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11/22
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Dans cette rubrique, vous trouverez une sélection de CD choisis par l'équipe Blues Again.

AVRIL 2022

Ann Peebles & The Hi Rhythm Section
Live In Memphis

Genre musical: Soul   
Label : Memphis International Records
Distributeur :
Deezer, Spotify, iTunes

Cette voix va nous ramener quelques décennies en arrière. Ann Peebles a connu plusieurs succès au début des années soixante-dix et les plus vieux d’entre nous se souviendront de son fameux tube de 1974 ‘I Can’t Stand The Rain’ qui clôt cet album. Mais avant cet ultime titre resurgiront d’autres perles comme ‘Part Time Love’, ‘I’m Gonna Tear Your Playhouse Down’, ‘(You Keep Me) Hangin’ On’… Cet enregistrement est la seule captation live de la chanteuse avec la Hi Rhythm Section composée de Thomas Bingham (guitare), Leroy Hodges (basse), Charles Hodges (claviers), Howard Grimes (batterie), renforcés par une superbe section de cuivres, John Sangster (saxophone), Anthony Royal (trompette) et Dennis Bates (trombone), ainsi que d’excellents choristes comme Tina Crawford et le très soul David J. Hudson. Cela s’est passé dans le club du Peabody Hotel de Memphis le 7 février 1992, mettant en vedette sur la même affiche Ann Peebles et Otis Clay dans le cadre d’une soirée intitulée « An Evening Of Classic Soul ». Qui dit soul, dit feeling et passion, quand l’émotion le dispute au sexy ; et bien tout est là. Ici le rythme n’est pas vaine excitation et la suavité n’est pas guimauve. Ann Peebles assure une prestation haut de gamme et son chant enflamme le public.
Gilles Blampain

Argent Ardent
Punk

Genre musical: Punk rock old school
Label : Milano Records
Distributeur : Milano Records 
    

Le quatuor parisien Argent Ardent en est déjà à son troisième album, et semble suivre le rythme des Ramones, en terme de publication comme de qualité. Argent Ardent polit un punk rock à l’ancienne, riff brutal, rythmique efficace, morceaux de deux minutes, le tout survolé d’un chant en français nerveux et teigneux. Mine de rien, la France n’a jamais eu un groupe de punk aussi efficace hormis les Dogs, mais ils étaient aussi plus pop sixties. Argent Ardent est un groupe radical, avec une mentalité de branleurs malfaisants. Difficile de se dire que les quatre ont largement dépassé l’âge de la jouer à cracher par terre devant les bourgeois sous un abribus. La science du riff et de la rythmique qui claque n’est toutefois pas à la portée du premier benêt venu. C’est qu’il faut en avoir éclusé, des disques, pour savoir comment une mécanique de précision pareille fonctionne. Leurs textes ont le tranchant d’une lame de cran d’arrêt, entre colère et ironie sur la société. A ce jeu, si les deux précédents albums s’étaient montrés particulièrement réussis, il semble que Punk ait passé un stade au-dessus, avec quelques coups de schlague bien sentis : ‘Punk’ qui se paye la tête des bobos du Bon Marché, ‘C’est Mourir De Rire’ sur la crise sanitaire, ‘J’ai Tout Lu’ sur les intellos pédants… Et jamais un morceau aussi court et concis que ‘Droit Dans Le Mur’ n’aura aussi bien résumé notre époque. Bref, Argent Ardent a réussi le toujours difficile troisième album, et va pouvoir enfin prendre la route pour porter la bonne parole du punk saignant.
Julien Deléglise

Bo Weavil
A Blessing In Disguise

Genre musical: Afro-latino, comme dit la pochette
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : disponible sur toutes les plateformes 
    

Matthieu Fromont à la ville, Bo Weavil à la scène, est une centrale photovoltaïque à maturation lente. Il lui aura fallu dix-sept ans de réflexion pour produire ce disque, le temps d’emmagaziner toute l’énergie solaire qu’il libère ici. Bo Weavil voulait être bien sûr de maîtriser les sources qui l’ont fait grandir, les beats africains, le reggae, diverses couleurs latino, et même un peu de hip-hop et de funk dans les fronces et parfois, logique, un lointain fumet néo-orléanais. En attendant de lancer sa nouvelle turbine et de tirer cette pinte de jus de soleil, il a poursuivi dans un blues sauvage en one-man-band où s’allumaient, tout de même, de temps à autre, quelques signaux tropicaux transcontinentaux. Et c’est précisément quand, sur la jaquette, Ben Hito le représente dans une posture à la Robert Johnson, que Bo Weavil se délivre du blues et passe à autre chose. Evidemment, A Blessing In Disguise n’est ni un album de musique malienne, ni jamaïcaine, ni latino-américaine. C’est du… Bo Weavil, dernière pression à chaud. Bah, ce que Matthieu Fromont enregistrait auparavant n’était pas non plus exactement du blues, pas plus que le blues n’est africain ou irlandais. « Afro latin blues », dit l’accroche. « Afro latin » aurait suffit parce qu’entre nous, qu’est-ce qui ne vient pas du blues dans la pop musique ? On pourrait parler aussi des arrangements somptueux, eux aussi, on le suppose, longuement mûris par quinze années d’interrogation et deux années de confinement. On pourrait également évoquer quelques astuces d’enregistrement, le sel secret des albums, comme ces couches d’harmonicas qui donnent une illusion d’orgue. Quand on a connu Bo Weavil avant, on peut être déconcerté par ce virage, mais c’est toujours de la belle ouvrage et par les temps qui courent, un rayon de soleil n’est jamais de trop.
Christian Casoni

Bobby Gentilo
Gentilo

Genre musical: Rock, pop, blues 
Label : Blue Heart records
Distributeur :
iTunes, Spotify, Amazon    

Producteur de disques et musicien recherché, Bobby Gentilo a travaillé et joué avec de nombreux artistes au cours des quinze dernières années. Il a également été membre des Cornlickers qui accompagnaient le regretté Big Jack Johnson. Auteur-compositeur, pour cette production il signe 10 compositions originales. Guitariste, il joue également de la batterie, des percussions et du synthétiseur. S’affranchissant les barrières musicales, pour ce premier album sous son nom, il mélange de belle manière le blues du Mississippi avec le Go-Go, musique inspirée du funk, de la soul et du blues, sonorité unique dans la région de sa ville natale Washington DC. C'est le tempo qui s’impose à la fête. La combinaison unique de ces deux genres est devenue la base du style de Gentilo. Une expression chaleureuse et pleine d’énergie qui sied à sa voix de ténor soutenue par un orchestre de musiciens débridés. Rythmes électroniques et riffs de guitare audacieux, subtils traits d’harmonica blues, sax coloré et nappes d’orgue invitent à la danse. C’est un concentré de sensualité et de dynamisme. Une bonne production qui frappe avec autant d’énergie que d’intensité.  
Gilles Blampain

Cactus
The Birth Of Cactus - 1970

Genre musical: Heavy-blues rocambolesque 
Label : Purple Pyramid Records
Distributeur :
Cleopatra    

Ce genre de disque, tu rigoles et tu t’étouffes. Sûrement encore une daube avec un son pourri. Imaginez un peu, le premier enregistrement historique du quatuor Cactus, le Led Zeppelin américain. Personne n’avait rien prévu pour enregistrer de manière professionnelle, c’est évident, comme cela aurait été-t-il possible pour un groupe totalement inconnu ? Ça sent le bootleg sale. Et puis la curiosité prend le dessus. Comme l’indique la pochette, c’est un set avec Jimi Hendrix et Grateful Dead en tête d’affiche, avec deux petits noms en-dessous : Steve Miller Band et Cactus. Cactus s’est formé dans la décadence. Au départ, la paire rythmique Tim Bogert – Carmine Appice devait rejoindre un nouveau Jeff Beck Group avec Rod Stewart au chant. La précédente formation s’est disloquée avant un petit festival vers New York, alors que le quatuor était à l’affiche, mais pfff… Ce n’était que le Festival de Woodstock. Jeff Beck a toujours dans les tripes de répondre à Jimmy Page et son Led Zeppelin, qui lui ont collé une pâtée en enregistrant une version plus agressive de ‘You Shook Me’. Il veut une section rythmique capable de répondre à la paire Bonham-Jones. Il sait déjà que John Bonham est un fan de Carmine Appice, qui lui prêtera son kit début 1969. Le trio est prêt, mais Rod Stewart fuit pour se consacrer à sa carrière solo et incorporer les Faces. Beck rigole. Les Small Faces n’existaient que par leur guitariste-chanteur Steve Marriott. Le garçon parti, il ne restait plus rien. Il venait de former Humble Pie, et le reste du groupe ne pouvait qu’abdiquer. Le Jeff Beck Group est en train de se construire une superbe carrière aux USA : les deux albums marchent, ils sont dans le Top 20 US. Les concerts font le plein. Et puis Jeff Beck s’écrase avec sa voiture de sport fin 1969 après avoir abandonné leur participation à ce petit festival… de Woodstock. La section rythmique, qui vient de dissoudre Vanilla Fudge, décide de rebondir. Jim McCarthy, guitariste de Mitch Ryder est le premier intégré. Rusty Day, à peine sorti des Amboy Dukes, prend le chant et l’harmonica. Ce set a été enregistré de manière impeccable. Cactus se montre turbulent et irrévérencieux. Le son est absolument fabuleux, sale et blues. La réalité, c’est que ce live est exceptionnel de par sa qualité sonore. Il y a toujours un côté bordélique chez Cactus, parce que ces garçons ne sont pas bien élevés. Mais l’écoute de live est une véritable révélation. C’est celle d’un son ébouriffant, capté dans l’énergie survoltée d’un groupe qui a à cœur de se faire connaître. Et donc non, ce disque n’est pas un vilain bootleg opportuniste, mais un excellent live à ajouter aux archives déjà publiées par Rhino.
Julien Deléglise

Danny Bryant
02:10 The Early Years

Genre musical: Blues, blues-rock 
Label : Continental Blue Heaven
Distributeur :
SOCADISC    

Danny, guitariste Anglais de Royston, Hertfordshire, est un précoce, à tout juste 18 ans le voilà déjà devenu guitariste professionnel. La musique est une affaire de famille, il forme son premier groupe en 1999 The Red Eye Band avec son père Ken comme bassiste et sa mère Heather assurant la fonction de manager. Pour la batterie, pas de problème, son ami et voisin Andy Burtest un tout bon. Pour débuter ils écumeront les fêtes, les mariages, les pubs et festivals environnants. En 2013 et la retraite de Ken, il prendra l'appellation Danny Bryant. Il s'est forgé un nom à travers l'Europe puis le monde entier où ses capacités d'auteur-compositeur-interprète sont remarquées, et se produira aux cotés de Buddy Guy, Johnny Winter, Gary Moore et ZZ Top pour n'en citer que quelques-uns. Ses performances le conduiront rapidement à jouer sur les plus grandes scènes et festivals partout sur la planète. Dans ce milieu trusté par les Américains, Danny Bryant est passé d’adolescent prodige à l’un des bluesmen les plus respectés et admirés. Géant du blues moderne, son jeu s'appuie sur des riffs puissants sans compromis, à des lignes de mélodies tendres et émouvantes. Sa musique incarne de nombreuses influences qui ont modelé le blues-rock des dernières décennies. On y retrouvera des éléments de maîtres comme SRV, Eric Clapton ou encore Davis Gilmour. Danny Bryant est à la hauteur de son nom, armé d'une technique modelée jour après jour sur scène et des milliers de concerts, il partage un point commun avec un certain Joe Bonamassa, dans la capacité à produire de longues sections de solo où il vide des chargeurs de notes de sa Fret-King Corona DBR signature Danny Bryant, ultime reconnaissance d'être endorsé par les guitares de Trev Wilkinson. 02:10 The Early Years est une compilation de six albums sortis de 2002 à 2010, coup d'œil dans le rétro sur les dix premières années d'une carrière déjà bien remplie. Depuis Dannyest monté en puissance et a produit une douzaine d'albums au total en élevant sans cesse son talent vers une frontière invisible, alors dans ces périodes troubles, une pointe d'espoir est au bout de chaque morceau, celle que la musique unit et porte les hommes vers un monde meilleur.
Nine Girard

Decasia
An Endless Feast For Hyenas

Genre musical: Stoner-rock psychédélique 
Label : Heavy Psych Sounds
Distributeur :
Heavy Psych Sounds    

Alors que l’on pense toujours que l’avenir du rock français se situe du côté de Feu Chatterton ! on ferait bien de regarder du côté de la scène stoner-rock au sens large. Slift, Mars Red Sky, et Decasia sont en train d’enfoncer les lignes. Leur réputation est déjà plus grande à l’étranger que chez nous, parce que « ça chante pas en français, on comprend pas les paroles ». Vont-ils connaître le syndrome Variations ? La distribution étrangère permet quand même à ces groupes d’exister et de faire parler d’eux. Les concerts en France, bien qu’encore modestes, font le plein dans plusieurs villes de province, preuve que les kids veulent de l’électricité. Decasia a en réalité une longue histoire. Fondé à Nantes en 2013, le trio sort deux EP en forme de quasi-albums : Decasia en 2015 et The Lord Is Gone en 2017. Et puis le temps passe, pandémie, toussa toussa… Le groupe a signé avec le label qui devait lui aller comme un gant, Heavy Psych Sounds, et voici le premier véritable album de Decasia : An Endless Feast For Hyenas. Ne passons pas par quatre chemins : ce disque est réussi. Les influences psychédéliques et stoner modernes sont là, en particulier All Them Witches, une touche de Elder (plutôt les derniers albums), et la scène allemande avec Colour Haze. Moins vertigineux que Slift, Decasia opère dans un univers plus mélodique, bien que des similitudes sont à noter : les montées de speed heavy, les espaces psychédéliques planants prompts à la libération de l’âme. Mais chez Decasia, il y a aussi du blues (‘Cloud Sultan’), des grandes montées acides (‘Override’), et de belles déambulations alliant électricité et mélancolie profonde (‘Laniakea Falls’). Decasia n’a pas failli dans le lyrisme émotionnel, qu’il transmet autant par ses mélodies que par ses riffs stoner-blues. Mission accomplie les gars.
Julien Deléglise

Ecstatic Vision
Elusive Mojo

Genre musical: Stoner-psychedelic rock 
Label : Heavy Psych Sounds
Distributeur :
Heavy Psych Sounds    

Le silence fut long et pesant sans ces fils merveilleux d’Hawkwind. Ils nous avaient laissé après l’album Under The Influence en 2019. Et puis ce fut la crise sanitaire. Ils décidèrent de ne pas tenter d’exister malgré la pandémie, à se perdre en répétitions filmées et autres lives « à la maison ». Ils ont tout simplement éteint les amplificateurs, rangé le matériel dans un garage, et sont partis chacun de leur côté en attendant que ça aille mieux. Et puis, la situation s’arrangeant, le quarteron de desperados acides s’est reformé pour enregistrer un cinquième disque. Ils n’étaient donc pas morts, et ce disque le prouve, sacrément. Ecstatic Vision a repris son stoner-rock psychédélique là où il l’avait laissé, et déroule sept nouvelles tornades hallucinées. ‘March Of The Troglodytes’ est une rapide embardée d’une minute avant la première vraie salve : ‘Elusive Mojo’. Tout est bien là : les synthétiseurs hallucinés, le saxophone free, les guitares grondantes et gargouillantes de wah-wah, la grosse basse pleine de fuzz, les roulements de caisses sauvages, et la gorge rabotée au whisky de Doug Sabolick. La suite n’est que pur bonheur acidulé : ‘Times Up’, ‘The Kenzo Shake’, ‘Venom’… Seul ‘The Comedown’ vient briser la cavalcade, avec son esprit mélancolique à la ‘Dirt’ des Stooges. C’est par ailleurs le sommet du disque, avec sa lente montée vers la colère désespérée. Décidément, ils avaient manqué.
Julien Deléglise

Gunwood
Dream Boat Jane

Genre musical: Folk-rock    
Label : ZAMORA
Distributeur :
www.gunwoodofficial.com/      

C'est un peu la même émotion qui vous touche que celle que vous prenez en pleine face quand vous avez dix sept ans et que vous découvrez Crosby, Still & Nash (mon cas… il y a bien longtemps). Ce trio Parisien composé de Gunnar (guitare), Jeff (basse) et David (batterie), a la belle particularité de posséder trois chanteurs en son sein et le plus du plus, ce sont les mélodies qui ont la magie de vous entrainer loin. C’est Gunnar qui tient le rôle principal avec ses compositions et sa voix passée au papier de verre sublimée par la justesse des harmonies vocales de ses excellents compères. Gunnar accompagne également Ben l’Oncle Soul sur scène et participe à ses compositions. En retour, c’est Ben qui a réalisé la pochette de Dream Boat Jane, belle esquisse crayonnée d’un visage féminin au regard direct et rêveur à la fois, ce qui nous ramène au contenu de l’album, des histoires directes sur des arrangements qui nous aident à laisser vagabonder notre esprit. Le trio nous attrape d’emblée avec ‘Changing Out There’ à la mélodie ouvragée et au rythme profond, pour ne plus nous lâcher jusqu’au treizième titre ‘Good Night Song’, histoire de nous quitter sur une douce berceuse. Entre ces deux morceaux, on louvoie entre des chansons inspirées par les sonorités celtiques ‘Dear Starlight’ et celles d’outre-Atlantique ‘Better Know Yourself Well’. On tangue entre le l’ambiance des années soixante-dix ‘Share A Little Freedom’, ‘Grow’ et le son rugueux, direct de notre époque ‘Rude Thing’, ‘Shades’. Gunwood, est une formation originale avec une grosse personnalité, reconnaissable dès les premières mesures, quel que soit le titre que l’on écoute. Ils ont tout. L’esprit, le cœur et les tripes. Sans aucun doute pour moi, déjà un des meilleurs disques de l’année, leur deuxième.
César

Heldon
Antelast

Genre musical: rock électronique, space-rock. 
Label : Bam Balam Records
Distributeur :
Bam Balam Records    

Seigneur, qu’il a dû souffrir, Richard Pinhas. Lui, l’homme qui n’attend plus rien du business français, et qui parcourait le monde à jouer partout, aux USA, au Japon, en Europe du Nord… le voilà cloué chez lui, à ne plus pouvoir jouer une note sur scène. N’étant pas du genre à se morfondre, il a tout de même enregistré cinq albums depuis le début de la pandémie : Quentin Compson avec Stephen O’Malley de SunnO)), Alturas avec Makoto Kawabata, Manongo Mujica, Juan Luis Pereira & Hiroshi Higashi, Le Plan De Paris avec Pascal Comelade, Sources et Britannica avec son fils Duncan. Evidemment, tout cela n’a pas éveillé une ligne dans la presse musicale écrite. Terrifiant destin que celui de Richard Pinhas, créatif en permanence depuis cinquante ans, et ne bénéficiant que de rares hommages français. Comme si cet homme posait problème. A vrai dire, il pose problème. Voilà un type qui a toujours mené sa carrière à son rythme, défiant tout et tout le monde. Pas de label ? Je le crée, avec Disjuncta en 1973. Et que je parcours l’Europe avec Patrick Gauthier et Heldon pendant toutes les années 1970, et que je publie des albums qu’aujourd’hui, toute la scène électronique et psychédélique internationale salue. Les albums sont même réédités en Allemagne, par Bureau B ! Rien de français là-dedans. On préfère s’en tenir à Jean-Michel Jarre comme grand prêtre de l’électronique en France. Cela l’atteint-il ? Il est difficile de dire le contraire. Interviewé il y a quelques années, Pinhas ne cache pas une certaine amertume et une pointe de cynisme à ce propos. Bien sûr, il est un musicien reconnu dans le monde, et c’est une fantastique reconnaissance pour un petit parisien fan de Jimi Hendrix. Mais on aurait pu croire que la France aurait à un moment donné reconnu ce grand homme de la scène rock française.

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blues

Jeremy Ivey
Invisible Pictures

Genre musical: Americana, pop 
Label : Anti-Records
Distributeur :
iTunes, Apple Music, Spotify, Deezer    

Chanteur, auteur-compositeur et multi-instrumentiste basé à Nashville, Jeremy Ivey s'est révélé au début des années 2010 au sein du groupe country-soul Buffalo Clover. En 2019, il prend son envol et grave un premier album en solo The Dream And The Dreamer, mélange de country-rock et de folk, avec une légère touche de psychédélisme. En 2020 paraît Waiting Out The Storm dans la même veine que le précédent. Voilà donc sa troisième production. Face à l’univers sonore, Jeremy Ivey se sent libre d’explorer différents espaces. Ne s’imposant aucunes limites, il peut puiser aux sources du flamenco et de la musique classique, du rock indé vintage, de la pop exubérante des sixties. Pour Invisible Pictures il s’inspire plutôt de cette dernière piste. Il ne s’agit cependant pas d’une copie mais bien d’une création du meilleur alliage. Le charme opère dès la première note. L’ambiance générale doit plus au spleen qu’à l’allégresse. Il dit de son album : « Invisible Pictures est ce que j'ai toujours pensé être la musique. Des petites visions que seules vos oreilles peuvent voir ». Il signe 10 compositions faites de mélodies enjouées et dynamiques au charme indéniable. L’interprétation est chaleureuse et pleine de sensibilité. Le chant est mélodieux, l’interprétation est pleine de finesse et de sensibilité.
Gilles Blampain

José Ramirez
Major League Blues

Genre musical: Chicago Blues 
Label : DELMARK
Distributeur :
SOCADISC    

Originaire du Costa Rica, José Ramirez, guitariste et chanteur, avait sorti une première et très bonne production Here I Come en juin 2020. Pour dévoiler son deuxième album il a signé avec le label Delmark. Le disque présente 10 pistes. Pour les quatre premières chansons, les sessions ont eu lieu au cours de l'été 2021 avec l’appui du Delmark All-Star Band dont Bob Stroger, 90 ans, tient la basse et le concours de Jimmy Johnson, 93 ans, dont c’est le dernier enregistrement, invité de marque à la guitare sur le premier titre ‘Major League Blues’. Jose Ramirez montre qu’il possède une solide culture du Chicago blues avec deux reprises des classiques, ‘Bad Boy’ d’Eddie Taylor et ‘My Love Is Your Love’ de Magic Sam. La suite a été enregistrée en septembre avec un autre orchestre dans un style plus solaire dans lequel il incorpore par moments des rythmes latinos de belle qualité, offrant ainsi un style plein de saveurs. Lui qui a déjà partagé la scène avec des pointures comme Buddy Guy, Anson Funderburgh, Bryan Lee ou Mark Hummel, a le feeling et affiche une réelle maîtrise de son instrument. Il a un jeu vif et pétillant qui ne manque pas de tension. Et côté vocal il ne s’en tire pas si mal avec un chant fougueux. Ça roule avec aisance d’une plage à l’autre, l’ensemble est très enlevé et exécuté avec une dextérité incontestable.  
Gilles Blampain

Karl Stoll & the Danger Zone
The Workhouse

Genre musical: Blues’n’roll kaléidoscopique 
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur :
Apple Music, Deezer, Spotify, iTunes     

Karl Stoll and The Danger Zone. Déjà le nom, il fallait y penser. Ensuite le gars sait jouer du blues-rock qui défouraille, mais en réalité cela n’a rien d’étonnant pour un Américain, quand bien même celui-ci sort du District de Columbia réputé plutôt pour ses quintets de jazz onctueux et ses orchestres militaires. Voilà une décennie que ce forcené de la six-cordes écume les scènes de la Côte Est avec son groupe, suite à la sortie de Take A Ride, album initial remarqué et awardisé, assurant au passage les premières parties de pistoleros aguerris comme Mark Hummel, Anson Funderburgh et Tom Principato. Second opus réalisé pied au plancher, The Workhouse apporte l’éclatante démonstration que la scène reste matrice d’inspiration et garantie d’excellence. Autour du stratège, trois vieux grenadiers des clubs locaux : Dean Dalton à la basse, Brian Alpert aux fûts, John Dickson à l’harmonica, chacun donnant de la voix au fil des onze morceaux enregistrés ici, dix compositions et une brillante reprise simili-hendrixienne du ‘Great Rain’ de John Prine et Mike Campbell. Une douzaine d’invités de très haute volée complètent le personnel de bord, mettant en avant piano, orgue, trombone, saxophone, trompette, slide, percussions et chœurs féminins, la totale. Sur le fond, l’album balaie le spectre complet de la musique du Nouveau Monde, entre blues des entrailles, rock’n’roll incandescent, soul sirupeuse, ballade jazzy, brass band et zydeco boostés au propergol liquide. Quant à la forme, l’ensemble est esbroufant de précision, d’harmonie et de rythme débridé. ‘He Was My Dad’, ‘Love Is A Two Way Street’ et ‘Fantasy Girl’ ravagent ciel et terre sur des tempos fougueux, le chant sulfurisé de Karl rôtissant tous les mots qu’il jette à la face du monde. La tradition du Delta et ses lenteurs d’héliotrope sont revisitées avec beaucoup de délicatesse sur ‘The Workhouse’ et ‘Bad Girl’, ce dernier titre virant au swing bleuté garni de ruptures d’axe, giboulées d’orgue et cuivres assourdis qui tourbillonnent entre les enceintes. Il y a aussi deux aubades charnelles au format Queen Size, fraîches et dansantes à la fois, et un slow pour emballer les gonzesses, le genre de mélodie baraquée qui roule telle une Buick Riviera sur l’Interstate 95. Au bout d’une petite heure d’écoute, le rideau tombe avec une réinterprétation instrumentale furtive de la romance ‘Sometimes’, une minute et demie au compteur, construite autour des ellipses Hohner & Fender enchevêtrées. Chaque pièce nous réserve des surprises, ici un solo de guitare bref mais effilé, là les éclats de rire des choristes pour terminer une chanson, plus loin encore les assauts du sax ténor hurlant son extase d’inventer une forme de musique universelle. Tout ce charivari délivre le peps citron vert et l’énergie positive dont l’humanité a tant besoin en ce moment : merci mille fois, Monsieur Stoll !
Max Mercier

Kaz Hawkins
My Life And I

Genre musical: Blues, soul funk…
Label : DIXIEFROG
Distributeur :
PIAS     

La voix est puissante, prenante, impressionnante. Jamais à la limite, on sent toujours qu’il y a de la réserve. Kaz Hawkins, fille d’Ulster à l’âme déchirée jette ses souffrances et ses espoirs dans un chant fiévreux dont l’émotion gagne l’auditeur dès la première note. Autrice, compositrice, guitariste, chanteuse, elle participe en plus à la production du disque. Voilà une artiste complète qui ne fait rien à moitié. Le répertoire est riche, blues, soul, funk, spirituals, elle signe13 compositions de son cru et reprend ‘Feelin’ Good’ d’Anthony Newley et Leslie Bricusse (auteurs de la chanson du générique de Goldfinger), ‘Something’s Gotta Hold On Me’ et ‘At Last’ popularisés par Etta James et ‘Full Force Gale’ de Van Morrison. Avec seulement un piano ou un accompagnement plus étoffé avec orgue et cuivres, le frisson passe, l’émotion prend corps avec une interprétation puissante et sensuelle dans laquelle on discerne néanmoins parfois une certaine fêlure. Il est évident que la place de Kaz Hawkins s’inscrit d’office dans la lignée des grandes interprètes du genre. Elle a enregistré son album dans son Irlande natale mais a choisi de vivre en France dont elle reconnaît aimer la culture et où elle a déjà pu rencontrer un accueil chaleureux du public lors de différents festivals auxquels elle a participé. Un grand souffle parcourt ce disque du premier au dernier titre.
Gilles Blampain

Marc Loy
Nu(e)

Genre musical: Folk, rock et plus
Label : Kebra’s Records
Distributeur :
iTunes, Spotify, Deezer    

La partition est bigarrée. Sur des rythmes ondulant entre folk-rock et country-blues sans négliger des emballements funky et des écarts gospel, Marc Loy avec une voix chaude et grave nous livre un bel album. Onze petites tranches de vie présentées : « Comme un long instantané de petits moments intimes, de rencontres parfois improbables et je l’espère de surprises à venir… » dit-il. Vif et pétillant cet enregistrement tout en mouvement, fait d’élans et de pauses est très stimulant. Marc Loy redessine le monde avec sa musique et ses mots au fil de joyeuses sonorités finement exécutées. L’ensemble ne manque pas de charme, le chant est dynamique et entraînant pour soutenir des textes non dénués d’humour et qui ont du sens. Pour cette création il s’est entouré d’une formation étoffée de cuivres et a convié quelques invités de marque, compagnons de route de longue date. Le regretté Patrick Verbeke à la guitare sur ‘Le Gardien Du Bar’, Jean Yves d'Angelo au Wurlitzer pour ‘Dieu Merci’, et les harmonicistes Vincent Bucher pour ‘Putain De Blues’ et ‘Le Gardien Du Bar’ et Diabolo pour ‘Il Faudra Faire Vite’. Ce n’est jamais fade, plein d’une belle vitalité et de bonnes vibrations, c’est carré, efficace et la production est impeccable.
Gilles Blampain

Mike Guldin
Tumblin'

Genre musical: Blues, rock, country
Label : Blue Heart Records
Distributeur :
iTunes, Spotify, Amazon    

Le disque débute et se termine par deux pièces instrumentales, un blues-rock crépitant ‘Tumblin’’ et une ballade acoustique aux guitares aériennes ‘Waterfall’. Entre les deux, 13 titres naviguent du rock à la country, du blues à la soul avec un enthousiasme contagieux. Folk avec mandoline et ballade sentimentale sont aussi au programme. Un vrai festival de plaisirs sonores qui dure une bonne heure. Les sessions d’enregistrement ont eu lieu dans sept studios différents réunissant une douzaine de musiciens de renom, doués d’une qualité de jeu irréprochable. Tout ce beau monde installe différentes ambiances avec un groove d’enfer. Mike Guldin deux fois finaliste de l'International Blues Challenge avec son groupe Rollin' & Tumblin' est à la guitare et au chant. Il co-signe avec son partenaire en production Bill Sharrow 13 compositions originales et reprend ‘She Caught The Katy’ de Yank Rachell et Taj Mahal et ‘Key To The Highway’ de Big Bill Broonzy. C’est une abondance de bonnes vibrations avec rock sudiste et guitare slide, boogaloo swampy, pedal steel façon honky-tonk, piano barrelhouse et soul comme à Muscle Shoals avec cuivres et orgue. Le plaisir que Mike Guldin et ses amis ont à jouer se ressent à chaque instant et impulse une formidable vitalité à cet album.
Gilles Blampain

Miss Bix
Bring It

Genre musical: Blues variés
Label : Blue Heart records
Distributeur :
iTunes, Spotify, Amazon   

Elle a débuté il y a longtemps dans un univers smooth jazz. La maternité a réorienté ses choix vers des cercles de musique avec des enfants d'âge préscolaire. Deux albums pour les bambins ont vu le jour, des spectacles pour la promo, et le temps a passé. Vingt ans plus tard, son fils devenu grand, son désir pour un nouveau départ musical l’a amenée à Clarksdale où elle est tombée amoureuse du blues qui l’avait toujours attirée. Pour cette production, Leslie Bixler alias Miss Bix signe 13 compositions naviguant du Mississippi Hill Country Blues aux rythmes de la Nouvelle-Orléans en les mêlant à des sonorités de la côte Ouest. Le style est varié mais cohérent et de qualité. Qu’il y ait de la fougue ou que le ton soit plus feutré, l’émotion est toujours là. Chanteuse dotée d’une voix intense et sensuelle, parfois guitariste, elle s’entoure de plusieurs talentueux invités comme Franck Goldwasser à la guitare, l’harmoniciste Jimmy Z et les claviéristes JT Thomas et Tom Canning et son mari Bill Bixler au saxophone baryton. Elle partage le micro à différentes reprises, avec Keeshea Pratt ‘Red Walls’, Phil Wimer ‘Cheer Up Sallie Mae’, Tiffany Pollack ‘Daddy Why’. Un disque qui a du charme et de la force.
Gilles Blampain

Mississippi Heat
Madeleine

Genre musical: Chicago blues et plus encore
Label : Van der Linden Recordings
Distributeur :
Select-O-Hits/Proper    

Enregistré et mixé dans les prestigieux studios V.S.O.P. de Chicago, Madeleine est le 13ème album de Mississippi Heat, l’un des plus anciens groupes de la Windy city, qui fête ses 30 ans d’existence. Pierre Lacocque à la tête du band avec son harmonica virtuose signe 10 compositions sur 12. Le chant est assuré majoritairement par Inetta Visor et Daneshia Hamilton qui cèdent le micro pour quelques titres aux guitaristes Carl Weathersby, Lurie Bell et Michael Dotson. La devise du groupe « Traditional Blues With A Unique Sound » n’est pas du tout usurpée puisque le blues de Chicago est bien là mais on y entend parfois une pointe de zydeco, un zeste de rythmes latinos ou une touche de jazz. C’est une musique riche, colorée et variée, chaleureuse et pleine de passion. La formation comme à son habitude dégage une fabuleuse énergie, c’est un vrai festival d’intensité et de feeling avec de lumineux solos de guitares, un harmonica flamboyant, des cuivres ardents et des voix à la hauteur. Une telle réunion de talents emmène l’auditeur vers des sommets. Il y a comme une étincelle magique qui se produit. C’est fougueux, robuste, impétueux, et ça accroche l’oreille dès la première écoute.
Gilles Blampain

Status Quo
Roadhouse Blues… Live…
1970-1971

Genre musical: Blues-rock
Label : Audio Vaults
Distributeur : Audiovaults.com
   

Pas sûr que les ayants droits de Status Quo n’aient eu un mot à dire sur ce disque. On aurait même pu souhaiter une sortie en grande pompe chez Universal, avec un beau livret. Seulement voilà, l’époque qui concerne ces enregistrements est un vaste imbroglio, puisque jusqu’en 1972, Status Quo était chez Pye. Fleurissent donc depuis des années compilations et rééditions de toutes sortes sur la base des quatre premiers albums du groupe. Si ces compilations trouvent toujours un public, c’est bien sûr parce que les fans du Quo sont encore très nombreux en Grande-Bretagne et en Europe. Mais pour le sujet qui nous intéressent, il s’agit des toutes premières années boogie. Elles font l’objet d’un mythe de la part d’un certain nombre de fans, dont l’auteur de ces lignes, car c’est le début de la vraie aventure, dans un contexte des plus compliqués. Reprenons depuis le début. Status Quo s’est formé au début des années 1960 et va connaître plusieurs patronymes : The Spectres, Traffic Jam, puis Status Quo vers 1967. Le groupe est constitué de Rick Parfitt et Francis Rossi aux guitares, Alan Lancaster à la basse, John Coghlan à la batterie, et Roy Lynes aux claviers. Ils enregistrent deux albums psychédéliques à la mode en 1968, et obtiennent deux hits : ‘Pictures Of Matchstick Men’ et ‘Ice In The Sun’. Les albums ne suivent malheureusement pas le même chemin, et la scène change rapidement. Alors que Status Quo fait encore de la psychédélie bon marché, les Rolling Stones sortent Let It Bleed et Led Zeppelin ses deux premiers albums. Nous sommes en 1969, et la carrière du Quo plonge. Jouant des premières parties, ils se retrouvent notamment en compagnie de Chicken Shack sur plusieurs dates. Rossi, Lancaster et Parfitt admirent ce rythme impeccable qui rend fou le public, basé sur des shuffles de John Lee Hooker : le boogie. L’évolution d’autres groupes psychédéliques les convainc de changer littéralement de tactique, notamment les Doors avec leur Morrison Hotel. Status Quo jette aux orties les chemises en satin, et enfilent des jeans, des tee-shirts et des baskets. Ils n’ont de toute façon plus un rond pour se saper, et plus personne ne veut d’eux et de leur réputation de losers psychédéliques.

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Susan Cattaneo
All Is Quiet

Genre musical: Americana
Label : Jersey Girl Music / CRS 
Distributeur : SOCADISC

Elle réside à Boston et a enseigné l'écriture de chansons au Berklee College of Music pendant 20 ans. Le Boston Herald a écrit à son sujet : « Les chansons en solo de Cattaneo ont des racines qui plongent profondément sous la terre, de Memphis à Nashville en passant par les Appalaches ». De fait Americana définit bien son répertoire qu’elle interprète d’une douce voix claire aux intonations cristallines. Le style est lumineux, le chant est gracieux, l’interprétation est pleine de finesse et de sensibilité. Elle confie que la pandémie a mis sa créativité en sourdine, mais qu’elle a réagi : « Heureusement, écrire et chanter cet album m'a sauvé. Ces chansons reflètent mon chagrin d'amour pour le monde, mais elles révèlent aussi comment j'ai redécouvert la joie, la rédemption et la résilience. J'espère qu'elles résonnent aussi en vous ! ». Ses musiques agréables à l’oreille révèlent des atmosphères délicates faites de mélodies légères et aériennes avec un accompagnement entièrement acoustique tout au long des 9 chansons de ce savoureux enregistrement.
Gilles Blampain


The jones
Imagination

Genre musical: Pub-rock  
Label : Mortel Records
Distributeur :
Mortel Records    

Les Jones ont décidé eux aussi de ressortir les Gibson Junior et les amplificateurs pour un nouvel album post-confinement. Le quintet avait à dire, avec treize morceaux au compteur. L’esprit des Jones, c’est du pub-rock nerveux, l’esprit de Inmates, Dr Feelgood, Little Bob Story. Il y a même une pointe de Ganafoul sur des titres comme ‘You Forgot Rock’n’Roll’. Ah oui ! Petite précision, ils sont français, une petite équipe de musiciens parisiens affûtés. The Jones tourne sur trois cylindres principaux pour la composition : le chanteur Fred Moulin, le bassiste Rudy Serairi, et le guitariste Grégoire Garrigues, également membre d’Argent Ardent, entre autres. Et le moteur tourne à plein régime, avec donc treize morceaux, et pas un temps faible. Si les morceaux de Garrigues rappellent parfois le Johnny Thunders de So Alone, ceux de Fred Moulin ont un côté presque Springsteen, comme le superbe ‘Julie I’ve Been Flying’. Les Jones se sont autorisés un sympathique clin d’œil à la politique nationale avec ‘Just Cross The Street (Yellow Revolution)’, un hommage aux Gilets Jaunes et à la phrase d’Emmanuel Macron : « Je traverse la rue et je vous en trouve, du travail ». Les Jones n’ont donc pas abandonné l’esprit frondeur du rock, celui qui a porté tant de révoltes et de changements sociétaux. Le tout est évidemment ciselé aux petits oignons : la batterie carrée de Gérard Coulondre, la basse grondante de Rudy Serairi, les guitares abrasives de Grégoire Garrigues et Mister T. Jones, la voix de branleur magnifique de Fred Moulin. Et ni vu ni connu, voilà encore un nouveau très bon disque de rock français à mettre dans la musette.
Julien Deléglise

The Old N°5s
Moment To Lose

Genre musical: Raw blues, blues-rock, Americana
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : Spotify, Apple music, You Tube music

The Old N°5s, groupe de Kansas City a été formé fin 2011, et seul le chanteur-guitariste Brock Alexander est encore présent de l'équipe originelle. Le reste du line-up se compose d’Olie Bowden à la basse et au vocal, des deux gratteux, Taylor Smith et Howard Mahan, de TJ Erhardt qui assure les parties de claviers tandis qu’Adam Watson tient la batterie et donne aussi de la voix. Ces cinq gars nous proposent leur troisième rondelle en autoproduction. Moment To Lose est sorti en août 2021 et a reçu les éloges de la critique outre-Atlantique. Les compositions sortent des standards habituels, de la blue note répétée un milliard de fois. Les titres sont frais et donnent la pêche, c'est parfois un peu pop, avec 'Stubey Time' ou 'Went Out Walking', mais l'alchimie reste parfaite. De son côté, la partie rythmique offre un tempo percutant accompagné de lignes de basse travaillées, les riffs et les arpèges s'entrelacent de façon mélodique en laissant la part belle aux solos de Brock Alexander. L'album s'ouvre sur un instrumental lent à la slide, 'We’re Here' qui ne dure que deux minutes, mais suffisamment pur pour vous plonger dans une ambiance apaisante. Les chansons s'enchaînent en mêlant des intonations de blues du Sud à l'Americana, du R&B aux envolées charnues blues-rock dans un style qui n'est pas sans rappeler le flamboyant prodige de Bridgeport John Mayer. 'Old And New' contraste avec l'ensemble par son coté sombre et nostalgique, suivi de 'Living Your Dream' puissant et entraînant. La onzième piste 'What Does That Prove' referme l'opus comme celle d'ouverture, sur un court morceau acoustique. Peu connus en Europe malgré les qualités évidentes de leur musique, les hommes des Grandes Plaines affichent une aisance particulière sur scène en proposant des shows interactifs. Ils ont acquis la réputation d’être un « groupe de travailleurs », préférant jouer dans de petits clubs de Honky Tonk à travers les Etats-Unis, mais aussi dans de grandes salles ou des festivals comme les Paxico Blues Festival, Spirit of Kansas Festival, Bonita Springs Blues Festival et le Norman Music Fest. Malheureusement aucune date n'est prévue en Europe, il nous faudra donc traverser l'Atlantique pour les voir en live.
Nine Girard       

The Sully Band
Let's Straighten It Out


Genre musical: Soul, RnB
Label : Blue Elan Records
Distributeur : Apple Music, Spotify, Amazon

Citoyen de San Diego en Californie, le bonhomme ne manque pas d’activités avec un planning bien chargé d’entrepreneur financier et d’animateur de radio/télévision. Ses journées sont bien occupées, mais visiblement pour Bob ‘Sully’ Sullivan elles ne sont pas encore assez pleines. Amateur de musique depuis son plus jeune âge et spécialement de soul music et de blues, il a décidé de monter sa formation, rassemblant neuf musiciens chevronnés autour de lui. Il écrit et compose, cependant pour ce premier album il a voulu reprendre quelques classiques comme ‘Hallelujah, I Love Her So’ de Ray Charles, ‘Nothing From Nothing’ de Billy Preston, ‘If I Could Only Be Sure’ de Nolan Porter, ‘If You Love Me Like You Say’ d’Albert Collins, ‘Higher And Higher’ de Jackie Wilson… 10 titres en tout. Bob Sullivan a une chaleureuse voix de soulman et le band qui est vraiment au top niveau avec une belle section de cuivres donne une étincelante intensité émotionnelle. C’est dynamique, éclatant, plein d’ardeur. Hommage aux sonorités d'une époque révolue. Produit par Chris Goldsmith, lauréat d'un Grammy Award, le disque a été enregistré en seulement cinq jours dans les conditions du live au légendaire Henson Recording Studio.
Gilles Blampain




Walk That Walk
You Good.?!

Genre musical: Laid back blues
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : Spotify, iTunes, Amazon

Des vétérans de la scène de Boston. Des centaines de concerts dans leur capot, et des fois, même derrière des 'petits jeunes' comme Bo Diddley, Jimmy Johnson, Carey Bell, Chuck Berry. Présentation des coupables : Chuck 'Poppa C’Desnyder, est le principal inculpé, le plus dangereux, car il écrit tout, et commet ses délits avec des guitares. Le plus aggravant pour sa défense est qu'il chante comme Captain Beefheart, autre grand délinquant notoire ! Le bassiste Jon 'Cutlet' Reese, n'est guère mieux, petit malfrat qui forme un duo avec un certain Alan Waters, celui qui tambourine juste et précis. Ces deux-là sont de tous les festivals. Pour appuyer leur détermination, il leur fallait en plus un souffleur... chose faite avec l'harmoniciste James 'Stickman' Waldron. Mais pour frapper encore plus fort avec ce You Good.?! ces lascars sont allés chercher d'autres complices. Je ne peux tous les citer, tellement ils sont nombreux. Citons surtout Pappy Biondo, que l'on retrouve avec son banjo ! Nous avons aussi la preuve avec cette pièce à conviction qu'est 'All Kind Of Alcohol', qu'une certaine Queen E, fait dans le trafic d'alcool, one Scotch, one Bourbon, one Beer... et sûrement pas du Sherry comme l'autre Queen E, à moins que ? L'enquête à son terme nous le dira. En attendant, pour nous avertir qu'ils ne plaisantent pas, leur album s'ouvre sur un pur JJ Cale, l'homme qui ne sourit jamais ; le titre se nomme 'I'm The Man'. Vous voilà prévenus ! PS : en cas d'addiction à ce Walk That Walk, je dégage toute responsabilité. Are 'You Good.?!
Juan Marquez-Léon

Wo Fat
The Singularity

Genre musical: Stoner-blues acide        
Label : Ripple Music
Distributeur : Ripple Music

C’est décidément l’année de toutes les résurrections. Non, Charlie Watts ne reviendra pas dans les Rolling Stones. Mais Wo Fat est de retour après six longues années de silence. Le trio de Dallas emmené par le guitariste-chanteur Kent Stump a décidé de sortir de son sommeil que l’on pensait définitif. Il faut dire qu’après dix années d’existence et sept albums impeccables, le groupe n’avait jamais vraiment réussi à percer hors de la sphère stoner-doom. Mais des fourmis devaient leur courir dans les doigts, alors ils ont décidé de ravir à nouveau leurs fans en réanimant la bête. Six longues années après, Wo Fat allait-il le faire ? Bien sûr ! Avec un disque dantesque, double, faisant la place à de vastes compositions à étages et des improvisations heavy et psychédéliques. Reprenant l’esprit de The Black Code de 2012 et The Conjuring de 2014 là où ils l’avaient laissé, les Wo Fat ont décidé d’aller un peu plus loin dans la psychédélie. Ça sature moins à tous les étages, pour laisser davantage de place à la mélodie et à la rêverie électrique acide. Il n’y a absolument rien à jeter sur ce fantastique album: ‘Orphans Of The Singe’, ‘Overworlder’, ‘The Witching Chamber’, ‘The Oracle’… Tout est grand et parfaitement maîtrisé, avec quelques touches de piano électrique jazz-rock par-ci par-là. ‘The Oracle’ est un véritable monstre de seize minutes et trente secondes absolument indomptable, avec ses divers climats, obsédants et fascinants. Wo Fat a assurément réussi son retour avec un grand, très grand album.
Julien Deléglise