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09/21
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Dans cette rubrique, vous trouverez une sélection de CD choisis par l'équipe Blues Again.

AVRIL 2021

Archie Lee Hooker and the Coast To Coast Blues Band
Living In A Memory

Genre musical: Blues memory   
Label : DIXIEFROG
Distributeur :
PIAS

En 2018 avec Chilling, il avait brillamment inscrit son nom dans la dynastie Hooker. Le voilà de retour avec un album tout aussi exaltant et d’une qualité qui l’installe définitivement dans la lignée des plus grands. Archie Lee Hooker est au chant et à la guitare acoustique. L’excellent Coast To Coast Blues Band qui l’accompagne, ainsi nommé en hommage au ‘Healer’, est toujours composé de Fred Barreto à la guitare, Matt Santos à l’harmonica et à l’orgue (Rhodes et Hammond), Nicolas Fageot à la basse et Yves ‘Deville’ Ditsch derrière la batterie. Ajoutons qu’une kyrielle d’invités est venue se greffer pour ajouter cuivres, guitares, violon, violoncelle, vibraphone, thérémine, piano… Archie Lee Hooker nous livre 12 compositions originales fortement teintées de soul music qui n’hésitent pas à s’échapper vers un côté jazzy ou pop. S’il a la sagesse, par son style bien personnel, de se démarquer de son oncle, Archie Lee Hooker a le même grain de voix, chaud et profond avec l’émotion au fond de la gorge, et cet héritage génétique n’est pas négligeable. L’énergie et la finesse d’exécution alliée à un groove contagieux envoient de bonnes vibrations. Un grand souffle parcourt cette production haut de gamme grâce à l’alliance du feeling et de la puissance.
Gilles Blampain

Bluesy Pix
Bluesy Pix

Genre musical: Soul-rock
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur :
bluesypix.com/fr/accueil/, Deezer, iTunes, Spotify     

Pour eux l’aventure a démarré en 2015. Entre soul et rock le band envoie un choc électrique. Les quatre musiciens assument des influence rhythm and blues, hard-rock, pop ou surf music, Hilairys Mabs est au chant, Olivier Price à la guitare, la basse est tenue par Xavier Vallot et la batterie par Emmanuel Thiot. Après 3 ans de concerts un EP 6 titres a vu le jour sur lequel Olivier Price signe 5 compositions et Hilairys Mabs ‘Beyond The Sky’. Le groove est bien là, la création est tout à fait originale, le band joue dans la finesse mais sûrement pas dans la retenue, la prestation est puissante, on a droit à un très plaisant mélange de rock, de soul avec même parfois une légère pointe de funk qui ne nuit pas à l’affaire. Une voix superbe, chaude et douce aux inflexions chatoyantes, soutenue par un accompagnement brillant. Le résultat est vraiment super. Véritable concentré d’énergie, les tempos dynamiques aboutissent à une réalisation élégante. Grâce à une interprétation qui ne manque pas de punch la musique de Bluesy Pix est chaleureuse et pleine d’énergie, le résultat est corsé et allègre. Simple mais d’une belle efficacité, le visuel du CD est dû à Emmanuel Thiot.
Gilles Blampain

Chris Cain
Raisin' Cain

Genre musical: Blues variés 
Label : ALLIGATOR
Distributeur :
SOCADISC    

Après 30 années de carrière qui l’ont amené à jouer un peu partout à travers le monde et à enregistrer 14 albums avant celui-ci, Chris Cain qui a glané quelques belles récompenses du genre Guitarist of the Year, Best Male Blues Artist et Best Contemporary Blues Album, est toujours aussi enthousiaste et affirme : « Je suis autant fan que musicien, et je suis aussi excité à faire de la musique aujourd'hui que lorsque j'étais adolescent.Plus que jamais, je ne fais que jouer ce que je ressens ». Avec sa voix retentissante de baryton et son jeu de guitare qui balance des riffs chauds et fluides le Californien navigue avec bonheur entre R&B, funk, jazz, jump blues de la Côte Ouest et Chicago blues. Ce premier album sur le label Alligator présente douze compositions originales. Considéré par beaucoup comme l’un des meilleurs guitaristes de blues de sa génération, sur quatre chansons Chris Cain montre qu’il a également d’indéniables talents de claviériste (piano, clavinet, synthétiseur). Sachant qu’il joue également du saxophone, sa polyvalence et sa maîtrise musicale lui valent la réputation d’être l’un des artistes des plus fascinants et des plus solides de la scène actuelle et recherché comme musicien de musicien. Les connaisseurs apprécieront de savoir que l'album a été produit et enregistré par Kid Andersen au Greaseland Studio de San Jose.
Gilles Blampain

Crocodile Candy
Enjoying The Moment

Genre musical: Rock
Label : PAT KEBRA
Distributeur :
InOuïe Distribution     

C’est durant le premier confinement, en mai 2020, que naît l’idée de ce groupe. Manu Castillo guitariste de la scène rock au palmarès élogieux et toujours en quête d’une nouvelle idée contacte Margot Cassila chanteuse au curriculum vitae bien fourni. De leurs échanges onze titres prennent forme en l’espace de 3 mois. Crocodile Candy, comme les bonbons gélifiés, sera le nom de la formation. Reste plus qu’à trouver qui assurera la rythmique. Gangxtha da Magnificent à la basse et Christophe Gaillot à la batterie sont ainsi recrutés. Les séances de studio ont lieu à l’automne à Paris au cours du deuxième confinement. Avec un band qui rentre dedans, à l’arrivée l’album délivre un rock puissant, fougueux, explosif qui envoie des riffs agressifs soutenus par une basse aux accents funky et une batterie martelée pour servir une voix forte aux inflexions soul-blues. Le genre de truc à haute intensité qui vous harponne dès la première écoute. Les chansons s’enchaînent sans faille et la température monte au fur et à mesure des 39 minutes que dure l’enregistrement. Une musique exaltante qui insuffle énergie et enthousiasme dans chaque titre. Un CD qui décoiffe et développe une incroyable vitalité.
Gilles Blampain

Danny Kroha
Detroit Blues

Genre musical: Folk, blues
Label : Third Man Records
Distributeur :
Third Man, Deezer, Spotify

Detroit, encore et toujours ! La scène continue à s'agiter, à peine le temps de faire le point qu'après les Detroit Stories du vieil Alice voici dans la foulée le Detroit Blues de Danny Kroha. Un nom qui n'évoquera pas grand-chose à la plupart, mais qui attirera l'attention des spécialistes. Très actif jusqu'ici au sein des Gories, puis des Demolition Doll Rods - catégorie garage rock, donc - le voici qui propose un second effort solo (le premier, Angels Watching Over Me, date de 2015, et avait été enregistré à la maison, sur un enregistreur à cassettes, ce qui indique clairement les intentions). Le fait que cet album sorte sur le label de Jack White constitue bien sûr une autre indication : l'intention de départ étant de remonter aux sources, Kroha s'était mis en tête d'acquérir les galettes de blues les plus anciennes. Il va vite se rendre compte que ces enregistrements doivent autant au folk qu'au blues même (Leadbelly en est sans doute l'exemple le plus connu) et c'est dans cette voie qu'il va s'engager. On aura donc compris qu'il s'agit d'un album dépouillé, rêche, âpre et brut, à l'image des séances d'époque. Et qui sonne par moments à l'identique ! (manquent tout de même les craquements dans la cire...). La guitare laisse parfois place au banjo, ou à des instruments peu usités de nos jours, comme la guimbarde sur 'Run Johnny' ou ce qui semble bien être un mirliton sur 'Adam And Eve'. Eh oui, les thèmes eux aussi sont classiques. Bon, on ne va pas se lancer dans un débat stérile, à savoir l'intérêt de reproduire fidèlement une musique du passé, la réponse étant quelque chose comme la recherche de la pureté originelle. On se contentera de noter qu'interprétée de cette façon, cette musique quasi préhistorique possède toujours autant d'impact.
Marc Jansen

Delgrès
04.00 AM

Genre musical: Tropicana rock
Label : LANMELA
Distributeur :
PIAS    

On avait quitté une sorte de RL Burnside tropical, on retrouve un genre de Dr John anabolisé. Delgrès sort un deuxième album, plus produit, plus rock que le précédent, mais tout aussi singulier, marqué par cette mélancolie créole qu’instillent les mélodies. On pourrait presque parler de tropicana comme on parle, à d’autres occasions, d’americana. Les textes sont écrits en créole, et la douceur élégante des Caraïbes résiste bien à la violence des riffs, à la détonation des toms, à la surcharge des chœurs et même parfois des cuivres. Le trio du bassin parisien impose la touche guadeloupéenne de Pascal Danaë, son chanteur et guitariste, comme l’ingrédient universel de tous les styles qui s’alignent dans ce disque, hill country bien sûr, plusieurs formes de rock allant jusqu’au metal electro et à la new wave industrielle, folk des alizés ou mêli-mêlo louisianais. Gobalement, c’est du rock, et du brutal. Plus spécifiquement, c’est de la hill country rock. Intrinsèquement, c’est de la musique des îles. Et tout ça vibre avec une énergie qui supporte les additions de lignes sans rien perdre de sa dynamique, de quoi ouvrir un vaste spectre propice aux arrangements les plus audacieux. Delgrès montre une couleur originale qu’on ne rencontre pas souvent, sinon, dans l’esprit du moins, à La Nouvelle-Orléans, guitares hargneuses et robotiques, batteries explosives, courtoisies insulaires et demis-arpèges de kora africaine. Pour compléter ce trio, qui n’en a plus que le nom : Basptiste Bondy sur les peaux et Rafgee au soubassophone, autre curiosité, genre de tuba qui fait rebondir ses basses chaudes et moelleuses dans cette bataille d’orages. 04.00 AM, l’heure de partir au chagrin, est aussi un album intime et social.
Christian Casoni

Doc Lou & The Roosters
Back To Louisiana

Genre musical: Blues du Bayou
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur :
Deezer, Amazon music     

Pour faire suite à l’interview de Doc Lou dans ce même magazine, voici maintenant, avec le printemps, la sortie de son album Back To Louisiana si justement baptisé. Avec celui-ci, ça sent le bayou à plein nez et on piétine des deux pieds dans les marécages. C’est en trio que l’histoire est jouée. Jeff  Hug touche à tout ce qui a six cordes, de la guitare acoustique à l’électrique en passant par la slide. Michel Geronimo est à la batterie et aux percussions. Ces deux musiciens font les chœurs, ce qui donne de l’ampleur au trio et bien sûr, le charismatique Doc Lou chante et joue de ses harmonicas et… en avant la musique ! Dix compositions qui filent la banane et des fourmis dans les pattes car bien qu’étant une formation blues, le cousin rock’n’roll n’est pas loin. Pas celui qui prête au headbanging mais plutôt celui tout en finesse qui fait faire des figures acrobatiques sur la piste de danse. Il y a quand même une paire de morceaux lents ‘Love And Light’ qui sonne comme une berceuse et ‘Late At Night’ sur lequel Eric Payan (enregistrement et mixage) a apporté son concours par le biais de son jeu d’orgue. Citons aussi ‘C’mon Hey Yeah’ un blues lent dont l’intensité est palpable. Bien qu’étant l’harmoniciste « chef de band », Doc Lou ne surdose pas son jeu et les rôles sont bien distribués. Cet album conviendra autant aux classiques qu’aux modernes et avec cet opus, Doc Lou confirme qu’il est une valeur montante (très vite) du blues hexagonal.
César

Gabriels
Love and Hate In The Different Time

Genre musical: Gospel, soul, blues
Label : Autoproduction : Gabriels1
Distributeur :
Spotify, Deezer, Bandcamp     

Il y a des disques comme ça qui vous marquent d'entrée. Celui-ci en fait partie et laissera une empreinte indélébile sur la musique noire américaine. Gabriels, c'est tout d'abord une voix : Jacob Lusk. De son falsetto, il irradie de beauté ce superbe EP. Ce pourrait être aussi le chant d'un inconnu de la belle époque Motown ou Stax. Lusk est membre de la communauté évangéliste de Los Angeles où il dirige une chorale gospel, et ça s'entend ! Et pour mettre cette magnifique voix en valeur, deux producteurs musiciens, Ari Balouzian et Ryan Hope. Ce sont eux qui apportent ce son venu d'ailleurs, de temps reculés, tout en y apportant la modernité d'aujourd'hui. Il s'en dégage comme un mystère, une brume enveloppant cette atmosphère. Les chœurs féminins et masculins expriment l'âme humaine, des cordes dissonantes, une contrebasse, des effets sonores, comme un train qui surgit au loin, des percussions feutrées, étouffées, un piano empli de silences, des claquements de mains, des murmures, enfin tout participe à cette magie. Cet EP comporte 5 titres, 4 sont sur des tempos méditatifs, plutôt lents. ‘Loyalty’ était déjà paru sur le label R&S Records en 2018. Et puis il y a ce cinquième titre, celui qui donne le nom au disque : ‘Love And Hate In A Different Time’. Foutrement dansant. Un tube ! Un peu comme ce qu'avait réussi à faire Moby en mixant Vera Hall avec son ‘Trouble So Hard’, ou bien comme un inédit de Marvin Gaye, ce titre est saisissant. Disque ovni, le visuel de la pochette dit tout. Et puis, sur YouTube, il y a un court métrage illustrant le titre éponyme, je vous laisse le découvrir. Ceux qui ont entendu Gabriels, ce trio, n'en sont toujours pas revenus. France Inter, Soul Bag, le disquaire Balades Sonores, etc...  Tous en ont fait des éloges. Le disque vinyle a dû sortir en peu d'exemplaires, c'est une autoproduction, mais espérons qu'il soit réédité prochainement.  
Juan Marquez Léon

Jimmie Bratcher
I'm Hungry

Genre musical: Blues, boogie, rock 
Label : Ain’t Skeert Tunes
Distributeur :
CDBaby, iTunes, Amazon

Auteur-compositeur-interprète, guitariste et ministre du culte à Kansas City, Jimmie Bratcher surnommé ‘The Electric Rev’ a écrit avec l'aide de sa femme, Sherri, un livre de cuisine rassemblant près de 200 recettes, accompagné d’un album inspiré par la gastronomie. Côté fourneaux, les collaborations viennent de certains des meilleurs chefs professionnels, de sa famille et de ses amis. Côté musique c’est lui le seul chef, boogie, blues, rock et soul de la meilleure provenance sont les ingrédients utilisés pour ce joyeux festin. Les chansons ne font référence à aucune recette spécifique mais les titres sont alléchants : ‘Bacon Is On My Mind’, ‘Baby I Like What You’re Cooking’, ‘Chiken Tatstes The Same’, ‘Green Bananas’… Jimmie Bratcher signe 8 compositions et reprend ‘Government Cheese’ de Keb Mo et ‘Grits Ain’t Groceries’ popularisé par Little Milton. Avec un jeu de guitare à haute tension et sa voix de ténor un peu râpeuse Jimmie Bratcher n’est pas un novice puisqu’il a déjà partagé la scène avec quelques pointures comme Willie Nelson, The Doobie Brothers, Leon Russell, Paul Thorn, The Marshall Tucker Band, David Bromberg… et comme il le dit : « La bonne nourriture et la bonne musique préparent le terrain pour passer de fabuleux bons moments ». Et là personne ne lui donnera tort.
Gilles Blampain

Louis Mezzasoma
Mercenary

Genre musical: Blues, americana  
Label : Le Cri Du Charbon
Distributeur : InOuïe Distribution
    

Il n’a pas 30 ans mais il est déjà monté sur de nombreuses scènes en France ou à l’étranger. Son jeu de guitare est brillant et sa voix est agréable. Technique et feeling sont de la partie. Dans son bagage musical il y a un passage au conservatoire et quelques belles rencontres dont celle avec Alain Giroux. Après Home Made Blues sorti en 2017 et Introspection en 2018 voici un troisième album sur lequel Louis Mezzasoma livre 9 compositions de son cru et reprend au banjo en finale ‘Walkin’ Blues’ de Robert Johnson. Le batteur et percussionniste Gaël Bernaud marque le tempo, Jean-Marc Hénaux enjolive quatre titres avec son harmonica et les trompettistes Sylvère Ducos et Anthony Tournier donnent un éclat cuivré à ‘Rusty Man’. Avec une guitare ou une cigar box, au gré de riffs rageurs ou d’un délicat picking Louis Mezzasoma nous entraîne dans différents univers. Rencontres improbables, instants de solitude ou grands espaces sauvages, les ambiances mélancoliques s’entremêlent avec des atmosphères plus excitantes. Rock, folk et blues tissent une trame de belle texture. La sonorité particulière qui se dégage de cet enregistrement lui donne un côté intemporel. Mêlant énergie et passion Louis Mezzasoma a du style et ce qu’il faut pour sortir du lot.
Gilles Blampain

Steve Tallis
Where Many Rivers Meet

Genre musical: Blues - world music 
Label : ZOMBI MUSIC
Distributeur :
www.stevetallis.com

Peu, voire pas banal du tout, cet album est enregistré en son mono, technique abandonnée depuis les années 50 au profit du stéréo. Le moins que l’on puisse dire, c’est que notre homme ne manque pas d’inspiration, puisant dans les abysses du blues, folk, gospel… Musicien du monde, qu’il parcourt frénétiquement, il picore les sons, les chants, les voix, pour en distiller un breuvage musical roots et émouvant. Né à Perth dans le sud de Maylands, il sera plongé très jeune dans cet univers par ses parents, et ne voit sa vie qu’à travers la musique. 8ème opus sous son nom et premier album solo, ce n’est pas moins de 52 galettes qu’il réalise entre 1968 et 2020. Six années seront nécessaires pour l’accouchement de Where Many Rivers Meet avec 25 titres hors du temps.Seul face au micro et muni uniquement de sa guitare, Steve Tallis enchaîne les morceaux sans artifice. Retour à la source, notre homme fier et nu est dans une démarche éthique et profonde. Mais quelle réussite ! Mélange de genres et de chants a cappella, de guitares tantôt électriques tantôt acoustiques, avec une voix au fort accent, cabossée, proche de Calvin Russel. On y verra du Bob Dylan dans ‘She Makes Me Shiver’, n’hésitant pas à taper sur la caisse de sa 12 cordes, approchant le son d’une cythare dans ‘See That My Grave Is Clean’. Maintes fois reprises, ‘House Of The Rising Sun’, ‘Black Betty’ ainsi qu’’Another Man Done Gone’, titres aux origines profondes, ne lui échappent pas dans un format libre et épuré. Peu connu du grand public, son blues est considéré trop déconcertant pour les puristes, et trop blues pour les aficionados de la world. Reconnu et apprécié par ses pairs, il assurera les premières parties de Ben Harper, Tom Petty, Joe Cocker, Bob Dylan entre autres. Steve Tallis, australian blues griot, véritable shaman du blues, produit une musique teintée d’une dimension spirituelle et traditionnelle. Elle est d’ailleurs qualifiée de Folk tribal, voire shamanique. Enregistré aux studios Poons Head à Fremantle sur la West Coast australienne, autoproduit en collaboration avec Rob Grant comme ingénieur du son, ce disque sent le bush, la terre rouge, héritage des pionniers venus d’ailleurs à la recherche de leurs origines. L’homme est rare, lui est australien : ainsi parle la poussière.
Nine Girard  

Superdownhome
No Balls, No Blues Chips

Genre musical: Blues déjenté
Label :
DIXIEFROG
Distributeur :
PIAS     

Ils sont Italiens. Leur association débute en 2016 et leur talent les mène rapidement sur de nombreuses scènes, c’est ainsi qu’en janvier 2020 ils participent à l’International Blues Challenge à Memphis ainsi qu’au Samantha Fish Cigar Box Festival à La Nouvelle-Orléans. Beppe Facchetti joue de la caisse claire et de la grosse caisse ainsi que de quelques percussions et Enrique Sauda chante et joue de la cigar box, du Diddley bow et du lap Diddley. L’expression musicale est donc minimaliste avec un groove lancinant et envoûtant mais bigrement efficace. Les deux Lombards créent un son bien à eux en s’inspirant du blues traditionnel et en y incorporant rock’n’roll, country, folk et punk. No Balls, No Blues Chips compile en 12 titres l’essentiel du répertoire du duo depuis ses débuts. Soit 7 compositions de leur cru et 5 reprises ‘Homework’ d’Otis Rush interprétée en compagnie de Dennis Greaves et Mark Feltham de Nine Below Zero, le premier à la guitare et au chant, le second à l’harmonica, ‘Stop Breaking Down Blues’ de Robert Johnson avec Popa Chubby, ‘I’m Your Hoochie Coohie Man’ de Willie Dixon avec Charlie Musselwhite, ‘Kick Out The Jams’ de MC5 et ‘Down In Mississippi’ de JB Lenoir. Leurs compatriotes du groupe Hell Spet nous font entendre un banjo et une mandoline frénétiques sur le titre ‘Booze Bloodhound’. Une excellente production, en 40 minutes le duo harponne magistralement l’auditeur sans effets superflus.
Gilles Blampain

T2
It' Il Work Out In Boomland

Genre musical: Heavy-rock psychédélique
Label : Esoteric Records
Distributeur :
Cherry Red Records    

Dans l’ébullition du Swinging London de la seconde moitié des années soixante, les labels cherchent le nouveau Pink Floyd ou le nouveau Cream. Decca n’est pas en reste, et a signé plusieurs groupes de heavy-blues et de heavy-rock psychédélique comme The Human Beast et Black Cat Bones, sans grand résultat commercial pour le moment. Parmi les signatures du label, on remarque le groupe Bulldog Bread, qui a publié l’album Made In England en 1969. Parmi les musiciens, se trouvent le guitariste de dix-sept ans Keith Cross et le bassiste Bernard Jinks. Lorsque Bulldog Bread arrête les frais, Cross et Jinks se joignent au batteur et chanteur Peter Dunton, qui officia notamment aux caisses dans Gun, le trio des frères Gurvitz, auteur du tube ‘Race With The Devil’ en 1968. Le trio enregistre un premier album sous le nom de Morning, mais Decca découvre qu’un groupe américain se nomme déjà ainsi. It’ll All Work In Boomland sort donc le 31 juillet 1970 sous le nom de T2. La formation s’est forgée une belle réputation à Londres avec des résidences au Café Des Artistes, puis au Marquee. L’album, magistral, dévoile quatre pièces de musique mêlant psychédélie et blues-rock lourd, où brille notamment la guitare de Keith Cross, considéré comme le prochain Clapton par la presse anglaise. Des démos pour un second disque sont enregistrées fin 1970, et une tournée américaine est même programmée. Hélas, Cross quitte le groupe avant l’enregistrement du second disque, frustré de ne pouvoir développer davantage le côté mélodique, et souffrant du volume atrocement violent sur scène. Dunton poursuit T2 pendant encore deux années, sans contrat, enregistrant des démos. La formation n’aura hélas pas de seconde chance. Cette belle réédition en trois volets réunis l’album original, les démos de 1970 pour le second album, et celles du nouveau line-up en 1971 et 1972. Tout avait déjà vu le jour sous différents formats. L’avantage est que tout est réuni en un seul coffret. On découvre ou redécouvre une formation exceptionnelle, inspirée du début à la fin, que ce soit le trio original comme son successeur. On découvre surtout le talent de compositeur de Peter Dunton, à l’origine de tout le matériel original, et malheureusement retombé dans l’oubli après un unique simple en solo en 1973.
Julien Deléglise

The Hitman Blues Band
Not My Circus, Not My Monkey

Genre musical: Blues énergique
Label : NERUS RECORDS
Distributeur :
http://hitmanbluesband.net/store/     

Toujours en maître de cérémonie éclairé, l’homme au chapeau haut de forme a encore frappé fort avec son blues résolument moderne, riche de belles mélodies et d’arrangements tirés au cordeau. Hitman, de son vrai nom Russell Alexander, tient le devant de la scène au chant et à la guitare. Mike Porter, le bassiste, s’entend à merveille avec Guy LaFountaine pour donner un gros cœur palpitant à cette entreprise. C’est ainsi que le claviériste Kevin Bents peut s’exprimer serein et que l’armada de cuivres a tout loisir pour donner un gros feeling aux compos. (Mikey Vitale, sax alto, John Kelly, sax ténor, Nick Clifford, sax baryton et Eric Atarax, trompette). Tous ces souffleurs ont la pertinence de poser des solos ici et là tout au long des onze titres de l’album. Les voix féminines qui forment les chœurs (Johanna Alexander, Nancy Hampton) sont quasi omniprésentes et enrichissent encore plus la palette sonore. Ces new-yorkais ont le truc pour vous accrocher et ne plus vous lâcher que ce soit avec les huit compos ou les rares reprises bien senties. Les classiques ‘John The Revelator’ pénétrant où la slide grimpe haut dans les aigus, ‘The Times They Are A-Changin’ méconnaissable et réussi. Egalement ‘Nobody’s Fault But Mine’ qui trouve un nouveau souffle et, dans la lancée, de nouvelles paroles. On passe par toutes les émotions, du déchirant ‘No Place Like Home’ au groovy ‘You Can’t Say No’ en passant par la case fifties avec le slow ‘Everybody But Me’. Le tueur à gage (Hitman) nous balade au gré de son feeling et on ne regrette pas le voyage.
César

The Hungry Williams
Brand New Thing


Genre musical: Jump blues, rock
Label : ROCHELLE RECORDS
Distributeur : Amazon, Spotify, Deezer, Soundcloud

Certes, Milwaukee est la ville où la compagnie Harley Davidson a vu le jour, mais c’est aussi la ville où sont basés The Hungry Williams. C’est ce qui nous intéresse car leur album enregistré dans cette même ville est une véritable cure de jouvence, une occasion d’oublier tous les tracas environnants et de se mettre du soleil dans la tête. Peu de compositions, pas mal de reprises donc, pour atteindre le nombre de quinze titres tous menés tambour battant dans un style jump blues, rock fifties, à danser jusqu’au bout de la nuit. A la tête de cette formation, une chanteuse joviale, survoltée, infatigable, Kelli Gonzalez, qui colle complètement au style du groupe. Elle partage le microphone avec Joe Vent, le guitariste, pour ‘Get Your Hat’ un truc de folie qu’on aimerait entendre continuer encore et encore. Il garde le micro pour lui seul avec ‘Whip It On Me’. Mike Sieger le bassiste et John Carr le batteur ont la charge de garder coute que coute le rythme comme si leur vie en dépendait. Jack Stewart le claviériste n’est pas en reste surtout quand le boogie rock est de sortie ‘Brand New Thing’. Pour gonfler la troupe, Troy Leisemann (sax ténor) et Julia Bustle (sax baryton) apportent leur savoir faire et ils s’en donnent à cœur joie pour appuyer les mélodies et offrir quelques solos passionnés. Et comme si cela n’était pas assez, un troisième sax baryton vient exécuter quelques solos dans ‘It’s Raining Outside’ pendant que les chœurs soutiennent la cadence avec des choo wap, choo wap, ‘No More Heartaches’ rock à fond et le fameux ‘Get Your Hat’ évoqué plus haut. Ce disque fait le même effet que l’ouverture d’une piste de danse après un an de confinement. Ça pétille, ça jumpe ça fait la fête.
César




The J.B.'s
Food For Thought/Doing It To Death/Damn Right I Am Somebody

Genre musical: Funk
Label : ROBINSONG
Distributeur : Cherry Red Records

Les JB’s étaient le groupe d’accompagnement du grand James Brown durant les années 70 et le début des années 80. Il fut fondé en 1970 par les frères Collins, Bootsy à la basse et Phelps à la guitare. Alors que les musiciens, sur l’impulsion des deux frères, décident de réclamer un meilleur cachet auprès du patron, ils sont virés. Deux musiciens reprendront leurs places quelques mois plus tard : le tromboniste Fred Wesley et le saxophoniste Maceo Parker. Wesley va devenir le leader des JB’s nouvelle formule. Outre les albums avec James Brown, les JB’s publient des disques sous leur propre nom, essentiellement instrumentaux. Les albums sont souvent produits par Brown lui-même, il n’est pas rare qu’il vienne jouer des claviers, et on entend régulièrement ses interventions vocales caractéristiques dans le fond. Food For Thought est une compilation parue en 1972 regroupant de nombreux simples parus entre 1971 et 1972, dont Pass The Peas. Doing It To Death est le premier album officiel sous le nom des JB’s de 1973, et Damn Right I Am Somebody est le premier sous le nom de Fred Wesley And The JB’s en 1974. Ces trois albums offrent un funk tonitruant, puissant, évidemment très proche de ce que pouvait sortir James Brown à la même époque, la plupart des compositions étant signées ou co-signées James Brown. En l’absence de chanteur, la musique des JB’s est dominée par la section de cuivres dirigée par Wesley et Parker, ultra-efficace. Ces trois albums parfaits sont désormais réunis dans un double CD redoutable.
Julien Deléglise

Tomislav Goluban
Express Connection

Genre musical: Blues multicolore  
Label : Blue Heart Records
Distributeur : iTunes, Amazon

Pour ceux qui l’ignorent encore, le bonhomme est Croate. Son surnom ‘Little Pigeon’ est la traduction libérale de son nom de famille en anglais. Tomislav Goluban prouve que nul n’est besoin d’être né sur les bords du Mississippi pour devenir l’un des harmonicistes les plus redoutables de sa génération. Sur cet album enregistré aux Ardent Studios à Memphis il est épaulé efficacement par la section rythmique de David Green à la batterie et Bill Ruffino à la basse, les claviers de Rick Steff, la guitare de Jeff Jensen et la slide de Mark Johnson. Le saxophone de Kirk Smothers et la trompette de Mark Franklin ont été ajoutés afin de donner encore plus d’éclat à trois chansons. Le premier titre ‘Express Connection’, qui donne son nom à l’album, est un superbe instrumental qui met d’entrée de jeu le registre à un très haut niveau. Tomislav Goluban joue évidemment de l’harmonica d’une manière lumineuse et chante mais laisse le micro à Kelly Zirbes pour deux titres : ‘Shoestring Blues’ et ‘Seeds In The Bag’, et la Californienne ne manque pas de puissance. Blues accrocheur dont l’inspiration vient de Chicago ou rumba lascive Louisianaise, ballade country ou rock Tomislav Goluban signe 9 compositions et reprend ‘Babe On The Run’ de Lou Reed. Une production dynamique faite pour exciter les tympans.
Gilles Blampain