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06/20
Chroniques CD du mois Interview: MAMA'S BISCUITS Livres & Publications
Portrait: TAMPA RED Interview: j & V Dossier: STONER
 


Dans cette rubrique, vous trouverez une sélection de CD choisis par l'équipe Blues Again.

MARS 2014

Albert Castiglia
Solid ground

Genre musical: Blues rock.
Label : RUF
Distributeur : SOCADISC

Son nom n’est pas encore très familier de ce côté de l’Atlantique, mais     Albert Castiglia a déjà enregistré 5 albums avant celui-ci. Il a fait ses débuts professionnels en 1990 et côtoyé sur scène Junior Wells, Aron Burton, Pinetop Perkins, Melvin Taylor, John Primer, Lurrie Bell, Jerry Portnoy, Ronnie Earl, Eddy Clearwater et quelques autres pointures du même acabit, ce qui n’est pas si mal comme compagnonnage. Guitariste assez polyvalent dans les styles abordés, il peut envoyer un blues-rock échevelé et enchaîner le morceau suivant dans un registre plein de retenue. Son jeu sans être dénué de finesse est à coup sûr incendiaire et sa voix en impose. Son style est original et il sait faire passer le frisson. Il a composé la majeure partie des 14 titres proposés sur ce CD et reprend de belle manière ‘Sway’, signé Jagger-Richards, révélé au monde en 1971 sur Sticky Fingers. Guitariste inspiré et créatif, Albert Castiglia est porteur d’un réel talent et possède une sérieuse technique, l’ensemble de son disque ne manque pas de souffle, c’est carré, efficace, plein d’énergie et de bonnes vibrations. Accompagné par un band performant et habile à la manœuvre Albert Castiglia emporte tout sur son passage.
Gilles Blampain

Alexx and the MoOonshiners
DVD
En animation

Genre musical: Blues Rock
Qualité d'image: Bonne
Qualité du son: Bonne
Label : DIXIEFROG
Distributeur : www.moooshiners.info

Une fin d’après-midi en juillet 2013, la campagne du Grésivaudan calme jusque-là va s’enflammer dans la soirée. Sur une scène en plein air du festival GrésiBlues, Alexx and the MoOonshiners font le show devant un parterre très serré. Ça démarre avec une reprise d’AC/DC, ‘Whole Lotta Rosie’, c’est chaud, bouillant. Alexx se lâche, laisse parler sa fougue, Lionel Riss est impérial avec sa Fender, le public semble conquis. Les titres vont s’enchaîner sans temps morts, le concert va durer pas loin d’une heure. Des reprises il y en aura quelques-unes, ‘Anarchy In The UK’ des Sex Pistols, ‘You Shook Me’ de Willie Dixon revue d’une façon très personnelle, ‘Let’s Have A Party’ de Jessie Mae Robinson, mais le reste de la production est fait maison, des chansons signées Schroll/Riss. Légèrement en retrait Eric Litaudon à la basse et Pascal Raphard à la batterie assurent une base rythmique qui permet à Lionel Riss de déployer de superbes interventions. Boogie, blues, rock, c’est précis, net et sans bavures, Alexx déborde d’énergie, ces quatre-là mettent à coup sûr le feu sur scène. La mise en images est très classique, pas d’extravagance visuelle ni de zooms intempestifs, juste le show et la musique des MoOons. Le son est bon, l’image aussi. En bonus une interview du groupe d’une durée de 9 minutes. Mais attention, ce DVD n’est pas à vendre ! C’est un cadeau, offert à ceux qui se procurent un album sur le site du groupe. Pour ceux qui ne voudraient  néanmoins que le DVD, rendez-vous quand même sur le site il y aura sûrement moyen de s’arranger (dixit the MoOons).
Gilles Blampain

AWOLnation
Megalithic Symphony, édition Deluxe

Genre musical: Pop musclée
Label : RED BULL RECORDS
Distributeur : EMI

Il y a deux ans, un Adonis surfeur californien, nommé Aaron Bruno, lançait un OVNI chez Red Bull Records. Cet album de pop musclée conservait de fortes réminiscences grunge et même hip-hop, deux sources dans lesquelles Aaron avait baigné. Il avait ficelé le disque chez lui, guitares, claviers, machines, effets spéciaux miraculés de l’ère disco, puis gonflé dans un studio où il était passé derrière la batterie et s’était offert le narcissisme d’une chorale. L’album paraissait sous le titre : Megalithic Symphony et portait la raison sociale AWOLnation, AWOL comme : parti sans laisser d’adresse, acronyme par lequel l’armée américaine désigne ses déserteurs. Derrière le gros tube ‘Sail’, l’album a fait quatre ou cinq fois la culbute du platine. Il est devenu un monument avec ses bricolages excitants, ses courtes séquences pop et son final en une longue prouesse picaresque qui rend hommage à la dance, de Boney M à Eminem (‘Knights Of Shame’). Il faut dire qu’Aaron chante comme un dieu, d’une voix ultra-puissante toujours près de se rompre, évoquant au hasard le John Lennon de ‘Twist And Shout’, Kurt Kobain ou Alice Cooper. Sur scène, entouré de ses potes musiciens, Aaron Bruno durcit le ton et sa grâce pop monte en sauvagerie grunge. Retour au disque. Voici la version Deluxe de Megalithic Symphony, un coffret deux-CD contenant deux ou trois gadgets idiots (un décapsuleur, un badge en tissu)… et, bien sûr, les deux CD. Sur le premier : l’album fantastique qu’on connaît déjà. Sur le deuxième : divers remix des chansons. La première mouture en proposait quelques uns en bonus, ici elles sont recarénées, ‘Burn It Down’ ou surtout ‘Sail’, celle-ci enchaînant quatre remix différents et faisant la soirée nightclubbing à elle toute seul. On trouve aussi une prise live atomique de ‘Soul Wars’ où Aaron s’extirpe quasiment de son enveloppe charnelle et frise la sortie astrale. Mais la principale attraction de ce deuxième miroir, ce sont ces sept nouvelles compos qui évoluent dans la lancée de ce qu’Aaron nous avait déjà servi : de la pop gonflée aux anabolisants grunge, des scansions hip-hop, des guitares véhémentes et des synthés de mirliton. A ce compte-là, on a presque affaire à un nouvel album. Aaron Bruno est une vraie bête !
Christian Casoni

Blues ? Power Band
Invasion

Genre musical: Hard glam, powerpop
Label : DIXIEFROG
Distributeur : HARMONIA MUNDI

Ils préviennent, ils glissent un « ? » après « Blues ». Tant qu’à faire, ils auraient pu placer un « ! » après « Power ». Le blues, ils le jouaient déjà méchamment heavy sur l’album précédent (un coup de massue intitulé Dark Room). Abjurant leur foi, les six renégats parigo-franciliens n’attendent plus que de s’étourdir. Pendant un an, ils prennent les cotes de leur nouvelle vanité, la mesurent, la pèsent, la maquettent sur scène puis, toute honte bue, plongent dans un puits de décibels insensés. Sur l’échelle du grabuge, ils en mettent un peu pour chaque degré, des Who aux Hives : hard-rock, glam, stoner, powerpop, grunge, une touche de heavy blues quand même, juste un souvenir, des mélodies encore plus virulentes, un doigté efficace et une joie sauvage. Hervé Joachim, le chanteur à la voix hégémonique, avoue d’ailleurs quelques allusions aux Hellacopters, QOTSA, Weezers, Kyuss, Mogwai, Pearl Jam. Double pénétration : les 60’s anglaises par derrière, les 90’s américaines par devant. Ils voulaient d’abord aligner quelques rocks directs et éruptifs, et se sont encore retrouvés, malgré eux, piégés dans un concept qui se résumerait à cet impératif : « Bats-toi ! ». Pour que la narration soit spectaculaire, leur rock extravagant avait besoin d’un mixage violent et contrasté, des horizons presque vides avec une ligne de son lointaine, tout-à-coup détruits par des déferlantes orgiaques d’électricité, les vumètres suppliant qu’on les achève et la membrane des amplis, claquant comme des drapeaux dans le vent des bourrasques. Le mixage est l’œuvre du guitariste, Régis Lavisse, l’homme au costume orange sur la couve, guitariste du groupe et « quasiment le père spirituel de l’album » (dixit Joachim). Les vieux moralistes anglais ont tort, l’homme qui naît dans une étable n’est pas forcément un cheval.
Christian Casoni

Calvin Coal
Judge and condemn

Genre musical: Funky blues, jazzy pop, etc.
Label : QUART DE LUNE
Distributeur : SOCADISC

On peut dire que Calvin Coal a pris son temps avant d’enregistrer ce premier disque. En effet son essor en tant que musicien professionnel remonte au début des années 2000 après un parcours d’approche de différents styles du jazz au funk en passant par le blues et le chant lyrique. Il a patiemment peaufiné son art sur des scènes nationales et étrangères et produit un respectueux hommage musical à Eric Clapton. Fin guitariste il mêle le jazz au rock, les ballades pop au tempo funk. Son jeu est à la fois pétillant, léger et puissant. Il sculpte les sons et son style est original. Il peut jouer vite et très technique mais sait ménager ses effets mêlant à la fois souplesse et nervosité. De plus, la voix de Calvin Coal n’est pas du tout désagréable à écouter. Son assise rythmique repose sur Attilio Terlizzi qui est à la batterie et Guillaume Antonicelli qui tient la basse. L’ensemble est énergique et possède un certain relief, le trio distille un son qui rappelle les années 70, la rythmique est impeccable sans être agressive et les mélodies s’incrustent sans mal dans la tête. L’album déroule des compositions originales terriblement efficaces, les titres se succèdent en variant les styles et les ambiances. C’est allègre, créatif, ça peut être léger sans être mièvre ou profond sans devenir rébarbatif. Il ressort de cet enregistrement une belle dynamique qui nous emmène dans une virée sonore assez jubilatoire. Le jugement est favorable et la condamnation n’a pas lieu d’être.
Gilles Blampain

Catfish
Muddy shivers

Genre musical: Blues de poissons-chats
Label : VOLVOX MUSIC
Distributeur : PIAS

Après 2 EP salués par la critique, Catfish livre son premier album. Damien Felix est à la guitare, au chant, à l’harmonica, aux percussions et aux claviers. Amandine Guinchard officie au chant, aux percussions ainsi qu'à la basse. Le courant des eaux boueuses du Mississippi rencontre ici une production moderne, non sans rappeler l'influence des Kills ou des voisins helvètes Hell’s Kitchen. Les gimmicks efficaces du titre ‘Much Better’ trouveront sans aucun doute leur effet sur scène, avec sa production teintée eighties. Des morceaux plus posés comme ‘Hold On’ mettent en exergue le talent du groupe pour la composition, ainsi que l'élégant grain de voix de la chanteuse. ‘Catch Me’, est un blues rock-plombé où Damien envoie un son de guitare tranchant, sur une rythmique qui plaira aux fans de Left Lane Cruiser, Hoboken Division ou encore the Black Keys. ‘Like A Cloud’ prouve également les qualités de songwriting et d'interprétation de nos deux siluriformes. Voix et guitares se répondent tout au long du morceau et on se sent comme un poisson (chat) dans l’eau. ‘Not Alone’ est un folk blues qui nous ramène vers les berges, vers une musique plus rurale. Sommes-nous sous le porche d'une maison du Delta ou dans les cimes des montagnes jurassiennes qui ont vu naître le groupe ? Cet enregistrement est un très bon moment passé en compagnie de jeunes gens qui ont produit un album de blues actuel et de qualité. Bravo !
Nicolas Miliani

Chris Kramer
Chicago Blues

Genre musical: Chicago blues
Label : BLOW TILL MIDNIGHT RECORDS
Distributeur : GEMA

Chicago Blues… comme le Port-Salut ! A part peut-être ‘May I Have The Next Dance’ avec son rythme mambo-rock et ses volumes d’harmonica plutôt Louisiane, on ne peut pas dire que le bluesman allemand trompe son monde sur l’intitulé. Shuffles lents, mid-tempo ou enlevés, batterie swing, basse joufflue et feutrée, éclairs d’harmo, c’est vraiment Chicago blues de la cave au grenier, Kramer se baignant dans la légende comme si elle était encore à écrire. En fait, il a transporté Chicago à Austin, où l’album a été enregistré. Basse: Bob Stroger, batterie: Willie ‘Big Eye’ Smith, piano: Pinetop Perkins. Guitare : Frank Karkowski. Ah, inconnu au bataillon celui-là (renseignements pris, c’est un jeune Américain blanc). Il faut encore signaler la présence de Mick Taylor sur deux titres, solos nickel, concis et relax, et celle de Riley Osborne à l’orgue. Kramer chante avec un léger voile, une voix plutôt douce et un coffre assez limité qu’il compense par l’élasticité, un petit vibrato bienvenu et la candeur des inflexions. A ce sujet, ‘River Minus Water’ sert de crash-test : un blues lent, juste une guitare, sa voix et son harmo en contrepoint. Kramer passera-t-il l’épreuve de la lenteur ? Tout-à-fait. Kramer joue aussi brillamment de l’harmonica, c’est l’un des attraits de ce très bon album. Il en joue dans l’orthodoxie qui sied au genre, avec du sentiment mais sans obscénité. Il s’autorise quand même deux décrochages plus lyriques, sur ‘Rock You With A Feeling’ où l’harmo se met à couler comme un violon, et sur ‘Colors Of The Rainbow’ où il devient orageux et torturé. Kramer rend hommage à Homesick James : une chanson porte son nom et emprunte la tournure de ‘Hoochie Coochie Man’, une façon d’apparenter James à cette lignée de caïds. Douze compos, pas une reprise… si on peut parler de compos quand on brode des paroles sur un canevas de Chicago blues. Chris Kramer, qui n’en est pas à sa première rondelle, ne sort pas l’album expérimental de l’année. Juste un album de fantasmes, comme toujours quand il s’agit de Chicago. Le genre qui nous parle. « Je est Chris Kramer » !
Christian Casoni

Christina Skjolberg
Come and get it

Genre musical: Blues-rock et blues-funky
Label : RUF
Distributeur : SOCADISC

Un nouveau blues venu du Grand Nord ! Mais à la différence de Bjørn Berg ou Thorbjørn Risager, nous avons affaire cette fois à une accorte dame qui sort sa première galette. Dame qui riffe un blues nerveux, électrique voire funky ('Mrs. Funk'). Pas étonnant de remarquer le tatouage du visage d'Hendrix sur son bras gauche car comme lui, Christina est gauchère. Native de l'île de Smøla sur la côte nord-ouest de la Norvège, c'est à 12 ans qu'elle a le coup de cœur pour l'énergie de l'Américain. Après avoir écumé de nombreux bars pour travailler ses riffs et sa voix rocailleuse, c'est Thomas Ruf patron du label allemand qui lui offre la possibilité d'enregistrer son premier album sur lequel elle a composé la plupart des morceaux. Côté son, c'est un disque fiévreux et agité tel qu'on pouvait l'entendre dans des bouges dans les années 1970. Les titres 'Bullet', 'Runaway', 'I'm Back' ou 'Come And Get It' en témoignent. Voyons-y ici l'envie de bien faire car le potentiel est manifestement là. Christina tente sur 'Get On' d'offrir un autre blues plus saccadé marqué par la trompette de Steinar Varnes et la clarinette de Brynjulf Blix. Bien que conventionnel, cet album a le mérite de nous montrer que la blonde Norvégienne connaît bien les rythmes classiques du blues sans pourtant reprendre de titres en particulier. Là se trouve son exercice de style, notamment sur 'Moving On' où l'on peut reconnaître l’influence de Muddy Waters. Sa jeunesse lui permet de tenter des expériences et même, malheureusement, de sortir de la route avec 'Inspiration' où, pour le coup, on se demande ce qui lui est passé par la tête ou les cordes. En effet, mise à part une grosse envie de faire du bruit, juste du bruit, beaucoup de bruit, on reste un peu perdu sur le bas-côté. Premier essai néanmoins concluant qui nous donne envie de suivre cette jeune « blueswoman ».
Tristan Sicard

Cotton Belly's
This day

Genre musical: Blues multifacettes
Label : Autoproduction
Distributeur : Believe digital, www.cottonbellys.com

Depuis que le band est apparu dans le paysage il s’est imposé au fil des concerts et de 3 CD comme un groupe original qui avait son mot à dire. Et cette dernière production enfonce le clou encore plus profondément. Si le nom de la formation est ouateux le style est toujours rugueux. Dès le premier titre ça rentre dedans façon uppercut. On est embarqué dans une virée musicale joyeuse, foutraque, séduisante et dynamique. Les 10 titres servis sur cet album sont des originaux brillamment mis en rythmes et en mélodies par Yann Malek (chant, guitares), Michel Descamps (guitares), Christophe Etienne (contrebasse), Alexis Maréchal (guitares, banjo), Romain Pamart (batterie), plus Julien Andral (percussions). Il y a du blues et du rock dans leur grand sac à musique mais parfois les instruments tressent des arpèges folk  pour soutenir un chant aux accents soul, là est leur originalité. Le subtil mariage de rythmes venus d’époques et de régions différentes débouche sur de savoureuses expériences sonores. Le blues originel rencontre le hard-rock qui lui-même s’enrobe de sonorités celtiques et il en résulte un effet des plus piquants. Le gang en salopette opère un rapt sur nos tympans pour lequel on ne portera pas plainte car la performance est éclatante.
Gilles Blampain

Delmark
60 years of blues

Genre musical: Chicago blues
Label : DELMARK
Distributeur : SOCADISC

Fêter ses soixante balais, ça se fait. C’est un compte rond, on commence à connaître pas mal de monde et on fait une belle nouba. C’est  ce que se sont dit les boss de Delmark records, label basé à Chicago, né un an avant qu’un nom soit donné au  rock’n’roll, c’est à dire  en 1953. Du monde, ils en connaissent et du beau ! Il suffit de jeter un coup d’œil au catalogue moitié jazz, moitié blues. Pour marquer le coup, un CD a été édité avec un florilège d’artistes qui contribuent ou qui ont contribué à façonner l’histoire de ce label de légende. Ça débute avec ‘When They Played The Real Blues’ tiré du dernier album de Studebaker John. Suivent quelques perles rares tirées de l’oubli ; le très roots ‘44Blues’ enregistré en 1960 par Big Joe William ou encore ‘I Don’t Want No Woman’ de Magic Sam, pionnier du West side blues, titre capté live mais curieusement jamais sorti. D’autres morceaux sont à paraître sur le catalogue 2014, comme ‘Oh Mademoiselle’ issu de Giles Corey’s Stoned Soul ou ‘Stop That Thing’ de Sleepy John Estes enregistré live en 74 au Japon. Sinon, on se fait une petite visite des artistes Delmark des 50’s à 2013 avec pas moins de seize plages proposées. Les noms alignés sur la set list sont ceux de Junior Wells, Linsey Alexander, Magic Sam, Eddie C. Campbell, Tail Dragger, Toronzo Cannon, Lurrie Bell et quelques autres d’aussi grande envergure. Des enregistrements studio, mais aussi des lives. Au niveau de la parité par contre c’est pas gagné, quatorze voix mâles pour deux féminines ; Sharon Lewis et ses Texas Fire ainsi que l’irrésistible Inetta Visor du groupe Mississippi Heat tiennent la dragée haute à ces bluesmen pétris de feeling. Pas d’ennui possible avec cet opus à écouter en boucle, il y en a pour tous les goûts.
César

John & Sylvia Embry
Troubles

Genre musical: Chicago blues
Label : DELMARK
Distributeur : SOCADISC

Découverte sur le vol. 6 des 'Living Chicago Blues' (Alligator). Prix 'Big Bill Broonzy' - (Meilleur disque de blues de l'année 1980) je n’avais plus entendu parler de la dame, plutôt de cette 'Reine', puisque c'est ainsi qu'elle se surnomme. Queen Sylvia Embry (1941-1992) n'a pas enregistré grand-chose en fait. 4 titres pour la compile précitée, dont 'Blues This Morning', que l'on retrouve ici, accompagné de 2 autres morceaux tirés du LP American Livin' Blues Festival 82. Un autre album sous le nom de Blues Sylvia Embry & Jimmy Dawkins (et oui!) Midnight Baby en 83. Mais en 1980, ce magnifique disque After Work réédité ici. Cette shouteuse, bassiste, à la voix gospel et au jeu puissant, métronomique, a appris l'instrument avec son second mari, John Embry (?-1987?), dont figure ici le seul 45 tours enregistré sous le nom de Johnny 'Guitar' Embry & His Blues Kings. Une fine lame du West Side, encore plus méconnue. Dommage, car son jeu à la Buddy Guy, incendiaire et saturant dans les aigus, fait merveille sur les compos de Sylvia (‘Wonder Why’). Slide dans le très Elmore James 'I'm Hurtin'. Dans les 60's, 70's, Sylvia Embry tourna beaucoup avec Lefty Dizz, divorça de Johnny pour ensuite enregistrer, en bon vieux potes, ce très bon After Work, LP dans le plus pur style de Chicago, traversé de solos de Fender ravageurs. En 85 elle se retourna vers le gospel, avant d'être emportée par le crabe à 51 ans.
Juan Marquez Léon

Laurence Jones
Temptation

Genre musical: Blues-rock
Label : RUF
Distributeur : SOCADISC

C'est l'époque, où les anciens, souvent, après une longue traversée du désert, nous fourguent de sacrés bons albums. Je ne citerai pas de noms, la liste est trop longue, et, aussi, parce que, certains emplissent des Zénith, et sont malheureusement des morts vivants, VRP de leur gloire passée. C'est aussi l'époque, où des gamins de tous horizons, viennent, sur nos musiques de 'vioques', nous foutrent une  branlée, (Jack Bugg, The Strypes...). Laurence Jones, britannique, 20 ans au compteur, fait partie de ceux-là. Son style à lui, c'est le blues-rock en trio, et donc, très années 70's ('Foolin' Me'). Il s'agit là de son second album (enregistré en Louisiane). Le son y est très 'prise directe' et le 'little guy' chante avec cette voix très caractéristique des chanteurs de rock Sudiste. Même si les influences sont bien dans le passé, Laurence possède le look et l'expression d'un jeune bien dans son époque (merveilleux 'Move On'). Un harmonica (Johnny Sansone) vient de temps en temps jouer l'incruste avec classe (‘Tomorrow Is Another Day’).Sur 'Temptation', Laurence dédouble ses solos de guitares, nous faisant croire à une rencontre entre Freddy King et Steve Ray Vaughan, alors que le très folk 'Whisper In The Wind' nous ramène aux temps anciens de Blind Faith. 'Southern Breeze' sonne de belle façon comme du Lynyrd Skynyrd. Mais le truc d'enfer se trouve à la fin : 'Soul Swamp River', la basse est de Charlie Wooton, la batterie de Yonrico Scott, Mike Zito à la guitare acoustique et Johnny Sansone à l'harmonica... Ces gars nous usinent en 3'18 chrono une monstruosité issue des lagons noirs écossais.
Juan Marquez Léon

Magic Sam
Live at the Avant Garde

Genre musical: West Side Soul
Label : DELMARK
Distributeur : SOCADISC

Magic Sam, photographié en pleine gloire, pendant ces deux années de rédemption que lui avait offertes Delmark. Dans un an et demi, fin 1969, il sera mort, il aura alors 32 ans. Le voici dans ce petit club de Milwaukee, face à un public blanc posé sur des chaises, les bras croisés. Vas-y, Sam, raconte-nous le ghetto ouest de Chicago ! Très grand chanteur, très grand guitariste, Sam est cadré par deux sidemen qu’il connaît bien, eux-mêmes excellents musiciens : Big Mojo Elem à la basse, Bob Richey sur les peaux. Sam a semé quelques singles chez Cobra ou Chief, deux albums fracassants chez Delmark et quelques live posthumes. Très peu. C’est dire si les témoignages sonores d’un monstre pareil sont précieux. Pour ce concert, Delmark semble avoir miraculé le son fil-de-fer imprimé sur la bande, poussant devant le chant et la guitare sans trop écraser la section rythmique. Tout ce qu’on savait de Sam tourne ici à plein régime : une voix de chanteur soul, fruitée, charpentée, haut-perchée, et une guitare polyvalente jouant tous les rôles en même temps, exposant dangereusement la main droite au risque musculo-squelettique. Sam passe tout dans le même élan, accords, brossages funky, arpèges, rebonds sur les cordes graves, échappées sur les aigus. Précis et incisif, il libère des solos secs et fluides, secs et vibrants, secs et plein de drive, fameux dans l’attaque, acrobatique dans l’envol, parfait dans la réception ! C’est du West Side et de la soul en power trio, courant toujours sur la corde raide, trop nue pour se payer le luxe d’un répit. Le programme est celui qu’on attend. Le trio règle le show sur ‘San-Ho-Zay’, le totem de Freddie King, puis réconcilie les générations et les styles. Quelques titres de Magic Sam bien sûr, et des reprises d’Otis Rush, Jr Wells, BB King, Muddy Waters, Jimmy Rogers, Jimmy McCracklin, Lowell Fulson… en bordées de blues (ben tiens), de soul, de rhythm’n’blues, plus un twist pour finir… Par la frénésie presque obligée qu’impose le squelette instrumental (power trio), Sam joue un rock’n’roll noir de toute beauté.
Christian Casoni

Nico Wayne Toussaint & Michel Foizon
On the go

Genre musical: Blues trad revisité
Label : DIXIEFROG
Distributeur : HARMONIA MUNDI

Au cours des deux dernières décennies, Nico Wayne Toussaint avec une dizaine de CD​ à son palmarès nous avait habitués à chaque album à une prestation musicalement assez étoffée avec une section rythmique de poids. Pour cette nouvelle livraison le changement est radical, une guitare, un harmo, une voix. Est-ce un retour aux fondamentaux ? Son compère dans cette aventure n’est pas une rencontre éphémère, tout a commencé entre eux il y a 20 ans dans le sud-ouest de la France. Michel Foizon, guitariste, a de son côté produit plusieurs spectacles de blues et de gospel au fil des ans, mais c’est leur tout premier album qu’ils viennent d'enregistrer en duo à Miami. Ils signent neuf des douze titres, reprennent de façon très personnelle ‘Alberta’ de Leadbelly et revisite à leur manière ‘Saint James Infirmary’ et ‘You Can Leave Your Hat On’ de Randy Newman. Deux brillants musiciens qui plongent aux sources du genre pour perpétuer la tradition du duo de bluesmen tout en lui donnant un nouveau souffle. La qualité de la performance de ces deux maîtres du tempo est indéniable. La palette des genres, assez large, va de la ballade au boogie, et d’un titre à l’autre la finesse du jeu de guitare est un vrai régal, l’harmonica vole très haut et le chant de Nico Wayne Toussaint passe par différents registres d’émotions.
Gilles Blampain

The Robert Cray Band
In my soul

Genre musical: Soul
Label : MASCOT
Distributeur : PROVOGUE

Bluesman ? Soulster ? Le chanteur au gosier chromé s’est-il seulement posé la question une fois ? Il n’a pas l’hommage machinal mais cette fois, il tenait à flécher l’itinéraire dès le titre : In My Soul. Puis avec ses deux reprises: ‘Your Good Thing’s About To Come To An End’ (Isaac Hayes/David Porter, Mable John, Lou Rawls), et ‘Deep In My Soul’ (Bobby Bland). Il y a aussi ce clin d’œil avoué à Booker T., ‘Hip Tight Onions’, une babiole au swing balnéaire qui ne sent pas vraiment l’oignon vert. Après deux mises en bouche plutôt rythmées, l’une blues-rockante, l’autre louisianogène, Cray lève le pied et s’abandonne à des pâmoisons soul, se gobergeant sur des tempos lents jusqu’au bonus track. L’album n’a pas une pêche carabinée, mais Cray sait se tapir, douillet, dans la ballade soul, il a le chant sophistiqué qui va avec, et la minauderie bien dosée qui distille du sentiment sans s’enchifrener dans des obscénités passionnelles. Tout ce qui relève du solo se développe ici d’une façon presque normale, avec une patte moins surprenante que celle de Nothin’ But Love, l’album précédent. Toujours tenue avec maestria, la Strato longe les mélodies sans trop s’écarter. L’originalité se logerait plutôt dans les rythmiques, galonnées de ces petits riffs brossés, fredonnants, comme ceux de ‘What Would You Say, un reggae travesti en contemplation soul-folk. Cray la chante d’ailleurs avec la voix de Bob Marley, il est un mélodiste de ce calibre, un endimancheur de chagrin. Certains excusent le chagrin par l’humour, d’autres paient la consolation en espèces mélodiques. Et Cray est un crooner plus qu’un chansonnier.
Christian Casoni

Ron Cartel
Don't make the monkey drunk

Genre musical: Rhythm’n’blues New Orleans
Label : BLUES BOULEVARD
Distributeur : MUSIC AVENUE

Le Drunk Monkey est un cocktail à base de triple sec, d'ananas, canneberge, melon et banane. Le titre de cet album est-il une expression américaine, ou seulement les conséquences d'un abus sans modération de ce breuvage? En attendant, avec son look latino et sa convivialité, Ron Cartel de 'House Of Mojo Intro' à 'Outro', nous fait visiter sa nouvelle demeure.
Ce new-yorkais d'origine italienne et vivant en Suisse, à rouler son baryton plus que sympa avec des gars comme Dr John, le Blues Brothers Band, Sonny Sharrock, entre autres...
Quelques blues très cuivrés : 'Last Two Dollars' rappelle Albert King, 'Sing And Shout' avec ses montées de 'vents' à la Chicago (beau solo de piano d' Hendrix Ackle) ; blues lents ('All My Angels' et cette magnifique guitare - Tom Etter?) ou simplement des reprises : ‘God Moves On The Water’ (Blind Willie Johnson), ‘She's Nineteen Years Old’ (Muddy Waters).
Mais aussi de nombreux titres à la sauce 'Gumbo'. Le titre, donnant son nom à l'album, est une petite mignardise de La Nouvelle Orléans que n'aurait pas refusée Lowell George. L'esprit du Mojo est présent sur de nombreux titres, avec le Dr John comme Grand Inspirateur, Prof. Longhair pour les parties de claviers et les Meters pour le déhanchement de nos bassins ('Shovel In The Ground', 'Intro' et 'Outro'). Parce qu’ils ont un chant semblable, ce n'est pas manquer de respect à Ron Cartel d'affirmer ici, que c'est un album comme celui-ci que sortirait aujourd’hui le regretté Willie DeVille.
Juan Marquez Léon

Ronny and Clyde
2nd EP

Genre musical: Folk, rock, blues, etc.. progressif
Label : Autoproduit
Distributeur : Ronnieandclyde@gmail.com

Cinq titres, cinq titres seulement, mais qui vous emmènent loin. On entend certaines musiques, celle-là, on l’écoute. Et comme c’est un CD qu’on écoute en boucle, ça peut faire des dégâts. Quatuor toulousain emmené par le chanteur guitariste Gilles Pédoussaut (le vieux), le reste de cette formation (les jeunes) est formé de Luc Blanchot (violoncelle – guitare) Théo Teboul (batterie – percussions) et Jean-Baptiste Azanza (contrebasse). Les paroles sont en français et en anglais, chantées avec une voix hors du commun par une espèce de Tom Waits à la Française, tantôt rugissant, tantôt pleurant, tantôt susurrant des paroles qui sentent l’érudition sans donner dans l’élitisme. Le tourment, voire la tourmente, ne sont jamais loin. Ils m’auraient demandé de leur trouver un nom, j’aurai dit « Black Floyd ». Attention, pas d’électronique avec ces gens là ! Des fois un peu de pédale wah wah sur le violoncelle. Ronny and Clyde fait partie de ces groupes quasi inclassables où le blues, le rock (au sens large), les musiques du monde, la musique dite classique sont intimement imbriqués ce qui fait que tout le monde peut y trouver son compte. Le premier titre ‘Stuck On The Ground’ commence gentiment par quelques arpèges à la guitare vite rejointe par un violoncelle accrocheur et, petit à petit sans qu’on s’en rende compte, les percussions faisant leur travail de sape, la folie s’insinue et le tout s’intensifie pour se terminer dans la douleur sans que le tempo ait été accéléré. Au bout des six minutes que dure le titre on est tout de suite interpellé par ‘Elle Me Ment’ une sorte de tango chanté en français (sauf le refrain) avec en fond, l’ajout d’une trompette qui rappelle celle qu’on entend dans les westerns de la grande époque. Puis arrive ‘Change My Way’ avec une basse bien marquée et en chemin un délire violoncellique digne de ce que faisait Jerry Goodman (violoniste de The Flock). Reste pour vous à découvrir les deux autres titres en écoute gratuite sur soundcloud. Téléchargement payant et commande du CD, sur BandCamp.
César

Sugar Boy and the Sinners
All you can eat ! 

Genre musical: Blues, rock'n'roll
Label : Autoproduction
Distributeur : www.sugarboyandthesinners.com

Jeune quatuor originaire des Pays Bas, Sugar Boy and the Sinners à tout pour plaire. La jeunesse, et le savoir faire. A peine armés d’une démo, ils étaient, en 2013, les représentants de leur pays à l’European Blues Challenge. Et là, nous arrive leur premier CD. Pas déçu du tout, même franchement emballé par la classe naturelle de ces quatre enfiévrés. Laissez-moi vous présenter : Boy le chanteur harmoniciste, Ronnie qui tient la six cordes, Vinnie la contrebasse et Frankie les fûts. Le tout sonne comme les Fabulous Thunderbirds (qui doivent être une de leurs références) mais sans les copier. Le funk n’est pas non plus étranger à cette formation, témoin ‘Third Round Of Gin’ qui ouvre l’album, puis on poursuit avec un morceau chaloupé qui vous fait lever pour esquisser quelques pas de danse. Hé ! Au fait ! Pas de reprises, que des compositions.  ‘It Won’t Be Long’ le troisième titre vous emmène au pays du rock’n’roll. Vous savez, celui des fifties. Et tout au long des treize morceaux, on balance entre swing, blues et rock and roll. Un vrai régal. Ce CD n’étant pas distribué en France, une seule façon de se le procurer, le site du band. Bonne écoute !
César

Thorbjørn Risager and the Black Tornado
Too many roads 

Genre musical: Blues multicolore
Label : RUF
Distributeur : SOCADISC

Ce disque est épatant ! Avec ce nouvel enregistrement Thorbjørn Risager nous entraîne encore dans un voyage musical des plus audacieux. Le Danois pratique comme à son habitude un savoureux mélange des genres avec une réelle facilité. Rares sont les artistes qui passent avec aisance d’un style à l’autre mais ici le constat s’impose, soul, jazz, blues, rock, folk, chanson traditionnelle, s’entremêlent de belle manière sans rupture de ton. La voix grave et expressive a de la puissance et de la sensualité et le band, the Black Tornado, fait un travail d’orfèvre pour mettre chaque titre en valeur. Cet album a de la force sans manquer de finesse, chaque chanson a beaucoup de corps. De la joie à la mélancolie, différents univers apparaissent au fil des plages écoutées. Excitation ou décontraction, volupté ou tension, les sensations varient selon l’instant et le registre est toujours juste. Les guitares sont discrètes ou exaltées, les cuivres se font badins ou fébriles, l’orgue apparaît de temps à autre pour apporter sa finesse et sa rondeur quand plus tard le piano vient marteler un boogie. Dans un style décontracté et raffiné tout à fait original, Risager signe 9 compositions sur les 12 proposées. L’inspiration est tellement remarquable que beaucoup de ces titres semblent taillés pour devenir des standards. Cet enregistrement de très belle qualité s’est fait à Copenhague et la production est réalisée de main de maître.
Gilles Blampain

Wilko Johnson &
Roger Daltrey

Going back home

Genre musical: Pub-rock.
Label : CHESS/MERCURY
Distributeur : UNIVERSAL

« Je ne me retourne jamais sur mes chansons et le sens que les gens leur donnent, déclarait-il en 2003. Je risquerais de comprendre que mon existence n’est qu’une somme de détails insignifiants.  » N’empêche, le disque s’appelle Going Back Home et Wilko s’est définitivement réconcilié avec Dr Feelgood. Wilko Johnson, Roger Daltrey. Leur union paraît évidente maintenant qu’elle s’est concrétisée par un album aussi bon. Avant d’être mis devant le disque accompli, qui aurait parié sur un tel assemblage ? Ça crevait tellement les yeux qu’on ne faisait pas le rapprochement. Car le guitariste et le chanteur forment un couple de substitution, comme l’auraient été sans doute aussi Pete Townsend et Lee Brilleaux. Le premier, Pete ou Wilko, joue pour un chanteur mais il n’est pas un sideman, il tient la baraque, édicte les règles, l’identité, l’exclusivité britannique du groupe, artiste prolo qui stylise le boucan des pubs, lui offre un futur et un paroxysme. Le second, qu’on l’appelle Daltrey ou Brilleaux, pousse dans le micro mais n’est pas le leader, juste un prestataire de chant qui revendique sa condition de prolo. La suite avec ce lienblues
Christian Casoni

Yana Bibb
Not a minute too late

Genre musical: Jazz soft
Label : DIXIEFROG
Distributeur : HARMONIA MUNDI

De facture très classique, le style est élégant et vaporeux. L’accompagnement est sobre : piano, basse, batterie, c’est presque une épure. Saxophone, cordes ou orgue s’invitent néanmoins furtivement sur 4 titres. Ce disque laisse entendre un jazz cool des plus soyeux, porté par une voix légère, aérienne qui ne manque cependant pas de swing. L’ambiance générale invite à la décontraction. L’interprète est séduisante et a une ascendance remarquée : grand-papa Leon, folksinger, papa Eric, bluesman. Ça doit être formateur. La jeune Yana s’inscrit sans difficulté dans cette lignée de brillants musiciens mais elle choisit le jazz comme expression personnelle. Etonnement, son style de voix rappelle plus les chanteuses de country music que les divas du jazz, mais cela ajoute peut-être à son charme. On est tout de suite touché par la maîtrise et le naturel de cette jeune interprète dont il émane une grâce certaine tout au long de ce disque léger et délicat. Le son est clair et on se laisse bercer avec plaisir d’un titre à l’autre au fil d’un enregistrement qui dégage une réelle sérénité. Pour son premier disque Yana Bibb signe, seule ou en collaboration, 5 des 10 titres de l’album et termine en interprétant une berceuse suédoise. Clin d’œil au pays où elle a passé une partie de ses tendres années. Laissez-vous séduire.
Gilles Blampain