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été 19
Chroniques CD du mois Interview: GROUND ZERO Livres & Publications
Portrait: JAMES COTTON Interview: FLYIN' SAUCERS GUMBO SPECIAL Portrait: ROBIN TROWER
 


Dans cette rubrique, vous trouverez une sélection de CD choisis par l'équipe Blues Again.

mars 2019

16KAT
Complètement flippé

Genre musical: Punk
Label : KEBRA RECORDS
Distributeur : 16kat.bandcamp.com/album/compl-tement-flipp    

Composé des frères Ducret à la voix et aux guitares, de Martin Dubois à la basse, et de Nicolas Koune à la batterie, les Strasbourgeois 16Kat tiennent avec panache le flambeau du punk des années 70 et 80, forts de centaines de concerts dans l’Hexagone et à l’étranger. Leur 6ème CD en 12 ans de carrière après sept années de silence discographique ne déroge pas aux canons du genre. Dans cet univers musical ultra-codifié, c’est la guitare qui donne le tempo, tricotant parfois des enchaînements pop, punk ou carrément des soli hard. Derrière, une batterie impeccable assure une rythmique de fer. Le chant en français renvoie à des références nationales du punk des années 80, comme les Parabellum du regretté Schulz. Dès les premières mesures du premier morceau, on est pris d’une envie irrépressible d’aller commander une mousse au bar et d’aller pogoter au premier rang du concert. Les titres les moins accrocheurs sont les plus stéréotypés, avec chœurs punks virils, breaks attendus, et vocaux urgents. Mais à environ deux minutes la durée moyenne de ces derniers, on n’a pas le temps de regretter la faiblesse relative d’une composition que la suivante vous prend déjà à la gorge et vous fait regretter immédiatement vos propos. Tonique, même si on aimerait que ces talentueux stakhanovistes s’ouvrent à des registres moins convenus qui leur permettraient d’exprimer leurs qualités individuelles d’instrumentistes. A noter une belle reprise de ‘Sonic Reducer’ des Dead Boys pour clore ce CD. Allez chiche, pour le prochain CD, deux ou trois morceaux de plus de trois minutes, et une reprise des Saints !
Laurent Lacoste

Atomic Road Kings
Clean Up The Blood

 

Genre musical: Blues roots, blues électrique
Label : BIGTONE RECORDS
Distributeur : bigtonerecords.com/store/

Monté par Eric ‘Jailhouse’ Von Herzen à l'harmonica et Jon Atkinson à la guitare, le projet Atomic Road Kings nous régale d'un blues lent et électrique, avec des accents de temps passés. L'album a en effet été enregistré avec des équipements reprenant ceux des années 40 et 50, ce qui confère à l'ensemble ce côté rauque caractéristique. Le CD lui-même est un bel objet, avec une esthétique soignée à l'aspect vintage. Les rythmiques sont lourdes (on pense par exemple à la très Led Zeppelinienne 'Rumors'), les influences très roots ('My Way Back Home') et le chant semble lui aussi provenir d'une autre décennie (la très légère distorsion rend le tout envoûtant, la chanson éponyme de l'album étant un bon exemple). L'harmonica saturé rythme les morceaux comme on scande une formule magique alors que les guitares piochent dans l'héritage de la tradition du blues américain pour donner des phrasés authentiques et inspirés. L'obsédante 'Vibrations' invite un piano à se joindre à la formation pour ajouter une certaine densité à l'ensemble. On a entre les mains un disque de blues sombre, celui des dernières heures de la nuit, avec des notes qui resteront en tête jusqu'au lendemain.
Marion Braun

AWEK
Let's Party Down

 

Genre musical: Blues festif
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : ABSILONE

Awek, ça signifie "A fond" en langue d'Oc. Un terme pas très blues, de l'aveu même des musiciens, mais on en a connu de plus improbables... Car de blues, c'est bien de cela qu'il est question tout au long de ce double CD : Chicago blues, swamp blues, West Coast blues, avec toutefois, classiquement, une teinte rock, soul, funky ou swing à l'occasion. Parfaitement à l'aise dans toutes ces composantes, Awek - plus de vingt ans d'existence, une dizaine d'albums déjà - n'a pas fait les choses à moitié, proposant en bonus de leur nouvel opus un second CD live, témoignage de deux décennies passées sur les routes. Soudés, passionnés, Bernard Sellam (chant, guitare), Stéphane Bertolino (harmonica, chœurs), Joël Ferron (basse) et Olivier Trebel (batterie) sont retournés aux States mettre en boîte cet album, co-produit par le guitariste Kid Andersen, rejoints par une flopée d'invités. Côté studio, dix originaux, deux reprises - s'ils se réclament des grands anciens comme Muddy Waters ou BB King (‘Early Every Morning' de ce dernier en plage 8), ils exhument aussi un artiste plus obscur, Jr Wells pour 'Come On In This House'. Le groupe fait preuve d'une grande cohésion, le style est fluide, dynamique, mais assez prévisible à vrai dire. L'album live parcourt la palette entière, y compris le slow blues étiré ('Telephone Blues', 'Sweet Little Angel' - BB King, toujours), inévitable dans ce cas de figure.
Marc Jansen

Blue Cheer
The '67 Demos

 

Genre musical: Heavy blues 
Label : BEAT ROCKET
Distributeur : SUNDAZED

Blue Cheer n'en finit pas d'obséder les amateurs de heavy sound des années 60. D'où vient le hard-rock? Jimi Hendrix? Cream? Jeff Beck Group? Who ? Ou alors ce trio américain établi à San Francisco mais qui s'était formé à Detroit ? Historiquement, ils ne sont pas ceux qui auront levé les premiers le son comme des coyotes. Mais ils sont ceux qui l'auront fait de manière complètement effarante et outrancière. Leur son ultra-saturé va définir une forme de heavy-blues moins subtilement virtuose que Jeff Beck, Cream ou Jimi Hendrix Experience. Mais leur musique va donner confiance à de jeunes musiciens en leurs capacités limitées. Le rock n'est finalement pas une affaire de technique, mais d'énergie. Leur violence sonore est davantage à rapprocher du MC5 et des Stooges. Blue Cheer est d'abord un quintet fondé en 1966. Il devient trio dans le courant de l'année 1967. Le passage à ce format n'est pas lié au fait qu'ils aient assisté au concert du Jimi Hendrix Experience au Festival de Monterey, mais disons que cela les conforta dans l'idée qu'à trois, on peut faire pas mal de boucan. Blue Cheer a déjà des compositions originales à son répertoire, mais c'est son interprétation scénique de 'The Hunter' d'Albert King qui va attirer le DJ de San Francisco Abe ‘Voco’ Kesh. L'homme anime une émission sur le blues sur la station KSAN, et est persuadé d'une chose : Blue Cheer est une pure excroissance du blues noir américain. Il veut les aider et les programmer, mais le groupe n'a rien enregistré. Kesh privatise donc un studio de KSAN, et Blue Cheer capte trois morceaux : 'Second Time Around', 'Doctor Please', et 'Summertime Blues' d'Eddie Cochran. Ces démos vont ainsi permettre au trio de signer avec Philips et sortir le premier album Vincebus Eruptum en janvier 1968. Ce sont ces bandes que ce disque présente pour la première fois dans une version restaurée en vinyle bleue et poster intérieur. Le son sature merveilleusement, il crépite comme un brasier électrique. Les versions proposées sont déjà proches de leurs versions définitives. 'Summertime Blues' est toutefois presque meilleure que sa version album, irradiant de sa furie. Blue Cheer avait inventé le chaos sonore à base de blues, et allait laisser pantois toute la scène de San Francisco, ainsi que trois générations de musiciens rock.
Julien Deléglise

Chillidogs
Something Must Change

 

Genre musical: Blues rock  
Label : LUCKY 7
Distributeur :
iTunes, Spotify, Deezer

Les ChilliDogs arrivent, et ils n'ont pas lésiné sur la sauce piquante ! La galette bouge, remue, elle sautille et danse le rock en faisant les chœurs. Avec des rythmiques efficaces qui flirtent parfois avec le hard rock ('Night Mine'), le groupe français est bien déterminé à nous faire taper du pied. Le style ChilliDogs, ce sont des accords saturés accompagnant une voix sûre d'elle ('Doctor') avec un harmonica prêt à en découdre, surtout pendant les solos. Oscillant entre blues et rock, les riffs sont simples et les mélodies entraînantes. Un travail sur les voix peut se faire entendre ('Piece Of Plastic') mais le groupe tient surtout son identité de l'influence du blues américain ('You Know') mélangée à l'arrogance d'un rock moderne et irrévérencieux ('The Walkaway'). Ce mélange résulte en un style distinct et efficace qui est maintenu tout au long de l'album. En effet, bien que parfaitement maîtrisée, la recette est reproduite sans surprendre l'auditeur. Toutefois, lancer Something Must Change dans sa sono, c'est commencer à taper du pied sur les premières mesures de la première chanson et ne s'arrêter qu'à la fin de la dernière.
Marion Braun

Greta Van Fleet
Anthem Of The Peaceful Army

 

Genre musical: Heavy-Blues-Rock     
Label : LAVA RECORDS
Distributeur : UNIVERSAL 

Ce quatuor de jeunes gens, dont trois frères, les Kiszka, s'est littéralement fait éreinter par la presse anglo-saxonne et les fans de classic-rock. Considérés comme de mauvais ersatz de Led Zeppelin, leur premier album a été jeté à la poubelle sous une pluie d'insultes. C'est que l'on ne touche pas à l'héritage sacré de Led Zeppelin. Pourtant, ces quatre gamins d'une vingtaine d'années ont osé le faire sans complexe, le croisant avec de la soul et du blues des années 60. Il semblerait qu'il n'aurait pas eu le droit de le faire. Sauf que c'est oublier le nombre de classiques du rock s'inspirant allégrement du blues des années 30 à 50, Led Zeppelin en premier. Greta Van Fleet n'a fait que se nourrir de ses influences pour créer sa musique. Bien évidemment, ce qui sème le trouble principal est la voix ahurissante de Joshua Kiszka, ressemblant fortement à celle de Robert Plant. Mais encore, le comparatif est vite fait. Les intonations sont là, le timbre pas du tout. Qu'importe. Ce premier album est très bon et puis c'est tout. Débuter un disque par un morceau de six minutes, 'Age Of Man', est déjà une sacrée preuve de culot. Greta Van Fleet ne prétend rien réinventer mais fait du rock merveilleusement bien. Ils n'ont surtout aucun accent vintage. Ils jouent, tout simplement. Et leurs chansons sont vraiment très bonnes : 'The Cold Wind', 'Watching Over', 'You're The One'… Il y a quelques titres moins percutants, comme leur simple 'When The Curtain Fall' ou 'Leaver, Lover'. Mais il faut saluer leur production : deux EP en 2017, un album en 2018. Greta Van Fleet semble évoluer, et c'est réjouissant. On peut d'autant plus leur pardonner leurs erreurs. Cet enregistrement est bon, enthousiasmant. Il est à souhaiter que le quatuor n'attende pas le délai désormais réglementaire de trois ans entre chaque album, mais qu'il tienne celui des années 70 afin de dévoiler tout son talent. Ce sont quatre garçons à suivre.
Julien Deléglise

Ground Zero
I Was There

 

Genre musical: Blues, Folk 
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : bpsib@free.fr

Groud Zero, a doublé de volume. Ce groupe basé en Dordogne était réduit à deux musiciens. Le guitariste-harmoniciste et maître d’œuvre Sib, accompagné du batteur Georges Jacobs nous avaient gratifiés en 2018 d'un album Live enregistré au Lembarzique Café (24) où ils avaient convié quelques musiciens à les rejoindre pour étoffer la formation. Cette fois, Ground Zero (en référence au club du même nom basé à Clarksdale – Mississippi) en principe au complet avec l'accueil du bassiste Jac Bass et du guitariste Jeff Mathieu a réalisé ce nouvel opus au même endroit, également en live. Ce soir-là, quelques classiques éclectiques étaient interprétés convoquant Calvin Russel avec 'Soldier' et 'Crossroad', Robert Johnson avec 'If I Had Possession' et 'Believe I'll Dust My Broom', Bob Seger avec 'Turn The Page' et Hank Williams et son 'Honky Tonk Blues' ainsi que Gianmaria Testa et 'Polvere Di Gesso'. Un panel assez large de chansons oscillant entre blues et folk qui donnent envie de prendre la route. 'I Was There' qui ouvre l'album est un blues lent où Sib se fait le narrateur de ses souvenirs de voyage dans un coin du monde qu'on appelle le Mississippi, et les guitares acoustiques sont de rigueur. Les autres compos sont co-signées Sib et Laurent Bourdier qui écrit pas mal de textes pour d'autres artistes blues. Avec 'Road 66' tu fermes les yeux et tu y es. Pour le boogie 'My my my' pas de murs qui tremblent sous des tonnes de décibels, mais des fourmis dans les jambes et deux guitares (une acoustique et une électrique) qui s'entendent à merveille tout comme dans 'Before The Sun Is Up' empreint de sérénité grâce aussi au talent de chanteur de Sib avec cette voix légèrement voilée. Ground Zero sait comment faire pour nous emmener au gré de ses ambiances, il suffit de se laisser porter.
César

Hoe Boy and the Devil
Moonshine

 

Genre musical: Blues, Rock 
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : https://hoeboyandthedevil.bandcamp.com/
releases

Ce n'est pas un EP, c'est un concentré de bonne humeur qui a le pétillant d'une bonne bière fraîche et qui est un coup d'essai pour ce sextet basé dans le Valenciennois. Deux guitaristes chanteurs dont l'un manie aussi la cigar box (Oliv) et l'autre l'harmonica (Lio). On y ajoute un batteur (Mouth), un bassiste/contrebassiste (Lut) et deux trompettistes (Seb et Romaric) qui apportent une couleur toute particulière à cette formation dynamique et entraînante. Et roule ma poule, quatre titres menés à un train d'enfer et qui vont crescendo. 'Evil Bumblebee' et 'Zelie Song' d'entrée de jeu nous rassurent quant à l’auto proclamation du groupe à s'être qualifié de blues’n’roll. Voilà deux morceaux qui balancent et qui annoncent le déluge par l'arrivée du troisième morceau 'Swing'. La cigar box est nerveuse, l'harmonica est hurleur, Basse et batterie sont impitoyables et la température monte pendant que les cuivres se reposent pour exploser dans 'Fire In The Hole'. Véritable V8 gavé au nitrométhane, avec ce morceau on est entre Hot Gang et Rocket From The Crypt. Il faut que ces types pour qui la salopette et la chemise à carreaux sont des costumes de scène gardent cette joie communicative et on les verra dans tous les festivals de France et de Navarre. Mais si... C'est un EP, mais à quand un album ?
César

Kanaan
Windborne

 

Genre musical: Jazz-rock, Stoner-rock  
Label : EL PARAISO RECORDS
Distributeur : CARGO RECORDS

Je ne pensais pas qu'un groupe danois saurait faire vibrer à ce point un franc-comtois perdu dans sa province. Peut-être est-ce ce sens commun de l'hallucination sonore qui fait converger Kanaan et l'homme qui tient la plume de cette chronique. Il m'aura suffi des premières mesures du magnifique et mélancolique 'A. Hausenbecken' pour comprendre que cet album était un sommet auditif. De jazz-rock, il n'est pas question de basse fretless, de kits double grosse-caisse en plexi transparent, et de guitariste habillé en blanc portant une Gibson double-manche haut sur le torse. Kanaan est un trio imprégné de musique stoner-rock, de psychédélisme heavy proche des premiers albums de Blue Cheer, mais qui interprète des thèmes instrumentaux lacrymaux. Il y a une force dans cette matière sonore qui dépasse l'entendement, surtout en ces années électroniques et numériques. Ask Vatn Strøm à la guitare, Ingvald André Vassbø à la batterie, et Eskild Myrvoll à la basse dessinent des paysages sonores. Ils malaxent les notes, déforment les thèmes, jouent avec la tristesse et la joie. 'Roll Beyond' est un sacré voyage émotionnel. 'Act Upon The Mundane World' débute comme un mélange de punk et de King Crimson époque Red.  'Windborne' saisit par sa poésie angoissante. Le tempo roule en free-jazz, sur des accords de guitare nocturnes.
Julien Deléglise

Le Meilhac String Band
Le Meilhac String Band

 

Genre musical: Country old-time, bluegrass
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : guitargroove.com

Le Meilhac String Band est un groupe de country old-time, quelque chose dans ce goût-là, un peu dans le goût des Mississipi Mudsteppers (les Mississippi Sheiks, mouture Charlie McCoy, le génial mandoliniste). Le camp de Meilhac est le nom de l’endroit où, chaque été, le groupe dispense un stage de musique acoustique. Les cinq de Meilhac sont vraiment à leur affaire, tous aguerris, tous virtuoses, tous spécialistes du old-time et, parmi eux, un nom à l’écho familier : Chris Lancry, guitares et harmo, celui qui avait enregistré chez Barclay, en 1971, Blues From Over The Border, qu’on peut entendre comme le premier album de blues français. Les autres cinquièmes du String Band sont : Percy Copley (mandoline), Gianfranco Le Guilcher (banjo), Gilles Michel (basse acoustique) et Dany Vriet (violon). Le String Band sort cet album lumineux aux aspirations champêtres, décontracté avec son humour élégant, animé par un esprit de groupe qui exclut toute compétition intestine, les diverses cordes s’épousant en se mettant mutuellement en valeur. Leurs voix, pleines d’élans toniques, vibrent dans le nez comme celles des vieux chanteurs de 78-tours. Chris Lancry : « Le style reflète ce que l’on aime, ce qui correspond à nos instruments de prédilection et à la manière de les jouer. Quand on creuse l’histoire de la musique américaine avec passion, on en arrive aux sources. On joue ce répertoire depuis des années, on y est totalement impliqué. » A part ‘Argentât’, un instrumental superbe signé Lancry, plus sombre que la tonalité générale, on avise des traditionnels (‘Angelina Baker’, ‘Didn’t It Rain’, ‘Please Let The Deal Go Down’, ‘Richmond Blues’ ou ‘French Deep River Blues’, où Lancry se fend d’une tranche de vie découpée un soir, au club Utopia), et quelques reprises plus ou moins fidèles : ‘Pistol Slapper Blues’ de Blind Boy Fuller, ou ‘I Like Bananas’ des Hoosier Hotshots (1935), connue en France par les versions swingantes de Ray Ventura et du Grand Orchestre du Splendid (‘J’Aime Les Bananes’). L’album est bref. Il a au moins le format d’un microsillon : huit plages qui passent trop vite et dont on absorbe la grâce sans même s’en rendre compte. La grande classe. Finalement, le Meilhac String Band est un quintette de dandys !
Christian Casoni


Manu Lanvin & The Devil Blues
Grand Casino

 

Genre musical: Blues rock
Label : VERYCORDS
Distributeur : WARNER

« Au début de ma carrière, j’ai fait de mauvais choix artistiques. Quand Warner m’a rendu mon premier contrat, j’étais effondré. J’ai pris le maquis et taillé la route pour trouver mon public. Des rencontres et des collaborations, avec Calvin Russell, avec Quincy Jones, sont revenues comme un boomerang en France. Les organisateurs de concerts ne jetaient plus mes albums à la poubelle avant de les avoir écoutés. ». Son septième album, plutôt blues rock, pop rock aussi, touffu, mélodieux et survitaminé, fait, de Manu Lanvin, l’héritier, disons… de Johnny Hallyday. Pas tant dans le style que dans l’intention. Manu Lanvin n’est pas du genre à complexer devant les grands légataires de la musique américaine. Sa lettre de créance est un coup de boutoir avec tout ce qui produit du décibel, une voix puissamment coffrée, assez souple pour monter en mélodie sans effort, même sur des titres qui n’étaient pas prévus pour (‘Spoonful’), et un moulin à riffs poussé à fond, même sur des chansons intimes (‘Rock Me Baby’). On est dans un rock baroque, jamais sobre, jamais subtil (encore que), mais un défouloir magistralement construit qui doit faire enrager les gourmets et les ayatollahs du blues, et ça, c’est déjà bien. Comme Hallyday, Manu Lanvin a cette ingénuité ravageuse, ce goût de l’imagerie, cette simplicité non-conceptuelle qui doit plaire au grand public parce qu’elle ne l’intimide pas, qu’elle est plus facile à embrasser qu’un blues d’érudit, surtout parce qu’elle est humaine et volontiers sentimentale. Quand Manu Lanvin chante ‘Je Suis Le Diable’ avec Paul Personne (imagerie, imagerie), le doute n’est plus permis, le souvenir d’Hallyday revient comme une évidence. Trois autres invités pointent le bout de leur nez dans Grand Casino : Beverly Jo Scott, Taj Mahal et Popa Chubby. Au nombre des reprises, comme quoi Manu Lanvin ne monte pas des stratégies alambiquées quand il assemble un album : ‘Satisfaction’, sur un tempo cool, West Coast, et sans le fameux riff, et ‘Highway To Hell’, elle aussi plus soft que l’originale et, elle aussi, dépouillée de ses célèbres accords en stop-time. Les compos, écrites avec Neal Black pour la plupart, sont très réussies et la seule ballade, ‘When It’s Too Late’, particulièrement belle. Et puis le Devil Blues (imagerie, imagerie) : Jimi Montout (batterie), Nicolas Bellinger (basse), Mike Latrell (claviers), Diabolo (harmonica) et Jérémy Lacoste (basse). Gare au bonus, quatorzième plage, une chanson after-hours qui commence sur une voix et une guitare sèche, et qui s’enrichit doucement, non sans une certaine délicatesse… Et ce sera bon pour une fois !
Christian Casoni

Mythic Sunship
Another Shape Of Psychedelic Music

 

Genre musical: Stoner-rock, jazz-rock
Label : EL PARAISO RECORDS
Distributeur :
CARGO RECORDS

Lorsque le vent de la côte souffle, il lève une poussière gris acier. Les nuages dessinent des arabesques obscures dans un ciel pâle aux reflets rouges. Les cargos s'éloignent vers le large en mer Baltique, et incitent au voyage. La brise glacée incite à rentrer. Le temps d'allumer une cigarette et de relever mon col, je prends le chemin du retour. Rude journée. Une de plus, dans l'ennui d'un travail de bureau abrutissant, entre quatre murs blancs sous une lumière de néon stérile. Là, au milieu du salon trône la platine vinyle, et le nouvel album, double, de Mythic Sunship. Aréopage danois de rock stoner instrumental, ils ont décidé d'allier leurs forces avec le saxophoniste de jazz Søren Skov. Mythic Sunship avait toujours enveloppé mes angoisses de psychédélisme rageur. Après quatre albums brillants, ils décidèrent de toucher d'un peu plus près le soleil. Ce nouvel album est fait de jazz-rock comme on en entend plus depuis bien longtemps. Les interventions de Skov oscillent entre John Coltrane et Pharaoh Sanders. Mythic Sunship sculpte derrière lui des univers électriques entêtants et hallucinés, croisant le fer entre heavy-blues et tempi tribaux. Osibisa, Cream, Coltrane et Soft Machine se culbutent dans un joyeux alliage de pièces sonores aussi originales que passionnantes. 'Resolution' accompagne les quelques pas le long de la jetée, le regard perdu dans les teintes rouges-orangées de l'horizon. 'Backyard Ritual' est un trip obsessionnel, hommage à la lointaine africaine par des européens à la peau diaphane. 'Last Exit' est un freakout de rock psyché qui, mêlé au saxophone, penche vers Hawkwind. 'Way Ahead' grogne dans l'écho, accords heavy-blues désespérés sur un rythme jazz. 'Out There' allume un brasier de blues psyché où crépitent les chorus de saxophone opiacé. 'Elevation' termine l'album sur la poussière du desert-rock, lente procession hallucinée vers un absolu spirituel perdu. Je termine mon verre, écrase ma dernière cigarette avec davantage encore de questions qu'à l'entame de l'écoute. Pourtant, il me semble que cette musique magique m'a remis sur les rails de mon âme profonde. Cet album m'a en tout cas éloigné de la fange urbaine avec délice pendant 75 minutes, durant lesquelles j'ai perdu le contrôle de moi-même.
Julien Deléglise

Paul Nelson
Over Under Through

 

Genre musical: Blues folk  
Label : RIVERWIDE RECORDS
Distributeur : CdBaby, Spotify, Amazon

Avec son nouvel album Over Under Through, Paul Nelson partage une musique remplie d'émotions. Les morceaux s'enchaînent parfaitement et hantent les auditeurs au fil des écoutes. 'Go Down Ezekiel' ouvre le bal avec beaucoup de classe. La voix apaisante de l'Américain, alliée au son clair des guitares, font de cet album un véritable moment de douceur. La très belle 'Ghost In The Basement' s'écoute les yeux fermés. Entre rythmiques délicates, notes à la guitare lapsteel et percussions discrètes, l'album nous emporte dans un monde fait de contrastes et d'intensité créé d’une main de maître. Le guitariste se nourrit d'influences diverses, telles que le blues roots, le gospel, la folk ou encore le jazz qui se ressentent au long de l'album sans jamais tomber dans le stéréotype. La magie de l'univers de Paul se fait notamment ressentir sur sa version de 'I Walk The Line' de Johnny Cash, une reprise à la fois respectueuse et très personnelle. Seules 'Silent Majority' et 'Relative Work', un peu plus rock que les autres, viendront troubler l'atmosphère de l'album. On appréciera également la qualité du disque lui-même à la pochette sobre et travaillée ainsi que la présence d'un livret comprenant les paroles des chansons. En somme, il s'agit là d'un disque à mettre entre les mains de ceux qui aiment accompagner leurs rêveries de musique.
Marion Braun

Sugaray Rayford
Somebody Save Me

 

Genre musical: Soul
Label : FORTY BELOW RECORDS
Distributeur : BERTUS FRANCE

Physique impressionnant et voix de stentor, Sugaray Rayford, qui vient juste de fêter ses 50 ans, ne laisse personne indifférent. Il possède ce timbre de voix si spécial, chaud, puissant et doux à la fois qui distille un chant enveloppant, chargé d’émotion, plein de délicatesse et de feeling. Ancré dans la soul music Sugaray Rayford navigue néanmoins avec élégance entre blues et rock avec même ici et là un zeste de jazz ou parfois un soupçon de reggae. Il sait jouer dans la retenue pour installer des ambiances feutrées et troublantes ou lâcher la bride quand à d’autres moments le rythme impose une interprétation pleine de punch. Il est entouré d’un bel orchestre composé de Rick Holmstrom à la guitare, Matt Tecu à la batterie, Taras Prodaniuk à la basse et Sasha Smith aux claviers (piano, Hammond B3, Rhodes, Wurlitzer, Farfisa), rejoints au gré des titres par des cordes, une section de cuivres, un harmonica et une chorale. L'album qui a un léger côté vintage comme un hommage aux grands classiques du genre est tissé d'arrangements lumineux. Les 10 compositions sont signées et produites par Eric Corne, fondateur de Forty Below Records que l’on peut entendre également à la guitare, à l'harmonica et aux percussions. Une production de belle qualité qui dégage une réelle énergie, chaleureuse et pleine de bonnes vibrations.
Gilles Blampain

The Aints!
The Church Of Simultaneous Existence

Genre musical: Maximum rhythm'n'blues
Label : ABC MUSIC
Distributeur : AGITATED RECORDS

L'album est sorti discrètement en octobre 2018 en Australie, et n'a fait que légèrement frémir les feuilles de chou musicales britanniques. Derrière The Aints se cache le nouveau projet du guitariste-chanteur Ed Kuepper, fondateur et compositeur des prodigieux Saints entre 1973 et 1978, groupe australien assimilé comme punk en 1977. Après sa dissolution en 1978, Kuepper se lance dans une palpitante carrière solo le voyant mêler rhythm’n’blues, rock et folk pendant que le chanteur Chris Bailey tentait de maintenir le nom des Saints à partir de 1981. Ed Kuepper and The Aints était au début des années 90 un des nombreux projets musicaux du guitariste. Il l'a réactivé en 2017 afin d'interpréter les morceaux des Saints comme il le souhaitait : à la fois électrique et rhythm’n’blues. Il s'est entouré du bassiste Peter Oxley, du batteur Paul Larsen Loughhead, du pianiste de jazz Alister Spence et du trompettiste et arrangeur Eamon Dilworth. Très vite, l'idée d'un album surgit, mais Kuepper ne veut pas réenregistrer les titres des Saints. Il plonge donc dans ses archives et déterre de nombreux morceaux oubliés des années 1973-1978. Cet album en est la mise sur cire officielle. Si la carrière de Kuepper ne souffre d'aucun mauvais disque, cet album des Aints en est assurément un des sommets. Le guitariste a tout simplement repris l'œuvre des Saints là où il avait dû l'abandonner en 1978 avec Prehistoric Sounds dont les apports de cuivres avaient perturbé le public punk et la critique. Le rock nerveux d'Ed Kuepper se teinte à nouveau de jazz. Si sa voix n'a pas la morgue teigneuse de Chris Bailey, elle est dotée d'une profonde mélancolie et d'une tessiture riche. Les morceaux s'enchaînent, éblouissants: 'Red Aces', 'The Church Of Simultaneous Existence', 'You'll Always Walk Alone'… Les Aints sont un groupe solide mêlant à merveille rock, rhythm’n’blues et arrangements jazz, peut-être mieux que la première tentative des Saints en 1978. Ed Kuepper a réussi à reprendre le chemin laissé quarante ans auparavant et l'a merveilleusement poursuivi.
Julien Deléglise

The Bombsite Kids
Like In '77

Genre musical: Punk, Garage rock
Label : BOMP RECORDS
Distributeur : CODs - lezazou@skynet.be

On en a entendu ricaner ! Genre, « Kids à 50 ans passés, est-ce bien sérieux, blablabla... » Eh bien oui, l'affaire est sérieuse. Ce qu'avec un minimum de jugeote, chacun s'accordera à reconnaître... Bombsite Kids, Young for Eternity ! Le gang wallon débute dans les eighties, s'accorde une pause de près de vingt ans, se réunit un peu par hasard, lors d'un anniversaire. Constate que le plaisir est toujours bien là, repart sur la route, avec plus que jamais l'envie d'en découdre. Like In '77 ! Sans nostalgie aucune mais avec conviction, renouant avec l'esprit de l'époque, faisant preuve d'une réelle personnalité. L'esprit, pas la lettre, ils sont bien trop malins pour ça. Après quelques changements de vocaliste, les voilà stabilisés pour proposer ce mini album 6 titres, tendu comme une corde de Gibson. Le titre éponyme est un électrochoc : redoutable, immédiat, d'une terrible efficacité. 'I Won't Let The Time' sonne très clashien - l'époque où le groupe délaissait le punk pur et dur du premier album (à l'exception du génial 'Police & Thieves') pour se diriger vers autre chose, à travers des singles percutants comme ‘(White Man) In Hammersmith Palais' ou 'Clash City Rockers' - The Clash, principale référence du combo, mais référence parfaitement assumée. 'Rock On The City', comme son nom l'indique, n'est pas une bluette, riffs au scalpel, break reggae, refrain mémorable. La pulsation rythmique d’‘I Don't Know', chauffée à la testostérone, impressionne. 'Up And Down' est un autre brûlot aux riffs barbelés. Le tout se clôture sur la profession de foi 'Rock'n'Roll, Sex And Brothers'. It's the most freakin' show to play punk rock'n'roll...
Marc Jansen

Tomislav Goluban
Chicago Rambler

Genre musical: Blues, Swing 
Label : SPONA
Distributeur :
CdBaby, Amazon, iTunes

Après son dernier album aux influences intergalactiques, Tomislav Goluban est de retour parmi nous ! Grand amateur de blues, le Croate est allé chercher l'inspiration directement à la source aux États-Unis pour enregistrer son nouvel album. Chicago Rambler démarre sur les chapeaux de roue avec 'Pigeon Swing', un blues swing très rythmé qui donne le ton du CD et également le seul morceau instrumental de l'album. La ballade blues 'Can't Find Myself' tranche avec le côté dynamique des autres pistes du disque, portées par la voix de Tomislav et la maîtrise de ses musiciens. Les chansons mettent en avant l'harmonica, surtout 'One Way Ticket' qui imite le départ d'un train, véritable topos auditif du genre. Avec son rythme syncopé, 'Do The Right Thing' apporte une autre couleur à l'ensemble. La version acoustique de 'Jerry Ricks On My Mind' ravira les fans de blues plus roots, accompagné par l'harmonica joué par Tomislav lui-même. Autre bonne surprise, un blues chanté en croate clôt le disque. On retrouvera Tomislav à l'European Blues Challenge de cette année en avril.
Marion Braun