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été 20
Chroniques CD du mois Interview: JUNKYARD CREW Livres & Publications
Portrait: BLIND LEMON JEFFERSON Interview: MAINE IN HAVANA Portrait: ROBERT FRIPP
 


Dans cette rubrique, vous trouverez une sélection de CD choisis par l'équipe Blues Again.

AVRIL 2015

Awolnation
Run

Genre musical: Péplum rock
Label : RED BULL
Distributeur :
SONY

Un concert d’Awolnation, c’est toujours la chaise électrique. La dernière fois, ce type nous balance : « Mais c’est du rock chrétien ! ». Nous balayons la remarque, gardant en mémoire Megalithic Symphony, le premier album qui reflétait si bien les influences du leader, Aaron Bruno : le grunge, le hip-hop, l’electro, et pourquoi pas une touche de glam ? Tout ça, bricolé chez Bontempi. C’était un disque pop vraiment génial, il a ramassé du platine sous tous les fuseaux du globe, emporté par le hit international ‘Sail’. Red Bull Records avait ensuite commercialisé un album deluxe généreux, augmenté d’un nombre conséquent de titres dont aucun ne figure sur le sophomore Run. Run n’est finalement pas très différent de Megalithic Symphony. Tout ce qui en faisait la force se retrouve ici, l’équilibrisme permanent entre le dépouillé et le surchargé, les harmonies fatales, les chœurs, tout ce kitsch grandiloquent de péplum rock, ces assauts de guitare metal fondus dans une electro éruptive ou caoutchouteuse, cette voix qui crève le plafond (quel shouter !), ces ballades qu’on dirait chantées par un Cat Stevens grunge et, toujours, cet inévitable second degré pop. Qu’est-ce qui change ? Plus de ballades peut-être ? Des mélodies et des harmonies plus travaillées ? Un chant moins direct, une présence moins brutale ? Et si Awolnation (la nation des déserteurs) était somme toute un groupe de rock chrétien ? C’est vrai que les chœurs, toujours très bien écrits, deviennent parfois solennels et virent du mystique au religieux. Cet album, pourtant résolument pop, est assez dérangeant quand Bruno danse ainsi au bord du ravin. Et Run s’achève gentiment sur une chanson acoustique, non, comme attendu, sur une épopée dance homérique façon ‘Knights Of Shame’, l’apothéose qui fermait Megalithic Symphony. Bruno a préservé l’exploit du premier album et lui a donné une église. A moins qu’il ne s’agisse d’une nouvelle facétie pop !
Christian Casoni

Beth Hart
Better Than Home

Genre musical: Classic rock, Soul
Label : MASCOT LABEL
Distributeur :
PROVOGUE

Destin quelque peu sinueux que celui de Beth Hart…. Active depuis plus de vingt ans, elle rencontre le succès aux USA en 1999, avec ‘LA Song’, une ballade inoffensive extraite de la série Beverly Hills 90210. Très vite, elle se révèle pourtant bien plus qu’une chanteuse pour adolescentes en mal de romantisme puisque la même année, elle interprète le rôle principal dans la comédie musicale Love, Janis, consacrée donc à Janis Joplin. Mais le conte de fée est de courte durée : la voilà aussitôt plongée dans les affres de l’alcool, de la dope,  la dépression et l’anorexie. Air connu… The Rise and Fall, un parcours qui rappelle celui de sa contemporaine Amy Winehouse, et bien d’autres avant elle, mais qui connaît une issue bien plus heureuse. Car il y a la rédemption : en 2005 précisément, dans une petite salle du Paradiso d’Amsterdam, où le public est particulièrement réceptif. Elle prend ça comme une seconde chance, et va multiplier les collaborations, avec des gens aussi variés que Slash, Jeff Beck ou Joe Bonamassa (ce denier pour Don’t Explain,  album de reprises blues et rock). C’est donc un peu intrigué qu’on découvre ce nouvel album : quel style musical cette fois ? On croit tenir la réponse à l’écoute de la première plage, ‘Might As Well Smile’, élégante envolée soul où sa voix splendide évoque à nouveau les plus grandes, Etta James, Tina Turner ou Billie Holiday. Etonnant, pour une petite blanche… Il y a encore ‘Trouble’ et ‘The Mood That I’m In’, dans le même registre soul/rhythm’n’blues, et puis… Et puis c’est tout, ou presque. Le reste - elle  a tout écrit, musique et paroles - se compose de ballades la plupart du temps un peu mièvres, un peu lisses, axées avant tout sur l’émotion. Si les fêlures apparaissent quelquefois, l’album se veut avant tout optimiste – on ne va pas relancer le débat sur le mal être de l’artiste, supposé nécessaire à la création des grandes œuvres… En bref, le public déjà conquis applaudira des deux mains, les autres risquent fort d’étouffer quelques bâillements tout au long de ces onze morceaux.  
Marc Jansen

Big Daddy Wilson
Time

Genre musical: Blues folk and soul
Label : DIXIEFROG
Distributeur :
HARMONIA MUNDI

Il est bien connu que les plus s’additionnent, et là en l’occurrence ce sont deux gros plus : Big Daddy Wilson + Eric Bibb. Voix exceptionnelle et guitares souveraines. Wilson au chant, Bibb à la guitare ou au banjo et à la réalisation de cet enregistrement. On retrouve également Staffan Astner, guitariste d’Eric Bibb qui avait produit le précédent CD de Big Daddy Wilson. Résultat un disque superbe. La voix de Wilson est toujours majestueuse et ne laisse personne insensible. Chaude, puissante et douce à la fois, enveloppante, pleine de délicatesse et de feeling, avec des inflexions soul. Côté instruments, inutile de parler de la dextérité et de la distinction des protagonistes. Les guitares de Bibb et Astner sont sublimes de finesse. Les trois compagnons ont composés la plupart des titres ensemble et leur collaboration a produit quelques pépites. Différentes couleurs sonores s’étalent sur une cinquantaine de minutes, du blues plutôt folk à une soul poignante. Une prestation qui parle autant à l’esprit qu’elle prend aux tripes. Le frisson est garanti. On est saisi dès le titre d’ouverture ‘Time To Move’, les 13 suivants défilent comme autant de savoureuses découvertes. Un disque original et séduisant qui s’écoute comme on déguste un mets d’exception. Un vrai moment de bonheur.
Gilles Blampain

Boz Scaggs
A fool to care

Genre musical: Varié
Label : 429 RECORDS
Distributeur :
UNIVERSAL

Ce disque est difficile à classer mais vraiment très agréable à écouter. Boz Scaggs nous livre un album à la hauteur de sa réputation toujours avec cette apparente désinvolture qui le caractérise. C’est peut-être ça la classe. Il y a deux ans c’est à Memphis qu’il avait enregistré son disque précédent pour avoir l’esprit soul des studios, cette fois il est allé à Nashville. Les styles abordés sont variés, la palette est large et le plaisir de l’auditeur est d’autant plus grand. Au fil des 12 titres Boz Scaggs se balade allègrement du rock au folk en passant par des mélodies pop et des tempos funky, les sonorités évoquent des atmosphères venues du Texas, de Louisiane ou d’Oklahoma et même d’Argentine (‘Last Tango On 16th Street’). Le jeu de guitare est subtil et élégant, la voix est mélodieuse, l’interprétation est pleine de finesse et de sensibilité. A Fool To Care a été enregistré en quatre jours avec un groupe de pros triés sur le volet, Ray Parker Jr. (guitare), Willie Weeks (basse), Jim Cox (claviers) et Steve Jordan (batterie) qui a également joué le rôle de producteur. Deux invitées de choix ont été conviées. Bonnie Raitt a joué de la guitare et chanté sur ‘Hell To Pay’ et Lucinda Williams est venue pour un duo en reprenant ‘Whispering Pines’ de The Band. Chacune apporte un éclat supplémentaire à ce disque lumineux de bout en bout avec ses nombreux contrastes sonores.
Gilles Blampain

Elliott Murphy
Aquashow deconstructed

Genre musical: Folk, rock
Label : LAST CALL
Distributeur : LAST CALL

En 1973 Aquashow paraissait chez Polydor marquant les débuts d’Elliot Murphy, auteur-compositeur de talent. La presse fut élogieuse, à juste titre. Comparaisons obligées, les noms de Dylan, de Bowie, furent prononcés. Une trentaine d’albums allaient suivre sur différents labels et le new-yorkais s’inscrirait comme une référence incontournable dans le paysage musical. Ce nouvel Aquashow Deconstructed est une version revue par rapport à l’originale. L’idée étant de lancer une passerelle entre les générations. La set-list est identique à celle de la première édition mais l’approche est nouvelle. D’abord parce que ce n’est pas une banale réédition mais un tout un nouvel enregistrement et que tous les titres ont été produits et arrangés par Gaspard le fils d’Elliott. Entre folk et rock, les guitares portent la voix chaude et grave de Murphy et les ambiances passent d’un titre à l’autre de la mélancolie à l’allégresse, de la noirceur à la lumière avec une belle maestria. Il est temps de redécouvrir quelques classiques de l’homme au chapeau : ‘Last Of The Rock Stars’, ‘Marilyn’, ‘White Middle Class Blues’… Elliot Murphy chante, joue guitare électrique, guitare acoustique (6 ou 12 cordes), harmonica et piano électrique (Rhodes et Wurlitzer) et est accompagné par Gaspard Murphy (basse, claviers et percussions), Olivier Durand (guitare, mandoline et Dobro), Tom Daveau (batterie), David Gaugé (violoncelle) et Thomas Roussel (violon). Les passages de cordes sont aériens et harmonica ou piano illuminent d’un rayonnement particulier les chansons comme autant de séquences d’un film sonore cadencé par une rythmique efficace. Un disque beau et fort !
Gilles Blampain

Jared James Nichols
Old Glory and the Wild Revival

Genre musical: Heavy Blues Rock
Label : LISTENABLE RECORDS
Distributeur : LISTENABLE RECORDS

Jared James Nichols de L.A, guitariste, auteur et chanteur de 22 ans. Voix à la Paul Rodgers. Une révélation ! Fraîchement signé sur ce label français de métal. Nous savons que depuis Cream, l'Experience ou Taste, la meilleure formule est le power trio ; ici, une rythmique suédoise pour 'zlataniser' l'ensemble. Erik Sandin (basse), Dennis Holm (batterie). 'Playin' For Keeps', et 'Crazy' alternent accélérations et mid tempos dans un chaudron de heavy rock. La guitare semble avoir fait un détour chez Electric Ladyland. Normal l'album est produit par le célèbre Eddie Kramer.  'Let You Go' a un côté Aerosmith. Normal, c'est W. Stuart, leur ingé son qui est en studio. Autre influence de Jared James Nichols, ZZ Top dans 'Can You Feel Good'. Le trio ensuite passe en acoustique dans l'admirable 'Now Or Never' enchaîné au sauvage 'Hayrwire'. Puis les très Sudistes 'Get Down' et 'Sometimes' confirment leur première partie de Lynyrd Skynyrd le 25/04 au Palais des Sports. Tandis que 'Blackfoot' n'a rien à envier à Robin Trower, 'Take My Hand' fait son intro au son d'une steel guitare. Au rang des reprises, 'Come In My Kitchen' de qui vous savez. Jared James Nichols comme le maître, seul à la guitare en bois. Puis 2 titres live dont le 'Playin' For Keeps' du début pour fermer cet album dans le feu, brut et fondu dans la sincérité de l'acier. New Old Glory!
Juan Marquez Léon

Joe Bonamassa
Muddy Wolf at Red Rocks
2 DVD

Genre musical: Blues hommage
Label : MASCOT
Distributeur : PROVOGUE

Dimanche 31 août 2014, Joe Bonamassa monte sur scène pour une expérience unique, un concert événement au Red Rocks Amphitheater afin de célébrer la musique des légendes du blues Muddy Waters et Howlin’ Wolf. Le concert débute juste avant le coucher du soleil soulignant la beauté naturelle du site sculpté dans le roc des montagnes Rocheuses du Colorado. Red Rocks Amphitheater est un phénomène géologique doté d’une acoustique unique au monde. Bonamassa joue à guichets fermés devant une foule de 9000 fans, c’est le plus grand spectacle de sa carrière. Le concert a été organisé par Keeping the Blues Alive (KTBA), association fondée par Joe Bonamassa qui contribue à promouvoir le patrimoine du blues envers la nouvelle génération, avec bourses d'études musicales et programmes d'éducation musicale dans les écoles publiques. Avec la vente de billets de ce spectacle, KTBA a recueilli plus de $ 40 000 pour les écoles à travers le pays. Bonamassa a puisé à égale mesure dans le répertoire des deux géants, sept chansons pour chacun d’eux (‘I Can’t Be Satisfied’, ‘My Home In The Delta’, ‘All Aboard’, ‘How Many More Years’, ‘Killing Floor’, ‘All Night Boogie (All Night Long)’…), il interprète également quelques-unes de ses propres compositions et fait une reprise de Jimi Hendrix ‘Hey baby (New Rising Sun)’. Le premier DVD, consacré au show, livre 2h10 de pur plaisir où Bonamassa entouré d’un superbe orchestre rend hommage à ses mentors. Le deuxième DVD donne un  bonus de plus de 1h30 : reportage backstage, un document exclusif sur le parcours de Bonamassa avec le producteur Kevin Shirley à travers le blues (Clarksdale, le fameux crossroads…) sur les traces de Muddy et de Wolf, et bien sûr des images d'archives de Muddy Waters et Howlin' Wolf.
Gilles Blampain

Judith Owen
Ebb & Flow

Genre musical: Folk, ballades, piano-bar
Label : TWANKY RECORDS
Distributeur : ROUGH TRADE

Douce mélancolie que ce 8ème  album de la Galloise Judith Owen. Un enregistrement introspectif condensant ce qui fait l'humain, ce qui fait la vie : joie, peine, douleur, perte d'un être cher, rêves, désespoir, etc. Malgré tout, il s'agit d'un album sur le dépassement de soi quand on est au fond du trou. Bref, un disque plein d'espoir. Pourquoi être si noir du coup ? Et bien parce qu'avec ‘I Would Give Anything’ et ‘You're Not Here Anymore’, Judith nous fait part de sa catharsis pour dépasser la mort de ses parents : son père, décédé récemment à qui le premier titre est dédié. La seconde chanson aborde le suicide de sa mère lorsque Judith n'avait que 15 ans. Côté musique, rythme et choix des sujets, on est dans les années 1970. Dans les années où brillaient (déjà) Carole King, James Taylor, Joni Mitchell. Et pour être au plus près de cette époque, Judith Owen a fait appel à quelques pointures de musiciens qui ont taquiné de près ou de très près ces artistes : Russ Kunkel le batteur, Leland Sklar, le bassiste et Waddy Wachtel, le guitariste. C'est, paraît-il, le premier d'entre eux qui aurait soufflé à l'oreille de la Galloise de reprendre à son compte « Hey Mister, That's Me Up On The Jukebox » de James Taylor. Titre sur lequel il était déjà présent il y a plus de quarante ans ! La vie est un éternel recommencement...
Tristan Sicard

King King
Reaching For The Light

Genre musical: Heavy blues
Label : MANHATON
Distributeur : SOCADISC

Les quatre de Glasgow ont foiré l’UV ‘Je révolutionne le rock’, alors ils gèrent des créneaux surpeuplés. Mais ils les gèrent très bien. Y a-t-il un revival heavy blues outre-Manche, comme le laisse entendre le texte intérieur du digipack ? Le genre a-t-il seulement connu une éclipse ? En tout cas l’album sonne 70’s et, pour l’ampleur sonore, rock FM. Alan Nimmo chante comme Robert Plant, avec des inflexions de Joe Cocker. Il joue lourd et plutôt lent, solote héroïque mais jamais trop longtemps, toujours grandiose et mélodieux. La plupart des titres sont d’ailleurs mid-tempo, bien chargés, tamisés d’un rideau d’orgue (Bob Fridzema), les refrains relevés de chœurs, avec un batteur qui cogne (Wayne Proctor) et un bassiste massif, qui porte l’édifice sur ses quatre cordes et le fait danser (Lindsay Coulson). King King honore le contrat haut la main, il ne manque rien : des riffs épais, des arpèges aériens, des faisceaux d’électrons menaçants, des mélodies fleur bleue, des montées émotionnelles spectaculaires (avec une telle voix et un tel touché de manche, le contraire eût été surprenant), plus quelques notes exotiques, mais qui ont finalement toujours fait partie du package : une main droite un peu funky sur les ballades, un hoquet de piano électrique sur un accord de wah-wah, qui rappelle le Cat Stevens de Foreigner (‘Just A Little Lie’). L’ensemble est vraiment très bien fagoté, agencé, mis en scène, volumineux mais jamais pesant. King King (quel drôle de nom) sort son troisième album. Le premier avait été mis en circulation en 2011. Reste à faire briller les brandebourgs, car les muscadins sont de retour en ville.
Christian Casoni

Laurence Jones
What's it gonna be

Genre musical: Blues rock
Label : RUF
Distributeur : SOCADISC

Le jeune Briton à l’allure d’adolescent nous avait séduits avec ces deux précédents albums, le revoilà avec un troisième enregistrement de très belle facture. Si toutefois un doute subsistait, son talent se confirme. La valeur n’attend pas le nombre des années. La prestation est vraiment dynamique avec un son très original. Il avait gravé son album précédent en Louisiane, là il est allé moins loin puisque cela s’est fait à Cambridge, autant dire à domicile. L’affaire a été réalisée en petit comité, Jones est à la guitare et au chant, avec une voix agréable à écouter, Roger Innis à la basse et Miri Miettinen à la batterie. Mais pour ne pas rester uniquement entre garçons, deux jeunes femmes talentueuses ont été invitées pour un duo, l’Ecossaise Sandi Thom (‘Don’t Look Back’) et l’Américaine Dana Fuchs (‘Can’t Get Enough’). C’est toujours aussi mordant et punchy à souhait. On a droit à un blues-rock offensif, rageur et néanmoins joyeux avec des solos majestueux. Laurence Jones connaît ses classiques, mais il sait aller de l’avant et saura séduire une nouvelle génération. Il signe 8 chansons et reprend ‘Good Morning Blues’ de Leadbelly, titre auquel il fait subir un sérieux lifting, et ‘Can’t Get Enough’ deMick Ralphs (Mott The Hoople/Bad Company). Ce disque dégage un dynamisme incontestable. Laurence Jones semble plein d’enthousiasme, sa performance est vive et ne manque pas d’élégance.
Gilles Blampain

Lisa Spada
Family Tree

Genre musical: Nu soul
Label : LALA RECORDS
Distributeur : MODULOR

Lisa Spada, après avoir vécu de nombreuses aventures collectives, toujours dans la musique, se lance en solo. Elle a de l’ambition, de la culture, du vécu. Elle embrasse tous les genres de la musique afro-américaine, qu’elle fait siens avec gourmandise. Elle est française et chante en anglais. Elle raconte une histoire, celle d’une rupture amoureuse. Edash Quata, un rappeur Malawien, lui donne la réplique. Il apporte le contre-chant, avec beaucoup de nuance. Loin d’être déprimant, l’album diffuse un parfum énergisant et positif. Trois titres majeurs se détachent : Family Tree, titre de l’album, et premier morceau, est un dancefloor killer aux sonorités 90’s. ‘My Fault’ est un gospel flamboyant, dont les chœurs sont tous assurés par Lisa elle-même, qui démontre sans emphase une phénoménale puissance vocale. Et ‘I Need You’ est totalement Funk, basé sur un sample de Curtis Mayfield. Lisa soigne sa déception en retrouvant ses valeurs familiales, mais plus encore, c’est dans ses racines musicales qu’elle va puiser des ressources, et sublimer les blessures qu’elle a subies. Ainsi le choix d’un millésime funk 1973 pour typer, avec beaucoup de classe, ‘Take Me As I Am’, joyau enfoui au cœur de l’album, est révélateur. Ce mode d’expression lui est naturel, en phase avec son propos, et lui permet de révéler ses sentiments de la façon la plus précise et intime possible. Parce que quand on crie, pleure, ou rêve, on le fait dans sa langue maternelle. Ce qui renvoie à l’idée de famille qui sous-tend l’album. Elle actionne les nombreuses manettes dont elle dispose pour ajouter des couleurs à ce portrait d’une femme blessée. La voix est maitrisée, parfois étourdissante de facilité, solitaire et polyphonique, marquée par son parcours gospel. Beaucoup de travail, grande prise de risque, franche réussite au final. Un bon disque, une véritable artiste, et, selon un témoignage direct, « une belle personne ».    
Cranberry Gordy

Little Bob Blues Bastards
Howlin'

Genre musical: Rock, blues
Label : DIXIEFROG
Distributeur : HARMONIA MUNDI

Bob is back ! Bon pied, bon œil et bien entouré. Toujours aussi inspiré et vigoureux il hurle à la lune comme un beau diable. La fougue, le charme, le rythme et la puissance demeurent inchangés. Rock’n’roll fever and blues will never die, le slogan brodé sur l’étendard de sa révolte est toujours d’actualité. Son combat il le mène en musique. Il chante les exclus, les paumés, les tranches de vie abîmées par les boulots sous-payés, les coups durs. Mais il sait aussi que le quotidien est également fait de menus plaisirs et de solidarité. Et puis il y a l’amour, la femme de sa vie ; sous le Perfecto il y a un cœur qui bat. On sent la passion et l’authenticité. Bob hurle et ses Bastards se rassemblent en meute à ses côtés. La batterie de Jérémie Piazza assure un tempo d’enfer, les riffs de Gilles Mallet soutenus par la basse de Bertrand Couloume sont d’une redoutable efficacité et l’harmonica de Mickey Blow vient illuminer l’ensemble façon stroboscope. Little Bob signe 10 titres, reprend Captain Beefheart (‘Zig Zag Wanderer’) et Louis Armstrong (‘The Blues Are Brewing’). Le bonhomme a du mordant et une bonne dose de feeling, avec la maturité la rébellion ne s’est pas estompée. En 39 minutes tout est dit et comme d’habitude, c’est puissant, solide et ça prend aux tripes. Les amateurs vont être comblés.
Gilles Blampain

Magic Buck
This Magic will Buck you up !

Genre musical: Folk-blues
Label : FRENCH BLUES / LA FISSURE PROD
Distributeur : www.magicbuck.com

Il manquait une prestation live dans la discographie de Magic Buck. Voilà qui est fait. Et en double exemplaire : 9 titres sur un CD (39 mn), 10 sur l’autre (44 mn). L’enregistrement s’est fait au cours de deux soirées fin décembre 2014 dans l’intimité du petit café-théâtre 7ème Vague à Toulon où l’on sent la communion, voire la connivence qu’il y a entre le public et l’artiste. Maîtrise et décontraction semblent avoir été au cœur de ces concerts. La prise de son est parfaite pour un répertoire qui n’est pas étranger à ceux qui connaissent déjà l’artiste. La formule est inchangée, il s’agit toujours d’un blues résolument acoustique, fait à l'ancienne mais dans un état d’esprit actuel. Comme à son habitude, Buck sait faire varier avec bonheur les atmosphères d’un titre à l’autre. Perché sur son tabourin, il reste fidèle à ses guitares (Duolian, L-00, Dove) et à ses harmonicas et les inflexions de sa voix chaude et agréable se font âpres ou veloutées selon le titre interprété. Toute la force de ce double CD réside dans la  simplicité d’exécution et le résultat est vraiment excellent. Buck rompt la solitude pour une seule chanson, ‘Coyote Dance’, pour laquelle il est rejoint sur scène par son complice Toni Zombi venu avec son banjo. Il se dégage de ces représentations un vrai sentiment de plaisir partagé et on se laisse gagner par l’esprit festif qui traverse cet album. Magic Buck sort ce double CD pour fêter ses 50 ans et cette production de qualité présentée dans un très beau digipack célèbre l’évènement de belle manière.
Gilles Blampain

Pops Staples
Don't Lose This

Genre musical: Gospel en forme de ballade rock
Label : DBPM RECORDS
Distributeur : ANTI RECORDS

Quinze ans après le décès de son père Roebuck, dit Pops, Mavis Staples termine l’album qu’il avait laissé sur le feu, d’où peut-être son titre : Don’t Lose This, et le goût d’inachevé de certaines chansons (‘The Lady’s Letter’). Mavis remet au travail deux Staples Singers, ses frangines Cleotha et Yvonne, et recrute aussi chez les Tweedy, la belle-famille de sa fille : Jeff Tweedy, songwriter et ci-devant bassiste, et Spencer Tweedy à l’excellente batterie. Scott Ligon pose un peu de piano électrique ici, un peu d’orgue là. L’album posthume de Pops Staples (celui de Mavis, en fait) libère ce gospel tendre et intime qui fut la marque des Staples Singers, mouillé de soul et d’un peu de blues. Plus une vulnérabilité vraiment émouvante dans le chant voilé du vieil homme (qu’on ne saurait qualifier autrement que gentil et beau), dans ses mélodies placides, incantatoires, dans ses arpèges de guitare vacillants, estompés par un trémolo d’ampli, arpèges de ballade rock qui sonnent exactement comme ceux que Peter Gunn, celui des Inmates, brode sur les tempos lents. Né au pays du blues, Pops est un guitariste fin, ce que donnent à entendre arpèges et basses de ‘Better Home’, ou la rythmique un peu funky de ‘Gotta Serve Somebody’ (fausse prise live ?). Ce titre propose aussi l’unique solo du disque, exécuté avec un doigté rappelant celui de Robert Cray. Pour apprécier le jeu du batteur, il y a ‘No News Is Good News’ où Spencer Tweedy fait donner la fanfare d’un poignet magistral. Porté par ses chœurs rasants, l’album a un métabolisme lent mais inexorable. Comme souvent, sa puissance se mesure, non à l’énergie frontale que le groupe produit, mais à l’énergie plus insidieuse que l’auditeur reflète comme un miroir de vérité. Il convient de glisser sur ‘Sweet Home’ (deux voix, une guitare) qui, outre ce goût d’inachevé signalé plus haut, est insipide et un peu trop mollasson. ‘Love On My Side’, plus charpenté, est chanté par Mavis. On recense encore deux traditionnels, dont l’inaltérable ‘Will The Circle Be Unbroken’, et trois covers, notamment le (faux ?) live ‘Gotta Serve Somebody’, emprunté à Dylan. Don’t Lose This est un album de très vieux rock’n’roll. Glisse une autre piécette dans le tronc, baby !
Christian Casoni

Raphael Wressning
Soul gumbo

Genre musical: Soul, folk, blues
Label : PEPPER CAKE
Distributeur :
ZYX-MUSIC

Raphaël Wressnig réalise avec ce nouvel album un enregistrement ambitieux. Spécialiste de l’orgue Hammond B-3 (qui se joue avec les mains et les pieds) l’artiste est certes inspiré par les maîtres du passé, mais il impose son propre son et une ambiance très actuelle. Pour cette production, il a fait le voyage à la Nouvelle Orléans pour ce très savoureux Soul Gumbo.Il  nous sert neuf morceaux dont 4 instrumentaux de blues, jazz, r’n’b, funk et soul en compagnie de noms familiers comme Alex Schultz (guitare), George Porter Jr (basse), Stanton Moore (batterie) et quelques cuivres bien trempés. Ajoutons à ce beau monde quelques invités de marque, Walter 'Wolfman' Washington (guitare et chant), Jon Cleary (piano et chant), Larry Garner et Tad Robinson qui ont laissé leurs instruments et qui sont juste passés pour chanter. Pour cette production tout le monde s’est donné à plein régime et, porté par des voix fortes, des guitares excitées, des cuivres tendus, l’orgue se fait tour à tour mutin ou dramatique. De belles montées en puissance tempérées par quelques tempos plus calmes donnent un ensemble très dynamique avec un groove intense. S’il s’inspire des musiciens néo-orléanais, Wressnig ne renie pas ses maîtres de la vieille Europe et rend hommage à son compatriote viennois, Joe Zawinul, avec le jazz funk instrumental ‘Slivovitz For Joe’. Avec ce disque Raphael Wressnig créera certainement des liens entre les amateurs de blues, de jazz et de funk.
Gilles Blampain

Rene Miller
Rene Miller

Genre musical: Delta progressif, hillbilly boogie
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur :
renemillersweddingband@yahoo.fr

Encore un Blanc avec une National et un tube de laiton qui nous fait le coup du Delta revisité. On se dit ça quand l’album démarre et, ma foi, c’est carrément vrai. Dans ce type de pèlerinage, le suivisme et le folklore sont inversement proportionnels à la personnalité du touriste. Rene Miller a vraiment trouvé quelque chose. C’est un peu comme partir de la pièce usinée pour remonter au minerai. Quand il reprend ‘Frankie’ de Mississippi John Hurt ou ‘Phonograph Blues’ de Robert Johnson, le minerai n’est pas loin. Mais il faut être bien sûr de son coup pour attaquer ‘Come Together’ (Lennon) ou ‘Highway 61’ (télescopage de Big Joe Williams et Dylan), et revenir aux limbes d’une mélodie. Miller, Américain de Paris, s’est entouré d’un contrebassiste anglais (Stephen Harrison) et d’un harmoniciste français (David Chalumeau). Il exploite la raideur et la force de sa National, pour décocher un jeu anguleux et heurté. L’élasticité est apportée par la contrebasse dont le slap, avec sa scansion percussive, s’impose comme le quatrième instrument du trio. Cf. ‘Preaching The Blues’ (Son House), l’un de ces Delta progressifs dont Miller a le secret, et qui claque pendant quatre minutes et demie sans une seconde d’ennui. Le contrebassiste Harrison montre qu’il n’en aurait pas fallu beaucoup au le blues du Mississippi pour virer rockabilly. L’harmonica se tient en retrait, se demande parfois ce qu’il fait là, mais sait sortir de ses gonds au besoin, gazouiller, lancer des éclairs et mêler ses wah-wah aux wah-wah du chant, dernier élément de cette réussite. Miller a une voix nasale, très hillbilly, qui flûte dans les aigus avec toute une gamme d’élans vintage. Ce mec a inventé une façon désinvolte d’honorer ses maîtres en les piétinant avec déférence ! Ses marathons de blues dénudés, ‘In My Time Of Dying’ (Josh White), ‘Phonograph Blues’, ‘Special Rider Blues’ (Skip James) et ‘Preaching The Blues’, sont un peu ses ‘Midnight Rambler’. Le terrain a beau avoir été balisé et rebalisé, dans les capillarités il y avait encore une veinule, une artériole à prendre. Bien joué, Miller !
Christian Casoni

Robben Ford
Into the sun

Genre musical: Blues coloré
Label : MASCOT
Distributeur :
PROVOGUE

Il est toujours plaisant de découvrir un nouvel album de Robben Ford car avec ce garçon, aucune mauvaise surprise, c'est en principe gagné d'avance. Dix-septième album solo pour cet artiste qui occupe le haut du panier (on dépasse la trentaine en comptant les participations). Après avoir, par le passé, collaboré avec des stars du rock comme George Harrison, Kiss et quelques autres tout aussi renommés, Robben Ford est revenu à ses racines blues, on l'a vu avec son dernier album. Quelques invités de renom sont venus apporter leur touche personnelle pour enluminer ce brillant Into The Sun. Keb Mo le bluesman multi awardisé est invité avec Robert Randolph, dieu de la pedal steel sur le titre  ‘Justified’. La jeune et souriante ZZ Ward vient placer sa voix pour un duo avec le maître de cérémonie sur le tranquille ‘Breath Of Me’ On trouve aussi la guitare, mais pas la voix, de Warren Haynes sur le titre ‘High Heels And Throwing Things’ qui immanquablement fait taper du pied. Autre guitariste de renom, Sonny Landreth, pose sa slide au style reconnaissable entre tous sur  ‘So Long 4 You’. Dernier invité, et pas des moindres, le jeune surdoué de la six cordes, Tyler Bryant sur ‘Stone Cold Heaven’. Et à part ça, me direz-vous ? Ça roule, pas un titre qui ressemble à l'autre, l'inspiration de cet artiste semble sans limites. Sonorités et rythmes variés, ballades, blues, rock... Onze titres à écouter et réécouter pour attaquer le printemps avec le sourire.
César 

Romano Nervoso
Born to boogie

Genre musical: Spaghetti rock
Label : MOTTOW SOUNDZ
Distributeur : LC MUSIC

‘Vieni Dallo Zio’ : un riff plombé, limite stoner, une voix rageuse, et puis cette guimbarde qui évoque le grand Morricone. ‘Maria’, slow moite adaptéde Christophe, soit ‘Aline’ rebaptisée pour l’occasion – et où, rassurons tout de suite le lecteur, les guitares remplacent avantageusement les flonflons. Hum… Un mot d’explication s’impose. Romano Nervoso, c’est avant tout Giacomo Panarisi, originaire de La Louvière, qui n’est pas précisément le coin le plus riant de Belgique. Il revendique ses origines, et un goût prononcé pour les maîtres du cinéma bis (Argento, Bava, Fulci…) qui transparaît nécessairement dans sa musique. Un goût pour le giallo, l’horreur, suscité tout gamin par l’écoute d’Alice Cooper. Côté influences musicales, ça lorgne donc du côté des Stooges ou du glam punk des New York Dolls, mais aussi des auteurs transalpins tels Celentano ou Daniele. Spaghetti Rock, comme il le dit. Interprétés alternativement dans la langue de Dante (la plus belle du monde, tout le monde sait ça – et elle ne relève pas du domaine exclusif de la variété sirupeuse) ou celle de Jeb Bush, les titres s’enchaînent, furieux, offensifs, ménageant quelques pauses salutaires (‘Psicotico Blues’, ou le refrain psyché de ‘Pussycat’), tandis que l’album se referme sur ‘In The Name Of The Lord’, où le batteur recyclé (il a tenu les baguettes pour Danko Jones… pendant trois semaines, avant que le gouvernement canadien lui refuse le visa) se mue en prédicateur fou, à l’image de Kinski dans El Chuncho. Nombreux sont ceux qui préfèrent les seconds couteaux : Seasick Steve plutôt que Clapton, les Strypes plutôt que U2… Car les amateurs de série B le savent : quand le film est réussi, ça vaut tous les Godard du monde.     
Marc Jansen