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été 18
Chroniques CD du mois Interview: THE JAMWALKERS Livres & Publications
Portrait: EDDY CLEARWATER Dossier: MOTOWN RECORDS  
 


Dans cette rubrique, vous trouverez une sélection de CD choisis par l'équipe Blues Again.

AVRIL 2018

Achilles Wheel
Sanctuary

Genre musical: Blues, rock, folk...
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : achilleswheel.com/, CdBaby

Ce n'est pas du blues, ce n'est pas du rock, ce n'est pas du Folk, ce n'est pas de la country... Mais qu'est-ce que c'est ? C'est tout ça à la fois et bien plus encore. Si vous êtes fans du Grateful Dead ou aficionados du ABB, avec Achilles Wheel vous ne serez pas déçus grâce à ce quatrième album bien dans la lignée des sorties précédentes. C'est autour des deux guitaristes chanteurs, Paul Kamm et Jonny Mojo Flores, que s'articule cette formation californienne. Shelby Snow possède six cordes à sa basse et il faut au moins ça pour soutenir les rythmes des deux batteurs Mark McCartney et Gary Campus qui jouent avec finesse et musicalité. Un sixième membre est venu se greffer au groupe. Ben Jacobs aux claviers et à l'accordéon devait enregistrer deux titres en studio et finalement figure sur tous les morceaux. Avec ces gens, pas de violence, du rythme, une grande musicalité, des paroles qui tiennent la route (elles figurent sur leur site) et le sourire tout au long du disque. ‘Drink The Water’ ouvre la série de treize compositions avec son reggae léger à coloration blues grâce à la guitare de Jonny Mojo Flores qui n’est pas un instrumentiste démonstratif mais qui trouve les notes qu'il faut quand il faut. ‘Blow Wind Blow’ suit avec son ambiance country folk. Pour ‘Across The River’ il suffit de lâcher prise et de suivre le courant. Au fait, il y a du blues avec ‘Sanctuary’ et ses presque sept minutes de bonheur et ‘Honey Bee Wine’ où l'harmonica est de mise et du funk avec ‘Cross The Bridge’. Quant à ‘Love Is Thicker Than Water’ on attaque des rythmes chaloupés caribéens. Quelle que soit la chanson abordée, on reconnaît la sonorité Achilles Wheel. Essayez, vous l'adopterez. Et puis un petit tour sur leur website vous laissera pantois en admirant leurs affiches de concert dans le plus pur style psychédélique.
César

Archie Lee Hooker and the Coast to Coast Blues Band
Chilling

 

Genre musical: Blues atavique
Label : DIXIEFROG/BORDERLINE BLUES
Distributeur : PIAS

Archie Lee Hooker, neveu du Healer, trace son chemin depuis quelques années déjà avec la sage détermination de ne pas imiter son oncle. On a déjà eu confirmation de son talent sur différentes scènes et sur disques, seul ou en compagnie de Carl Wyatt ou plus récemment avec Jake Calypso. Archie Lee chante avec le même grain de voix que son illustre parent mais son style est bien personnel. Il nous dit : « Chilling est un album dans lequel j’évoque les hauts et les bas de mon existence que j’aimerais partager avec vous », ce qu’il fait en 62 minutes à travers 13 chansons originales et 4 historiettes évoquant sa chronique familiale. Il ancre son blues dans sa terre natale du Mississippi tout en s’écartant des clichés de la nostalgie grâce à un son résolument moderne. L’excellent Coast To Coast Blues Band dont le nom rappellera des souvenirs aux fans de John Lee est composé de Fred Barreto à la guitare, Matt Santos à l’harmonica et à l’orgue (Rhodes et Hammond), Nicolas Fageot à la basse et Yves ‘Deville’ Ditsch assis derrière la batterie. Et pour quelques interventions au piano, au saxophone et au chant, un petit nombre d’invités est passé au studio. Tout ce beau monde s’est attaché à produire un superbe enregistrement avec une grosse inspiration et un bon feeling. Archie Lee Hooker n’omet pas de signaler que ce disque est dédié à John Lee Hooker qui aurait eu 100 ans le 22 août 2017 en ajoutant humblement : « Merci John pour tout ce que tu m’as appris ! ». John Lee, Earl, Zakiya, Archie Lee, chez les Hooker l’album de famille a quand même une fière allure !
Gilles Blampain

Breezy Rodio
Sometimes the blues got me

 

Genre musical: Blues, jump, swing  
Label : DELMARK
Distributeur : Amazon, CdBaby, iTunes

Voici un CD plein à craquer de bon blues avec ses dix-sept titres et soixante-six minutes de musique inspirée. Avec cette galette au son et au ressenti rétro et à l'émotion palpable, Breezy Rodio ira toucher en plein cœur les amateurs de bonne sonorité vintage. Billy Branch est d'ailleurs venu poser son harmonica et son feeling sur deux morceaux 'Doctor From The Hood' et 'Chicago Is Loaded With The Blues' ce qui est une caution qualitative supplémentaire concernant ce disque dont le titre résume bien la situation. Au niveau piano, on est aussi au top avec l'excellentissime Sumito ‘Ariyo’ Ariyoshi, les basses, acoustique et électrique, sont tenues par Light Palone qui fait équipe avec le batteur Lorenzo Francocci pour une rythmique sans failles et puis trompettes et saxos sont là pour lier le tout sans oublier l'organiste Chris Foreman et on se retrouve au final avec un album dont la palette de couleurs va du jump au swing en passant par la ballade, le funk et le blues urbain avec ce son clair de guitare sans aucuns bidouillages. Un vrai condensé d'émotions pour un des meilleurs bluesmen actuels.
César

Fabienne Shine
Don't Tell Me How To Shake It

 

Genre musical: Hard-rock  
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : http://fabienneshine.com

Retour de Fabienne Shine en grande forme avec un album du tonnerre de feu. On retrouve les frangins Bouchard du Blue Oyster Cult, le fidèle Ross The Boss des Dictators, Norbert 'Nono' Krief de Trust, Freddie Katz et pleins d'autres bons amis. Fabienne à toujours cette voix de panthère miaulante, rugissante sur des murs de guitares d'acier chromé. 'The World And Me’ ouvre l'album comme un hymne lancinant. Le travail des voix avec Tish and Snooky, ex-choristes de Blondie est formidable tandis que Freddie Katz est le killer en chef aux guitares 'lead and rhythm'. Cela continue avec ‘Don’t Tell Me How To Shake It’, et il est évident qu'on ne demandera pas à Fabienne comment on doit s'y prendre pour 'secouer' le sujet... 'I Got To Fly' et 'Worth More When I'm Dead' sont du même alliage ; félinité et carbone. Impressionnant. Ensuite hommage est rendu à 'Candy Darling', actrice trans chez Paul Morrissey en 1968 dans Flesh et qui est citée dans le 'Walk On The Wild Side' de Lou Reed. Un des sommets de l'album. Fabienne aérienne. Sa voix tellement sensuelle susurre en nous : « One two, one two three... » Et c'est l'arrivée des frères Bouchard à la rythmique, basse batterie, et de Ross The Boss à la 6 cordes dans le très Shakin Street 'I'm Your Girl'. Ici tout homme normalement bien constitué devrait céder. Nono arrive dans 'Curly Waves', rock'n’roll à la Ramones. Il y a de l'harmonica et je suis sûr que c'est Fab. Et puis il y a plus de 30 ans le 3ème album de Shakin Street avait été écrit en français. Refusé par le label, cela a dû entraîner la fin du groupe. On retrouve ici 2 de ces titres 'Je Suis Une Fille De Nulle Part' et 'J'aime Marcher Dans Les Courants D'Air'. Avec Mike Winter et Aurélien Ouzoulias à la section rythmique, ça pilonne dur. Surprenant, l'album se clôt sur une très jolie interprétation de 'Here Comes The Sun' de George 'Beatle' Harrison. Un titre qui a sûrement marqué Fabienne durant ses jeunes années londoniennes... Madame Essaïgh, on vous attend maintenant en tournée, et surtout... faites-nous encore des albums de cette trempe. Chapeau bas.
Juan Marquez Léon

Guitar Jack Wargo
Keepin' it real

 

Genre musical: Blues, funky blues, soul 
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : CdBaby, iTunes, Amazon

Guitar Jack Wargo est un guitariste qui a déjà pas mal d'heures de vol à son actif puisqu'il a tourné avec des pointures comme Screamin' Jay Hawkins, Solomon Burke, Hank Ballard, a enregistré avec d'autres comme Ray Charles et The Jacksons. On peut se fier à son toucher de la six cordes et à la finesse des arrangements des douze titres de ce CD. Il en résulte un ressenti qui fait penser principalement aux Doobie Brothers. Ce Californien partage le chant avec AD Beal et est aidé dans son travail par Matt Bragg à la basse, Edoardo Tancredi à la batterie et Arlan Oscar Shierbaum aux claviers plus une foultitude d'invités pour faire jouer les copains. Mike Finnigan, Rudy Copeland, Mike Hoover, Gary Mallabar… en tout quatorze invités plus les choristes et pas des moindres (Willie Chambers, The Sweet Inspirations…). Une reprise figure au tableau 'Goin' Down The Road Feeling Bad', traditionnel où la slide de Guitar Jack et la flute d'Ed Wargo et les chœurs façon gospel sous un rythme soutenu, amènent un air de fraîcheur. On ne peut pas résister à la rythmique saccadée de 'Keep On Keepin' On' bien épaulée par les percussions de Walfredo Reyes Jr. Le funk de 'Shipwrecked' est fait sur le même modèle et apporte une irrésistible envie de bouger et, pour sûr, ce type ne porte pas le surnom de « Guitar Jack » pour rien, chaque titre comportant son solo qui va bien. A la sortie de l'hiver Jack Wargo ensoleille la musique qu'il nous propose.
César

Gus Spenos
It's lovin I guarantee

 

Genre musical: Jump blues, jazz 
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : CdBaby, Amazon

Si les big bands sont votre tasse de thé, si les orchestres de Glen Miller, Dizzie Gillespie vous caressent les oreilles, ce second album de Gus Spenos serait susceptible de vous plaire. Après le succès remporté par If You Were Gold Baby ce saxophoniste amateur revient en force avec un orchestre que l'on pourrait qualifier de All Star Band. Je parle d'amateur, car ce garçon qui sévit à Indianapolis est, le jour, un neurologue reconnu et apprécié, tandis que la nuit, c'est son instrument qui prend le dessus. Quant au All Star Band, outre le sax ténor du docteur Spenos, trois autre saxophones, deux trombones, deux trompettes, batterie, guitare, contrebasse, piano et B3 sans oublier les choristes, complètent le paysage musical pour vous faire claquer des doigts et balancer comme jamais tout au long des treize plages de ce CD. Les interventions du tromboniste Wycliffe Gordon valent à elles seules le déplacement, tout autant que les solos du trompettiste Freddie Hendrix ou ceux de Gus Spenos et de ses alter ego Bruce Williams (sax alto) et Jason Marshall (sax baryton) avec, bien sûr, des arrangements parfaits. Ce genre de musique ne supporte pas l'à peu près. Avec le rythme qui tombe au quart de poil avec ses ensembles cuivrés pour soutenir les interventions du piano de Collin de Joseph ou de la guitare de Brad Williams, le temps s'arrête et on se retrouve soixante-dix ans en arrière dans un théâtre américain en train de savourer un concert de Swing et de jump blues. Beau travail, assurément.
César

Jack Bon Trio
Standing Rock

 

Genre musical: Blues, rock, folk 
Label : STARASSOPROD
Distributeur :
www.starassoprod.coml

Pas de chichis, pas de cinéma, du vrai, du bon, de l'authentique. C'est le Jack Bon Trio qui débarque avec ce Standing Rock, quatrième album depuis que le rockeur Lyonnais a de nouveau fait parler sa guitare au sein d'un trio en 2012. Toujours accompagné par son indéfectible et talentueux bassiste Chris Michel, le trio a dorénavant pour batteur un gars pêchu sur qui il peut s'appuyer, Rudy Rosselli. Plus de quarante ans que Jack Bon trimballe ses riffs et ses solos sur les scènes de France et de Navarre sans esbroufe mais avec du cœur, des tripes et de l'esprit pour jouer son blues-rock ravageur... Mais pas que. Deux reprises sont au programme de ce digipack livré avec les paroles des chansons. 'I'm A King Bee' juste hypnotique et 'Absolutely Sweet Marie' de Dylan qui se situe entre l'original de son compositeur et le dynamité de Jason and the Scorchers. Jack Bon a choisi de reprendre un titre, qui va juste vite et bien, qui figurait sur le premier album de Ganafoul dont il était le guitariste, un régal. Derrière le blues rocker énervé se cache un type au grand cœur. Il suffit d'écouter 'Good Loving You Mama' qui parle de sa mère, avec pour invité le mandoliniste italien Lino Muoio ou 'It Could Be You, It Could Be Me' qui parle des SDF où la guitare slide de Jim Barbiani amène un rayon de lumière et on peut dire que ce garçon est le Steve Earle ou le Boss Français, en toute simplicité. Et puis, il y a ces moments où on ne peut rester en place comme ces deux titres enchaînés 'Let's Get It On' qui monte en puissance pour nous amener vers 'Boogie Man, Rock And Roll Singer' tout simplement killer et sans répit. De la belle ouvrage, mes amis !
César

Jessie Lee and the Alchemists
Jessie Lee and the Alchemists

 

Genre musical: Blues, rock, soul 
Label : MUSIC BOX PUBLISHING
Distributeur : SOCADISC

Jessie Lee Houllier chante et joue de la guitare, Alexis Didier alias Mr. Al est guitariste ; ils se rencontrent en 2011 se reconnaissant une affinité réciproque pour le blues-rock. Quelques temps plus tard ils sont rejoints par Laurent Cokelaere à la basse et Julien Audigier derrière sa batterie, puis arrive ensuite Laurian Daire qui utilise différents claviers (orgue, piano électrique, clavecin). Le club des cinq est fixé. Après des années de reprises et de nombreux concerts l’envie d’interpréter des compositions originales et de les graver sur disque s’impose comme une évidence. Ce premier album présente donc 10 chansons inédites plus une révérence à Robert Johnson à travers ‘Come On In My Kitchen’. Section rythmique carrée, riffs de guitares mordants, nappes d’orgue et une voix forte chargée d’émotion, les cinq musiciens font preuve d’une belle aisance. Le band doté d’une énergie sans retenue puise allègrement aux sources du blues, de la soul et du rock. Dès le premier titre ça attaque avec force et un bon feeling. Il y a de la rage et de la chaleur dans cette production qui ne manque pas d’éclat. Un enregistrement plutôt bien foutu, agréable à l’oreille et qui tient la route du début à la fin sans faiblesse.
Gilles Blampain

Jimi Hendrix
Both sides of the sky

 

Genre musical: Archives Hendrix  
Label : LEGACY
Distributeur : SONY MUSIC

La succession Hendrix est certainement une rente fructueuse, mais il faut reconnaître que chaque nouvelle parution discographique met en lumière quelques pépites. Le guitariste passait énormément de temps en studio, alors le matériel ne manque pas. Dernier volet de la trilogie, après Valleys Of Neptune en 2010 et People, Hell & Angels en 2013, cet album présente des enregistrements jamais parus. La première piste est une reprise revisitée d’une façon lumineuse du ‘Mannish Boy’ de Muddy Waters réalisée le 22 avril 1969 avec Billy Cox à la basse et Buddy Miles à la batterie. Mais Noel Redding (basse) et Mitch Mitchell (batterie) sont également là au fil des plages tout comme trois invités spéciaux, Stephen Stills au chant et à l’orgue sur ‘$20 Fine’ et ‘Woodstock’, Johnny Winter qui croise le manche de guitare sur ‘Things I Used To Do’ et le saxophoniste et chanteur Lonnie Younglood pour un excellent ‘Georgia Blues’. Le CD déroule 13 titres inédits, 12 ont été gravés au Record Plant à New York entre mai 1968 et janvier 1970 et un à l’Olympic Studio à Londres en janvier 1968. Ces séances révèlent des versions alternatives de ‘Lover Man’, ‘Hear My Train A Comin’ et‘Stepping Stone’. Si Jimi s’empare parfois de la basse, il est plus étonnant de l’entendre au vibraphone pour ‘Sweet Angel’ et au sitar pour ‘Cherokee Mist’, composition qui rend hommage à ces racines amérindiennes. Cette succession de morceaux choisis de 65 minutes a été mixée par Eddie Kramer, l'ingénieur du son de tous les albums de Jimi Hendrix qui est également producteur aux côtés de Janie Hendrix, demi-sœur du défunt, et de John McDermott archiviste de l’œuvre. Quid du fonds d’archives ? S’épuisera-t-il un jour ?
Gilles Blampain

La Danse Du Chien
Monsters & Mermaids

 

Genre musical: Free rock  
Label : ARTS & SPECTACLES
Distributeur : Amazon, Deezer

Ce type de rock a sûrement un nom, mais il n’est connu que d’une crypte templière dont tous les sectaires sont morts d’un transport au cerveau le jour où ils purent mettre un mot sur cette fantaisie diabolique. Au mieux, on peut tenter de la cerner par défaut. Musicalement, ce n’est pas du spectacle de rue. Pas du boogie de cirque, comme l’Electric Bazaar, bien que ça en ait parfois l’air. Ni du cabaret punk. Ce n’est pas non plus du blues en ligne directe, bien que les tournures soient parfois modales, bien que ‘Rise’ harangue l’auditeur avec des élans dignes de ‘Smokestack Lightnin’ ’, et que ‘Primitive’ (cover des Groupies) tourne un instant sur un riff qui rappelle le célèbre holler de Howlin’ Wolf. Ce n’est pas du songwriting confidentiel au jazz beatnik, comme Tom Waits dans sa période Foreign Affairs (moins les glaires, plus le muscle), même si, de temps en temps... Ce n’est pas une expérience bruitiste genre Alice Cooper premier-jus, période Pretties For You, encore que ‘Disposophobia’… Il faut quand même beaucoup de sang froid pour orchestrer tout ce bordel ! Pas non plus un rentre-dedans d’érudit, façon Cramps, malgré leurs éruptions effrénées. Une ou deux fois, charrié par les méandres épais d’un saxo baryton (Guillaume Christophel), on pourrait se croire aux franges d’un jazz inhumain et d’un rock larvaire. Finalement ça pourrait être du free rock, avec dégagements occasionnels vers des feelings qui n’ont plus rien d’américain. ‘Room’ est une chanson presque jolie, la beauté laissée en pointillés, non que le groupe ne sache pas finir un round, plutôt parce que l’inachevé est toujours plus émouvant. La voix est somme toute amicale et profonde (Éric Letinier-Simoni). Dire que le batteur est un cogneur (Paul Melnotte) serait un peu court. En tout cas, il relègue à l’arrière les fuzz convulsives (Sébastien Teulié), les entrebâillements de jour que force l’orgue, et intimide les saxos tortueux. Au fait, Bruno Lebris tient la contrebasse. On peut encore signaler deux autres très bonnes reprises : ‘Strange Fruit’, et un ‘I Wanna Be Your Dog’ particulièrement mémorable. Le fossé qui sépare ces deux standards solde d’ailleurs, avec éloquence, tout ce qui tâche d’être écrit ci-dessus. Qu’on aime la femme à barbe, les cires anatomiques du docteur Spitzner, les claquettes de la pluie sur le trottoir à minuit, l’odeur des culottes de moto ou l’éclair d’un petit Vox qui rend l’âme, en bloc ou en détail, sans déc’, ce disque vaut le détour !
Christian Casoni

Laurie Jane & the 45s
Midnight Jubilee

 

Genre musical: Blues, rockabilly, country  
Label : Down In The Alley records Distributeur : CdBaby, Amazon, Deezer

C'est presque un groupe que l'on aurait pu écouter dans les années cinquante. Formé autour du couple Duggins, Laurie au chant et Cort au piano, à la guitare et à la lap steel. On a du côté rythmique, Jason Embry à la contrebasse et Scott Dugdale à la batterie. Emmenés par la voix claire et mélodieuse de la chanteuse Laurie, les 45s de Louisville, Kentucky, nous proposent un répertoire qui tourne autour du rhythm & blues, de l'early rockabilly et d'une country teintée de soul, le tout avec un son « vintage ». 'Wait So Long' en entrée en matière avec sa slide brûlante et 'Not With You' onzième et dernier titre de l'album avec son rockabilly nerveux donnent des fourmis dans les jambes. Entre les deux, on bouge aussi avec 'Howlin' For My Darlin' ou 'Down This Road'. 'Couldn't Cry Alone' est une ballade dans l'esprit de ‘Blueberry Hill’ mais avec une belle slide pour pleurer sur l'accompagnement au piano. 'Midnight Jubilee' au tempo médium entêtant et régulier met en valeur le côté glamour de Laurie Jane toujours avec l'intervention bien placée de la slide. Plus j'écoute ce disque et plus je me dis que cette Laurie pourrait tout autant faire carrière dans une formation de jazz. A découvrir sur le site du groupe pour vous faire une p'tite idée.
César

Laurie Morvan
Gravity

 

Genre musical: Blues, rock, swamp, etc 
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : http://lauriemorvan.com/store-international.asp

Madame Morvan, guitariste chanteuse sort son sixième album. Celui-ci aurait dû être enregistré en 2014, mais une mauvaise chute, un poignet cassé avec deux opérations les années suivantes ont contrecarré les plans de cette artiste qui, heureusement, est aussi une battante (il suffit de voir ses prestations scéniques). Elle n'a rien lâché pour nous offrir le meilleur d'elle-même. Ce qui marque dans son jeu de guitare c'est l'attaque associée à une grande fluidité qui donne des solos intéressants. Sa voix douce soutenue par les chœurs où l’on retrouve sa sœur, Lisa Morvan, donne une petite touche pop à l'ensemble mais ne nous méprenons pas, on a affaire à du blues de chez blues qui a un air de famille avec un certain S.R.V. Les douze compos de ce CD ont été produites par le batteur Tony Braunagel qui a tenu les baguettes pour l'enregistrement. Bob Glaub a fait fumer sa basse et Jim Pugh a géré les claviers (orgue B3, Wurlitzer, piano). Avec Gravity, on se promène entre boogie 'My Moderation', ballade 'Gravity', rock avec wah wah incorporée 'The Extra Mile', swamp au tempo bien marqué et guitare rageuse 'I Want Answers', chanson au ton grave à tendance gospel 'The Man Who Left Me' où l'on apprend que le type qui l'a laissée tomber n'est autre que son père. La slide pleure, l'orgue est solennel et les chœurs plaintifs. Laurie Morvan a déjà reçu un Grammy Award en 2010 pour son album 'Fire It Up !' élu « Best self-produced CD », elle pourrait bien récidiver avec Gravity.
César                            
                                                                                                 

Marshall Lawrence
Feeling Fine

 

Genre musical: Blues, rock  
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : CdBaby, Amazon, iTunes

Que s'est-il passé ? A-t-il mis les doigts dans la prise ? Souhaite-t-il toucher un public de teen agers, je ne reconnais plus le Marshall Lawrence des albums précédents grâce auxquels il avait conquis les amoureux de la résonator, de la slide et de la guitare acoustique. D'après le titre de l'album, tout à l'air d'aller bien, pourtant tout a changé. Le guitariste canadien d'Edmonton a réuni un groupe composé de Zach Daniel Robertson à la basse, d'Allan Beveridge aux fûts et d'Andrew Glover aux claviers. Cette formation nous sert une musique qui est plus faîte pour un large public qui aimera la musique très électrique, jouée fort, avec, sur certains titres des effets de synthé que pour les amateurs de blues classique. Certes, la slide est toujours là, 'Keep On Walking' cette rumba-blues électrique, 'What Am I Doing Here' clone de 'The Jack' et 'Going Down To Memphis' locomotive survitaminée sont là pour nous le rappeler. 'Feeling Fine' et son leitmotiv entêtant a des sonorités à la manière de Queen alors que le titre suivant 'Dancing With A Hurricane' nous ramène aux début du hard rock mélodique et 'Ida Mae' est du pur rock’n'roll, mais à mon avis trop chargé (chœurs, synthé). Le boulot est propre, car Marshall Lawrence est un très bon gratteux mais le côté surproduit de ce CD efface les qualités naturelles et le feeling de cet artiste. Cette fois-ci, la technique est passée avant l'émotion.
César

Moonlight Benjamin
Siltane

 

Genre musical: Voodoo blues rock,...  
Label : MA CASE
Distributeur : SOCADISC

Moonlight Benjamin (joli nom !) est une chanteuse haïtienne engagée, plus coutumière des harmonies jazz et caribéennes qu’au blues ou au boggie. Pour ce nouvel opus, elle s’est associée au guitariste et arrangeur Matthis Pascaud pour nous concocter 11 chansons associant sa voix forte aux phrasés rocailleux de son compère. J’ai beaucoup apprécié l’authenticité de l’ensemble. Moonlight interprète ses propres textes en créole ou rend hommage (en français) à des poètes haïtiens tels que Franketienne et Georges Castera. Elle interpelle et laisse apparaître une véritable personnalité combative, révoltée…  Mais ne nous y trompons pas, Siltane ne reflète pas seulement l’envie de faire « dans le blues ». C’est surtout un moyen de faire passer son cri, son urgence. Il n’y a rien à redire sur la musique proprement dite. Dans l’ensemble, ça sonne plutôt bien. Les riffs sont souvent répétés et lancinants à la manière africaine. Mais on a quand même l’impression que tout cela n’est qu’un support à autre chose que la simple envie de jammer avec des potes. Le chant est direct, comme un discours, pas de vibes, pas d’effet spectaculaire. Il ressort de cet album des images, des tableaux illustrant son combat, ses souffrances de femme haïtienne et, finalement, ne serait-ce pas ça aussi… le blues
Robert Bolaers

Orquestra Akokan
Orquestra Akokan

 

Genre musical: Son Cubain
Label : DAPTONE RECORDS
Distributeur : DIFFER-ANT

Daptone Records n’a pas le luxe de pleurer longtemps ses artistes phares Sharon Jones et Charles Bradley. Il faut avancer. Faire tourner l’appareil de production. Elargir la gamme. Partons à Cuba, et tentons la martingale du Buena Vista Social Club. L’avantage avec cette musique, le Son Cubain, c’est l’évocation immédiate. En moins de 10 secondes on sait où on est. Le chanteur de l’Orquesta Akokan s’appelle José ‘Pepito’ Gomez. Faut-il faire un dessin ? L’enregistrement a lieu au studio Areito de la Havane (Abbey Road en cubain), 12 musiciens jouent live, que des pointures. Deux titres soufflent un air chaud et poivré, chargé à 50° minimum : ‘Mambo Rapidito’, comme son nom l’indique, et surtout ‘Un Tabaco Para Elegua’, avec un incroyable son de guitare, inconnu de ce côté du monde libre. En résumé, ce groupe est une bonne nouvelle, à ceci près que les journalistes qui vont le chroniquer vont immanquablement ressortir de leur gros tiroir à poncifs le plus qu’épuisé terme « caliente ». Qu’ils aillent rejoindre les prisonniers politiques.
Cranberry Gordy

Robin McKelle
Melodic Canvas

 

Genre musical: Jazz cool  
Label : DOXIE RECORDS
Distributeur : MEMBRAN

De belles mélodies, des ambiances cool, un accompagnement sobre, un chant sensible et nuancé. La voix de Robin McKelle tisse des trames aux teintes jazz, soul et gospel sur un canevas très personnel. Entourée de Shedrick Mitchell aux claviers (piano, orgue), Vincent Archer à la basse, Daniel Sadownick aux percussions, Marvin Sewell et Al Street aux guitares ainsi que Chris Potter aux saxophones pour quelques titres, Robin McKelle s’est imposée comme productrice pour mener à bien ce projet qui lui tenait à cœur. Après quelques albums où swing et rhythm and blues brillaient d’un bel éclat sonore, elle se coule cette fois dans un univers plus feutré avec une orchestration plutôt dépouillée qui met la voix encore plus en valeur. Dévoilant de nouvelles facettes de son talent, elle signe six compositions et reprend ‘Swing Low, Sweet Chariot’, ‘Yes We Can Can’ d’Allen Toussaint et ‘The Sun Died’/‘Il Est Mort Le Soleil’ version anglaise et française (déférence à Nicoletta et Ray Charles), « Je me devais de chanter en français. Ce pays m’a tellement donné depuis dix ans… même si la langue est difficile à maîtriser musicalement ». Avec une certaine classe, de douces harmonies et une interprétation séduisante cet album est plein de délicatesse.
Gilles Blampain

Sawmill Roots Orchestra
Sawmill Roots Ochestra

 

Genre musical: Blues hybride  
Label : ROOTS ART RECORDS
Distributeur : http://www.andresroots.com/p/music.htm

Andres Roots est un des meilleurs artistes blues d'Europe de l'Est. Avec ce projet, il prouve une fois de plus qu'il est avide d'expériences et de collaborations. Pour cette aventure, le slideur estonien a fondé une famille tout à fait originale. Son vieux complice, le batteur Raul Terep est encore de la fête mais pour le reste du quatuor, on trouve un trompettiste en la personne d’Aigor Post et une clarinettiste qui est Aveli Paide. La clarinette est devenue un instrument que l'on entend de moins en moins et sa présence, alliée à celle de la trompette nous ramène au jazz de la Nouvelle Orléans, sauf que pour contrebalancer, on a le blues avec la slide d'Andres et ce mélange original fonctionne parfaitement bien. Trente minutes de « Dixiedeltaland », sept titres écrits par le professeur Roots dont certains déjà sortis sur de précédents CDs tel que ‘Build Me A Statue’ un de ses titres phare au tempo lent et ‘Wagon Swing’ qui fait claquer des doigts. ‘Meow Meow’ est éclatant de santé et swingue de belle manière tandis que ‘Snake Girl Blues’ nous berce tranquillement pendant plus de neuf minutes. Le Sawmill Roots Orchestra est une expérience à découvrir.
César

Steven Troch Band
Rhymes for mellow minds

 

Genre musical: Presque toute la musique américaine à la sauce Troch  
Label : SING MY TITLE
Distributeur :
N.E.W.S.

Sûrement, il y a trop de styles pour un seul album, qui s’interpénètrent et s’éparpillent sur treize courtes plages. Il y a bien, en de rares occasions, une pointe de démonstration (‘Mister Jones’), mais le roulage des mécaniques n’est pas l’intention de Steven Troch, même si on le présente comme le M. Hohner de Belgique. Le liant de cet étrange et bel album provient sans doute de l’originalité que le Troch Band met dans les compos et les exécutions, désacralisant les grands idiomes, en faisant des prétextes. Cette touche de loose (élastiques détendus), cet équilibre risqué sur des amortisseurs déglingués, ces méandres aventureux, pourraient finir par devenir fatigants, mais Troch garde intacte, jusqu’au bout, la curiosité de l’auditeur, d’abord surpris, amusé, et finalement admiratif. Pour l’itinéraire, on démarre sur un rock cool un peu garage, un peu sixties, on passe à une pop mambo-rock un peu kitsch et très complexe, le genre que prisent généralement les gourmets du rock’n’roll, puis du old time/ ragtime, puis de la country à l’ancienne, entraînante, emmenée par une jolie mélodie, puis une chanson swinguante, puis un jump mid-tempo, puis un blues-rock affecté à la voix qui flûte, et une série de titres au(x) style(s) encore plus insaisissable(s), récréations (‘Rabbit Foot Trail’) ou chansons de caractère gentiment chaotiques, où la guitare s’emballe sans prévenir et impose un rock sans appel (‘Vertigo’). Mais deux constantes lient ce bouquet disparate : l’originalité et la qualité de la composition. En prenant tous ces risques, en retombant toujours sur leurs pattes, ceux du Steven Troch Band montrent à quel point ils sont sûrs de leur fait, et à quel niveau ils sont capables de monter. S’ils font de la démonstration, elle est là. Pour ne citer que le noyau dur à côté de Steven Troch (chant, harmo) : Liesbeth Sprangers (basse, washboard), Little Steve Van Der Nat (guitare) et King Berik Heirman (batterie, percus, marimba et… thunder tube), plus des claviers, des saxos et des handclaps. Cet album a peut-être tous les défauts du monde, il enchaîne les sauts périlleux, mais il essaie. C’est déjà méritoire. Et il réussit. C’est encore mieux.
Christian Casoni

The Blues Bones
Chasing Shadows

 

Genre musical: Blues-rock coloré
Label : NAKED
Distributeur : INAKUSTIC

On peut se tromper mais, dans ce pentagramme, les noms inclinent à penser qu’ils sont belges, et peut-être pas dans les quartiers wallons du blason royal. La littérature qui parle d’eux dans le cyberespace n’est pas très copieuse ni très instructive, et s’exprime dans une langue pleine de consonnes, de préférence des J et des K. Depuis 2012 les Blues Bones alternent les albums studio et les albums live. Logiquement, ce cinquième album est un studio. Question style, on aurait affaire à un blues-rock de croisière, fin et tempéré, arrondi par des orgues clairs et enveloppants (Edwin Risbourg), qui donnent l’humeur de la chanson. La première moitié de l’album a presque un goût de swinging London dans son emphase chatoyante et ses élans progressifs. Progressif, dans le bon sens du terme. Dans l’idée d’une histoire qui se raconte en moments clairs-obscurs et embellies soudaines. Ces glissements progressifs continuent de vallonner la seconde moitié du disque, toujours sur un pied blues/blues-rock mid-tempo, mais avec quelques boiseries plus americana, des caoutchoucs plus boogie (‘Psycho Man’), un brai country-rock qui roule comme un classique (‘SeeSaw Blues’), et un final opportunément intitulé ‘The End’, où toutes ces tendances s’épousent et s’allongent d’une guitare aux hésitations jazzy. Chasing Shadows est un album humble, ambitieux, touffu, dont ne dépassent que les têtes qui ont quelque chose à dire, ce que fait l’excellent guitariste Stef Paglia quand il prend le solo, si sentimental, de ‘Sealed Soul’. Le chant consistant de Nico de Cock passe avec la force tranquille des voix qui n’ont pas besoin de s’égosiller pour se faire entendre, et à qui la mélodie vient toute seule, solide et sans fatigue. Il reste à présenter la basse : Geert Boeckx, et la batterie : Koen Martens.
Christian Casoni

The Joss
Take it easy

 

Genre musical: Blues-soul  
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : www.thejoss.fr

Ne dites plus Mister Joss, mais simplement The Joss. Le band choletais modifie son appellation mais l’équipe reste inchangée. Après So Expected et Five, voici Take It Easy un disque lumineux avec de beaux contrastes sonores. Un enregistrement sous haute tension irradié par une vive passion. Dynamisme et originalité sont encore au rendez-vous. The Joss tentent avec subtilité l’alliance du Memphis sound et du Chicago style. Blues et soul s’entrelacent tout en accrochant par moment une pulsation rock ou une fréquence jazzy. Guillaume Robin au phrasé d’harmonica délié et brillant et Joël Sicard qui l’accompagne ou lui répond à travers de beaux solos à la guitare se partagent le chant. Les frères Tricot, Samuel et Stéphane, assurent avec rigueur et aisance la partie rythmique, la basse pour le premier, la batterie pour le second. Olivier Delafuys apporte un côté moelleux avec l’orgue et plus trépidant quand il est au piano. Malgré son titre l’album dégage un certain punch. L’ensemble qui possède un vrai relief mêle à la fois souplesse et nervosité. C’est puissant et chaleureux. En 37 minutes le CD déroule 9 compositions originales de belle tenue. Une production nickel pour un album qui excite agréablement les tympans.
Gilles Blampain

The Vogs
A Change Is Coming

 

Genre musical: Soul
Label : Q SOUND RECORDING
Distributeur : Q SOUND RECORDING

Q Sounds Recording se présente comme « le seul label de Soul authentique en France ». Ce bon James Hunter pourrait rétorquer « c’est comme être premier d’une catégorie où l’on est tout seul ». La soul en France, c’est le parent plus que pauvre, c’est l’épice facultative du circuit jazz, c’est une micro-niche. Souvenez-vous de la plage de vos vacances d’été : des châteaux éphémères, noyés par la marée, et toujours rebâtis.  C’est le destin de Ludo, sur le pavé de Montreuil : repartir sans se reposer à la chasse aux talents. Musiciens, chanteurs, vont, viennent, repartent, claquent la porte ou la bise. Reste la rage de créer, Seine-Saint-Denis Style. Voici donc le nouveau projet du label : The Vogs. On retrouve les qualités de compositeurs de Christelle et Ludo, et une nouvelle voix, celle d’Elodie. Très à l’aise en mid tempo, elle est convaincante (voire envoûtante) sur le single ‘So Much On My Mind’, assorti d’un clip à l’image du département au 86ème rang en termes de revenus : une poésie urbaine fauchée et joyeuse. Elle l’est encore plus, et en français, sur l’adaptation de ‘Wicked Games’ de Chris Isaak, devenant ‘Jeux Dangereux’ et prenant des couleurs au passage. L’album contient aussi quelques bombes up tempo, typique de Q Sounds, comme ‘Tired’, sur lesquels Elodie est portée par la fougue des musiciens, alors qu’elle pourrait grimper sur la barricade, et entrainer tout le monde. Ce sera pour la prochaine vague d’assaut.
Cranberry Gordy

Tim Woods
Human Race

 

Genre musical: Blues, rock
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : CdBaby, Amazon, iTunes

Tim Woods, guitariste et chanteur impressionné à ses débuts par des géants comme Willie Dixon, Howlin' Wolf et Muddy Waters a joué dans des groupes de rock, de blues psychédélique et des jam bands ce qui se ressent dans l'esprit de ce disque. Ce baladin a sorti son premier album de blues en 2010, The Blues Sessions, avec une collection d'invités et ce fût un succès international. Pour cette deuxième sortie, il donne dans la simplicité. Il est aidé dans son travail par Bobby Lee Rodgers qui a assuré les parties de basse, batterie, clavier et deuxième guitare ce qui fait ressortir le côté « brut de décoffrage » de ce CD. Juste sur deux titres, Don Coffman a posé ses notes de contrebasse et sur cinq autres deux batteurs se sont partagés les mesures (Pete Lavezzoli et William Newell Bate). La voix puissante qui a tendance à forcer le ton, parle souvent de paix et d'amour universel, de défense de la terre nourricière sur des orchestrations puissantes. Il aurait pu se permettre d'écrire sur la pochette : « Play it loud ». La chanson qui a donné le titre de l'album 'Human Race' fait penser aux Doors de la grande époque quand Woods crie à qui veut l'entendre : « Save The Human Race ! », alors que dans 'Where Did She Go ?’ c'est le versant hendrixien qui fait surface. 'Leave The Earth Alone' serait une sorte de rock-gospel électrique très vitaminé sur sa fin. Avec 'TW Funk', tout est dans le titre et c'est un instrumental. 'Step' aussi est un instrumental où la guitare est en avant. Les compositions de cet album pourraient durer plus longtemps sans problème car Tim Woods est un roi de l'impro et celui qui aime le Grateful Dead et ses titres à rallonge trouvera son compte avec ce disque.
César

Tommy Dardar
Big Daddy Gumbo

Genre musical: Blues, boogie, soul
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : non distribué

Longtemps Axl Rose fut la risée du monde entier (enfin on ne riait pas trop fort, le bonhomme est susceptible). Quinze ans pour mettre en boîte un successeur à The Spaghetti Incident ? paru en 93 - un disques de reprises en fait - le temps de s'embrouiller avec la totalité de ses Guns & Roses, et d'accoucher dans la douleur de Chinese Democracy, pour un résultat pitoyable. Tommy Dardar (sic) aura battu ce sinistre record. C'est en 2001 qu'il s'attelle à ce qui sera son ultime album, mais - et là on rit moins - en raison d'ennuis financiers et de sérieux problèmes de santé, il ne parviendra pas à l'achever, et décédera en 2017. C'est finalement le batteur Tony Braunagel (Paul Kossof's Band, Back Street Crawler...) qui va superviser l'achèvement de ces neuf titres. Chanteur/harmoniciste, baladé dans son enfance entre la Louisiane et le Texas, Dardar débute dans les sixties, partageant la scène avec Lightnin' Hopkins, Jimmy Reed, Mississipi Fred McDowell, John Lee Hooker ou dans un registre quelque peu différent Percy Sledge. Rien d'étonnant donc à ce que cet opus regorge de blues, relevé à l'occasion d'une pointe de soul, de zydeco ou de boogie woogie (‘Headed Down To Houma'). 'Baby I Can Tell', 'Shake A Leg' sont de purs boogies garantis sans hormones. D'autres titres évoquent tour à tour Fats Domino ('Let's Both Go Back To New Orleans'), ou encore Ray Charles ('In My Mind'). Le tout s'achève sur l'ultime 'Big Daddy Gumbo' - le surnom de Dardar - en guise d'hommage signé Johnny Lee Schell, guitariste qui a quant à lui œuvré aux côtés de Bonnie Rait ou Eric Burdon.
Marc Jansen

Walter Wolfman Washington
My future ist my past

Genre musical: Jazz cool
Label : ANTI RECORDS
Distributeur : PIAS

Comme sideman ou à la tête de son propre orchestre, Walter Wolfman Washington a toujours incarné l’exaltation et le raffinement de la musique de la Nouvelle-Orléans, mêlant blues et funk. Mais ce nouvel album est vraiment différent de ses productions précédentes. Le style est plus doux, mélodieux, élégant, tout de finesse et de légèreté. Une tonalité jazzy avec un jeu de guitare aérien et une voix chaude de crooner soutenue par un orgue voluptueux ou un piano au son clair. D’un bout à l’autre l’ambiance est cool, tout reflète la quiétude dans ce disque léger et délicat.  Et les titres de quelques reprises comme ‘Lost Mind’, ‘What A Difference A Day Makes’ ou ‘Save Your Love For Me’ font comprendre qu’on est plus dans la tendresse que dans l’excitation. Washington reconnaît : « Je n’avais jamais fait quelque chose comme ça. J’ai été étonné de moi-même, de la façon dont les choses ont évolué et finalement de ce disque ». Pour mettre à jour cette nouvelle facette de son talent Walter Wolfman Washington s’est entouré de Jon Cleary et Ivan Neville aux claviers, James Singleton à la contrebasse et Stanton Moore à la batterie, autant dire l’aristocratie des musiciens néo-orléanais, et son amie Irma Thomas est venue pour un duo : ‘Even Now’. L’ensemble a beaucoup de charme et on se laisse bercer avec plaisir d’un titre à l’autre.
Gilles Blampain