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10/20
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Dans cette rubrique, vous trouverez une sélection de CD choisis par l'équipe Blues Again.

AVRIL 2016

Ben Harper & The Innocent Criminals
Call It What It Is

Genre musical: Folk Jamaïcana
Label : STAX
Distributeur : CONCORD

Ben n’emmerde pas l’humanité, n’a pas de sang sur les mains, ne chasse pas l’éléphant, ne commande aucune junte militaire. Il compose des protest-songs sophistiquées, comme ici, les chante très bien et sait quoi faire d’une guitare, qu’elle soit branchée sur le secteur ou pas. On n’a donc a priori aucune raison de dire du mal de son dernier album. Il l’a longuement mûri et coécrit avec Michael Ward, le guitariste des Innocent Criminals, ce groupe d’élite avec lequel il rempile : Leon Mobley aux percus, Juan Nelson à la basse, Jason Yates aux claviers, et un batteur extraordinaire nommé Olivier Charles. Le nom du groupe, Innocent Criminals, colle parfaitement au thème central de l’album. En langage policier, il signifie « présomption de culpabilité ». Ben parle de cette épidémie de saturnisme qui s’empare des adolescents noirs de son pays quand ils croisent une panse bleu marine : « Call it what it is/ Murder ». La première plage, ‘When Sex Was Dirty’, pète comme si Ben venait de voler le feu aux dieux : mélodie scandée en deux lignes efficaces, effondrements de batterie sous le chant, gros accords de guitare par-dessus, emballement électrique pour finir. Ce parti-pris audacieux donne un ton formidable à l’ouverture du disque. Ensuite, malgré un retour de charpente, plage 7 (‘Pink Ballroom’), l’album se fane en ballades folk, genre jamaïcana, reggae induit ou explicite. Ben ne fait pas du remplissage, toutes les chansons sont belles et tristes (‘How Dark Is Gone’) mais on s’ennuie un peu. C’est comme si Ben sortait un single avec une face A fantastique et une longue face B en dix mouvements.
Christian Casoni

Bombino
Azel

Genre musical: Blues rock Touareg
Label : PARTISAN RECORDS
Distributeur :
LA MISSION

Après Nomad en 2012, produit par Dan Auerbach des Black Keys, voici Azel (Racines). Retour pour Bombino vers une musique touareg plus traditionnelle même si relookée rock, blues, voir reggae sur certains titres. Omara Moctar, (de son vrai nom), aime nommer sa nouvelle musique de Tuareggae. Bon, à vrai dire c'est pas évident à la première écoute. Il y a bien quelque chose de la Jamaïque dans la rythmique (Timtar) et il s'agit essentiellement d'une musique entrainante où les guitares électriques, instruments interdits aux Touaregs par le pouvoir politique du Niger, car symbole de rébellion chez les Touaregs, jaillissent des oasis du désert. Le chant est en Tamasheq, et cela rappelle parfois Tinariwen ou même Ali Farka Touré du Mali. Depuis l'époque où, dans le Sahara il autoproduisait ses premières cassettes sous influence Hendrix ou John Lee Hooker, l'homme tourne aujourd'hui souvent aux États Unis. Cet album a d'ailleurs été enregistré à Woodstock en collaboration avec Dave Longstreth des Dirty Projectors.
Juan Marquez Léon

Charlène
Hood Love/Mercy

Genre musical: Soul
Label : Q SOUNDS RECORDING
Distributeur :
Q SOUNDS RECORDING

Q Sounds Recording, c’est le seul label de Soul authentique en France. Plus radical, y a pas. Le disque qui sort aujourd’hui est un 45t. Le second de la plus jeune chanteuse du label : Charlène, qui vient de fêter ses 19 ans. C’est le genre « double A side ». On ne publie que l’essentiel, ou rien. En face A : ‘Hood Love’, traitement soul et bondissant du mini tube RnB de Jazmine Sullivan. Pas de jeu des références dans l’interprétation : c’est une voix actuelle, rauque, avec toujours un très léger décalage sur le tempo, sans doute plus instinctif que calculé, qu’il serait criminel de vouloir corriger. L’autre face A est ‘Mercy’, composition 100% Montreuil-sous-Bois. Porté par un riff tourbillonnant, le titre monte les escaliers des Mercuriales 4 à 4. Parvenue au sommet, la sensible Charlène est prête à conquérir le XXème, après Bagnolet. Sous-estimer l’élan vital de cette entreprise serait une erreur. Ne pas y jeter une oreille, une faute de goût.
Cranberry Gordy

Chicken Diamond
The Night Has A Thousand Eyes

Genre musical: Blunk !
Label : BEAST RECORDS
Distributeur : CARGO GERMANY

D’entrée, on sent bien que quelque chose a bougé depuis la dernière fois. Ce tranchoir ska, pneumatisé sur un petit synthé de supermarché, cette joie morbide de piège à loup (‘Cursed Blood’), puis ces tessons de valse sur lesquels se déchire la gorge (‘Castle In The Desert’). Les fréquences basses de la haine prennent chair en escaladant le spectre. Le sludge des Collines et le blunk sidérurgique, qui prévalaient avant, s’emballent maintenant dans une rage punk à l’anglaise, harcèlements de guitare en vagues épaisses, chant écumant de mépris qui monte encore, à la hauteur de Johnny Rotten (‘Speed Demon’). « Je m’éloigne de la touche Burnside/ Kimbrough. J’ai essayé de développer la composition au-delà des deux accords habituels, et même de chanter un peu ! »Il y a d’ailleurs ce titre à la hill country velvétienne, ‘Slow Wave Sleep’, presque cool. Cool? Tu parles: « Let yourself go in a bottomless hole… ». L’album, 4e fureur du gallinacée adamantin, s’achève sur deux fièvres incantatoires, proférées avec la faconde des prédicateurs du Mal (‘Could Have Done So Much Better’, quelle saignée). Tapi dans l’ombre, le mystérieux Diable Noir joue un rôle que Chicken préfère tenir secret. Pierrot Rault, un saxo apparenté au label, pose quelques points de rouille. Trois personnes sur un album du one-man-band Chicken ? C’est comme 80 sur un album de Slipknot. S’effaçant derrière cette cartomancienne très décolletée qui fait la couve, notre homme a simplement du goût. Il en faut pour dompter toute cette colère, sculpter ces dix miniatures dans la fonte, et les organiser en un grand poème barbare.
Christian Casoni

Curtis Salgado
The beautiful lowdown

Genre musical: Blues, Soul ...
Label : ALLIGATOR
Distributeur : SOCADISC

Cela faisait 4 ans qu’il n’avait pas sorti un nouveau disque. Curtis Salgado se rappelle donc à notre bon souvenir avec cet enregistrement bien trempé. Toujours porteur d’un blues originel et du r’n’b à l’ancienne, il nous offre un vigoureux répertoire, à la sonorité très actuelle et très personnelle, fait de soul-rock, blues-funky, de quelques échos de reggae et de ballades accrocheuses (12 titres en tout). Pour cette nouvelle production Salgado a, pour la première fois de sa longue carrière, écrit ou co-écrit presque toutes les chansons. « J’y ai mis mon cœur et mon âme. J’ai travaillé en laissant les choses venir, que les chansons arrivent d’elles-mêmes ». Chanteur à la voix claire et puissante il possède un style unique, avec une belle palette émotionnelle pleine de bonnes vibrations. Par contre cette fois il a délaissé quelque peu l’harmonica puisqu’il ne l’a sorti que pour 3 titres. En revanche, la section de cuivres, elle, est bien présente et balance un groove funky à souhait qui fait monter la pression quand il faut. L’ensemble est très dynamique. Salgado annonce : « J’ai voulu écrire des chansons mémorables avec des mélodies fortes qui accrochent. » Pari réussi ! Il n’y a aucune baisse de tension d’un bout à l’autre, tous les titres s’enchainent de belle façon.
Gilles Blampain

Do The Dirt
Black Snake

Genre musical: Down home blues
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : https://dothedirt.bandcamp.com/releases

Une guitare, une batterie et bien sûr le chant, et c’est tout. Pourquoi chercher plus loin ? Tout est là. Une rythmique bien marquée, une guitare au son rude amplifié avec parfois un brin de vibrato, une voix plaintive, écorchée qui charrie un chaos de sentiments. Le blues est une question de feeling, et assurément Do The Dirt a la réponse. Le rythme est lancinant, hypnotique, l’ambiance est envoûtante. On a affaire à un down home blues hérité de Junior Kimbrough, RL Burnside, John Lee Hooker et consorts, mais actualisé pour entrer dans une nouvelle ère. Le récit ancestral se prolonge, les ambiances sont sombres, tendues, et les titres des chansons annoncent la couleur ‘Black Snake’, ‘Going Down South’, ‘Poor Boy’, ‘Worried Blues’… Nicolas Moulin est au chant et à la guitare et Guillaume Arbonville est le maître du tempo. Ces deux Parisiens ont assimilé les codes comme s’ils étaient nés dans les faubourgs de Clarksdale. Il y a une belle vitalité dans cet enregistrement, le duo va droit au but et fait mouche, leur production est électrisante. C’est enlevé, exaltant. Une prestation de qualité qui est mise en valeur par une production irréprochable. En 35 minutes le duo déroulent 8 titres qui harponnent l’auditeur sans effets superflus.
Gilles Blampain

Jeff Healey
Heal my soul

Genre musical: Blues rock
Label : MASCOT
Distributeur : PROVOQUE

Pour celles et ceux qui n'auraient pas connu Jeff Healey, rappelons que ce garçon a perdu la vue à l'âge de un an, qu'à partir de trois il a commencé à jouer de la guitare, celle-ci posée sur ses genoux et qu'il est devenu un artiste mondialement connu qui est décédé en 2008 d'un cancer des yeux. Alors, me direz-vous : « C'est une compilation ? » Que nenni non point, que des originaux et que du bon, vous répondrais-je. Pendant des années où le garçon a été prolifique, quantité d'enregistrements n'ont pu sortir faute de place sur les CDs. C'est à la date anniversaire des cinquante ans de sa naissance que sort cet album. Ce Canadien excelle dans des titres bien électriques comme ‘Daze Of The Night’» ou ‘Please’ où la guitare pleure et transpire avec une touche Hendrixienne agrémentée de funk dans ‘Put The Shoe On The Other Foot’. Le choix des titres mixe parfaitement morceaux électriques à d'autres moins nerveux ou acoustiques. ‘Baby Blue’ et ‘All The Saints’. Ses acolytes sont : Joe Rockman (basse) et Tom Stephen (batterie) avec en prime Roger Costa en second guitariste et producteur. Avec sa sensibilité à fleur de médiator et huit ans après son décès, ce type nous fait toujours vibrer.
César

Joe Bonamassa
Blues of Desperation

Genre musical: Blues rock
Label : MASCOT
Distributeur : PROVOGUE

Ce qui frappe d'emblée à l'écoute de ce 12ème album de Joe Bonamassa, c’est la production due au fidèle Kevin Shirley ; très aérée, chaque instrument est à sa place. Ensuite, c'est la présence sur certains titres de 2 batteurs, Anton Fig et Greg Morrow, renforçant ainsi de façon énergique le tout. Citons 'This Train' qui ouvre l'album, rock enlevé avec de magnifiques chœurs féminins que l'on retrouvera tout au long du disque. 'Mountain Climbing', blues-rock aux accents sudistes. 'Drive', laid back et atmosphère cinématographique ; la Gretsch résonne dans la nuit du désespoir. Une mélancolie que l'on retrouve souvent dans ce nouvel enregistrement. Un grand moment arrive en 4! 'No Good Place For The Lonely' ; un ensemble de cordes, des  chœurs, des riffs de guitare peu communs, et à 4'56" un solo... pas n' importe quel solo, non.... un truc rare! Bon Dieu, le Joe enlève tout! Frissons... 'Blues For Desperation' commence comme du Genesis période 'Mama',  et orientalisme à la Led Zeppelin, très 80's en fait. Le truc qui devrait impressionner les foules dans les stades! Le clavier c'est Reese Wymans. 'The Valley Runs Lows', gospel entraînant et guitare acoustique. Chaud blues texan avec 'You Left Me Nothin' But The Bill And The Blues', tandis que 'Livin Easy', à la sortie d'un club de jazz, est mené par un saxo enregistré au fond d'une ruelle de Chicago. Ce type qui ouvrait à 12 ans pour BB King nous en met plein les oreilles, et certains annoncent déjà que c'est un des meilleurs Bonamassa. Sûrement qu'ils ont raison!
Juan Marquez Léon

They Call Me Rico
This Time

Genre musical: Blues, Rock
Label : VOXTONE RECORDS
Distributeur : INOUIE DISTRIBUTION

Rico ne s'appelle pas Rico, loin s'en faut. Enfant, Frédéric Pellerin accompagne sa maman en Amérique du Sud. Là-bas, elle repère un séduisant plongeur, un dénommé Rico, et décide illico d'ainsi surnommer son gamin. On ne s'attardera pas sur les implications freudiennes d'un tel choix, juste préciser que le reste du patronyme est un clin d'œil à des titres tels They Call Me Muddy Waters, pour ne citer que le plus évident. Né au Québec, résidant aujourd'hui du côté de Lyon, il est l'auteur déjà de deux albums studio, et d'un live mis en boîte au théâtre antique de Vienne. La tendance est au raw blues, mâtiné de folk, de country, ou d'une bonne dose de rock - enregistré de façon analogique, l'album a été masterisé à Londres par Ray Staff (Bowie, Led Zeppelin...). Un album tout ce qu'il y a de roots donc, avec ce qu'il faut de modernité pour retenir l'attention de l'auditeur. Le cahier des charges est respecté, sans nul doute. Le bonhomme assure la plupart des instruments, rejoint ici et là par divers invités, et c'est souvent le genre de choix qui fait toute la différence : le violon de 'The First' ou 'Everlasting Kind' (Charlie Glad, musicien lyonnais), le piano bastringue sur 'This Time'... La Bible Urbaine, media québéquois enthousiaste, pense avoir découvert le nouveau messie et proclame : « Après Dylan, Tom Waits et The Black Keys, voici They Call Me Rico ! ». N'exagérons rien mais, toutes proportions gardées,  reconnaissons qu'il s'agit là d'un album solide, à même de satisfaire les amateurs du genre.
Marc Jansen

Yana Bibb
Afternoon in Paris

Genre musical: Jazz soft
Label : DIXIEFROG
Distributeur : HARMONIA MUNDI

Tout comme le précédent, ce nouveau disque de Yana Bibb laisse entendre un jazz cool des plus veloutés. La voix est pure et légère, pleine d’émotion, avec un swing évident et l’ambiance générale est cette fois encore à la décontraction. Ça commence en douceur, avec un chant délié porté par piano, guitare, orgue, contrebasse, batterie, sur un rythme légèrement chaloupé. Les plages suivantes vont nous entrainer dans le léger et le satiné. La production a été assurée par Staffan Astner, guitariste et collaborateur de longue date d’Eric Bibb. Tout au long de cet enregistrement Yana Bibb, artiste authentique pleine de grâce, tient l’auditeur sous son charme avec ses compositions originales et quelques reprises de belle facture dont une très délicate et agréable version de ‘I Will’, petite perle deLennon/McCartney. De mélodies caressantes en tempos plus pétillants l’atmosphère reste dans l’intime tout au long des 44 minutes que dure le disque. L’ensemble est plutôt raffiné, le son est clair, l’ambiance est à la détente et on se laisse bercer avec plaisir d’un titre à l’autre. Un disque fin et aérien dont l’ambiance feutrée donne envie de prolonger l’écoute un long moment. Cet Afternoon In Paris est une vraie parenthèse de bien-être.
Gilles Blampain