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04/18
Chroniques CD du mois Interview: JERRY T & THE BLACK ALLIGATORS Livres & Publications
Portrait: FRANKIE LEE SIMS Dossier: CHESS RECORDS Dossier: BORN TO BE A BLUESMAN
 


Dans cette rubrique, vous trouverez une sélection de CD choisis par l'équipe Blues Again.

MARS 2018

Barrence Whitfield & the Savages
Soul Flowers of Titans

Genre musical: R&B sauvage, soul garage, rock sixties
Label : BLOODSHOT RECORDS
Distributeur : DIFFER-ANT

Celles et ceux qui n'ont jamais vu ce groupe sur scène peuvent se rattraper en écoutant ce disque et simplement imaginer le raz de marée de leurs prestations. Torride et nerveuse, la musique de Barrence Whitfield & the Savages est un mixe de Rocket from the Crypt et de George Thorogood pour l'énergie et de Wilson Pickett et de Screamin' Jay Hawkins pour la voix ce qui donne ce résultat irrésistiblement brut de décoffrage. Le « howler » en chef a besoin d'une brigade de choc pour le soutenir et il est plutôt bien servi. A la guitare, avec un style qui déchire, on trouve un échappé du rock garage en la personne de Peter Greenberg et pour ce qui est du tonnerre, le bassiste Phil Lenker et le batteur Andy Jody s'entendent à merveille pour assurer les beats. Reste l'incontournable Tom Quartulli et ses saxophones et vous avec là le quintette roi de leur région avec sept Boston Music Awards amplement mérités. Sur la douzaine de titres qui vous feront vibrer, quelques belles reprises dont deux succès de Willie Wright & the Sparklers, groupe de R&B du début des sixties, 'Slowly Losing My Mind' et ‘I'm Gonna Leave You Baby, et 'I Can't Get No Ride' de Finley Brown, artiste R&B qui lui aussi dans les années soixante apportait un côté rock à sa musique soul. Avec des titres comme 'Tingling' et surtout 'I'll Be Home Someday' on ne peut s'empêcher de penser au regretté Screamin' Jay Hawkins. Barrence Whitfield artiste en vogue dans les années 80 nous avait laissé tomber pendant vingt-cinq ans, réapparu en 2010, toujours debout en jambe et en voix, ce phénomène est à découvrir absolument.
César

Carolyn Gaines
Beware of My Dog

 

Genre musical: Blues multiformes
Label : POLKA DOT RECORDS
Distributeur : CdBaby, iTunes, Spotify…

Seigneur Jésus, cette voix ! Présentée comme la Hot New Blues Singer, comparée à Big Mama Thornton ou Aretha, ce genre, Carolyn Gaines a de qui tenir. Fille du chanteur/guitariste Roy Gaines (qui a tout de même accompagné Billie Holiday et Diana Ross, qu'elle vénère toutes deux), nièce de Grady Gaines (saxo pour les Supremes, Gladys Knight, Sam Cooke), élevée au son des albums de Bessie Smith... Cet étalage de noms prestigieux pourrait inciter à la méfiance si la demoiselle n'avait déjà fait ses preuves : journaliste spécialiste du blues (interviews de BB King, Kenny Wayne Shepherd...), manager de son propre père, productrice télé (des docus sur Buddy Guy, Ike Turner, Diana Ross encore), animatrice radio... Autant dire qu'elle ne vient pas en touriste. Ce premier album est donc un condensé d'à peu près tout ce qui a pu compter dans le genre. Carolyn Gaines invoque les grands anciens, de façon évidente sur 'Catch That Train' -réminiscence du 'Boom Boom' de qui-vous-savez, 'Hoochie Coochie Woman', réponse convaincante au standard de Muddy Waters, ou de manière plus discrète quand elle convoque les âmes de Jimmy Reed, Howlin' Wolf ou Blind Boy Fuller. A l'aise dans tous les domaines, elle aborde le rhythm'n'blues ('Beware Of My Dog'), le country blues ('Mr Dill Pickle', 'Jerry Rice Busy Man'), le blues sinueux ou offensif (sa voix rageuse, menaçante sur 'I Want Your Money, Honey'). A l'occasion elle rappelle aussi la panthère funk Betty Davis ('Something On Your Mind', 'I'm Your Cat, Baby'     et ses feulements érectiles). Fort bien secondée ceci dit, notamment au sax par son cousin Grady Gaynes Jr - quelle famille ! Les amateurs de blues classique et non aseptisé vont adorer... Affaire à suivre, en tout cas.
Marc Jansen

Chicken Diamond
Skeleton Coast

 

Genre musical: Blunk  
Label : BEAST RECORDS
Distributeur : CARGO RECORDS

Chicken, mine de rien, c’est son cinquième album. Une île après l’autre, se forme un archipel à l’excursion cohérente, depuis les convulsions bestiales du premier blunk, jusqu’aux sources infrarouges de la haine découvertes dans l’album précédent. La hill country radicale des origines survit parfois dans un riff en état de choc modal, et par les micros « style Hound Dog Taylor » de la Kawai. « J’essaie de composer des titres plus complexes avec un peu plus d’accords. Je n’aurais pas repris du Bowie il y a quelques années. » Chicken jouant ‘Cracked Actor’, c’est un peu Lafarge fabriquant des macarons, pourtant ça roule comme sur des chenilles et c’est un bon repère pour mesurer la puissance lyrique du poulet serti. Au-delà des inflexions accrocheuses, qui sont sa pop comme elles étaient celle de Johnny Rotten, Gallus Gallus Domesticus est très capable de mélodie. S’il fallait lui prêter une couleur, on dirait que l’ensemble est d’une méchanceté stoogienne que revendiquent ‘Down On The Street’, l’autre reprise du disque, et le mini-Vox, « un petit truc de 5 watts avec le fameux top-boost qui claque bien ». Une fois encore, Chicken a tout fait tout seul, voix, guitares, synthés, programmations, à peine secondé par l’insaisissable Diable Noir venu jouer du storm tube, babiole de fête foraine gonflée à la disto. On ne détaille pas cette carburation qui procède par blocs de son dynamiques mais, dans son genre, le blunker a du goût et de la finesse, il sait peser et retirer le superflu. Skeleton Coast se trouve en Namibie, rivage traître jonché d’épaves. Et l’album qui porte aussi ce nom est un grand disque punk, ni rétro ni futuriste. Juste là où il faut.
Christian Casoni

Courtney Marie Andrews
May your kindness remain

 

Genre musical: Country, Folk, Rock  
Label : LOOSE MUSIC
Distributeur : MODULAR

Courtney Marie Andrews est une chanteuse de 27 ans, native de Phoenix Arizona, terre country par excellence. Elle s'était fait remarquer l'an dernier avec son Honest Life. La revoici avec ce disque produit par Mark Howard (Lucinda Williams, Bob Dylan, Emmylou Harris, Tom Waits...). Pour le chant, on pense à son aînée, Emmylou Harris, période Daniel Lanois, tant le son semble aérien, les notes noyées dans un écho brumeux, déchiré à certains endroits par le solo d'une guitare saturée et lourde (Dillon Warneck). Les claviers, nombreux, (orgue, piano, Wurlitzer et accordéon) sont joués par Daniel Walker et Charles Wicklander et contribuent à cette impression. Une musique évoquée également par la photo de pochette, surannée, où Courtney, allongée dans la pénombre d'un salon champêtre est éclairée par le halo d'une nouvelle journée. Tandis que le titre éponyme prend des allures de country gospel avec ses chœurs (C.C. White), un des temps forts de l'album, 'Took You Up' possède un groove amérindien. Basse, Alex Sabel et batterie, William Mapp, sont sublimes. Dans ce paysage mélancolique, le Crazy Horse du Loner semble ruer avec fierté dans 'Kindness Of Strangers'. Des chansons qui traitent d'une Amérique en pleine déprime, meurtrie par la pauvreté, et dont le consumérisme galopant laisse des gens, de plus en plus nombreux, sur le bord de la route, les rendant instables, tristes et constamment insatisfaits.
Juan Marquez Léon

Fred Chapellier & the Gents feat. Dale Blade
Set me free

 

Genre musical: Blues’n’soul’n’roll électrique 
Label : DIXIEFROG / BORDERLINE BLUES
Distributeur : PIAS

Enregistré et mixé au Pays Du Vin Qui Bulle, gorgé des sonorités de la Nouvelle-Orleans, ce nouvel album de Fred Chapellier signe la synthèse d’une carrière aux multiples collaborations, de Billy Price à Jacques Dutronc en passant par Otis Clay et les Vieilles Canailles, des scènes zénithales françaises aux clubs mythiques de la côte Est des Etats-Unis. En plaçant le micro dans les mains de Dale Blade, rencontré en 2014 durant le Cahors Blues Festival et dont la voix n’est ici que soul en fusion, le guitariste virtuose trace les contours d’un univers chatoyant, diaboliquement mélodieux, où les compositions débordent d’inventivité rythmique et d’énergie électrique. The Gents, formation réunie pour l’occasion, est la concentration des meilleurs talents du moment : Guillaume Destarac à la batterie et Christophe Garreau à la basse, deux métronomes plus efficaces pour retourner le terrain qu’une douzaine de scrapers en ligne, Philippe Billoin aux claviers, lumineux, précis, poétique sur certaines envolées, Pascal Mikaélian à l’harmonica, qui délivre plusieurs solis nucléaires déchirant tout sur leur passage. Au fil des treize morceaux du disque, l’élément nodal qui frappe l’auditeur est la cohésion musicale de ce groupe six étoiles, qu’il reprenne ‘The Clock’ de Little George Sueref en laissant le chant plaintif irradier vers le soleil, qu’il musarde avec délicatesse sur la ballade ‘Love Holiday’ ou qu’il vaporise le décor avec de nombreux blues teintés de rock’n’roll grisant, ‘Bet On The Blues’ se trouvant même agrémenté d’une introduction hendrixienne du plus bel effet. Et bien sûr, comme toujours, il y a la Guitare impériale. Cette Guitare omniprésente, fluide, teigneuse, douce, vibrante, gaie, charismatique. Cette Guitare que rien n’arrête, comme une seconde voix, en prise directe avec le cœur, le sens profond de la musique, le soubassement de nos âmes vagabondes. Deux instrumentaux bien nommés, ‘The Gents’ et ‘3’45 AM’, à l’heure où la nuit va basculer vers le jour, rappellent combien six cordes peuvent émouvoir les hommes, quand la Fender se fait violon, quand les doigts agiles tirent sur l’acier dans un staccato néobuchananien unique au monde, estampillage du sceau Fred Chapellier. Nul doute qu’en transposant Set Me Free sur scène, le patron et ses acolytes vont offrir à leur public médusé un inoubliable voyage en hypnosphère.
Max Mercier

Ghost Town Blues Band
Backstage Pass

 

Genre musical: Blues, Rock, Funk 
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : http://www.ghosttownbluesband.com/Store.php

Certains groupes dès qu'ils sont sur scène, subliment leur musique. Pour ce quatrième album, enregistré en live, on peut dire que ces types sont de cette trempe. Jeunes, dynamiques et bourrés de talent, réunis autour du guitariste, harmoniciste, chanteur Matt Isbell, on trouve un second guitariste Taylor Orr, Suavo Jones tromboniste survolté, Kevin Houston saxophoniste, Tim Stanek claviériste, Matt Karner bassiste et Preston McEwen batteur. Cette formation originaire de Memphis a été captée sur son territoire avec pour répertoire cinq compositions et quatre reprises dont le titre qui ouvre, un 'Come Together' d'anthologie. Isbell avec sa voix éraillée, sa cigar-box-guitar en bandoulière, les cuivres qui soufflent la tempête et l’arrangement qui va bien. En cours de morceau, break et on repart tranquillement sur ‘Norvegian Wood’ pour finir en furie avec un 'Whole Lotta Love' dévastateur. Les autres reprises sont 'I Need More Love' de Robert Randolf et ‘I Get High' de George Porter Jr, ces deux titres durant chacun une dizaine de minutes de groove intense et enfin le fameux 'Whipping Post’ de l'Allman Brothers Band qui lui, dure seize minutes avec des guitares brûlantes et une section rythmique qui ne lâche pas l'affaire. Les compos de Matt Isbell ne sont pas en reste. 'Tip Of My Hat' nous entraîne dans un style New Orleans, 'Shine' nous ramène à la grande époque du rhythm and blues. ‘Givin' It All Away' un des morceaux de bravoure du groupe propose un fabuleux solo de la part du tromboniste. Le boogie woogie 'Big Shirley' où le pianiste a sa part de gloire embraye à la vitesse supérieure en se terminant en rock’n’roll façon Led Zep. Assurément, le GTBB est un groupe de scène qui fait fondre la glace et allumer les sourires. Pour info, Matt Isbell est aussi fabriquant de cigar boxes, voici son site : http://www.memphiscigarbox.com/ .
César

Greg Sover
Jubilee

 

Genre musical: Blues polychrome  
Label : GROUNDED SOUL
Distributeur : Amazon, CdBbaby, Spotify

Il y a quelques mois, j’ai eu le plaisir de chroniquer Songs Of A Renegade, le premier album de Greg Sover, ce jeune auteur-compositeur-interprète originaire de Philadelphie. Et comme j’aime la voix de ce mec autant que sa façon de jouer de la gratte, j’avoue être parti sur un a priori positif à l’écoute de son second opus. Toujours flanqué de la même équipe, Garry Lee (basse et réalisation), Tom Walling (batterie), Wally Smith (claviers), et Allen James (guitare), Greg a troqué sa veste « Sergeant Pepper » et sa Strat rouge pour un smoking blanc et une guitare à résonateur (type de guitare où la table d’harmonie est remplacée par un cône en aluminium). En fait, Jubilee contient seulement six titres dont un live et une reprise, si on exclut la version courte de ‘Hand On My Heart’ formaté pour les radios. Si nous sommes donc en droit d’être un peu déçu sur la quantité, au niveau de la qualité par contre, rien à redire, ce deuxième album se situe en droite ligne du premier, enrichi d’une composante acoustique marquée par quelques invités pour les cordes ou l’harmonica et d’une touche originale supplémentaire amenée par cette guitare au son si particulier, explorant avec succès un blues aux multiples facettes, du classic rock aux rythmes caribéens. Soulignons également le soin tout particulier donné aux arrangements et à la production. Bref, on peut à mon sens considérer Greg Sover, cet excellent guitariste et chanteur à la personnalité éclectique bien trempée, aussi doué qu’un Gary Clark Jr. Souhaitons-lui donc autant de succès ! Allez, va … il le mérite bien.
Jean Charles Cremers

Ian Siegal
All the rage

 

Genre musical: Blues, Americana  
Label : DIXIEFROG / BORDERLINE BLUES
Distributeur : PIAS

Sujet de sa Gracieuse Majesté, Ian Siegal qui a inscrit depuis quelques décennies son nom sur l’arbre généalogique du british blues, a fait de nombreux adeptes de ce côté du Channel. C’est à Amsterdam durant quatre après-midi dans les conditions du live, entouré de Dusty Ciggaar aux guitares, Danny Van’t Hoff à la basse et Rafael Schwiddessen à la batterie, qu’il a enregistré cet album. Jimbo Mathus est venu spécialement du Mississippi pour produire l’enregistrement de son ami et faire quelques interventions à la mandoline, au piano ou à l’orgue. A la guitare acoustique ou électrique, voix légèrement voilée, Ian Siegal qui signe (seul ou en collaboration) les 10 compositions originales de cette nouvelle production, entraîne son auditoire dans les ambiances blues à l’ancienne ou traversées de fulgurances rock, des atmosphères soul ou des résonances americana. A propos du titre All The Rage qui pourrait se traduire ‘par dernier cri’ ou ‘à la dernière mode’ Ian Siegal dit : « plus que la référence ironique au fait d'être super populaire c’est une réponse aux injustices apparemment sans fin dans le monde... le climat politique actuel étant particulièrement préoccupant ». Ian Siegal ne se contente pas d’être musicien car il est également l’auteur de son autoportrait illustrant le digipack.
Gilles Blampain

Ismo Haavisto
The blues has chosen me

 

Genre musical: Blues fifties    
Label : LAKE WATER RECORDS
Distributeur : www.ismohaavisto.com

Peu connu par chez nous, hélas, le Finlandais Ismo Haavisto nous propose là son neuvième album en une trentaine d'années de carrière. Guitariste, harmoniciste et chanteur, avec l'énergie d'un Web Wilder, ce garçon nous offre dix compositions dont deux sont jouées en solo et huit avec ses complices depuis douze ans. Deux types plein de vitalité, le bassiste Ville Vallila et le batteur percussionniste Mikko Järvinen. Ces trois Finlandais ont adopté le côté feu plutôt que le côté glace de leur pays. Il se dégage une atmosphère rétro qui nous emmène vers les années cinquante avec ce son si particulier à cette époque et puis le mélange des genres pour certains titres. 'Kairo' et son ambiance orientale, 'Cha Cha Fly' fait pour les parquets cirés des dance floors avec ce blues coloré cha cha. Le titre d'ouverture 'So Gone' est une tuerie au rythme hypnotique et saccadé confortée par le second morceau 'Down To The Otamo' rouleau compresseur que rien n'arrête, pas même le troisième 'If You Don't Live, You Gonna Die' qui est joué solo (guitare, voix et stomp box) avec une conviction qui fait trembler les murs. 'The Blues Has Chosen Me' la seconde chanson jouée solo est toute aussi prenante et les amateurs de blues que vous êtes sauront apprécier. Ismo étant en recherche de distributeur actuellement, il vous sera nécessaire de passer par son site pour vous procurer cet indispensable CD et découvrir les autres perles de ce disque.
César

Jamie Thyer and the Worried Men
Cafe Racer

 

Genre musical: Blues-rock  
Label : ROAD DOG RECORDS
Distributeur :
http://www.theworriedmen.com/bargains.shtml

Ce CD a comme une odeur de gomme brûlée et d'huile de moteur mélangées. Déjà son titre devrait vous mettre la puce à l'oreille. Cafe Racer : Moto monoplace avec guidon bracelet, sans carénage faîte pour aller vite d'un café à l'autre... Ici, on a la musique qui va avec. Au dos du digipack, à côté de la liste des dix titres, figure une photo de Norton, la pochette intérieure voit une pub BSA, le CD est tout noir genre microsillon et le design du label est un chien qui tient une clef plate dans sa gueule. A quatre-vingts pour cent, nous baignons dans le blues rock. Le trio est soudé avec le soutien basse/batterie en garde rapprochée, les riffs sont cinglants, la guitare bavarde et l'attitude rock’n’roll. Ces Britanniques sont rodés et affichent environ quatre mille concerts au compteur. Jamie Thyer est le road captain, s'occupe de la six cordes et chante, les copilotes sont Dave Hellhound à la basse et Mr P.D. Huggett à la batterie, et roule ma poule. Deux titres instrumentaux se démarquent du lot. 'Green Lights', la douceur même, qui a le feeling d'un ‘Parisienne Walkways’ et 'The Harlot's Ghost' tout aussi calme que le précité mais avec en prime un long solo sur sa fin, ces deux morceaux mélangeant guitare électrique et acoustique. Sinon, je le répète, si vous aimez le blues rock avec ambiance seventies, guitare en avant, blue jeans troués et cuir râpé cette petite bombe est pour vous.
César

Janiva Magness
Love is an army

 

Genre musical: Blues, R&B 
Label : BLUE ELAN RECORDS
Distributeur : https://stores.portmerch.com/janivamagness/

La Diva aux yeux de jade sort cet album moins d'un an après son Blue Again ce qui en fait le quatorzième si je compte bien. Cette femme qui collectionne plus de nominations et de Grammy Awards qu'un général russe ne possède de décorations sait toujours autant faire passer la vibration. Elle est plus qu'une Blues Woman, elle possède ce petit truc indéfinissable qui fait que l'on accroche tout de suite et pour accrocher, elle accroche tous les très bons pour jouer avec elle : Rusty Young, Delbert McClinton, Charlie Musselwhite, Courtney Hartman, Cedric Burnside et Bryan Stephens. Voilà pour les invités. Avec cette sortie, on est dans le blues, le rhythm & blues, la country, la chanson et quel que soit le style, la voix tantôt douce, tantôt révoltée, tantôt déchirée, colle aux paroles peu importe les accompagnements. Son 'Some Kind Of Love', juste piano/voix est d'une beauté à couper le souffle. Elle n'a pas besoin de plus d'instruments et pourtant, sur d'autres titres, il y a du monde. 'Back To Blue' et 'Hammer' les deux morceaux qui ouvrent le bal en sont la preuve avec leur R&B avec chœurs et cuivres. La ballade rythmée 'On And On' voit l'adjonction de pedal steel que l'on retrouve dans 'Love Is An Army' chantée en duo avec Bryan Stephens. L'utilisation des chœurs est souvent sollicitée ce qui appuie ses messages d'amour universel 'What's That Say About You'. Une douzaine de chansons toutes produites avec finesse et un son de qualité font de ce digipack avec livret une perle supplémentaire au palmarès de Madame (avec une Majuscule) Janiva Magness.
César

Joan Baez
Whistle down the wind

 

Genre musical: Folk  
Label : PROPER
Distributeur : BERTUS FRANCE

Depuis son premier disque en 1960 son parcours est remarquable. Joan Baez affiche plus de 30 albums à son actif, mais cela faisait dix ans qu’elle n’avait rien publié. La voilà de retour avec une sélection de chansons signées Tom Waits, Josh Ritter, Joe Henry, Mary Carpenter, Zoe Mulford… 10 en tout et à 77 ans la voix est intacte. Tout au long de sa carrière Joan Baez ne s’est pas contenté de chanter, elle a délivré un message de contestation et de liberté. Chanteuse tout autant que militante c’est une femme de conviction et de combat qui a mis son art au service de causes à défendre, et rien que les titres de cette nouvelle production attestent que la lutte continue : ‘Be A Good Heart’, ‘Another World’, ‘Civil War’, ‘The Things That We Are Made Of’, ‘I Wish The Wars Were All Over’…  L’interprétation est chaleureuse et pleine de sensibilité. L’émotion est là. Le chant est mis en valeur par de belles mélodies où la guitare acoustique est en avant, soutenue discrètement par un piano ou un orgue empreints de sobriété. Le charme opère dès la première note. L’ambiance générale doit plus au spleen qu’à l’allégresse, mais elle est marquée par une grâce indéniable. Cet enregistrement folk radieux sera-t-il le dernier ? L’avenir nous le dira, mais côté scène en 2018 Joan Baez entame une tournée d’adieu en Europe.
Gilles Blampain

Joe Rusi
A tout le monde from...

 

Genre musical: Blues festif  
Label : BIG H RECORDS
Distributeur : Musikkoperatorene, iTunes, Amazon

Quel drôle de titre pour un album, que ce franglais qui se termine par... C'est tout simplement qu'il a été enregistré à la Nouvelle Orléans par cet artiste norvégien pour qui c'est sa deuxième sortie. Son premier album fût un coup de maître qui se solda par une belle reconnaissance internationale et une nomination aux Grammy/Spellemann (le meilleur de la musique en Norvège). On prend presque les mêmes et on recommence. Joe est accompagné par l'excellent John Papa Gros au piano, Doug Belote à la batterie, George Porter Junior à la basse et Marc Mullins & the Levee Horns que l'on trouvait sur le premier opus et on y ajoute Cyril Neville aux percussions pour obtenir un second album chaleureux à souhait, New Orleans oblige. Il faut dire aussi que question guitare et voix, le garçon est au bon niveau, professeur de musique en Norvège il s'est vu, (aux States il y a quelques années) décerner un « Celebrity Scholarship » par le Berklee College of Music avec pour jury Steve Vai, Paul Simon et Herbie Hancock. Il n'est même pas nécessaire de commenter chaque titre, l'esprit de la Big Easy plane sur ce disque et c'est bon temps rouler avec le sourire du début à la fin, c'est un message à tout le monde from...
César

John Mayall
Three for the road

 

Genre musical: Blues live  
Label : FORTY BELOW RECORDS
Distributeur : BERTUS FRANCE

Au fil des années sa formation se réduit de plus en plus. John Mayall à présent en trio est accompagné par Greg Rzab à la basse et Jay Davenport à la batterie, lui étant aux claviers et à l’harmonica, parfois en même temps selon les titres interprétés, et bien sûr au chant. Sans minimiser ses interventions à l’harmonica, il est spécialement brillant quand il est à l’orgue. Celui qui depuis les années 1960 et tout au long de sa carrière a si souvent mis d’autres musiciens en avant au sein des Bluesbreakers occupe à présent totalement le devant de la scène. Ce nouvel album est la captation de concerts donnés en mas 2017 à Dresde et à Stuttgart. Le programme aligne 9 chansons et il n’y a pas de surprise dans le choix des titres. Le vieux briscard reprend avec un certain brio quelques classiques comme ‘Big Time Playboy’ d’Eddie Taylor, ‘I Feel So Bad’ de Lightnin’ Hopkins’ ou ‘Ridin’ On The L & N’de Lionel Hampton, et interprète des compositions de son cru auxquelles s’ajoutent d’autres signées Curtis Salgado ou Sonny Landreth. Le public est sous le charme et manifeste son plaisir. On sent que l’octogénaire a encore la pêche car il envoie avec un beau feeling un blues de haute volée durant une heure de show qui ne compte aucun temps mort.
Gilles Blampain

Johnny Tucker
Seven day blues

 

Genre musical: Blues, Soul  
Label : HIGHJOHN RECORDS
Distributeur : CdBaby, iTunes

Rares sont les fans de blues qui emmèneraient un album de Johnny Tucker sur une île déserte. L’homme n’a jamais atteint une reconnaissance pourtant méritée. Ses collaborations avec Johnny Otis, Floyd Dixon et Robert Cray en attestent. Avec Seven Day Blues, amateurs de classiques, une nouvelle Madeleine est à découvrir dans les bacs. Pour ceux qui recherchent une expérience originale, une approche inédite, c’est moins sûr. Johnny Tucker est un chanteur talentueux, à la voix chaude et rugueuse qui vous emmène aux frontières du blues et de la soul. Les 15 titres de l’album sont ses compositions. Pour la mise en œuvre, Highjohn Records a concocté un groupe de musiciens jeunes et doués, triés sur le volet dont Big Jon Atkinson, Scott Smart, Troy Sandow et Malachi Johnson. Tout est mis en œuvre pour mettre en évidence la magnifique voix de Tucker et donner à l’ensemble une couleur authentique (d’époque). Tous les titres ont été captés en prise directe et ça se sent. Amateurs de vintage, précipitez-vous ! Seven Day Blues est une belle mise en lumière d’un artiste sensible et talentueux. Les « jeunots » qui l’accompagnent ont su respecter l’âme originelle et mettre en valeur ce qui devait l’être.
Robert Bolaers

La Vigie du Pirate
Le propre de l'homme

 

Genre musical: Rock, ska, reggae, punk, musique celtique  
Label : RUSTIK PROD
Distributeur : Amazon

La Vigie du Pirate, frères de la côte montreuilloise, substituent au supplice de la planche les délices des planches où ils aiment à entonner leurs chants et faire sonner leurs instruments. L’équipage, rattaché à la même guilde que Soldat Louis et Matmatah, doit venir des quatre coins du globe car il allie à son rock quelques airs celtiques avivés par son premier violon, et relève ses compositions avec des saccades de ska (idéales pour donner du talon), le tout baignant régulièrement dans des volutes sonores issues de la Jamaïque. Certains lettrés de ce groupe semblent même être détenteurs de master en punk classique. De l’Utopie libertaire pirate ‘Libertalia’ en ouverture à l’hommage rendu à la rédaction décimée de Charlie Hebdo, jusqu’aux coups d’estocs portés à la frénésie consumériste, le groupe raille l’époque et invite dans sa ‘Leçon d’Optimisme’ à saisir l’instant. Il dévoile l’air de rien un secret d’exégète des plus fameux qui fera grand bruit : « Johnny n’a jamais fait de ska ! ». Les sœurs de la côte ne sont pas délaissées : ‘Un Truc De Fille’, chanson toute en pop à celles qui prendront bientôt le large, ‘Ma Femme OGM’ et ses chœurs moqueurs dédiées à celles que l’homme fantasme, et ‘Jeannette’, en hommage à cette autre qui vit librement, comptent parmi les mélodies inspirées d’un ensemble maîtrisé et cohérent.
Paulo De Castro

Malina Moye
Bad as I wanna be

 

Genre musical: Rock, Funk, Soul 
Label : LEOPARD
Distributeur : SOCADISC

Affichant un look qui ne passe pas inaperçu Malina Moye envoie avec talent et dynamisme une fusion enivrante de funk, de rock et de soul. Le style est nerveux et accrocheur. Les riffs sont acérés et le rythme trépidant. Née il y a bientôt 34 ans à Cleveland, d’un papa bassiste de Bernard Allison et d’une maman choriste de Tina Turner, elle a choisi très jeune la guitare pour s’exprimer et soutenir son chant. La diva à la Fender revendique les influences de Prince, Sly Stone, Carlos Santa, Robert Cray ou Jimi Hendrix dont elle reprend ‘If 6 Was 9’ retritré ‘If 6 Were Nine’. Après un premier single en 2004 et trois albums, sa reconnaissance outre-Atlantique est acquise depuis déjà quelques temps, le magazine Guitar World lui a même décerné le titre de meilleure guitariste rock féminine de ces 10 dernières années et elle a été à l’affiche de The Experience Hendrix Tour, du Crossroads Festival animé par Eric Clapton et du Rock and Roll Hall of Fame Tribute to Chuck Berry. Cependant, après plusieurs participations à des festivals européens, ce CD est sa première percée discographique sur le vieux continent. Avec Bad As I Wanna Be elle signe 7 compositions dont 2 en collaborations, sur les 10 chansons affichées. Et c’est avec la participation assez explosive de Bootsy Collins pour ‘K-Yotic’ que le disque se termine.
Gilles Blampain

Reverend Raven
My Life

 

Genre musical: Blues variés  
Label : NEVERMORE RECORDS
Distributeur : CdBaby, Fcc Clean

Plutôt que faire l'énumération des seize titres de ce huitième album, je préfère vous parler de l'esprit de celui-ci. Ici, on retrouve les meilleurs morceaux que ce guitariste chanteur a glanés sur ses enregistrements précédents pour les remastériser ou bien les réenregistrer. Nous sommes en présence d'un artiste né à Chicago, basé actuellement à Milwaukee qui a écumé le Midwest et la Floride en long en large et en travers avec toujours un line up de rêve pour interpréter à la perfection un blues des plus traditionnels, qu'il soit jump, swing, du Delta, de Chicago ou autre. La voix de baryton et la finesse de jeu du Reverend sont sa marque de fabrique et pour le soutenir dans ce florilège de chansons, on ne trouve pas moins de trois bassistes, quatre batteurs, quatre claviéristes, un saxophoniste (Big Al Groth) et quatre harmonicistes : Cadillac Pete Rahn, Madison Slim, Benny Rickun et Westside Andy Linderman. Ces souffleurs de rêve méritent d'être cités car ils ont participé grandement au succès de cette formation qui fête avec cet album ses vingt ans de travail collectif. Il vous suffit juste d'astiquer au mieux vos chaussures et d'aller danser le blues sur les rythmes entraînants du Rev'. Et du Rev' au rêve, il n'y a qu'un pas.
César

Shaggy Dogs
All Inclusive

 

Genre musical: Pub rock augmenté  
Label : FIRST OFFENSE
Distributeur : SOCADISC

Et si le pub rock proliférait, clandestin, dans une fissure du rock’n’roll en ruine, comme une herbe honteuse ? Et si, au-delà du coup de blues d’un samedi-soir provincial, il cherchait aussi son éternité, tant bien que mal ? Un album après l’autre, c’est leur septième, les Shaggy Dogs enrichissent le genre, le déploient dans une inflation inédite en cultivant deux de ses levures cardinales : la fête et la tension. Ils finissent par lui donner, oui, un maintien aristocratique. Partis à quatre il y a beau temps, aguerris par chaque tour de gomme, déjà fabuleux dans toutes les caves du monde libre, ils reviennent à cinq avec Ben, un joueur de claviers. Auparavant, le piano était ajouté. Cette fois, Red, Jacker, Toma et Guillermo en ont négocié la place avec le nouveau venu, dès la compo, calculé l’équilibre avec la guitare, aéré les titres et décontracté la crampe du pub avec un peu de rythme latin (‘El Dia De Los Muertos’), louisianoïde (‘Swingin’ High And Low’), jump (‘Watch Out’), quelques intros glamour (‘New York’), tout ça s’enchaînant avec une puissance et une fluidité merveilleuses. Dans ces dispositions légèrement moins shaggy, on pourrait croire que c’est le début de la fin pour les Chiens. Mais non, ils n’ont jamais été aussi bons, le chant et les double-stops, aussi juteux. Ils balancent tout dans le même élan, la mélodie, le muscle, le punch, la joie, le désespoir, « all inclusive ». Quand ils décident d’écrire la ballade qui rend fou, ils pondent une beauté comme ‘Tired Of It All’. Avec de tels antécédents, ils devraient être les phénix des hôtes de ces bois, mais quand tu prêches dans le désert…
Christian Casoni

Soul Return
Soul Return

 

Genre musical: Blues, rock  et plus
Label : DIXIEFROG / BORDERLINE BLUES
Distributeur : PIAS

Il y a quelques temps, en disponibilité momentanée des Imperial Crowns, plutôt que de rester sans rien faire et raccrocher sa guitare, J.J Holiday a proposé à Kellie Rucker, harmoniciste et chanteuse et à Michael Barsimanto batteur, d’unir leurs talents et au regard de leurs goûts réciproques d’enregistrer un album. Ils ont demandé à Keith Karman de tenir la basse et ont fait appel à Joe Sublett et son saxophone pour un titre : ‘In The Meantime’. Il en résulte une production chaleureuse et pleine d’énergie. Un beau cocktail de musiques vers lesquelles l'âme revient sans cesse, blues, rock, folk, psychédélique… avec rythmes basiques, exaltation vocale, ambiances cool, groove hypnotique. Assis sur une rythmique solide, les solos de guitare acérés ou les slides brûlants de J.J Holiday soutiennent à la perfection l’harmonica et la voix éraillée de Kellie Rucker, toute d’émotion et de puissance, jamais tiède mais au contraire pleine de feeling. En 46 minutes le combo envoie 11 titres inédits et une adaptation maison de ‘Roll And Tumble’ rebaptisée ‘Throwin’ And Fumblin’. Un album au répertoire original qui accroche l’oreille et qui émoustille. Et comme le souligne le dossier de presse avec pertinence : « Soul Return : good music played by good people. » Tout est dit. 
Gilles Blampain

Sue Foley
The Ice Queen

 

Genre musical: Blues multicolore  
Label : DIXIEFROG / BORDERLINE BLUES
Distributeur : PIAS

Après un break de 14 ans où elle est passée par l'Université pour bosser sur le thème des femmes fondatrices et grandes guitaristes du blues, de Memphis Minnie à Etta Baker en passant par Jessie Mae Hemphill, l'édition d'un DVD Guitar Woman et d'un livre sur le même sujet, revoici Sue Foley avec un album très Texas blues avec des invités de marque comme Jimmie Vaughan, le très barbu et toujours bon pied bon œil, Billy F. Gibbons et Charlie Sexton. Du pur texan donc. Comme le rude et bien envoyé 'Run', qui pourrait être du Fabulous Thunderbirds joué comme il y a 30 ans. On est séduit par le Diddleybeat de 'Come To Me' tout en retenu. Des blues lents sont aussi au programme, '81', et 'The Ice Queen', où le son sec et froid de la Pink Paysley Fender Telecaster de Sue fait des merveilles. C'est un vrai plaisir aussi de retrouver la voix éraillée du chanteur de ZZ Top mêlée à celle de l'Ice Queen dans 'Fool's Gold'. Assez inattendu, on pense à Nancy Sinatra dans 'If I Have Forsaken You'. Avec The Texas Horn, ce titre prend des allures de thème cinématographique. Puis l'album vire guitare acoustique avec un jazzy 'Death Of A Dream', un flamenco 'The Dance' ; la frontière mexicaine n'est guère éloignée. Et en clôture, ce 'Cannonball Blues', country blues de toute beauté. Une production au top de Mike Flanigin, et finalement des titres dans des styles assez divers qui font de ce disque la bande son idéale 'from Austin-Texas'.
Juan Marquez Léon

The Bone-Rubbers
Naked and Blue

 

Genre musical: Fusion  
Label : OUISTITI MUSIC
Distributeur : iTunes, Spotify, www.difymusic.com/the-bone-rubbers#!cd-naked-and-blue

Ça démarre avec une ambiance gospel jouée sur un Dobro comme en apesanteur, puis une boucle rythmique s’insinue dans la partition et la tension s’installe et prend de l’ampleur, mais très vite un peu de sérénité est introduite par le chant. Le premier titre ‘Amazing Grace’ couplé avec ‘Will The Circle Be Unbroken’ donne le ton global de cette production : une fusion des genres. Toujours cette idée de jouer le blues avec des ingrédients de musique actuelles, utiliser des samples pour allier classicisme et technologie sans négliger le feeling. Phil Bonin, guitares, ukulélé, Dobro, cigarbox et chant et son alter ego de longue date Phil Rubio à la basse et à la voix s’y emploient avec bonheur. Etienne Bonin les rejoint pour 3 interventions guitares et chœur et Juan Diaz Del Cano à l’orgue pour une chanson. Avec des loops, un peu de réverbe ici ou là, et des standards comme ‘Trouble In Mind’ ou ‘Hi-Heel Sneakers’ trouvent une nouvelle dimension. Les deux Phil aux multiples influences abordent également d’autres univers musicaux qu’ils redessinent à leur façon sans trahir les auteurs comme avec ‘Heroes’ de David Bowie et Brian Eno, ‘If You Gotta Go, Go Now’ de Bob Dylan ou ‘Chevrolet’ de Taj Mahal. La voix est claire et le climat général est cool. Ils nous entraînent sans difficulté dans leur espace sonore où tout se déroule dans un ton feutré. Les frontières s’estompent, la rêverie infiltre la note. Avec son côté décalé, l’ensemble est élégant et d’une belle originalité. Et tout ça en un peu moins de 30 minutes.
Gilles Blampain

The Bush League
James RiVAh

 

Genre musical: Blues moderne à l'ancienne  
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur :
CdBaby, iTunes, Amazon…

L'histoire débute il y a une bonne dizaine d'années avec quelques amis de collège et se poursuit avec la sortie de ce quatrième album qui rend hommage à la rivière qui coule chez eux à Richmond, Virginie, la James river (Rivah phonétiquement). Le premier titre 'River's Edge' évoque d'ailleurs ce cours d'eau avec ce stomp blues hypnotique et brut de décoffrage aussitôt suivi par le 'Kokomo Me Baby' de Mississippi Fred McDowell, autant dire une entrée en matière bien rythmée et entraînante. Oh surprise ! On change de style pour aborder un 'Say Yes' carrément soul qui se déroule comme un long fleuve tranquille sur plus de six minutes relaxantes et on constate que la voix claire de Johnjay Cecil est vraiment à l'aise sur tous les registres tout comme ses collègues, le bassiste Royce Folks, le batteur Wynton Davis et le guitariste Brad Moss. Une pléiade d'artistes est invitée à participer sur quelques titres. 'Show You Off' accueille Jeremy Powell pour placer ses claviers et accompagner ce funk irrésistible. On le retrouve au piano pour une belle démonstration dans 'Moonshine' bien soutenu par les riffs de guitare de Brad Moss qui se fait d'ailleurs remarquer dans pas mal de morceaux. Muddy Waters est à l'honneur avec son 'Catfish Blues' vraiment prenant où la voix et la guitare se partagent le gros du boulot. Le blues proposé par ce groupe plonge ses racines vraiment profondément loin dans les origines de cette musique pour en tirer une saveur complètement moderne et actuelle. On s'en convainc avec l'envoûtant 'Hearse'. Deux fois semi-finalistes à l'IBC, ces types sont devenus des incontournables de la scène blues. A découvrir absolument, si ce n'est déjà fait !
César

The Limañanas
Shadow people

 

Genre musical: Rock  
Label : BECAUSE MUSIC
Distributeur : CAROLINE INTERNATIONAL

Avec un camarade de jeu, bien connu de nos fidèles lecteurs, nous tentons en vain, depuis une paire d’années, d’établir la liste des meilleurs albums made in France. Bon, c’est classique : on parvient à un consensus en ce qui concerne neuf d’entre eux, c’est au dixième qu’on commence à s’écharper.  Une chose est sûre : il faut désormais compter avec le duo perpignanais, solide prétendant à une place d’honneur. Jusqu’à présent, les Limañanas peinaient quelque peu à retranscrire sur disque l’intensité de leurs concerts fiévreux, cette fois ils se sont appliqués. Ici, pas d’invité bling bling, mais une série de collaborations avec des gens qui manifestement partagent leur univers. A commencer par Anton Newcombe, chez qui ils sont allés enregistrer. Car cette fois le son est parfait, dense, épais, envoûtant. Le leader du Brian Jonestown Massacre intervient d’ailleurs sur le troisième titre, ‘Istanbul Is Sleepy’, et c’est l’un des sommets de l’album. Les Limañanas restent fidèles à leur credo (atmosphère rétro-futuriste, néo-psychédélisme, saillies garage sixties, réminiscences yé-yé, culte du Velvet …) mais y ont ajouté au fil du temps des influences krautrock ou des références cinématographiques – tout en demeurant personnels. La progression est parfaite elle aussi : d’entrée, un instrumental hypnotique (Ouverture’, ben oui), suivi du ‘Premier Jour’ au phrasé gainsbourien, avant l’arrivée groupée des invités : Newcombe donc, Emmanuelle Seigner-la-délicieuse (le vaporeux ‘Shadow People’), l’acteur/compositeur Bertrand Belin (‘Dimanche’), Peter Hook, ex-Joy Division, ex-New Order (‘The Gift’)… Un autre instrumental (‘Motorisatti Marie’), un pur produit psyché (‘Pink Flamingos’), un autre titre récité sur vagues de guitares fuzz (‘Trois Bancs’) et enfin une belle ouverture sur les grands espaces (‘De La Part Des Copains’, aux accents morriconesques). Sans tube, sans esbroufe, sans compromis, les Limañanas s’envolent vers les étoiles.
Marc Jansen

The Nick Moss Band Feat. Dennis Gruenling
The high cost of low living

 

Genre musical: Blues jump et plus  
Label : ALLIGATOR
Distributeur : SOCADISC

Natif de Chicago, il a vingt ans de scène derrière lui et une douzaine d’albums à son actif parus sur son propre label Blue Bella, mais pour cette nouvelle production Nick Moss passe chez Alligator. Guitariste mordant, chanteur expressif, si son style fait surgir immédiatement de bonnes vibrations c’est que le bonhomme a fait ses classes aux côté de Willy ‘Big Eyes’ Smith, Jimmy Rogers et Jimmy Dawkins. Dennis Gruenling, du New Jersey, lui, est le genre d’harmoniciste qui peut faire le malin dans la cour des grands. Les riffs de guitare musclés et les slides cinglants de Nick Moss et l’harmonica incandescent de Dennis Gruenling font des étincelles et envoient un Chicago blues intense et puissant des plus excitants, alternant avec un jump blues pétillant et un rock’n’roll rageur. Et pour que la pression ne retombe pas les deux frontmen sont épaulés par un band assez fougueux. L’album déroule 13 titres (8 signés Moss, 2 Gruenling) en 55 minutes. Le genre de musique qui décrasse les tympans et qui donne des fourmis dans les jambes. Produit par Kid Andersen et Nick Moss l’enregistrement s’est fait au Rancho de Rhythm à Elgin, Illinois. Il se dégage de ce disque de la joie, un vrai dynamisme et une belle vitalité.
Gilles Blampain

The Reverend Shawn Amos
Breaks it down

 

Genre musical: Blues, funk
Label : PUT TOGETHER MUSIC
Distributeur : Fcc Clean, iTunes Amazon

Entre soul et blues, toujours doté d'une grande classe naturelle, de beaucoup de finesse et d'intelligence, le Reverend Shawn Amos, nous propose ici un troisième album gorgé de feeling. Il débute dans la simplicité juste avec son harmonica, sa voix filtrée et la guitare de Chris ‘Doctor’ Roberts son vieux complice, avec 'Moved'. On enchaîne avec un titre digne de la Tamla de la grande époque avec cordes incorporées, '2017', qui lui a été inspiré par le résultat des élections présidentielles (américaines, bien sûr) de l'année dernière. « On doit réfléchir à ce que les yeux de nos enfants ont vu en 2017 » dit-il. 'Hold Hands' groove en diable avec l’adjonction du Hammond B3 de Peter Adams plus quelques riffs de guitare bien sympas. On découvre avec surprise et délectation 'The Jean Genie' de David Bowie, version qui n'a rien à envier à l'originale. Puis arrive ‘The Freedom Suite’ formée de trois titres. Le traditionnel 'Uncle Tom's Prayer' chanté a cappella. 'Does My Life Matter’ fait monter la suite en intensité pour aborder '(We've Got To) Come Together' qui termine la suite et mélange gospel et funk puissant avec des cuivres en chaleur. 'Ain't Gonna Name Names' donne envie de claquer des doigts, de battre la mesure et de sourire alors que '(What So Funny 'Bout) Peace, Love, And Understanding' est un gospel solennel et profond, comme il se doit.
César

The Rex Granite Band
Spirit – Matter – Truth - Lies

 

Genre musical: Blues, rock
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : Amazon, iTunes

Avec l'accroche du dessin de sa pochette, c'est un peu comme un appel mystique et les adorateurs de la slide guitar ne seront pas déçus puisque ce style de jeu est la spécialité du leader ce quatuor, Rex Granite. Il a su dénicher la chanteuse guitariste qu'il fallait en la personne de l'excellente Sarah Benck car le duo de guitares fonctionne à merveille et la voix est bien assurée, le duo basse (James Carrig) batterie (Anton Divis) donnant une impulsion rock à ce premier album. Dix titres dont une reprise, 'Please Send Me Someone To Love' le classique de Percy Mayfield qui représente la face gospel du groupe. Sinon, le disque commence sur les chapeaux de roues avec trois morceaux à tendance rock 'Stop Doing What You Want', ‘What You're Missing' et le syncopé et imparable 'Cadillac Car'. 'Sail Away' a des airs de musique caribéenne avec parfois quelques gros riffs velus en guise de breaks. 'Steam Roller' est chaud bouillant avec l'adjonction d'une section de cuivres et d'un harmonica et ça swingue très fort. 'Spirit/Matter/Truth/Lies' est un véritable rouleau compresseur grâce à la complémentarité des deux guitares. A jouer fort ! Même recommandation pour 'Two Trains' avec ce couple basse/batterie qui ne lâche pas l'affaire, ces deux guitares en osmose et la voix envoûtante de Madame Benck. Un très bon album qui a envoyé ce groupe participer à l'IBC 2018 où il est arrivé en demi-finale.
César

Vanja Sky
Bad penny

Genre musical: Blues-rock
Label : RUF
Distributeur :
SOCADISC

Découvreur de talent inspiré, Thomas Ruf apprécie le blues au féminin et on ne saurait l’en blâmer. Voilà sa nouvelle révélation. Originaire de Zagreb, Vanja Sky a 23 ans. En 2016 elle tourne abondement dans son pays, la Croatie, ainsi qu’en Serbie, en Slovénie et en Allemagne. Et bien plus tôt qu’elle ne le pense, elle se retrouve en 2017 à Stantonville, Tennessee, quartier général du producteur Jim Gaines. Là elle enregistre avec la participation de Mike Zito et Bernard Allison, soutenus par le batteur Matt Johnson et le bassiste Terry Dry. Le titre de ce premier album, Bad Penny, est bien un hommage à Rory Gallagher, une des influences majeures de la jeune femme, tout comme Stevie Ray Vaughan et Albert King. Cela donne un blues-rock très accrocheur avec un chant vif et clair qui ne manque ni de puissance ni de couleur. Dans la set list de 12 chansons, hormis le titre de l’Irlandais, elle reprend également ‘Low Down And Dirty’ de Luther Allison. Cet enregistrement pétillant laisse deviner une réelle passion et confirme ce que déclare Vanja Sky : « Mon but est d'apporter le bonheur à travers la musique au plus grand nombre de personnes possible ». L’ensemble est bien ficelé et agréable à écouter. Vanja Sky fera partie de la prochaine tournée Blues Caravan Tour 2018.
Gilles Blampain

Victor Wainwright and the Train
Victor Wainwright and the Train

Genre musical: Boogie, soul
Label : RUF
Distributeur : SOCADISC

Homme aux multiples talents, Victor Wainwright est compositeur, producteur, chanteur et pianiste. Sur cet album il joue également du Hammond B3, du mellotron et de la lap steel guitar. Né dans une famille de musiciens à Savannah, en Georgie, il a subi l'influence formatrice de la voix de son père et du piano boogie-woogie de son grand-père. The Train, le nom de son groupe, s’est imposé comme une évidence. : « Dans le folklore de la musique, le train a des connexions avec les bluesmen de jadis qui sautaient dans les wagons de fret ». Et comme le proclame Wainwright en martelant son clavier dans ‘The Train’ : « Si tu veux faire du boogie à bord de ce train / Prends un ticket ou bouge de là ... ». Véritable cocktail musical alliant boogie-woogie et un soupçon de soul, l’album déroule 12 compositions originales qui oscillent entre le respect érudit et l'irrévérence anarchique. La tradition issue des barellhouse mêlée à des saveurs latines et des cuivres de New Orleans, allant même parfois vers des rivages psychédéliques. Il y a aussi de savoureux moments emplis d’émotion comme ce vibrant hommage à BB King à travers le titre ‘Thank You Lucille’. Quelques invités sont venus en studio et parmi les guitaristes on trouve les noms de Dave Gross et Monster Mike Welsh. Pianiste dynamique, chanteur expressif à la voix rocailleuse, Victor Wainwright sait faire monter la pression.
Gilles Blampain