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Dans cette rubrique, vous trouverez une sélection de CD choisis par l'équipe Blues Again.

MARS 2022

Bad Company
The Swan Song Years 1974-1982

Genre musical: Hard-Blues-Rock   
Label : RHINO RECORDS
Distributeur :
Warner Music Group

Initialement publié en 2019, ce coffret connaît une seconde vie ces derniers mois. Voilà une bonne idée, car Bad Company est un groupe aussi génial que largement méprisé. Plusieurs facteurs jouent en sa défaveur : 1/ c’est un super-groupe, 2/ il fut publié par le label des mastodontes du rock Led Zeppelin, 3/ ils furent des champions du rock de stade méprisé par les punks. Cela fait beaucoup pour une seule entité, et suffisamment pour les enterrer dans les limbes de l’histoire du rock dont tout le monde se fout. Bad Company fut pourtant l’un des plus grands groupes de rock des années 1970, ce qui explique en réalité son succès de l’époque. Après quelques essais pour remplacer Ian Gillan au sein de Deep Purple, le chanteur Paul Rodgers décide d’accepter l’offre du guitariste Mick Ralphs de fonder un nouveau groupe. Ralphs fut le bretteur de Mott The Hoople avant de s’en écarter, peu en phase avec l’orientation glam-rock imprimé par leur leader Ian Hunter. Ralphs veut faire du blues-rock mélodique, et quelques chansons de l’époque Mott The Hoople commencent à ne plus coller, notamment la magnifique ‘Ready For Love’. Elle est bien dans le style d’un groupe anglais nommé Free, séparé en 1973, si celui-ci avait poursuivi. Le chanteur de Free se nomme Paul Rodgers, et est donc depuis peu sans groupe. Il vient aux répétitions avec le batteur de Free : Simon Kirke. Quelques bassistes font des auditions, et c’est Boz Burrell, en rupture de King Crimson, qui obtient le poste. Le musicien est aussi très bon chanteur et compositeur. Frustré de n’avoir pu développer une musique plus blues-rock au sein de King Crimson, il sent que cette nouvelle formation est sa chance. Le quatuor prend le nom d’une chanson de Paul Rodgers et Simon Kirke initialement destinée à un nouvel album de Free. Signé sur le nouveau label de Led Zeppelin, Swan Song, Bad Company sort son premier disque homonyme le 26 juin 1974. C’est un succès immédiat, atteignant la première place des ventes d’albums aux USA, et la 3ème en Grande-Bretagne. Le disque sera cinq fois platine aux Etats-Unis. Le groupe a trouvé un superbe équilibre entre les mélodies de Ralphs et Rodgers, et le côté rugueux issus de la batterie puissante de Simon Kirke et de la guitare sale de Ralphs. La tournée qui suit est un immense triomphe. L’Europe se détourne toutefois rapidement du groupe jugé trop « américain », préférant David Bowie et Roxy Music.

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Bernard Allison
Highs and Lows

Genre musical: Blues, funk, rock
Label : RUF
Distributeur : SOCADISC 
    

Ça faisait longtemps que je n’avais pas écouté un disque de Bernard Allison, je le dis presqu’avec honte. A 56 ans, le fils de Luther a une vingtaine d’albums derrière lui et c’est le dixième (si j’ai bien compté !) qu’il enregistre pour le label allemand Ruf Records. On reproche parfois à Bernard Allison d’être inégal, trop rock ou trop funk… Cet album encore une fois mêle les influences. Impossible de l’enfermer dans un style. Et pourquoi pas ? Sur onze morceaux, huit sont des compositions originales, deux des reprises de son père, et une composition du célèbre producteur Jim Gaines avec qui il travaille ici. Tout ça est très pro, diversifié, agréable, la voix et la guitare de Bernard Allison sont en forme, Colin Jones et Bobby Rush font des apparitions. Un chouette album pour ma part, avec suffisamment de blues et de talent pour maintenir mon intérêt et faire passer un bon moment !
Nicolas Botti

Bubba and The Big Bad Blues
Drifting

Genre musical: Blues, rock, soul
Label : Fullerton Gold Records
Distributeur : iTunes, Spotify, Amazon 
    

A la tête de son groupe depuis une dizaine d’années Christopher ‘Bubba’ Clerc mélange avec bonheur et dextérité Texas blues, rock californien, Southern soul et rhythm’n’blues façon New Orleans. Ce brassage des genres est joué avec une grande ferveur et un bel enthousiasme. Les tempos dynamiques aboutissent à une réalisation remarquable. La prestation très tonique nous plonge dans une atmosphère assez débridée. Pour ce deuxième album, Bubba signe 10 compositions originales et reprend ‘Helping Hand’ de Don Nix et ‘Amongst Butterflies’ de Paul Weller. Epaulé par un band puissant avec orgue et section de cuivres il fait monter la température dès le premier titre. Ça pulse, ça cogne, et embarque l’auditeur pour un voyage sonore des plus attrayants. Grâce à un bon groove et une interprétation qui ne manque pas de punch sa musique est chaleureuse et pleine d’énergie. Qu’il se fasse crooner ou rocker enragé, il souligne son chant accrocheur avec des riffs croustillants et de belles envolées. Une vraie réussite, un disque généreux qui fait du bien aux tympans. La production s’est faite à parts égales par les très recherchés, car considérés comme faisant partie des meilleurs, Tony Braunagel sur la côte Ouest et Nick D'Virgilio dans l’Indiana.
Gilles Blampain

Fred Chapellier
Straight To The Point

Genre musical: Blues, Rock, Soul 
Label : DIXIEFROG
Distributeur :
PIAS    

Il y a le blues, bien sûr, mais aussi le rock et encore la soul et même une touche de funk. Fred Chapellier revient avec son jeu dynamique et plein de fougue dont la finesse n’est pas exclue. Et puis il y a sa voix chaleureuse dont l’émotion est palpable. Il nous dit : « Cette période si particulière m’a fait réfléchir et relativiser un tas de choses. Je me suis dit, terminé le superflu, si ce doit être mon dernier album, je ne veux rien y mettre d’inutile, le mot d’ordre est donc : droit à l’essentiel ! D’où le titre de cet album ». Le Champenois n’est pas un solitaire, pour cette nouvelle production il a voulu réunir ses ‘vieux’ camardes pour écrire et composer la majorité des 12 titres de l’album. Neal Black, Billy Price, Leadfoot Rivet et Jimmy Britton ont répondu présents. Une seule reprise figure dans la set list, ‘I’ve Got To Use My Imagination’ popularisée par Gladys Knight and The Pips en 1973. Pour l’épauler en studio Fred Chapellier s’est entouré de musiciens qu’il côtoie aussi depuis longtemps. Patrick Baldran et Jérémie Tepper sont aux guitares rythmiques, Guillaume Destarac est à la batterie, Christophe Garreau à la basse, Michel Gaucher joue du saxophone alto et Pierre d’Angelo du baryton, Eric Mula est à la trompette et Jimmy Britton et Vic Martin se succèdent aux claviers. Une performance qui va donc à l’essentiel grâce à la puissance du groove alliée à la ferveur du feeling.
Gilles Blampain

Gasoline
The Orange Album

Genre musical: Rock garage, blues, rock 
Label : Modulor Records - Celebration Days Records
Distributeur :
Spotify, Apple music, Deezer, You Tube music, Bandcamp    

Gasoline... Avec un tel nom de groupe on voit bien à qui l’on a affaire et on n’est pas surpris. Dès les premières notes ça sent le garage et l’essence à plein nez. Coupez le gaz et éteignez les Zippo… Les amplis, évidement Orange boostés aux JJ12AX7, crachent pied au plancher un son chaud, râpeux comme la peau d’iguane d’Iggy Pop. Le niveau d‘enragement des compositions étonne, et pourtant The Orange Album est bien leur première galette, mais les gars ne sont pas des petits bras dans le milieu. Ils ont usé du médiator et de la baguette avec Le SparkFlare Voyant et les Darlings. Toutes pédales hurlantes, les morceaux alternent entre le punk-blues, le garage et le blues-rock. On peut y entrevoir par moment le Jon Spenser Blues Explosion ‘Acme’ dans ‘Feel The Love’ et ‘Standing Fire’ pour le côté brut de décoffrage et riffs nerveux, The Doors période acid-rock avec ‘Whisky & Sangria’ ou bien les White Stripes sur ‘Ballerine City’ et ‘Hey Boy’ avec ses intonations celtiques de folk irlandais. Ces derniers ont sans doute inspiré le gang de Gasoline à ne garder que l’essentiel : la guitare et la batterie. Thomas Baignères, aux faux airs de Jim Morrison, assure les parties acharnées de six cordes et le chant, tandis que Théo Gosselin, photographe professionnel de talent, tient les drums comme un forcené dans le style John Bonham. Au milieu de ce monde de brutes on trouve aussi un peu de douceur, avec ‘No More Trouble’ ou encore un blues bien gras sur-vitaminé intitulé ‘Sugar Mama’. Mais le velours ne fait pas partie de leur ADN, l’accalmie est de courte durée, contenir la cavalerie au-delà des deux minutes semble hors de question, ne jamais baisser la garde, il faut que ça crache encore et encore. A n’en pas douter, l’envie de tout bousculer est bien là : le son assurément brutal, le talent libre et bestial font le reste. Sans tomber dans la caricature ni la pâle copie, Gasoline envoie un album pleinement réussi, rempli à ras bord d’une énergie nostalgique et contagieuse, peint aux couleurs furieuses des Seventies. Pourtant la manœuvre était risquée à vouloir ainsi remettre sur les rails le rock pur et dur, et le projet aurait pu faire l’effet d’un pétard mouillé. Alors sans hésitation, procurez-vous ce premier opus, remuez ciel et terre pour découvrir ce cocktail explosif en live.
Nine Girard

Greg Novan
Doorsteps

Genre musical: Folk, rock 
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur :
Spotify    

Auteur-compositeur, guitariste et chanteur à la voix claire et puissante, Greg Novan navigue avec talent entre rock et Americana en signant pour ce premier EP 5 chansons originales d’un éclat particulier. La touche est personnelle, le style est clair et fluide et offre une très belle sonorité finement exécutée. Avec de séduisantes mélodies, il crée un univers singulier où naissent des ambiances dans lesquelles on se laisse emporter sans réticence. On glisse dans une dimension qui invite à la rêverie, à une évasion vers de grands espaces. Il est remarquablement accompagné par Clément Butor à la basse, Pierre Goumy à la batterie et Louis Schneider à la guitare électrique/slide. Il y a un réel charme dans cet enregistrement. Que les tempos soient enlevés ou plus lents, avec sa voix chaude Greg Novan touche l’auditeur dans son intimité, et le résultat est très convaincant grâce à l’aisance et à l’élégance de l’interprétation. Les bonnes vibrations sont là. La production est impeccable. Ces 5 titres enregistrés à Limoges et mixés à Paris qui affichent une belle dynamique s’écoutent vraiment avec plaisir.
Gilles Blampain

Ian A. Anderson
Please Re-Adjust Your Time – The Early Blues & Psych-Folk Years 1967-1972

Genre musical: Country-blues 
Label : CHERRY TREE
Distributeur :
Cherry Red Records    

Déambulant dans les rayons d’un célèbre disquaire parisien, je me retrouve face à ce petit coffret de couleur verte. Il est indiqué le nom du musicien, Ian A Anderson, et un intitulé : The Early Blues & Psych-Folk Years. Tout cela m’intrigue, mais la technologie moderne ne pourra pas me sauver de mon ignorance : pas de réseau dans le sous-sol du magasin. Je me retrouve alors comme aux plus belles heures de mon adolescence, fouinant dans les grands bacs de disques, me fiant uniquement aux pochettes et à mon instinct. J’en fais l’acquisition, et je découvre un artiste aussi méconnu que merveilleux. Ian A Anderson est un chanteur-guitariste bien mystérieux. Anderson joue du country-blues acoustique aux accents légèrement acides et folk. Anglais, il est de la race des Bert Jansch, John Renbourn, Michael Chapman ou Davy Graham. Il en jouera d’ailleurs toute sa carrière, que ce soit sous son nom, celui de Hot Vultures, English Country Blue Band ou Tiger Moth. Ce joli coffret réunit ses quatre premiers disques sous son nom, tous aussi bons les uns que les autres. Anderson a une voix plutôt claire comme Davy Graham, et une dextérité certaine à la guitare acoustique, qui lui permet de ne pas pâlir face aux maître du folk-blues britannique nommés plus haut. Pourquoi Ian A Anderson n’a-t-il jamais percé ? Est-ce parce que son nom ressemble trop à celui du leader de Jethro Tull, devenu l’une des figures majeures du rock progressif naissant ? Cherry Tree a en tout cas eu une riche idée d’avoir réuni l’œuvre solo complète de Ian A Anderson dans ce joli coffret, riche en informations et en photos sur ce personnage trop méconnu de la scène folk anglaise.
Julien Deléglise

Jarkka Rissanen Tonal Box Feat. Kalle Fält
Bones

Genre musical: Instrumental 
Label : HUMU RECORDS
Distributeur :
HUMU RECORDS    

Pas du genre à se reposer sur ses lauriers, Jarkka Rissanen revient tout juste un an après son album Cargo. Changeant de formule avec son band Tonal Box, il réussit un alliage d’une très solide cohésion de blues enraciné avec un jazz éthéré. L’expression est instrumentale et la création est tout à fait étonnante. Au fil de 8 compositions originales aux titres aussi brefs que sibyllins ‘Chickenhawk’, ‘Heyday’, ‘Della’, ‘Shake’… les sonorités nous entraînent dans des ambiances étranges, des plus voluptueuses aux plus mélancoliques. Jarkka Rissanen est à la guitare avec de superbes interventions à la slide, Jorma Välimäki au tuba et Jussi Kettunen à la batterie produisent une rythmique inventive et le saxophoniste Kalle Fält vient broder une belle partition d’une subtile élégance. La souplesse d’exécution et une certaine sobriété donnent une impression d’une totale liberté et d’une parfaite maîtrise. La virtuosité s’efface au profit de la sensibilité et de l’émotion pour embarquer l’auditeur dans un voyage attrayant. La clarté de la note, la vivacité de l'ensemble font que chaque titre est un petit concentré de plaisir. Le style est original et se démarque de la production courante. Le temps semble comme suspendu à l’écoute de cet enregistrement.
Gilles Blampain

Jay and The Cooks
Dried Up Dreams

Genre musical: Rock, Blues, country 
Label : JUSTE UNE TRACE
Distributeur :
SOCADISC    

Il y a un an il nous gratifiait d’un disque chanté en français. Il revient cette fois en s’exprimant dans sa langue maternelle. Après Le Cœur Sec voici donc Les Rêves Desséchés. Aurait-il un problème de thermostat sentimental ? Jay Ryan nous dit que c’est de l’envie de partager son expérience en tant qu’immigré que l’idée de cet album lui est venue. Il chante et joue de la guitare, accompagné par Stéphane Missri (guitare, banjo), Paul Susen (fiddle, mandoline), Christian Poidevin (harmonica, dobro), Marten Ingle (basse, contrebasse) et Marty Vickers (batterie, percussions). Sa partition bigarrée est comme un catalogue musical de son Amérique natale, entonnant de sa voix caverneuse, country, rock, blues, avec un égal bonheur. Le disque déroule 10 chansons pour la majorité signées Jay Ryan, seul ou en collaboration. Sur sa production précédente il nous avait surpris avec sa reprise de ‘Je Suis Venir Te Dire Que Je M’en vais’ de Serge Gainsbourg dans une savoureuse version bluegrass, le revoilà à nouveau mais en anglais avec ‘I Just Came To Tell You That I’m Going’ où banjo, slide, fiddle, redessinent joliment la mélancolie de cette chanson. L’ensemble de l’album distille de bien belles atmosphères et chatouille agréablement les tympans.
Gilles Blampain

Kathy Murray and The Kilowatts
Fully Charged

Genre musical: Blues, rock, soul... 
Label : BLUE HEART
Distributeur :
Amazon, iTunes, Spotify    

Figure de la scène d’Austin depuis pas mal d’années, à la tête de son band avec son compagnon Bill Jones (guitares, accordéon, chant), Kathy Murray fait toujours preuve d’un style personnel
très énergique. Sa voix puissante avec un timbre agréable est soutenue par les solos de Bill Jones portés par une section rythmique au groove irréprochable. Invités de marque les Texas Horns viennent cuivrer quelques titres. Allant du Texas blues à la country en passant par swamp pop, zydeco, soul et rockabilly, ce nouvel album qui ne manque pas de piquant présente onze chansons originales signées par Kathy Murray et trois reprises. Avec ‘The House That Freddie Built’ elle évoque l’influence majeure du maître du blues texan, Freddie King. Elle interprète à sa manière ‘Suspicion’ écrit par Doc Pomus et Mort Shuman pour Elvis Presley, le standard de Tampa Red ‘It Hurts Me Too’ en lui injectant une giclée de tex-mex avec accordéon et washboard et comme une sorte d’hommage à la Soul Queen of New Orleans la chanson ‘Anyone Who Knows What Love Is’, enregistrée par Irma Thomas en 1964. Un album chaleureux sans aucun temps mort où puissance et feeling s’associent pour le meilleur. Une belle production avec un côté flamboyant.
Gilles Blampain

Keith Richards
Main Offender

Genre musical: Archive 
Label : BMG
Distributeur :
WARNER MUSIC    

Un coup d’œil dans le rétro. En 1992, Keith Richards entre deux enregistrements des Rolling Stones (Steel Wheels et Voodoo Lounge) ne reste pas inactif et boucle Main Offender son deuxième album sous son nom. Les sessions de studio ont lieu en Californie et à New York de mars à septembre. Son band The X-Pensive Winos est composé de Waddy Watchel à la guitare, Charley Drayton à la basse, Steve Jordan à la batterie, Ivan Neville aux claviers et les chœurs sont assurés par Sarah Dash, Bernard Fowler et Babi Floyd. Le disque sort en octobre livrant 10 titres originaux. Malgré des critiques élogieuses le succès commercial n’est pas vraiment au rendez-vous. L’histoire retiendra que hors du ‘greatest rock’n’roll band of all time’ les Glimmer Twins ne suscitent pas le même intérêt auprès de leur public. Près de 30 ans plus tard, cette réédition remasterisée ne vaudrait que pour ceux qui n’avaient pas le disque original s’il n’y avait dans cette livraison un deuxième CD avec une prestation jamais parue des Winos Live In London ‘92 livrant 12 pépites inédites (74 minutes), avec entre autres quelques classiques des Stones : ‘Gimmie Shelter’, ‘Before They Make Me Run’ et ‘Happy’. A 49 ans, Keith Richards, à la tête d’un groupe perforant, assure le show avec une belle ferveur. Ce double album offre une virée musicale assez savoureuse.
Gilles Blampain

Lowel Fulson
Live ! with Jeff Dale & The Blue Wave Band

Genre musical: Chicago Blues 
Label : Pro Sho Bidness
Distributeur :
Jeffdaleblues.com, Spotify, iTunes, Amazon, Deezer    

A l’occasion du premier confinement, Jeff Dale, vétéran bluesman originaire du South Chicago installé à Los Angeles avec une carrière s’étalant sur plus d’une quarantaine d’années, a eu la bonne idée de fouiner dans ses archives. Parmi les nombreuses cassettes comprenant un certain nombre de performances live enregistrées pour son plaisir, il est ainsi tombé sur un concert donné avec Lowell Fulson le 5 novembre 1983 au Club 88. Lowell Fulson (1921-1999), célèbre figure du West coast blues, avait alors 62 ans et une belle carrière derrière lui. Après une rencontre dans le backstage d’un club d’Hollywood, le courant passe suffisamment bien entre le vétéran Fulson et le jeune Dale pour que quelque temps plus tard, le premier informe le second que s’il lui trouve des gigs, il jouera avec plaisir avec lui et son groupe. A partir de là, Dale fait signe à Fulson dès que possible, comme il le fera par la suite avec d’autres de ses héros :  Pee Wee Crayton, Sam Taylor ou encore Etta James. Ce concert du 5 novembre a été enregistré sur cassette avec un Tascam Portastudio 4 pistes. Alors évidemment il ne faut pas s’attendre à une qualité sonore incroyable, mais l’écoute demeure très agréable. D’autant plus que Lowell Fulson est en très grande forme et bien entouré par Jeff Dale & Co mais aussi Marshall Cratyon (petit fils de Pee Wee) au saxo ténor. Voici un concert dynamique et un superbe témoignage d’un Fulson en pleine possession de son art (aussi bien à la guitare qu’à la voix). 10 morceaux et 41 minutes d’excellent blues !
Nicolas Botti

Luther "Guitar Junior" Johnson
Once In A Blue Moon

Genre musical: Chicago Blues 
Label : Crossroads Blue Media
Distributeur :
lutherguitarjuniorjohnson.com, Spotify, Apple Music    

Originaire du Mississippi où il a vu le jour en 1939, Luther ‘Guitar Junior’ Johnson (à ne pas confondre avec Luther ‘Snake Boy’ Johnson) a déménagé avec sa famille à Chicago à l’âge de 16 ans. Il a fait ses classes en jouant avec Magic Sam dans les années 60 puis Muddy Waters dans les années 70. En 1975, il enregistre le LP Ma Bea’s Rock en duo avec ni plus ni moins que Jimmy Johnson pour le label français MCM Blues Records. En 1980, quatre de ses morceaux sont enregistrés sur une anthologie du label Alligator Records et il fait une apparition dans le film The Blues Brothers aux côtés de John Lee Hooker. Mais c’est après avoir déménagé sur la côte Est qu’il va former son groupe the Magic Rockers, et enregistrer durant les années 90 trois albums pour Telarc Records. Après des années sans enregistrer, et à présent installé en Floride, il sort un album de blues acoustique Won't Be Back No More pour Crossroad Blues Media en 2020. Heureusement, il dément le titre de son précédent album en nous offrant l’année suivante avec un nouvel album, live cette fois, 100% Chicago Blues. Il y reprend des classiques (‘Fever’, ‘Hoochie Coochie Man’ en medley avec ‘I’m a Man’) et des morceaux personnels. Même si le public est un peu timide, Luther ‘Guitar Junior’ Johnson et ses musiciens The Magic Rockers (dont le guitariste Chris 'Kid' Royal très en forme) offrent un joli concert de blues classique mais parfaitement rendu, en laissant le champ libre aux impros maitrisées. Si le CD ne comporte que 8 morceaux, il dure 75mn. Un bel enregistrement généreux et joyeux !
Nicolas Botti

Marion Rampal
Tissé

Genre musical: Folk, jazz, cajun
Label : Les Rivières Souterraines
Distributeur :
L’Autre Distribution     

Il se dégage de cet enregistrement un doux parfum de poésie. Sous une apparente fragilité, ce tissage entremêle la grâce et la vivacité. L’ambiance générale est à la décontraction, il émane dece disque léger et délicat une sensation d’euphorie. Une voix suave, des ambiances cools avec d’agréables orchestrations économes d’effets mais aériennes. Cordes, piano, orgue, instruments à vent forment un véritable écrin mettant en valeur la voix de Marion Rampal qui puise avec bonheur dans le folk, la musique cajun, le blues, la soul, le jazz. Les sources d’inspirations sont multiples, elles viennent de Louisiane, d’Afrique, d’Europe. Marion Rampal signe 11 compositions originales dont 10 en collaboration avec Matthis Pascaud. Chanteuse dotée d’une voix remarquable, toute d’émotion et de puissance contenue, elle sait donner dans la douceur sans jamais être mièvre. Artiste pleine de grâce, au style est élégant, elle tient l’auditeur sous son charme. Elle s’exprime essentiellement en français et interprète également quelques textes en anglais dont un duo bilingue avec Piers Faccini ‘Où Sont Passées Les Roses’ et un autre avec Archie Shepp, ‘Calling To The Forest’. Un grand souffle de fraîcheur parcourt cette belle production dont la finesse d’interprétation met l’auditeur en état d’apesanteur.
Gilles Blampain

Popa Chubby
Emotional Gangster

Genre musical: Blues-rock
Label : DIXIEFROG
Distributeur :
PIAS    

Sa discographie est abondante mais un enregistrement de Popa Chubby n’est jamais tiède. Et celui-ci ne déroge pas à la règle. Le bonhomme ne semble pas s’être assagi passé la soixantaine, il interprète toujours ce blues-rock rageur mais non dépourvu d’émotion qu’il affectionne avec ce chant fiévreux soutenu par des riffs agressifs. D’une efficacité redoutable, c’est vif et puissant. Sur les 12 chansons de cette nouvelle production, il joue de tous les instruments, guitares, basse, batterie, orgue, piano. Il a seulement fait appel à Jason Ricci pour faire entendre son harmonica sur deux pistes. Il a aussi produit, enregistré et mixé lui-même. Il signe 10 compositions et reprend ‘Hoochie Coochie Man’ de Willie Dixon et ‘Dust My Broom’ d’Elmore James, pour comme il dit : « montrer le respect que j’ai pour les Pères fondateurs du genre. Willie Dixon a toujours été mon idole ». Ça frappe fort dès le premier titre et ça ne faiblit pas durant les 53 minutes que dure l’album. Le gangster émotif plaide pour l’égalité hommes femmes avec ‘Equal Opportunity’ et nous parle de la tristesse ressentie par un père qui voit inévitablement sa fille quitter le domicile des parents dans ‘Fly Away’. Et puis comme clin d’œil à un public qui lui est fidèle depuis une trentaine d’années, Popa Chubby chante quelques couplets en français dans ‘Make War’. Une fois encore tout est exécuté avec dextérité et feeling.
Gilles Blampain

Popol Vuh
Seiligpreisung
Herz Aus Glaz (BO) – Cœur De Verre
Agape-Agape, Love-Love / Cobra Verde


Genre musical: Krautrock, musique expérimentale
Label : BMG
Distributeur :
BMG    

BMG avait osé, en achetant le catalogue du label allemand Brain, rééditer les albums psychédéliques de Popol Vuh : In Den Gärten Pharaos, Hosianna Mantra, Einsjäger & Siebenjäge… Cette seconde livrée mélange albums acides et bandes originales de films pour le réalisateur allemand Werner Herzog, avec l’acteur fou Klaus Kinski. La formation à géométrie variable de Florian Fricke sera à la fois la bande-son des audaces cinématographiques d’Herzog, et l’auteur de superbes disques de rock psychédélique dit krautrock. Seligpreisung est le complément indispensable à la première série de rééditions, complétant la fabuleuse odyssée musicale personnelle de Popol Vuh. Les autres disques sont des bandes originales, mais elles sont particulièrement réussies, comme le furent celles de Aguirre en 1976 et Nosferatu en 1978. Fircke ne lâche rien de son univers sonore, s’imposant puissamment face à deux monstres : Herzog et Kinski. ‘Herz Aus Glas’ est une belle réussite atmosphérique. Agape-Agape, Love-Love prend de cours, film et BO totalement oubliés de 1983. Le résultat est pourtant superbe, encore bien loin des envolées de synthétiseurs. La guitare de Daniel Fichelsher est même fort présente, et donne du relief à cette musique atmosphérique. Le disque est incroyablement agréable à écouter, devenant une BO personnelle. La mélancolie poignante de ‘They Danced, They Laughed, As Of Old’ saisit à la gorge, et devient le reflet de nos vies. Le dernier album réédité est la BO de Cobra Verde de 1987, pinacle des tensions entre Herzog et Kinski. C’est un film reflet de Aguirre, dix ans plus tard, même si le scénario est différent. Florian Fricke ne semble pas avoir cédé aux synthétiseurs. Mais le disque est plus un document d’une époque qu’une œuvre majeure pour Popol Vuh, qui fut si inspiré.
Julien Deléglise

Potlatch
Horizons

Genre musical: Jazz-rock
Label : Centre Régional Du Jazz
Distributeur :
Bandcamp, Spotify, Deezer   

C’est par hasard que je suis tombé sur Potlatch en concert, en première partie de Magma le 22 octobre 2021 à la Rodia de Besançon. Je fus immédiatement captivé par ce son très particulier, qui me rappela aussitôt les grandes heures du jazz-rock anglais, et notamment celui de la scène de Canterbury : Nucleus, Soft Machine… Il est étonnant d’écouter un tel disque en 2022. Second album de Potlatch, Horizons affirme fièrement une identité musicale qui ne veut pas s’enfermer dans le jazz ou le rock que l’on qualifiera de progressif. Les effluves de John Coltrane Quartet et du second quintet de Miles Davis se dessinent en filigrane dans cette musique rêveuse. Bien que moins audacieusement originale que celle de Magma, Potlatch sait créer des paysages sonores luxuriants, et fut un superbe premier voyage musical en introduction des maîtres de la Zeuhl. La formation privilégie les longues pièces instrumentales, et ce sont les morceaux les plus fascinants : ‘Mood’, ‘D’Une Rive A L’Autre’, ‘Dune’, ‘OO, Pt. 3’. Les musiciens s’y expriment pleinement : Florent Ormond au saxophone, Louis Vicérial à la basse, Constantin Meyer au trombone, Jordan Teixeira à la guitare, et Hugo Dordor à la batterie. La cohésion est parfaite, sans aucune velléité de démonstration gratuite de l’un ou de l’autre. Le résultat est beau, vivant, parfaitement capté, comme s’ils jouaient pour nous, devant nous. Et ‘Dune’ continue de résonner une fois le disque terminé, comme un écho de ‘Pharaoh’s Dance’ de Miles Davis.
Julien Deléglise

Rune Robert Friis
Built For Comfort Vol. 1

Genre musical: Blues tonique
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur :
Spotify, Apple Music    

Sa carte de visite dit qu’il est Danois, 37 ans, bassiste et compositeur. Rune Robert Friis nous propose un blues coloré avec parfois une pointe de funk. Son premier album Built For Comfort, Vol.1 présente 7 compositions originales et 2 reprises réarrangées de belle manière, ‘Say You Will’ de Kanye West et ‘Dancing In The Dark’ de Bruce Springsteen. Toutes les plages s’enchaînent avec une belle élégance tant dans le style que dans l’interprétation qui distille un bon feeling et retient sans tarder l’attention de l’auditeur. L’ensemble de cet enregistrement s’est construit comme un projet participatif réunissant plus d’une douzaine d’éminents musiciens de la scène blues danoise venus avec guitares, batterie, piano, orgue, harmonica, section de cuivres et qui font preuve d’une dextérité indéniable. Tout coule avec brio et une aisance évidente. Rune Robert Friis joue de la basse sur tous les titres et également de la guitare et du piano sur certains passages. Le chant est assuré par Nils-Ole Poulin, un vétéran riche d’une expérience particulière dans le rock et surtout le blues, à la voix grave et légèrement râpeuse, qui partage le micro à trois reprises avec Sarah Jana Westphal et trois autres avec Tom Bøll. Tout à la fois subtil et intense le son de cette production possède une force émotionnelle incontestable. C’est bref, en 38 minutes tout est dit. Mais une chose est sûre, c’est réussi.
Gilles Blampain

Saxon
Carpe Diem

Genre musical: Heavy-metal
Label : Silver Lining Music
Distributeur : WARNER
   

Eh bien non, ils n’ont toujours pas abandonné. Saxon sort quelque chose comme son vingt-cinquième album studio d’une carrière débutée en 1976 sous le nom de Son Of A Bitch. Saxon a fait quelques conneries, notamment des tentatives hard-FM à la fin des années 1980. Mais finalement, leur discographie est quasi-exemplaire. Elle débute par cinq disques majeurs entre 1980 et 1984, auquel s’ajoute un live meurtrier en 1982. Il y aura les tentatives maladroites de séduire le public américain de Journey et Foreigner, largement perdues d’avance. Et puis avec Dogs Of Wars en 1995, c’est la renaissance vers le heavy-metal, entre brutalité motorheadienne et velléités épiques. Depuis, Saxon n’a pas bougé d’un iota dans sa ligne musicale directrice. Le line-up est fièrement calibré sur des bases solides : Biff Byford au chant, Paul Quinn à la guitare, Nigel Glocker à la batterie, Doug Scarratt à la guitare et Nibbs Carter à la basse. Les trois premiers sont de véritables totems, présents dans le groupe depuis 1976 à 1981, les seconds ont régénéré le groupe de manière indiscutable. Le Saxon de 2022 est donc un groupe solide éprouvé par les années. On retrouve ce son agressif, mélange des années cultes de la NWOBHM et de nouvelle génération Metal incarnée par le producteur Andy Sneap, qui seconde également les légendes Judas Priest, à tous les niveaux, scène et studio. Saxon prouve avec ce nouveau disque sa capacité à composer des morceaux mêlant speed-metal, NWOBHM et doom mélodique. Cela fait vingt ans que cela dure, tranquillement, sans que personne ne remarque à quel point Saxon sait rebondir musicalement avec talent. Et du coup, cela fait un disque réussi de plus, mine de rien.
Julien Deléglise

Son House
Forever On My Mind

Genre musical: Delta blues  
Label : Easy Eye Sound
Distributeur :
store.easyeyesound.com/collections/son-house-forever-on-my-mind    

En 1964, Son house a 62 ans, il n’a pas touché sa guitare depuis plus de 20 ans. On dit de lui qu’avec son style puissant et novateur il a influencé Robert Johnson et Muddy Waters. Les quelques titres qu’il a gravés pour Paramount dans les années 1930 font figures de témoignage historique, lui est tombé dans l’oubli. C’était sans compter sur l’opiniâtreté de jeunes fans de blues qui ont réédité ses enregistrements vieux de 30 ans. L’intérêt d’un nouveau public accroché par le Revival fait que Son House se retrouve à l’affiche de quelques festivals folks et sur certains campus universitaires. Sous l’impulsion de Dick Watermann qui devient son manager, un album gravé à New York pour Columbia paraît en avril 1965. Puis ce seront des concerts aux USA et en Europe jusqu’au milieu des années 1970. Enregistré à l’automne 1964 les 8 pistes qui constituent Forever On My Mind n’avait encore jamais été rendues publique. C’est une pépite sonore sortie du coffre-fort de Dick Waterman. Il confie : « J’ai toujours eu le désir secret que ces bandes voient le jour. Elles étaient chez moi attendant sur une étagère. J’avais contacté quelques maisons de disques mais rien n’avait débouché. J’étais persuadé qu‘un type comme Dan Auerbach traiterait ces enregistrements avec révérence et respect ». L’homme des Black Keys s’est donc employé à une subtile restauration et c’est sur son label qu’on retrouve cette incontournable figure du Delta blues.
Gilles Blampain

Steppenwolf
Magic Carpet Ride – The Dunhill/ABC Years 1967-1971

Genre musical: Blues-rock/proto-hard-rock
Label : Esoteric Records 
Distributeur : Cherry Red Records 
    

Ah la belle époque des coffrets ! Jadis, il fallait débourser quinze euros pour un seul album. Désormais, des discographies complètes sont disponibles dans de beaux coffrets pour une cinquantaine d’euros. Cherry Red Records est l’un des champions de la catégorie, ressuscitant au passage des artistes complètement oubliés, même des amateurs. Il est par exemple annoncé un coffret des premiers albums solo de Roger Chapman. Mais qui se souvient de ce superbe chanteur, ex-Family et Streetwalkers ? Pas sûr que même la presse spécialisée restante lui accorde une ligne. Comptez plutôt sur cette page pour en savoir plus. Mais revenons à notre sujet. Il existe quelques groupes que la grande histoire du rock a oubliée. Oh ! Leurs noms disent toujours quelque chose. Mais les honneurs, les articles commémoratifs et dithyrambiques ne leur sont pas consacrés. Ils ont souvent été considérés comme des idiots utiles (Grand Funk Railroad), des brailleurs stériles (Humble Pie), ou des groupes à la langue politique un peu trop pendue : Steppenwolf. On ne s’en souvient plus, mais Steppenwolf fut un des plus gros groupes américains de la période 1968-1972. Leurs albums furent tous disques d’or, et il reste quelques tubes magnifiques, comme le magistral ‘Born To Be Wild’. Désormais groupe d’un titre, on a quelque peu oublié leur imposante discographie, particulièrement riche et réussie. Il y avait un écueil majeur. Leur fondateur, guitariste et chanteur John Kay, ne se priva pas de faire part de ses pensées sur la Guerre du Vietnam et la politique américaine en général. Des gens comme ça, on préfère les enterrer dans un anonymat sournois, pas vraiment oubliés, mais jamais célébrés. Ce beau coffret réédite avec maestria la première partie de la discographie de Steppenwolf, avant leur première séparation. De janvier 1968 à novembre 1971, Steppenwolf va publier six albums studios et un double live, plus un disque d’archives de leurs débuts. A l’heure où les groupes mettent quatre ans à accoucher d’un album, redevenu recueil de chansons, le quintet canado-américain en publia sept, tous fabuleux.

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The Electric Prunes
Then Came The Dawn – Complete Recordings 1966-1969

Genre musical: Rock garage et psychédélique 
Label : Grapefruit Records
Distributeur :
Cherry Red Records    

Les swingin’ sixties ne furent pas qu’insouciance et désintéressement. L’histoire des Electric Prunes est véritablement l’un des exemples de groupes totalement sacrifiés par leurs managers au nom du business. Formés en 1965 à Los Angeles par le chanteur James Lowe, le guitariste Ken Williams et le bassiste et organiste Mark Tulin, les Electric Prunes sont d’abord un groupe que l’on qualifiera plus tard de garage. Groupe américain fondé dans l’écume de la vague Beatles-Rolling Stones-Yardbirds, il joue un rock nerveux et psychédélique qui rencontre un joli succès avec notamment le simple ‘I Had Too Much Too Dream (Last Night)’ qui atteint la 11ème place des ventes aux USA en 1966. Le groupe connaît aussi un joli succès en Grande-Bretagne puis dans le reste de l’Europe grâce à ses simples, les albums n’étant alors qu’un assemblage maladroit des dites chansons. The Electric Prunes en 1967 n’est pas très excitant, malgré quelques jolies chansons. Le second album, la même année, Underground, se révèle bien plus percutant et gorgé de fuzz. Fin 1967, après une tournée américaine, les Electric Prunes s’embarquent dans une tournée européenne, qui fera notamment escale à Stockholm le 14 décembre. Le show sera capté par la radio nationale, et il sera édité vingt ans plus tard. Présent dans ce beau coffret, on y découvre un groupe incroyablement énergique et acide, que ce soit sur les compositions originales, ‘You Had It Better’, comme sur les reprises de blues dont le superbe ‘Smokestack Lightning’ d’Howlin’ Wolf. Si les ventes de simples sont convaincantes, les ventes d’albums stagnent dans les profondeurs du Top 200. Or, depuis la sortie de Sgt Pepper Lonely Hearts Club Band des Beatles, les albums deviennent essentiels.

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The Love Light Orchestra
Leave The Light On

Genre musical: Big band
Label : NOLA Blue
Distributeur : Spotify, iTunes, Amazon

Né du désir de raviver l'enthousiasme pour le son grandiose et orchestral du blues du milieu du 20ème siècle, la création de The Love Light Orchestra est plus qu'un acte de pure nostalgie. C’est un hommage sonore aux géants de Memphis, acteurs de la riche histoire de la ville, B.B. King, Bobby Bland et Junior Parker. Formé en 2016, le groupe de neuf musiciens expérimentés, dirigé par le chanteur John Németh et le guitariste Joe Restivo, fait revivre l’ambiance qui animait les clubs de Beale street dans les années 1950. Le band a un swing magistral qui emporte tout sur son passage. Hormis la reprise de Lowell Fulson ‘Three O’clock Blues’, les 9 autres chansons sont signées par John Németh ou Marc Franklin le trompettiste à la tête de la section de cuivres. Solos de guitare enflammés, basse et batterie marquant le tempo, saxo rugissants et trompettes à l’unisson, piano fringant, chant passionné, c’est joyeux, exubérant, pétillant, parfois sentimental.  Imprégné des standards du passé John Németh sait varier les genres et les tonalités d’une chanson à l’autre avec une égale maestria, se faisant tour à tour shouter ou crooner. Ce disque dispense un réel dynamisme et une joie incontestable. Une production de belle qualité, chaleureuse et pleine de bonnes vibrations. C’est vif et brillant, un vrai régal auditif.
Gilles Blampain


The Sugar Roots
Savage's life

Genre musical: Blues, blues-rock
Label : Lightning In A Bottle Records
Distributeur : lightninginabottlerecords.com, Spotify, iTunes, Amazon, Deezer

Voici un tout nouveau groupe, The Sugar Roots, né en 2021 sur la scène blues de Portland (Oregon) qui, même pas encore sorti du berceau, sort donc son premier disque. Non qu’ils viennent juste de faire connaissance. Les membres du groupe sont des habitués de la scène locale et jammaient ensemble localement avant la pandémie. Puis le chanteur et multi instrumentiste (guitare, claviers, harmonica) Chad Rupp, constatant leur alchimie, décide de fonder The Sugar Roots. Le nom du groupe est un hommage à Brown Sugar, pas le morceau des Rolling Stones, mais un groupe local de blues pionnier dans le revival du blues dans l’Oregon et qui a officié du milieu des années 60 au milieu de la décennie suivante. Dans ce premier album, ils nous livrent un blues un brin nostalgique qui vire au gré des morceaux entre Chicago blues, blues-rock et boogie-blues avec une ambiance live, jam party bien restituée. Les musiciens sont indiscutablement talentueux, peut-être pourra-t-on regretter le manque de rugosité dans la voix de Chad Rupp (un peu trop mise en avant à mon goût dans le mix).
Nicolas Botti




Trudy Lynn
Golden Girl

Genre musical: Blues, soul
Label : NOLA Blue Records
Distributeur : Amazon

A la faveur d’une aussi longue carrière qui s’étale sur presque six décennies, Trudy Lynn s’est forgé une belle renommée. Légende vivante du blues de Houston, à l’approche de son 75ème anniversaire, elle revient avec un album tonique et plein de bonnes vibrations. Pour ce nouvel enregistrement dont elle signe 7 des 11 compositions, Trudy Lynn a rassemblé quelques-uns des meilleurs spécimens des musiciens du Lone Star State. Les guitaristes Yates McKendree, Anson Funderburgh, Terry Wilson qui joue également de la basse, se succèdent au gré des titres. Brannen Temple est à la batterie et aux percussions, Kevin McKendree est aux claviers, Darrell Leonard aux cuivres et Steve Krase est à l’harmonica. Et Teresa James est là comme choriste. Tout ce beau monde assure avec classe et dextérité. Le son est accrocheur, l’expression est soul mais bien teintée de blues. Un grand souffle parcourt cette production grâce à l’alliance du feeling et de la puissance. Il y a de la passion dans sa voix chaude et prenante et Trudy Lynn fait passer l’émotion derrière chaque note. Le frisson passe grâce à une interprétation puissante et sensuelle dans laquelle on discerne néanmoins parfois une certaine fragilité. Un disque très bien produit et lumineux.
Gilles Blampain

Zoom with Shawn Kellerman
Chocolate Cake

Genre musical: Blues, funk, boogie        
Label : Mouhaha music
Distributeur : zoombluesmusic.com, Spotify, Deezer

Zoom, un nom que les moins de vingt ans ne doivent pas connaître, et pourtant, elle a participé à des Chicago Blues Tours, partagé la scène avec des pointures comme Albert King, James Cotton, John Primer, Billy Branch, Koko Taylor et bien d’autres. Sacrée personnalité que cette Zoom ! Elle a eu le déclic à trois ans en étant hypnotisée par un concert de Koko Taylor. Plus tard, elle a eu comme guitariste un certain Shawn Kellerman alors que celui-ci n’avait que dix sept ans. Alors qu’elle se produisait partout dans le monde, elle arrêta sa carrière il y a deux décennies pour s’occuper de sa famille. Récemment, elle a un flash et contacte Shawn Kellerman dont elle garde un bon souvenir. Elle ne pouvait pas mieux faire. Ces deux là ensemble, c’est un mix entre les troupes d’Attila et une charge de cavalerie. On ne peut y résister. Entre la voix profonde et surpuissante gorgée de feeling et les instruments menés par la guitare sans pitié de S.K, l’auditeur ne peut qu’adhérer à cette collaboration d’excellence. Le titre d’ouverture nous prévient. Avec ‘Are You Ready’ on est d’entrée à égalité avec le funk dévastateur de James Brown. Avec le deuxième ‘Big Boss Woman’ Zoom annonce la couleur et le troisième confirme son statut ‘Born To Sing The Blues’, tandis que sur le quatrième elle nous rassure, affirmant ‘Still Got The Rhythm’. Après ça, on repart sur du funk avec une grosse basse et des cuivres qui pulsent, c’est ‘Chocolate Cake’ dont on reprendrait bien une portion. Au fait… C’est aussi Shawn Kellerman qui joue les parties de guitare basse. Boogie surpuissant avec ‘Amazing Nepenthe (Weed)’ et l’aide de l’harmoniciste Steve Marriner et si vous voulez entendre une Wah Wah synonyme de marteau pilon, écoutez ‘Love Bone’. En tout onze titres sans compromis qui oscillent entre blues moderne et classique, funk, boogie avec une énergie rock et un feeling mâtiné d’une grande complicité entre ces deux artistes qui ont écrit tous les morceaux.
César