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10/20
Chroniques CD du mois Interview: ALMANAK Livres & Publications
Portrait: W.C HANDY Interview: lee o'nell blues gang Dossier: FENDER STRATOCASTER
 


Dans cette rubrique, vous trouverez une sélection de CD choisis par l'équipe Blues Again.

AVRIL 2012

Bonnie Raitt
Slipstream

 

Genre musical: Country Rock
Compositions: 4 sur 12 (sous réserve)
Livret : Quelconque
Label : PROPER
Distributeur : HARMONIA MUNDI

Dans la famille Poussif, demandez la grand-mère. Et son prénom, c'est Bonnie. Durant ces sept années de retraite discographique, la Californienne a eu son comptant de deuils. Elle revient miroiter sous les rayons laser avec un country-rock mollasse et trop chargé. C'est en tout cas l'impression qui surnage lorsque Slipstream a cessé de tourner. Pourtant certains titres ont une allonge franchement rock ('Down To You', 'Split Decision'). D'autres sont beaucoup plus vaporeux, qui s'épanchent en de fascinantes mélodies ('Not Cause I Wanted To', ou la contemplation finale 'God Only Knows'). Pendant ses années de résilience, Bonnie s’est sans doute joué et rejoué l'album crépusculaire de Dylan, Time Out Of Mind, dont elle emprunte deux chansons et même, comme par inadvertance, un peu de sa tristesse infinie, maille filée de ce comeback bien bâti mais trop lisse et trop commercial. Pourtant encore, cette excellente guitariste cintre de beaux ponts avec une retenue très distinguée. Ni les qualités ni les bonnes intentions ne font donc défaut ici, mais ce ne sont pas elles qui impriment la mémoire. Le funk inoffensif de 'Used To Rule The World' (tout juste digne de Sheryl Crow), la version lymphatique de 'Right Down The Line' (un reggae de Gerry Rafferty), 'You Can't Fail Me Now' (qui s'englue dans ses tremolos d’ampli)… Autant de moments ternes dont ne filtre que la satisfaction pas drôle d'un travail bien exécuté. Les coupables : un son trop étale à la richesse émolliente, une voix country aux inflexions systématiques, trop lâche, écrasée par toute cette opulence.
Christian Casoni

Christian Bisio and the Blind
Mule

Love sets you free

 

Genre musical: Groove'N'Roll singulier
Compositions: 8 sur 10
Livret : Huit belles pages
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : WWW.CHRISTIANBISIO.COM

Il est ainsi des rondelles qui dépeignent la vie et piquettent un rêve de gosse dans la verdeur du monde. Un disque de Christian Bisio, dites-vous ?... Oui, Christian Bisio. Et son Mulet Aveugle, plus têtu qu’une bête de somme qui aurait biberonné la roideur des montagnes. Car ce Fenderiste trentenaire connaît bien les lieux à têtes chaudes et le salmigondis de l’existence : fondeur sur le port de Gênes puis mécanicien maritime à Propriano, il ne cesse d’écumer les planches depuis une décennie, Stratocaster en bandoulière, hirsute, rieur, éclaboussant de son jeu chamarré les publics corses ou ligures. Ce premier album se veut témoignage. Ses huit compositions originales, sans négliger la superbe jaquette à l’Italienne, rappellent que l’univers du guitariste prend racine dans les foisonnantes seventies. Saccades rythmiques, son à l’ancienne, intermède acoustique, tout a mijoté dans les cocottes de Jimi et les festivals californiens à fleurs tracassophages. Mais Bisio et sa bande nous offrent aussi les boucles lancinantes du blues, les cabrioles du Dobro, la touche western sous un filet d’harmonica dans le superbe ‘As You Want’, des mélodies attachantes, la voix gorgée de soleil de Paola Gemma sur les chœurs, jusqu’à ce reggae wahwahien gonflé aux cuivres qui constitue le titre phare de la galette, complétée par deux reprises fidèles à leurs rebonds primitifs : l’attendue ‘Manic Depression’ hendrixienne et l’insolite ‘Problem Child’ de Doyle Bramhall II… Certes au chapitre des faiblesses tournillent la pâleur du chant ainsi que plusieurs similitudes entre les textes. Mais luisent au fond nos indispensables soutiens : la sincérité, la fraîcheur, le bouquet du partage.
Max Mercier

Cowboy Junkies
The Wilderness

 

Genre musical: Americana
Compositions: 10 sur 10
Livret : Digipack, belle pochette
Label : LATENT RECORDINGS/PROPER
Distributeur : HARMONIA MUNDI

Cowboy Junkies est né dans le milieu des années 80 et grave son sillon depuis, entre folk et rock, influencé par Hank Williams, Townes Van Zandt ou Bruce Springsteen. Le groupe Canadien, emmené par la chanteuse Margo Timmins, ses frères Michael, Peter, et Alan Anton a décidé de compléter encore sa discographie pléthorique Le quatuor, auteur des mythiques Trinity Session a en effet décidé de produire 4 albums en 18 mois, sous la bannière des Nomad Series. Le volume 4, sorti fin mars et intitulé The Wilderness, signe un retour à une atmosphère folk. Réalisé par le guitariste du groupe Michael Timmins au Clubhouse de Toronto, leur ville d'origine, il contient 10 titres estampillés Americana. Les thèmes abordés sont la fragilité, la solitude, la beauté, la chance, la perte, le désespoir... interprétés avec douceur par Margo Timmins. N'attendez pas d’envolées électriques, préférez plutôt de belles ballades boisées et empreintes de mélancolie. ‘Staring Man’ ou ‘The Confession Of Georgie E’ ont ma préférence. Cet effort conclut à merveille une série de 4 albums (dont le deuxième était un hommage à Vic Chesnut). Espérons une tournée Européenne du groupe pour défendre toutes ces nouvelles chansons.
Nicolas Miliani

Curtis Salgado
Soul Shot

 

Genre musical: Blues & Soul
Compositions: 4 sur 11
Livret : Informatif
Label : ALLIGATOR
Distributeur : SOCADISC

Plongeons dans les plus grandes années soul façon Motown des 60's avec ce nouvel album de Curtis Salgado ! Plongeons dès la mise au chaud de la galette dans le lecteur parce que 'What You Gonna Do ?', premier titre de ce huitième album du natif d'Everett (Washington), nous immerge complètement. L'orgue de Mike Finnigan nous y aide grandement... Et on ne sortira pas la tête de l'eau. Comme un poisson-volant, on voguera, on zigzaguera, on sautera sur l'ensemble des titres alternant nouvelles chansons ('Love Comfort Zone', 'She Didn't Cut Me Loose') et classiques du genre : 'Gettin' To Know You' de Mister George Clinton, 'Love Man' du trop tôt disparu Otis Redding ou 'Strung Out' de Johnny Guitar Watson. Les musiciens du copain de John Belushi (qui s'inspira des performances blues et R&B de Curtis pour écrire son Blues Brothers) font la différence : les cuivres Joe Sublett (sax') et Darrell Leonard (trompette), les guitares de Johnny Lee Schell ('Love Man') et Franck Goldwasser sans oublier les deux voix féminines des chœurs : Margaret Linn et  LaRhonda Steele. L'ensemble est explosif, festif, jouissif ! Comme si Curtis donnait tout. D'ailleurs, cet album renforce ce que dit souvent l'intéressé : « Always give it your best ». Vivement sa tournée !
Tristan Sicard

Dave Arcari
Nobody's fool

 

Genre musical: Raw Blues
Compositions: 5 sur 13
Livret : Sobre digipack
Label : DIXIEFROG
Distributeur : HARMONIA MUNDI

Certains décrivent son style comme trash country ou punkabilly, en fait avec une guitare à résonateur (ou pas) et des cordes vocales passées au papier de verre, l’Ecossais nous assène un blues brut, d’une simplicité évidente qui fait parfois défaut de nos jours. Arcari signe 5 titres et reprend quelques grands classiques comme ‘See That My Grave Is Kept Clean’ (Blind Lemon Jefferson), ‘Walking Blues’ (Robert Johnson), ‘Duncan And Brady‘ (Leadbelly)…en y injectant son propre feeling. S’inscrivant dans la lignée des songsters il reprend également deux superbes chansons traditionnelles écossaises ‘McPherson’s Lament’ (avec le soutien de Jamie Wilson au violon) et ‘Loch Lomond’, dans lesquelles il fait passer toute cette mélancolie qui envahit ceux qui un jour ont traversé les Highlands et y ont laissé une part d’eux-mêmes. Placé en 12ème position sur la rondelle, ‘Nobody’s Fool’ qui donne son nom à l’album, change la donne, sur un tempo country enlevé, Dave Arcari, accompagné pour ce titre par Juuso Haapasalo (basse) et Honey Aaltonen (batterie), laisse entendre une autre dimension de son expression.
Gilles Blampain

Eddie C. Campbell
Spider Eatin' Preacher

 

Genre musical: West Side Soul, comme ils disent..
Compositions: 15 sur 15
Livret : Sans plus
Label : DELMARK
Distributeur : SOCADISC

Forte présence alien sur la planète”, dirait l'omnitrix de Ben 10 (fameux manga américain), en repérant tous ces vieux cuirs de Chicago qui remontent de la cave, l'histoire de leur vie sous le bras droit, une toquante bloquée sur les fastes de leur jeunesse au poignet gauche, rockers innocemment juvéniles qui croient faire de la musique de vieux et ne réalisent pas l'avance prise sur leurs héritiers, à mesure que le temps passe et que leurs exvotos sonnent comme des épitaphes, les Eddie Clearwater, les Buddy Guy ou les Eddie C. Campbell. Eddie C. par exemple, motard, karatéka, boxeur amateur (seize KO dans les gants) a longtemps gratté pour le gotha du ghetto avant de s'établir à son compte. Spider Eatin’ Preacher est sa deuxième signature chez Delmark. Il y fait twister son blues avec une légèreté sixties qui donne aux chansons, selon l'occasion et les larrons, une touche rock ou jazzy. Une trompette et deux saxos balaient certains titres, la position des vents modifie les registres et brouille le ciel et la terre. Le ciel, la part des anges : son chant élancé qui traverse des poches d'écho, sa Jazzmaster rose sur une pointe de reverbe, qui tient un discours clair, court, insistant, et l'orgue Hammond qui se sauve toujours à pas de loup. La terre, la part des anches : les bacchanales du rhythm'n'blues sur des trépidations funk, la drague profonde des shuffles, le poids du blues avec son humour incrédule. On appelle ce genre intermédiaire de la West Side soul, depuis que son défunt pote Magic Sam faisait entrer la locution dans le dictionnaire. La West Side soul, le petit centime des années 60…
Christian Casoni

Electric Empire
Electric Empire

 

Genre musical: Soul, Funk
Compositions: 12 sur 12
Livret : Pas vu
Label : SOULBEATS
Distributeur : SOCADISC

Le nom du band pourrait annoncer un déluge de décibels alors que ce qu’on entend est beaucoup plus soyeux. Un son très vintage, ensorceleur et gracieux. Une soul estampillée seventies. Une qualité qui s’inscrit dans la veine des plus grands comme Stevie Wonder, Marvin Gaye, Isaac Hayes, Billy Paul ou Barry White. Mais ces orchestrations léchées, ces tempos funky, ces voix suaves, enfin tout ce qui ressemble à la bande son d’un film de blaxploitation, tout en s’inscrivant bien dans notre époque, arrive en fait du pays des kangourous. Originaires de Melbourne, Dennis Dowlut est à la guitare, Aaron Mendoza au piano et Jason Heera s’occupe de la batterie. Voix de velours ou voix de tête, les trois musiciens s’envolent dans de superbes harmonies vocales soutenues par des mélodies étincelantes. De subtiles volutes psychédéliques viennent parfois se glisser subrepticement dans certains titres pour que le moelleux se mette à planer. Mais tout n’est pas doux et le beat funky prend la part qui lui revient avec le plaisir évident que les musiciens y trouvent. Ce premier album, entièrement écrit et produit par le trio, est superbe dans le registre de la délicatesse et de la distinction.
Gilles Blampain

Eric Bell
Belfast blues in a jar

 

Genre musical: Blues Rock
Compositions: 3 sur 14
Livret : Simple digipack
Label : BLUES BOULEVARD
Distributeur : MUSIC AVENUE

Jar et Whiskey ! Voilà en deux mots comment faire deviner Eric Bell au jeu Taboo ! Car le natif de Belfast est bien l'auteur (avec ses comparses Phil Lynott et Brian Downey) de la reprise rock, très rock, d'une chanson traditionnelle irlandaise 'Whiskey In The Jar'. On retrouve bien le titre sur cet album live. Et quelle version ! Plus de 10 minutes scéniques de « musha ring dumma do damma da » ! Mais cet album ne s'arrête pas uniquement à ce titre. Fort heureusement ! Eric Bell livre ici un petit opus en public qui résume à lui seul quelques bonnes racines blues telles que celles chantées, vécues par les légendes suivantes : B.B. King, Van Morrison, Muddy Waters. Accompagné du bassiste Tony Wooton sur les 10 premiers titres (enregistrés en Suède), Eric Bell, avec sa voix roque et nasillarde et sa guitare slidante, nous distille un p'tit blues des familles qui fait s'échapper quelques volutes ('Hold That Plane'), s'évaporer quelques mousses sur le comptoir ('Three O'Clock Blues') et se déhancher quelques femmes sur le parquet ('Baby Please Don't Go'). L'ex-leader des Thin Lizzy revient donc à ses amours d'avant le whiskey in the jar, celles des pubs embuées et englués par les sons collants et râpeux d'un blues de Belfast aux sonorités très rock.
Tristan Sicard

Harold Martinez
Birdmum

 

Genre musical: Folk, Blues, Rock
Compositions: 9 sur 9
Livret : Digipack 2 volets
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : SOCADISC

Auparavant membre du trio Clan Edison, Harold Martinez se concentre dorénavant sur son projet solo. Accompagné de son ami d'enfance Fabien Tolosa, batteur talentueux, il livre Birdmum. Dès les premières mesures, Harold Martinez nous capte, nous ensorcelle. Entre folk rock neurasthénique et blues hypnotique, le disque est hanté par un spleen habilement mis en musique.  Abasourdi et ému par l'interprétation du chanteur Harold, ce disque est à conseiller aux fans de Bonnie Prince Billy, 16 Horsepower, Jason Molina... A ‘Faith Healer’, danse tribale enchaînée, succède la ballade folk ‘Muddy Lakes’. Le duo est à l'aise aussi bien en acoustique qu'en branchant l'ampli. Des titres comme ‘Quicksand Boy’ ou ‘White Falcon’ peuvent vous donner la chair de poule, même si on parle ici d'un autre volatile. Ce premier disque, qui trouvera des successeurs je l'espère, taille la part belle à l'émotion et à la sincérité. Longue vie à Harold Martinez.
Nicolas Miliani

Jenny Lee and the Hoodoomen
Pretty Gritty City

 

Genre musical: Blues, Swing, R'N'B
Compositions: 3 sur 7
Livret : Pochette cartonnée
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : WWW.JENNYLEEHOODOOMEN.COM

Jenny Lee and the Hoodoomen? D’où sortent-ils ? C’est la collaboration de la chanteuse et chorégraphe américaine Jenny Lee (Jennifer Milligan) avec des Hoodoomen dont le guitariste Pascal Fouquet a ranimé la flamme. Le quatuor nous ramène quelques décennies en arrière. Disons dans les années cinquante. Et ça swingue, et ça jumpe, mais avec délicatesse. Seul le morceau ‘Cool Trap’ sonne plus contemporain. La musique de Pretty Gritty City  m’impose des images de clubs new-yorkais enfumés et non pas des bords de Mississippi. A noter la participation de l’harmoniciste Thomas Troussier sur seulement, hélas, deux morceaux. Sur quatre autres, c’est Drew Davies qui tient bien en main son saxophone. Il y a dix ans, les Hoodoomen furent élus groupe de l’année. Alors, on remet le couvert ?
César

Larry Garner
Blues for sale

 

Genre musical: Blues
Compositions: 11 sur 11
Livret : Simple digipack dépliant, décevant
Label : DIXIEFROG
Distributeur : HARMONIA MUNDI

Larry Garner a sorti cet album en réponse à, je cite: « people who said in conversation, Larry, you should write a song about this or a song about that! » Et c'est ce qu'il a fait. Il y décrit les choses truculentes, drôles, dramatiques, absurdes et ironiques de la société américaine. Ainsi, le premier titre 'A Whole Lotta Nothing' s'amuse à reprendre les engueulades inutiles que nous pouvons avoir pour des sujets futiles. Le rythme y est enlevé, enjoué et accompagné par la voix de Debbie Landry. Le titre 'Talkin' Naughty'  résume les propos d'un mec au sujet des femmes américaines. Drôle et entraînant grâce, entre autres, à la basse de Shedrick Nellon. Larry Garner enchaîne du tout long, avec ce savoureux et intelligent mélange, des choses propres à la vie : générosité, passion, déception, tristesse, étonnement, etc. Côté musique, seul peut-être le saxophone de M. Mystery Man apparaît comme superflu. Ecouter ici l'état d'un ancien combattant miné par un stress post-traumatique dû la guerre menée, 'Broken Soldier'.  Ce cuivre n'apporte rien si ce n'est un peu de sirop mielleux propre à satisfaire une nuée d'abeilles ! Un bourdonnement inutile ! Pour le reste, Larry Garner montre une nouvelle fois que notre présence sur Terre n'est qu'éphémère, lui qui a subi un triple pontage coronarien qui l'a tenu éloigné des studios pendant sept ans. 'It's Killing Me' illustre ici à quel point Larry Garner ne veut plus perdre de temps en faisant « pleurer » sa guitare, comme pour montrer que cet album mélange à merveille un respect des racines du blues en développant des thèmes contemporains.
Tristan Sicard

Laurent Zerat the Doc
Route 55

 

Genre musical: Pop Rock
Compositions: 11 sur 12
Livret : Très beau livret
Label : ROCK THE DOC
Distributeur : WWW.LAURENTZERAT.NET

Voilà un disque qui ressemble à l’aboutissement d’un rêve de jeunesse avec pour titre les jalons qui ont marqué le parcours des ans. Cependant, si les années s’inscrivent au compteur de la vie, le désir reste intact, et Laurent Zerat ne présente pas cet enregistrement comme une apothéose mais comme le départ d’une nouvelle aventure. Il nous sert un pop rock de belle facture avec de savoureuses sonorités seventies où flottent des airs de funk ou de soul selon le moment. Auteur compositeur, il signe (seul ou en collaboration) tous les titres et se (nous) fait le plaisir d’un reprise de David Crosby (‘Long Time Gone’). Hommage inconscient ou clin d’œil subtil à des maîtres, certains titres nous renvoient par instants des échos de Pete Townshend, Carlos Santana, Jorma Kaukonen ou Bob Seger. Salut révérencieux aux grands absents, Zerat dédie avec tact un titre à Jimi Hendrix, Jim Morrison et John Lennon (‘Jimi, Jim and John’). Clichés rock ou tranches de vie, avec de belles ambiances et une voix agréable, entouré par François Delfin (guitares), Olivier Brossard (basse), David Salkin (batterie) et David Mirandon (percussions), Laurent Zerat nous entraîne dans son trip sans trop de difficultés.
Gilles Blampain

Lenine McDonald
Lenine McDonald

 

Genre musical: Blues progressif et poésie
Compositions: 9 sur 11
Livret : Très bien
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : BIANCHI MUSIC ET HTTP//WWW.CDLD.COM

Lénine McDonald a quitté Jesus Volt, où il tenait la basse. "J'avais le sentiment d'arriver au bout d'une piste. Je voulais explorer autre chose, fusionner mon amour du blues, du rock, et tous ces textes que j'avais écrits et besoin de faire vivre." Cet album étrange mérite un astérisque. Étrange… Pas tant que ça, finalement. Mais c'est une tournure qu'on avait perdue de vue, cette poésie intime, assez classique, presque récitée parfois, mélangée à un rock acide, un peu comme Gainsbourg du temps de L'Homme A La Tête De Chou : le glissement du spleen baudelairien, mis en shuffles, sur des transes atmosphériques. Lénine reprend d'ailleurs un titre du Gainsbourg dernière époque, 'Sorry Angel', ralenti, durci, en apostrophes de blues et demi-silences brutaux. L'inspiration de Jesus Volt est là, réminiscente, avec ses programmations rythmiques et des échafauds de blues, froids, abstraits, qui portent bien la poésie existentielle de l'auteur et l'esthétique guerre froide de l'album. "Les caractères cyrilliques signifient 'Lénine McDonald', un pseudo paradoxal qui date de mes débuts chez Jesus Volt..." Boogies désincarnés, torpeurs expressionnistes, grosses basses caverneuses, wah-wah, un blues progressif marqué par la patte de Jake El Tao, le guitariste de Jesus Volt. "Notre connivence est essentielle dans ce projet. J'ai composé une bonne partie des chansons dans mon home-studio, jouant même quelques lignes de guitare avec ma basse, mais j'arrivais à un point où j'avais besoin d'un élément extérieur pour finir certains morceaux." Autres compères, après la phase home-studio : "Nous avons enregistré guitares, voix et batteries chez Boogie Matt de Bo Weavil, qui avait récupéré les studios de Pierre Barouh en Vendée. Matt a placé une guitare, un harmo et une voix. " Soyez curieux !
Christian Casoni

Les Witch Doctors
Born on the Bocage

 

Genre musical: Blues Rock
Compositions: 10 sur 10
Livret : Couleur avec photos
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : LESWITCHDOCTORS.FREE.FR

Mes compatriotes Bas-Normands évitent avec Born On The Bocage deux écueils : chanter à tout prix en anglais et produire un album trop long. Les Witch Doctors, trio composé d’Emmanuel Desnos (guitare et chœurs), Jean-Christophe Pagnucco (basse & chant) et Olivier Gebenholtz (batterie et chœurs) réussissent à nous divertir d'un blues-rock dans la langue de Bourvil, à l'heure ou trop de groupes poseurs se sentent dans l'obligation de faire rimer binaire avec reine-mère. Le groupe Caennais, lauréat du dernier tremplin Blues sur Seine (catégorie blues électrique) nous livre 35 minutes (c'est suffisant pour faire un bon album) de compositions originales (10 au total, signées Jean Christophe Pagnucco), avec des textes plein d'humour, explorant des thèmes blues,  d'actualité... « Je n'ai plus d'argent, je ne trouve pas de travail... », le tout dans un habillage musical efficace. On pense bien sûr aux références du genre en France que sont Bill Deraime, Patrick Verbeke, Paul Personne... Le rock’n'roll d'un Chuck Berry, n'est jamais loin et le boogie de ces enfants du bocage fera trémousser d'heureux spectateurs cette année encore.
Nicolas Miliani

Lightnin' Guy
... Play Hound Dog Taylor

 

Genre musical: Houserockin'
Compositions: 11 reprises
Livret : Super
Label : DIXIEFROG
Distributeur : HARMONIA MUNDI

C'est une histoire belge. Trois sujets de sa Majesté Albert II rendent hommage à Hound Dog Taylor dans un club de Diest, un soir de l'été 2011. Guy Verlinde, alias Lightnin' Guy, slide et chante. Il chante bien, il a un vibrato main-gauche terrible et un bon funk main-droite. Bart Mulders, alias Brewer Jr., tient la guitare-qui-joue-la-basse-comme-chez-Hound-Dog-Taylor. Erik Heirman, alias King Berik, gouverne la batterie. Le style Hound Dog a ses limites et, dans son salon, on n'entend pas forcément vibrer la membrane des amplis. De plus, l'exercice de l'hommage suppose un assujettissement au modèle, surtout quand on le sert avec respect. Et Hound Dog faisait surtout dans la monochromie. Les trois Belges s'en sortent haut la main, avec une modestie qui ne dose ni la passion ni la puissance, ce que démontre le dernier titre, 'You Can't Sit Down', où Guy laisse briller ses compères, se contentant presque de donner le métronome, tandis que les deux de la section rythmique sortent de la mêlée à tour de rôle, pour enluminer le générique de fin. Leurs boogies sont vifs et exultants, mais ils excellent tout autant sur des tempos lents comme 'Freddie's Blues', long slow compact et trémolant qui gagne en consistance, au long de ces sept minutes trente, à mesure que l'atmosphère s'épaissit. Leur pari est assez risqué. Ils sont plus stables, moins inattendus, moins poétiques que les Houserockers originaux, mais leur position est aussi plus difficile à tenir. N'empêche, ils préservent avec panache les vertus cardinales du genre : le fun, un raffut aux riffs carillonnants, et la transmutation du son en sang, ces moments bénis où les lames de boogie deviennent des vagues de chair et où Guy, se donnant le beau rôle, commence à slider de la viande !
Christian Casoni

Loudon Wainwright III
Older Than My Old Man Now

 

Genre musical: Songwriting Country Folk
Compositions: 15 sur 15
Livret : Très bien
Label : PROPER
Distributeur : HARMONIA MUNDI

Ça commence très mal, super cool, jazzy-soul, affreux comme le Jonasz des années 90. Et ça continue de se vautrer dans une contemplation ennuyeuse, sur un déshabillé de piano puis une grisaille de cordes soporifique. Troisième plage : une sorte de talking blues sur un filet d'harmonica, rejoint au milieu par une ligne de guitare sèche vaguement Delta. Encore un talking blues aux inflexions dylaniennes, beaucoup plus rigolo cette fois et surtout plus vivant. Bon, ça va commencer à la faire, ou bien ? Plage n°5 : 'Date Line'. Même esprit mais, là, va savoir pourquoi, on est aware ! Surtout quand des cuivres entrent dans le jeu et que cette country prend une bizarre tournure jazzy. Et maintenant, cette magnifique mélodie chantée avec beaucoup d'aisance ('All In A Family'). C'est à cet instant qu'on comprend qu'on a changé de bord. Et puis ce bastringue marrant, 'My Meds', un ragtime cowboy… Plus rien n'empêche désormais Wainwright III de nous mettre sous son mouchoir, ni cet interlude de cordes… qui joue exactement le rôle d'un interlude (c'est d'ailleurs le titre), ni la ballade traînante qui suit, avec sa mélodie étrangement touchante. On passe carrément à l'ennemi avec armes et bagages, dans le camp des babas écroulés, chez le somnifère fait homme, dans le songwriting, les talking blues émollients avec leurs blagues de cabaret, les accordéons éthérés, les présomptions de cordes et, finalement, des accents passionnants, Wainwright semblant vouloir pérenniser une sorte d'entretoise entre son défunt père et ce qui ressemble fort à un enfant en bas âge sur les photos du livret. Il en est à combien, l'Américain ? Pas loin de trente albums en comptant les lives ? En guests: Ramblin' Jack Elliott, Dame Edna Everage, John Scofield et Chris Smither.
Christian Casoni

Michael Messer
National Avenue

 

Genre musical: Gloire à la slide guitare
Compositions: 10 sur 11
Livret : Digipack de base
Label : BLUES BOULEVARD
Distributeur : MUSIC AVENUE

Michael Messer a rompu les amarres avec l’Ancien Monde en pleine effervescence post-woodstockienne, pour aller tricoter à Nashville son country-blues auprès des maîtres fondateurs, avant de tomber roide amoureux d’une National Steel en 1979. Dès lors, la dextérité hors-norme du jeune Anglais, son sens du rythme et le grand forage dans les soubassements du Sud le tournèrent vers une slide attitude assumée, spectaculaire, bigrement féconde. En 1996, lorsque sort cet album National Avenue, Messer vient de souffler ses quarante chandelles. Il s’agit de son 6e disque, mais il est pressé à 300 exemplaires seulement, vite disparu du catalogue Scratch Records… Emergée aujourd’hui de l’oubli sous son format originel, l’œuvre s’apparente à un banquet versaillais pour bottlenecko-dépendants. Tout y passe, du blues’n’roll enlevé de ‘Living In Rhythm’ aux lenteurs nostalgiques de la complainte ‘Crow Blues’, accrochant le verbe des esclaves sur ‘Language Of The Blues’, mimant Chris Rea, jusque dans le grain de voix, avec l’énigmatique mais grandiose ‘Riverboat’, frappant du talon le stomp endiablé d’un ‘Rollin’n’Tumblin’’ à la renverse, visitant les pétulances hawaïennes dans le délice final ‘Tailfeather Blues’. Avec les pièces ‘Moonbeat’ et ‘Rising Sun’ jouées à la sauce juke-joint, guitare et chant secs, l’artiste se transforme en laboureur sans pitié de nos émotions volages. Terry Clarke et Sharon Vanbinsbergen assurent les chœurs, nappes moelleuses ou piques acérées qui subliment toutes les chansons. La résurrection de cette session enregistrée outre Manche vaut plus qu’une belle idée : c’est comme un signe des Dieux du Blues. Alors je, tu, il, nous croyons en Michael Messer !
Max Mercier

Oli Brown
Here I am

 

Genre musical: Blues energique
Compositions: 12 sur 12
Livret : Minimaliste
Label : RUFF
Distributeur : SOCADISC

Oli Brown nous avait emballés avec ses enregistrements précédents, il ne déçoit pas avec celui-ci. Dans ce nouveau disque, chaque note étincelle et le feeling déborde de chaque sillon. Brown envoie un blues où s’accrochent des bribes de rock et des éclats de soul. Sans renier ses grands prédécesseurs, dès le premier titre il annonce la couleur : « Je ne veux pas être Jimi ou Stevie. Je veux simplement être moi. Me voilà devant vous avec ma guitare et ma voix. Qu’est-ce que vous attendez de moi ? ». N’attendons rien d’autre que ce nous donne l’artiste car il donne beaucoup et sans retenue. Il dégage une puissance renversante avec des riffs incendiaires, soutenu par Scott Barnes à la basse, Wayne Proctor à la batterie et Joel White à l’orgue (Hammond et Rhodes). En plus, il chante bien, avec conviction et pour compléter le tableau, il signe tous les titres, seul ou en collaboration avec Ron Sayer. Si Oli Brown joue le blues par passion sans se faire d’illusions, affirmant « J’ai choisi le mauvais genre de musique pour être célèbre », il est certain que malgré son jeune âge, il brille déjà dans le club restreint des successeurs de Mayall, Clapton ou Green.
Gilles Blampain

Rob Tognoni
Energy Red

 

Genre musical: Rob ' N' Roll
Compositions: 9 sur 13
Livret : Bien
Label : DIXIEFROG
Distributeur : HARMONIA MUNDI

Chers amis bonjour. Aujourd'hui nous allons étudier « le bluesman australien » : Le bluesman australien est un animal sauvage et même très sauvage, l'une de ses particularités est qu'il est sans cesse en activité. Il est d'ailleurs fort difficile à suivre, aujourd'hui ici, demain ailleurs, c'est une bête de scène toujours en mouvement. Même lorsqu'il se laisse enfermer en studio il se comporte comme s'il était lâché en pleine nature, hurlant et suant, arc-bouté sur son arme favorite, un manche de bois orné de 6 cordes reliées à une drôle de caisse. L'objet lui permet de capturer à coups de riffs tueurs sa proie favorite, le public. Le pire est qu'une fois capturées, ses victimes en redemandent. L'individu pure race dont il est question aujourd'hui s'appelle Rob Tognoni. Ce natif de Tasmanie, en plus d'être l'un des meilleurs représentants du blues « Océanien », est devenu l'un des porte-étendards du blues-rock moderne, pourfendeur notoire de mièvreries calibrées et markettées qu'il renvoie dans le caniveau de sa lance à incendie labellisée « Sign Guitars », un luthier germain. Dixiefrog, dont on ne louera jamais assez l'éclectisme, la variété des styles et la totale liberté artistique laissée aux artistes, nous offre ici un Tognoni toujours aussi rageur, mais avec un son légèrement plus métallique et produit qu'à l'accoutumée, comme si Rob le desperado avait cédé un peu de place à Tognoni le producteur. Mais pas d'inquiétude, Raoul Volfoni l'aurait confirmé les larmes aux yeux : « c'est du brutal » !
Robert Biettron                            

Rob Tognoni
Boogie like you never did

 

Genre musical: Musique du diable...de Tasmanie
Compositions: 15 sur 15
Livret : Bien
Label : BLUES BOULEVARD
Distributeur : MUSIC AVENUE

Parallèlement à l'album sorti chez Dixiefrog (Energy Red), Blues Boulevard sort une compil des trois albums réalisés entre 2008 et 2011 par notre Tasmanien préféré. On y retrouve toute l'éclatante panoplie du killer au gros son, sa spontanéité et l'urgence de son jeu de guitare qui nous botte le cul avec hargne mais élégance. Pas de doute, il s'agit bien de blues, même si on lui ajoute le qualificatif « heavy ». Il faut rappeler que notre garçon connaît son premier déclic musical, adolescent, en 1974 un soir où un de ses potes l'emmène au concert d'un groupe local inconnu à l'époque et nommé AC/DC. Cette expérience sera pour le jeune Rob une révélation quasi mystique qui marquera définitivement son jeu : grosse rythmique plombée et lead guitar trempée dans le gros riff. Ses solos sortent tout droit de l'âme d'un homme coincé dans le purgatoire et hésitant entre les deux portes fermées devant lui. Aux dernières nouvelles il aurait ouvert celle qui mène en enfer, la preuve, cet album brûlant dont personne ne sortira intact, âmes sensibles s'abstenir, Tognoni envoie du lourd. N'hésitez-pas entre les deux albums qui font l'actualité de Rob Tognoni, offrez-vous les deux, il n'y a pas de mal à reprendre du rab de Rob !
Robert Biettron

Studebaker John
Old school rockin'

 

Genre musical: Pilonnage Blues Rock
Compositions: 14 sur 14
Livret : Un simple feuillet
Label : DELMARK
Distributeur : DELMARK

Autant l’avouer d’emblée, cette nouvelle livraison de l’expérimenté Studebaker John Grimaldi nous met à l’abri du syndrome Canada Dry : la jaquette noire et flammes fait croire à de l’alcool, et c’est bel et bien de l’alcool ! Du raide avec ça, tout droit débité d’un vieil alambic aux dosages lourds. Pour fêter ses soixante frites, le bouilleur de Chicago a convoqué autour des micros une section d’artificiers intraitables : Bob Halaj à la basse, Albert ‘Joey’ DiMarco aux fûts et Doug Organ sur le B3, le patron se chargeant du chant, de la guitare et des éruptions d’harmonica. Ces quatre-là préviennent la foule avant le début des hostilités : voilà du blues-rock dont l’unique objectif est de noyer vos soucis sous les riffs arrachés au berceau des douze mesures, dans les clubs en sueur de Windy City. De fait, dès l’entame du premier morceau, le bien-nommé ‘Rockin’ That Boogie’, on ne pense plus à rien, on frappe du pied, on laisse les transes envahir ses veines, on crie en chœur sa joie de retrouver les fondamentaux de cette musique qu’on aime !... Les quatorze flacons originaux proposés ici marient tout ce que John a ressassé pendant quarante-cinq ans, en accompagnant James Cotton, Hound Dog Taylor ou Buddy Guy : le rythme brut, l’énergie urbaine, l’éclat de la slide, les hurlements du Hohner, avec, toujours, cette voix tranchante qui trouve son fil conducteur dans la moiteur fertile des Sixties agonisantes. Old School Rockin’, enregistré sans tricheries, en son primal et goût puissant, est le miroir d’une existence en Studebaker : la scène, puis la scène, et encore la scène, pour la survie du rock versant bleu foncé qui dynamite nos corps et nos âmes à la dérive…
Max Mercier