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10/20
Chroniques CD du mois Interview: ALMANAK Livres & Publications
Portrait: W.C HANDY Interview: lee o'nell blues gang Dossier: FENDER STRATOCASTER
 


Dans cette rubrique, vous trouverez une sélection de CD choisis par l'équipe Blues Again.

MAI 2014

Corey Harris
Fulton blues

Genre musical: Country blues.
Label : BLUES BOULEVARD
Distributeur : MUSIC AVENUE

Honnête homme, Corey Harris a une approche d’encyclopédiste. Il embrasse le blues jusqu’en Afrique, en Jamaïque. Il compose, joue, chante, écrit, enseigne. Un bosseur. Il escalade sans hâte ‘Catfish Blues’ et ‘Devil Got My Woman’. Parvenu au sommet, il s’assoie et regarde le monde avec la sérénité de celui qui prolonge le crossroads de plusieurs milliers de kilomètres.
Les types de ce calibre, on les croise en général dans les hôpitaux universitaires, pas tellement dans les juke joints : spécialistes de tel ou tel organe, ils consultent le matin, font résonner les amphis l’après-midi, écrivent des articles avec 3 pages de références le soir. Corey Harris c’est ça. Ne pas se laisser abuser par le look de rasta grisonnant. Evidemment sur disque ça pourrait vite être pontifiant, mais même pas. Guitare acoustique ou électrique, interprétation, orchestration, tout est exposé de façon directe, sans affectation, avec une grande humanité. ‘Fulton Blues’, le titre, nous plonge dans l’histoire d’une communauté africaine-américaine de la banlieue de Richmond, en Virginie. Toni Morrison aurait pu écrire cette histoire. ‘House Negro Blues’ souffle le chaud et le froid : une orchestration somptueuse et des paroles d’un réalisme tétanisant. On remet le titre une deuxième fois, puis une troisième. Deux bonus tracks live viennent clore l’album et ouvrir la discussion : un rocksteady et un titre en espagnol. Définitivement pas ordinaire, et très généreux. Le genre de prof qu’on aurait aimé avoir.
Cranberry Gordy

Daddy MT and the Matches
Let’s strike the match!

Genre musical: Chicago blues.
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : daddymt.wix.com/home

Efficace et percutant. Avec un bon feeling, voilà un quatuor de choc qui délivre un blues vigoureux dont le turbo est alimenté par les courants d’air de la Windy city. Tout est solide, bien charpenté et constitue un ensemble adroitement équilibré. Les quatre musiciens se connaissent de longue date et ont déjà posé le pied sur de nombreuses scènes mais cette production sonore porte le numéro1. Mathieu Tessier (Daddy MT) est à la lead guitare et au chant, Christophe Olivères tient l’autre guitare, Olivier Lombardi à la basse et Nicolas Ammollo à la batterie assurent l’assise rythmique. Des influences, des références,  il y en a (comme toujours), mais mieux vaut se laisser aller et se concentrer sur ce que nous donne le band. Cet album serait-il un palimpseste ? Peu importe ! Le chant de Mathieu Tessier est accrocheur et rugueux tout autant que son jeu de guitare est subtil et la parfaite osmose entre les membres du groupe apporte une réelle fluidité à l’ensemble. En pas loin d’une heure, le CD déroule 9 compositions originales signées Daddy MT et 2 reprises, ‘One More Mile’ (Muddy Waters) et ‘Black Cat Bone’ (Albert Collins). Les titres originaux soulignent l’incontestable talent du band et séduisent dès la première écoute. Le résultat est là, c’est vif, plein d’énergie et de bonnes vibrations. Si la vie d’une allumette est éphémère, l’embrasement provoqué par Daddy MT and the Matches devrait laisser des traces pour longtemps.
Gilles Blampain

Delaney Davidson
Swim down low

Genre musical: Country blues gothique.
Label : OUTSIDE INSIDE
Distributeur : ROUGH TRADE

Pour la sortie du 5ème album de Delaney Davidson, mon rédac en chef me charge d'aller interviewer le Bad Luck Man. Problème, l'homme à la bougeotte. En Suisse, un premier contact m'informe qu'il se trouverait en compagnie de Victoria Williams, ('Big Ugly Fish'), entre Shreveport Louisiane, et la Californie du Sud. Je suis fraîchement débarqué à Houston, lorsqu'Eric McFadden m'appelle pour me dire qu'ils sont actuellement à Phœnix. A travers le désert des Mojave, c'est à bord d'une Buick Riviera 1971 de location  que je file à tombeau ouvert, lorsque le moteur de la belle me lâche. ('It's All Fun'). 10h du mat. La température monte à plus de 45° vers 13h. Je décide de continuer à pieds, espérant qu'une voiture passe. Il faut absolument que je rencontre le chanteur à la voix de Lou Reed. 'Farewell'. Ivresse des déserts dans la Vallée de la Mort. Des guitares résonnent à l'unisson dans ce bad trip d'Ennio Morricone. La poussière assèche mon gosier. A la tête d'une fanfare de l'Apocalypse, Mama Rosin ('Dogs Of Love') m'offre un poisson géant. A ses pieds, crotales, scorpions et tarentules. Les cordes des Dead Brothers entament alors 'Poison Song', chanson d'une âme dévastée, mariachis  jouant pour la dernière fois la mélodie de ma vie. Les squelettes se trémoussent sur 'Down On Me'. Je ne suis plus qu'un 'Poor White Trash'. 'The Beast In Me', chanson de Johnny Cash, offert par son gendre, Nick Lowe, vibre en moi, ou hors de moi, je ne sais plus. Je sais que je ne verrai pas l'homme qui, dans les foires, pratique l'auto-décapitation ; Delaney Davidson.
Juan Marquez Léon

Dolly Parton
Blue smoke

Genre musical: Country FM.
Label : DOLLY RECORDS
Distributeur : SONY

À soixante-huit ans, Dolly Parton sort son quarante-deuxième album studio. Cinquante ans après avoir quitté les Smoky Mountains pour Nashville, la dumb blonde autoproclamée livre dans Blue Smoke un pot-pourri de ses influences majeures, de la country pour white trash qui a fait sa renommée dans les années soixante-dix (Unlikely Angel) jusqu'aux sonorités bluegrass, moins affirmées que dans son album de 1999 consacré au genre, The Grass Is Blue (‘Blue Smoke’, dans lequel elle imite le choo-choo-choo du train qui l'emmène loin de l'infidèle, If I Had Wings). La majorité des titres évoquent surtout les crossovers qui l'ont fait accéder à la popularité universelle, où country et bluegrass font au mieux figure de colorants : ‘Lay Your Hands On Me’ fut dans les glorieuses années 80 un tube sirupeux de Bon Jovi, ‘Home’ sonne terriblement FM et ‘Try’ évoque carrément une déclaration de sororité à Shania Twain, tandis que dans le taquin ‘Lover Du Jour’, la Barbie la plus assumée du monde use du français (« tu es un mauvais garçon ») pour repousser les mâles qui voudraient ne voir en elle qu'une pâtisserie, et propose une formule féministe qui n'exclut ni les ongles de dix centimètres ni les perruques chantilly (« The Higher The Hair, The Closer To God », disait-elle à sa grande époque disco). Par petites touches, Dolly nous rappelle aussi son goût pour la folk en reprenant ‘Don't Think Twice, It's Allright’ de Bob Dylan, et plonge dans le folklore américain, avec la murder ballad du 19ème siècle ‘Banks Of The Ohio’, déjà maintes fois entonnée par le gratin de la country et de la folk, d'Ernest Stoneman à Joan Baez. Kenny Rogers et Willie Nelson, ses vieux compagnons de route, sont de la partie, pour deux ballades qui doivent porter bien des slows dans les trailer parks d'Amérique ou dans les saloons de Dollywood, le parc d'attraction consacré à la Queen of Country Music dans son bon vieux Tennessee. On s'y croirait, et finalement, c'est plutôt agréable...
Fanny Chiarello

Electric Bazar Cie
Seamen & Travellers, Volume II

Genre musical: Bazar balkanobilly
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : www.electric-bazar.net

Cinquième disque pour ces musiciens saltimbanques (ils viennent du cirque) qui mélangent le rockabilly avec le rebetiko et d’autres idiomes centre-européens. Bon, c’est un peu moins le cas avec ce tome 2 de Seamen & Travellers, saga embryonnaire qui raconte des histoires de voyageurs, EP six-titres moins chevillé au rock’n’roll que l’acte premier. L’inspiration tirerait davantage vers les musiques trad et la chanson d’auteur, mais toujours à l’aise dans ses paradoxes, à la fois colorée et désincarnée, festive et menaçante. Marque de cette utopie : deux lignes de crête se chevauchent de bout en bout, un bourdon modal byzantin, parfois criard, et une vibration rockabilly, plus estompée qu’auparavant donc. A l’intérieur des chansons, sous ces deux constantes s’insinuent divers parasitages, éruption d’anches dissonantes et jazzy (‘Give Me A Home’), gospel hypnotique et fuzz progressive (‘Big And Proud’), passion méditerranéenne brillantinée à la mandoline (‘Honeymoon’), poussées d’une allégresse presque belliqueuse qui peut rappeler, de loin, les Négresses Vertes ou les VRP (‘Happy When You’re Gone’) s’achevant dans un élancement indécis, entre blues New Orleans et souk égéen). On l’aura compris, tout est alternatif dans l’Electric Bazar Cie, et son bataillon de muses frise la cour des miracles. Cet EP est une entretoise qui ne se conçoit sans doute qu’accolée au 25 cm d’ouverture, les deux couves (très belles) se faisant écho. Un témoignage touristique noir et percutant, donné par Etienne Grass (guitare, bouzouki, accordéon), Guillaume Le Guern (clarinettes, saxo baryton), Jonathan Caserta (contrebasse, basse) et Rowen Berrou (batterie). Embarquement Volume I, admission dans le vitrail évolutif !
Christian Casoni


Electric Château
Noblesse oblige

Genre musical: britpop atistocratique
Label : TEAM 4 ACTION
Distributeur :www.thebandchateau.com

Humour belge ? Humour anglais ? Ni la feuille de présentation ni les indications du livret ne vendront la mèche. Ce second degré très sérieusement entretenu, avec un perfectionnisme remarquable, bitume tout. On sait qu’ils sont belges et qu’ils ont enregistré Noblesse Oblige, EP six-titres, à Londres. Le générique livre cinq ou six noms calligraphiés à la plume, assez difficiles à déchiffrer. En tout cas, le frontman se fait appeler Dallas Geoffrey Hautvas. Il chante, gratte, basse et percussionne. Presque tout le monde joue d’ailleurs de la basse dans ce groupe, à un moment ou un autre. La feuille évoque des mods, des rockers, des dandies et des nantis, parle de « la nostalgie d’une époque jamais connue », et d’un « royalty rock’n’roll ». Bref, leur vie c’est du cinéma (« Electric Château », génial !). Mais ce cinéma devient la substance de leur vie tant ils s’y cramponnent ! Bon, britpop ? Carrément. Les sixties anglaises, électriques et turbulentes, traitées avec la distance de la new wave dans son premier jus, cet after-punk qui conservait la rage et l’ironie, mais s’était débarrassé de l’utopie. Et inévitablement, une incursion dans la britpop des années 90, laquelle lorgnait aussi vers les mods et l’after-punk. Electric Château est taillé dans le concept. Le groupe joue serré, compact, retenu, la basse rebondit lourdement, une sorte de farfisa lui donne le contretemps, les guitares sont soignées, vives et mises en vitrine, et le batteur crève les peaux comme quelqu’un qui hait ses gamelles. Une compression de gaz très contrôlée, et des chansons qui n’oublient pas d’être pop, avec des hameçons mélodiques n’hypothéquant jamais l’énergie. Dallas chante d’une voix nasale, flexible, puissante, exactement coulée pour ce type de rock. Le répertoire est étrangement familier. Swinging London ou atterrissage punk, on cueille les réminiscences au râteau, mais la personnalité du groupe est indéniable. Ce six-titres semble par ailleurs être la tête de pont d’une vaste offensive prête à déferler, genre taser géant. Ça, on peut retourner le disque dans tous les sens, Electric Château n’est pas un agrégat de babas cools !
Christian Casoni

Fred and the Healers
Hammerbeatmatic

Genre musical: Blues-rock
Label : TEAM 4 ACTION
Distributeur :
MUSIC AVENUE

Au début des seventies, dans la queue de la comète Hendrix, plein de power trios vont voir le jour au nom du boogie et du hard blues. Citons Taste, ZZ Top, Robin Trower, Ganafoul, etc. Depuis, ce corps céleste n'en finit pas, dans sa révolution, de semer sur terre de très bonnes formations. C’est en Belgique que sont nés Fred and The Healers. Pas des apprentis ferrailleurs, puisque Frédéric Lani (chant et guitare), a monté ce trio en 1994. Après une séparation, une absence de 10 ans, voici le cinquième coup dans l'estomac. Avec Fred, Cédric Cornez (basse), Nicolas Sand (batterie), la bande frappe très fort. La production sonne comme en 72 et certains titres font dans le lourd, le costaud, le viril quoi! Là, nous sommes entre hommes... (mais les schoolgirls sont bienvenues, hein!) 'Lovers Boogie' et le fantastique 'AVD' sonnent comme la bande à Gibbons, au temps où les trois barbus (enfin 2 et demi!) se rinçaient encore le gosier cul-sec à la Tequila. Sur pas mal de titres, la boue colle aux bottes, tous au fond très ancrés dans cette terre du blues du sud des Etats-Unis. La basse est monstrueuse tellement mes enceintes explosent! Mais quelques touches de psychédélisme (Expérience?) sur 'The Best Thing', un je ne sais quoi de Little Feat doublé de Stevie Ray Vaughan sur le coloré 'Scratch  My Back', et une ballade Stones circa 72, 'Dreams', varient le propos. Si en ces temps difficiles votre âme souffre, ces guérisseurs sont là pour vous, pour nous tous. Amen !
Juan Marquez Léon

Fred Chapellier
Electric communion

Genre musical: Blues, soul, rock.
Label : DIXIEFROG
Distributeur : HARMONIA MUNDI

L’avarice étant un vilain défaut Fred Chapellier nous offre 2 CD au lieu d’un seul. Il y d’abord un superbe live enregistré au Caf’ Conc’ des Trois Frontières à Bartenheim, en janvier 2014. Le band est un peu plus d’une heure sur scène et les titres s’enchaînent sans temps mort. En tout 12 morceaux, une grosse poignée de titres originaux avec hommage à Gary Moore et Roy Buchanan et quelques reprises: ‘As The Years Go Passing By’ (Deadric Malone), ‘I Loved Another Woman’ (Peter Green), ‘Can’t You See What You’re Doing To Me’ (Albert King). Blues, soul, un pointe de funk par-ci, un zeste de rock par-là et la chaleur monte au sein du public. Le groupe est bien rôdé, on sent qu’une complicité de longue date soude les musiciens. Chapellier est à la lead guitare et au chant, Charlie Fabert tient la guitare rythmique, Abder Benachour est à la basse, Denis Palatin tape sur les fûts et Johann Dalgaard est aux claviers. Chapellier est bon guitariste, ça on le sait, il est aussi bon chanteur, on ne le dit pas assez. C’est dynamique, plein de fougue et d’une réelle maturité. Cela donne un live coup de poing, bien appuyé et qui laisse des traces. Sur le deuxième CD, se succèdent 5 titres enregistrés en studio pour une durée de près de 22 minutes. Le ton est différent du disque précédent, l’artiste plein d’enthousiasme qui domine le public cède ici la place à l’artisan bon faiseur qui peaufine son ouvrage et le résultat est tout aussi séduisant. 
Gilles Blampain  

Imelda May
Tribal

Genre musical: Rockabibi.
Label : DECCA
Distributeur : UNIVERSAL

Le rockabilly c’est la ligne claire du rock, un fantasme de futur, comme si les chansons arrangées dans ce style conservaient les traces d’un protocole d’avenir conçu à une époque où la tristesse même avait l’allure d’un sentiment moderne. Ajouter à cette illusion l’ivresse d’une mélodie, gage d’éternité de toute chanson, on comprend pourquoi cette petite rombière de Dublin, rétro sublimée, n’éprouve pas la culpabilité d’être née trop tard. A quoi ressemblerait la mère Bigoudi sans son roulé à la saucisse bicolore sur le front, à quoi ressembleraient ses chansons tant elles paraissent être l’intime conviction de sa chouquette ? Pourtant son quatrième album, combinaison de genres éternellement rétro (pas que du rockabilly) donc jamais désuets, est une splendeur truffée de réminiscences obligées ou préméditées. Imelda a une voix charnelle, elle chante comme Peggy Lee (Ni la nouvelle Debbie, ni la nouvelle Cindy Wilson, encore moins la nouvelle Wanda). Imelda porte ce paganisme désarmant qui tue toutes les vieilles filles nostalgiques quand il passe.
Christian Casoni

Jarekus Singleton
Refuse to lose

Genre musical: Blues énergétique
Label : ALLIGATOR
Distributeur : SOCADISC

Nouveau venu dans le paysage musical, Jarekus Singleton est originaire de Clinton, Mississippi. Il a reçu le Jackson Music Award en 2012 et a été désigné Blues Artist Of The Year en 2013. Bruce Iglauer, le big boss d’Alligator, a flashé sur lui et voilà son premier disque. Avec un son résolument d’avant-garde, mêlant blues contemporain et traditionnel et une énergie venue du rock et du hip-hop, Jarekus Singleton capte à coup sûr un public multi générationnel. Le style est original et se démarque de la masse. Avec ses riffs de guitare flamboyants et une voix soul qui ne manque pas de puissance, il apporte un coup de jeune dans la production actuelle et redessine le genre. Qu’il joue dans un registre accrocheur et funky, qu’il s’exprime dans une gamme plus tendre et retenue ou qu’il installe des rythmes brulants, Singleton a une démarche audacieuse. Dynamique et créatif, il est de ces jeunes bluesmen qui font franchir un cap à cette musique. « J'aime la tradition du blues, et j'ai toujours été inspiré par les maîtres. Mais je veux créer quelque chose pour le public d'aujourd'hui, d’aussi original et nouveau que ce que les maîtres du blues ont fait quand ils ont commencé à faire des disques. Je veux créer un blues pour le 21ème  siècle. ». Une chose est sûre, le bonhomme a les capacités de ses ambitions. Le CD, coproduit par Jarekus Singleton et Bruce Iglauer, aligne 12 titres originaux, tous signés Singleton et enregistrés à Memphis.
Gilles Blampain

John Mayall
A special life

Genre musical: Blues, blues rock
Label : FORTY BELOW
Distributeur : HARMONIA MUNDI

Il n’avait rien gravé de neuf depuis 5 ans, alors entre le 5 et le 10 novembre 2013 John Mayall s’est enfermé dans les studios Entourage à North Hollywood pour mettre en boîte un énième CD (on ne les compte plus mais on ne doit pas être loin des 60). Il était accompagné pour la circonstance par Rocky Athas à la guitare, Greg Rzab à la basse et Jay Davenport à la batterie, lui-même étant tour à tour à la guitare, au piano, à l’orgue ou encore à l’harmonica. Ils enregistrent 11 titres pour une durée totale de 48 minutes 42 secondes. Invité surprise de choix, CJ Chenier est de la partie pour 2 titres ; il se joint au band avec son accordéon tout d’abord pour débuter le CD en reprenant un titre du grand Clifton, ‘Why Did You Go Last Night’. Suivent des compositions signées Sonny Landreth, Eddie Taylor, Albert King, Jimmy McCracklin, 3 titres de Mayall himself et 2 composés par ses musiciens. Vu le curriculum vitae de l’artiste il est superflu d’entrer dans le détail, disons juste que Mayall reste fidèle au blues mais s’évade à certains moments vers le rock ou le zydeco. Avec le poids des ans la voix s’est un peu affaiblie mais à 80 ans le Maxonien a toujours autant de pêche pour jouer le blues, il affirme d’ailleurs : « C’est seulement l’amour de cette musique qui me motive. C’est génial d’avoir des publics à travers le monde qui apprécient notre musique. C’est la musique qui m’apporte l’énergie vitale dont je me nourris ; tant que j’ai la santé, je ne vois pas de bonne raison d’arrêter ». Comme quoi la passion peut mener loin.
Gilles Blampain

Loretta and the Bad Kings
Who’s the rocket man? 

Genre musical: Blues-rock à danser
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : www.lorettaandthebadkings.com

Que les choses soient claires : on parle ici de musique pure canne capturée direct dans l’enfumoir, sans artifices ni ronds de jambe, juste du groove déboulé des abîmes avec la bénédiction des dieux du bon blues. Ce soir-là, en septembre 2013, Loretta et ses Bad Kings avaient convoqué les amoureux de la gigouille au Comptoir du Jazz, en plein cœur de Bordeaux, pour enregistrer dix titres à danser. L’ensemble est ramassé sur une petite quarantaine de minutes, mais quelle patate atomique !... Le choix des morceaux, trois compositions originales et sept reprises, combine avec brio quelques pièces à facettes soul, des brûlots rock’n’roll, de sautillants shuffles, jusqu’au ‘Shake A Hand’ indémodable, genre slow des origines qui promet la folie des corps. Question voix et belle ambiance, Loretta sait y faire : le grain est parfois rugueux, la puissance détonante, les petits cris jettent le trouble en aiguisant les sens et l’harmonica est même de sortie lorsqu’il faut générer un supplément d’âme sur les mesures de base. La section rythmique, emportée par Andy Martin derrière les fûts et Mig Toquereau à la basse, taille la route sans l’ombre d’une hésitation. Anthony Stelmaszack, en grand seigneur de la Six Cordes, fait gicler des perles de pluie sur ses soli diablement maîtrisés, farcis de verve et de chaleur humaine, avec le son pointu qui entaille la nuit et répand l’ivresse alentour. Ces quatre-là ont pris le parti d’envoyer balader tous les verrous et d’offrir au monde une formidable tranche de sincérité et d’énergie positive. Interdit de passer à côté d’une telle fête. Le volume à fond les ballons, vite !
Max Mercier

Lucky Peterson
I'm back again 

Genre musical: Soul-blues-rock
Label : MUSIC AVENUE
Distributeur : BLUES BOULEVARD

50 000 albums plus tard et 73 formules différentes, un bras-de-fer gagné contre la dope et un retour en americana (You Can Always Turn Around), Judge Kenneth Peterson est de retour (c’est le titre) et pète le feu. Bizarre album, qui semble prélevé sur un objet bien plus vaste, deux-CD/trois-DVD, Live At The 55 Arts Club, paru en 2012 chez BlackBird Music. Le 55 Arts Club de Berlin est aussi le théâtre de la présente rondelle, et le concert est, ici aussi, daté d’août 2012. I’m Back Again emprunterait, à l’autre live, la moitié du premier disque et les deux tiers du second, ce qui expliquerait la fin abrupte du dernier titre. Car toutes les plages s’enchaînent sans un temps mort, à un rythme effréné, jusqu’au couperet final, avant l’ovation attendue. Kenneth emmène dans son sillage le guitariste Shawn Kellerman, le bassiste Timothy Lee Waites et le batteur Raul Valdes. Il fait main basse sur l’Hammond B3 et slide une gratte sur les deux dernières plages, ‘Dust My Broom’ et ‘The World Is In A Tangle’. Savoir qu’on n’a droit qu’à deux tronçons d’un même concert gâche un peu la fête, mais on ne s’en rend pas compte à l’oreille, d’autant que l’album, même réduit, est déjà long. Kenneth joue de l’orgue avec un drive terrible et fait des étincelles de bottleneck sur les deux chansons qu’il slide. Ses trois sidemen sont tout aussi fracassants, Shawn Kellerman brille autant dans les rythmiques que dans les solos. Tout le monde a l’air très content de se retrouver là, surtout Kenneth, renouant avec cette soul-blues, ou blues-rock par tempérament, qui l’a fait connaître. Ils ont la frite, le contrôle, l’endurance, la connivence avec le public, et la candeur de musiciens qui s’étonnent eux-mêmes de leur osmose. Que peut-on ajouter ?
Christian Casoni

Steve Verbeke
Premier tiers 

Genre musical: Chanson blues-blues
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : www.steve-verbeke.com

Elle a fini par le sortir, son quatre-titres, Son Altesse Sérénissime de Montreuil ! Premier Tiers… d’un album qu’il va nous servir en trois rations ? Si ce premier échantillon reflète fidèlement les deux épisodes à venir, l’album promet d’être magistral. Mais si les deux derniers tiers lui demandent autant de temps, rendez-vous en 2030 pour l’intégrale ! Une surprise de taille pour commencer : c’est du blues ! Un peu rock sur les bords à cause du son, qui fait briller la chair des guitares et le roulement de la basse. Pas mal Chicago, pas mal swamp aussi, toujours bien ancré dans la chanson française avec ses textes je-dis-ça-mais-je-dis-rien, qui deviennent une véritable école. Derrière, on est en terrain connu avec les cadors de service : Jérémie Tepper et Stan Noubard-Pacha aux guitares, Fabrice Millérioux à la batterie, Jean-Marc Despeignes à la basse et Jean-Marc Labbé au saxo baryton. Verbeke est toujours d’une sobriété exemplaire, il a un style naturel qui va bien avec ces textes simples, presque énigmatiques, comme une rumination qu’on prend en cours de route, dont on ne comprend pas bien les tenants, et pour les aboutissants desquels on ne sera de toute façon plus là. Son jeu d’harmonica devient vraiment remarquable, aussi défrimant que le reste, à l’aise sur ces tempos moyens, nonobstant turbulents et particulièrement musclés. Verbeke trace là-dessus ses petites calligraphies vives et élastiques. On reconnaît même son écriture. (J’en ai marre d’encenser ce mec, les gens vont finir par penser que je lui dois des sous.)
Christian Casoni

TF Jass
If a man

Genre musical: Blues groovy, funky et acoustique
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : AMAZON

Ce nouvel album envoie balader nos oreilles aux quatre coins du monde ! Dès le morceau d'ouverture, 'Believers', un air de samba envahit notre corps et on se surprend à dandiner des hanches, de la tête, du cœur ! C'est que les frangins Prézat (Fabien et Stéphane) ont su s'entourer du Camerounais Erik Aliana (percussions et chant) qui apporte plus qu'une touche ‘world’ à ce nouveau projet, sans oublier cette fameuse basse à 7 cordes de Doc Lemer. Bref, une belle bouffée d'authenticité et de métissage. Tendre le tympan sur le blues folk de 'Serenade' ou 'Just A Child'. On y reconnaît quelques influences d'Ernest Ranglin sur la guitare de Fabien Prézat. Les quatre comparses distillent également une bonne dose de blues aérien ('If A Man') et groovy ('Help Me Brother'), titres qui nous rappellent le style de Raoul Midon mais avec une touche de percussions supplémentaire et pertinente à souhait... Le CD fait défiler 10 compositions originales et séduisantes, teintées comme d’habitude de jazz, de funk, d'une bonne dose de blues et bien plus encore. Alors ? Alors, on claque des mains, on tape des pieds et inversement ! C'est frais, désaltérant, percutant comme un mojito glacé et bien serré pendant l'été !
Tristan Sicard

The Kenny Wayne Shepherd Band
Goin' home

Genre musical: Blues, rock, boogie
Label : MASCOT
Distributeur : PROVOGUE

En fait de retour à la maison (‘Goin’ Home’) c’est un retour aux sources. Avec ce disque Kenny Wayne Shepherd explore l’univers musical des grands musiciens qui l’ont influencé. Il reprend des chansons enregistrées à l'origine par nombre de ses héros musicaux qui ont pour noms BB King, Albert King, Bo Diddley, Stevie Ray Vaughan, Johnny ‘Guitar’ Watson et Lee Dorsey. Shepherd a puisé dans leurs répertoires et choisi des titres qui l'ont inspiré quand il a commencé à jouer de la guitare. Il dit : « Le résultat est un excellent enregistrement qui, je crois, est un hommage à l'esprit de la musique originale et dans le même temps qui montre notre considération pour les musiciens et le style qu’ils nous ont inspiré pour faire de la musique depuis des décennies. ». Guitariste plus que doué, Shepherd dit ‘nous’ car pour l’occasion il n’est pas seul. Pour cet album certains de ses plus proches amis comme Ringo Starr, Joe Walsh, Warren Haynes, Keb Mo, Robert Randolph, Kim Wilson, ont répondu présents. Tout ce beau monde s’est employé à gravé 15 titres superbes, offrant une palette multicolore de rock, blues, boogie des plus radieux. Et avec un tel casting l’enregistrement n’a pas traîné. Cela s’est fait en 11 jours à Shreveport en Louisiane. Un remarquable album bourré de pépites qui nous replongent au plus profond de l’esprit même de cette musique et qui met l’auditeur sous tension pendant plus d’une heure.
Gilles Blampain

The ride
The ride

Genre musical: Blues acoustique
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : http://m.reverbnation.com/artist/thesoundoftheride

Un premier disque par un trio chic et choc. Marco Cinelli (guitares, dobros et chant), Phil  Fernandez (guitares et chant) et Philippe Poitevin (harmonicas et chant). Des noms qui ne sont pas totalement inconnus à qui suit la scène blues. Comme on peut le noter les trois compères chantent et plutôt bien, mais à tour de rôle. Quant à leurs instruments respectifs ils les manient avec une expertise consommée et une adresse remarquable. Pour deux interventions distinctes le trio invite tour à tour Bala Pradal au piano et Benjamin Colin aux percussions. Ambiance folk, l’ensemble est résolument acoustique et les 10 titres gravés sont envoyés avec un gros feeling. On pense à Gary Davis, Skip James ou Sonny Terry & Brownie McGhee, la modernité en plus, tant la qualité est au top. Héritiers de Hot Tuna, peut-être. Mais il ne s’agit pas d’un disque hommage englué dans une époque révolue, nous sommes bien en présence de l’expression de musiciens qui s’inscrivent dans leur temps. La set list présente 10 titres ; 6 sont signés par l’un ou l’autre des protagonistes et ils sont excellents, les 4 autres viennent du répertoire d’outre-Atlantique : ‘Where’s My Money’ (Billy Branch), ‘Back Door Man’ (Willie Dixon), ‘I Got My Eyes On You’ (Otis Smothers), ‘Bad Dog’ (Garry Primich). Et vu le calibre des trois Riders ces reprises ne sont pas simplement de pâles copies, elles sont revues de mains de maîtres. Un léger hic, le disque est un peu trop bref, il se déroule en 39 minutes qui passent vraiment trop vite.
Gilles Blampain