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05/17
Chroniques CD du mois Interview: ERIC LAVALETTE Livres & Publications
Dossier: BLUES & FLAMENCO (suite) Portrait: LITTLE WALTER Interview: SUZY STARLITE & SIMON CAMPBELL
 


Dans cette rubrique, vous trouverez une sélection de CD choisis par l'équipe Blues Again.

MAI 2015

Aurelien Morro & the Checkers
Check it out

Genre musical: Blues funky
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : http://lebonblues.wix.com/aurelienmorro

Déboulé dans l’espace blues il y a un peu plus de deux ans, le band clermontois a rapidement marqué son territoire. Aurélien Morro et ses comparses ont fait vibrer plus d’un festivalier aux Rendez-Vous de l’Erdre en 2013, à Cahors et à Blues sur Seine en 2014. Outre-Atlantique, leur clip ‘Down In Memphis’ s’est vu gratifié d’un ‘coup de cœur’ par les édiles de la River city. Il manquait un album pour une plus large diffusion de leur talent. Le voilà dans un bel emballage. Les 13 titres alignés avec un réel dynamisme sur Check It Out ont une couleur blues tendance funk et ça démarre fort dès la première sélection pour ne pas faiblir pendant 53 minutes. Une performance où la puissance n’exclut pas la souplesse. Ambiances bigarrées, rythmes enflammés, Aurélien Morro (guitare et chant), Eric Courier (basse), Miguel Pereira (batterie), Frédéric Canifet (piano, orgue) ont appelé en renfort Régis Pons (trompette) et Adrien Daguzon (saxophone) pour donner encore plus de peps à six de leurs interprétations. Pas mal de reprises ‘Cross The Line’ (Tab Benoit), ‘Clean Break’ (Matt Schofield), ‘Dirty Pool’ (Bramhall, Vaughn), ‘The Wind Cries Mary’ (Jimi Hendrix). On voit que leurs références se situent dans le haut de gamme. Ils revisitent également avec bonheur Tommy Castro, Leon Russel et les Meters. Le reste de la set list est signé Aurélien Morro, seul ou avec les Checkers, et ça tient vraiment bien la route. Bon groove, bon feeling, l’estampille made in Auvergne semble être une garantie de qualité par les temps qui courent.
Gilles Blampain

Bernard Allison
In the mix

Genre musical: Blues-rock funky
Label : JAZZHAUS RECORDS
Distributeur :
HARMONIA MUNDI

Cela faisait six ans qu’il n’avait pas sorti une rondelle d’un studio. Bernard Allison est de retour, look rasta mais le son toujours blues. Son créneau reste le blues-rock teinté de soul. Il nous sert 5 originaux de son cru et 5 reprises dont 2 de son paternel, ‘Move From The Hood’ et ‘Moving On Up’. Les parties de guitare sont excellentes avec quelques riffs torrides. Cela donne 57 minutes funky et groovy qui s’enchaînent avec un beau tonus. Il dit : « Je voulais enregistrer un album tout au long duquel la guitare aurait un rôle véritablement proéminent. Je crois que j'ai réussi cependant à trouver le bon équilibre, avec quelques touches de Memphis soul vintage ainsi que de Jimi Hendrix période Band of Gypsy ». De fait, le style est accrocheur mais fluide et le titre In The Mix reflète le mélange des genres abordés. L'album a été enregistré aux Winterland studios à Minneapolis avec George Moye à la basse, Mario Dawson à la batterie et Mark Muggie Leach aux claviers, et avec des contributions du pianiste Bruce B. McCabe et du saxophoniste Jose Ned James sur quelques titres. Bernard Allison a déjà pas mal de CDs à son actif et cette nouvelle production prouve que son style évolue pour se départir des influences qui ont marqué ses débuts et imposer fortement son expression personnelle.
Gilles Blampain

BLUES

Hard Time Blues 1927-1960
Political And Social Blues...

Genre musical: Blues de combat tutti frutti
Label : FREMEAUX & ASSOCIES
Distributeur :
SOCADISC

La maison Frémeaux continue de distribuer les cartes du blues, et compose cette nouvelle page d’histoire dans un vrac toujours fluide. L’année dernière, le label a mis en circulation un coffret 3-CD, Live In Paris, qui ressuscite les concerts parisiens de Ray Charles (octobre 61, mai 62). Le livret est signé Michel Brillé qui publiera bientôt, chez Frémeaux toujours, les bandes retrouvées du premier American Folk Blues, octobre 62, en l’occurrence les deux concerts de l’Olympia. En 2014, Frémeaux a sorti un autre triple album intitulé : Slavery In America, Redemption Songs 1914-1972, compilant toutes sortes de témoignages sonores, de Maboudana & Badolo aux Blind Boys Of Alabama, en passant par Duke Ellington, John Lee Hooker et Professor Longhair. Bruno Blum s’est chargé du livret, Christiane Taubira a préfacé le document.
RAY CHARLES slavery in america
Cette année le label propose ce double CD, avec son livret à quatre mains : Jean Buzelin et Jacques Demêtre. Les deux compilateurs alignent 48 chansons engagées/chroniques des malheurs du temps, le message explicite n’ayant pourtant jamais constitué l’ordinaire lyrique du bluesman. De 1927 à 1960… l’album couvre presque tous les épisodes du blues historique, vaudeville, barrelhouse, rural, old time jazz, prewar, postwar, ballades croonantes… Se mêlent les noms de Josh White, Leadbelly, Broonzy, Bessie Smith, Ida Cox, Lonnie Johnson, JB Lenoir, Charles Brown, Tampa Red… Il y a tous les titres qu’on s’attend à trouver dans ce genre de mémorial, social : ‘WPA Blues’, ‘The Bourgeois Blues’, racisme : ‘Jim Crow Blues’, ‘Get Back’ (que les européens connaissent sous l’appellation plus accusatrice de ‘Black Brown And White’), prison : ‘Parchman Farm Blues’, catastrophes : ‘Back Water Blues’, ‘When The Levee Breaks’, guerre : ‘Uncle Sam Says’, ‘Korea Blues’, angoisse atomique : ‘The World Is In A Tangle’, ou plus directement politique : ‘Democrat Man’, ‘Eisenhower Blues’… Le deuxième disque dégage d’ailleurs une tonalité nettement politique, dans l’ombre du président Roosevelt. Une telle variété de timbres et de styles rend le panorama très digeste, permet de réviser quelques classiques et de découvrir quelques perles : ‘Uncle Sam Came And Get Him’ de Bea Booze, ‘County Jail Blues’ de Big Maceo, ‘Income Tax Blues’ de Ralph Willis, ‘Don’t Take Away My PWA’ de Jimmie Gordon, ‘Let’s Have A New Deal’ de Carl Martin, ‘President’s Blues’ d’Herman Ray’ ou ‘Crazy World’ de Julia Lee.
Christian Casoni

Gabriel Sullivan
Jupiter

Genre musical: American du désert et de la frontière
Label : FELL CITY RECORDS
Distributeur :
gabrielsullivan.com

Découvert en 2013 au Festival 'Les Escales' de Saint Nazaire, Gabriel Sullivan fait partie de cette scène de Tucson, initiée par Howe Gelb de Giant Sand. Rappelez-vous 'Valley Of Rain' (1985) dans les années New Rose! Cette ville en plein désert de Sonora, de par sa qualité de vie : solidarité des habitants, vie peu chère, etc... a donné naissance depuis à de nombreux artistes. Calexico, Chicha Dust, Al Foul, Billy Sedlmayr, Tom Walbank, (l'énervé de l'auriculaire slidé et déjà chroniqué ici), et bien sûr Brian Lopez, autre valeur montante, chanteur à la voix d'ange et un peu le frère de travail de Sullivan. Mais, alors que le premier possède une voix céleste, celle du second vient des profondeurs de la terre. Granuleuse et sombre. Une sorte de Nick Cave latino si vous voulez. Jupiter a la réputation d'être la planète au plus fort magnétisme du système solaire. C'est un peu l'effet que procure ce disque. Bien qu'il ait été enregistré au Danemark, la folle chaleur du désert et la proximité de la frontière mexicaine sont bien là, dans une lourde mélancolie. Le climat est rampant sur le magnifique 'Flower Song'.  Une superbe reprise du 'The Ghost Of Tom Joad' de Springsteen. Une pincée de cumbia dans 'If You Came To Me So Softly'. 'Hollow Hunter' et son orgue lunaire est à tomber. 'Mr Flagg' apporte une note country à ce très beau disque. Merci à Laurent Allinger (ex-Little Rabbits) pour nous avoir fait découvrir des artistes de cette trempe.
Juan Marquez Léon

Gov't Mule
Stoned side of the Mule

Genre musical: Stones for ever
Label : MASCOT
Distributeur :
PROVOGUE

Pour célébrer les 20 ans du band, Gov’t Mule a multiplié les galettes en revisitant ses archives. Il y avait déjà un double CD paru en début d’année (Gov’t Mule feat. John Scofield/ Sco. Mule). Cette fois, toujours dans le cadre de cet anniversaire, Warren Haynes et son gang reprennent les Rolling Stones et ça fait des étincelles. Il s’agit d’un concert donné en 2009 au Tower Theater à Philadelphie, et on peut dire que l’évènement est gravé dans une pierre qui nous est chère. Le groupe pioche dans les décennies 60/70/80, soit trois périodes de la vie des Stones, avec Brian Jones, Mick Taylor et Ron Wood. Une relecture de quelques albums grandioses qui ont marqué la carrière du World’s Greatest Rock’n’roll Band et la mémoire des fans : Out Of Our Heads, Aftermath, Let It Bleed, Sticky Fingers, Exile On Main Street, Goat’s Head Soup, Some Girls, Tattoo You. Défilent alors nombre de souvenirs sans se soucier de la chronologie, ‘Under My Thumb’, ‘Monkey Man’, ‘Paint It Black’, ‘Angie’, ‘Ventilator Blues’, ‘Shattered’, ‘Bitch’, ‘Slave’… Deux constats s’imposent, les chansons des Rolling Stones sont intemporelles et ne prennent pas une ride, et Gov’t Mule se réapproprie chaque titre sans trahir l’original tant au niveau musical qu’au niveau vocal et la performance est à saluer. Le label a choisi de sortir cet exercice de style sur 2 albums vinyle : vol.1/7 titres, vol.2/ 6 titres. L’ensemble distille 71 minutes d’un plaisir très intense. Et ce n’est sûrement pas un hasard si sur la pochette la mule est coiffée du haut de forme que portait Charlie Watts sur la photo qui illustrait Get Yer Ya-Ya’s Out (où un mulet apparaissait en arrière-plan). Mais quid de cet hommage pour qui possède les originaux ?
Gilles Blampain

Gov't Mule
Dub Side Of The Mule

Genre musical: Blues and dub
Label : MASCOT
Distributeur : PROVOGUE

Gov’t Mule a l’habitude de donner des concerts à chaque fois différents qui dévoilent l’étendue d’un répertoire musical éclectique et mettent en valeur la virtuosité des musiciens. Qu’ils interprètent John Coltrane, Pink Floyd, The Rolling Stones, Otis Redding, James Brown ou autres pointures, on doit reconnaître que le résultat est généralement époustouflant. Toujours dans le cadre de son 20ème anniversaire Gov’t Mule a puisé dans sa malle aux trésors et en a ressorti une autre archive de qualité. Un concert marathon de 3 heures enregistré le soir de la saint Sylvestre 2006 au Beacon Theater à New York. Dub Side Of The Mule, ce sont donc trois heures de musique, dont près d’une heure de reggae avec Toots Hibbert, leader de Toots & The Maytals en invité spécial. Le reste du concert enchaîne sans aucun temps mort des standards du blues et des titres originaux du groupe avec d’autres invités, Gregg Allman et John Popper. L’album nouvellement mixé et masterisé (en tout 34 titres) est disponible dans une version de luxe (3 CD et 1 DVD), une version double vinyle est également disponible. Restitution magique de ce concert, ces CD révèlent une prestation musicale dynamique et vraiment lumineuse. Pour cette soirée de réveillon Gov’t Mule offrait à son public un vrai festival pour clore l’année en beauté.
Gilles Blampain

James Burton, Albert Lee, Amos Garrett, David Wilcox
Guitar Heroes

Genre musical: Réunion au sommet
Label : DIXIEFROG
Distributeur : HARMONIA MUNDI

Le sous-titre de la pochette annonce ‘Une rencontre historique sensationnelle captée en direct au Vancouver Island Fest’. Ça s’est passé le 13 juillet 2013. Les 4 guitaristes, maîtres de la Telecaster, présents sur scène ce jour-là ont tous un pedigree d’enfer. James Burton 76 ans, a joué avec Dale Hawkins, Ricky Nelson, Jerry Lee, Elvis et quelques autres. Albert Lee 72 ans, a accompagné Emmylou Harris, Eric Clapton, les frères Everly. Amos Garrett 74 ans, a côtoyé Jerry Garcia, Paul Butterfield, Bonnie Raitt, Doug Sahm. David Wilcox 66 ans, a été aux côtés de Carl Perkins, Charlie Rich, Maria Muldaur. Ils n’ont plus rien à prouver, leur talent est bien établi et garant d’une prestation de choix. Ancrés dans le blues et les influences rockabilly, ils ont tous les quatre changé le son de la musique populaire depuis le milieu des années 1950. Accompagnés par le band habituel d’Albert Lee (Jon Greathouse aux claviers, Will McGregor à la basse et James Harrison Smith à la batterie), ils reprennent des standards comme ‘That’s Alright Mama’, ‘Susie Q’, ‘Sleep Walk’, ‘Flip, Flop And Fly’, ‘Polk Salad Annie’… un enchaînement de 11 titres bien orchestrés. Un savoureux voyage à travers le blues, le rockabilly, le rock 'n' roll et la country. Ces quatre vétérans qui partagent leur passion et continuent de creuser le même sillon nous offrent 64 minutes de pur plaisir.
Gilles Blampain

Guy Verlinde
Better days ahead

Genre musical: Blues du plat pays
Label : DIXIEFROG
Distributeur : HARMONIA MUNDI

Lightnin' Guy revient mais sous son véritable patronyme Guy Verlinde. Avec cette nouvelle production, le Belge affirme signer l’album qu'il considère comme son réel premier enregistrement professionnel. Sans renier le passé, avec Better Days Ahead Verlinde propose un blues plus contemporain que sur ses disques précédents. S’exprimant comme un artiste qui s’inscrit dans son temps, il signe 11 titres d’une force émotionnelle incontestable. Il parle de vies cabossées, de dépression, mais aussi d’espoir et d’ambition. Illustrant des tranches de vies qui ne baignent pas forcément dans le bonheur, cet enregistrement empreint d’une certaine gravité projette de belles images sonores. L’interprétation est chaleureuse et sensible. Les ambiances varient selon les titres, allant de l’intimisme folk à l’énergie rock  ou à l’abandon nostalgique d’une ballade. Il y a donc une certaine tension dans cet enregistrement mais également quelques moments plus apaisés. Doté d’une voix agréable au grain chaleureux Guy Verlinde fait preuve d’une qualité de jeu instrumental irréprochable et d’une réelle originalité. Il est fort bien accompagné par un band (guitare, basse, batterie, avec parfois le renfort d’un orgue ou d’un harmonica pour souligner son propos). Loin d’être banal, ce disque chargé d’émotion ne s’écoute pas d’une oreille distraite.
Gilles Blampain

John Milk
Treat me right

Genre musical: Funk
Label : UNDERDOG RECORDS
Distributeur : UNDERDOG RECORDS

Cette chronique évitera toutes les vannes issues du nom de l’artiste. C’est ce qui va la distinguer de 100% des communications autour de cet album, y compris le clip qui accompagne le single. Il mérite d’ailleurs mieux. John Milk, c’est une épée du falsetto, style de chant plus embouteillé que le tunnel de Fourvière : Curtis, Prince, Bee Gees, Jeff Buckley… là ou sa démarche devient originale, c’est qu’il est aussi pianiste, l’album est donc truffé de claviers vintage. Il cite dans ses influences John Lee Hooker et le son rugueux des studios jamaïcains des années 70. La recette est là : âpreté des orchestrations,  et caresse de la voix. Un chapeau de feutre avec un ruban de soie. Ça fonctionne pas mal, en particulier sur le premier titre, ‘Treat Me Right’. Au cœur de l’album, un morceau de 5’22’’ : ‘Heartaches’ résume bien l’esprit du groupe. C’est une jam lente, morcelée en plusieurs segments, et qui toujours repart pour un tour, embarquant l’auditeur dans un plaisir partagé. Puisse John l’étirer sur scène, façon James Brown avec ‘It’s A Man’s World’. On trouve ici et là un peu de reggae, de disco, les ballades sont typées Motown, mais le son dominant c’est bien le funk 70’s, délivré de façon économe et modeste, avec de lourds effluves d’afrobeat. Le seul bémol qu’on puisse y trouver réside en plage 5 : ‘Just A Feeling’. C’est un hommage appuyé à ‘Mr Big Stuff’ de Jean Knight, pépite Stax légendaire de 1971. Mais alors vraiment appuyé.
Cranberry Gordy

Johnny Max Band
Forty nine minutes of the best we have

Genre musical: Roadhouse soul
Label : POUR SOUL
Distributeur : www.johnnymaxband.com

Tout est dit dans le titre du CD, il s’agit bien d’un best of.  49 minutes de rythmes trépidants où viennent s’insérer quelques mélodies plus douces pour apaiser un tourbillon au tempo fougueux.  Pour ceux qui ne connaitraient pas encore le Johnny Max Band de Toronto (voir la rubrique ‘interviews’), voilà une belle occasion pour le découvrir avec cet album plein de bonnes vibrations qui en ravira plus d’un. Le groupe, sur scène depuis de très nombreuses années a reçu de multiples récompenses et a enregistré 5 disques avant celui-ci. La sélection a donc été piochée dans les albums précédents. Johnny Max, chanteur à la voix grave et rocailleuse, âme et pivot du groupe aime mélanger les genres et son rocking soul blues, a, selon les titres, des pulsations venues de New Orleans ou des trépidations sorties des clubs de Memphis ou du South side de Chicago. Base rythmique magistrale, solos de guitare étincelants, orgue velouté ou piano sautillant, section de cuivres infernale, ça renverse tout sur son passage. C’est éclatant de vitalité et la puissance le dispute au feeling. Chaque chanson prouve que les musiciens ne sont pas là pour passer le temps, leur plaisir est communicatif. Les 12 titres sont signés par le leader ou des membres du band. Le JMB est au sommet depuis longtemps et gageons qu’il y restera encore quelques décennies.
Gilles Blampain

Little Clara et les Chacals
Un Pas Après l'Autre

Genre musical: Soul yé-yé
Label : Q SOUNDS RECORDINGS
Distributeur : Q SOUNDS RECORDINGS

Prolonger la démarche des chanteurs français du tout début des années 60, c’est l’uchronie proposée par Little Clara et les Chacals. On trouve dans cet album, au titre joliment humble des reprises d’adaptations : ‘De Ma Vie’ c’est une reprise de Sylvie Vartan qui adapte ‘Rescue Me’ de Fontella Bass. On trouve des titres inédits, dans le style, y compris l’apparente naïveté des paroles de l’époque comme le dynamitant ‘Dimanche En Vers’. Et, c’est la partie la plus innovante de la reprise du dossier : des adaptations de morceaux jamais adaptés. ‘I Idolize You’ de Ike et Tina devient ainsi ‘Tu Es Ma Seule Idole’, ‘I Don’t Need A Playboy’ de Barbara Lynn est retitré ‘Pas De Playboy Pour Moi’. Tout ceci pourrait être sinistre comme le rayon déguisements de Lidl au moment d’Halloween, mais c’est le contraire qui se passe. Pour trois raisons : Une grande cohérence dans le choix des titres et l’interprétation, pas gagnée au départ (s’en sortir par le haut à partir de voix aussi disparates que Sylvie et Tina, c’est de la contorsion). Une chanteuse de 20 ans, qui transmet optimisme et fraicheur. Et le groupe ! Les Chacals s’éclatent, embarquent tout le monde dans leur ‘Chacals Twist’, le clavier déborde, la trompette explose, la guitare fuzze. Le tout enregistré live, brut, et sans retouches. Posture courageuse et moderne. Evidemment, on se prend à rêver que la prédiction énoncée en ouverture du dernier titre se réalise : ‘Laissez-moi vous présenter, la nouvelle danse de l’été, un seul mot d’ordre : Liberté !’    
Cranberry Gordy

Nico Duportal & His Rhythm Dudes
Guitar Player

Genre musical: Rhythm'n' blues dévastateur
Label : RHYTHM BOMB RECORDS
Distributeur : BROCKEN SILENCE

Doux Jésus, quelle charge ! La furie rhythm’n’blues provoque un nouveau choc antimorosité en treize assauts de joie. Guitar Player est le deuxième album portant le nom de Nico Duportal & His Rhythm Dudes. Leur sophomore est aussi bon que le premier, il en présente les même caractères, entre un swing pétaradant et un rock’n’roll aux franges du r’n’b, un son direct, agressif, mitonné avec du matos d’antiquaire. Duportal trouve même le moyen de chanter avec l’accent des entertainers du Sud, accent qu’il dit n’avoir pas prémédité et qui serait la réminiscence des nombreux originaux écoutés depuis la nuit des temps. Sa voix scintille en tout cas comme un V8 d’époque. Duportal chante comme il solote et solote comme il chante, inlassablement dans l’attaque, guitare et chant s’échangeant les couplets. Et comme l’album réserve, cette fois, une part plus substantielle aux six cordes, les Dudes lui ont donné pour titre : Guitar Player. C’est une chanson empruntée aux Evergreens, l’une des cinq reprises du disque avec ‘Oh Baby’ (Johnny Guitar Watson), ‘Big Mary’s’ (Titus Turner), ‘Oh Oh’ (Eddie Bo) et ‘Much Better’ (Brenston/ Turner). Bien malin qui saura distinguer les reprises et les compos. Les Dudes sont : Thibaut Chopin (contrebasse), Pascal Mucci (batterie), Alex Bertein (saxo baryton), Arnaud Desprez (saxo ténor) et Olivier Cantrelle (piano). Certes, ils s’enracinent dans le Billboard noir des années 50, mais la fleur qu’ils produisent reste un gage du temps présent, une objection au marasme ambiant dans le pays le plus pessimiste de la planète. La personnalité et le naturel avec lesquels il endossent les couleurs d’une autre décennie valent tous les certificats d’authenticité et tous les brevets de modernisme. Que leur manquerait-il ? Une ballade, le temps que le cœur retrouve son logement ? Peut-être une voix de basse à l’occasion, sur des titres comme ‘Guitar Player’, pour une touche Coasters qui ne déparerait pas dans ce bouquet, déjà fort capiteux.
Christian Casoni

Paul MacMannus
From South To South

Genre musical: Boogie & Blues
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : macmannusbbb.fr

Une chose est claire : ceux qui suivent Paul MacMannus (Paul Mayan à la ville) ne seront pas déçus par ce troisième opus. Le précédent s’intitulait Mother Road, voici From South To South. On the road again…  Du sud au sud, en onze étapes, de Draguignan, où notre homme est basé, à Memphis en passant par la Louisiane... On n'est pas trompé sur la marchandise, et la pochette l'annonce haut et fort, à l'image de celles qui titraient jadis Maximum Rhythm'n'Blues, et autres More Rock'n'Roll : c'est du blues et du boogie pur jus. Fluide, racé, efficace. Classique, certes, mais interprété avec grâce, et un plaisir communicatif. Ces gens-là connaissent leurs gammes sur le bout des doigts. MacMannus assure ici le chant et la rythmique (basse et batterie donc), entouré du fidèle Jean-Luc Di Constanzo (claviers) et de Mike Calvet aux guitares. Avec le renfort de deux bretteurs de choix : Thierry Castelli sur 'Do You Wanna Stay With Me ?' et rien moins que Vasti Jackson pour ' I Wanna Live My Way'. Rappelons que ce dernier - musicien, auteur-compositeur, producteur - a tout de même travaillé avec des gens comme Bobby Rush, Little Milton ou encore BB King... Ce titre fait suite à une rencontre au festival de jazz de Draguignan, et pourrait se prolonger sous la forme d'un CD commun. Affaire à suivre, donc... D'ici là, on peut profiter de ce voyage qui s'ouvre sur la plage éponyme, propulsée par une ligne de basse dynamique, et - c'est le genre de détail qui fait la différence - se clôt sur le même titre, un rappel en fait, d'une quinzaine de secondes. La boucle est bouclée, en quelque sorte.
Marc Jansen

Philippe Ménard
No capital crime (Playing Rory Acoustic)

Genre musical: Blues hommage
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur :
www.philippemenard.com

Voici 20 ans que Rory Gallagher est parti jouer son blues dans d'autres dimensions. Sa Fender toute pourrie, ses chemises à carreaux, son énergie, sa gentillesse et sa sincérité nous manquent. Actuellement en tournée, ses anciens compères ont formé le Band Of Friends, avec un nouveau guitariste : Marcel Scherpenzeel. Concerts d'hommage à l'irlandais, avec en guest Dan Ar Bras, lui-même grand ami de Gallagher, et, Philippe Ménard, autre guitariste du Grand Ouest (ex-Cambouis, ex-Tequila) pour des conférences sur le guitariste. Le 10ème album de ce dernier est donc aussi un hommage, constitué de reprises de Rory, excepté 'Banker's Blues' de Big Bill Broonzy. La voix du 'One Man Band' breton, très proche de celle de l'Irish man, se marie avec merveille aux choix des reprises. Guitare acoustique, steel guitare, mandoline, percussion et harmonica participent à l'ensemble de l'album. Parfois, une guitare électrique a été rajoutée pour quelques délicats solos. L’album se tient dans son ensemble. Toutefois quelques titres sortent du lot. 'Shadow Play', l'écho de la voix, la caresse des cordes sur une version ralentie par rapport à l'originale en font une adoption sublime. 'I Can't Believe It’s True', très laid back et le plus long morceau du disque (7'23). 'Who's That Coming' et sa fin orientalisante un peu à la manière de Davy Graham. Et, en bonus live, la mélancolie de 'A Million Miles Away', de toute beauté. Merci Monsieur Ménard.
Juan Marquez Léon

Rich Deluxe
Orchids

Genre musical: London Gothique Soul
Label : BANG ! BANG ! RECORDS
Distributeur :
BANG ! BANG ! RECORDS

Londonien déraciné, en exil en France, Rich Deluxe propose un album inclassable. Ce qui frappe d’abord est une posture détachée, ironique (rien que son nom déjà), un mélange d’auto dépréciation et d’arrogance, une politesse du désespoir. Ensuite on lit les textes, aimablement imprimé dans le livret de l’album. Il y a une vraie démarche poétique, avec une belle ambition, et une grande richesse d’écriture. Impérativement suivre avec les paroles, par respect pour un tel investissement personnel. A quoi ça ressemble ? À son auteur d’abord, dont la personnalité très forte transcende tout le projet. Il invite pléthore de musiciens du cru, mais c’est lui qu’on entend dans la moindre note de Farfisa ou de trombone. Après, s’il faut vraiment établir des parentés, je dirais que les trois génies qui se sont penchés sur le berceau de l’artiste seraient Nick Cave pour l’aspect gothique du propos en général, Van Dyke Parks pour l’approche intellectuelle d’un projet pop, et Ray Davies pour la nostalgie souriante qui baigne l’ensemble. Londres des souvenirs, c’est le très beau ‘The London Nobody Sings’. ‘White Noise’, brève rencontre avec une femme mariée est une démonstration de storytelling. Le dernier titre est une ballade au piano : ‘Sunday Painter’, dans laquelle même le carillon de Big Ben sonne comme un cœur brisé. Never explain, never complain, do a record!    
Cranberry Gordy

Weeping Widows
Epitaphe

Genre musical: Blues, musique du monde
Label : BLUESIAC
Distributeur : SOCADISC

Weeping Widows, nous propose son premier album. Duo sévissant dans la région Toulousaine, ces deux-là se sont bien trouvés, pour nous offrir une musique qui sort un peu des sentiers battus. Mickaël Mazaleyrat souffle dans ses harmonicas, tripote ses guimbardes, secoue ses percussions et chante. Joris Ragel tapote aussi quelques percussions... mais aussi ses guitares tout en grattant leurs cordes (dobro, lap steel...). Quand Mick a quitté les Mannish Boys, au bout de plus de dix ans de service, il est allé chercher son jeune comparse pour former ce duo tout à fait original et dynamique. Le jeu de Joris est fait de taping, picking, le tout inspiré par sa formation jazz et classique. Les titres sur lesquels il y a des paroles sont interprétés en français ce qui leur vaut d'être signés par le label Bluesiac, sauf un ‘So Fine’ chanté moitié allemand, moitié anglais. Ces types ne font jamais tout à fait comme tout le monde. Le ‘Tango Blue’ qui ouvre ce CD est dynamique au possible et dès ce premier titre, la création est au rendez-vous par l'originalité de cette composition. ‘Les Rats’ le morceau suivant, va très vite et monte en puissance avec en prime le chant de Mick. Ensuite vient le ‘Blues Des Kärchers’ et sa lente montée en énergie dans un style arabo/andalou. ‘Je Chante Le Blues’ parle de lui-même. On arrive comme ça à treize compositions qui vous baladent autour de la planète avec le sourire aux lèvres car on sent une grande complicité, une belle maîtrise de leurs instruments et une énergie fabuleuse émaner de ce duo-là.
César