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10/20
Chroniques CD du mois Interview: ALMANAK Livres & Publications
Portrait: W.C HANDY Interview: lee o'nell blues gang Dossier: FENDER STRATOCASTER
 


Dans cette rubrique, vous trouverez une sélection de CD choisis par l'équipe Blues Again.

AVRIL 2014

Beth Hart - Joe Bonamassa
Live in Amsterdam

Genre musical: Blues rock.
Label : MASCOT
Distributeur : PROVOGUE

L’increvable discobole électrique, à l’entraînement depuis 2000, continue d’arroser les gondoles de CD et de DVD. Il avait enregistré deux albums avec Beth Hart et, comme c’est une bonne affaire, il l’avait embarquée dans cette tournée en Europe du Nord qui s’était achevée ici, au Théâtre Carré d’Amsterdam. Quand il sort son ouragan, Joe ne l’invite pas dans une hootenanny, il la confronte à des dynamos de voltage équivalent, ses sidemen, guitare bis, claviers et même, un soir, ce trio de pavillons (saxo, trompette, trombone). Joe déjà, son ampli engloutit assez de courant pour chauffer une commune de 14 000 âmes, à peu près autant de jus que la Beth Hart Power Corp. est capable d’en injecter dans le réseau. Tout ça pour dire qu’on n’a jamais l’impression d’entendre un récital de harpe et que l’équilibre des forces est parfait. Joe reste intense et mesuré de bout en bout et Beth, chanteuse phénoménale, ne dérape qu’à deux reprises dans des vocalises hystériques à la Joplin. A trois titres près, on a ici l’intégrale des deux albums studio, Don’t Explain et Seesaw, donc du blues-rock (extensions soul, swing, cabaret), beaucoup de reprises, de Louis Armstrong à Melody Gardot, beaucoup de décibels et de passion en séquences bien construites (apogée sur ‘Strange Fruit’). Rien à redire… sauf un petit problème d’énergie, non celle que le groupe décharge mais celle que l’auditeur reçoit. Il y a forcément de la déperdition sur la longueur. Quand on s’est habitué à tant de richesse, on finit par décrocher. Ce n’est pas que la mariée soit trop belle, c’est qu’elle est un peu grasse. Mais c’est un genre.
Christian Casoni

Chicken Diamond
My name is Charles ‘Chicken’ Diamond

Genre musical: Blunk metaloïde
Label : BEAST RECORD
Distributeur : CARGO

L’ultime coulée a été débitée en rails et en plaques d’égout depuis longtemps. Dans sa steppe ferrugineuse, le possédé de l’est pleure encore le train à bandes. Son chant est une déflagration continue, comme s’il sortait d’une cuve d’acide et crachait sa gorge loin de la bouche. Ce blunk sidérurgique est son troisième verdict laminé dans la soupente, un exorcisme qui tourne mal, Jr Kimbrough explosé par Belzébuth. Faudrait pas croire que Chicken soit devenu caressant avec nos amis les vieux parce qu’il se fait appeler Charles. Les mamies ne lui disent toujours pas merci. Dylan non plus d’ailleurs quand il découvre la Onzième Plaie d’Égypte, dont le Livre de l’Exode ne dit rien (‘Maggie’s Farm’). Danelectro U2, Old Kraftsman et Kay N-1 broyées dans ses moulins à deux balles, pilonnages grande-enclume, scolioses de guitare free punk, larsens découpés ici et recollés en éventail là-bas, Chicken fabrique des créatures soniques régressives qu’il pétrit et décolore jusqu'au matin primal du blues. Le gospel avant Dieu, dans la convulsion des limbes. Parle, Howlin’ Werewolf ! « Je joue beaucoup en drone avec le pouce, ça sonne forcément hill country. Mais cette fois je voulais des boogies plus lourds. Avec un peu de disto, la Kay sonne vraiment comme ‘How Many More Years’. »Dans cette échappée vers la cellule-souche, deux éruptions mémorables : ‘(I Don’t Wanna Be A) Reptile’ – le titre est déjà un chef d’œuvre – où le petit Korg file en modulation de fréquences, et ‘Motorcycle’ qui boulonne la tête dans le moteur. Et soudain, comme un couinement résiduel : « This ain’t rock’n’roll, this is genocide ! »
Christian Casoni

Cisco Herzhaft
Good hand

Genre musical: Blues tradition et modernité
Label : BLUES'N'TRAD
Distributeur :www.cisco-herzhaft.com

Attaquer de front le quatrième album signé Cisco Herzhaft, c’est comme exhumer les racines de toute la musique qu’on aime : on sait par avance qu’il y a aura du sang, de la sueur, des larmes, mais aussi de l’humour doré à l’or fin et des plages de guitare ébouriffantes de feeling. Le bonhomme à lui seul constitue un pan complet du blues made in France, quand bien même il porte ses estocades sur les routes poussiéreuses de la planète entière, avec des milliers de dates à son compteur, autrefois compagnon de scène de John Lee Hooker, représentant l’Hexagone à l’International Blues Challenge de Memphis en 2012, toujours prêt à explorer l’infinie palette de sensations que procurent ses six cordes diaboliques soudées à l’âme humaine. Avec Good Hand, Cisco transcende les codes en s’arrimant à la sobriété primitive du genre, façon picking ultra personnalisé et rythmes lancinants qui tambourinent dans les veines, parfois accompagné de ses amis Brimeur, Cassotti ou Free 4 Funk à la contrebasse et à la batterie, sans oublier les traits cinglants d’harmonica de Guy Bélanger et de Terry Bean. Les onze morceaux enregistrés ici tressent le fil d’un périple enchanteur au long des berges de tous les fleuves du monde, pourvu qu’ils charrient l’amour et les cris du cœur. Le propos à chaque fois nous bouleverse en quelques mots choisis. Sur le monumental ‘Bentonia Mississippi’, Rockin’ Squat vient même ajouter les spirales de son rap pour donner à la pièce une tonalité universelle. Comme quoi en pariant sur l’expérience, la poésie, la maîtrise technique et le retour aux sources, il est possible de réinventer la lumière.
Max Mercier

Harry Hope's
From south to west

Genre musical: Chicago blues
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur :
facebook.com/harryhopesband

Crakos, on ne compte plus le nombre de groupes qu’il a montés, depuis quinze ans, aux confins des Yvelines, ni les calories brûlées dans sa course au Chicago-blues. Le dernier combo en date s’appelait Blue Stuff et Philippe Decarra, l’intraitable chanteur-harmoniciste qu’on surnomme Crakos avec un respect craintif, avait admis quelques infidélités au South-Side, tolérant une touche plus colorée, plus festive, rhythm’n’blues. Ses vieux démons ont repris le dessus. Voici Harry Hope’s, nom d’un club de Cary (Illinois) où Muddy Waters s’était produit pour son dernier live, Mississippi Muddy Waters. Le puriste Crakos retrouve deux vieilles connaissances, son bassiste Éric Pol et son batteur Dominique Puglisi. A la guitare ce coup-ci : Franck Somon. Pas de problème, le groupe fait le job comme on dit en ce moment, souple et finaud, rigoureux. C’est toujours un petit exploit de faire monter sept super-standards de blues avec autant de sobriété, de pertinence et d’abnégation. On craint d’abord un manque de conviction à l’ouverture : ‘Going Down Slow’, la vieille complainte de Jimmy Oden. Peut-être était-ce une erreur de placer cette chanson en amorce ? Mais on revient très vite à de meilleurs sentiments, dès ‘Checking On My Babe’. A partir de là l’album s’ouvre sans résistance, avec désinvolture, jusqu’à son terme : ‘Dust My Broom’ (d’une fraîcheur étonnante) et ‘Going To The River’. Harry Hope’s ne s’en raconte pas, il sait pourquoi il joue ce blues et pourquoi il a enregistré ce disque. Pour la scène. Harry Hope’s veut voir les gens.
Christian Casoni

Kenny "Blues Boss" Wayne
Rollin’ with the blues boss

Genre musical: Blues, soul, boogie, rock...
Label : DIXIEFROG
Distributeur : HARMONIA MUNDI

Ne pas se fier au surnom de Blues Boss qui pourrait être réducteur car la palette de Kenny Wayne est assez large. Les deux premiers titres sont un peu funky, on enchaîne avec un boogie et la suite ne manque pas de chaleur. Rock, boogie, soul, blues et ballades, il a composé tous les titres, 11 en tout, et enregistré à domicile, à Vancouver. Pianiste dynamique (il joue également de l’orgue, Hammond ou Rhodes), chanteur expressif et chaleureux, Kenny Wayne crée l’atmosphère avec une voix chaude et capte son auditoire avec gaîté et finesse. L’ambiance générale qui se dégage de l’album est plutôt cool et le plaisir d’écoute ne faiblit pas au long des 38 minutes que dure le disque. L’ensemble ne manque ni de caractère, ni de charme. Citer tous les musiciens et choristes qui entourent Kenny Wayne et qui sont réellement au top serait trop long tellement ils sont nombreux. Mais n’omettons pas deux invités de marque, Diunna Greenleaf venue chanter avec le Blues Boss ‘Baby, It Ain’t You’ et Eric Bibb qui a également répondu présent pour chanter mais aussi jouer de la guitare sur ‘Two Sides’. Son ami Duke Robillard dit au sujet de Kenny Wayne : « C’est un pianiste monstrueux, un chanteur expressif, il capture l’essence du blues et du boogie à l’ancienne tout en sonnant totalement frais et contemporain ». Que dire de plus ?
Gilles Blampain

Leadfoot Rivet
One night on the road – Live

Genre musical: Blues, soul, etc...
Label : DIXIEFROG
Distributeur : HARMONIA MUNDI

Ça démarre avec un instrumental, ‘Funny Bone’, une reprise de Freddie King. Capté sur la scène du Ziquodrome à Compiègne en 2009, Leadfoot Rivet livre une prestation pleine de fougue et de feeling qui passe du blues à la soul music avec un égal bonheur. Il est entouré de compagnons de longue date qui font partie de la crème des musiciens, ceux qui donnent toujours le meilleur d’eux-mêmes, Pat Boudot-Lamot (guitares, mandoline), Slim Batteux (claviers), Chris Mellies (basse), Vincent Daune (batterie) et le show tourne comme une mécanique bien huilée. La voix est forte et bien posée, le groove est puissant et le souffle tonique. On ressent l’enthousiasme et la hardiesse dont font preuve Leadfoot Rivet et ses acolytes, c’est chaleureux, vivant et radieux. La set list est assez variée, on passe d’un titre d’Eric Bibb, ‘Between A Woman And A Man’ à un traditionnel ‘Swing Dat Hammer’ en allant vers des sonorités plus funk mais toujours dans une parfaite cohérence. On se laisse embarquer par ce joyeux band et on en redemande quand l’invité surprise qui n’est autre qu’Amos Garrett vient prêter main forte avec sa Fender pour les 2 derniers titres. Voilà un enregistrement live qui peut se recommander comme une friandise dans laquelle le mélange des saveurs flatte les sens. C’est un disque généreux qui vous transporte pendant un peu plus de 40 minutes qui semblent bien trop courtes.
Gilles Blampain

Les Witch Doctors
Libres

Genre musical: Chansons françaises rock'n'roll
Label : REBEL MUSIC
Distributeur : SOCADISC

Le troisième album des Witch Doctors arrive pile avec le printemps, la saison qui colle le mieux à sa fraîcheur. Premières impressions, en vrac : rock’n’roll, shuffles montés sur vérins hydrauliques, textes en français, mélodies accrocheuses, une belle voix claire qui fait de la surface et se perche avec aisance, d’irrépressibles envies de solos rapidement satisfaites. Les trois guérisseurs normands incarnent à leur tour, et de quelle façon magistrale, une sorte de chanson française rock’n’roll. Ils rejouent les sixties hexagonales avec l’expérience d’une légende américaine définitivement digérée, ce fumet de rock alternatif qui se répandait sur la pop tricolore au détour des années 80 et 90 : Garage Psychédélique Suburbain, les Innocents, les Calamités. Oui, ce sont toujours un peu les mêmes références, avatars triomphants de cette variété débridée par cinquante années passées à acquérir le rock’n’roll, à s’en faire une cause naturelle, à se décomplexer des poètes maudits du Lagarde & Michard et de tous leurs épigones de la rive gauche. Jean-Christophe Pagnucco chante, basse (dobrote et guitaresèche aussi, ma non troppo), Emmanuel Desnos riffe et solote (fluide et intense), Olivier Gebenholtz tape ces douze ‘Da Doo Ron Ron’, portés par une conviction rock’n’roulante très affirmée, toujours un œil ouvert dans le rêve, comme ces réminiscences de ‘Who’s Been Talkin’ dans ‘Nuit d’Orage’ (il y en a quelques autres). Évidemment, théoriser c’est réduire l’immense champ de liberté qu’est paradoxalement devenue l’époque discographique actuelle, avec sa nouvelle candeur et ses autoproductions à but non-lucratif. La dictature de la branchouille n’a heureusement plus cours, et toutes les utopies sont permises. Après ces commentaires abstraits et interchangeables, que chauffent les lampes, que vibrent les gorges et les peaux… et que leur joie demeure !
Christian Casoni

Lorenzo Sanchez
Amnesico blues

Genre musical: Blues world
Label : Autoproduit
Distributeur : contact@bbbassociation.fr

Lorenzo Sanchez, basé dans l’est de la France, est le type même du garçon discret qui vit intensément son art et sait le faire partager. Toutes ses compositions sont interprétées en andalou, d’une voix claire, douce,  qui semble presque fragile et ses parties de guitare sont d’une richesse et d’une intensité qui donnent le sourire grâce à une maîtrise sans failles de son instrument. Trois musiciens sont là pour l’accompagner, sans oublier les chœurs féminins (sur le premier titre). On trouve quelques unes de ses vieilles connaissances. Le batteur Patrick Machenaud qui était déjà à ses côtés au sein du Brachay’s blues band avec Miguel M. Le bassiste est Philippe Dandrimont qui a bossé entre autres avec Charlie Fabert, tout comme  Philippe Billoin que l’on trouve aux claviers. Le blues est présent dans les douze compositions de cet album, un blues qui s’ouvre sur des colorations…disons…world. Ce vieux routier de la six cordes sait manier le bottleneck pour des glissades enchanteresses, comme dans cette ballade ‘Inolvidable’ dont l’air reste gravé dans la tête après écoute, ou bien dans ‘Mamaita’, ‘ Veneno’ ou aussi l’instrumental ‘Jamugo’ qui a un petit côté progressif. Un autre instrumental ‘Luis’ termine ce bien beau digipack à la guitare sèche. Pas besoin de maîtriser l’andalou pour se procurer cet album, du moment que l’on sait apprécier les bons musiciens.
César

Malted Milk
On stage tonight ! 

Genre musical: Funk, soul, rhythm'n'blues, blues
Label : DIXIEFROG
Distributeur : HARMONIA MUNDI

C’est une première ! Une grande première ! Réjouissons-nous mes frères et mes sœurs, il est là, le premier live de Malted Milk. Imaginez : La grosse machine à groove, bien huilée, est sur les rails, en tournée depuis trois ans et pour l’arrivée en gare de Nantes (son pays) elle se pose pour souffler sa puissance et délivrer son feeling imparable. Une des (si ce n’est la) meilleures formations du genre sur le continent européen. Le groupe, pour l’occasion a été agrémenté d’une section cuivres complète et de choristes pour augmenter la pression de l’étuve où s’exprimaient aussi quelques invités tels que la charmante Nina Attal qui tenait le micro pour la soul ‘Sweet Baby’ l’harmoniciste Kevin Doublé et 20SYL aux platines qui tenaient le public en haleine pour un titre qui commençait blues pour finir funk bouillant torride ‘Down The Road’ Quant au soulman Karl W. Davis, il tenait le devant de la scène avec un de ses titres  ‘Soulshine’. Le groove de ‘Nola Dance’ voyait s’affronter le trombone de Vincent Aubert à la trompette de PM Humeau sous les vivats d’un public complètement capté par la tension qui régnait grâce à un pack rythmique sans faille. Pour que les murs de la salle de concerts (le Stereolux) n’explosent pas, quelques titres plus calmes étaient proposés, ‘Hope She Believes In Me’ et ‘True Love’. Le boss du label Dixiefrog, Philippe Langlois, ne s’est pas trompé en signant une fois de plus ces Nantais explosifs.
César

Myles Sanko
Born in black and white 

Genre musical: Soul
Label : Autoproduction
Distributeur : mylessanko.bandpage.com

L’album démarre avec ‘High On You’. La section de cuivres installe une ambiance soul parfaite. On est en 1967, directement projetés dans un monde en noir et blanc. La voix de Myles Sanko prend le pouvoir sans négocier. Energique, précise, sobre. On se dit que c’est le tube, et que c’est déjà pas mal pour un premier album. Trois minutes plus tard, démarre ‘So Hard To Stop’, et tout ce qui a été révélé lors du premier titre gagne en évidence. C’est le deuxième tube, plus fort que le précédent. ‘Distant From You’ marque une pause, et nous fait atterrir en 1974. On est en première classe, on commence à se détendre, encouragé par le confort des sonorités familières. Et sans prévenir, le sommet de l’album vient nous bousculer. D’où vient ‘Come On Home’ ? jusqu’à présent, on assiste à un exercice vintage stylé de feelgood music, mais là on bascule dans une dimension intime. L’expression de sentiments puissants, une gravité, mais sublimée, revendicative, digne, et au final victorieuse. Comme ‘Let It Be’ ou Paul McCartney évoque la disparition de sa mère en essuyant ses larmes d’un revers de main (alors qu’avec ‘Julia’ John Lennon les laisse couler sur ses joues). Et le son ! C’est celui de Robert Margouleff, triturant les potentiomètres de son Moog 3 et offrant à Stevie Wonder un accompagnement légendaire dans ‘Living For The City’. On est en 1973. ‘Don’t Le Me Down’ prolonge le trait par l’utilisation du clavinet, et un groove mid tempo efficace. ‘Goodbye Lady Goodbye’ c’est le troisième tube, plus fort que les deux précédents : urgence du clavier, puissance de la batterie, évidence de la basse, précision de la guitare. Myles n’a plus qu’à développer une mélodie implacable pour nous emmener dans le Soul Train Line. ‘Sea Of Fire’ peut clore la réunion, tout le monde est déjà d’accord. Sept titres, tous réussis, une force de conviction et une grande retenue. Depuis combien de temps n’a-t-on pas écouté un album dont tous les titres sont bons ? Myles réussit à imposer sa vision en empruntant les codes du meilleur de la soul millésimée sans tomber dans le piège du film en costumes. On est en 2014.   
Cranberry Gordy

Neal Black & The Healers
Before daylight 

Genre musical: Blues rock
Label : DIXIEFROG
Distributeur : HARMONIA MUNDI

Toujours plein de punch et avec une verve acérée Neal Black revient en force avec ce nouveau CD qui signe 20 ans de collaboration avec le label Dixiefrog. Il s’attaque à ce rêve américain qui, s’il ne s’est pas évanoui au niveau spirituel, est moribond sur le plan social. Il parle de la faillite d’une idéologie qui laisse trop de monde sur carreau. Religion, justice, misère, société de consommation, politique, sont chroniquées avec un verbe corrosif. De superbes blues teintés de rock, apportent une réelle tension pour soutenir le propos, et il y a toujours cette voix âpre et virile, à croire que les cordes vocales sont gargarisées à la testostérone. Avec un jeu brillant qui ne manque cependant pas de délicatesse et une approche musicale très personnelle, hors des courants et des carcans musicaux, Neal Black joue son propre style. Il signe 8 des 10 titres, reprend Willie Dixon (‘Mama’s Baby’) et réarrange un traditionnel (‘Goin’ Down The Road’). Une fois encore Neal Black est superbement entouré ; les Healers sont Mike Lattrell (claviers, mandoline, accordéon), Kris Jefferson (basse, percussions), Randy H (guitare acoustique), Dave Fowler (batterie) et Bako Mikaelian (harmonica). Pour ce répertoire et cette rubrique typiquement américaine, le producteur Neal Black a réalisé son ouvrage, enregistrement et mixage, dans le sud de la France.
Gilles Blampain

Nico Backton & Wizards of Blues
Down the line

Genre musical: Americana
Label : NAKED
Distributeur : BERTUS

Wizards Of Blues… Bigre. Avec une prétention pareille, ils n’ont pas intérêt à mégoter. Et ils ne mégotent pas. Backton est un bluesman belge vivant en France, plutôt porté sur la guitare acoustique que sur la pédale wah-wah, même si les contrepoints d’électricité sont toujours bienvenus. Down The Line est le troisième album enregistré avec les Wizards, un bel album sombre, charnu et inexorable. Pour le style, on peut risquer le terme americana, tirant davantage sur le blues que sur la country (malgré ‘Train Train Train’), avec quelques touches de gospel nu, façon chorale à une voix. La substance de l’album s’organise autour de ce chant grave et doucement dramatique. Backton chante comme un saxophone baryton. Ses chansons ont une masse conséquente, et circulent en vagues amples et profondes. Trois reprises. ‘Good Morning Little Schoolgirl’ prend un bon petit coup de jeune avec ses sinuosités de blues-rock placide (Backton n’est pas un échevelé). Les deux autres covers sont tout aussi remarquables, le ‘Down In Mexico’ des Coasters, avec un timbre qui rappelle celui de Bob Hite, et ‘The Boll Weevil’, un traditionnel interprété avec ferveur et dignité. Neuf compos. Elles ont, elles aussi, la patine des grands airs du répertoire, mis à jour par des musiciens dans les mêmes dispositions que le Belge : très bons, sobres et pertinents. Nico Backton joue les guitares, acoustiques et électriques, la boîte à cigares et les claviers. Autres guitares, exclusivement électriques celles-là : Thierry Lopez. Basses et trombone : Jean Denux. Batterie et percus : Philippe Dourou. Plus quelques potes, qui sont entrés chez Backton parce qu’ils avaient entendu des riffs de blues derrière la porte.
Christian Casoni

Rod Barthet
Les filles à l'écoute

Genre musical: Pop inspirée
Label : BIG BEAT
Distributeur : NAÏVE

Un disque de pop music avec des morceaux de blues dedans à ranger à côté de Bashung, Paul Personne, Hubert Felix Thiéfaine ou encore Michel Jonasz. Bon guitariste, Rod Barthet envoie de puissants riffs, on entend parfois dans certains titres des accents stoniens ou des échos de Santana et quand les rythmes se font plus lents le ton n’est jamais fade. Il y a une réelle dynamique dans cet enregistrement où l’on sent de la fantaisie et du plaisir. Rod Barthet fait partie de ces artistes nationaux peu connus du grand public mais qui tourne pas mal hors des frontières de l’Hexagone. Cela fait des années qu’il se réclame du blues et a partagé certaines scènes avec de grands maîtres du genre comme Jimmy Johnson, Bo Diddley, Wilson Pickett, Joe Louis Walker ou même Mr. John Lee Hooker. S’il puise son inspiration musicale dans le blues, le rock ou la soul, ses textes, bien ficelés, sont made in France et chantés de façon à accrocher l’oreille. L’écriture est simple mais ne manque pas de saveur. Pour cette nouvelle livraison Boris Bergman a signé la moitié des textes et Rod Barthet en a profité pour reprendre de manière originale ‘Gaby, Oh Gaby’ et donner une nouvelle vie à ce tube. Une production française enregistrée à San Francisco avec des musiciens locaux.
Gilles Blampain

Three Gamberros
Lucinda

Genre musical: Country, folk, bluesgrass, trad mexicain
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : www.threegamberros.com

Chants et musique de 'La Frontera', ce trio hors-la-loi, composé de Mig Toquereau, Anthony Stelmaszack et Loretta, nous place devant un répertoire d'une autre époque. Entre bluegrass, chansons de comptoirs et d'âmes esseulées, country, blues et lagrimas mexicaines. Les reprises : 'She's Gone, Gone, Gone' de Lefty Frizzell (1965), chanson idéale quand on se fait jeter par sa meuf au même moment ; 'Rains On Me' de Tom Waits et Chuck E. Weiss, la trame et l'esprit de cet album, les larmes de mon chagrin ruissellent sur moi ; rugissement de cette maîtresse aux cordes froides et métalliques ; 'Maybe Tomorrow' des Stereophonics (2003, et oui!) ; 'Blue Moon Of Kentucky', face B du King en 54. Toutes ces reprises se confondent avec les titres originaux, tant dans le fond que dans la forme. 'Lucinda' par exemple, pourrait être une chanson de Doc Watson, tout en fingerpicking, en duo avec la belle voix de Loretta. 'Fat Suzie' et 'I Still Know How' ressemblent à ce que Tom Waits chantait aux débuts des 70's. 'Cincinnaty Baby', interprété par Anthony Stelmaszack semble piquée à Jimmie Rodgers, yodel d'origine compris. Enfin vous l'aurez deviné, c'est à une époque  aujourd'hui révolue, que ces trois Gamberros nous invitent. Et ils le font avec talent.
Juan Marquez Léon