Le contenu de cette page nécessite une version plus récente d’Adobe Flash Player.

Obtenir le lecteur Adobe Flash

09/20
Chroniques CD du mois Interview: THE TOGS Livres & Publications
Portrait: JOHNNY GUITAR WATSON Interview: JULIAN THE DRIFTER Dossier: FENDER TELECASTER
 


Dans cette rubrique, vous trouverez une sélection de CD choisis par l'équipe Blues Again.

MARS 2020

Ben Rice & RB Stone
Out Of The Box

Genre musical: Blues, rock
Label : Midle Mountain Music productions
Distributeur :
https://rbstone.com/music     

Ça sonne grave quand deux types qui ont le blues et le rock dans la peau groupent leurs forces et leur feeling pour honorer la cigar box guitar de leurs médiators et bottlenecks. Les guitares ont trois, quatre ou six cordes, les types ont la banane parce que, derrière, le duo basse (Joseph Barton), batterie (Dave Melyan) construit une assise inébranlable. Dès le premier titre 'Hot Rod Mama' le ton est donné, ça envoie la sauce et le rock déboule en maître. Ensuite on calme le jeu avec 'Easy Rollin' Down The Road' et c'est donc au tour du blues de faire apprécier la cigar box guitar. 'Hey Politician' sa grosse basse bien ronde et son tempo bien marqué avec la voix légèrement éraillée de RB Stone rappelle l'époque du CCR. Pour celles et ceux qui aiment les titres puissants qui laissent de la gomme brûlée sur le bitume, je recommande le sans répit 'Swamp East Boogie' et l'instrumental 'Lobo Jam' deux tueries où les cordes des cigar box guitars sont chauffées à blanc. Si vous êtes plutôt country hill blues, vous apprécierez 'Meet Your Maker' et 'Bad Blood On Mean Whiskey'. Dans un style JJ Cale vitaminé 'Jesus Needs A Gig' fera l'affaire. Onze compositions au total, drivées par ces deux excellents chanteurs musiciens (Ben Rice - chant guitares et RB Stone – chant guitare, harmonica) qui ont su tirer hors de ces petites boîtes à cordes, des sons gros comme des montagnes pour donner à ces instruments leurs lettres de noblesse. Un must.
César

Gabriiel
Light In The Dark

Genre musical: Pop, folk,blues
Label : YOUZ PROD
Distributeur :
InOuïe Distribution    

Déjà remarqué par le magazine Rolling Stone avec le titre 'Back To Real', Gabriiel, Maxime Gabriel à l'état civil, nous propose son premier EP 5 titres. Un visuel-portrait qui d'emblée rappelle Richard Thompson, le grand. Nous sommes bien en terrain folk mais le discours chez Gabriiel est moins guitaristique et plus folk-blues. Le propos ici est proche, sur au moins deux titres, de Charlie Winston, voire de Ben Harper pour la chaleur, le velouté de la voix. On remarquera l'introspection crépusculaire du titre éponyme, la brillance de 'We Are' et la splendide cavalcade blues-rock 'Drive It'. Trois titres qui annoncent le talent d'un grand compositeur. Joseph Bijon est aussi à la guitare, Jonathan Chamand à la contrebasse, Clément Drigon à la batterie, et les chœurs sont de Marie Clop. A lire la pochette, ils sont de la région Bourgogne Franche-Comté. Mon petit doigt me dit, même sans son bottleneck, que cela ne va pas s'arrêter là. 
Juan Marquez Léon 

Joseph Martone
Honey Birds

Genre musical: Blues, folk, rock
Label : FREAK HOUSE
Distributeur :
InOuïe Distribution     

Mark Lanegan, Nick Cave, Léonard Cohen, etc. C’est en substance les premiers artistes qui nous viennent en tête lorsqu’on lance le premier album solo de Joseph Martone. Par son timbre de voix (très) rauque sur ‘Working On Me’ ou ‘The Deal’, par ses ballades comme ‘Trust’ ou ‘Oh Goodness Me’, cet Italo-Américain dépeint des histoires et des personnages atypiques croisés au long de sa vie. Entouré de Taylor Kirk à la guitare électrique, Ned Crowther (qui co-écrit les paroles) à la basse, Pietro Amato aux claviers et aux cors d’harmonie et Jonathan Maurano à la batterie, Joseph Martone livre un opus digne d’une bande-son de films signés Leone, Jarmush ou les frères Coen version western. C’est à la fois poussiéreux, collant mais profondément sincère et envoûtant. Tendre ici l’oreille sur ‘Firefly’ où, au milieu de la chanson, on croirait voir arriver une horde de chevaux fougueux tout droit sortie d’un désert. Dans ces textes, Joseph Martone aborde les thèmes de l’amour, de la famille, de l’amitié avec une pointe de nostalgie et de douleur liée à la trahison. Un peu comme une vieille bouteille de vin qu’on attend splendide mais qui, finalement, n’est que bonne voire bouchonnée! Ce n’est d’ailleurs peut-être pas si anodin que ça pour un musicien qui se trouve être aussi viticulteur dans la région de Naples (Italie).
Tristan Sicard

Lazy Lester feat. Benoit Blue Boy & Geraint Watkins
Yes Indeed !

Genre musical: Hommage
Label : TEMPO RECORDS
Distributeur :
SOCADISC     

Prenons la machine à remonter le temps. Le nouveau siècle a trois ans. Cet été là le festival Musiques de la Nouvelle Orléans en Périgord souffle ses trois bougies. Benoit Blue Boy parrain de la première édition lance l’idée de la rencontre entre Lazy Lester et les Tortilleurs. Les organisateurs ne refusent pas une telle proposition. Ça se concrétise le 16 août sur la scène installée au cœur du parc Gamenson à Périgueux. Thibaut Chopin à la basse et Fabrice Millerioux à la batterie forgent une rythmique impeccable pour soutenir la guitare de Stan Noubard Pacha toujours parfait, et Geraint Watkins aux claviers d’un Hammond B3 donne du velouté à l’ensemble. Benoit Blue Boy assure les parties d’harmonica, tour à tour guilleret, sensuel, virevoltant ou lézardant, Lazy Lester se concentre sur le chant de sa voix traînante lançant au public à chaque fin de chanson ‘Yes Indeed ! Le tempo du swamp blues s’invite dans la moiteur de l’été périgourdin. Résultat un sans-faute de haute volée : ‘I Made Up My Mind’,Ya Ya’, ‘Tell Me’, ‘You Don’t Have To Go’, ‘Irene’, ‘Back A La Maison’… en tout 11 petites perles du plus bel éclat. Une réalisation pleine de fraîcheur qui sous une relative décontraction donne, grâce à la clarté de la note, une impression de vivacité et de légèreté. Un concert en plein air avec une qualité de son exceptionnelle. Lazy Lester a quitté ce bas monde en 2018 mais sa voix nous accompagne encore.
Gilles Blampain

Matt Wanderscheid
Matt Wanderscheid

 

Genre musical: Rhythm & blues, folk soul
Label : iMD-Water kid records
Distributeur : Amazon, Deezer, Spotify

Dès le premier titre, ‘Look At Me Girl’, on est embarqué et on se laisse entraîner sans résistance. Il y a un savoureux petit côté retro mais si l’aspect est vintage, la création est tout à fait originale et actuelle. Navigant entre rhythm’n’blues et folk soul, Matt Wanderscheid signe avec brio les 11 compositions de cet album qui distille une euphorie certaine. Allègre et se distinguant de la production commune le style est clair et fluide et offre une très belle sonorité. L’interprétation ne manque pas de souffle et possède un charme réel. Portées par d’agréables mélodies et une voix chaleureuse de soulman les ambiances passent avec aisance du velouté au tonique. Matt Wanderscheid à la guitare et au chant a fait l’enregistrement en compagnie d’un band au top composé de Bastien Cabezon à la batterie, Lonj à la basse, Anthony Stelmaszack aux guitares et à la mandoline, Damien Daigneau au piano et à la mandoline également et Julien Bouyssou à l’orgue Hammond et aux congas. Si l’ensemble dispense une vraie énergie, tout réside dans la finesse d’exécution avec un énorme feeling pour de bonnes vibrations et un groove contagieux. La production est superbe pour ce petit bijou sonore qui donne 43 minutes d’un plaisir évident. L’emballage est sobre et discret pourtant les superlatifs relatifs au contenu pourraient s’aligner sans tomber dans l’outrance tant le résultat est excellent.
Gilles Blampain   

Moonlight Benjamin
Simido

 

Genre musical: World music
Label : MA CASE
Distributeur : Amazon, Bandcamp, Spotify, Deezer

Déjà vingt ans de carrière et quatrième album pour cette figure de proue d’une world music aux influences multiples après Siltane il y deux ans. Les rivages aux contours jazzy s’estompent. Sur Simido, les arrangements se rapprochent d’un solide blues-rock charpenté, transcendé par la voix puissante et lyrique de la chanteuse, et traversé par les réminiscences de rythmes afro-haïtiens, Togo, Bénin et Haïti. Les textes en créole sont portés par une voix puissante, majestueuse sur un tapis de blues-rock savamment épuré. Le tout crée une atmosphère pénétrante, qui invoque l’exil, les souffrances du peuple Haïtien, la corruption, et le refus de toutes les injustices.  Avec Simido, la prêtresse vaudou, initiée en 2009, se forge un univers musical punchy. Cette world music confine à une sorte d’universalisme, un syncrétisme soul-afro-pop-blues-rock capable de toucher tous les publics et d’éveiller toutes les émotions. Moonlight Benjamin est accompagnée de Matthis Pascaud, arrangeur de talent et guitariste brillant, à la lap steel et aux claviers, de Matthieu Vial-Collet à la guitare, de Quentin Rochas à la basse et de Bertrand Noël à la batterie.
Laurent Lacoste

Mystic Sunship
Changing Shapes - Live At Roadburn

 

Genre musical: Stoner jazz-rock
Label : EL PARAISO RECORDS
Distributeur : BANDCAMP

Il paraît que l'ennui régnait aux Victoires de la Musique, comme dans la plupart des cérémonies musicales annuelles. Aux Brits Awards, ce sont ces bons vieux matous de Ron Wood et Rod Stewart qui ont réveillé la soirée en reprenant des morceaux des Faces. Quelque part aux Pays-Bas, à Tilburg, quelques milliers de spectateurs ont franchi la rivière sacrée. C'était le 12 avril 2019. Le quatuor danois explore la musique instrumentale psychédélique et stoner depuis 2009, mais a atteint un nouveau sommet en fusionnant sa musique avec le jazz, c'était sur Another Shape Of Psychedelic Music en 2018. Il s'était adjoint les services du saxophoniste free Søren Skov. Skov est revenu les accompagner sur la scène du Roadburn Festival, rendez-vous incontournable des amateurs de stoner-rock de toutes sortes. Si le set offre des morceaux du dernier album en date, Mythic Sunship et Søren Skov explorent aussi d'anciennes compositions, comme 'Ophidian Rising' de l'album Ouroboros de 2016, ici revisité. De nouvelles créations sont aussi présentées : les superbes 'Awakening' et 'Olympia'. La scène magnifie ces cinq compositions. Elle leur offre la vigueur et la folie, cette rage obsédante et mélancolique. Il n'y aura aucun commentaire entre les morceaux, comme le faisait Miles Davis et son quartet en 1970, promouvant Bitches Brew. La musique vit sur des disques pareils, audacieux, enivrants.
Julien Deléglise

Philippe Grancher
25 Years Of Blues

 

Genre musical: Blues distingué
Label : Culture Blues Production
Distributeur : brevedent@gmail.com

Philippe Grancher ne braille pas comme un marchand des quatre saisons. Son truc à lui n’est pas du domaine de la harangue. Il a une voix intime au relief doux, et le jeu de guitare qui va avec, mesuré, poli, les doigts feutrés, s’excusant presque de quelque chose. Voilà qu’il sort un best-of, car notre homme a une œuvre qui a commencé en 1995, et qu’il découpe en tranches de guitare : la période Lespaul, la période Gibson 325, Washburn ¾ de caisse, Gibson 356, Patrick Kruger… Blues, rock, jazz, quels que soient les genres et leurs déclinaisons, on est piégé par ce swing caressant aux courbes fluides qui porte encore le sceau de T-Bone Walker et de BB King. Grancher est un guitariste mésestimé. Il suffit d’écouter avec quelle grâce il enchaîne les plans de ‘All Your Love’, et comment il fait tomber la pluie dans le solo de ‘Sky Is Crying’. Voici donc onze plages s’étirant de 1997 à 2018, frappées du même cachet unificateur qui fait, de ce best-of, un album original qu’on croirait bâti durant les mêmes sessions. Grancher remercie ses G Men : Paolo Coccina, Daniel Le Noury, Clément Duventru (Le Noury, Duventru, euh… non, rien), et quelques amis embarqués au passage, Nico Wayne Toussaint, Fred Chapellier, Fred Dupont, et le saxophoniste Drew Davis, impérial sur ‘Jazz Pack’. Sept chansons, quatre instrumentaux, cinq covers, emballez c’est pesé. Parmi les reprises s’est glissé un témoin de valeur, une chanson apparemment anodine mais assez casse-gueule si on n’y prend garde, tournant en ridicule ceux qui l’abordent de façon trop désinvolte : ‘Trouble In Mind’. Il n’y a pas beaucoup de versions réussies. Il faut ajouter celle de Philippe Grancher dans la liste des exceptions.
Christian Casoni

Roomful Of Blues
In A Roomful Of Blues

 

Genre musical: Rhythm’n’blues classieux
Label : ALLIGATOR
Distributeur : SOCADISC

Leur dernier album 45 Live était sorti en 2013, c’est dire si l’attente était grande. Et le résultat ne déçoit pas. Voilà une production de belle qualité, chaleureuse et pleine de bonnes vibrations. C’est vif et brillant, un vrai régal auditif. Chris Vachon à la guitare et Rich Lataille aux sax tenor et alto, les deux piliers du band sont toujours à la manœuvre. La chaude voix de Phil Pemberton soutenue par l’orgue et une section de cuivres étincelante distille avec force un super groove classieux. Rooomful Of Blues frappe fort encore une fois avec 11 nouvelles chansons originales composées par les membres du groupe et deux reprises enregistrées au début des années 1960 par Buddy Ace ‘What Can I Do ?’ et Doc Pomus ‘Too Much Boogie’. Une set list attrayante et exubérante, d’une sophistication experte et raffinée. Blues, funk aux teintes latino, atmosphère jazzy, ballade, approche de l’univers de Cab Calloway ou du zydeco, le band est toujours au top. Comme d’habitude il se dégage de ce disque un beau dynamisme et une joie incontestable. Une belle ferveur qui émerge avec beaucoup de finesse et de feeling. Un album au répertoire coloré qui accroche l’oreille et émoustille les tympans. Un enregistrement de haute volée qui est un vrai remède à la mélancolie.
Gilles Blampain

Sophie Kay
Turbulent Blues

 

Genre musical: Blues protestataire  
Label : JENO RECORDS
Distributeur : sophiekay.bandcamp.com

Le monde va à vau-l’eau. Agitation, ébullition, contestation. Triste constat sur notre époque, coup de colère, amertume, Sophie Kay se fait chroniqueuse de notre temps dans la lignée des protest singers. Et comme l’air du temps n’est pas des plus joyeux, une certaine mélancolie enrobe cette nouvelle production. Ecologie, avenir sombre (‘What We’re Gonna Do’), émotion, mémoire qui fout le camp (‘I Don’t Remember Who I Am’), relations homme femme (‘The Low Down Way You Do’, ‘Quit You’…). Quelques chansons interprétées en français (même si le titre est en anglais) ‘Welcome Sweet Little Angel’, ‘Se Sentir Bien’. Dureté de la vie ‘Tough Times’ et soutien au cyber militant lanceur d’alerte mis au ban de la société ‘Julian Assange Blues’. En tout 12 titres reflets d’un malaise partagé. Sophie Kay parle de ce qu’elle voit mais aussi de ce qu’elle vit. La morosité semble s’imposer, mais comme dans un clair-obscur pour illuminer ce sombre tableau tout cela est mis en musique de belle façon avec des ambiances sobres, limpides et calmes. Une guitare, une contrebasse, une batterie, avec parfois l’appui discret d’un harmonica, d’un piano ou d’un violon. Une simplicité musicale qui sied au propos. Le son est bien travaillé et la production est soignée.
Gilles Blampain

Swamp Dogg
Sorry You Couldn't Make It

Genre musical: Ballades country rock, country soul ?
Label : Joyful Noise Recordings
Distributeur : Differ-ant

Jerry Williams Jr. est né en 1942 en Virginie. Il est en service actif depuis les années 50, a enregistré quelque chose comme 23 albums, et a même fait des stations dans les charts. Comme Ray Charles, Solomon Burke et autres soulmen, Swamp Dogg a toujours clamé son amour de la country, et même prétendu n’avoir, finalement, jamais fait que ça, ce que rappelle la feuille de présentation : « J’utilise beaucoup de cuivres dans ma musique mais, si vous écoutez bien mes disques, avant de commencer à y mettre plein de merdes, je suis country, je sonne country ». D’ailleurs l’album a été enregistré au Sound Emporium de Nashville, avec quatorze cavaliers du cru et un guest rémanent, le fameux John Prine. Si Sorry You Couldn’t Make It est un disque de country, comme on le décrit, à commencer par l’auteur lui-même, c’est plus dans l’esprit que dans la lettre. Swamp Dogg a réuni dix superbes ballades soul rock, americana soul par moment et, effectivement, une teinte country plus affirmée dans la deuxième partie de l’album, mais on est loin de la complainte de vacher. Ça pourrait être, selon les plages, des chansons sombres de Dylan, des Stones post-Exile, parfois même de Rod Stewart, un lot de belles mélodies introspectives, richement orchestrées, le premier titre, ‘Sleeping Without You Is A Dragg’, donnant le ton avec ses brises de cuivres et ses contrechants de guitare twangy, une merveille. Swamp Dogg aura bientôt 80 balais, on l’entend chanter avec une voix étonnamment jeune. Pas que la voix d’ailleurs, mais aussi l’inspiration, la sève sentimentale et quelques effets de production, comme ceux de ‘Memories’ dont le son se désagrège, devient lointain et poussiéreux. C’est un album qui ralentit le temps. Plus la peine de frimer pour cacher le malaise
Christian Casoni

Tas Cru
Drive On

Genre musical: Blues multiple
Label : SUBCAT RECORDS
Distributeur : https://tascru.com/buy-tc-music , Spotify, Deezer

Outre ses deux albums pour enfants, Tas Cru nous propose là son neuvième CD, garni de dix compositions, dans lequel il tient la guitare acoustique, l'électrique et la résonator. Il joue de l'harmonica sur 'Memphis Blue' chante sur tous les titres sauf un 'In This Moment' qui est un instrumental plein de nostalgie avec son tempo lent et ses volutes de saxophone. Tandis que 'Devil In Your Heart' propre à la méditation, de par sa tranquillité, est chanté en duo avec Mary Ann Casale. 'Kinda Mess' et 'Shookie Shake' sont là pour l'ambiance boogie et rock. On est dans le domaine d'un funk bluesy bien huilé avec 'Drive On'. Avec Tas Cru, on explore tous les styles de blues en gardant une cohérence dans le son, les mélodies sont bien ficelées et cet artiste sait faire passer son capital charismatique par la chaleur de sa voix et l'entrain qu'il met dans ses interprétations. Ses compagnons pour cet opus sont Anthony Geraci (orgue, piano), Anthony Terry (saxophone) et Gabe Stillman (slide). Deux bassistes (Bob Purdy et Collin Beatty) et trois batteurs (Andy Hearn, Sonny Rock, Cathy Lamanna) ont participé à l'enregistrement de Drive On.  Que voilà une musique bienfaitrice !
César

The Cool Feedback
Soul Overdrive

Genre musical: Jazz-rock
Label : MILANO RECORDS
Distributeur : MILANO RECORDS

Grégoire Garrigues n'est pas un gamin. Pourtant, il en a bien des qualités, à commencer par son enthousiasme presque enfantin. Ses cheveux blancs trahissent l'âge, mais son énergie et son sourire en font toujours un jeune homme. Hyperactif et passionné, il explore tout ce qu'il aime : le twist avec les Soquettes Blanches, le pub-rock avec les Jones, et le punk-rock sans concession avec Argent Ardent. Il n'hésite pas à prêter main forte à des légendes de la musique rock française comme Long Chris. On s'est croisé la première fois au CIDISC, et son humour et son élégance naturelle le rendent infiniment sympathique. Lorsqu'il me confie le premier disque d'Argent Ardent, il me glisse également celui de The Cool Feedback, en ajoutant que je suis celui qui peut apprécier à sa juste valeur cette musique. Me voilà avec une sacrée responsabilité sur les épaules, mais j'ai compris pourquoi. The Cool Feedback est un subtil alliage musical entre psychédélie et jazz-rock. La pochette architecturale et minérale fait écho à celles de la scène anglaise de Canterbury : Nucleus, Soft Machine, Hatfield And The North… The Cool Feedback est une fusion subtile entre Miles Davis période Bitches Brew et la folie électrique de Tim Blake et Hawkwind. C'est une musique audacieuse, que l'on ne saura que peut goûter en ces heures et dans ce pays qui n'aime plus le jazz-rock depuis 1976, à part quand il porte des paillettes et s'appelle Prince. Et pourtant, elle est si lumineuse.
Julien Deléglise

The James Hunter Six
Nick Of Time

Genre musical: Early soul
Label : DAPTONE RECORDS
Distributeur : DIFFER-ANT

Chez Daptone, il y avait une transporteuse de fonds, Sharon Jones, et un cuisinier, Charles Bradley. Les deux sont tombés, terrassés par la prolifération de cellules mal branlées. Reste qui au bureau ? Lee Fields, l’agent immobilier. Il faut reconnaitre que la soul ne nourrit pas son homme, tout ce beau monde devant trouer sa carte dans la pointeuse pour parvenir à faire bouillir la marmite. James Hunter lui, fut ouvrier du bâtiment. Il pourrait bien devenir le nouveau tôlier de Daptone avec ce fantastique nouvel album ironiquement appelé ‘Juste A Temps’. Que des titres superbement écrits, joués, produits et chantés, surtout chantés avec tellement de maitrise. Millésimés entre 59 et 61 (à 3 mois près). Avec par rapport aux albums précédents une touche de classe supplémentaire, comme si notre ami James devenait hanté par Nat King Cole au lieu de Sam Cooke et avait troqué sa pinte de Guinness contre le meilleur cocktail au monde, mélange de rhum Angostura et de bourbon, avec un peu de sucre, d’eau pétillante et un zeste d’orange (pour faire joli). Le nom du breuvage ? Old Fashioned, cette question !
Cranberry Gordy

The Outcasts
1978-1985

Genre musical: Punk-rock, blues-punk
Label : CAPTAIN Oi!
Distributeur : Cherry Red Records

The Outcasts se forment en juin 1977 à Belfast, en Irlande du Nord. A l'origine, on trouve trois frères : Martin Cowan à la guitare, Greg Cowan à la basse et au chant et Colin Cowan à la batterie. Colin « Getty » Getgood vient compléter le quatuor à la guitare lead. Ils publient rapidement leurs premiers simples sur des labels de punk irlandais. Ils finissent par se stabiliser chez Good Vibrations Records, et sortent leur premier album en 1979 : Self Conscious Over You. Leur musique est un punk sans concession. Le disque n'a toutefois pas un grand impact sur le marché anglais, les scènes britanniques étant un peu hermétiques à la formation nord-irlandaise. L'accident de moto de Greg Cowan en 1980 met un coup d'arrêt à leur carrière. Colin Cowan s'en va, laissant les baguettes à Raymond Falls. L'album du retour est Blood And Thunder en 1982. Ce second disque est une réussite, mieux produit, et à l'interprétation plus solide, avec quelques incursions reggae à la manière de Police et Clash. Ils ont bénéficié du soutien de John Peel qui leur a permis d'enregistrer une session pour la BBC à la fin de l'année 1981. Le disque suivant, Seven Deadly Sins de 1984, surprend les fans par son approche punk-blues, entre le Gun Club de Fire Of Love et une forme de psychobilly. La chose est réussie, mais cela ne permet pas aux Outcasts de survivre financièrement, et le groupe des frangins Cowan jette l'éponge en 1985.
Julien Deléglise

Tom The Suit Forst
World Of Broken Hearts

Genre musical: Blues-rock
Label : Retro records/Factory Underground
Distributeur : tomthesuitforst.com, Spotify, qobuz

L’histoire de Tom « The Suit » Forst est loin d’être banale. Après avoir occupé un poste de manager dans une grande chaîne de télévision américaine, l’homme s’est lancé à 57 ans dans une carrière de musicien professionnel, une fois que furent payées les études de ses enfants. Son premier album est sorti en 2017 et, parrainé par la Blues Foundation, il a commencé l’année suivante la confection d’un podcast hebdomadaire à l’audience croissante, consacré à l’histoire et l’impact du blues des origines à nos jours, tout en s’offrant une tournée en Chine. Enfin sort des presses ce nouvel opus à l’approche des 70 ans du maître. Ce dernier ne faisant rien comme tout le monde, il s’agit d’une œuvre ultra-compacte, cinq morceaux seulement pour vingt minutes d’écoute. Mais attention, ça poudrille dans la carrée !... Cette musique est un mélange détonnant de rock’n’roll, de blues et d’Americana. Souvent les comparaisons lorgnent vers Eric Clapton, Gary Clarke Jr ou Joe Walsh. A la vérité, Forst déploie ses propres ailes du haut de sa voix ferme et de son jeu de guitare rude comme il faut. Les solos fugaces, saturés, couvrent la palette complète des couleurs de l’arc-en-ciel. Des jets de slide éthérée révèlent quelques réminiscences Floydiennes sur la chanson d’introduction. Suivent une pièce mid-tempo touffue dans laquelle le banjo électrique sonne amerloc à mort, puis deux ballades au lyrisme accrocheur, l’une sobre et acoustique à la manière de Lenny McDaniel, l’autre plus habillée, enrubannée de claviers et de violon, où Christine Ohlman chante en duo avec le patron. Pour finir, le groupe reprend ‘Hoochie Coochie Man’ de Willie Dixon, sur une rythmique plombée, les voix des choristes et de Tom croisant le fer entre les cris de la six-cordes. Les musiciens réunis ici sont des pointures first class : Paul Nelson et Ryan Hommel à la guitare et à la basse, James Montgomery à l’harmonica, Travis McNabb à la batterie, Mike Forst et Vincent Brike au piano. Autant dire que la qualité supérieure est au rendez-vous dans le ‘Monde des cœurs brisés’ de ce sexagénaire hors du commun.
Max Mercier

Tribulation
Alive & Dead At Södra Teatern

Genre musical: Black'n'roll épique
Label : CENTURY MEDIA
Distributeur : CENTURY MEDIA

Le disque live est un exercice périlleux. Il fut l'objet de bien des critiques : faux-lives enregistrés en studio, enregistrements retouchés à outrance, prestations décevantes… C'est souvent l'occasion d'exalter l'emprise du groupe sur son public. On ne compte plus les combos CD/DVD/Goodies pour fans, ces shows devant des stades à Buenos Aires, à Rio, à Moscou, à Las Vegas, sur tel ou tel festival. Tribulation n'a pas encore cette renommée grandiloquente, mais a par contre un talent redoutable sur scène comme sur disque. Ce quatuor suédois est né en 2004, et a déjà publié quatre albums, dont le dernier de 2018 se nomme Down Below. Tribulation mélange black-metal originel des années 80-90 et heavy-metal anglais millésimé (Iron Maiden, Motörhead, Judas Priest) avec un soupçon de new-wave spleenesque (Joy Division, Cure). Les musiciens sont grimés de maquillages noir et blanc, comme dans le black-metal, avec toutefois des looks plus sophistiqués et romantiques, comme le guitariste Jonathan Hulten avec ses capes noires de chauve-souris et ses ballerines de danseur. Ce coffret réunit l'enregistrement au Södra Teatern de Stockholm du 12 août 2019, en double CD et DVD. La puissance des chansons originelles n'est absolument pas perdue, bien au contraire. Tribulation est un immense groupe de scène, parfaitement capté sur ce bel enregistrement qui vous permettra d'avoir un aperçu complet, chansons et puissance live, de ce groupe méconnu.
Julien Deléglise

Withney Shay
Stand Up !

Genre musical: Blues & soul 
Label : RUF
Distributeur : SOCADISC

Stand Up ! est autant une invitation à remplir le dancefloor qu’à aborder des thèmes essentiels, tels l’autonomie féminine. Déterminée, la flamboyante auteur (auteure ? auteuse ? On s’y perd !) – compositrice – interprète (dix titres en collaboration avec son partenaire en écriture Adam J. Eros (!), deux reprises) a grandi dans un ranch, élevée par une mère célibataire, ce qui doit forger le caractère. Au lycée, elle intègre un groupe fortement influencé par les Andrew Sisters, sa référence ultime demeurant la grande Etta James. Premier album en 2012, Soul Tonic, second en 2018(A Woman Rules The World), et aussitôt une multitude de prix, et les habituelles envolées lyriques, telles qu’on nous les ressort à la moindre occasion : « future icône du blues », « l’une des meilleures choses de la musique soul », etc. Tout cela est exagéré bien sûr, même si l’artiste a des atouts certains : une belle voix chaude, un talent évident pour l’écriture… Mais voilà : une fois encore, on aurait souhaité des compos un minimum aventureuses, plus en phase avec le propos – une approche moins old school en fait. Oh, ceux qui aiment le classicisme seront sans doute ravis : l’album oscille gentiment entre funk blues calibré et soul cuivrée - là où, en effet, Whitney Shay se montre la plus convaincante. Certes, quelques détails feront la différence : l’entrée en matière tout en cuivres, le jeu de la guitariste Laura Chavez sur ‘Equal Ground’, le duo avec Guy Forsyth (‘Far Apart (Still Close)’), mais dans l’ensemble voilà un album plutôt tiède, alors qu’on l’aurait souhaité bouillant.
Marc Jansen