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09/21
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Portrait: LIL GREEN Interview: SWEET SCARLETT Dossier: BLAXPLOITATION
 


Dans cette rubrique, vous trouverez une sélection de CD choisis par l'équipe Blues Again.

MARS 2021

Ally Venable
Heart of Fire

Genre musical: Blues-rock texan   
Label : RUF
Distributeur :
SOCADISC

Attention danger ! Derrière la frimousse mutine, la jupette sexy aux couleurs marines, le son dantesque de la Gibson Les Paul vermillon, genre sang des cotonnades et armoiries du Texas dont elle est originaire, Ally Venable porte en sa musique rebelle un risque d’addiction hors du commun. A peine vingt-deux ans au compteur et voici qu’elle signe déjà son quatrième album ! Tout a été fait maison dans le Tennessee sous la houlette du producteur Jim Gaines, à l’ancienne, avec un escadron d’invités aux torses galonnés, Jana Misener au violoncelle, Cody Dickinson à la batterie, Landon Moore à la basse, Rick Steff et Pat Fusco aux claviers ainsi que Kenny Wayne Shepherd et Devon Allman à la guitare. Du très beau monde. Pour le reste, le petit ange a convoqué ses torpilleurs attitrés, Elijah Owings martelant les fûts et Bobby Wallace ondulant des doigts sur la quatre-cordes. Le résultat final prend l’allure d’une pluie de shrapnels sous le soleil du Deep South. L’ange nous offre ici un superbe voyage entre blues et rock’n’roll, sur des rythmes souvent enlevés, avec beaucoup d’énergie et de conviction dans ses figures de style. Le disque s’ouvre et se referme sur des vortex de wah-wah hendrixiens à souhait. Dans l’intervalle, Ally titille la ballade américaine, le gospel, la bourrinade plein cadre en mode guitare saturée, le rock classique et mélodieux, un brin graisseux, sans oublier la note bleue et le son cristallin au moment de rendre hommage à l’icône du Lone Star State dans un prodigieux ‘Tribute To SRV’. Ça bouillonne dans tous les sens, avec un don particulier pour le riff de la mort qui tue, une forme de paroxysme étant atteint dans ce domaine sur ‘Do It In Heels’. Les solos tranchants mettent nos chairs à vif, inspiration et virtuosité s’alliant pour apporter la touche originale qui fait de chaque composition un univers en soi, au caractère d’acier et de velours mêlés. La voix compacte, haut perché, ne demande qu’à mûrir pour frapper encore plus fort l’âme du public ébaubi. Prenons le pari que la jeune Texane au Cœur de Feu, comme le souligne le titre de l’opus, n’a pas fini de carboniser les scènes d’Austin et d’ailleurs.
Max Mercier

Big Harp George
Living in the City

Genre musical: Blues jazzy multicolore
Label : Blues Mountain records
Distributeur :
www.bigharpgeorge.com, Amazon, CDBaby, Apple Music     

George Bisharat alias Big Harp George est basé dans la région de la baie de San Francisco. Dans une vie antérieure il était avocat, professeur de droit et commentateur expert sur le droit et la politique au Moyen-Orient. A présent, chanteur, auteur-compositeur et harmoniciste il revendique l’influence de George ‘Harmonica’ Smith ou William Clarke. Son instrument, l’harmonica chromatique est appelé ‘Big Harp’ par les initiés, d’où son surnom. A la tête d’un mini big band (guitare, batterie, basse, claviers, saxophone, trombone, violon, cithare, chœurs) il distille des rythmes parmi les plus vivifiants. Ne se laissant pas enfermé dans un seul genre, il navigue du jump blues aux frontières du jazz en passant par la samba et s’empare de tonalités venues de Memphis, New Orleans, des Caraïbes ou de plus loin encore. La virtuosité s’efface au profit de la sensibilité et de l’émotion pour embarquer l’auditeur dans un voyage attrayant. Avec ce quatrième album à son actif il nous fait découvrir en près d’une heure 13 chansons originales de son cru. Doté d’une voix claire et forte il évoque les sujets actuels tels que la crise des opioïdes, le vécu d’un émigré d'Amérique centrale menacé d'expulsion ou le conflit palestinien. Le temps s’efface à l’écoute de cet enregistrement.
Gilles Blampain

Black Sabbath
Vol 4 Super Deluxe

Genre musical: Heavy-metal originel 
Label : VERTIGO
Distributeur :
BMG     

Considéré comme le disque de la drogue, puisqu’ouvertement dédicacé à la Coke Company de Los Angeles, Vol 4 est l’album de tous les excès, un symbole de la mythologie sex, drugs and rock’n’roll. C’est en fait bien mal connaître cet album merveilleux, puissant et original à de bien nombreux niveaux. En préambule, je me permettrai de me demander pourquoi le somptueux Master Of Reality n’a pas eu droit à sa version Super Deluxe juste derrière Paranoid, c’est bien dommage. Mais revenons à ce beau coffret. En 1972, les quatre Black Sabbath commencent à tirer la langue. Le groupe est sur la route non-stop depuis 1969 à raison de 250 concerts par an, il a déjà produit trois disques en trois ans, le succès est là, bien installé, notamment aux USA, où leur musique sombre et lourde a trouvé un écho favorable auprès de la jeunesse américaine, toujours empêtrée dans le conflit vietnamien. Le groupe loue une belle villa à Bel-Air, et commence à travailler sur de nouveaux morceaux. L’esprit n’est pas très studieux, la Californie offrant bien des distractions. Mais rapidement, la machine est alimentée par le guitariste Tony Iommi, qui n’est pas vraiment là pour le tourisme. Lassé de se faire allumer par la presse musicale, notamment britannique, qui les traite grosso-modo de gros bourrins abrutis et de ploucs (ils ne sont pas de Londres, mais de Birmingham), Iommi veut prouver que Black Sabbath a de l’ambition, comme Led Zeppelin. Curieusement, le disque qui en résulte n’est pas si progressif que l’on pourrait le penser. L’ambition artistique sera bien plus élevée sur les albums suivants. Mais dès l’audacieux ‘Wheels Of Confusion’, avec ses différents étages, on sent que le groupe veut prouver qu’il est capable d’aller loin. C’est sans doute la trace la plus évidente de cette ambition. La suite est composée de titres ultra-puissants, plutôt simples dans leurs structures, rappelant finalement les disques précédents. Sauf que la subtilité se situe dans un riff plus riche, un refrain plus mélodique, des breaks plus techniques. Le son de ce disque a toujours été magnifique. Tony Iommi est l’homme de ce disque, délivrant des riffs monstrueux, d’une puissance totalement inédite pour l’époque, et qui le restera en fait jusqu’à l’arrivée de nouveaux sidérurgistes anglais au début des années 80. Les obus soniques sont entrecoupés de petits instrumentaux (‘FX’, ‘Laguna Sunrise’) ou d’une ballade au piano et mellotron signée Ozzy Osbourne, et se nommant ‘Changes’. Le reste est un torrent de feu : ‘Tomorrow’s Dream’, ‘Supernaut’, ‘Snowblind’, ‘Cornucopia’… Techniquement, Black Sabbath a surpassé en qualité trois albums déjà sacrément bons. Le coffret offre de nouveaux mixes, des prises alternatives, et un ensemble de titres en direct captés à Manchester et au Rainbow de Londres en 1973. Le live est pour l’anecdote déjà paru en 1980 sous le nom de Live At Last sans l’accord du groupe. Mais cette fois, la bande a été magnifiquement mixée, et la prestation est impressionnante. Il n’y a plus qu’à espérer que tous les autres albums bénéficieront de ce magnifique traitement, il y a sûrement matière.
Julien Deléglise

Bye Bye Theresa
Second Souffle

Genre musical: Rock alternatif
Label : Kebra's Records
Distributeur :
Tunecore, Spotify, Deezer     

Voilà manifestement un album dont la gestation a été douloureuse... C'est vrai aussi qu'en général, dans ces cas-là, la délivrance n'en est que plus appréciable. Fondé à Lyon il y a plus de dix ans, Bye Bye Theresa (pas de signification particulière quant au nom, c'est juste que "ça sonnait bien") n'avait jusqu'alors enregistré que deux maquettes, tout en enchaînant les concerts. Le groupe se voit proposer par Jean-Michel Poisson, alias Spi (ex-Oth, Les Naufragés) la mise sur pied d'un album. Ben le chanteur s'attelle à l'écriture, à la composition, ledit Spi faisant en quelque sorte office de directeur artistique. Las, les autres membres du combo quittent un à un le navire, mais Ben s'accroche, et termine enfin l'album avec l'aide de son voisin Jérémie Germain à la production. Exercice enfin abouti en ce début d'année, en dépit de l'adversité, et des différents coups du sort. Les influences revendiquées lorgnent sans surprise du côté des groupes précités, et de façon générale de la scène dite alternative. Même si plusieurs titres conjuguent énergie et férocité, il serait pourtant restrictif d'y accoler l'étiquette punk français, d'autant qu'on nous épargne ici les slogans parfois bas du front. Quelques charges furieuses donc ('No Post', 'Mauvais Poil'...) mais aussi un titre co-écrit avec Spi ('Poussière d'Etoiles’, qui figurait sur l'album Vent d'Ouest des Naufragés), une reprise plus inattendue ('Laisse Pas Traîner Ton Fils' de NTM) et quelques titres plus légers musicalement, ce qui n'est parfois qu'une apparence (l’émouvant 'Je Ne Sais Pas' qui évoque le décès du frère du chanteur). Un album convaincant, dont on ne peut douter un seul instant de la profonde sincérité. 
Marc Jansen

Byzantium
Halfway Dreaming Anthology 1969-1975

Genre musical: Prog-rock psychédélique
Label : GRAPEFRUIT
Distributeur :
Cherry Red Records.

Jamie Rubinstein est comme de nombreux gamins de son époque, à rêver d’une carrière dans la musique sur les bancs de l’école. Bon guitariste et déjà compositeur prolifique, il fonde Ora en 1968 avec deux camarades de fac. Un unique album d’excellent folk psychédélique voit le jour l’année suivante, sans laisser de traces dans les classements. Ora est dissous, et avec la rencontre du bassiste Robin Lamble et du guitariste Nico Ramsden, Rubinstein s’oriente vers une musique plus électrique. Le groupe devient Byzantium en 1971, et le line-up se stabilise avec l’arrivée du batteur Steve Corduner. Le premier album Byzantium sort en 1972, et propose une musique originale mêlant acid-rock, blues-rock et teintes jazz. Le disque marchant fort peu, Ramsden s’en va, remplacé par Mick Barakan. Seasons Changing sort en 1973, mais la formation ne décolle pas. Elle se retrouve sans management, et son troisième disque est auto-financé et auto-distribué : Live & Studio en 1974. Byzantium est devenu un très bon groupe de scène, jammant à l’envi, rappelant Man. Ce beau coffret offre les albums depuis Ora, ainsi qu’un cinquième réunissant divers enregistrements live inédits d’excellente facture. Il permet de découvrir ce quatuor doué, qui n’aura pas réussi à percer dans le vaste monde du rock, par manque de cette petite étincelle de chance, mais certainement pas par manque de talent.
Julien Deléglise

Cotton Belly's
Kingfisher's Sessions

Genre musical: Blues, rock, folk
Label : BLR RECORDS
Distributeur :
Spotify, Deezer, Bandcamp     

Toujours appliqués et créatifs les quatre de Cotton Belly’s condensent définitivement un bon groove et un chaleureux feeling. Le titre de la pochette fait référence au Martin Pêcheur, le pub qui permet à tout amateur de blues de situer Nargis sur une carte routière, et où a eu lieu l’enregistrement. Une fois encore le band frappe fort. Sans surprise la qualité haut de gamme de la prestation est au rendez-vous. L’originalité du style mêle fougue et sensibilité dans une belle explosion de rythmes et de bonnes vibrations. Le son cristallin et d'une profondeur étonnante est remarquable et on est happé dès le premier titre ‘Tried’. Tempo accrocheur, agréables mélodies et voix chaude, rien ne manque. Yann Malek, Mick Ravassat, Aurélie Simenel et Cyrille Catois nous livrent 7 compositions originales d’un éclat particulier où le triptyque, blues, folk et rock est toujours de mise. Les diverses ambiances, distillent une réelle fraîcheur entrelaçant tradition et modernité. En 31 minutes, la pression ne retombe pas d’un titre à l’autre. Il se dégage de cette production un charme indéniable. Les superlatifs pourraient s’aligner tant le résultat est excellent. Une très belle réussite.
Gilles Blampain

Curtis Salgado
Damage Control

Genre musical: Blues, rock, soul
Label : ALLIGATOR
Distributeur :
SOCADISC     

Voilà un savoureux mélange de blues, de rock, de r’n’b et de soul. Damage Control est le 11ème album de Curtis Salgado depuis ses débuts il y a quarante ans, le quatrième chez Alligator. La musique est chaleureuse et la voix est forte et claire avec toujours ce style unique qui envoie plein de bonnes vibrations. Producteur de l’enregistrement Salgado s’est entouré de trois groupes différents de musiciens triés sur le volet entre Tennessee et Californie. Le rythme, le style et la classe avec d’élégants arrangements. Curtis Salgado nous dit que cet album est le reflet de notre époque et de sa vie. La fragilité de l’existence, les aléas, les moments joyeux, mais au final la mort inévitable. Alors vivons et soyons positifs ! Ayant survécu à trois cancers ainsi qu'à une crise cardiaque il s'est battu à chaque fois et a surmonté la maladie : « La vie est une question de contrôle des dégâts… des problèmes et plus encore. Il s’agit de faire face à ce qui vous arrive et de dire : Je n’ai pas encore fini ». Il a co-écrit 12 chansons et reprend ‘Slow Down’ de Larry Williams, popularisée par les Beatles en 1964, en clôture du CD. Les titres s’enchaînent durant 51 minutes en variant habilement les genres. L’ensemble est très dynamique. La prestation est une fois encore au top niveau.
Gilles Blampain
 

Ghalia Volt
One Woman Band

Genre musical: Blues mordant
Label : RUF
Distributeur :
SOCADISC     

La Belge la plus populaire dans le Sud des Etats-Unis a voyagé en train durant tout le mois d’août à travers 18 Etats, de la Louisiane à l’Illinois, de la Californie au Wyoming… Les paysages changeants derrière la fenêtre devenant source d’inspiration : « Le but ? Ecrire la totalité de l’album au gré de mon périple. La plupart des chansons ont été inspirées par le voyage et de vraies expérience. D’autres sortent de mon imagination ». On la connaissait entourée d’un band de la meilleure espèce. La voici en solo. Les séances d’enregistrement ont eu lieu en novembre aux légendaires Royal Sound Studios de Memphis. Pour jouer la carte de la vérité et rejeter la facilité de la technique c’est à dire enregistrer un instrument après l’autre, Ghalia Volt a privilégié le direct en temps réel. Elle chante et joue donc dans un même élan, guitare ou cigar box, grosse caisse et caisse claire, charleston agrémentée d’un tambourin, pour un vrai One Woman Band, créant un son à la fois râpeux et lumineux. A l’exception cependant de l’intervention de Dean Zucchero à la basse sur le titre ‘Esperitu Papago’ et 'Monster' Mike Welch et sa guitare sur ‘Evil Thoughts’ et les deux réunis sur ‘Just One More Time’. La set list dévoile 11 titres. Ghalia Volt signe 9 compositions et reprend à sa manière ‘It Hurts Me Too’ (Tampa Red) et ‘Just One More Time’ (Ralph Bass/Ike Turner). Un blues électrique de haute puissance qui convoque les mânes de John Lee Hooker et Hound Dog Taylor. L’énergie est débordante et le son musclé est brut de décoffrage.
Gilles Blampain

Hervé Paul
# 5

Genre musical: Power-pop rock 
Label : ABSILONE
Distributeur :
www.hervepaul.com, Bandcamp     

C’est marrant, parce que j’ai chroniqué le mois dernier l’album Moderne des Floo Flash, superbe quatuor lyonnais du début des années 80, dont le guitariste était … Hervé Paul. Après la déception de l’aventure Floo Flash, Hervé Paul se lança dans une carrière solo, qu’il voyait en trois volumes, et parallèlement dans une carrière de réalisateur. Il y aura quatre albums, et puis cinq, parce que Hervé Paul avait un stock de chansons datant d’un projet nommé les Ex. L’homme a depuis quelques connaissances : Mark Plati à la production, Pete Thomas du groupe d’Elvis Costello à la batterie… Disons-le tout net : l’album est magnifiquement produit. Et c’est une bonne chose, parce que la production met en valeur l’esprit des chansons d’Hervé Paul. Il y a de la power-pop, parce que l’on ne se refait pas : ‘C’est La Vie’ est l’introduction parfaite. Mais il y a aussi l’infusion de la musique americana. Springsteen et Neil Young ne sont pas loin sur ‘Omaha Beach’ ou ‘Puisque La Vie Continue’. Il n’y a pourtant ni plagiat, ni influence grossière. Hervé Paul, c’est la classe intégrale, depuis les Floo Flash. Alors il avale les influences, et les offre dans ses propres compositions, particulièrement réussies. Il y a aussi les atmosphères cinématographiques, impossibles à expliquer. Ses riffs secs de Rickenbacker s’entrechoquent avec sa voix tannée, profonde et légèrement brisée. #5 est un vrai beau disque de musique aux teintes rock en français, comme le faisait Alain Bashung par exemple. Indéniablement, la classe, toujours, et pas encore nommé aux Victoires de la Musique.
Julien Deléglise

Jack Bon and the Buzzmen
Love, Peace, Rock'n'Roll

Genre musical: Sider blues-rock  
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur :
piedozantoine@gmail.com     

Jack Bon est une légende, au cas où vous ne le sauriez pas. On a quand même affaire au génial guitariste-chanteur-compositeur du trio lyonnais Ganafoul, les terreurs du boogie français entre 1975 et 1982, avec à la clé trois albums impeccables et un live qui a le seul défaut d’être trop court. Le quatrième et dernier album, en français, de 1982, T’as Bien Failli Crever, montre encore de beaux restes, mais l’aventure se termine, rattrapé par le contexte d’une scène rock plus trop favorable à ces guerriers de la route qui faisait vibrer les planches entre 1977 et 1980 : Little Bob Story, Factory, Ganafoul, Océan… Ganafoul a plutôt pas mal vendu, a fait de belles tournées, mais pas de quoi mettre les gars à l’abri du besoin. Jack a quitté le business un peu blasé, et sa discographie solo est assez éparse : trois albums solo entre 1992 et 2002, plus quelques simples. Il y aura la magnifique reformation de Ganafoul en 1998 pour l’album live Crossroads, mais Jack réactivait déjà de temps en temps un Ganafoul, notamment pour des concerts de l’ENTPE de Vaulx-En-Velin dans les années 80. Depuis le début des années 2000, Jack Bon s’était montré discret, comme disparu, bien malgré nous. Lorsque je reçus ce nouvel album, j’en fus ravi. Jack, pour moi, c’est un héros depuis mes douze ans, et la découverte de la chanson de Ganafoul ‘Bad Street Boy’. Evidemment, le temps passe, et ma foi, la jeunesse aussi. J’étais prêt à pardonner un côté blues pépère pour ce type que j’aime tant. Dès le premier morceau, ‘Stop Breaking Down’ de Robert Johnson, j’ai été saisi à la gorge. C’est du blues-rock, c’est évident, mais avec cette hargne que l’on trouvait chez Ganafoul. La voix de Jack est reconnaissable entre toutes, avec sa petite patine en plus, superbe. Il a cette manière de chanter l’anglais tellement caractéristique, comme Dominique Laboubée des Dogs, un peu frenchy, un peu gouapeur. Ça joue dru derrière : Luc Blackstone à la basse et Alain Babois à la batterie assure une rythmique des plus solides. Antoine Piedoz apporte son harmonica, et ses incursions rappellent celles de Magic Dick dans le J Geils Band. La guitare de Jack Bon domine le tout, solide, puissante, râpeuse, teigneuse. Il y a de très belles reprises : ‘Stop Breaking Down’, ‘I’m Tore Down’ de Sonny Thompson, ‘Around And Around’ de Chuck Berry, sacrément fameuse… Mais il y aussi de nombreuses nouvelles compositions originales. Et c’est là que cela devient magique. Parce que la fameuse patte de ‘Bad Street Boy’ réapparaît comme une étoile filante dans cette musique aux atours blues. J’en aurais presque chialé à l’écoute de ‘Love, Peace, Rock’n’Roll’. Ce foutu sider-rock était de retour, là, dans mes oreilles. Pas question de blues-rock plan-plan chiant. Ça fume de nouveau à pleins cylindres. Le toucher de Jack Bon a pris quarante ans, et pour le meilleur, plus fin, plus subtil, bien qu’il fut déjà d’un sacré niveau en 1978. Les belles pièces d’acier façonnées main se succèdent : ‘More Than Silver And Gold’, ‘Rolling Down The Gutter’ au petit arrière-goût Dr Feelgood, ‘Rock Till I Drop’ et son boogie pour tracer la route… Je ne sais si je m’emballe, mais en connaissant bien l’œuvre du bonhomme, ce nouveau disque est incontestablement ce qu’il a sorti de meilleur depuis 1980. Cela ne signifie pas que tout, entre les deux, n’a aucun intérêt. Non, cela veut dire que cet album est un très grand album, de ceux qui devraient laisser quelques magnifiques souvenirs dans l’histoire de la musique.
Julien Deléglise

Jeanette Berger
Live

Genre musical: Soul, blues, rhythm'n'blues 
Label : Blue Moon Records
Distributeur :
Absilone/Believe     

En ces temps de sevrage imposé, l'initiative est bienvenue... Après deux EP et un premier album studio (In My Mind en 2018), le suivant prévu l'an prochain, voici le témoignage d'un concert donné en août 2020 au festival de Sanary-sur-Mer. Ceux qui découvrent la demoiselle seront vite fixés quant aux intentions : après une ballade piano-voix (c’est elle qui caresse le clavier), un second titre nappé de chœurs prend ensuite des accents funky, le troisième faisant place à une soul un peu pop. Toutes ces nuances, auxquelles il faut ajouter une touche de blues, vont se succéder jusqu’à la finale de ce concert fort bien capté. A tel point que lors des passages les plus intimes, on a presque l'impression que c'est dans notre salon que Jeanette Berger nous susurre ses mélodies, de sa voix profonde et suave. On a même droit à la présentation des musiciens - comme son nom le laisse supposer, la jeune fille est bien française, même si les titres sont anglophones - de quoi renforcer l'impression de se trouver réellement devant le groupe. Tout cela est fort sensible, voire sensuel, très soigné, trop peut-être. Pas de quoi se réveiller la nuit, mais les amateurs de belles choses devraient apprécier.  
Marc Jansen

Joe Lewis Band
Up Next

Genre musical: Blues, funk, rock 
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur :
CDBaby, Amazon, iTunes, Spotify     

Picayune dans le sud de l’Etat du Mississippi est à peu plus d’une heure de route au nord de la Nouvelle-Orléans, une région où se mêlent toutes sortes de musiques. C’est dans cet environnement sonore hétéroclite qu’a grandi Joe Lewis. Et très tôt il s’est laissé pénétrer par diverses influences. Ce n’est pas un débutant, il s’est déjà produit au Legend’s de Buddy Guy et a participé à l’International Blues Challenge. Il joue de la guitare et chante, secondé par Tom Cole à la basse et Derrick Enyard à la batterie. Le trio nous fait entendre un mélange de blues, de funk et de rock illuminé par le jeu de guitare brillant de Lewis et sa voix de ténor. Pour ce quatrième album Joe Lewis signe 10 compositions originales au groove funky. Touché par la foi il prêche son message de dévot à travers des chansons comme ‘Do Your Work In Me’ et ‘Jesus I Love The Way You Love’ mais sans jamais se départir de son sens du rythme. S’il excelle dans le tempo enlevé il sait aussi être dans la retenue quand il rend un hommage émouvant à une sœur disparue avec une tendre ballade ‘Broken Angel Of The Delta’. Tout est dit en 30 minutes.
Gilles Blampain

Mr. Hardearly
Mean Blues

Genre musical: Blues, rock 
Label : REBEL MUSIC
Distributeur :
SOCADISC

Le confinement aura au moins eu ça de positif : Mr. Hardearly a eu tout loisir de peaufiner les 15 titres de ce nouvel album. Il nous livre 13 compositions de son cru et deux reprises ‘Blue Mood’ de T-Bone Walker et ‘When A Blind Man Cries’ de Deep Purple. Assurément blues-rock, l’homme à la Startocaster s’est entouré de Jean-Philippe Bernaux à la basse et Frédéric Turban à la batterie et Greg Deletang au saxophone a été invité à mettre un peu de funk sur quelques titres. Mr. Hardearly a toujours ce style original, mélodique et passionné, qui sait faire naître le frisson. D’une chanson à l’autre il sait passer avec justesse du mordant au velouté avec aisance et maîtrise. Son jeu de guitare agressif sans être dénué de finesse est à coup sûr incendiaire et sa voix en impose. Véritable groove master,ilsculpte les sons à grands coups de riffs et de savoureux slides. L’ensemble de cette réalisation ne manque pas de souffle, c’est carré, efficace, plein d’énergie et de bonnes vibrations. La qualité sonore est superbe et il se dégage une belle ferveur de cet enregistrement. A noter trois lumineuses interventions instrumentales ‘White Flag’ qui ouvre de disque, une version acoustique et assagie de ‘Mean Blues’ et ‘Song For You’ pour terminer l’album en beauté. En bon faiseur, Mr. Hardearly a tout fait dans son propre studio où il a lui-même assuré enregistrement, production et mixage.
Gilles Blampain

Nell
The Pace Of Life

Genre musical: Pop-rock
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur :
Amazon, Soundcloud, www.nellsounds.com     

Elle n’en est pas à son coup d’essai puisqu’un album a déjà vu le jour en 2017. Elle est autrice, compositrice, guitariste, chanteuse, et en plus elle participe à la production du disque. Voilà une artiste complète qui ne fait rien à moitié. Quelle voix ! Puissante, fougueuse, sensuelle, chaleureuse. D’entrée de jeu ça pulse fort. Nell à la guitare est accompagnée par Marco Stefanelli à l’autre guitare, Nicolas Marsal à la basse et Etienne Lagarde à la batterie. Elle crée un univers personnel avec un style pop-rock puissant mais non dénué de finesse qui dévoile de belles harmonies vocales où des ambiances folk et blues ne sont pas absentes. On est emporté dès le premier morceau ‘The Call Of Rhythm’ avec un chant plein de ferveur. L’émotion est là, ça vibre et ça palpite. Et les chansons suivantes ne faiblissent pas. Cet EP 5 titres est l’occasion, si ce n’est déjà fait, de découvrir une artiste qui ne manque pas de charme et qui fait preuve d’une force émotionnelle incontestable. Pour ses chansons qu’elle veut intimistes et sincères elle dit : « On enlève le superflu et on va à l’essentiel ». Le résultat est convaincant, il y de l’ardeur, du désir et une certaine fièvre.
Gilles Blampain

Ole Frimer Band
Live in Eppingen

Genre musical: Blues-rock
Label :
KATTI RECORDS
Distributeur :
Amazon, Spotify, Deezer     

Tenez ! Un disque 'en public'... Rappelez-vous ces réunions où, côtes à côtes, nous venions tous pour célébrer la musique en concert. Celui-ci a été capturé le 19 octobre 2019, lors du festival de Jazz d'Eppingen en Allemagne. Ole Frimer est un Danois. 68 ans au compteur et auteur de 3 albums avec ce band. Soit, Niels Ole Thorning aux claviers, Jesper Bylling à la basse et Claus Daugaard à la batterie. La prise de son est excellente, apportant à cette prestation, un son chromé comme de jolies jantes d'automobile, où, vraisemblablement à l'écoute des applaudissements, il ne devait pas y avoir foule. L'ambiance est très public jazz en fait. Peu importe, j'ai ainsi l'impression que le groupe joue pour moi seul, confiné dans mon salon. Deux instrumentaux à la Jeff Beck, ouvrent et clôturent le disque, soit 'The Clearing' et 'Brush With The Blues'. Entre ces 2 là, ce sont 3 reprises soit, Eddy Boyd 'The Blues Is Here To Stay', Eric Clapton-Robert Cray 'Old Love' et Albert Collins, le jazzy 'Got A Mind To Travel'. 'Single City', sublime blues-rock, un peu pop, chanté en danois, et qui sur l'échelle d'acceptation des bons morceaux, passe très bien le test. En fait c'est le titre que je préfère ; à écouter en roulant pour le frisson de liberté qu'il dégage. 'Why Are You Stayin', une compo, un blues tout en retenue fait des merveilles. Le son chaleureux et un peu gras de la guitare marié à l'orgue y est pour beaucoup. Tout le long de ce concert ce n'est que pur plaisir. Le 27 Janvier 2020, en Europe, un premier cas de Covid 19 est attesté en Bavière chez un cadre de la compagnie Webasto. Puis les premiers couvre-feux ou confinements vont se généraliser dès le mois de mars. Depuis, nous y sommes toujours. Bonne écoute !
Juan Marquez Léon

Popa Chubby
Tinfoil Hat

Genre musical: Blues-rock et plus
Label : DIXIEFROG
Distributeur :
PIAS    

Key West, Floride, le 12 mars 2020, la pandémie est là, et c’est le dernier show de l’année pour Popa Chubby. Il rentre dare-dare à la maison. Isolé, entouré d’un tas de guitares, de batteries, micros, amplis, plutôt que de se morfondre autant écrire des chansons et trouver des musiques qui vont avec. Ce qu’il a fait de mars à fin septembre. De son album Popa Chubby nous dit : « Il est né de l'amour, du désespoir, de la peur, de la frustration, de la douleur, de la joie, de la tristesse et de la résolution ». Le titre Tinfoil Hat tourne en dérision cette paranoïa complotiste qui prétend qu’un chapeau en aluminium prémunit le cerveau de l'influence d'un champ électromagnétique, d'un détecteur de pensées ou d'une prise de contrôle par des extra-terrestres. Popa Chubby nous parle de la covid, de son traitement dans les médias, de l’incurie de l’administration à son plus haut niveau, des dérives racistes que connaissent les USA. Il nous livre 11 nouveaux titres aux textes mordants mis en valeur par un chant fiévreux et des riffs agressifs. Le blues-rock rageur qu’on lui connaît est bien au rendez-vous. C’est vif, puissant et rempli d'émotion et d’une formidable efficacité. Une musique qui rentre dedans, sans pour autant être dénuée d’une certaine subtilité. Mais il n’y a pas que ça. Il nous entraîne aussi vers des rythmes caribéens avec ‘You Ain’t Said Shit’ et ‘Cognitive Dissonance’. Une fois encore il a tout fait lui-même et le résultat est à la hauteur.
Gilles Blampain

Spirit of Mymymy
My Pleasure My Pain

Genre musical: Blues-rock expérimental
Label : MILANO RECORDS
Distributeur :
MILANO RECORDS     

Gilles Riberolles, ancienne plume au sein du prestigieux Best, revient avec son nouveau projet musical. Ce n’est pas la première fois qu’il se frotte à la création de musique, ayant débuté il y a bien longtemps au sein du projet new wave Casino Music entre 1978 et 1981. Il poursuivra notamment avec Jumbo Layer au début des années 2000, et continue régulièrement à composer de la musique. Milano Records, l’excellent label parisien du non moins excellent Grégoire Garrigues, lui a permis de capter le premier album de Spirit Of Mymymy, dans lequel il joue de tous les instruments. L’objet est d’entrée difficile à classer. On ressent une base blues-rock un peu déglinguée, qui se croise avec de multiples influences : funk, jazz, psychédélique… Après plusieurs écoutes, une sensation de Little Feat émerge, musique un peu inclassable, piochant dans des influences musicales américaines. ‘My Pleasure, My Pain’ et ‘Hoochie Coochie Lady’ sont de ce bois-là, notamment. Très clairement, la musique de Spirit Of Mymymy transpire l’érudition musicale de son auteur, l’objectif n’étant pas d’offrir une musique simple et prête à consommer. Les mélodies sont bien présentes, et la voix de Gilles Riberolles est fort plaisante, ayant des intonations à la Marc Bolan. Il est difficile de mettre en avant un titre plus qu’un autre, chacun ayant sa propre vie, son propre univers. ‘Troubled’, ‘War Paint’, ‘Hoochie Coochie Lady’, ‘Playing With Specters On The Loose’ s’immiscent facilement dans le cortex, mais selon l’humeur du jour, il est probable que cette sélection évolue, attiré par une couleur nouvelle de cet album.
Julien Deléglise

The Howlin' Blues Trio
Crève-Coeur


Genre musical: Rockin' Blues
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : julienbourousse@gmail.com

Minimaliste, peut-être, mais à coup sûr bigrement efficace ! Jean Noël Hervé chante et joue de l’harmonica, Vincent Jamet joue de la guitare et du piano et Julien Bourrousse est à la contrebasse. Une complicité qui dure depuis plus de 15 ans. Tous trois signent conjointement 12 compositions de leur cru dont deux purement instrumentales. La machine est bien huilée. Les musiciens jouent avec une belle ardeur et un superbe feeling, et rien de ce qui chatouille les oreilles ne leur est étranger : swing, boogie, blues, country, rockabilly... De facture moderne, mais dans un enrobage fifties, les titres originaux soulignent l’incontestable talent du trio et séduisent dès la première écoute. Avec un beat musclé et accrocheur qui s’appuie sur une rythmique solide, le style est brut et viril, on passe de rythmes endiablés à des atmosphères plus détendues avec une certaine dextérité. La prestation bouscule les cadres habituels pour forger un style bien personnel. L’expression est essentiellement anglophone mais avec la chanson ‘Crève-Cœur’ les trois Bordelais prouvent qu’ils savent aussi faire danser les mots en français. Le band évite toute fioriture, va droit au but et fait mouche à chaque titre. C’est dynamique, enlevé, les bonnes vibrations sont là.
Gilles Blampain




Toe Fat
Bad Side Of The Moon 1970-1972

Genre musical: Heavy-rock progressif
Label : Esoteric Records
Distributeur : Cherry Red Records

Cliff Bennett, pianiste et chanteur, connaît deux hits au milieu des années 60 avec ses Rebel Rousers. Il décide d’offrir au monde sa version du heavy-rock, en recrutant trois membres du groupe The Gods : le bassiste John Glascock, l’organiste et guitariste Ken Hensley, et le batteur Lee Kerslake. Bennett et Hensley compose l’essentiel du matériel, qui allie hard-rock naissant et des influences soul. Toe Fat sort en mai 1970, et offre quelques sacrées plages de heavy music : ‘That’s My Love For You’, le dantesque ‘Nobody’, ‘But I’m Wrong’… Tout semble aller pour le mieux, le groupe ayant provoqué l’intérêt aux Etats-Unis. Une tournée américaine est calée en première partie de Derek And The Dominos. Pourtant, Bennett est sommé par ses managers, le couple Gunnell, de virer Hensley et Kerslake. Le premier a créé sa propre maison d’édition pour déposer sa musique, le second arrive de plus en plus régulièrement en retard aux répétitions à cause de soucis personnels. Bennett n’a pas le choix, les Gunnell ayant des connexions avec la mafia londonienne, et notamment avec les frères Kray. Trois semaines avant la tournée, il faut donc trouver des remplaçants. Le frère de John Glascock, Brian, prend la batterie, et Alan Kendall la guitare. Dans la foulée, le groupe retourne en studio pour capter Toe Fat 2. A cette occasion, le guitariste Peter Green, alors en pleine période jam sessions, apporte sa contribution sur ‘There’ll Be Change’ et ‘A New Way’. En 1971, Bennett découvre que les Gunnell ont détourné l’avance du label américain Rare Earth qui les distribue là-bas. Toe Fat s’effrite en 1972, laissant derrière lui deux excellents disques, et a servi de tremplin à quatre musiciens d’importance : Ken Hensley et Lee Kerslake formeront Uriah Heep avec Mick Box, Alan Kendall sera guitariste des Bee Gees, et John Glascock sera bassiste dans Chicken Shack, puis dans Jethro Tull jusqu’à sa mort en 1979.
Julien Deléglise

Villa Borghese
Viola d'Amore

Genre musical: Rock New Wave  
Label : SIMPLEX RECORDS
Distributeur : SIMPLEX RECORDS

Encore aujourd’hui, dans la mythologie du rock, le punk avait mis fin aux superstars, mais aussi à une forme de rock trop technique et nombriliste. Dans le viseur se trouvait le rock progressif, mais aussi le jazz-rock. En somme, tout ce qui était à base d’improvisations instrumentales de dix minutes jouées par des trentenaires néo-babas. Le punk ne mit en fait pas tout à fait fin au jazz-rock, Santana, Weather Report et bien d’autres continueront leurs carrières sans trop se soucier du brouhaha punk. On oublie par contre que certains illustres musiciens des scènes prog et jazz-rock se mirent à la New Wave. Les plus célèbres sont incontestablement The Police, Sting provenant du jazz-rock, Summers et Copeland du prog-rock. Ils ne seront pas les seuls à être séduits par les nouvelles sonorités, notamment quand se profile les sons du post-punk. Ce sera le cas du groupe Brand X, mais aussi dans une certaine mesure de Genesis qui opère une mue électronique à partir de 1980. En France, le claviériste Gérard Maimone et le batteur Patrick ‘Kaktus’ Garel, illustres musiciens au sein des jazz-rockeux lyonnais de Spheroe, se prend cette nouvelle vague en pleine tronche. Ils décident de monter un nouveau groupe s’ouvrant à ces nouveaux horizons. Ils recrutent en 1979 le chanteur Olivier Angèle, le guitariste Jean De Antoni et le bassiste Jean-Jacques Martin. Lors de concerts trop rares, un certain André Manoukian les renforce aux claviers. Il participe également à leur unique trace vinylique, le simple Gate 46 sorti en 1980 sur le label RCA. Dans la foulée, ils rejoignent les studios Aquarius à Genève pour enregistrer un premier album sous la houlette du producteur de Toyah, Steve James. Les bandes finiront sur une étagère sans même voir le jour, les egos ayant fracassé le groupe. Maimone et Angèle partent fonder Entreprise, et Villa Borghese s’éteint, mort-né. Simplex Records a retrouvé ces bandes, et les a enfin jetées sur un album vinyle nommé Viola D’Amore. On se demande bien ce qui se serait passé si cet album était sorti en 1980. Pionnier, ultra-novateur, il offre une musique constituée de douze morceaux denses, puissants et angoissants, portés par la voix déclamatoire de Angèle et les synthétiseurs glacés de Maimone. Carel frappe une rythmique sèche et nerveuse. La technique se concentre sur les arrangements, et les détails musicaux des chansons. Musicalement, Villa Borghese navigue entre Joy Division, New Order (qui n’existe pas encore en 1980) et Wire, mais l’originalité sonore ne peut être comparée totalement à quoi que ce soit d’existant. Cet étonnant album doit impérativement être replacé au milieu des albums de Jacno et de Taxi Girl pour comprendre l’importance musicale qu’il aurait pu avoir à l’époque.
Julien Deléglise