en ‘special guests’. Voilà pour les présentations. Ce premier album est plutôt dynamique. Les bonnes vibrations sont au rendez-vous, c’est à la fois fort et subtil. En 9 compositions originales Rosedale fait défiler des ambiances blues, rock, soul, avec un beau feeling, une vivacité radieuse et une réelle fraîcheur. Il est souvent difficile d’innover dans ce genre d’entreprise mais Rosedale ne fait rien de banal, évite le piège de l’imitation et trouve avec ce premier album une voie originale.
Gilles Blampain

Sean Taylor
Flood & Burn

Genre musical: Blues, folk, etc
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : seantaylorsongs.com  

Le ton général de l’album est séduisant. S’inscrivant dans la noble lignée de Leonard Cohen, Tom Waits ou Bob Dylan, Sean Taylor que nombre de chroniqueurs aiment comparer à son compatriote John Martyn puise dans le terreau fertile du blues, du folk et de la country music pour créer des atmosphères vaporeuses. Mais sous une apparente simplicité musicale de belles mélodies soulignent des textes poétiques. Son style décontracté, sa voix douce et légèrement voilée, son superbe jeu de guitare et son intensité lyrique sont plus que convaincants. Soutenus par l’inévitable duo basse/batterie, guitare, piano, harmonica, violon et autres instruments à cordes frottées, saxophone et orgue se succèdent ou se complètent selon les titres. Sean Taylor gratifie l’auditeur de 11 compositions originales et reprend ‘Heartbreak Hotel’ comme on ne l’a jamais entendu auparavant. Après 48 minutes de musique apaisante un sentiment de sérénité a tendance à envahir l’auditeur. Pour ce 8ème enregistrement le troubadour londonien s’est rendu à Austin, Texas.
Gilles Blampain

Selwyn Birchwood 
Pick your poison

Genre musical: Blues et plus
Label : ALLIGATOR
Distributeur : SOCADISC

Avec une voix râpeuse, un chant agressif et un son rageur, Selwyn Birchwood aligne 13 compositions originales couvrant un large spectre. Compositeur talentueux et également producteur de l’album, son inspiration puise dans le gospel (‘Even The Saved Need Saving’), le rock (‘Guilty Pleasures’), en passant par le funk (‘Pick Your Poison’), le r’n’b (‘Haunted’) et bien sûr le blues (‘My Whiskey Loves My Ex’). Il annonce : « Il n'y a rien que je préfère faire que de jouer le blues et j'essaie de le transmettre avec chaque chanson et à chacune de mes prestations ». Débordant d’énergie et soutenu par un band restreint composé de Regi Oliver aux saxophones et à la flûte, Huff Wright à la basse et Courtney Girlie à la batterie, il est incontestable qu’avec guitare ou lap steel, Selwyn Birchwood fait preuve d’une réelle exaltation. L’artiste suscite beaucoup d’enthousiasmes de l’autre côté de l’Atlantique, ainsi le magazine Rolling Stone s’enflamme à son sujet : « un bluesman contemporain remarquable… un guitariste puissant et un chanteur expressif… un musicien majeur… hautement recommandé », ce à quoi le Washington Post ajoute : « Solide, un bluesman de la nouvelle génération résolument moderne » et le Wall Street Journal le trouve : « Ardent et original ». Birchwood n’est pas un effet de mode, avec lui la ferveur le dispute au feeling et il arrive à donner un nouveau souffle au blues avec cette production de belle facture.
Gilles Blampain

The Como Mamas
Move Upstairs

Genre musical: Old time gospel
Label : DAPTONE RECORDS
Distributeur : DIFFER-ANT

En décembre 2015, The Como Mamas, composé des trois chanteuses Ester Mae Wilbourn, Della Daniels et Angelia Taylor, quitte pour la première fois la ville de Como, dans le Delta du Mississippi, pour se produire au mythique Apollo Theater de Harlem lors de la Super Soul Revue, organisée par le label Daptone Records. Celui-ci profite de l’occasion pour inviter le trio au House of Soul, le studio d’enregistrement de la compagnie, accompagné de The Glorifiers Band, formé par Jimmy Hill, Thomas Brenneck, Homer Steinweiss et Bosco Mann, musiciens de renom ayant joué avec des artistes comme Wilson Pickett, Charles Bradley, ou la regrettée Sharon Jones… excusez du peu ! Dans cet endroit complètement dédié aux machines analogiques, avec des conditions proches de celles qu’on pouvait trouver dans les années 60, Gabriel Roth (qui a notamment enregistré l’album ‘Back To Black’ d’Amy Winehouse) réalise ce disque riche et authentique, qui, à l’écoute, se transforme vite en « machine à voyager dans l’espace et le temps » pour peu que l’on ferme les yeux et possède un brin d’imagination. Le titre éponyme de l’album, ‘Move Upstairs’, aux accents rhythm and blues, est une pure merveille, ‘Glory Glory Hallelujah’ remonte aux origines du style, proches du negro spiritual, ‘He’s Mine’, quant à lui, peut évoquer les meilleurs moments d’un groupe comme The Clovers … Pour celles et ceux qui veulent découvrir ou redécouvrir la quintessence de cette musique intense et émouvante qu’est le gospel.
Jean Charles Cremers

The Mavericks
Brand New Days

Genre musical: Chanson de charme boogaloo, golfe du Mexique
Label : Mono Mundo/ Thirty Tigers
Distributeur :
MODULOR

Les Francs-Tireurs de Floride en sont à leur neuvième album depuis 1991. Cette fois ils ont fondé leur label pour se dégager les entournures. Ils défendent un concept bizarre et pénétrant, une chanson de charme qui a la couleur du golfe du Mexique, entre variété baloche, racines chromées de pop, langueurs vernaculaires, avec un goût irréprochable dans le choix de la rengaine (toujours plus fine qu’elle n’en a l’air), music-hall ethnique somptueusement orchestré. La feuille de présentation parle de styles tex-mex, boléro cubain, R&B, country. On entendrait même, en filigranes, la mandoline fantôme d’une chanson napolitaine. Tout ça, arrangé comme une vieille pop sans âge, un peu tango (‘I Wish You Well’), un peu rock’n’roll louisianais (‘Ride With Me’), un peu crossover sixties (‘Brand New Day’), tout un répertoire décalé par une revendication régionaliste affirmée et le parti-pris d’une variété américaine rétro, doucement parodique, dix chansons sentimentales, parfois mélancoliques et solidement scandées. Eddie Perez à la guitare, Paul Deakin à la batterie, Jerry Dale McFadden aux claviers, de l’accordéon, des cuivres, des chœurs, et la voix impériale de Raul Malo qui sait, comme personne, vous vriller un refrain dans le cerveau (‘For The Ages’). A part la pochette, tout est impec.
Christian Casoni

Typh Barrow
Time

Genre musical: Rock, pop, soul
Label : DOO WAP RECORDS
Distributeur : cod&s distriburion

De son vrai nom Tiffany Baworowski, la jeune pianiste bruxelloise propose une poignée d’inédits de son cru (elle est auteur-compositeur-interprète et s’accompagne au piano tout au long de l’album), épaulée par un sobre « guitare-basse-batterie ». Des titres délicats et subtils, même quand elle accélère le tempo, des arrangements soyeux mais jamais envahissants. Tous inspirés de près ou de loin par ses déceptions sentimentales, mélancoliques donc, parfois vengeurs (le refrain de ‘Do I Care’), ou franchement glaçants, à l’image de ce ‘I Die’ (« And I die a little bit more every day… But a try a little bit to live again/ But life ain’t worth living since you left me ».) La suite compile les plages de l’EP Visions, une série de reprises classieuses, du ‘Back To Black’ d’Amy Winehouse - et la belle n'a pas à rougir de la comparaison - au 'Gangsta's Paradise' de Coolio (elle vit avec son temps), en passant par 'What Is Love' de je sais plus qui, débarassé des ignobles effets discoïdes. Car Typh Barrow, seule au piano, interprète toutes ces reprises avec une maîtrise affolante. Le tout magnifié par une voix superbe - un organe qu'elle a intérêt à dorloter, puisqu'à ses débuts, ses cordes vocales lâchèrent en plein concert, occasionnant un repos forcé de plusieurs mois - et sans le moindre tic des chanteuses dites à voix. Le danger qui guette ce genre d'artistes est bien sûr la tentation du mainstream, mais à l'heure actuelle, on en est loin du compte, raison de plus pour la découvrir séance tenante.
Marc Jansen

U Man Slide
Let's play together

Genre musical: Blues vintage
Label : YOKATTA RECORDS
Distributeur :
http://yokatta-records.com/boutique

Plein de paramètres, ici, nous montrent l'ouverture de ce one man band dont c'est le premier CD. Attention, premier CD ne veut pas dire tout jeune, tout neuf. Le garçon a déjà pas mal d'années de pratique dans diverses formations dont l'inoubliable Harp Sliders où il était Manu Slide. Le Manu s'étant mué en U-man (human). Humain, il l'est et en a pris les bons côtés, celui du partage, par exemple, en invitant des amis musiciens. Mandoline, flûte traversière, batterie, lapsteel, contrebasse, trompette, harmonica ont été conviés à la réalisation de cet album enregistré en quatre studios différents. Ce sont ainsi une quinzaine de titres qui ont été rangés dans ce digipack dont la décoration à l'aquarelle et au crayon reflète bien le côté roots des compositions et des reprises. Deux de Sleepy John Estes 'Someday Baby' et 'Black Gal Swing' ainsi que deux de Rory Gallagher 'Off The Handle' et ‘Ghost Blues'. Il y a aussi des ambiances qui prêtent au voyage avec 'Back To Africa' et ‘Irish Seaside Blues' instrumental avec son accompagnement flûte et mandoline. Au niveau instrumental, il y a l'original 'Le Jongleur' qui commence en pointillé à la guitare qui se mêle tranquillement à la trompette. Ce garçon est un explorateur délicat qui nous fait profiter de ses voyages musicaux pour nous ouvrir sur son monde et pour notre bien-être.
César

Watermelon Slim
Golden boy

Genre musical: Americana
Label : DIXIEFROG/BORDERLINE BLUES
Distributeur : PIAS

De sa voix caverneuse, parfois lasse, Watermelon Slim allie poésie et réflexion politique pour évoquer l’âme et les racines de l’Amérique. Il dépeint la façon dont va le monde, le concert des vanités et les misères des petites gens. Portées par le blues le plus rude, des mélopées aux saveurs irlandaises ou des ballades nostalgiques, ses chansons parlent de sa lutte contre les néo-nazis à Miami en 1972 (‘WBCN’), d’engagement écologique entremêlant blues-rock et chant indien (‘Wolf Cry’), des sans-abri (‘Mean Streets’), des victimes du rêve américain (‘Winners Of Us All’)ou encore de John F. Kennedy (‘Dark Genius’). Les thèmes ne sont pas des plus gais, mais pour l’artiste il est vain de se voiler la face. Watermelon Slim se revendique citoyen du monde et militant et pour lui face aux puissants l’union fait la force et la liberté se gagne dans la fraternité. L’enregistrement s’est fait à Winnipeg et Watermelon Slim témoigne à cette occasion de son attachement au Canada en reprenant ‘Barrett’s Privateers’ la chanson de Stan Rogers considérée par beaucoup comme l’hymne non officiel du pays. Cet album élaboré avec une réunion d’excellents musiciens et choristes égrène en 44 minutes 10 pépites qui s’écoutent avec plaisir.
Gilles Blampain